FUIR
Le travail de deux pistes étant moins dans la nature, présente, par cela seul, des difficultés beaucoup plus grandes; il serait même impossible de Jes surmonter sans le secours de l'éducation première,, qui tend à placer le cheval et à le mettre dans le cas de supporter le rassembler.
Mais aussi, quand on l'exécute, il a pour résultat, non-seulement de plier le cheval dans tous les sens, mais encore de faire ressortir ses formes, et de lui donner cette légèreté, cette justesse, cette finesse de tact qui le font répondre aux imperceptibles mouvements du cavalier.
Je pourrais,, à la rigueur, me dispenser de rendre raison de ce qu'on appelle airs de manège, si les auteurs qui ont écrit à ce sujet avaient fait connaître autre chose que la nomenclature des figures; mais, comme ils n'ont indiqué ni comment le cheval doit être placé,, ni comment il faut s'y prendre pour que l'exécution en soit précise, je m'efforcerai de réparer leur oubli : je dirai donc que l'écuyer qui fera exécuter avec précision à son cheval des lignes droites de deux pistes , obtiendra , sans de grands efforts, des lignes courbes ou toutes autres; l'ensemble du mouvement de ses aides lui fera surmonter toutes les difficultés. Les figures compliquées ne causent de surprise qu'à ceux qui ne
</f4 FUIR.
connaissent pas la puissance de la main et des jambes, agissant de concert»
Aussitôt que, par la souplesse de son encolure et de ses reins , le cheval sera en état de supporter le rassembler, et de prendre des changements de direction d'une piste, sans que les mouvements du cavalier soient aperçus, on pourra commencer le travail sur les hanches.
C'est a l'extrémité des changements de main qu'il faut faire exécuter au cheval les premiers pas de deux pistes, qui ne seront augmentés que bien progressivement. Le cheval étant arrivé au point de répondre immédiatement et sans aucune résistance au mouvement des aides du cavalier, rien ne s'opposera à ce qu'il parcoure toute la distance de la diagonale.
Le cheval doit travailler avec la même régularité aux deux mains: récuver sentira le côté qui résiste davantage, et il saura promptement le vaincre en l'exerçant plus fréquemment.
On conçoit que, si le cheval se porte d'une jambe sur l'autre, avec une vitesse égale à l'impression du contact qu'il reçoit, il pourra exécuter tout air de manège.
Pour que les pas de côté soient réguliers, il faut : 1° que le cheval soit toujours dans la main ; 2° que sa tête, son encolure f ses épaules et sa croupe soient sur une même ligne; 3° que
fuir. 445
le passage des jambes se fasse de telle sorte, que celles qui marchent les dernières passent pardessus celles qui entament le mouvement, c'est^ à-dire que la jambe de devant , du côté où on détermine, quitte le sol la première, et soit suivie par la jambe opposée de derrière ; il faut aussi que la tête soit légèrement portée du côté où Ton fait marcher le cheval, afin qu'il puisse voir le terrain sur lequel il chemine.
Cette dernière position, qui le rend plus gracieux, servira avantageusement au cavalier pour modérer la marche des épaules de l'animal, Ou leur donner plus d'activité. C'est aussi avec cette attitude qu'il pourra suppléer à la force insuffisante des jambes.
Pour que le cheval conserve le juste équilibre qu'exige cet exercice, le cavalier doit se servir de ses deux jambes pour entretenir continuelle^ ment l'harmonie et la régularité d'action dans l'avant et l' arrière-main ; c'est a tort que quelques écuyers ou amateurs d'équitation négln gent l'emploi de la jambe droite,, en déterminant le cheval de ce côté; qu'ils se persuadent donc que c'est la jambe gauche qui pousse la masse a droite , mais que c'est la jambe droite qui enlève cette même masse , aide à la déterminer , modère l'action de la jambe gauche , maintient le cheval dans la main, rerapêche de
reculer ou le porte en avant, diminue ou augmente le passage d'une jambe sur Pautre, et lui conserve toujours cette belle position qui donne à ses mouvements une cadence gracieuse et régulière.
GALOP ( le ) est une répétition de sauts , dans lesquels la partie antérieure du cheval se lève la première et a une plus grande hauteur que la partie postérieure.
Pour mettre quelqu ordre dans cet article, d'une certaine étendue , je commencerai par indiquer la manière de placer le cheval pour qu'il se mette au galop ; ensuite, j'examinerai les moyens expliqués dans différents traités ; et, enfin, je ferai connaître ceux que l'expérience m'a fait juger être les meilleurs.
Le premier soin à prendre pour donner au cheval la position qui le conduit à se mettre au galop, c'est de le rassembler; pour cet effet, toutes ses parties doivent être tellement liantes, que cette position , base fondamentale de tout changement d'allure , s'obtienne sans que sa volonté puisse jamais s'y opposer. Pour enlever la partie antérieure, il faut préalablement l'allé* ger, et on n'y parviendra qu'en faisant agir la main et les jambes avec assez d'ensemble pour
GALOP. <4t
que le cheval comprenne distinctement cette intention. En effet, si la main et les jambes exercent sur l'animal une action corrélative et simultanée, il ne pourra ni se porter en avant, puisque la première le retiendra , ni s'arrêter ou reculer, puisque les jambes l'actionneront ; il ne peut donc plus que s'enlever de lui-même , et le galop suit naturellement cette première impulsion*
Le principe une fois posé, nous pouvons entrer dans les détails de cette allure.
Je m'étendrai peu sur les moyens que le cavalier doit employer' pour se faire comprendre de son cheval ; je le suppose assez sûr de son assiette et de ses parties mobiles pour être maître d'opérer, dans les moments opportuns , la transmission de contact la plus convenable. On doit supposer du savoir à quiconque veut en transmettre.
Les ouvrages qui ont traité jusqu'ici de l'allure du galop ont , à mon avis, laissé bien des doutes sur les points les plus essentiels. Mon premier soin sera donc de montrer les erreurs pratiques auxquelles pourraient conduire ces fausses théories.
Les auteurs qui ont écrit sur l'équitàtion sont loin d'être d'accord sur les moyens à employer pour faire partir le cheval au galop sur
tel ou tel pied. Ils sont encore plus opposés pour les changements de pied du tact au tact.
Je m'occuperai d'abord d'examiner leurs méthodes pour ébranler le cheval au galop.
Sur ce point seul que de contradictions dont la plupart ne viennent que de la faute où tombent les auteurs de vouloir faire des règles exclusives, de moyens propres seulement à certaines positions !
Pour être plus facilement compris, je ne parlerai que des moyens qui forcent le cheval à s'enlever au galop sur le pied droit ; il est clair que, pour le pied gauche, il suffira de prendre les moyens inverses.
Les uns se servent de la jambe gauche et de la main portée de ce côté.
D'autres mettent en usage les deux jambes, et toujours la main portée à gauche. Il en est encore qui attendent, disent-ils, le posé de la jambe gauche de derrière pour la fixer sur le sol, et faire partir le cheval sur le pied droit.
Avant d'examiner ces divers principes , répétons qu'il en est un fondamental, qui consiste à rassembler le cheval pour le disposer à prendre l'allure du galop : c'est la condition sine qua non. Ce rassembler obtenu, si on fait usage de la jambe gauche, qui agira du même côté que la main, quel sera l'effet? Evidemment de
porter la croupe à droite , ce qui surchargera indistinctement une des deux jambes de derrière, et le cheval partira désuni.
Je veux bien que le hasard fasse plusieurs fois rencontrer juste ; mais on aura toujours pour inconvénient de mettre le cheval de travers, et de prendre sur la force qui doit le porter en avant. Ce n'est pas tout : n'étant plus droit , par rapport a la ligne qu'il a à parcourir, il faudra de nouvelles forces et de nouveaux mouvements pour l'y maintenir, et le talent de l'écuyer consiste à en réduire l'emploi autant que faire se peut.
Il n'est qu'un cas où la première méthode qui nous occupe puisse être d'un secours véritable pour obtenir le galop sur la jambe droite, et ce cas, le voici : si, faute d'exercice préalable, l'encolure reste inclinée, et les côtes arrondies a droite, nécessairement le cheval répondra mal au moyen qu'il faudrait employer s'il était bien placé ; alors, un soutien ferme de la jambe gauche du cavalier, et la main portée de ce même coté, retireront cette inflexion, et le cheval prendra le galop sur le pied droit.
On voit donc que ce moyen , utile lorsqu'il s'agit de neutraliser la force qui arrête la position du rassembler, devient nuisible, au contraire, quand le cheval est bien placé préalable-
ment; puisqu'alors les forces, luttant également, nécessitent des forces parfaitement en harmonie avec les siennes, et l'on ne pourrait arriver a ce résultat, si la main et la jambe agissaient du même cote.
Si, parmi les écuyers partisans de ce système, quelques-uns soutiennent avoir toujours obtenu des résultats favorables avec ces procédés, je réponds que le talent d'un homme de cheval est d'obtenir promptement , et qu'il y a retard dans l'exécution toutes les fois que l'on complique inutilement les emplois de force.
Viennent ensuite ceux qui se servent de la main à gauche et des deux jambes également rapprochées pour faire prendre le galop sur le pied droit : je préfère la pratique de ces derniers, parce qu'ils déplacent moins le cheval ; ils pourraient même s'en servir avec succès sur un cheval bien dressé ; une fois la partie gauche surchargée , l'action donnée également fera précéder la partie la plus allégée. Mais le cheval qui n'a pas acquis la souplesse à l'aide de laquelle il peut changer la position de ses jambes de devant , sans que l'arrière-main se dérobe à cette translation de poids, cherchera souvent a fuir cet effet d'assujettissement , et il y parviendra , si les deux jambes sont également soutenues.
En effet, la force de l'une combattant celle de '
l'autre, le résultat sera d'activer également le cheval, mais non de faire opposition a la main; dans ce cas, l'effet local de celle-ci serait manqué ; car rien n'empêchera le cheval d'échapp de la croupe , si le cavalier ne s'empresse de faire sentir plus vivement la jambe droite. Dèslors, que devient la méthode des deux jambes également soutenues, et pourquoi des principes exclusifs?
Combattons maintenant l'opinion de ceux qui prétendent sentir le mouvement de chaque extrémité à l'allure du pas, et qui savent, disent-ils, en profiter pour /aire partir le cheval sur le pied droit ou sur le pied gauche, à leur volonté. Ce charlatanisme peut être mis en parallèle avec la botte secrète de quelques maîtres d'armes.
Les difficultés de l'équitation sont déjà en assez grand nombre, même avec la connaissance exacte des moyens les plus naturels , sans qu'on les augmente encore par des données impraticables, qui déroutent entièrement l'élève, et lui font prendre en dégoût l'exercice auquel il se livre.
D'abord, il est évident que l'effort fait par le cheval pour enlever successivement au pas les quatre jambes, est trop faible pour être senti distinctement ; voilà donc une première erreur
matérielle qui détruit le système précédent.
Nous n'admettons pas que le cavalier se serve de ses yeux ; c'est un moyen indigne de l'écuyer, dont l'assiette seule doit juger les mouvements du cheval.
Dans tous les cas , en supposant même im cavalier assez impressionnable pour sentir l'instant du posé de la jambe gauche de derrière', peut-on croire qu'il sera assez prompt dans ses mouvements pour fixer tout le poids de la masse sur cette partie , et enlever le cheval au galop sur le pied droit ? Tandis que l'animal conserve son action pour se continuer à l'allure du pas, pense-t-on qu'il soit possible de donner la position exigée , pour passer à celle du galop dans un aussi court espace de temps ? Si cet intervalle imperceptible n'est pas saisi assez rapidement pour produire son miraculeux effet, le cheval partira faux ou désuni, puisque la jambe droite reprendra aussitôt son appui et le poids
des autres jambes. Laissons de côté ces jongleries ; c'est au cavalier lui-même à provoquer ce point d'appui, par l'inclinaison lente et progressive qu'il donnera à cette masse avant de Tébranler; cette translation de poids fixera la partie qui sert de base, et, une fois déterminée, elle laissera facilement aux autres jambes la
légèreté et l'activité nécessaires. C'est le corps qui fixe et arrête les jambes, et non les jambes qui donnent l'immobilité au corps; il faut donc commencer par disposer ce dernier, pour que les extrémités ne puissent plus se mouvoir à notre insu. Ceci revient à dire qu'il n'y a pas de mouvements de jambes sans un mouvement préalable du corps, et qu'en conséquence, il ne faut pas attendre le cheval , mais bien le prévenir.
Abordons maintenant le système des meilleurs auteurs qui ont dit : « Pour mettre votre » cheval au galop sur le pied droit, rassem- » blez-le, portez la main à gauche, et faites plus » sentir la jambe droite . »
Oui, voilà effectivement la meilleure méthode pour disposer son cheval a prendre le galop sur le pied droit ; cependant encore estil qu'elle contient deux graves erreurs.
D'abord, elle est trop exclusive; il est des cas où le moyen qu'elle indique serait insuffisant et manquerait le résultat.
Quand le rassembler n'est pas complet, par exemple, et que le cheval emploie des forces contradictoires , évidemment il en faut d'opposées pour les combattre ; c'est donc à l'écuyer à juger promptement et à propos des changements et modifications que les circonstances exigent.
Le principe qui devra dominer cette méthode sera donc, je le répète encore, la nécessité d'un rassembler parfait, et le premier tort des auteurs est de n'avoir pas assez exprimé cette nécessité.
Ensuite, un autre défaut non moins grave de cette méthode , ainsi exprimée , est de tromper l'élève par la valeur même de ses termes.
En effet, on lui dit : « Faites telle chose, et vous enlèverez le cheval au galop sur tel pied. »
C'est une erreur , il faut dire : « Faites telle chose, et vous disposerez le cheval pour qu'il s'enlève sur tel pied. »
Ceci n'est pas un jeu de mots; je vais le prouver.
Pour que le cheval parte sur le pied droit , comme pour tout autre mouvement, il lui faut deux choses :
La position et l'action.
Supposons que l'élève, se fiant à votre façon de poser le principe, regarde les moyens que vous lui indiquez comme ceux qui doivent nécessairement et immédiatement produire le résultat.
Si le cheval se refuse à l'exécution, soit par mauvaise disposition, manque ou excès d'action de sa part, soit faute d'ensemble dans les aides du cavalier, que va-t-il arriver ?
L'élève, convaincu que le moyen indiqué est
d'un effet infaillible , se figurera seulement qu'il ne la pas rendu assez sensible; il forcera chacun de ses mouvements , dérangera de plus en plus la position du cheval, et, loin d'atteindre le but, il s'en écartera tout-à-fait.
Si , au contraire , vous faites bien concevoir à l'élève que le soutien de la main et de la jambe droite ne sont que des moyens préparatoires, destinés à placer son coursier, sans s'effrayer d'un instant de résistance , il comprendra qu'il faut ou augmenter ou diminuer l'action , et attendre l'effet de son impulsion, ou enfin corriger l'effet trop considérable d'une de ses aides , pour que la position et l'action du cheval, se trouvant dans les rapports voulus, le résultat suive nécessairement.
De la , deux avantages :
1° On force l'élève à convenir que tout le tort vient de lui; et dès-lors, au lieu de s'en prendre avec colère au cheval qui résiste , il ménage et coordonne ses mouvements pour se faire mieux comprendre.
2° Reconnaissant qu'il ne fait que disposer le cheval, il exécute avec plus de calme, et laisse volontiers à son intelligence le temps de saisir les effets de force , tandis qu'en cherchant a l'enlever, on surprend cette intelligence et on embrouille ses idées.
En résumé, il faut bien se pénétrer que c'est le cavalier qui donne la position, et le cheval qui prend l'allure. ( Il faut en dire autant des changements de direction.)
On conçoit que, par suite de ce raisonnement très-simple, le cavalier doit toujours s'imputer la faute d'une mauvaise exécution. Si le cheval n'obéit pas, c'est qu'il n'est pas placé convenablement, ou qu'il manque de la force impulsive qui doit le porter en avant; il est donc évident que le cheval n'exécute correctement que quand le cavalier lui a transmis une force et une répartition de poids convenables.
L'équilibre qui doit toujours servir de base au cheval exige qu'il galope sur le pied situé endedans du manège, ou, autrement dit, sur la jambe droite quand il est à main droite, ou sur la jambe gauche quand il est à main gauche. Si Tordre du jeu des extrémités était renversé, il y aurait irrégularité et danger, surtout dans les changements de direction; car si, malheureusement, le cheval se trouvait comprimé du côté déterminant, il en résulterait que les jambes ( antérieure et postérieure ) du même côté outrepasseraient le centre de gravité, et amèneraient la chute de l'animal. Si cet inconvénient, qui présente des dangers, est moins fréquent qu'il ne pourrait l'être, c'est que le cheval mal tenu
uigmzea Dy uuuyLt
cherche naturellement à reprendre l'équilibre (pie son maladroit conducteur a détruit, et qu'il l'obtient en donnant plus d'extension au cercle sur lequel il marche , ce qui amène le posé de l'autre jambe antérieure sur le sol.
Passons maintenant aux galops irréguliers ; il en est de plusieurs espèces que nous allons définir ; après quoi, nous donnerons les moyens de les rectifier.
Il n'y a qu'un galop faux ; il y a deux galops désunis : désuni du devant, désuni du derrière.
Si le cheval, étant à main droite, se trouve galoper sur le pied gauche, le galop est faux.
Comme il ne peut arriver là qu'après un mouvement de corps qui a surchargé la partie d'abord allégée, il faut par une force opposée, c'est-à-dire par le soutien ferme de la jambe gauche et de la main portée aussi à gauche, lui faire reprendre la position première. Une fois la position rendue, l'accord de ses mouvements se rétablira de lui-même.
Si les erreurs du cheval viennent de ce qu'il n'est pas encore assez familiarisé avec l'allure du galop , il faut l'arrêter et lui faire prendre un galop régulier, par les moyens précédemment indiqués. Ce temps d'arrêt devra être rigoureusement observé toutes les fois qu'il changera de pied, ou se désunira. On évite ainsi les mou-
vements brusques, qui sont toujours au détriment de l'organisation.
Examinons maintenant le cas où le cheval se désunit du devant ou du derrière. Il est désuni du devant, lorsqu'en galopant à main droite, c'est l'extrémité antérieure gauche qui commence le galop, et il Test du derrière quand l'extrémité postérieure droite reste plus en arrière que la gauche ; dans le premier cas , c'est la motion des jambes de derrière qui est régulière, et, dans le second, c'est celle des jambes de devant.
Un cheval se désunit-il dudevant? Un surcroit d'action donné avec les deux jambes facilitera l'enlevé de la partie antérieure avec la main , et, en la reportant aussitôt à gauche, on surchargera cette partie et on décidera la droite en avant; ici, il n'y a pas d'intemiption dans le galop.
Si , au contraire , il se désunit du derrière , le contact plus énergique de la jambe gauche, avec un soutien ferme et égal de la main , donnera une inflexion aux côtes de cette partie , et fixera , cette jambe postérieure sur le sol ; en outre la jambe droite du cavalier, modérant l'action de la gauche, contiendra le cheval droit, rétablira son équilibre, et le galop sur le pied droit suivra naturellement.
Je le répète , il est essentiel de soutenir vigoureusement le bras et la main ; sans cette immobilité momentanée , la jambe ne fait que donner une impulsion en avant, et manque ainsi l'effet qu'elle doit avoir sur l'arrière-main du cheval.
L'intelligence du cavalier suppléera à tous les détails que ne peut contenir une définition écrite ; il sentira le degré de force dont se sert le cheval pour changer de position , et ne lui en imprimera que la quantité suffisante pour le ramener à des mouvements réguliers, sans rien changer à son allure.
Quand une fois on aura disposé le cheval afin qu'il ait la possibilité de s'embarquer au galop sur le pied droit ou sur le gauche , quand on l'aura corrigé des irrégularités qui rendaient cette allure défectueuse, et accoutumé à se maintenir uniment aux deux mains, il sera temps de lui faire exécuter des changements de pieds, d'abord par un temps d'arrêt, ensuite du tact au tact. On les commencera sur une ligne diagonale prise quatre pas après la sortie du coin conduisant à un des grands cotés du manège, pour les clore à une pareille distance de l'angle qui se trouve près de l'autre extrémité de cette ligne.
Il est bien essentiel que le cheval soit droit
des épaules, du corps et des hanches, immédiatement après le quart de cercle qui le conduit sur là diagonale ; il faut que le quatrième pas oblique que fait le cheval le place droit sur cette nouvelle ligne; cette position devient indispensable pour lui donner celle qu'exigent les changements de pieds. Tous ces moyens préparatoires constituent, sans que l'on s'en doute , non-seulement la facilité, mais la possibilité d'exécution*
Une autre condition , non moins essentielle, est d'entretenir le même degré d'action, malgré la transmission des forces. J'explique ceci par un exemple : Si, pour obtenir le déplacement qui amène le cheval sur la ligne du changement de main, on diminuait l'action qu'il avait pré-^ cédemment et qui n'était que convenable pour la conservation de l'allure, il ne pourrait se maintenir dans cette position énergique qui lui fait sentir, apprécier et exécuter avec promptitude nos volontés ; c'est alors que disparaît tout le gracieux et même la possibilité de ce travail ; au contraire , si , malgré nous , il augmente son action pour prendre un galop plus décidé, il nous sera tout aussi difficile d'en tirer un bon parti; car, s'il dispose volontairement de ses forces , ou que nous manquions d'accord pour les lui conserver au même degré, il faudra
GALOP. i&i
entrer en lutte avec lui dans le moment même où il est le plus nécessaire qu'il soit subordonné.
J'ai toujours recommandé d'être peu exigeant dans les commencements d'un travail quelconque , et j'insiste sur la nécessité de cette prudence > qui accélérera les progrès du cheval.
Ainsi, pour obtenir les premiers changements de pied ( de droite à gauche, par exemple ), on arrêtera le cheval aux trois quarts de la diagonale, pour qu'il prenne l'allure du pas, et pendant qu'il en marquera trois ou quatre temps, on le rassemblera autant que possible; une fois les forces du cheval équilibrées entre elles , la main légèrement portée à droite , et le contact plus décidé de la jambe gauche, le disposeront a s'enlever sur le pied gauche ; dans le cas où il refuserait , c'est qu'il ne serait pas encore dans la position convenable ; alors combattez les forces opposantes, jusqu'à ce que vous ayez fait renaître l'équilibre; puis revenez immédiatement aux premiers moyens d'exécution.
11 est bien entendu que la main ne se reportera à gauche qu'après le départ de cette jambe*
La répétition fréquente de ces changements de pied , avec un temps d'arrêt , donnera au cheval le pli à l'aide duquel , plus tard , il secondera nos mouvements.
Lorsque le cheval exécutera sans résistance ces premiers changements de pieds avec un temps d'arrêt , on pourra les lui faire faire du tact au tact , c'est-à-dire sans l'arrêter. Voici comment on y parviendra :
Une fois arrivé à l'endroit voulu pour les changements de pieds , on rassemble le cheval autant que possible , afin de réunir l'effet de toutes ses forces vers un centre commun de gravité ; après cette disposition , le soutien de la jambe droite du cavalier donne une flexion aux cotes; cette flexion fixe un moment la partie droite du cheval , que surcharge immédiatement la main soutenue et portée de ce côté.
Dans cet état de choses , l'action continuant toujours à être la même , il faut bien que le cheval s'enlève du côté opposé à celui que l'on surcharge. On conçoit aisément pourquoi j'établis une différence dans les moyens h employer entre lechangement de pieds au galop et le changement de pieds avec temps d'arrêt. Dans le premier, il y a force à combattre, poids et impulsion à transmettre ; dans le second , il n'y a qu'à décider une impulsion déterminée.
Une fois le changement de pieds opéré , il reste encore à tourner le cheval à gauche : pour cela, vous ramenez la main à gauche,, et vous faites sentir progressivement la jambe gauche,
qui a toujours été rapprochée ; les moyens opposés donneront les mêmes résultats pour les changements de main de gauche à droite.
Le cheval une fois au galop, il est facile de le conserver à cette allure, en le soutenant vigoureusement, pour secourir et enlever les jambes de devant chaque fois qu'elles retombent. Si le cavalier conserve un accord assez parfait à ses aides pour ne pas changer l'action du cheval, Il donne une cadence gracieuse et continue à ses mouvements.
Avant de terminer , je dois encore mettre le lecteur en garde contre une de ces pratiques malheureuses qu'il faut proscrire, c'est celle de renverser le cheval pour obtenir un changement de pieds.
Voici ce qu'on appelle renverser un cheval :
Supposons-le au galop sur le pied droit ; le cavalier force sans ménagements l'inclinaison à droite , au point de le coucher de ce côté, pour ainsi dire, et aussitôt il le renverse à gauche. Il y a bien là une chance pour que le cheval change de pieds , mais il y en a mille pour qu'il tombe auparavant ; car il lui faut une force très-grande pour supporter ces deux mouvements brusques et contraires , qui ne peuvent jamais se faire qu'au détriment des jarrets.
Pour nous , tenons-nous à ce principe im-