‹ Dictionnaire raisonné de diplomatique chrétienneChapitre 46 sur 455 · CHANCELIER · texte numérisé non relu

CHANCELIER

]. Chanceliers chez les Roma ns ; II. dans les diplômes des rois de France.

La profession de chanceliers chez les Romains, cancellarii, désignait des écrivains ou des huissiers qui se tenaient dans les tribunaux, à la porte des cloisons grillées cancelli), derrière lesquelles siégeaient les magistrats ; leur fonction éla t de les ouvrir. Mais chex les Francs , ignorants de tout ce qui n'était pis des armes, les chanceliers devinrent des hommes publics qui jouissaient déjà de quelque distinction à la cour, comme on en peut juger d'après les loi» ripuaires. Les chanceliers qui avaient commencé, après le milieu du vur siècle, à signer des chartes particulières en faisant mention de leur titre, souscrivirent des diplômes royaux dès le règne de Charlemagnc , en s'inli ulant chanceliers. Dans le siècle suivant, ils qualifièrent leurs chefs suwmi cancellarii. cl quelquefois archicancellarii ou protocancellarii.

Le premier chancelier qui signe un précepte quasi royal esl Childradus, officier do Carloman, maire du palais en Austrasie. eu 7il ; il ne s'intitule que cancellarius. Mais sous la 2* race on voil plusieurs chanceliers prendre le litre de regiœ dignitatis ou majestalis cancellarius. Aux xr et xii* siècles, on voil encore quelques traces de es épithè es ; mais le plus ordinairement le titre de cancellarius est seul. Ces officiers s'appelaient aussi quelquefois nolarii.

Quoique, dans les temps les plus anciens, plusieurs chartes soient souscrites ad ricem cancellarii, là dénomination de vice-chancelier ne se rencontre pas avant le xr siècle; mais celle de sous- chancelier est de quelques siècles plus ancienne; on n'en voit plus après le xn* siècle. Les souscriptions de ces divers officiers, sous les deux premières races, étaient suivies de traits compliques en

153 DICTIONNAIRE DE DIPLOMATIQUE CIIUET1ENNL. ICO

forme é's, et ordinairement accompagnées appartenir à on même chanc elier, on a laissé de notes de Tiron. Elles étaient régulière- chacun maître de tirer, dans la pratique, les ment placées au bas de la page, a la diffé- conséquences qui résulteraient de la comparons de celles des référendnires, qui élaienl raison des divers éléments de celle liste arec tantôt ris-a-vis, tantôt un peu au-dessus de les originaux. Nous y arons joint oous-méme la signature du roi. quelques annotations.

Au i\' siècle, outre l'expédition des diplômes royaux , les chanceliers étaient déjà chargés île la garde des archives, comme l'avaient été les référendaires qu'ils remplaçaient.

La multiplicité des chanceliers qui dressaient , contresignaient, expédiaient les diplômes, s'est longtemps maintenue eu France, comme on peut le voir dans la liste de ces officiers. Dotn Mabillon cite plusieurs faits à l'appui de celte opinion, et montre encore, au xii' siècle, plusieurs chanceliers fonctionnant à la fois.

Au xiii* siècle, la présence des chanceliers dans les chartes royales devient rare, et la formule vacante canccllaria s'y montre continuellement. Les auteurs diplomatistes ont été d'opinions diffère nies pour expliquer ce fait. Dom Mabillon et les Bénédictins assurent que la chancellerie vaqua toujours pendant le règne de saint Louis. Cependant du Cange qualifie du titre de chanceliers de saint Louis Guarinus, Allegrinus et J. de Curia d'Auber gentille. M. de Wailly, avec sa sagacité ordinaire, a donné une explication satisfaisante de celte contradiction : il montre, par une pièce publiée par dom Mabillon lui-même, que cet auteur s'est trompé ainsi que les Bénédictins, puisque, dans un diplôme de l'année 1227, la première du règne de saint Louis, il fait figurer Guarinus avec le titre de chancelier. Mais il n'en conclut pas pour cela que les autres chanceliers, donnés comme tels par du Cange, l'aient été effectivement : il les regarde seulement comme des officiers gardes du sceau, ainsi que les chanceliers que le même auteur donne aux deux successeurs de saint Louis. Nous nous rangeons de cet avis, et nous pensons que sous le règne de saint Louis les fonctions de chanceliers, en tant que souscrip'eurs des actes, commençaient À tomber en désuétude, el que des officiers du genre des gardes des sceaux remplissaient leurs attributions. Cependant, comme ces suppositions peuvent ne pas élro entièrement exactes, on trouvera, à la liste des chanceliers, ceux que donue du Cange pour les règnes de ce prince, de Philippe III cl de Philippe IV.

La liste des chanceliers que nous allons donner esl empruntée aux Eléments de paléographie de M. de Wailly, qui l'a formée lui-même de celles qu'ont publiées du Cange et dom Mabillon, en les combinant ensemble et en les complétant. Mais comme ces renseignements, puisés à des sources différentes, se contredisent quelquefois, il était indispensable de distinguer ce qui appartenait a chaque auteur. Celles des contradictions les plus frappantes oui élé signalées; quant aux différences dans l'orthographe de certains noms propres, qui doivent cependant

Au xvur siècle, la charge de chancelier de France était la première dignité de Tordre judiciaire. Il présidait aux conseils, prononçait les arrêts au nom du roi dans les lits de justice; la garde des sceaux de la grande chancellerie lui était confiée : c'était de ces sceaux qu'il scellait non-seulement les édils et déclarations royales, mais encore toutes les lettres de chancellerie qui concernaient la finance, la distribution de la justice et la concession des dons et des grâces.

Il prélait serment entre les mains du roi, qui seul avait juridiction sur lui, el les cours souveraines lui rendaient les premiers honneurs après le roi.

Page 1