LIBRAIRIE ACADÉMIQUE DIDIER ET C", LIBRAIRES-ÉDITEURS
35, QUAI DBS AUGUSTINS, 35
Cet ouvrage est le fruit d'un demi-siècle de lectures et de méditations.
Commencé aux premières lueurs de mon intelligence et de mon cœur qui me disaient, par une sorte d'instinct, que la vie morale est la seule digne de rhomme, la seule qui rafraîchisse et console, je le termine, après soixante années d'épreuves, avec la même idée, basée cette fois sur l'étude et l'expérience de la vie.
Il existe plusieurs dictionnaires de philosophie ; chacun a eu son but spécial : celui de Bayle est le doute ; en toute chose, il trouve des motifs d'affirmer et de nier ; il cherche le point vulnérable de tout système philosophique, de toute religion, de toute morale. Diderot et d'Alembert fondaient, peu de temps après, un monument immense qu'on appela Y Encyclopédie ou le Tableau des connaissances humaines , sorte de tour de Babel où le bien et le mal, la vérité et l'erreur se coudoient à chaque page. Toutefois, l'erreur et le mal y dominent. C'était l'esprit de l'époque.
Voltaire, enfin, eut l'idée d'un Dictionymire philoso-
phique^ écrit dans le seul but d'écraser rinfftme I c'està-dire de détruire la douce et bienfaisante religion chrétienne, qui, depuis dix-neuf cents ans, moralise rhumanité et la conduit dans les voies du progrès.
D'autres sont entrés dans cette voie, en suivant la pente de leurs études, de leur esprit et du milieu dans lequel ils ont vécu; j'ai pensé queje pouvais y entrer aussi, mais avec un but contraire aux philosophes du XVIII** siècle.
Montrer ce que Thumanilé doit au Christianisme ne peut être qu'une œuvre utile, la vérité ne peut que gagner à être mise en lumière, même par une main inhabile ou une plume médiocre. Il sufiit qu'elle soit impartiale et consciencieuse.
Arrière donc tout système préconçu, tout parti-pris, toute passion mesquine ou haineuse î Ce livre, fruit de longues recherches et de méditations sérieuses, est, comme les Essais de Michel Montaigne, « un livre de » bonne foy. »
S'il se rencontre sur ma route un raisonnement fort et concluant, une preuve solide, je les reproduis « en rendant à César ce qui est à César ». Dans un ouvrage de cette nature, fait par un seul homme, il n'est guère possible que cet homme tire tout de son propre fond. 11 est alors obligé de recourir aux maîtres de toutes les nations et de tous les siècles, mais il doit faire connaître les sources où il a puisé (^l).
N'ayant, en aucune façon, la prétention de faire un dictionnaire historique ou biographique, je me suis borné à esquisser la vie des hommes qui se sont occupés de philosophie morale ou religieuse, comme Confucius, Zoroastre, Socrate, Platon, Cicéron, parmi les anciens;
(l) Si je cite tcxtui'Uemcnt, je fais précéder la citation d'un trait — ; si je ne prends que des fragments, je les indique par des guillemets « » ou par des notes au bas des pages. Enfin» si c'est un simple résumé, si je n'ai pris que les idées générales, je le dis aussi . Ce qui appartient en propre à l'auteur doit toujours venir en preinièro ligne, les ritations suivent pour cifrrohorer l'idée première.
Abélard, Montaigne, François de Sales, dans le moyen âge; Descartes, Pascal, Reid ou Dugald-Stewart, dans les temps modernes ; encore Tai-je fait d'une manière sommaire, plutôt pour indiquer les sources où Ton peut puiser que pour résumer leur vie et leur doctrine.
Je commence chaque article par la définition exacte du mot, d'après les meilleurs lexiques; j*y joins des observations raisonnées et plus étendues sur la portée, la valeur et l'application de ce mot à la philosophie morale ; puis, viennent les citations, c'est-à-dire l'opinion des auteurs anciens et modernes, de quelque au* torité, sur le même sujet.
Cette mine inépuisable qu'on appelle le cœur humain a été fouillée par d'illustres écrivains; je ne sache pas qu'aucun l'ait encore fait à ce point de vue : montrer les bienfaits dont le Christianisme a doté le monde moral.
Je m'explique : J'admets que l'homme comprenne que le sensualisme est une doctrine fausse, que la sagesse ancienne est une transaction vicieuse, que le spiritualisme est incomplet, quelle loi suivra-t-il? Le renoncement à lui-même, Tabnégation, l'amour du bien. — Soit!... Mais où prendra-t-il la force pour cette abnégation? Gomment parviendra-t-il à faire ce bien qu'il aime ? Peut-ii, pour servir une abstraction, sacrifier son corps, souffrir, faire taire ses appétits, ses passions et souvent les plus doux sentiments ? — Non, une idée, une abstraction, quelque admirables qu'elles paraissent, n'ont pas cette puissance. 11 n'aurait jamais cru à la possibilité d'un pareil sacrifice, si l'exemple ne lui en eût été donné avec le précepte, s'il ne lui eût été démontré humainement que le passage dans ce monde est une épreuve et que la mort du corps est le commencement de la vie de l'àme.
Alors seulement, il a pu comprendre l'espérance et la charité; alors seulement, il a su être patient sansapathie, courageux sans orgueil, humble sans lâcheté. C'est que le mystère de l'humilité et de la souffrance
lui a été expliqué. Le Christ, avec renseignement, lui a donné le modèle.
On ne sera point étonné de ne pas trouver dans ce dictionnaire les mots abstraction, aperception^ intuition, syndérèse, modalité, ontologie, identité, monade, etc., car nous n'avons pas à nous occuper de la science purement métaphysique, comme Tout fait récemment quelques professeurs éminents de TUniversité (i). Tout ici doit être clair et à la portée de la majorité des lecteurs pour lesquels j'écris.
(1) Y. le Dictionnaire des Sciences philosophiques ; 6 vol. in-8.
DE
ilLbandon. — Avec des idées nouvelles, les mois changent souvent de signification. D'après les anciens dictionnaires le mot o&anr^on signiûait seulement indolence, négligence de ses intérêts. Le Christianisme a fait de ce mot le synonyme de résignation en rappliquant à la volonlé de Dieu. Abandon n*a plus été que le renoncement à soi. a II faut vivre, a dit Bourdaloue, dans un plein abandon de soi-môme à la volonté de Dieu, i « Si quelque chose est capable de mettre un cœur au large et en liberté, dit à son tour Fénelon, c'est cet abandon à la Providence. »
Le grain do blé devient épi, le gland prend les proportions du chêne, la pluie rafraîchit la terre, le soleil éclaire le monde, les constellations se balancent autour de ces globes dans un ad mirable ensemble, sans que rien trouble cotte magnifique harmonie. C'est que la main do Dieu, qui les a créés, n'y trouve point d'obstacles; aussi le poète a-t-il pu dire :
Cœli enarrant gloriam Dei.
Pourquoi n'en est-il pas de même de l'homme ?
C'est que Dieu a voulu le faire libre et que, trompé par ses sens, par ses passions, il abuse de sa liberté et laisse le bonheur pour l'ombre, l'avenir pour le présent et l'éternité pour le temps.
Il n'y a donc qu'une chose sage en ce monde, sar:o et ration-
nello en même temps : Vabandon. L'abandon complet et sans retour sur soi-même. Quand on a accompli tous ses devoirs, on ne goûte de vrai repos, de vrai bonheur qu'en cet état de Tâmc.
Avec l'abandon, on goûte, au lieu des passions et des poisons que la Société distille incessamment, une paix, une douceur qui surpasse tout ce qui, en tout autre état, peut être senti et goûté de plus consolant.
Mais il faut pour cela nous défier des consolations qui nous viennent des hommes. Elles sont passagères et souvent trompeuses.
Ne rejetons pas sur les exigences de notre position, de nos fonctions, de notre famille, l'obstacle à notre abandon à Dieu... No peut-on se donner à lui et se laisser guider au milieu des embarras du monde, aussi bien que dans la solitude? Notre faiblesse et nos fautes ne nous font-elles pas sentir au contraire le besoin que nous avons de sa main toute puissante ?
Le meilleur moyen de réparer une faute, c'est, au moment où on s'en aperçoit, de jeter un simple regard vers Dieu, de s'en repentir et de se replonger en lui, comme dans un asile inaccessible à l'ennemi. Puis marcher avec courage, comme si on n'était pas tombé.
Nous ne sommes troublés, inquiets, découragés que lorsque nous hésitons à nous abandonner. C'est un fait facile à vériGer; qu'il porte donc ses fruits.
Travaillons à modérer notre vivacité, même pour le bien. Tout ce que nous faisons humainement et de nous-mêmes est souvent de travers ; mais que cette idée ne nous conduise pas au découragement, ce serait une misère plus grande que les autres.
Il y a dans l'homme un fonds inépuisable d'orgueil ; combattons cette tendance.
Laissons les riens pour posséder le tout; vivons jour à jour, heure à heure, sans soucis, sans désirs, sans prévoyance inquiète et sans crainte. Donnons-nous à Dieu avec cette confiance parfaite qu'il demande de nous. Quand il nous console, c'est que cela nous est utile ; quand il nous afflige, c'est qu'il voit que cela nous est nécessaire ; acceptons avec reconnaissance et respectons ce qu'il nous envoie.
Aliaftement. — Langueur de l'âme; affaiblisse-
ment des forces morales; tristesse profonde et prolongée.
L'abattement est souvent pire que sa cause : il met le comble à nos maux en nous enlevant les moyens d'y remédier. C'est la tristesse à sa dernière limite ; c'est un mal de Tâme qui plonge sa victime dans un abîme sans fond, et qui produit quelquefois le plus terrible phénomène moral que Ton puisse redouter : la folie.
Quand elle n'arrive pas, rabattement peut se terminer par la ruine du corps ; c*est un mal secret qui mine sourdement jusqu'aux organisations les plus fortes. C'est un poison lent qui s'inocule peu à peu dans les veines. Les forces diminuent, la fraîcheur se fane, la vie languit et finit par s'éteindre, comme une lampe dont Thuile est épuisée : mullos enim occidit trisiUia (1 ).
iiLbbaye. — Communauté monastique.
C'est en Orient qu'est née la vie monastique. Elle ne s'introduisit en Occident que vers le milieu du v^ siècle. Dans l'origine, moines et abbés étaient laïques ; plus tard, ils appartinrent au clergé. Il faut distinguer les abbayes des simples monastères. Lorsque le goût do la vie monastique eût donné naissance à des ordres nombreux, le nom d'abbé, d'abord réservé au supérieur de chaque monastère, fut appliqué au chef des fractions de Tordre et le nom d'Maye désigna les monastères les plus importants.
Parmi les abbayes qui occupent un rang dans l'histoire on cite celles de Cluny, de Citeaux, de Prémontré et de Sept-Fons en France, de Fulde et de Cowey en Allemagne, de Saint-Gall en Suisse, du Mont-Cas.4in en Italie et de Westminster en Angleterre.
Les abbayes ont rendu de grands services à l'agriculture, aux sciences et aux lettres. On doit constater, avec M. de Montalembert, < la mise en culture, par leurs mains, de tant de déserts et de tant de forêts, la conservation de tant de monuments historiques... » Celles des Bénédictins, surtout, furent de grands foyers littéraires.
L'Almanach royal de 4787 compte 049 abbayes; elles ont toujours été un centre d'instruction religieuse ou de bienfaisance.
i%l>t>é« — Ce mol, dérivé du syriaque, signifie Père, (1) Eceles., xxx, -i5.
Dans l'origine un abbé était seulement le supérieur d*uQ monastère religieux érigé en abbaye. Aujourd'hui ce titre a un sens plus étendu : c'est une appellation commune à ceux qui sont engagés dans les ordres.
ilLl>élard* — Moine, théologien et philosophe, né en <! 079, mort en 4142. L'étendue de son savoir, son éloquence, ses leçons dans les écoles de Paris, ses controverses avec Guillaume de Champeaux. avec saint Bernard au concile de Châlons et les péripéties romanesques de sa vie, que nous n'avons pas à raconter ici, ont rendu son nom très célèbre.
Il enseigna avec le plus grand succès la philosophie scolastique à Meiun, à Corbeil et à Paris où il comptait plus de trois mille auditeurs.
Il attaqua dans ses leçons la doctrine du Réalisme et celle du Nominalisme pour y substituer le système du Conceptualisme qui tenait le milieu et était comme un compromis entre les deux doctrines. Il abandonna plus tard Tétudc de la philosophie pour se consacrer à la théologie; mais il fut accusé d'avoir émis des opinions hétérodoxes et condamné par deux conciles.
Plus tard, Pierre le Vénérable le fit rentrer en grâce près du Saint-Siège. Il se retira alors au prieuré de Saint-Marcel où il s'éteignit dans le recueillement et la solitude.
Abélard est considéré comme le principal fondateur de la philosophie du moyen âge (1).
ilLcadiéinle. — Ce nom fut donné par les Athéniens à une promenade ornée d'oliviers et de platanes dont l'emplacement avait été légué à la République par un contemporain de Thésée nommé Academus.
Platon qui possédait, dans le voisinage, un petit domaine, y ouvrit une école de philosophie où une société de savants, d'artistes et de poètes venait entendre ses leçons.
Après lui Speusippe,, Xénocrate et plus tard Arcésilas, Carnéades, Clitomaque, Philon, etc., fondèrent, sous le même nom, d'autres réunions dans lesquelles on s'occupait de philosophie, préconisant et soutenant tour à tour le Spiritualisme et le Sen-
(1) V. la Vie d' Abélard par Charles de RcJmusat. 1845.
sualisme, le Probabilisme, le Scepticisme, TEcclectisme, le Syncratisme, le Mysticisme, etc.
V Académie française fut fondée, en 4 635, deux mille ans après, par lettres patentes de Louis XIII. Son principal but était de composer un dictionnaire qui fixât la langue. Richelieu est le véritable fondateur de l'Académie française.
Parmi les plus célèbres philosophes qui en ont fait partie, nous citerons Bossuet, Fénelon, Montesquieu, d'Alembert, Condillac, le comte Ferrand, de Donald, Droz, de Ségur, Royer- Gollard, Rémusat et Guizot.
Si le nombre en est restreint; c'est que la Philosophie a, moins que les Lettres, ambitionné cette distinction.
accablement. — L'accablement du corps vient de maladie ou de fatigue. L'accablement de l'esprit est un état de l'âme qui succombe sous le poids de ses peines.
L'accablement et rabattement produisent le découragement qui est aussi une faiblesse de Tâme, et nous fait abandonner une entreprise commencée en nous étant le courage nécessaire pour la mener à bonne fin.
L'adversité qui abat les cœurs faibles grandit les âmes fortes; elle élève les caractères qu'elle ne dégrade pas (1).
— Puisque la considération est la seule indemnité de la vieillesse, tâchons de devenir plus respectables à mesure que nous devenons moins aimables.
Dans la jeunesse évitons la fougue des passions, dans l'âge mûr les spéculations malsaines d'argent ou d'ambition, et dans la vieillesse enfm essayons de nous faire pardonner nos infirmités par beaucoup de bienveillance, de douce gaité et d'abnégation. Quand on ne peut plus vivre pour soi, il faut savoir vivre pour les autres.
— Chaque âge a ses plaisirs, son esprit et ses mœurs.
(Boileau).
aigreur. — Disposition d'esprit et d'humeur qui porte à (1) V. abattement.
faire ou à dire des choses blessantes. — Cost le contraire de la bienveillance. Cette dernière vient à bout de résistances que l'aigreur rend invincibles.
L'aigreur est un défaut que le vrai chrétien ne connaît pas.
i^lembert (d')« — Philosophe français du xviii*^ siècle.
11 naquit à Paris en 4747 et fut abandonné dès sa naissance. Recueilli par la police et confié à un pauvre vitrier, il répondit par la plus vive affection aux soins qu'on lui prodigua et refusa d'aller chez sa mère, M°*^ do Tencin, quand il apprit le secret de sa naissance.
Il ressentit, encore jeune, une vive passion pour les malhémathiques et publia, à 22 ans, de savants mémoires qui le firent admettre à l'Académie des sciences en 4741 . S'il n'était pas sorti de cette voie nous n'en parlerions pas ici, mais il fut, avec Diderot, l'un des fondateurs de TEncyclopédie dont il rédigea lo discours préliminaire qui grandit encore sa réputation. Devenu membre et secrétaire perpétuel de l'Académie française, il composa do nombreux ouvrages, parmi lesquels des éléments et des mélanges de philosophie.
Il est mort en 4783, à Tâge de 66 ans.
Ambition» — Désir excessif des honneurs, de la puissance et de la gloire. Recherche des dignités, passion qui nous pousse à monter toujours et à étendre la sphère de notre pouvoir.
Bacon distinguait trois sortes d'ambition : celle de gouverner un peuple et d'en faire l'instrument de ses desseins, celle d'assurer à son pays la suprématie sur tous les autres, enfin celle d'élever l'humanité tout entière, en augmentant le trésor de ses connaissances. Il en est malheureusement de moins nobles... mais, quoiqu'elle soit, en général, considérée comme un vice de notre nature, Tambition est parfois la source de quelques vertus. La moralité et la légitimité de l'ambition dépendent du but qu'elle poursuit et des moyens dont elle use : a II y a et il y aura toujours des ambitieux, dit M. Prévost-Paradol, car l'ambition est un élément essentiel des sociétés. Dans un pays libre l'ambition est éloquente, active, utile au pays ; elle s'avoue et cherche à se légitimer, en même temps qu'à se satisfaire. Il y a eu des ambi-
DE PHILOSOPHIE MORALE. il
lieux en Angleterre qui s'appelaient Pitt, Fox, Ganning ; il y en a eu en Perse et en Chine qui n'ont point de nom, parce que les premiers agrandissent leur pays et que les seconds n'agrandissent que leur fortune. »
Lorsque l'ambition s*empare de l'âme, elle y ëtoufle tout autre sentiment. Elle a cela de commun avec les autres passions qu'elle promet le bonheur sans le donner jamais.
ilLinbroise (S^). — Père de l'Eglise latine, ne à Trêves, vers l'an 340. Élu ëvôque de Milan par le peuple, il fut sacré en 374 et signala son ëpiscopat par un zèle ferme et éclairé, il résista à fimpëratrico Justine qui favorisait les Ariens, les fit condamner au concile d*Aquilée et refusa l'entrée de l'église de Milan à l'empereur Théodose jusqu'à ce qu'il eût fait pénitence du massacre de Thessaloniquo. Il vendit les vases sacrés pour racheter les captifs.
Saint Ambroise mourut en 397 ; il fit laissé plusieurs ouvrages parmi lesquels on distingue le Trailé des devoirs, qui a été traduit en français sous le titre de Morale des ecclésiastiques. St Augustin, qui reçut de lui le baptême, le dépeint comme le modèle de cet opiscopat chrétien qui était, à cette époque de barbarie, la seule magistrature digne de ce nom.
A.ine* — L*âme est ce qui sent, pense et veut; c'est le sujet de toutes les modifications affectives, intellectuelles et volontaires que la conscience nous révèle et qu'elle nous montre réunies dans un principe un et identique, dont tous les phénomènes ne sont que des modes divers, des développements et des manifestations.
Quelle est la nature de ce principe ? Est-il distinct de la matière ? La physiologie est contrainte d'avouer que la pensée provient d'une substance différente du corps, et la philosophie que la nutrition et la sensation reviennent à une substance différante de l'esprit?
Il faut reconnaître comme appartenant à l'âme tout ce que la conscience saisit et embrasse dans sa puissante unité.
Dans la sciisation, l'âme est passive ; dans les opérations intellectuelles, elle est active. Ces opérations sont de deux sortes : celles do l'entendement et celles de la volonté.
Los opëralions de l'entcndemenl sont au nombre de trois : la pensée, le raisonnement, le jugement.
La volonté suppose la liberté. 11 y a cette différence entre l'entendement et la volonté que cette dernière e^t libre, tandis que l'entendement ne Test pas ; quelques sophistes ont voulu nier la liberté de l'homme, mais ce n'est pas sérieux et eux-mêmes y croient si peu qu'ils s'emporteront contre vous si vous les frappez et qu'ils ne s'emporteront pas contre une tuile que le vent aura fait tomber sur leur tôte... Ils reconnaissent donc la liberté, dont ils cherchent à effacer le sentiment profondément gravé dans nos âmes.
L'âme étant immatérielle ne peut périr : la destruction n'est que la séparation des parties essentielles qui composent un être ; l'âme n'ayant pas de parties ne peut se décomposer.
On a tiré de l'état des enfants, des malades et des vieillards un argument contre l'existence de Tâme... mais l'âme ne peut être altérée dans son essente par le mauvais état de l'instrument ; elle attend qu'il puisse servir et est condamnée jusque-là à l'inertie. Ainsi, le brouillard, qui cache le soleil, ne lui enlève ni son foyer de lumière, ni sa chaleur. ;A mesure qu'il se dissipe, cet astre se montre aux yeux et les éblouit. Par la même raison, une ûèvre cérébrale ou la caducité peuvent déranger les facultés intellectuelles. L'homme étant un être complexe, l'harmonie entre l'âme et le corps doit être parfaite. La mémoire et la réflexion ajoutent à ses facultés; de là la supériorité de l'homme sur l'enfant; mais, la vieillesse arrivant, la mémoire se perd, de là son infériorité sur l'âge mûr. Les facultés affectives peuvent rester les mêmes, celles de l'intelligence décroissent.
a On peut ne pas approfondir l'opinion de Copernic, dit Pascal, mais il importo à toute la vie de savoir si l'âme est mortelle ou immortelle, jo
Cela nous importe si fort, en effet, et nous touche si profondément qu'il faut avoir perdu tout sentiment pour être dans l'indifférence à ce sujet. Toutes nos actions, toutes nos pensées doivent prendre des roules si différentes, selon qu'il y aura ou non une autre vie, qu'il est impossible de faire une démarche sensée, si ce n'est en la réglant là-dessus.
Or, le doute est-il raisonnablement permis? Tout ne nous dit-il pas que si notre corps appartient à l'univers, duquel il tire à chaque instant les matériaux qui le composent, et qu'il lui rend par la mort, notre âme est à nous, elle est nous?
La volonté qui, s'affranchissant de l'empire des mouvements organiques, triomphe de la sensation, est la preuve irrécusable de l'immatérialité do l'âme et de sa supériorité sur le corps : une mère veille depuis plusieurs nuits son enfant malade, son corps tombe de fatigue et de sommeil ; son amour la tient pourtant éveillée. Le besoin de dormir, le désir plus fort de ne pas dormir peuvent-ils provenir d'une même source? Est-ce le corps qui veut le contraire de ce qu'il veut?
Si l'âme mourait avec le corps, si notre vie était son but à elle-même, son principe et sa fm, elle serait la condition de toute jouissance. Dès lors la nécessité d'obéir au devoir qui, en certaines circonstances, ordonne de se sacrifier, ne serait qu'une contradiction à l'essence de notre être, une lyrannique absurdité; la résignation ne serait que de l'impuissance et de la faiblesse. Il y a cependant plus que cela : ainsi, par exemple, à force de malheurs, de réflexion et de conformité à la volonté de Dieu, Louis XVI et sa royale sœur en étaient arrivés à cet état de sublime indifférence où l'homme, impartial entre la crainte et l'espoir, n'a de préférence que pour la décision d'en haut. Etat surnaturel de notre âme où l'humanité s'élevant au-dessus de ses propres désirs, brave les coups de la fortune, ne souffre que de son corps et n'a plus de volonté que celle de la Providence, c La Philosophie avait donné ces conseils, dans les revers, aux sages de l'antiquité, le Christianisme a fait de cette résignation un dogme et en a donné, du haut de la croix, l'exemple au monde nouveau (1). »
Dans le courant de la vie humaine, rien n'est but et tout est moyen ; le but est donc à la fin, c'est-à-dire à la mort... Rien ne prouve mieux l'immortalité de l'âme : manger, c'est nourrir son corps, moyen de vivre. — Dormir, ce n'est pas vivre apparemment, mais c'est un moyen de réparer ses forces. — Étudier, c'est orner son intelligence pour l'avenir, c'est acquérir le moyen
'l) Lamartine.
de passer la vie plus agréablement. — Travailler, c*est prendre le moyen de gagner Tor nécessaire à Texistence...
Qu'est-ce donc que cette vie (qui occupe cependant toutes nos pensées) pour qu'on attache de Timportance à ses plus sérieuses vicissitudes ? (ju est-ce que la pauvreté, le malheur, sinon des accidents de position et de forme dans l'immensité des siècles, épreuves nécessaires d'une âme mal aiïormie ou conditions de Tordre universel. Ces accidents, qui brisent le courage, doivent concourir peut-être, dans le plan sublime de la création, à l'ensemble de sa merveilleuse harmonie. Ce qui est est ce qui doit être puisque Dieu l'a permis. Nous ne savons pas pourquoi il Va permis, nous ne pouvons le savoir, mais ce que nous ne savons pas, Dieu le sait.
Si nous voulions accumuler les preuves de 1* immortalité de l'âme, nous n'aurions qu'à parcourir les ouvrages des écrivains chrétiens depuis les Pères de l'Église, mais nous n'avons pas besoin de tant d'efforts pour convaincre nos lecteurs. Néanmoins qu'ils nous permettent un argument tout nouveau puisé dans une découverte récente : le cldoro forme.
Si, comme le prétend la philosophie matérialiste, « l'âme est un composé d'atomes fins et déliés [!)... » Cette âme toute matérielle ne fait qu'un avec le corps, elle doit dès lors souffrir quand il souffre... S'il en est ainsi, comment se fait-il que l'âmo fasse des rêves dorés et soit en extase quand on mutile le corps ? Les nerfs sont coupés par le chirurgien, le sang s'écoule, un membre se sépare du tronc et elle jouit au moment d'une si affreuse mutilation 1 Ceci est prouvé par des ex|)ériences ré[)étées.
Supposons maintenant la rupture d'un artère indispensable, le corps n'est plus dans les conditions qui constituent sa vie ; pourquoi l'âme, qui jouissait et était séparée du corps par les sensations, mourrait-elle avec lui ? Ne semble-t-il pas plus rationnel et plus conséquent de croire qu'elle s'enfuit au plus tût, ravie d'être débarrassée d'une enveloppe à laquelle elle doit tous ses ennuis, toutes ses souillures et avec lacpieile elle n'a cessé d'être en lutte I
Socrate semblait avoir deviné cette séparation lorsqu'il disait : « Quand l'âme parvient à s'affranchir des sens et qu'elle examine
(1) Épiciiro.
DE PHILOSOPHIE MOHALE. 13
elle-même les choses, alors elle se porte à ce qui est pur, éternel, immuable; elle y reste attachée, comme étant de même nature, aussi longtemps qu'elle a la force de demeurer isolée ; ses égare* roents cessent, elle est toujours la même. En se rendant indépendante des passions, en ne se départant jamais de ce qui est vrai et divin, Fâme acquiert la conviction qu'elle doit vivre ainsi tant qu'elle est dans cette vie et qu'après la mort elle ira se réunir à ce qui lui est semblable et sera délivrée des maux de l'humanité...»
Terminons ces réflexions par une page, aussi éloquente que vraie, tirée du livre du Devoir do Jules Simon :
a Les martyrs les plus à plaindre ne sont pas ceux qui meurent tragiquement et dont l'histoire arrache des pleurs : il y a des infortunes moins visibles, des douleurs de chaque jour, des déceptions sans cesse renouvelées, des amitiés trahies, des injustices subies; supplices obscurs et sans nom qui durent soixante ans et n'obtiennent pas même cette dernière des consolations humaines : la pitié 1 Quand une vie s'est ainsi traînée si longtemps de douleurs en douleurs jusqu'à la mort, que lui réserve Dieu pour récompense? Sera-ce le néant? Lui qui a vu la lutte et la victoire intérieure, qui sait la Gdélilé au devoir et qui a mesuré ce qu'elle a coûté, quand il a refusé à cette âme blessée un bonheur, un répit, une lueur dans ces ténèbres, n'a-t-il rien à lui dire au moment où la force lui manque pour souffrir plus longtemps ? Oh I si : la religion veille sur le lit de mort, elle murmure à l'o* reille du mourant des paroles d'immortalité. Il a souffert de la misère, il a aimé sans être compris, il a créé de grandes œuvres qu'on a rejetées avec dédain ; le monde n'a voulu ni de son cœur, ni de son génie... La religion lui répète qu'un père l'attend au delà du tombeau, un père qui l'a éprouvé, qui maintenant le bénit et qui va le recevoir fatigué de la route, brisé, torturé, à bout do force, mais renaissant pour une vie nouvelle... Voilà le véritable oreiller pour s* endormir du dernier sommeil.
Mais... disparaître en perdant le souvenir de son identité, n'estce pas encore mourir ! S'absorber dans le sein de Dieu n'est qu'une contradiction et une absurdité. Est-ce qu'un être Gni peut se fondre avec TinGni de manière que ces deux êtres, unis ensemble, n'en fassent plus qu'un seul ? Quelle différence y a-t-il entre cette absorption et l'anéantissement ? Si Dieu est la substance
IG DICTIONNAIR?: RAISONNl^:
unique, il ne reste rien de moi après «juo ma conscience s'est éteinte ; et quelle plus triste équivoque que d'appoler cetlo mort immortalité, ou de proposer ce néant du cœur et de la pensée comme une récompense !
Nous retrouvons là le panthéisme, et nous le retrouvons aussi dénué de preuves, aussi contradictoire et aussi cruel. Oui, c'est une cruelle doctrine qui nous dispute également le présent et l'avenir, qui fait de ce monde un rêve au lieu d'une réalité, et, au moment où nous nous éveillons, nous détruit.
L'immortalité à laquelle nous croyons n'est donc pas cette immortalité dérisoire de la substance qui rend l'immortalité inutile, la peine et la récompense impossibles et qui ne repose que sur des non sens et des contradictions, c'est l'immortalité de ce qui constitue Thomme : de son cœur et de son esprit. En un mot, c'est l'immortalité de la personne. Au moment venu. le trépas jette son ombre sur nous, le monde disparaît et nous nous retrouvons tout entier do l'autre cùté do la tombe. »
— L'aspiration instinctive de l'homme vers l'infini n'indiquet-elle pas qu'il doit y avoir pour lui quelque chose après la mort? L'homme est en marche vers l'infini, qui lui échappe toujours et que toujours il poursuit. Il le conroit, il le sent, il le porte, on luimôme. Comment sa fin serait-elle ailleurs ? De là cette universelle espérance d'une autre vie dont témoignent tous les cultes, toutes les poésies, toutes 1rs traditions. Nous tendons à l'infini de toutes nos puissances ; la mort vient interrompre cette destinée' qui cherche son terme ; elle la surprend inache\ée. Il est donc vraj qu'il y a quelque chose après la mort, puisqu'à la mort, en nous rien n'est terminé... Tous les êtres créés atteignent leur fin ; l'homme seul n'atteindrait pas la sienne I La 'plus noble des créatures serait la plus maltraitée ! Mais un être qui demeurerait incomplet, qui n'atteindrait pas la fin que tous ses instincts proclament, serait un monstre dans Tordre éternel ! probl(>me bien autrement difficile que les difficultés qu'on élève contre l'immortalité de l'ame ! (V. Cousin.)
— Le mot âme \ient du latin : souflle, vie, anima ! elle est le siège de la sensibilité, de l'entendement et de la volonté.
L'âme soutient le corps aux prises avec la douleur et la mort;
plus elle s'ëlève, moins le corps a de besoins ; il baisse avec Tàge, mais non pas l'âme, par laquelle nous aimons ; elle n'a point (l*âge.
(Lacordaire.)
— Tout tombe, disparait et finit ici-bas.
A ces biens passagers ne nous attachons pas.
Tout vieillit et tout meurt, tout, excepté notre âme
Qui ne perdra jamais sa chaleur et sa flamme...
Ranime-toi, mon cœur, et que cette pensée Soit un baume divin, une douce rosée : Oui, nous retrouverons nos parents, nos amis; Plus d'adieux 1 pour toujours nous serons réunis !
(Marie de Beau val}.
amitié. — Affection mêlée d'estime, attachement de deux personnes, l'une pour l'autre.
Les facultés les plus précieuses de l'âme sont Tintelligence et l'amour. L'amour divin est le plus pur, le plus noble, mais il ne peut être le seul : l'homme est né sociable; de là la famille et ses devoirs ; de là l'amour paternel, l'amour filial, qui lient l'homme à l'homme par des liens indissolubles.
Mais les liens de famille sont-ils les seuls permis ?
Indépendamment de cette charité qui embrasse et confond tous nos semblables, est-il défendu à l'homme de choisir parmi les âmes d'élite une âme qui comprenne la sienne et devienne meilleure à son contact, comme il s'améliore au sien ? Noh, certes, une pareille idée serait impie. Le respect vient se placer entre le père et le fils, l'intérêt entre les frères, le choix est donc permis, et toute amitié, même celle qui existe entre les sexes différents, sera excellente, si elle a son lien en Dieu, si elle tend vers Dieu. C'est sans doute cette pensée qui excita saint François de Sales à s'écrier : « Oh I qu'il fait bon aymer en terre comme l'on ayme au ciel, d'apprendre à s'entrechérir en ce monde, comme nous ferons éternellement en l'autre ! Le baume délicieux de la piété distille de l'un des cœurs en l'autre par une continuelle participation, et l'on peut dire que Dieu a répandu sur cette amitié sa bénédiction et la vie, jusqu'aux siècles des siècles t i
Tout ne meurt pas en effet avec nous et quand l'enveloppe des
senâ est rompue, meilleare est l'amitié dégagée des liens terrestres, f Plusieurs vous diront, ajoute ce saint, qui avait compris tout ce qu'il y a de pur et d'excellent dans cette liaison do deux âmes, et ce besoin de verser dans un cœur ami le trop plein d'aiïection dont le Créateur a doué les meilleures natures, plusieurs vous diront qu'il ne faut avoir aucune sorte de particulière afTection, d'autant que cela occupe le cœur, distrait l'esprit, engendre les envies et les propos; mais ils se trompent en leurs conseils, sinon pour les habitants des monastères, qui ont des règles plus sévères , au moins pour les mondains. Il leur est nécessaire à eux de s'allier les uns aux autres par une sainte amitié ; car, par icelle, ils s'animent, ils s'aydent, ils s'entreporlcnt au bien, et si ceux qui cheminent en la plaine n'ont pas le soin de se prestcr la main, ceux qui sont es chemins scabreux et glissants s'entretiennent l'un l'autre pour cheminer plus sûrement... »
Quelle douce explication du plus doux des sentiments ! Le fort aime le faible et l'aide en son chemin, le faible s'appuie sur le bras du fort et le bénit de son appui.
C'est là Tamitié chrétienne, la seule qui, dégagée des sens, ennoblisse l'âme.
Sans elle nous languissons dans notre isolement, tourmentés par la conscience de ce que nous sommes et do ce qui nous manque : empressés, dès que nous avons reconnu chez un être de notre espèce des sentiments semblables aux nôtres, de nous en rapprocher par l'amitié, d'unir à nous cette autre existence qui parait nous appartenir, puisqu'elle nous est semblable. Aussitôt que deux individus se sont rencontrés dans une même pensée, en eux s'élève une disposition d'affection, légère, s'ils se tiennent par ce seul fil, mais toujours plus forte à mesure que se manifestent entre eux plus d'idées conformes et capables de les réunir dans une volonté commune. Il n'est personne qui, en aimant, ne se soit senti agité du besoin d'aimer d'avantage. L'énergie de notre affection s'irritait de son insuffisance et nous découvrait des immensités d'amour, auxquelles nous ne sentions que la force d'aspirer, et non la possibilité d'atteindre.
Placés a ce point de vue, l'amitié ne peut réellement exister qu'entre des êtres bons et purs.
L'intérêt qui unit les méchants, les désunit bientôt : un brigand
n*a pas d'amis, il n'a que des complices; Phomme bon et faible au contraire, a toujours besoin de ces paroles de vie, qui soutiennent un cœur prôt à défaillir dans les misères humaines.
Une amitié fausse flattera les passions, trouvera une excuse à le faiblesse ; une amitié vraie montrera les écueils, fera voir le port et guidera la barque du pécheur à travers les flots écumeux; et si, au lieu d'une mer agitée, c'est sur une eau belle et limpide que vogue la barque, d'autres charmes saisissent l'âme et la captivent.
Alors, comme le dit l'évéque d'Hippone : « C'est un échange de bienveillance et d'enjouement, dissentiments rares et sans aigreur, léger assaisonnement de contradiction qui relève la fadeur d'une trop constante uniformité , instruction réciproque ; tout autant de foyers où les esprits se confondent et se réduisent àfl'unilé... »
Que sont les joies du monde comparées à celles-là ? Que sont les plaisirs dévorants do l'ambition, les plaisirs de la table, qui nous assimilent à la brute, les plaisirs de l'imagination, qui s'évanouissent en fumée, les plaisirs de l'esprit, qui nous font des envieux... quand ils ne nous font pas des ennemis?
En élevant ainsi l'amitié à la hauteur des plus nobles sentiments, est-ce à dire qu'elle n'a pas ses travers, ses exigences, ses jalousies, ses déceptions 1 Non, certes ; et ce serait trop présumer de l'humaine créature. L'amitié peut avoir ses jalousies comme elle a ses préférences, car sans cela elle ne serait pas amitié, mais ses. jalousies n'ont rien d'amer, rien de sombre, et si un repli de rose suffit pour la blesser, un sourire bienveillant la ramène.
C'est que, si l'amour est une passion, l'amitié est un sentiment; c'est que l'un nait du caprice, l'autre de la réflexion. On parle de ses déceptions I C'est, hélas I qu'il n'y a de durable que ces amitiés, en présence desquelles Dieu nous aime.
Celles-là sont pures, délicieuses au souvenir, et ne s'effacent jamais. Aussi l'amitié, la véritable amitié ne peut exister qu*entre des âmes privilégiées, qui sachent et puissent faire abstraction du moi et des sens, et des petites passions qu'ils excitent, pour se dévouer en entier, et ne faire de deux vies qu'une vie. La mort est alors la seule séparation possible , et , sans le secours , sans l'idée de Dieu, elle est affreuse. Aussi Augustin disait-il avant sa
conversion, lorsqu'il perdit le compagnon de ses études et de ses plaisirs : « Je ne trouvai de consolation que dans mes larmes , qui, ayant succédé à mon ami, étaient devenues les seules délices de ma vie 1 » S'il eût alors connu Dieu et ses joies ineffables, au lieu de dire à cet ami un éternel et désolant adieu, il lui eût tendu Ja main, avec ces mots si doux du christianisme : Au revoir dans le ciel.
Sans la vertu, point d'amilié : sommes-nous unis par Tintérél? l'intérêt cesse, le contrat est rompu ; par les plaisirs? l'âge arrive, le charme c^sse, le contrat est rompu ; par les opinions, les partis? la position change, Topinion se divise, le contrat est rompu.
Un moraliste a dit que ce qui faisait l'amitié, c'était l'abnégation de rang, de fortune, de talent, c'était le consentement mutuel à effacer l'infériorité de son ami, ou à jouir de sa supériorité. Aussi, d'après lui, « l'amitié d'une femme pour un homme, est Tamitié parfaite, le plus grand des biens, le plus doux lien de la vie, le plus désintéressé, le plus exempt de rivalités et d'orages, s'il ne se transforme pas. . . »
Cet aquiescement à une complète égalité, cet entier abandon d*amour-propre, est une grande difficulté entre deux hommes, et môme entre deux femmes, bien qu'elles aient un cœur plus tendre, une jouissance réelle et un doux échange plutôt qu'un sacrifice entre un homme et une femme ; et ces mots que j'ai soulignés, ces mots si vrais dans la bouche d'un moraliste païen, n'existent plus, si nous parlons d'une amitié vraiment chrétienne. Il est des mystères d'adorable chasteté, dont le paganisme et la philosophie railleuse de nos jours se rient, parce qu'ils ne peuvent les comprendre; mais demandez-le aux Pères de l'Église, à Massillon, à Fénelon, à François de Sales, et ils vous le diront dans le plus saint et le plus suave langage, dans un langage qui ira droit à "votre cœur.
— Après la Sagesse, je regarde l'amitié comme le plus riche présent que nous fassent les Dieux immortels. D'autres préfèrent l'opulence, d'autres la santé, d'autres la puissance, d'autres les honneurs et plusieurs môme la volupté. Ce dernier est le partage des brutes, et à l'égard du reste, ce sont choses fragiles, inceraines et qui dépendent moins de notre prudence que de I a fortune et de ses caprices.
Quant à ceux qui comptant la vertu pour le bien suprême, ila ont grande raison. Mais la vertu môme est ce qui fait nailre l'amitié; elle en est le soutien ; et il ne peut y avoir d'amitié sans vertu. (Cicéron.)
— L'amour naît du caprice et l'amitié de la réûexion. C'est pour cela que l'amitié est un sentiment et l'amour une passion.
(Saint Amand.)
— En amitié, il y a deux biens principaux : le premier c'est d'aimer, le second de se confier. Pour jouir de ces deux biens, il faut de la bonté pour aimer, de l'estime pour avoir confiance. Travaillez à ÔXre content de vous-môme et vous trouverez un ami dont vous serez content; aimez et vous serez aimé. (De Ségur.)
— Un bonHivre est le meilleur des amis ; il ne révèle pas vos secrets et il enseigne la sagesse. (Maximes des Orientaux.)
— Enlever l'amitié de la vie, c'est comme si l'on retirait le soleil de la terre. (Cicéron.)
— Dans toutes les tristesses, l'amitié est comme Tange de la terre, qui essuie les larmes et relève Tâme abattue, en lui donnant le courage et la résignation. (Wiseman.)
— Les paroles affectueu^es sont les bourgeons de la vraie amitié, les actes en sont les fruits. (Saint Jure.)
— Un véritable ami est un frère que nous nous sommes choisi.
(J. Droz.)
— L'amitié est le plus parfait des sentiments de l'homme parce qu'il est le plus libre, le plus pur et le plus profond.
(Lacordaire.)
A^mour. — L'amour est un mouvement sympathique qui nous porte vers une chose divine, idéale ou humaine.
Considéré dans toute l'étendue de sa signification, Tamour est cette puissance universelle et intime, mystérieuse et infinie, qui anime tous les ôtres de la création, qui féconde et vivifie tous les germes de la nature et préside à l'harmonie des sociétés.
Tous les phénomènes de la vie organique, toutes les tendances de la vie morale démontrent la prévoyance et la sagesse de Dieu ; c'est l'amour qui relie les sociétés humaines, qui crée la famille, charme et embellit le foyer domestique. L'amour est la base de la religion. C'est ainsi qu'il faut comprendre ces simples et su-
blimes paroles de l'Évangile : « Aimez Dieu par-dessus toute chose et votre prochain comme vous-même. »
L'homme est ne pour aimer ; sa nature Ty porte, et, sMl s'en écarte, il n'accomplit pas sa destinée. Mais, pour être dans le vrai, il faut l'accomplir dans de certaines limites et se garder de faire d'un sentiment licite une passion perûde qui ruine i'àme et le corps.
Cet immense besoin d'aimer nous le ressentons tous, alors que la sève de la jeunesse coule rapide et brûlante dans nos veines, et s'il n'est retenu par l'éducation, par la réflexion, par la piété, il nous conduit au précipice.
S'il se laisse entraîner, c'en est fait de son repos, de son bonheur, car si la racine de l'amour est douce, le fruit est toujours amer.
La radke ha scave, ilfrutto amaro...
Les anciens eux-mêmes l'ont avoué, aux siècles où l'on divinisait la passion sous toutes les formes et nous voyons Ovide s'écrier : Principium dulce est, sed finis amorisamarus,».
A bien plus forte raison quand on a reconnu que Dieu seul avait droit à ce culte et que seul il donnait en retour un bonheur sans mélango d'amertume.
C'est que l'égolsme est la base de tout amour humain et le sacriGce, l'abnégation, le dévouement sont les bases do l'amour divin.
— L'amour divin est la source de toutes les vertus, l'amour purement humain est une effervescence passagère.
(Massillon.)
i%.inour divin. — La religion n'est guère autre chose que l'amour, son siège est dans le cœur (4). La plus grave des erreurs est de faire do la religion une affaire d'intelligence qui doit être décidée à force de raisonnement et de subtilités. Le raisonnement peut conduire au doute, car il s'arrête devant un mystère que l'esprit se sent impuissant à comprendre et plus encore à expliquer. Le cœur ne doute pas et surtout ne désespère jamais. Voilà
(1) Dieu est amour, et celui qui do le voit pas ainsi ne le connaît pas. (S» Jean.)
pourquoi il y a plus de religion dans le sexe le plus faible et le plus aimant. Là où Ton trouve le plus d'amour, d'abnégation, de dévouement, on trouve aussi plus de religion.
Mais aimer Dieu, dira-t-on, est-ce aimer autre chose qu'une idée, une abstraction ? Âlmer Dieu, répondrai-je, c'est aussi aimer l'humanité, c'est se dévouer pour elle, c'est sacrifier les exigences de ses sens à cet amour immense et infini : Si Dieu était ee ciel parsemé d'étoiles, cette prairie émaillée de fleurs, s'il était ce frère, cet ami, cette beauté périssable et fragile, nous l'aimerions, et parce qu'il est la source infinie de toutes les perfections, parce que toute beauté n^est qu'un épanchement de ses rayons, notre cœur demeurerait froid et stérile?... Non, pour être invisible à nos sens. Dieu n'en est pas moins visible au cœur: Partout où le fini nous trompe, l'infini nous console.
En naissant nous espérons ; la réalité nous échappe, nous nous réfugions dans le rôvc, dans l'avenir. Le rêve s'accomplit, l'avenir arrive ; il est tome, décoloré ; l'illusion se dissipe et l'âme se prend à rêver de nouveau jusqu'au moment où, dégagée du corps, qui la tient captive, elle vit de sa seule vie et se confond dans l'amour immense qui l'a créée, sans perdre cependant le souvenir, dernier lien qu'elle conserve avec la terre où elle a vécu, lien que notre cœur nous demande et que l'Ecriture nous promet.
L'amour qui a- son siège dans les sens n'en mérite pas le nom ; c'est du sensualisme et do l'ôgoîsme. Ce n'est pas de cet amour qu'il peut être question ici, mais de l'amour vrai qui nous porte au grand, au beau et au bien.
Mais celui-là encore, s'il a pour objet une créature, il s'amoindrit et s'éteint vite, comme tout ce qui est humain. Il s'agrandit au contraire en s'appliquant à Dieu. Au lieu de se plaire dans le fini, il se dilate dans l'infini. Pourquoi alors ne nous jetonsnous pas vers ce dernier amour ? C'est qu'il faut subir les consé' quences de notre nature. C'est aussi, pour nous servir de l'éloquente parole d'un écrivain que nous aimons à citer (4), c'est que nous ne le connaissons pas : Si Dieu se dévoilait à nos regards dans tout l'éclat de ses perfections, personne n'hésiterait à le
(1; Au;j:uste Nicolas.
reconnaitre ; nous nous jetterions tous alors dans son sein comme dans rOcéan de la beauté et de la vie ; mais parce qu'il est caché derrière ses œuvres, nous sommes portes à prendre le change, à borner aux créatures le mouvement d'ismour qu'il nous a imprimé pour aller à lui et à éparpiller sur elles les immenses trésors de notre intelligence et de notre cœur. £t comme, de toutes les créatures, nous sommes les plus riches par nos facultés, c'est vers nous que nous commençons à tourner nos complaisances et nos idolâtries, d*oii nous les prodiguons ensuite à toutce qui peut nous charmer, seulement il s'égare en se laissant aller à Tatlrait que Dieu a répandu sur ses ouvrages et qui est comme un rayon de sa beauté; au lieu de nous servir de cet attrait pour remonter à son principe et d'aller du rayon au foyer, des créatures au créateur, nous les lui substituons, nous en faisons les instruments de notre inGdélité, qui ne tardent pas à devenir ceux de notre infortune, en ne nous laissant, après quelques rapides éclairs de jouis* flmee, que l'indigence et le néant.
— L*amour n'est pas cette violente aspiration vers un être créé : c'est l'aspiration de la partie la plus élhérée de notre âme vers l'inconnu. Êtres bornés, nous cherchons sans cesse à donner le change à ces insatiables désirs qui nous consument ; nous leur cherchons un but autour de nous et, pauvres prodigues que nous sonunes, nous parons nos périssables idoles de toutes les beautés immatérielles aperçues dans nos rêves. Les émotions des sons ne nous suffisent pas. La nature n'a rien d'assez recherché pour apaiser la soif de bonheur qui est en nous; il nous fautie ciel et nous ne l'avons pas. C'est pourquoi nous le cherchons dans une créature semblable à nous et nous dépensons pour elle toute cette énergie qui nous'^avait été donnée pour un plus noble usage. Nous refusons à Dieu le sentiment de Tadoration, sentiment qui fut mis en nous pour retourner à Dieu seul ; nous le reportons sur un être faible qui devient le Dieu de notre culte idolâtre... Aussi, quand tombe le voile et que la créature se montre chétiveet imparfaite, derrière c«s nuages d'encens, nous sommes effrayés de notre illusion, nous en rougissons, nous renversons l'idole... et puis nous en cherchons une autre 1 car il nous faut aimer et nous nous trompons encore souvent, jusqu'au jour où, désabusés, éclairés,
purifies, nous abandonnons Tespoir d'une affection durable sur la terre, et nous élevons vers Dieu Thommage enthousiaste et pur que nous n'aurions dû adresser qu'à lui seul. (S***)
Si nous n'aimions que Dieu, la pauvreté et les richesses, la santé et la maladie, la vie et la mort, toutes les vicissitudes de ce monde nous seraient indifférentes, parce que nous les verrions toutes en Dieu qui les ordonne ou les permet avec une infinie sagesse.
(S^ Fr. de Sales).
i%.niour conJug;aK — Ce sentiment est Tun des plus doux de notre vie , mais pour le rendre tel il y a de grands devoirs à accomplir...
En contractant cette union qui doit durer autant que nous, il faut prendre la résolution de rendre heureuse la compagne qui nous donne son existence et abandonne sa famille et jusqu'à son nom pour le fondre avec le nôtre.
Mais hélas t cette loi est-elle toujours observée ? Un grand nombre de mariages, môme ceux qu'une affection mutuelle a cimentés, ont des suites malheureuses et une fin déplorable. A quoi cela tient-il? A ce qu'aucun des deux époux n'a compris ses devoirs: les goûts, les passions, le caractère, l'intérêt, la différence des natures viennent apporter des obstacles et des chagrins là où semblait devoir régner le bonheur.
Disons-le toutefois : la faute en est le plus souvent au chef de la communauté ; la femme est naturellement douce, reconnaissante, disposée à aimer l'homme qui l'estime, la protège et l'entoure de son affection. Mais elle est aussi susceptible qu'aimante et pardonne difficilement des infidélités ou de graves défauts.
Pour no pas perdre ses droits à l'amour et au respect de sa compagne, l'homme doit donc se respecter lui-même et mettre tous ses soins à rappeler à la femme qu'elle a près d'elle un ami, à lui faire oublier qu'elle a un maître. Il doit être pour elle un exemple et un soutien.
Mais la femme n'a-t-elle pas, de son côté, des devoirs sacrés à remplir? La fidélité, la chasteté sont-elles les seules vertus dont son mari puisse lui demander compte? Non certes! Les vertus secondaires qui font le bonheur du ménage sont souvent oubliées et la femme ne voit pas assez que c'est à cet oubli
qu'elles doivent la désunion et les chagrins de leur vie.
Malheureusement, la société est le plus souvent complice de leur faute : elle met au nombre des devoirs des usages [qui les font presque toujours oublier.
L'union conjugale, dit avec raison Cellerier, est la base de l'édifice social. Elle fait le bonheur des familles particulières dont se compose la grande famille de l'État; elle décide pour l'homme du sort de la vie présente et étend son influence jusque sur la vie fulure.
L'amitié est sans doute un dos premiers biens, mais peut-on comparer ses douceurs à celles d'un heureux ménage? Où est l'ami qui soit là dans tous les moments, toujours à notre portée, de qui Ton soit le premier intérêt, la première pensée ? A qui l'on puisse dévoiler toutes ses faiblesses et se montrer tout entier, sans craindre d'affaiblir l'estime, fondement de son affection? Où est l'ami de qui Ton puisse tout attendre et tout recevoir, sans être jamais retenu par la discrétion? Ce qui serait chez des amis vertu supérieure, dévouement extraordinaire, c'est ce que des époux font tous les jours, sans qu'on songe à s*cn étonner.
L'union conjugale est la mieux faite pour Thomme, la mieux assortie à ses besoins. Pour la faire comprendre, envisageons-la en elle-même : elle est la plus intime, la plus parfaite, la plus durable des associations. Elle met en commun tous les intérêts de fortune, d'amour-propro ; la gloire ou l'humiliation de l'un rejaillit sur l'autre; les peines et les plaisirs sont de moitié, non seulement parce que la sympathie les fait partager, mais parce qu'on les éprouve ensemble. C'est une même vie dans laquelle deux êtres se trouvent réunis.
— L'amour, tel que le conçoivent les jeunes cœurs existe-t-il dans le mariage? Non certainement. L'amour conjugal n'est point cette passion impétueuse, mutine, subjugante, qui nuit dans Teffervescence des sons, s'apaise avec eux et se consume par sa propre violence. L'expérience de la vie et ses devoirs ont pris la place de la passion. L'homme a appris à vaincre avec courage la mauvaise fortune et à s'imposer les travaux nécessaires pour assurer l'existence et le bien-être de sa compagne. L*amour conjugal apprendra à celle-ci Tart précieux et diflicile de plaire tous
les jours à son ëpoux, on cultivant ses talents, son esprit, et en établissant dans sa demeure l'ordre qui embellit le plus humble réduit. Bientôt celte communauté d' intérêts, cette solidarité des actions, tout concourt à unir leurs cœurs des mille liens d'une sympathie qu'un sentiment plus doux encore, Tamour des enfants, vient fortifier. (E. Voyart).
i^mour filial* — L'amour filial n*est pas seulement un sentiment; c^est encore un devoir, une dette de reconnaissance.
Est-il une obligation plus douce que de chérir ceux à qui nous devons le jour? Mais, il faut le dire, notre piété envers eux s'accroît par le respect que .leurs vertus nous inspirent, a Celui qui honore son père, dit l'Écriture, trouvera lui-même sa joie dans ses enfants, et il sera exaucé au jour de sa prière. » Par contre, elle maudit celui qui n'accomplit pas ce devoir : a Combien est infâme celui qui abandonne son père et maudit de Dieu celui qui aigrit l'esprit do sa mère, t
L'amour filial est notre premier code moral et religieux. C'est lui qui nous fait faire le doux apprentissage do nos devoirs envers Dieu. De là cette affection un peu craintive, mais passionnée, cette profonde gratitude, cette soumission respectueuse, mais tendre que les anciens révéraient sous le nom de piété filiale.
A^niour paternel. — L'amour paternel est inné en nous ; la nature l'a mis dans nos cœurs comme la loi la plus douce à accomplir et l'a étendu jusqu'aux animaux; mais en môme temps quel devoir pour l'homme qui pense et ne s'en tient pas aux inspirations de la nature ! Le plus sûr moyen de comprendre tout ce que doit être l'amour paternel, c'est de réunir les traits les plus aimables et les plus frappants de l'amour divin : l'amour paternel doit être désintéressé, il est tendre et plein de charme ; il est indulgent dans sa sévérité même; il sait fortifier la faiblesse, réveiller le courage^ ranimer l'espérance, écarter les obstacles ou donner la force de les vaincre ; tout disposer enfin pour rendre nos enfants heureux do ce bonheur que donne la vertu... a Quelle mission que celle de faire épanouir ces faibles intelligences, de dresser ces volontés naissantes pour leur assurer la connaissance
et l'amour de cet être inûni qu'on ne peut connaître sans l'aimer, qu'on ne peut aimer sans ôlre heureux 1 t
A ces paroles si vraies d'Ambroise Rendu, ajoutons ces quelques lignes d'uii philosophe de nos jours :
a II faut que l'âme do l'enfant apprenne à sentir et à penser dans le voisinage de l'âme paternelle. Les croyances et les souvenirs qu'il puisera à cette source ne s'effaceront jamais entièrenaent; ce sera comme le fond de sa pensée et de son cœur. S'il ne trouve près de son berceau que d'honnêtes exemples, des paroles douces et affectueuses, si les traditions de famille ne lui apprennent que la sainteté des mœurs, il n'est pas à craindre qu'il oublie jamais ses devoirs, i
En général, nous ne voyons dans l'éducation des enfants qu'un moyen d'arriver à une carrière ; quand nous avons assuré leur fortune, nous nous croyons quitte envers eux et nous mourons tranquilles. Tout au plus, leur donnons-nous quelques sentences banales sur la vertu ou la probité, trop souvent démenties par nos exemples ! Après cela on dit volontiers : a J'ai mis mon fils en état de faire son chemin. » Ne vaudrail-il pas mieux pouvoir dire : < Je l'ai préparé à faire son devoir dans quelque circonstance qu'il so trouve ? «
— Les parents doivent, autant qu'il est en leur pouvoir, fournir à leurs enfants tous les avantages en rapport avec leur condition, mais ils doivent éviter d'encourager Toisiveté. Les enfants sont trop souvent traités comme des jouets. Que l'on ne s'imagine pas que l'éducation morale soit peu essentielle au début de la vie. Elle ne saurait commencer trop tôt. (J. Beattie).
i%.iiiour du pays. — Que le berceau de notre enfance soit fertile ou aride, qu'il soit embelli par des monuments grandioses, animé par une riche civilisation ou pauvre, isolé au sein des Alpes, au bord de TOcéan, le même amour nous y attache, . car cet amour a sa source dans les premières impressions que notre cœur a ressenties dans ces jours où la jeunesse embellit tout de ses douces illusions... Plus tard, les illusions se sont enfuies, une réalité décolorée a pris leur place et c'est au milieu de nos chagrins, souvent à travers nos larmes, que nous voyons, que nous jugeons les lieux où le destin a jeté notre vieillesse.
S*il n*est pas de sentiment plus moral, plas doux, plus irréprochable que Tamour du pays, il n'est pas de maladie plus poignante et plus touchante à la fois que la nostalgie. Rien de si à plaindre que cette âme aimante, pauvre fleur qui se dessèche et dépérit loin du sol qui l'a vue naître, de Tarbre qui Ta abritée, de la main qui a soutenu sa première tige 1 tous les soins tardifs sont impuissants à ranimer la fleur, aucune consolation humaine ne peut apporter de remède àl'âme. Elle évoque ses amis perdus, elle regrette le foyer de la famille, l'air, l'odeur de l'atmosphère, un je ne sais quoi dont le souvenir est enivrant et qu'on ne retrouve plus ; elle regrette jusqu'aux objets inanimés qui ont partagé ses destinées ; une partie d'elle-même reste attachée à la couche où a reposé son bonheur, où a souffert son infortune.
L'histoire nous donne de ce sentiment des preuves innombrables : on lit dans Thacydide que Thémistocle, banni de son pays, pria en mourant ses amis de porter ses restes dans l'Attique, au lieu de sa naissance, pour les inhumer secrètement. Tant que les Juifs demeurèrent en pays étranger, ils ne cessaient de pleurer Sion dont ils aimaient jusqu'aux pierres dispersées : « 0 Jérusalem, disaient-ils, comment puis-je jamais t'oublier! » (4). < J'habite l'Ile d'Ithaque, dit Ulysse, la plus pauvre et la plus petite des îles de la Grèce, son sol est âpre, mais il a nourri ma jeunesse... v Homère retrace avec amour les mœurs de l'Ionie qui le vit naître. « Quoi de plus beau que Rome I disait Ovide, quoi de plus affreux que les rivages des Scythes ! et pourtant le barbare fuit Rome pour revenir en Scythie (2). • Le paysan d'Islande, où l'on n'est occupé qu*à disputer sa vie à une nature ingrate, n'oublie jamais son bœr (3), malgré les privations, les volcans, les tremblements de terre; son île est pour lui « la plus belle contrée qu'éclaire le soleil ! > On a vu des Islandais, transportés dans nos grandes villes, y mourir sous l'influence de la nostalgie ; tout le luxe de notre civilisation était sans charme pour eux ; il leur fallait la vue de leurs lacs, de leurs falaises et
(1) Psaume cxxxyi.
(2) Quid meiiùs Româ ? Scythico quid littorc pejus ! hàc tameo ex illâ barbares urba fugit !
(3) Sa maison.
les récits des temps anciens pondant les longues soirëes d*bîver, quand la tempête gronde sur le bœr couvert de neige. L'un d*eux refusa le séjour de Tltalie en s*écriant : t Pourrai-je dire aux ossements de mes pères : Levez-vous et suivez-moi dans une terre étrangère ?» On a vu des Grocnlandais, conduits en Europe, s'échapper sur de frôles canots et s'exposer à une mort presque certaine pour revoir leur pays, terre stérile où régnent des glaces éternelles. L'habitant de THelvétie regrette, môme sous le beau ciel de Naples. ses précipices et ses montagnes neigeuses, et il n'a souvent fallu aux soldats enrôlés au service do Tétranger, pour les pousser à la désertion, que l'expression plaintive de leur chant national (1), entendu par hasard.
a Tant qu'on habite son pays, dit avec autant de vérité que de sentiment un éminent magistrat du midi de la France (S), on s'imagine que les rues vous sont indiiïércntes, que ces fenêtres, ces toits de brique rouge ne vous sont rien, que ces arbres sont les premiers venus, que ces pavos ne sont que des pierres, mais plus tard, quand on n'y est plus, que la folie de la jeunesse vous a fait abandonner le paysy on s'aperçoit que ces rues vous sont chères, que ces toits, ces fenêtres vous manquent, que ces arbres sont vos bien aimés, et qu'on a laissé de ses entrailles, de son sang et de son cœur dans ces pavés raboteux... ces lieux qu'on ne voit plus, qu'on ne reverra peut-être jamais et dont on a gardé l'image, prennent alors, en effet, un charme douloureux; ils vous reviennent avec la mélancolie d'une apparition ; on les aime, on les invoque tels qu'ils sont et l'on ne veut rien y changer, car on tient à la figure do la patrie, comme on tient au vissage de sa mère bicn-aiméo. j>
De là cette amcre tristesse qui nous suit dans les pays lointains et contre laquelle Dieu nous offre cependant un remède.
Si, au sein de cette tristesse, nous no voyons que le passé pour le regretter et le présont pour le maudire, si l'idée d'un céleste avenir ne vient pas nous consoler, oh ! alors malheur à nous, car nous mourrons comme nous avons vécu, dans les angoisses du désespoir ; mais si, au contraire, nous nous persuadons bien que
(1) Le ranz des vaches.
it?) M. Sorbier, premier présidenfdo la cour d'Agen.
noire passage dans ce monde est un exil, si nous nous considérons commodes voyageurs qui atteindront le port après un long et pénible trajet, si nous croyons que celte terré, quelle que soit sa beauté, sa fécondité, sa richesse, n*est belle, féconde et riche que par cette chaleur qui vient d*en haut, cette rosée qui tombe du ciel, ce soleil qui éclaire tant de mondes... alors, nous tournerons les yeux vers la patrie promise aux justes et la t^rre sera oubliée ; alors nous aurons retrouvé le bonheur que nous croyons à jamais perdu : la montagne no se dressera plus menaçante devant nous, la plaine ne nous paraîtra plus monotone, Timmensitéde la mér n'épouvantera plusnotro âme, le sombre voile d'un ciel de plomb n'attristera plus notre cœur, car la vie sera derrière la montagne, au-delà des mers, au-dessus des nuages, elle sera avec Dieu 1
A^mour- propre* — L'amour-propre est une réunion de mots qui n'a point de sens dans la langue chrétienne. C'est un ressort qui se développe dans le monde et se rouille dans la solitude. Il demande un théâtre, un auditoire, des bravos.
Ce ressort est utile quelquefois à l'éducation de l'enfant et même à la vie de l'homme, mais il s'agit de le bien placer. Dans les bagnes, l'amour-propre se vante du vol, du sang versé et de la récidive ; il y a là Taristocratie du crime... et il n'est pas rare d'y voir les hommes s'y pousser, d'échelons en échelons, à une perfection dont le dernier terme est Téchafaud.
Ailleurs on a vu des hérosd'amour-propremourirpour avoir bu une bouteille d'alcool ou mangé une oie après dîner, des hommes plus glorieux de ne rouler sous la table qu'une demi-heure après les autres, que Napoléon d'avoir gagné la Bataille de Marengo ou Jean-Jacques d'avoir écrit le Contrat social.
l/amour-propre, par une singulière aberration d'esprit, se trompe quelquefois d'objet: c'est ainsi qu'on a vu un des plus grands ministres de notre époque, un homme d'État très sérieux, mettre son amour-propre à chanter la musique de Gluck et de Sacchini...et le malheureux chantait faux t...
Dieu nous a créés avec deux amours : l'un pour lui, qui est infini ; l'autre pour nous qui a débordé et est souvent resté seul, en grandissant outre-mesure. Il naît ùe là une fausseté perpé-
tuelle. Pour nous faire bien venir des autres, nous flattons leur amour-propre, el, retournant ensuite vers le nôtre qui souffre, nous prenons notre revanche aussitôt qu ils n*y sont plus, de telle sorte que notre union ici-bas n'est fondée que sur une mutuelle tromperie. Aussi, observe Pascal, peu d*amitiés subsisteraient si chacun savait ce que son ami dit de lui quand il n'est pas là, quoiqu*il en parle alors sincèrement.
— La nature de Tamour-propre est do n*aimer que soi ; mais il ne saurait empêcher que cet objet qu*il aime ne soit plein do défauts et de misère. Il veut être grand et il se voit petit ; il veut être heureux et il se voit misérable; ilveutètreTobjetde Tamour et de festime des hommes et il voit que ses défauts ne méritent que leur aversion ou leur mépris. Cet embarras où il se trouve produit en lui la plus injuste et la plus criminelle passion, car il conçoit une haine mortelle contre cette vérité qui le reprend de ses défauts. Il désirerait Tanéantir et ne pouvant la détruire en elle-même, il la détruit, autant qu'il le peut, dans sa connaissance et dans celle des autres ; c*est-à-dire qu'il met tous ses soins à couvrir ses défauts et aux autres et à soi-même, et qu'il ne peut ■souffrir ni qu'on les voie, ni qu'on les lui fasse voir. (Pascal).
antipathie. — Mouvement aveugle et instinctif qui nous éloigne d'une personne que nous voyons pour la première fois. Lorsque nous la connaissons, ce mouvement est motivé ou peut se motiver ; alors ce n'est plus de l'antipathie, mais de l'envie ou de la haine.
Est-ce un sentiment ? tient-il à l'âme ou au corps ? Dans tous les cas, il est prudent de ne pas trop l'écouter et de juger avec plus de maturité la personne qui nous l'inspire.
— - L'antipathie est une haine qui vient souvent sans cause et ne raisonne pas. (Vauvenargues).
— Rien ne dépend de nous dans l'antipathie, tout ce que nous pouvons faire est de la dissimuler. (Guizot).
ilipattiie. — Sorte d'inertie morale ; absence de toute activité, de toute énergie.
L*apathie était presque une vertu pour les Stoïciens qui consi-
déraient la sensibililé, Tardeur morale et toute passion cofnme un obstacle au bien, une maladio de Tâme. L'apathie Stoïcienne est donc tout autre chose que la résignation chrétienne, bien qu'elle ait quelquefois les mêmes apparences. Cette dernière n'est que la patience et la soumission aux volontés de Dieu. — Voyez Résignation,
i%.poealyp8e* — Livre du Nouveau Testament, contenant les révélations de St Jean l'Évangéliste dans Tile de Patmos.
Le livre de TApocalypse est divisé en trois parties : la première contient une instruction adressée aux Ëvéques de l'Asie Mineure; la seconde renferme la description des persécutions que l'Église devait souffrir. On trouve décrit, dans la dernière, le bonheur de l'Église triomphante.
C'est essentiellement un livre de mystère. Les plus grands hommes de toutes les épfbques ont mis leur gloire à traiter ce sujet important et tous ont travaillé à l'éclaircir. Newton l'a commenté. « Les beautés de l'Apocalypse, dit Bossuet, quoiqu'on ne les aperçoive que confusément, gagnent le cœur. On est sollicité à pénétrer plus avant dans le secret d'un livre dont la seule écorce répand tant de lumières et de consolations.»
»- L'apocalypse est une extase écrite. (Balzac).
ilipocryplie* -» Inconnu, caché, douteux; qui ne mérite pas une conGance entière.
Il n'est usité que pour les livres \ et les auteurs dont l'autorité est douteuse.
Le troisième et le quatrième livre d'Esdras sont apocryphes.
i%.pdtrea. — De aîroaroAoç, envoyé, messager.
L'Église appelle ainsi ceux des disciples que Jésus-Christ a chargé de prêcher son Évangile par toute la terre. Ils étaient au nombre do douze. Réduits à onze par la mort de Judas, qui se suicida par désespoir, après sa trahison, il fut remplacé par Matthieu, auquel vint s'adjoindre saint Paul, après sa conversion sur le chemin do Damas. Ce dernier reçut, ainsi que Barnabe, la mission d'aller prêcher la foi aux gentils.
— Jésus-Christ choisit ses apôtres parmi les pauvres et les simples. (Lacordaire.)
A.rlaiilsine* — Arius, prêtre de l'église d*Alexandrle, enseignait que le fils de Dieu est fait et créé, c*est-à-dire tiré du Néant, qu'il n'est point égal à son père, ni de la môme substance : qu'il n'a pas toujours existé et que, bien que la plus parfaite des créatures, il a été capable de vices et de vertus par son librearbitre.
Arius ftit condamné dans le concile de Nicée en 325, anathëmatisé et exilé ; mais, soutenu par Eusèbe, évéque de Nicomédie, il parvint à se concilier la faveur de l'empereur Constantin qui le rétablit dans Alexandrie.
Il mourut à Constantinople, en 336, à l'âge de 76 ans.
Sa doctrine fit des progrès après sa mort et balança un moment la puissance du Catholicisme chez les &oths, les Vandales, les Bourguignons et les Lombards. Elle s'éteignit dans le viio siècle, après l'abjuration d'Aribert, dernier roi Arien des Lombards.
Depuis Luther , l'arianisme s'est reproduit sous de nouvelles formes et notamment sous celle du Socinianisme qui a eu pour défenseurs Servet, Socin, etc.
Servet, poursuivi par l'archevêque de Vienne, se réfugia à Genève, où Calvin, lui-môme, l'accusa d'hérésie et le fît condamner au feu. Il fut brûlé vif, le 26 octobre 1553. Socin, plus heureux, mourut paisiblement à Zurich, après avoir fait en Pologne de nombreux prosélytes.
iUrlstote* — Aristote est l'un des trois plus célèbres philosophes de la Grèce et de toute l'antiquité. On a dit de lui qu'il n'avait rien ignoré de ce que les anciens avaient pu connaître et il nous a transmis la science la plus positive de cette époque reculée.
Il naquit à Stagire, en Macédoine, 354 ans avant Jésus-Christ. L'étude fut de très bonne heure sa seule passion ; il y acquit cette complexion mélancolique et méditative qu'il a toujours conservée. La profondeur et la méthode sévère qu'il mit dans ses écrits forment leur principal caractère. Ëmule do Platon, on dit qu'une secrète rivalité no tarda point à s'élever entre son maître et lui,
DE PHILOSOPHIE MOHALE. 35
et, en eiïet, leurs opinions philosophiques partaient de principes trop diiïërentâ pour qu'ils restassent amis. L'amour-propre, qui se glisse dans tous les cœurs humains, y fut probablement aussi pour quelque chose.
La morale d'Aristote est un rësumé exact et simple des principes les plus purs pour la conduite des hommes. Il cherche quelle est la fin de Thomme et il ne trouve son bonheur absolu ni dans les plaisirs des sens, ni dans les richesses, ni même dans la vertu, mais dans la réunion de tous ces éléments et dans la modération.
Aristote réduit à deux moteurs principaux, le plaisir et la douleur, les effets ordinaires de nos actions. Il explique comment la vertu s'acquiert et entre ensuite dans ce qu'il appelle les instruments du bonheur.
Il diffère de Platon en ce que ce dernier a plus d'enthousiasme pour le beau et le bien, et qu'il a, lui-môme, un raisonnement méthodique et froid. En outre Platon n'admet pas que toute notre félicité soit dans le monde actuel ; il croit à une autre existence. Aristote, au contraire, ne voit rien au-delà de la vie présente. En psychologie, il classe les facultés de l'âme; en logique, il passe en revue les différentes formes du raisonnement; en théodicée, il fonde la démonstration de l'existence de Dieu sur la continuité du mouvement et le présente comme la fm et le but du monde; en morale, il ramène toute vertu à l'équilibre entre les passions; en politique, il assigne pour fin à la société Futilité.
Platon et Aristote diffèrent autant sur la méthode et la majeure partie des connaissances métaphysiques, mais ce sont des matières hors de notre sujet et nous ne pouvons, dans ces courtes biographies, parler avec étendue dés opinions philosophiques de chacun. Il suffit d'indiquer les points essentiels.
Aristote nous a laissé des ouvrages sans nombre. Parmi ceux qui ont rapport à la philosophie morale, nous citerons : le traité de râme^ la philosophie pratique, la morale, les vertus et les vices.
i^rnauld. — Né à Paris en 4 612, mort à Liège en 4 694.
Après do fortes études théologiques, oùr il se pénétra dos idées de saint Augustin sur la grâce, il fut admis au nombre dos docteurs en Sorbonno. Nous ne parlerons pas de ses querelles théologiques avec les Jésuites. Considéré comme philosophe, il ap-
partient à Tëcole cartésienne, distinguant la théologie et la philosophie, la foi et la raison, sans assujétir Tune à Tautre.
De tous les travaux philosophiques d'Arnauld, le plus célèbre est Vart de pemer. Aussitôt qu'il eût paru, il devint classique dans les écoles d'Allemagne et d'Angleterre, comme dans celles de France, où il a remplacé les ouvrages un peu indigestes de la scholastique qui l'avaient précédé.
La Théodicée lui doit d'excellentes recherches sur l'action de la Providence en ce monde.
ilLtliéisine. — Doctrine philosophique qui regarde comme une Gction la conception d'un Dieu personnel, créateur et maître tout-puissant du monde.
Dans un sens plus restreint, le mot athéisme s'applique exclusivement aux doctrines qui voient dans la matière le principe unique de tous les êtres. Alors, il se sépare du Positivisme qui déclare vaine toute recherche des causes premières et du Panthéisme qui substitue à la matière d'autres abstractions, telles que la substance, l'idée, la volonté, etc.
« Le spectacle de la nature, dit M. Paul Janet, nous offre trois degrés d'êtres différents : la matière brute, obéissant à des lois mécaniques, à dos combinaisons fatales et mathémalhiques, se développant, en apparence, sans raison et sans but ; la vie, dont le caractère le plus saillant est une combinaison de moyens appropriés à une Gn, qui manifeste par conséquent l'idée d'un but, atteint par une activité qui s'ignore ; enfin les êtres intelligents qui poursuivent le but avec réflexion et volonté. A ces trois classes d'êtres correspondent trois conceptions différentes du principe des choses: les athées conçoivent la cause suprême comme une force aveugle ; les panthéistes, comme nne vie inconsciente ; les théistes, comme une pensée et une volonté... »
L'Athéisme, dans notre xix^ siècle, se présente sous un autre aspect : ce n'est plus un fait exceptionnel, une sorte d'anomalie dans le développement historique, mais le terme d'Vine double évolution de l'humanité, théologique ou scientiGque. Il se pose hardiment comme l'affranchissement de l'esprit, l'expression de la dignité et de la conscience humaine. Il nous montre la science substituant les bis aux causes, les propriétés aux forces.
la logique n'acceptant que la certitude et l'expérience, morale indépendante de toute souveraineté divine, relevant des lois inhérentes à la nature humaine et non de la volonté d'un Dieu. Nous n'irons pas plus loin dans cet exposé des doctrines matérialistes de notre époque, il suffit de les énoncer ici, nous essaierons d'y répondre au mot Dieu.
— * Si l'on ne goûte que des lèvres les sciences naturelles, on peut être conduit à l'Athéisme; mais, en s'abreuvant pleinement à cette féconde source de philosophie, on est invinciblement ramené à la divinité. (Bacon).
*- L'Athéisme appauvrit l'humanité et lui ôta les plus grands biens : Dieu, l'âme et l'immortalité. (Bossuet).
— Nul esprit qui admet un ordre universel ne peut se déclarer athée sans se contredire. (Dolfus).
— L'Athéisme semble faire quelques progrès en France. Supposons un moment qu'au lieu d'être une erreur, l'Athéisme soit une vérité, que deviennent l'espérance du pauvre, la patience du malheureux, la consolation du mourant?... Tout cela est détruit et remplacé par le désespoir ou la folie. Le peuple, qu'on a la prétention d'éclairer, en sera-t-il plus heureux? (R.-F.).
i^ugustin (Saint)* — Le plus célèbre des Pères de l'Église, né à Tageste, en Afrique, en 354. Il fut envoyé, après ses études, à Carthago, où ses mœurs se corrompirent. Il adopta les croyances du Manichéisme, mais touché des discours de saint Ambroise et ému des larmes de sa mère, sainte Monique, il se fit baptiser à Milan, distribua ses biens aux pauvres et fut ordonné prêtre en 391. Il est mort, évêque d'Hippone, à l'âge de 76 ans.
Saint Augustin est Tun des écrivains les plus féconds de l'Ëgliso latine. Ses ouvrages les plus remarquables sont ses confessions, la vie heureuse, le traité du libre-arbitre et la cité de Dieu, Dans ce dernier il traite à fond de l'Ëglise de Jésus-Christ, do son origine et de son but; il raconte l'histoire de la religion depuis la création, il décrit la résurrection et pressent le jugement dernier, les peines et les récompenses éternelles. On remarque dans les ouvrages de saint Augustin unr* grande connaissance des anciens et
surtout do Platon qu*il aflfeclionne particulièrement, et avec lequel il so rencontre sur plusieurs points de la philosophie que ic Christianisme n*a pas détruits. Ils témoignent d'une vaste érudition, d'une connaissance étendue de la philosophie ancienne, cl* un esprit enthousiaste et sincère. En somme, le génie de saint Augustin est l'un des plus beaux qui aient honoré TËglise.
i^^varlcse* — Amour immodéré des richesses, non pour on jouir, mais pour les posséder.
Le chrétien ne doit pas connaître Tavarico : les seuls trésors qu'il amasse sont des trésors de charité. Il veut de Tor, mais c'est pour le faire tomber en pluie bienfaisante sur la cabane du pauvre.
Comme l'avare, il se prive, mais pour donner. Sa table n*a jamais de superflu, mais Tindigent a le nécessaire. Ses habits sont parfois usés^ mais son ami, le pauvre, a un vêtement de laine, sous lequel la fièvre du froid ne vient plus l'atteindre, et il jouit. Il jouit, comme l'avare, par son épargne, par ses privations... Heureuse avarice que Dieu bénit!
Voyez ce vieillard cassé dont les traits amaigris trahissent la souffrance ; une idée fixe l'absorbe, le poursuit. II ne mange qu'à demi, il ne dort plus; il faut bien qu'il accroisse son trésor; il Xaut bien qu'il le garde; c'est sa vie. Son existence est dans cet amas de métal caché sous terre ou fermé sous les verroux.
Voyez ce vieux curé dont la figure réjouie respire la bonté : sa table est plus que frugale ; sa soutane est en lambeaux ; les rideaux manquent aux croisées; mais l'orphelin qu'il élève a du pain, un asile, et son bonheur est là.
Ces deux vieillards ont mené la môme vie, vie de privations et do misère. L'un a tout enfoui et il a toujours souffert; il meurt, la rage au cœur, de laisser sa richesse à un héritier qui se jette sur sa proie en maudissant celui qui la lui a fait attendre si longtemps. L'autre a tout donné, mais son cœur s'est dilaté à chaque don; et il meurt la sérénité sur le front, le sourire sur les lèvres, au milieu des l)énédictions et des larmes, en consolant ses pauvres et leur montrant le ciel qui les attend. C'est sa dernière charité, et la meilleure.
— Les avares ne sont pas moins ennemis d'eux-mômes que dos autres, l'esclave destiné à tirer de i*or de la mine et celui qui le cache éprouvent un sort à peu près pareil... La réputation d'avare s'acquiert plus par l'économie dans les petites choses qu'en s'épargnant des dépenses considérables. Lequel est le pire d'être dans le besoin, la bourse bien garnie ou la bourse vide .
(Pope).
— Parmi les passions, l'avarice est la plus vile, parce que la possession et non l'emploi de l'or est son unique fin. L'avare se fait pauvre par crainte de le devenir; il n'est utile que lorsqu'il meurt. (Massias).
— L'avare est, à la fois, un malheureux qui ne mérite pas qu'on le plaigne, un coupable qui se punit sans se corriger, un insensé qui déifie l'or comme s'il constituait tous les biens ensemble à lui seul, alors qu*il est le moyen d'en acquérir.
(Gb. Malo).
Bacon* — Philosophe anglais, né à Londres en 4 564 , mort on 4626, à la suite d'expériences de physique auxquelles il se livrait avec trop d'ardeur.
Bacon, encore jeune, nourrissait le dessein de réformer les sciences, mais la vie publique l'en détourna longtemps. Revenu à ses éludes favorites, il essaya de substituer aux hypothèses et aux argumentations subtiles, alors en usage, l'observation, l'expérience et l'induction. Il est le père de la philosophie expérimentale.
Bacon a écrit des ouvrages de jurisprudence et de morale qui jouissent, en Angleterre surtout, d'une grande réputation.
Voici le jugement qu'ont porté sur lui quelques philosophes célèbres :
Descartes : Vous désirez savoir un moyen de faire des expériences utiles. Sur cela, je n'ai rien à dire après ce que Vcrulam
on a écrit (on appelait souvent Bacon Verulam pour le distinguer du moine Roger Bacon qui vivait au xiii° siècle).
Gassendi : Par une résolution héroïque, Bacon a osé s'ouvrir une route inconnue qui fondera une philosophie nouvelle et parfaite.
Hooke : Personne, excepté rincx)mparable Verulam, n'a eu ridée d'un art pour la direction de Fesprit.
Leibnitz : C'est Verulam qui, des divagations aériennes et de l'espace imaginaire^ rappela la philosophie à l'utilité de la vie.
Vico : On ne saurait louer assez le grand Bacon de Verulam d'avoir enseigné la méthode et l'usage de l'induction, etc., etc.
nalmès* — Philosophe catholique, né en Catalogne en 4810, mort en 1848.
La philosophie morale lui doit plusieurs ouvrages, parmi lesquels on cite : fart du bon sens, l'art d'arrif?er au vrai/ la philosophie fondamentale, etc.
Baptôme* — De ^oatZKJiJia, : immersion, puriQcation.
Sacrement de la loi chrétienne qui opère la régénération spirituelle des hommes par l'ablution avec do l'eau, accompagnée de l'invocation à la Sainte Trinité.
Le baptôme, dit le Concile de Trente, a été institué par Jésus- Christ comme la Confirmation, V Eucharistie, la Pénitence, V Extrime-onction, l'Ordre et le Mariage.
Ce sont les sept Sacrements (v. ce mot).
Basile (Saint). — Évéque de Césarée en Cappadoco ; né en 329, mort en 379.
Après avoir fait ses études dans la province du Pont, avec un grand succès, Basile suivit à Constantinople les leçons de LibarriuSj^le plus célèbre rhéteur de son temps. Au sortir de cette école, il fut se perfectionner à Athènes où il se lia d'une étroite amitié avec Grégoire de Naziance. II remplit pendant quelque temps une chaire do rhétorique et se distingua au barreau, qu'il quitta pour se consacrer entièrement à Dieu. 11 reçut le baptême
on 357, distribua son bien aux pauvres et parcourut les monastères de Syrie, de Mésopotamie et d'Egypte.
Ordonné prêtre par Eusèbe en 364 il s'adonna à la prédication et composa divers ouvrages parmi lesquels nous ne citerons que sa morale traduite par Tabbé Leroy, en 4663.
Bciyle. — Bayle (Pierre) est né dans le comté de Foix, en 4 647. Son père, ministre protestant, fut son premier instituteur. Il entra plus tard au collège des Jésuites et se fit catholique ; mais il rentra, 47 ans après, dans la communion protestante.
Libre do toute occupation obligée, mais sentant la nécessité de travailler pour donner un aliment à l'activité de son esprit, il se livra à la composition de son grand dictionnaire historique et critique, dont il publia la première édition en 4696.
Bayle fut, au siècle de Louis XIV, ce qu'avait été Pyrrhon dans l'antiquité et Montaigne au \vi° siècle : le plus célèbre des sceptiques : « Mon talent, disait-il lui-môme, est de former des doutes, » aussi ne savait-il presque rien en physique; cette science était trop certaine pour lui. Il ignorait, ou voulait ignorer, même la découverte de Newton. L'extrême vivacité de son esprit s'accommodait peu (il en convient) de la méthode et de l'ordre. Il aimait à promener son imagination sur tous les objets, sans se soucier de leur liaison.
Il mourut, la plume à la main, en 4706, à 59 ans.
On cite une réponse au cardinal de Polignac qui le peint en entier : celui-ci lui ayant demandé quelle était, parmi les sectes de la Hollande, celle à laquelle il était le plus attaché : « Je suis protestant, répliqua Bayle. — Je le sais, mais êtes-vous luthérien, calviniste, anglican ? — Non, je suis protestant, car je proteste contre tout ce qui se dit et tout ce qui se fait, quand cela me parait contraire à la raispn. »
« Je ne suis, dit-il ailleurs, que Jupiter — assemble — nues ; mon talent est de former des doutes. Le meilleur moyen de no se jamais mettre en contradiction avec soi-même est de no jamais rien affirmer. »
Bayle est, on le voit, le scepticisme incamé.
Beauté. — La beauté physique est une réunion de formes,
de contours et de couleurs qui platt à Tœil et fait naiire l'admiralion.
La beaulë morale est celle de l'âme, des sentiments, des aclions.
a II y a dans les vérités de la religion, dit Bossuet, une beauté divine qui les rend aimables. »
D*après Platon, notre âme possède en elle Tidée du beau archétype, image de la divinité. Les choses sont d'autant plus belles qu'elles participent davantage de Dieu.
Aristoto définit la beauté : une réunion des idées de grandeur, d*ordre et d'unité.
Leibnitz déclare simplement que le beau est ce qui plaît et le laid ce qui déplaît.
Polyclète la place dans la parfaite proportion des parties.
Les définitions de la beauté sont donc très variées. L'homme seul la connaît et Tapprécie, parce qu'il est seul capable de saisir les rapports harmoniques des choses. Cette faculté de sentir et de comprendre le vrai beau constitue Y Esthétique.
— Ce serait en vain que l'homme prétendrait atteindre au faite du beau et du bon si la puissance suprême n'avait déposé en lui un rayon d'intelligence, si nous ne cherchions pas à suivre ces voies d'unité, d'harmonie, de beauté, d'ordre et de proportion que nous observons dans les plus merveilleuses productions de la divinité. Aussi, comme l'âme n'est jamais mieux réglée que par l'harmonie de la justice; la beauté, la régularité, la symétrie et les plus nobles attributs du génie sont le résultat do cette recherche du vrai et du beau dans la nature. (Yirey).
Biaa. — L'un des sept sages de la Grèce, en lonie, vers l'an 570 avant Jésus-Christ.
Contrairement à la plupart des philosophes, Bias s'abstint de toute recherche sur la divinité et la création. Il condamnait môme les spéculations philosophiques. Sa morale était surtout pratique ; il consacra sa grande fortune à de nobles actions, en la dédaignant pour son propre compte. Aussi disait-il volontiers : a Jo porte tout avec moi. >
Bias mourut u un âge avance, en plaidant pour l'un de ses amis et fut très regretté de ses compatriotes.
DE PHILOSOPHIE MOKALE. 43
Bible. — La Biblo est la collection des Saintes Écritures considërëes comme base de la religion révélée. Elle est le grand monument historique de la religion au sein de laquelle est né le Christianisme.
La Bible n'est pas, comme l'Iliade ou TOdyssée, un poème où rhomme raconte et chante les aventures de ses Dieux mêlées à ses propres aventures. C'est un dialogue entre Dieu et Thomme personniGé dans le peuple hébreu. C'est, d'une part, la volonté et l'action divine ; de l'autre, la liberté et la foi humaine.
Dieu a inspiré à Moïse les lois qui règlent les devoirs de l'homme, mais il a laissé aux savants la découverte des lois qui président à Tordre des mondes. Les Livres saints parlent selon ce que pensent et peuvent comprendre les générations auxquelles ils s'adressent : a Beaucoup de choses, dit saint Jérôme, sont racontées dans les écritures selon le jugement des temps où elles se sont passées, et non selon ce que contenait la vérité. »
Plus on pénètre dans l'étude des Livres saints, plus l'inspiration divine y devient manifeste; mais l'interprétation en est devenue, par suite des innombrables traductions qui en ont été faites, difiScile et incertaine.
Bien* — Dans son acception la plus générale, le Bien est l'accomplissement de toutes les lois qui régissent l'univers, c'est l'ordre qui préside à l'ensemble des phénomènes dont l'enchaînement constitue la nature.
En ce qui concerne l'homme, le Bien est l'accomplissement normal de sa destinée. Les actions qu'il fait et celles que les autres font ne sont bonnes ou mauvaises que par leur concours ou leur opposition à l'ordre général.
A peine sommes-nous nés que le spectacle de l'univers inspire à notre raison cette grande pensée, que chaque ôlre a sa destination spéciale ; elle grandit avec nous et l'expérience la confirme. Chaque être, ainsi que le dit Jouffroy, a son chemin et son rôle, selon son organisation, son sexe et sa position sociale.
L'ordre et le bien sont donc une même chose : dans chaque ôtre, raccomplissement de sa destinée; dans l'univers, l'accomplissement do toutes les destinées ; c'est-à-dire ce que Dieu a conçu.
Les forces, par leur nature, tendent à se développer, la matière à rester ce qu'elle est. Le développement est la destinée et le bien des premières, l'inertie est la destination des autres.
Mais les forces intelligentes sont souvent, par leur liberté même, en contradiction les unes avec les autres; au lieu de se développer parallèlement elles se montrent et se choquent ; elles sont Tune pour Tautre un obstacle, un empêchement. De là la lutte ou le sacriGce : ce que l'un fait dans Tœuvre générale est le bien, ce que l'autre fait dans le sens contraire est le mal. Le mal est donc pour chaque être T imperfection de l'œuvre à laquelle la nature le destine.
Le propre des natures raisonnables est de comprendre le bien, comme celui des natures sensibles est de le sentir. Le bien n'est donc pas la satisfaction d'un devoir aveugle, il est l'accomplissement de l'ordre universel en nous, et de même qu'il est nécessaire à notre nature, agréable à notre sensibilité, il devient respectable pour notre raison, parce qu'elle y voit l'ordre. Si notre instinct et notre sensibilité sont individuels et égoïstes, notre raison est impartiale; elle préfère le bien à l'individu, parce que l'individu n'a de prix à ses yeux que comme instrument de l'ordre général (voyez le mot Ordre).
Nous l'avons dit : Seul, parmi les êtres créés, l'homme est libre do faire le bien ou le mal, seul, il est maître de ne pas concourir à l'ordre général do l'univers, est-ce à dire qu'il ne doive s'occuper que de lui? Non, certes; en fut-il plus malheureux, son devoir serait de s'oublier pour ses semblables. Mais, loin de là, c'est son bien qu'il y trouverait, d'abord comme membre de cette société pour laquelle il travaillerait; ensuite, parce qu'il en acquerrait do la considération à ses propres yeux comme à ceux do ses compatriotes; enfin, parce qu'il ne serait plus sujet à ces mécomptes éternels qu'on éprouve en n'agissant que dans la seule vue de son intérêt personnel.
Il n'est pas une situation sociale dans laquelle on n'ait l'occasion de faire le bien. Dans telle classe que le sort nous ait fait naître, notre destinée est entre nos mains : nous serons heureux ou malheureux selon que nous serons vertueux, éclairés, égoïstes envieux ou méchants. Quelle noble mission que celle des puissants de la terre ! Objets de toutes les sollicitudes, ils n'ont à
s'occuper que du bien général, à exercer le noble patronage que la société leur a délégué. Voilà leur destination, la seule qui puisse les honorer et les rendre dignes de vénération. Et si, ^u lieu de cette vue généreuse, ils songent encore à eux, si Fambition les dévore, s'ils écoutent la vanité ou la voix des plaisirs, si la sensualité ou Torgueil s'emparent de leur âme, c'en est fait de leur bonheur, de leur avenir, de leur gloire. Maudits par leurs contemporains, oubliés de la postérité, ils recueilleront le fruit de leurs funestes erreurs.
En résumé, le bien a été la pensée du Créateur, il doit être celle des hommes, et le malheur est le lot de ceux qui ne la comprennent pas ou qui, la comprenant, ne s'y conforment pas de tout cœur.
liienralsance* — Action ou habitude de faire du bien.
Quel usage plus doux pourriez-vous faire de votre opulence et de votre pouvoir? dit Massillon; et en effet vous attirer des hommages? mais l'orgueil lui-môme s'en lasse. Commander aux hommes et leur donner des lois ? Mais ce sont là les soins de l'autorité, ce n'en est pas le plaisir. Voir, autour de vous, multiplier à rinfmi vos serviteurs? Mais ce sont des témoins qui vous embarrassent et vous gênent. Habiter des palais somptueux? Les soucis et les chagrins viennent y habiter avec vous. Y rassembler tous les plaisirs? Ils peuvent remplir ces vastes édiûces, mais ils laissent toujours votre cœur vide. Trouver tous les jours dans votre opulence de nouvelles ressources à vos caprices? La variété des ressources tarit bientôt, tout s*épuise; il faut revenir sur ses pas et recommencer ce que l'ennui rend insipide et ce que l'oisiveté a rendu nécessaire...
Employez vos biens et votre autorité à tous les usages que l'orgueil et les plaisirs peuvent inventer, vous serez rassasiés, jamais satisfaits : ils vous montreront la joie, mais ne la laisseront pas dans votre cœur. Employez-les à faire des heureux, à rendre la vie plus douce et plus supportable à des infortunés que l'excès de la misère a peut-être réduits mille fois à souhaiter, comme Job, que le jour de leur naissance eût été la nuit éternelle do leur tombeau; vous sentirez alors le plaisir d'être né grand; vous goûterez la véritable douceur do votre état : c'est le seul pri-
vilège qui )o rend digne d*envie. Tonte cette vaine moetro qui vous entoure est pour les autres ; ce plaisir-là est pour yo» seul. Tout le reste a ses amertumes. La joie de faire du bien est tout autrement douce et touchante que la joie de le recevoir. Revenez-y encore, c'est un plaisir qui ne s*use point ; plus on le goûte, plus on se sent digne de le goûter. On s'accoutume à sa prospérité propre et on y devient insensible, mais on sent toujours la joie d'être l'auteur do la prospérité d'autrui. Chaque bienfait porte dans notre âme ce plaisir doux et secret, et le long usage qui endurcit le cœur à tous les plaisirs de la vie, le rend ici plus sensible.
-» La bienfaisance est le bonheur de la vertu, il n*v en a point de plus grand et de plus assuré. (Bernardin de S^Pierre).
<— La bienfaisance est un besoin de Tâme : heureux, elle nous rend notre bonheur plus doux, Tétend, le multiplie, en prévient les dégoûts ; malheureux, elle charme et suspend nos misères ; on ressent moins ses maux en consolant ses frères. (X).
Oienséance. — La bienséance exprime un rapport moral entre une action, une expression et une idée de modestie, de grâce ou de pudeur. La convenance n'exprime qu*un rapport avec les usages. On peut choquer les convenances sans ôtre sot ou vicieux, on no manque à la bienséance que par ignorance ou grossièreté.
Bienveillance. — La bienveillance n'est pas une vertu. Elle naît du caractère. Inconnue à certains ôtres, malheureusement organisés, elle est naturelle à l'homme bon et quelque pou civilisé. Aussi n'est-ce pas de cette bienveillance innée que je veux m'occuper, mais de celle qui s*acquiert, de celle que donne le Christianisme.
Celle-là est indépendante de l'humour, du caprice, des événements; elle est stable autant que l'autre est passagère et prompte à s'enfuir à la première occasion.
Dégagée du moi, elle est toute à celui qui a besoin de nous ; heureuse do lui (Mre utile, do lo distraire de ses maux, elle écoute
avec bonheur le récit des chagrins quelle peut amoindrir, comme celui des plaisirs qu'elle ne peut partager.
C'est une aumône encore que le savoir écouter; c'est l'aumône qu on fait aux riches, qui en sont d'autant plus avides qu'en gënëral tout leur est chagrin : « J'ai fait aujourd'hui une bonne action, disait Ghampfort, moi, pauvre, souffrant et affligé, j'ai consolé un homme comblé de tous les dons de la naissance, de la fortune et de la santé... »
Ce fait, qui se renouvelle si souvent, que prouve-t-il? -^ Que le chagrin n'a pas de réalité, que c'est notre imagination qui le crée en créant des chimôres que nous nous prenons à adorer avec d'autant plus de passion que nous ne pouvons les posséder.
Et pourtant le bonheur, le vrai bonheur est là, près de nous, dans cette chambre d'ouvriers sans feu, sans meubles, que nous fuyons comme un objet de dégoût et où nous trouverions le remède à nos peines imaginaires, la source d'un bonheur tout nouveau, si nous savions vaincre notre répugnance et y entrer avec le sourire de la bienveillance.
La bienveillance n'est pas douce seulement aux infortunés; elle rapproche les esprits aigris, ramène les cœurs endurcis, console et attache les inférieurs, encourage le mérite timide, .rend plus doux et plus forts les nœuds de l'amitié.
On ne sait pas assez quelle est la puissance d'un sourire bienveillant : il peut éteindre la haine profonde qu'a trop souvent le triste privilège de faire naître le sourire caustique et railleur du monde.
Mais, répétons-le, pour être vrai : cette bienveillance constante, inaltérable, est impossible sans le secours de Dieu.
Si notre âme n'est elle-même calme et puri6ée, comment portera-t-elle le calme dans le cœur de nos frères ? Pourrons-nous donner ce que nous n'avons pas?
Le cœur troublé par les passions est inhabile à offrir autre chose que le reflet de ces passions, et le sourire factice qu'il donne est de l'hypocrisie.
— - La bienveillance est la fleur de l'amitié.
(Bernardin do S^Piorro).
Donald (De). — Philosophe français, né dans le Rouergue, on 4754, mort en 1840.
Ses œuvres politiques sont toutes consacrées à la défense ou à la consolidation du trône des Bourbons, ses œuvres littéraires ou philosophiques à la défense de la religion.
La philosophie du xviii< siècle n*avait cherché la glorification de la race humaine que dans les facultés de la nature ; M. de Bonald ne la trouve que dans le Christianisme. La philosophie du xviii* siècle avait conclu à la jouissance, M. de Bonald conclut au sacrifice...
Des critiques malveillants, parmi lesquels se place J. Ghënier, attachent à son nom les épithètes d'o6«cttr, d* inintelligible, la vérité est que, sauf quelques abstractions, ses ouvrages sont clairs pour ceux qui veulent se donner la peine de méditer et de réfléchir.
Donbeur. — La plupart des sectes de la philosophie ancienne bornaient l'homme à lui-même. Socrate plaçait le bonheur dans la vertu et la tranquillité de Tâme. — Ëpicuro rattachait à la volupté exempte du trouble des passions. — Pyrrhon voulait soustraire l'homme au joug de Topinion pour le délivrer de l'assujettissement du devoir, et cette liberté qui livre Tâme à V instinct lui paraissait la source du bonheur. — Le sévère Ëpictète lui-même renfermait les désirs dans le cercle des plus étroites espérances. Sa félicité négative, isolée, empreinte d*une désolante sécheresse, consistait dans un vain amour-propre, une sorte de jouissance de soi-même exempte à la fois de peines et de plaisirs. Toute sa doctrine pourrait se réduire à ce point : Parmi les choses, les unes dépendent do nous, nos actions, les autres on sont indépendantes. Portons tous nos soins à rectifier les premières, mais il est insensé de rechercher ou de fuir les autres puisqu'elles ne dépendent pas de nous. En deux mots : sustine et obstine, supportez les peines et privez-vous de plaisirs.
Telle est cette sagesse antique tant prônée, qui accorde* tout à la force do Thommo, en fait le centre et le levier du monde et lui relire Dieu.
Bien autre est la sagesse chrétienne qui donne tout à Dieu môme nos infortunes : notre santé ruinée, nos biens perdus, notre vio calomniée, Tabandun do nos amis, l'ingratitude de nos en-
fants sont des coups de sa main, des mesures de sa Providence. Mais, dira-t-on, si ce sont nos fautes qui ont attiré sur nous nos malheurs, comioent Dieu Ta-l-ii voulu? Comment y prend-il part? Qu'a~t-ii de commun avec le crime ou le péché?
Le problème de la volonté de Dieu et de la liberté de Thomme est résolu, nous n*y reviendrons pas (4). Si l'homme a le germe du péché, il a aussi l'instrument du salut, à lui de faire son choix 1 Mais si Dieu ne fait pas le crime, il fait au moins nos chagrins, c*est bien à lui qu'ils appartiennent ! — Nous ne le nions pas, et c'est cette idée qui faisait Job s'écrier : Le Seigneur m'avait tout donné, santé, fortune, enfants, le Seigneur m*a tout ôté : que le nom du Seigneur soit béni ! Job le pauvre, le misérable, l'affligé, serait- il sans ces épreuves au nombre des élus? Le temps lui a valu l'éternité.
Dieu, souverainement bon, procède à tout ce qu'il fait avec la plus profonde sagesse. Ne nous troublons donc pas dans les adversités dont nous sommes assaillis, puisque nous savons que, envoyées pour nous éprouver, elles ne peuvent dépasser nos forces.
Êtres faibles et vains, que serions-nous sans tribulations? Le patient, impitoyablement torturé par le chirurgien, lui livre ses membres et supporte sa douleur dans l'espoir douteux do recouvrer une santé perdue,... et si Dieu veut faire de nous son image, nous nous roidissons épouvantés et furieux contre ses coups, sans songer que c'est notre beauté, notre santé morale qui doit en être le résultat.
C'est parce que les cieux ne font aucune résistance aux impressions de rintelligence qui les gouvenie, que leurs mouvements
(]) La liberté de l'homme est consacrée en principe dans tous les écrits des saints Pères. Saint Justin, Tatien, Origène la montrent liée à tous les attributs de Dieu et à la tête de toutes les prérogatives de l'homme. Les contradictions apparentes qu'on rencontre dans les textes de l'Écriture ne forment pas d'assez puissantes objections pour altérer la pureté d'un dogme dont la croyance est nécess«iire au repos de l'âme, au développement de loutes ses facultés morales, et dont l'altération détruit toute la dignité de la nature humaine.
Voir sur cette importante question le Traité du libre arbitre par S. Ephrem; Origène. Tle^i ocpyûiv ou le Livre des principes-, S. Cyprien, Traité de l'Unité de l'Èylise: Tertullien, livres contre Marcion, etc. (V. le mot Présidence).
50 DICTIONNAIRE KAISONNÉ
sonl si magniûqueSf si réglés, si utiles, qu'ils publient si hautement la gloire de Dieu (1 ) et que, par leur influence et par la succession invariable des jours et des nuits, ils conservent Tordre dans tout Tunivers. S'ils résistaient à ces impressions, et si, au lieu de suivre le mouvement qui leur est donné, ils en suivaient un autre, bientôt ils tomberaient dans le plus étrange désordre.
£h bien 1 il en est de môme dans la sphère morale : lorsque la volonté de l'homme se laisse gouverner par celle de Dieu, tout ce qui est dans ce petit monde, toutes les facultés de son àme sont dans la plus parfaite harmonie ; sa volonté s'écarte-t-ello de celle de son Créateur, le désordre est partout et le malheur le suit.
A ne considérer que l'humaine nature, il y a opposition inconciliable entre l'idée de souffrance, d'humiliation, de misère, et l'idée de bonheur... Pour sentir cette douceur si contraire à nos sens, à nos passions, à tout ce qu'il y a d'humain en nous, il faut un renoncement complet aux biens de la terre, aux consolations du monde; ce renoncement parfait est difficile, et cependant une réflexion bien simple devrait nous y amener : rien ne nous arrive que par la volonté de Dieu, et Dieu n'est-il pas toute bonté, comme il est toute grandeur et toute puissance ?
À l'aide de cette conviction nous vivrions avec Dieu comme avec un père tendre et bienveillant, et nous serions aveuglément soumis à ses volontés.
A l'aide do cette conviction nous recevrions les amertumes et les joies, l'infamie et les honneurs, les louanges et la calomnie, avec une égale résignation.
A l'aide de celte conviction, l'ingratitude de nos enfants, de nos meilleurs amis serait, non un bonheur, car Dieu n*ordonne pas l'impossible, mais une preuve de plus de la fragilité du cœur humain et de l'immensité du cœur de Dieu qui a des consolations pour toutes les infortunes...
Mais, pourrait-on m'objecler, si Dieu est supérieur à tout s'il remplit do joie l'homme qu'il frappe, si le cœur déborde de délices au milieu des tourments quand la foi et la grâce le soutiennent, que peut l'homme abandonné à lui-même, en proie à ces sécheresses désolantes qui le rendent incapable d'une seule
(I) Cœli enarrani gloriam Dei.
bonno pensée? Ohl c'est alors surtout qu'il faut persévérer et prier, car c'est là Félat le plus cruel ; c'est le plus méritoire aussi, et il nous vaudra plus tard des joies infinies si nous ne succombons pas. Acceptons-le donc comme le malade accepte de la main du médecin un breuvage amer dont Tefifet immédiat est le dégoût et le résultat la santé. C'est encore un combat, car tout est combat dans la vie, et sans combat pas de victoire, pas de mérite, pas de joie. Le combat, qu'il ait lieu contre nos infortunes, contre nos passions, nos langueurs, notre découragement, nos incrédulités môme, le combat est la loi de notre existence ; cette loi est la conséquence naturelle de la liberté de l'homme, et quel est celui de nous qui voudrait échanger ses périls et sa gloire contre le dogme abrutissant de la fatalité?
Si la force nous manque pour porter tant de maux accumulés sur notre faible nature, éloignons l'idée de Tavenir, qui les rend plus poignants et en accroît l'intensité. Rejetons du fardeau ce qu'y ajoute l'imagination, vivons au jour le jour... La journée de l'infortuné n'est pas plus difQcile à supporter que celle de Vhomme heureux; à chacun sa tâche : à l'un le travail, à l'autre l'ennui, à l'un un repas modeste et de l'appétit, à l'autre une table somptueuse et la satiété; à l'un l'espérance d'une vie meilleure, à l'autre la crainte de la mort ; à l'un la conscience d'un devoir accompli, à l'autre la lassitude et le dégoût...
Lorsque l'éducation, les devoirs de famille, la religion et la morale ne poussent pas au bien, ne servent pas de garde-fou, l'esprit et le cœur humain, sans frein et sans mors, courent à l'aventure et ne savent plus que faire de la vie. Alors on se livre à toutes les passions, à tous les vices ; on en invente, on n'estime que ce qui est nouveau, et le nouveau c'est le raffinement, l'excès, l'abus.
Il n'y a peut^-étre de moral et d'honnête que les petites joies et les petits bonheurs relatifs, assez faciles à obtenir, môme au milieu des situations les plus tristes et les plus douloureuses.
Dans les hôpitaux, dit un docteur célèbre, j'ai vu des malades se faire des joies avec une fleur qu'ils cultivaient, avec de petits travaux que la maladie leur rendait possibles. J'ai vu bien des malades heureux des paroles consolantes et chrétiennes d'une sœur de Charité. Dans l'adversité, la tendresse d'un ami.
un faible rayon d*espëranco fait palpiter et sourire le cœur. Comme Tair prend plus do place quand il n*cst pas comprime, ainsi les petits ennuis deviennent do grands chagrins dans la lôte de rhomme qui ne connaît pas la soufTrance. Que ^:c^aient les contrariétés du riche oisif, pour celui qui vient de perdre santé, fortune, honneur, famille ? Eh bien ! ce riche oisif croit souffrir parce que le temps aura dérangé une partie do plaisir ou que son tailleur aura mal cou|>é son habit. II se plaint ; sa plainte n'excite, il est vrai, que le sarcasme, mais il se plaint et souffre souvent réellement.
S'il se disait : Je suis riche, bien portant, jeune el honoré, j*ai dos années de bonheur devant moi : il serait vite console ; mais il ne se dit pas cela, et il accuse le sort de lui être contraire. Ou donc est son bonheur en ce moment ? et ce moment se renouvelle à chaque contrariété, c*ost-à-dire tous les jours, dix fois par jour... car, ainsi que le dit V Imitation, disposez tout selon vos vues, réglez tout selon vos désirs, et toujours vous trouverez qu'il faut souffrir quelque chose...
Si rhomme sérieusement malheureux sait ne voir que la journée que Dieu lui impose, il aura moins do mécompte, car il no s'est pas fait d'illusion ; il vivra d'heure en heure, portant le poids de la vie sans se plaindre.
La journée est donc la même pour le malheureux et le privilégié de la fortune; c'est l'avenir qui fait la dilférence... Mais, hélas t l'avenir est bien incertain. Qui sait le degré de misère qui attend celui que le monde a vu jusque-là comblé dos dons do la Providence ? 11 se réjouit de sa santé : il peut être écrasé au bout do son rêve cl rapporté chez lui avec des années do souffrance pour favenir. Il se félicite de sa richesse : une faillite peut le ruiner et forcer au travail sa main inhabile. Il se complaît dans le pouvoir : la moindre révolution politique peut le faire descendre du faite, et la calomnie l'atteindre dans son orgueil d'honnête homme...
Qui sait, au contraire, ce que Dieu, dans sa justice et sa bonté, réserve à celui qu'il a frappé et qui a subi l'épreuve avec résignation? Si le monde et le temps lui échappent, il a l'éternité.
Ne voyons donc pas plus loin que la journée, et disons avec la sœur martyre du roi martyr : a Que m'arrivera-t-il aujourd'hui,
t> mon Dieu ? Je n'en sais rien ; tout ce que je sais c'est qu'il ne m'arrivera rien que vous n'ayez prévu, réglé et ordonné de toute éternité. Cela me suffit, j'adore vos desseins éternels et impénétrables et je m'y soumets de tout mon cœur. •
— Le meilleur argument en faveur des vérités du Christianisme, c'est le bonheur intérieur dont jouit le chrétien sincère.,. un esprit libre, une humeur égale et douce, un visage content exprimant au dehors l'ordre et la paix du dedans. (M"^** Swetchine).
-— Si on demande où est le bonheur, si on le cherche sans le trouver jamais, c'est qu'on en a fait un fantôme, ouvrage de l'imagination et non de la nature, c'est qu'on le place dans une sphère qui n'est pas la sienne. L'imagination dit à une jeunesse exaltée que le bonheur est dans l'agitation, l'inconstance et la nouveauté ; que ce qui lui manque est toujours meilleur que ce qu'elle possède, que l'inquiétude même du désir est la preuve qu'elle n'a pas trouvé ce qui doit le fixer, que tant que l'espérance est trompée le changement est légitime... Enfin, l'imagination engendre au sein môme de l'opulence cet essaim renaissant de goûts capricieux, de prétentions frivoles, de fantaisies passionnées, espèces d'insectes légers, éphémères et dévorants qui ne laissent aucun repos. (Marmontel).
— Le bonheur n'est que la santé de l'âme. (Barthélémy).
— Quand il n'est pas réglé par la religion le bonheur n'est qu'un éclair ; il semble no briller que pour annoncer l'orage.
(Scgur).
— Le bonheur est le bien qui résulte do tous les autres biens : la perfection dans la vertu. (Platon).
— N'entretenez pas de votre bonheur un homme moins heureux que vous. (Pythagore).
— No l'oublions jamais : à la ville, au village, Le plaisir le plus doux est celui qu'on partage. Heureux ou malheureux l'homme a besoin d'autrui. Il ne vit qu*à moitié s'il ne vit que pour lui.
(Delille).
^ Il faut, ici-bas, que nous achetions les instants de bonheur par des sacrifices continuels ; ce qui a trop de suite nous fatigue et nous ennuie, mémo le bonheur.
Il ne faut à rhomme pour être heureux ni richesses, ni dignités ; le strict nécessaire suffit au cor(>s, la culture désintéressée des lettres suffit à Tesprit, l'accomplissement du devoir à la conscience. (Lacordaire).
Bonnet, — Philosophe et naturaliste, né à Genève en 4720, mort en 4793.
Destiné par ses parents à la jurisprudence, ses goûts le portèrent vers rhistoiro naturelle dans l'étude de laquelle il ne tarda pas à se faire un nom. Plus tard, il s'occupa de psychologie et de palingénésio. Voici le résumé très succinct de son système, qui s'éloigne du christianisme, bien qu'il fit profession d*ètre très religieux :
a Que devient l'homme à sa mort? se dcmande-t-il d'abord, et il répond, comme Leibnitz, par la grande loi de la conlinuUé, L'homme est immortel, mais son âme ne doit pas cesser d'être unie à un corps. Donc, l'homme tout entier doit survivre à cette vie : tt la mort est une préparation à une métamorphose qui doit faire jouir l'homme d'une vie nouvelle et meilleure, mais son corps sera un corps nouveau qui existe déjà en germe dans le corps actuel. La mort ne fait que le dégager et le développer...»
Ne pouvant aller plus avant dans cette étude, nous renvoyons à la palingénésio do Bonnet qui ne manque ni d'intérêt, ni de talent, mais qui est le fruit d'une imagination brillante. . . un peu égarée.
Oontô* — La bonté est une qualité morale qui porte à faire le bien, à être doux, complaisant, humain, indulgent.
Il en est de plusieurs sortes, ou plutôt qui proviennent de sources diverses : ainsi on distingue la bonté du cœur, de colle du caractère. Le bourru bienfaisant dérive de la première, la seconde, au contraire, ne blesse jamais. Lorsqu'elle embrasse toute l'espèce humaine, elle dcyicni philanthropie ou charité, selon qu'elle est plus ou moins désintéressée et empreinte do sentiments religieux.
— Si nous considérons la bonté dans le Créateur do toutes choses et que nous jetions les yeux sur l'univers animé, nous re-
marquons deux espèces d'êtres bien distincts : l'homme et les animaux privés de raison. Pour ces derniers, on ne peut s'empécher de reconnaître une sollicitude, qui a placé chaque espèce au milieu de ce qui est nécessaire à ses besoins et qui a attaché à la satisfaction de ces besoins autant de jouissances.
L'homme, au premier abord, no parait pas aussi bien partagé et ses chances de souffrances semblent plus multipliées. Mais il faut observer que la plupart des maux qui l'affligent viennent par sa faute et qu'il pourrait les éviter. Les autres sont moins nombreuses qu'on ne le dit et la plupart sont inhérentes à Tordre général de l'univers par des causes que notre faible intelligence ne peut découvrir.
D'un autre côté, l'homme oublie facilement des années entières de bonheur pour ne se souvenir que du mal présent. Il n'est point de besoins et de facultés dont Texercico régulier ne soit accompagné d'un sentiment de plaisir.
Si l'on reconnaît la liberté dans l'homme, n'est-il pas juste qu'il soit puni de ses fautes et récompensé de ses vertus ? S'il ne l'est pas toujours en ce monde, il le sera dans l'autre et c'est là une des meilleures preuves d'une vie future. On ne peut en effet admettre que notre existence soit complète ici-bas ; et, si elle ne l'est pas, notre condition présente s'explique, et les maux qu'elle entraine avec elle ne doivent plus nous apparaître que comme une préparation à des biens véritables. Pour que le bonheur soit mérité dans une autre vie, il fallait que nous dussions nous soumettre à certaines lois et que nous eussions à vaincre des obstacles pour nous y conformer. Il fallait, pour que la justice s'exerçât, que l'homme y eût des droits qu'on pût ou respecter ou fouler aux pieds. Il fallait pour la patience et la résignation, des maux à supporter ; pour le courage, des dangers à surmonter ; pour la bienfaisance, des peines à soulager ; pour la clémence, des injures à pardonner...
Ainsi, les désordres apparents du monde moral deviennent autant d'occasions de vertu, et, ici comme ailleurs, notre bonheur est le but que s'est proposé le Créateur : un bonheur inériiè,,.
(C. M. Paffe).
— C'est la bonté qui donne à la physionomio humaine son premier et invincible charme. (Lacordairo).
-» Âmi du bien, de l'ordre et de riiumanité. Le véritable esprit marche avec la bonté.
(Gresset) .
— La beauté plait, l'esprit amuse, la sensibilité passionne, la bonté seule attache. (La Rochefoucault).
— La bonté d'un vieillard est sa coquetterie, C'est le dernier ravon sur sa face flétrie.
(E. Augier).
Borromée (Charles) (t^t») — Cardinal, archevêque de Milan, né en 4 538, mort en 1584.
Appelé à Rome par le pape Pie IV, il fut rovôlu do la pourpre dès l'âgo de 23 ans. Il fut l'âme du Concile de Trente ot s'attacha surtout à réformer les abus qui s'étaient introduits dans TËglise. On lui doit le célèbre Catéchisme connu sous le nom de Catéchisme de Trente,
Nommé archevêque de Milan, il se démit de ses autres charges pour résider dans son diocèse.
Lors de la peste qui désola Milan, en 4 576, il porta partout des consolations et des secours, et mourut, à 46 ans, épuisé par les fatigues de son épiscopat.
Il fut canonisé sous le pontificat de Paul V. Charles Borromée fut aussi un écrivain : Il a laissé des manuscrits qui forment aujourd'hui cinq volumes in-folio et parmi lesquels on remarque quelques ouvrages de morale et les Actes de V Église de Milan.
— Jacques-Bénigne Bossuet est né à Dijon le 27 septembre 4 637. Sa famille avait un rang très honorable dans la magistrature.
Une grande aptitude à tout apprendre et une mémoire prodigieuse favorisèrent ses études. Son père, bien qu'il eût déjà sept enfants, n'hésita pas à le faire entrer au collège des Jésuites, et bientôt ces derniers lui parlèrent avec enthousiasme de leur nouvel élève. Il n'osait cependant pas se livrer avec trop de confiance à l'espoir que ces louanges faisaient naître, lorsqu'une singulière circonstance vint lui dévoiler, non-seulement Tintelligence hors ligne, mais encore la vocation do son fils : la Bible fut pour Bossuet ce que les éléments d'Euclide avaient été pour
Pascal, lo traité de V homme pour Malebranche et une ode de Malherbe pour La Fontaine : le hasard l'offrit à ses yeux dans le cabinet de son père, il en lut avidement quelques pages et demanda la permission de remporter. L'émotion qu'il éprouva à cette lecture fut indicible : la poésie antique et toute la littérature profane pâlirent devant ces grandes figures qui exaltaient son imagination...
Bossuet, à peine âgé de dix-huit ans, avait déjà reçu la tonsure et de nouveaux devoirs vinrent bientôt après resserrer les liens qui l'attachaient à l'Église. Le 24 novembre 4 640, il fut nommé à un canonicat de la cathédrale de Metz ; mais bien que chanoine, il vint à Paris continuer ses études et il y arriva le jour où Ton y portait Richelieu mourant.
Malgré sa grande jeunesse, Bossuet ne tarda pas à se faire un nom à la cour ; on parlait, jusque dans l'intimité de Thôtel Rambouillet, de la prodigieuse facilité du jeune ecclésiastique, et l'évéque de Lisieux, après l'avoir entendu, s'écria : a Ce jeune homme sera une des plus grandes lumières de FÉglise. »
Au mois de septembre 4 648, il reçut le sous-diaconat des mains do TévAque de Langres. Il se livra pendant plusieurs années à l'étude de la théologie, et reçut le bonnet de docteur en 4 652. Il avait vingt-cinq ans, et se consacra dès lors, avec un absolu dévouement, à la défense de la religion.
En 4 664, après bien des années de méditations, il fut admis à prêcher devant Louis XIV qui fut si frappé de son éloquence qu'il fit écrire à son père pour le féliciter d'avoir un tel fils.
Ce fut dans la période de 4 664 à 4 669 qu'il eût le bonheur do ramener Turcnne et Dangeau à la religion. Ce dernier a raconté quelle marche avait suivie Bossuet pour détruire ses erreurs.
Le 4 3 septembre 4 669, Bossuet fut nommé évoque de Condorro ; en 4 670, le roi lo choisit pour élever l'héritier du trône de Franco et le 8 juin 4 674 , l'Académie lui ouvrit ses portes. Ces divers honneurs trouvèrent le prélat fidèle à cette noble alliance de la religion, de la philosophie et des lettres, qui caractérisait son talent et remplissait sa vie.
En réfléchissant sur les différentes branches des sciences humaines qu'il était convenable de faire étudier à son élève, il fut conduit à écrire un traité sur la œnnaissance de Dieu et de soi-
même. Il semble avoir posé en l*ëcrivant les bornes de l'entendement humain . Jamais aucun philosophe n'a été plus clair, plus élégant et plus sublime ; jamais il n'fl^ été plus consolant dans ses espérances et complet dans ses preuves.
Lorsque Téducation du Dauphin fut terminée, Bossuet reprit ses études favorites et bientôt après, Louis XIV le nomma évéque de Meaux. Au milieu de ses occupations pastorales, il trouva encore le temps d'organiser des conférences et des missions, de faire un catéchisme diocésain et de publier de nombreux écrits sur la communion pascale. Sa correspondance spirituelle y occupa aussi une grande place ; ce qu'on remarque surtout dans cette partie de ses œuvres, c'est le sentiment de patience inaltérable, d*indulgence et de bonté qui y respire et qui montre Bossuet sous un point de vue qui semble avoir échappé aux regards de la postérité. C'est à sa sollicitude pour les religieuses de son dio- - cèse que les lettres chrétiennes doivent les élévations sur les mys^ tères et les méditations sur V Évangile. Peu de temps après, en 4 688, il publia un grand ouvrage contre la Réforme : VHiêtoire des variations de l'Eglise protestante. Rien de plus fort n*a jamais été dit pour ramener les dissidents au sein de l'Église mère.
Nous parlerons pou de la partie vulnérable de cette vie si pleine ; elle sort de notre sujet, et on a peine à concevoir aujourd'hui l'importance que la France entière attachait à cette affaire : il s'agit du quiétisme et de madame Guyon.
La dévotion mystique de cette femme passionnée séduisait alors la cour et la ville ; madame de Maintenon l'avait introduite à Saint-Cyr, l'évéque de Chartres fit naître dans son esprit quelques scrupules, elle désira que Bossuet, l'évéque de Châlons et le supérieur de Saint-Sulpice examinassent les livres et les opinions de l'illuminée. Fénelon se fit près d'eux l'interprète de ce langage bizarre et essaya de démontrer qu'au fond c'était la doctrine qu'avaient professée les mystiques approuvés par l'Eglise, saint François-de-Sales, sainte Thérèse, etc.
Après plusieurs conférences, les trois commissaires rédigèrent trente-six articles qui contenaient la condamnation de madame Guyon .
Chacun prit parti selon sa croyance, ses passions et ses préjugés ; les regards se portaient sur Rome qui faisait attendre un
jugement que toutes les parties provoquaient avec impatience, ainsi que Louis XIV. Ce souverain, fatigué d*attendre, adressa à Rome un mémoire qui se croisa avec le bref d'Innocent XII qui condamnait le livre do Vexplication des maximes des saints,
Fénelon se soumit aussitôt et annonça en chaire cette soumis^ sion sans réserve au bref du Saint Père, Telle fut la fm de cette longue suite de scènes si animées qui avaient fait tant de bruit et auxquelles succéda tout à coup un silence absolu.
Cette lutte fut le dernier acte saillant de Bossuet. L'illustre évéque, fatigué des travaux de son ministère, et d'une étude constante, tomba malade en 4 703, la veille de l'Assomption. Après quelques jours de souffrances cruelles on le ramena de Versailles à Paris, dans son hôlel, rue Sainte-Anne, près de l'église SâintrRoch. Sa santé sembla renaître, mais ce fut momentané, les douleurs occasionnées par la pierre se firent ressentir avec les plus sinistres accidents ; il perdit la parole et mourut enûn le 4 2 avril, sans agonie.
Bossuet, Père de l'Eglise par la parole et l'instruction, est un modèle de morale chrétienne par l'austérité de ses mœurs. Simple évoque de l'une des églises les plus obscures de la catholicité, il a été le conseil de l'Eglise entière et l'appui de la religion pour laquelle il a combattu pendant un demi siècle (4). »
Oouddlici* — Nom asiatique du fondateur du Bouddhisme, dans rindo, do celui qui est arrivé à la possession de la Bouddhi (Science parfaite).
Son vrai nom était Çakia, parce qu'il était de la famille des Çakyas. Lorsque le désir d'atteindre à la perfection morale l'eut déterminé à se rendre dans le désert, il reçut le nom de Mouni (solitaire). De là les noms de Çakia-Mouni par lesquels il est désigné.
La tradition ne donne pas d'une manière précise l'époque où il vécut; elle varie du vu® au xi^ siècle avant Jésus-Christ. M. Barthélémy Saint-Hilaire a écrit la vie de Bouddha, que nous ne pouvons donner ici. Il suffira d'une citation pour faire connaître
(I) V. la vie de Bossuet par Roux-Ferrand, placée en tête du discours sur l'histoire universelle. — (Collection Chaix, 1864).
sa pensée et sa détermination de fonder une religion, a Les trois mondes, disait-il avec quelque mélancolie, le monde des Dieux, celui des Assouras et celui des hommes, sont brûlés par les douleurs de la vieillesse et de la maladie. La vie d*une crëaturo est semblable à l'éclair des cieux. Comme le torrent qui descend de la montagne, elle coule avec une irrésistible vitesse. Par le fait de l'ignorance, les hommes roulent en ce monde, de même que tourne la roue d'un potier. Le désir toujours accompagne de crainte et de misère est la racine des douleurs. La maladie ravit aux êtres leur lustre et fait décliner les sens, le corps et les forces; elle amène le temps de la mort et de la transmigration. La créature la plus aimable et la plus aimée disparait pour toujours. Le sage, en y réfléchissant, s'aperçoit que tout compose, toute agrégation, n'est que le vide qui, seul, est immuable... •
Arrivé à l'âge d'homme, il s'échappa du palais de son |)ère, se dépouilla de ses riches vêtements et resta six années dans la solitude et la méditation, ne prenant pour nourriture que quelques grains de sésanne par jour. La tradition raconte qu'arrivé dans un endroit nommé Baddhimenda (arbre de rintelligence) il fit vœu de ne pas se lever avant d'avoir reçu l'intelligence suprême. Il resta assis un jour et une nuit, sans mouvement, et ce fut k la dernière veille que, s'étant revêtu de la qualité de Bouddha, il atteignit la triple science, le secret dos destinées et du salut universel. II avait trouvé Vabsolu, Une religion nouvello était fondée...
Voici les principales bases de cette religion :
\^ La douleur est inséparable de rcxistcncc.
2^ La naissance, en ce monde, a pour causes les passions d'une existence précédente.
3^ La suppression des passions est la seule voie pour échapper aux existences ultérieures, à la loi de la transmigration et par conséquent à la douleur.
4° Il faut écarter les obstacles qui s'opposent à cette suppression, à cette extinction des désirs et des passions.
Le quatrième point était le plus important quant à l'application pratique, d'où ressort ce- principe que nul ne doit faire à autrui aucun tort qui puisse l'arrêter dans sa marche vers la perfection^ c'est-à-dire la suppreision de la passion.
Il y a deux rédactions des livres canoniques du Bouddhisme : Tune en sanscrit, découverte par M. Hodyson, dans l'un dos monastères du Népaul ; l'autre, que possèdent les prêtres du Ccylan. Elles diffèrent dans les expressions, mais s'accordent sur le fond.
« La doctrine de Çakia-Mouni, dit Eugène Burnouf. reposait sur une opinion, admise comme un fait, c'est que le monde visible est dans un perpétuel changement, que la mort succède à la vie et la vie à la mort; que Thomme, comme tout ce qui l'entoure, roule dans le cercle éternel de la transmigration ; qu'il passe successivement par toutes les formes de la vie, depuis les plus élémentaires jusqu'aux plus parfaites, que la place qu'il occupe, dans la vaste échelle des êtres vivants, dépend du mérite des actions qu'il accomplit en ce monde, et qu'ainsi, l'homme vertueux doit, après cette vie, renaître avec un corps divin et le coupable avec un corps de damné ; que les récompenses du ciel et les punitions de Tenfer n'ont qu'une durée limitée, comme tout ce qui est dans le monde ; que le temps épuise le mérite des actions vertueuses, comme il efface la faute des mauvaises et que la loi fatale du changement ramène sur la terre le Dieu et le damné pour les mettre de nouveau à l'épreuve. .. •
L'espérance que Çakia apportait aux hommes, c'était la possibilité d'échapper à la loi de la transmigration, en entrant, après la mort, dans ce qu'il appelait le Nirvana, c'est-à-dire Vanéantissementt Un signe précurseur annonçait, dès cette vie, l'homme prédestiné à cette délivrance, c'était la possession d'une science illimitée qui leur donnait la vue nette du monde tel qu'il est, c'est-à-dire la connaissance des lois physiques et morales ; et pour y arriver, la pratique des six perfections transcendantes : l'aumône, l'énergie, la pureté, la science, la patience, la charité...
Voilà, il faut l'avouer, de bien grandes vertus pour une si triste espérance I
Cette doctrine de l'enfance des nations ne fait-elle pas sentir le bienfait et le progrès moral apporté par le Christianisme ?
Bourdaloue. — Bourdaloue, né à Bourges, en 4632, est mort en 1704.
Il entra dans la Société de Jésus à l'âge de seize ans et y
occupa successivement des ctiaires do pliilorophie, de Ihrfolo et do morale. Sos supérieurs reconnaissant en lui un grand tal de prédication, li> dirigèrent dans cette voie et il s'y fit bien une réputation telle que Louis XIV disait de lui : • Jo prdrère redites du Pèro Bourdalouo aux choses nouvelle!' d'un autre. ■ Bossuet : ( cet homme sera mon maître en tont. >
Quoiqu'il en soit, Itourdaloue eùl lo talent de se faire appr^ à la fois des grands et du peuple, en prêchant une morale sëvi avec autant do force que d'<Sioquence et do clarté.
11 n'est rc^lé de lui que ses sermons, mais la morale peut pi ser abondamment à cette précieuse source.
Bratunanleme. — Religion do l'IIindouslan, plus c core que le Duuddliisme. Son histoire, dont les origines so pt dent dans celle des plus anciens peuples de l'Asie, est inlimenti liée à celle du peuplo Indien, mais ello n'a guère été connue <; depuis l'étude plus approfondie de la langue Sanskrîte,
Lo Brahmanisme reconnaît un iltro suprême, mais passif, ii mobile, et qui n'agit que par l'inlermddiairo do Brahma, Vist nou et Shiva, qui représentent la puissance, la sagesse et la ji tice.
Le Brahmanisme admet la miStcmpsycosc, dogme de la tra migration des âmes et par conséquent l'immortaliuj de l'an mais faussée dans son principe. Les brahmanes sont partagés différentes castes, à la suite desquelles se traînent les malhoure parias dont les Indous fuyent le contact avec horreur, ils se co posent des hommes exclus de li^ur caste par un motif quelconq et condamnés h une solitudo absolue.
Le culte brahmanique o^l rempli do superstitions \ quelque unes sont révoltantes, les autres ne sont que ridicules. Parmi premières est la loi bien connue qui oblige les veuves à souGI lo supplice du feu sur le tombeau de leurs époux.
Que faut-il penser de la suflisance de cetto religion pour gi der le monde dans la voie du progrès î
Supposons que le brahmanisme admet l'unité do Dieu, la (iboi humaine, rimmorlalité de l'dmc.
Cette concession admise, qu'a fait pour lo progrès do l'human cotte religion supposée si pure par sa doctrine, et on réalité
imposante par son antiquité, si forte par son organisation, si enracinée dans la croyance do tant et de si vastes peuples? si le brahmanisme en lui-même se dérobe et se voile encore pour nous derrière ses sanctuaires mystérieux, il y a une chose qui est claire comme le soleil, c'est son impuissance et sa stérilité. Les multitudes qu'il a tenues sous la domination de son sacerdoce omnipotent, il les a immobilisées ; il les a, en quelque sorte, pétrifiées. Le progrès, c'est le mouvement; et le brahmanisme, c'est l'immobilité. Que dis-je ? il a fait plus qu'immobiliser les nations soumises à son despotisme religieux ; il les a tenues dans un abaissement social, dans une infériorité morale et dans une superstition qui fait avec les grandeurs correspondantes de l'Occident un contraste frappant.
Brusquerie* — Acte spontané et inattendu qui cause à celui qui en est le témoin ou la victime une impression fâcheuse, une sorte de saisissement.
Dans le monde, on s'y fait : quand elle est jointe à la franchise, à un caractère noble et loyal et qu'elle ne blesse pas trop, elle amuse. C'est une sorte d'originalité dont il ne faut cependant pas abuser.
Quand elle n'est pas tempérée par l'éducation, dans le peuple par exemple, elle occasionne des querelles, des rixes et devient souvent le fléau des familles.
Calme* — Le calme des stoïciens avait sa source dans l'orgueil, celui des chrétiens a la sienne dans l'humilité, l'abnégation et surtout dans une soumission sans réserve aux volontés divines. Là où règne la passion, il n'y a plus de piété, les sens sont maîtres.
Ne confondons cependant pas le calme avec l'indifférence ou l'apathie : la charité, l'amour divin ont la double vertu de remplir, de réchauffer le cœur et do le laisser calme.
Quel est celui do nous qui n*a pas vu s'opëror cette transformation subite d'une âme agitée par toutes sortes de passions, en proie à une lulte intérieure effrayante, et ramenée au calme par une seule pensée, par la pensée de Dieu née d'une simple prière? L'horizon obscurci s'éclaire ; le ciel, chargé do sombres nuages, s*ouvre et s'épanouit; Tavenir devicnl doux et riant... une idée a tout fait : Dieu a chassé la passion et ramené le calme. Rien n'est changé dans notre existence, rien dans notre état pliysique: râme souffrait et elle est consolée ; le cœur était resserré et il se dilate... c'est qu'une pensée divine a pris en lui la place de la pensée humaine qui la torturait ; c'est que son point do vue a changé et qu'au lieu de voir dans le Umps, il a aperçu V Éternité. Le courage est arrivé avec l'espérance et le bonheur a suivi.
Tout cela est vrai, tout cola est senti par l'homme qui ckx)it. Et l'on nie le miracle parce que les lois de la nature matérielle ne sont point interverties I Mais un paralytique qui marcherait, une montagne qui changerait do place seraient-ils des faits plus importants que cette transformation? Les miracles opërés sur l'âme sont autant au-dessus de ceux que l'œil voit et que le doigt touche, que l'âme est au-dessus du corps et T homme audessus de la pierre.
C'était un beau spectacle que celui dos premiers chnHiens louant Dieu en face dos lions, et du contraste de leur calme, dans ce moment suprême, avec la hideuse agitation des spectateurs païens. La sérénité brillait sur le front du martyr, comme elle brille sur le front de ces vicri^es saintes qui consacrent à Dieu, non une heure, mais toute une vie...
Le calme vrai no se trouve qu'avec l'accomplissement de tous les devoirs, le repentir sincère et complet des fautes passées et la confiance en Dieu.
— Le plus haut point do la sagesse consiste à se conserver dans une tranquillité continuelle et dans un inaltérable ropos d'esprit. (Saint Ambroise).
Calvin. — Célèbre chef de secte, né à Noyon en 4 509 mort à Genève en 1564.
Calvin fut élevé dans la religion catholique et destiné à rÉ*r[ise -
mais il embrassa bientôt les principes de la reforme do Luther et commença à les propager à Paris en 4 532.
Menace de la prison, il se réfugia à Angoulôme, puis à Nôrac et enfm à fia le.
En 4 536, il fut nommé professeur de théologie à Genève, mais deux ans après il fut banni de celte ville et se retira à Strasbourg..
Rappelé à Genève quelque temps après, il devint très puissant dans cette ville ; aussi Tappelait-on le Pape de Genève. La grande tache de sa vie est la condamnation et la mort de Sorvet qui eut lieu en 1 553 et à laquelle il prit part, lui qui se disait Tapôtre de la liberté, de la tolérance et du libre examen...
Calvin a laissé un grand nombre d'ouvrages de controverse et de philosophie qui se font remarquer par beaucoup d'érudition et un style sévère. Sa vie a été écrite par Théodore de Bèze.
a Calvin, dit Capefigue, avait un visage pâle et décharné, son teint était sombre, sa barbe longue et terminée en pointe ; sa constitution était faible. La migraine, la fièvre, la goutte et la gravelio le tourmentaient continuellement. >
Cet état maladif excuse un peu la violence de' son caractère indomptable.
Dans son impuissance do concilier le libre arbitre et la grâce, Calvin sacriûa la première de ces deux vérités et poussa la seconde jusqu'à la prédestination, jusqu'à Tanéanlissement de la responsabilité morale.
Selon la doctrine do Calvin, les Sacrements sont réduits à deux : le baptême et la cène, et le second est dépouillé de ses mystères, car Dieu ne communique avec l'homme que spirituellement. La hiérarchie est détruite et fait place à l'ûgalilé absolue devant Dieu. Des laïques, sous le nom ù'anciem, composent avec les pasteurs, rassemblée du consistoire, chargée de \ ciller à la conservation de la doctrine. (V. Douillet, Larousse, etc.).
Candeur. — Ce mot est destiné à exprimer la pureté, l'innocence, la sincérité et, en quelque sorte, la blancheur de l'dme. Elle suppose l'ignoranco du mal et l'absence de toute souillure. Elle est la première marque d'une belle âme.
Les urnes pleines de candeur sont d'ordinaire plus simples dans
le bien que précaulionnées contre lo mal ; voilà pourquoi i] est si aisé de les tromper.
Caprice. — Volonté soudaine, bizarre, sans raison. Inégalité d'humeur. L'amour, la tyrannie, la multitude ont leurs caprices comme Tbomme.
Le caprice n*est ni la fantaisie, ni la boutade, ni la bizarrerie, car dans la fantaisie, la raison s'écli{)se ; dans le caprice, elle se laisse subjuguer ; la boutade est brusque ou brutale, lo caprice est délicat comme un enfant gûté ; l'inégalité d*humeur est chronique, le caprice est passager; la bizarrerie va jusqu*à l'extravagance, le caprice s'arrête à la taquinerie et n*est pas méchant : d'ordinaire, il est tout à la surface et ses variations n'ont pas plus de suite que de profondeur.
Catéclilsiiie* — Résumé dogmatique, élémentaire des principes fondamentaux de la religion catholi(|ue.
Les meilleurs catéchismes français sont celui de Montpellier et celui du diocèse de Meaux par Bossuet.
Il appartient aux évoques de composer ou de choisir lo catéchisme à l'usage des écoles do leur diocèse. Le Concile de Trente avait jugé nécessaire do rédiger un catéchisme universel.
— Je trouve dans la religion chrétienne, un caractère qui me ravit : cest qu'elle joint la métaphysique la plus savante à la plus parfaite simplicité. Assurément, le Timée de Platon et le XIl« livre de la métaphysique d'Aristote sont des merveilles, mais je n'espère {)as qu'il sorte de là un symbole qu'on puisse faire réciter aux petiU enfants. Il n'y a, jusqu'ici, que la religion chrétienne qui ait eu à la fois la Somme de saint Thomas et un catéchisme. (Jules Simon).
— Il y a un petit livre qu'on fait apprendre aux enfants le catéchisme^ lisez-le et vous y trouverez une solution de toutes les questions que j'ai posées : Demandez au chrétien d'où vient l'espèce humaine, il le sait ; où elle va, il le sait ; comment elle y va, il le sait. Demandez a cet enfant pourquoi il est ici-bas, et ce qu'il deviendra après sa mort, il vous fera une réponse sublime ' di»mandez-lui comment le monde a été créé et à quelle fin*
l)Ourquoi Dieu y a mis dos plantes el des animaux, comment la terre a ëtë peupli^e, pourquoi les hommes parient plusieurs langues, pourquoi ils souffrent, pourquoi ils se battent et comment tout cela fmira, il le sait. Origine du monde etdeTespèce, question des races, destinée do l'homme en cette vie et dans Tautre, rapports de Thommeavec Dieu, devoirs de Thommeet ses droits ; il n'ignore rien, et quand il sera grand il n'hésitera pas davantage sur le droit naturel, le droit politique, le droit des gens. car tout cela sort avec clarté du Christianisme. Voilà ce que j'appelle une grande religion, car elle ne laisse sans réponse aucune des questions qui intéressent l'humanité. (T. Jooffroy).
Oauaes flnales« — On nomme cause finale le rapport qui existe dans Funivers entre les moyens et la fin, et, dans chaque être en particulier, entre ses facultés et ses fonctions.
Ainsi, la lumière et la chaleur, qui donnent la vie à la nature, paraissent être les causes fmalcs ou la raison de l'existence du soleil. — La fécondité, la cause finale de la terre qui produit tout ce qui est nécessaire à la subsistance des êtres animés. La vision est la cause finale de l'organe de la vue, le mouvement, la cause finale de l'existence des organes do la locomotion, etc.
Les causes finales sont infinies et les progrès des sciences consistent à en découvrir de nouvelles, c'est-à-dire de nouveaux rapports entre les êtres.
Los matérialistes nient ces rapports ; ils disent avec Lucrèce : a Ne pensez pas que nos yeux aient été faits pour voir les objets, leur existence, telle qu'elle est, a produit l'usage auquel nous les employons. »
Ainsi nous n'avons pas reçu des yeux pour voir et des oreilles pour entendre ; nous voyons et nous entendons parce que nous nous trouvons avoir, par hasard, dos yeux et des oreilles...
Telle est la force de raisonnement de cette philosophie épicurienne qu'on s'efforce do renouveler parmi nous.
Au reste, l'opinion que l'œil n'a pas été fait pour voir, ni l'oreille pour entendre, n'est qu'une manière indirecte de nier la divinité : Sans l'athéisme, qui en fait le fonds, celte opinion no serait que ridicule.
Ce serait en effet une étrange contradiction que l'univers mo-
08 DlCTlONXAlRi: KAISONNl-^
rai et physique, où tout est rapport et relations, de moyens et de fins coordonnés les uns pour les autres, n'eût été, dans sa formation primitive et son dô\elop[»ement, que hasard avouule et roncontro fortuite do parties matérielles formées sans intention, disposées sans ordre, conduites sans intelliijçonco!..,
II y a de l'ordre dans l'univers pour des fins do conservation; do l'onlre dans les états, dans les fîimilles, dans rhomme, dans sa conduite et dans ses travaux ; il y a de Tordre partout... or, qu'est-ce que l'ordre, sinon le rapport des moyens aux fins, des facultés aux fonctions ?
Ces rapports sont précisément des causes finales. Nous les découvrons peu à peu, nous les remarquons parce qu'oUes existent, nous ne les inventons pas.
Tout, dans l'univers, annonce, prouve dessein, intention, intelligence. Nous ne faisons, (>ar nos découvertes, qu'écarter chaque jour davantage le voile qui couvre ce vaste tableau, et toutes les fois cjue nous nous servons de (luelque objet nouveau, nous ne faisons que découvrir une nouvelle cause finaio.
« Les causes finales existent sans aucun doute dans la pensée du Créateur, mais les fins qu'il s'est proposé no peuvent être connues, nous dit-on, et celle recherche est puérile (1). »
Descartes partage cette opinion avec Bacon qui prétend - que a recherche des causes finales est stérile, et, comme les vierges consacrées au Seigneur, ne porto aucun fruit... » Mais cette opinion est opposée à celle de Leibnitz. Bornons-nous à dire ici que lorsque des faits que nous avons scrupuleusement étudiés conspirent évidemment à un but, quand nous les voyons disposés avec ordre, intelligence et prévoyance pour les besoins et le bien do chaque être, nous no pouvons nous refuser à croire à l'existence d'une intelligence aussi excellente que puissante. Socrate l'admettait déjà avant l'ère chrétienne, et la médecine moderne, bien (pie souvent matérialiste, l'admet implicitement quand elle avoue « qu'il n'y a pas d'organe sans fonction. »
— Sans le principe des causes finales, la physiologie no pour-
.1) V. M. <]e B(»n.'j](l : nvvhcrchrs ithilDunphifjncs sur les premiers u'fjelt tics c<ni7iais:iant (S iiuiralcx.
rait faire un seul pas, so rendre compte d*un seul organe, déterminer une seule fonction. Le principe sur lequel repose toute morale, qui oblige l'homme do bien et fonde la vertu, est de la môme nature : il s'étend à tous les êtres moraux sans distinction de temps et de lieu. (V. Cousin).
• Cause première* — Dieu est la première raison dos choses, car celles qui sont bornées, comme tout ce que nous voyons et expérimentons, n'ont rien en elles qui rende leur existence nécessaire. Il faut donc chercher la raison de l'existence du monde dans la substance qui porto la raison do son existence, laquelle par conséquent est nécessaire et éternelle. Il faut aussi que cotte cause soit inlelligenle, car ce monde qui existe étant contingent, il faut que la cause du monde ait eu égard à tous les mondes possibles. Et cet égard ou rapport d'une substance existante à do simples possibilités ne peut être autre chose que l'entendement qui en a les idées. £n déterminer une ne peut être autre chose que la volonté qui choisit. C'est la puissance de cette substance qui en rend la volonté efficace.' La puissance va à Véire, Tentendement ou la sagesse au vrai, la volonté au bien. Et cette cause intelligente doit être infinie de toutes les manières et absolument parfaite en puissance, en sagesse et en bonté, puisqu'elle va à tout ce qui est possible, et comme tout est lié, il n'y a pas lieu d'en admettre plus d'une. Son entendement est la source des essences et sa volonté est l'origine des existences. Voilà, en pou do mots, la preuve d'un Dieu unique avec ses perfections. (Loibnitz) (1).
Célibat* — Etal d'une personne qui n'a pas été mariée.
La grandeur et la sainteté des fonctions ecclésiastiques ont déterminé TÈglise à prescrire le célibat aux prêtres. Celte question a été agitée très vivement au Concile de Trente, i545 à
— Le célibat des prêtres n'a rien de bien extraordinaire. L'Église, en le proposant à ses ministres, n'a d'autre but que de
(1) V. aussi Balmôs. Vitlal. Kan(, etc.
70 niCTIONNAIUK HAISOXNK
les ëlablir dans une liborlt^ parfaile ciiii leur permello de se donner entièrement à leur ministère. Il esl évident qu'un homme non marié est plus disposé ù se dévouer au service de Dieu cl de ses frères, à s'exposer aux dangers et à se sacrifier môme au salut du prochain que no le ferait un humme chargé de femme et d*enfants. Quels sont les soldais (jui marchent au combat avec le plus de cœur? Sont-co les soldais, les officiers mariés ? l'expérience démontre que le souvenir d'une femme, d*un enfant, a fait mollir plus d'un courage.
Il en serait de même du prc'trc s'il était marié ; c'est ce que l'Église a compris. Les hommes verraient moins en lui l'homme de Dieu, le ministre de la religion, de la prière et du dévouement. La chasteté sacerdotale entoure le prêtre d'une sorte d'auréole qui l'élève au-dessus de ses frères et lui permet d'attaquer plus librement leurs vices, particulièrement l'impureté et le libertinage. Elle l'aide puissamment dans le ministère si délicat de la confession.
La [)uissance morale des prêtres réside en grande partie dans le célibat. On sent que les hommes, chargés, par état, d'enseigner et do redresser leurs frères, deviendraient bien plus accommodants s'ils prenaient femme : occupés de leur ménage, ils n'auraient guère plus le temps de s'occuper des affaires du bon Dieu ni des consciences de leurs paroissiens. L'homme marié pourra s'attendrir sur le pauvre et l'orphelin, mais il ne se donnera pas tout à eux, celui qui doit les affections premières de son cœur et les premières économies de sa bourse à l'entretien, à l'éducation, à l'avenir de ses pro[)res enfants. Le morceau de pain, qu'il s'oterait pour subslantcr l'affamé qui pleure à sa porte il n'osera l'arracher des mains de son fils. Cette vie que, dans une contagion, il voudrait sacrifier au salut de ses frères, il la doit, il la conservera à sa famille... (De Ségur).
— O sacrifice, imposé aux prêtres, n'esl-il pas au-dessus des forces humaines ?
Non, pour des hommes qui ont été formés de bonne heure à la vertu, qui ont appris à modérer leurs désirs, à commander à leurs passions. Si on ne veut pas croire à leur vertu, si on n'admet pa> ce secours céleste (jui attend tout prêtre vertueux, on
croira au moins que le soin de leur rëpulation, la vue du mépris dont on flétrit les prêtres infidèles, peuvent et doivent contenir les autres dans les limites du devoir. Aujourd'hui que le clergé, en France surtout, se distingue, non moins par la sévérité de ses mœurs que par sa piété et ses lumières, quelques exemples de dépravation ne sauraient être imputés à tout le corps, ni altérer ''estime qui lui est due. (L'abbé Boudeville).
Cliai*ité« — Amour qu^on a pour le prochain en vue de Dieu.
Il est un sentiment que le cœur de Thomme recela longtemps sans le connaître, et que le Christianisme développa. Ce sentiment sublime a prêté à Thumanité un appui, a déterminé des rapports tout nouveaux entre les hommes, leur a révélé le plus beau privilège de leur nature et a changé la face du monde par une ré\olution morale; ce sentiment est la charité... sentiment essentiellement pratique, qu'on a vainement essayé de confondre avec la philanthropie et la bienfaisance.
— La vraie dévotion est la charité ; sans elle tout ce qu'on fait pour le salut est inutile. (Clément XIY).
— Employez tant qu'il vous plaira vos biens et votre autorité à tous les usages que l'orgueil ou les plaisirs peuvent inventer, vous serez rassasiés, mais vous ne serez pas satisfaits. Ils vous montreront la joie, mais ne la laisseront pas dans votre cœur.
Employez-les à faire des heureux, à rendre la vie plus douce, plus supportable à des infortunés que Texcès de la misère a peutêtre réduits à souhaiter, comme Job, que le jour de leur naissance eût été celui de leur mort, vous sentirez alors le plaisir d'être né grand, vous goûterez la véritable douceur de votre étal. C'est le seul privilège qui le rend digne d'envie. (Massillon).
— Le souvenir des charilt's que l'on a faites est comme un germe fécond qui en produit do nouvelles. (Thibault! .
— La charité, c'est tout le Christianisme. (Bossuet).
— Il ne peut y avoir de véritable amour de Dieu dans un cœur où n'habitent pas l'amour du prochain et la charité.
(V. Sabran).
-~ La charité n'est vraie, sincère, méritoire, qu'autant qu'elle
est le fait du désintéressement et de la privation ; cette origine en fait la vraie noblesse. (Emile Loubens).
Cbarron. — Pierre Charron, né à Paris en 1541, mort en 4603.
Son père était libraire et avait vingt-cinq enfants. 11 donna cependant à chacun d'eux une bonne éducation, mais ce devoir accompli, il les abandonna à eux-môme.
Pierre, après avoir fait son droit à Orléans, exerça pendant quelques années la profession d'avocat qu'il abandonna pour embrasser l'état ecclésiastique. 11 pnVha plusieurs stations en Languedoc et revint plus tard à Paris pour entrer dans un ordre religieux, suivant un vœu qu'il avait fait, mais son âge Tayanl fait refuser à la Chartreuse et chez les Célostins, il s'en crut dégagé et retourna à Bordeaux où il se lia très-intimement avec Montaigne.
Il est probable que cette étroite amitié influa sur ses idées religieuses, si l'on en juge par les ouvrages qu'il a laissés. Le plus célèbre est le traité de la sagesse^ jugé bien différemment par le jésuite Garasse qui appelle l'auteur le patriarche des esprits forts et par l'abbé de St.-Cyran qui le justifie. Le parlement se disposait, malgré cet essai de justification, à supprimer l'ouvrage, quand le président Jeannin y fit des corrections, au moyen desquelles il put être imprimé en 1704. On cite parmi les passages incriminés cette phrase qui trahit son intimité avec Montaigne : « encore que l'immortalité de rame soit la chose la plus universellement reçue, elle est la plus faiblement prouvée... ce qui porte les meilleurs esprits à douter de beaucoup de choses. »
Avant ce moment, il avait publié un livre dans lequel il prouve, contre les athées, qu'il y a une religion ; contre les païens et les Juifs, que la religion chrétienne est la seule vraie ; contre les schismatiques, qu'il n'y a de salut que dans l'Église.
Son scei)licisme n'était donc pas aussi enraciné que celui de Montaigne; peut-être a-t-il voulu seulement excuser son ami.
Olinsteté» — La chasteté est une vertu toute chrétienne. On a dit, et avec de nombreuses preuves à l'appui, (pie la philosophie n'arrive pas à rendre chastes, même les philosophes.
Quoiqu'il en 'soit, nous ne pouvons ignorer cos pages empreintes de la plus éloquente indignation, dans lesquelles saint Paul a décrit les orgies sensuelles des maîtres de Tantique sagesse. Dans le temps môme où Socrale et Platon faisaient entendre à l'Académie leurs leçons de sagesse, on voyait le scepticisme, le matérialisme, le cynisme môme, se promener dans les murs d'Athènes sous les noms de Pyrrhon, Diogène et Aristippe, insultant par la débauche de leurs mœurs, autant que par leurs doctrines, à la morale et à la philosophie convaincues d'impuissance pour créer des mœurs pures. Les voluptueux étaient restés voluptueux avec Torgueil de plus et le remords de moins. Tout ce bruit de sagesse n'avait abouti qu'à faire douter de tout, môme de la vertu.
La philosophie moderne n'est pas plus eflicace pour créer des générations marquées du signe de la chasteté. Ce no sont pas les hommes qu'il faut en accuser, mais les choses : Ce dévouement des maîtres peut bien modérer le mal, il ne peut suppléer la puissance qui fait défaut à tout ce qui n'est pas rationnel, naturel et humain. Eh bien t ce que l'éducation humaine ne peut faire, l'éducation chrétienne le fait... La pureté est une si difficile et si céleste chose que pour la faire sortir de ce fond corrompu de notre nature, il faut plus que des forces naturelles et des doctrines humaines ; et c'est là ce qui donne à l'éducation chrétienne une puissance qui ne connaît. pas de rivale.
Ohristimiisiiie* — Religion du Christ. — Le Christianisme proche par les apôtres, se répandit de la Judée, son berceau, dans rKuropo et le nord de l'Afrique. Il fit d'immenses et rapides progrès dans KKinpire romain, et prit peu à peu la place du paganisme.
Les supplices les plus atroces furent inventes pour lasser la constance de^ martyrs, mais leur sang ne faisait (jue consolider le culte naissant. Le Christianisme devint enfin, sous Constantin, la religion de l'État. Il pénétra dans les Gaules en 170.
L'Europe compte aujourd'hui plus de doux cent millions de chrétiens, l'Asie dix-sept millions : l'Amérique est presque toute chrétienne.
Ou'esl-ce qui explique ou justifie ces fnogrès ? Les faits répondent à cette question.
74 DICTIONNAIKE RAISONNÉ
La sagesse divine pouvait seule substituer une vaslo et ^galc clarté aux illuminations vacillantes de la sagesse humaine : Pytbagore, Socrate, Platon sont des flambeaux ; le Christ c*est le jour...
Et quand ce jour radieux et pur a-t-il paru ? Au moment où les hommes, fatigués de mensonges, n'avaient plus foi à rien, au moment où la terre corrompue tremblait sous le despotisme abrutissant des maîtres du monde.
Naître, s'élever, vieillir et mourir, telle est la destinée des choses humaines, telle a été celle du Polythéisme. Les anciens Grecs ont adoré, comme les peuples d'Ëgy|)le et les sauvages de TAmérique, des objets matériels et des animaux malfaisants ; à ce fétichisme grossier succédèrent des divinités plus raisonnables, telles que l'esprit des héros morts pour leur défense (4), des fondateurs de leurs villes, enfm le soleil et les diverses planètes. (2).
Uranus, Saturne furent remplacés par de nouveaux dieux plus en harmonie avec le degré de leur civilisation ; Timagination des poètes peupla bientôt un Olympe brillant, sans cesse agrandi par les traditions et les fables superstitieuses (3j ; toutes les vorlus et tous les vices eurent leurs autels (4).
(1) En examinant l'antiquité, dit Cicôroji, les Dieux ont hal>ité la terre avant d'habiter les cioux. — Tacito rapporte que les Germains déifiaient aussi \vs héros. — Les chants d'Ossian nous confinnenl dans l'opinion que les peuples du nord ont pris leurs divinités chez les hommes. — Enfin Tertullien. après avoir rappelé l'origine humaine des Dieux payens, leur patrie et leur tombeau, ajoute : « Nec ego per siugulos dccurram, tôt oc tautox novox, veteres. harbaroa, Grœcos, Romanos, pcregrino^, caplivos, adoptions, proprios. commnnos . maxculos, fœminmfj rusticos, urbauos, rtautiros, militares.,. »
(2) Homère, Platon et Sophocle viennent à l'appui de celte dernière assertion. Le savant Bœtli;;;er prétend (ju'il n'a existé que deux religions : l'uFie se rattache au ciel comme l'astrojatrie, l'autre «H la terre et aux phénomènes naturels, comme le fétichisme dont les modifications sont le culte des plantes, des animaux, etc.
(3) Le féticliisme giossiei d'Egypte fut idéalisé par les poètes elles artistes des (irecs et acquit chez ce peuple la forme la plus noble. (Bœttigkr : Idean /ur kunlz m\t!)ol.)
(4j Les vertus d'abonl. le:> vices plus tard, lorsque la corruption s'introduisit dans Kome. Lq> poètes eux-mêmes rirent de leurs Dieux. Partout on voit c.vs Dieux cynif|ues. voleurs, poltrons el
Les premiers romains adoptèrent ce culte : Romulus, fils do Mars, fui déifie par le Sénat, et son successeur, accommodant la religion à sa politique, en fit la principale base de son gouvernement. Depuis Numa, chaque époque lui imprima une forme nouvelle, jusqu'au moment de sa décadence. Les efforts des prôtres pour conserver des dieux impuissants ne tendirent qu'à leur ruine ; chaque dieu de l'Olympe a écrasé, en tombant, des milliers de chrétiens, mais sa chute n'en a pas été moins réelle.
Le peuple le plus puissant de la terre en était le plus malheureux : que Ton parcoure l'histoire, on ne trouvera aucuneépoque où l'espèce humaine ait tant souifert que dans les siècles qui suivirent la proscription do Sylla. La guerre sur tous les points du globe, la dévastation au dehors, la dépravation au dedans. Si le règne d'x\uguste et ceux de quelques bons princes ont fait luire sur l'Europe un rayon de bonheur, ils n'ont rien donné aux générations à venir ; si Socrate et Platon ont éclairé autour d*eux quelques disciples, ils n'ont rien pu modifier, rien établir d'une manière stable, et pouvons-nous en ôtre étonnés ? Leur doctrine n'était qu'un système et ils n'étaient que des hommes.
On a dit que saint Augustin confondait, dans sa pensée, le Platonisme et le Christianisme. Nous ne pouvons en convenir ; • la philosophie, nous dit-il lui-même, peut éclairer la raison, mais elle n'agit qu'imparfaitement sur la volonté. Elle nous enseigne dos vérités spéculatives, mais elle ne nous donne pas la force de les transformer en vérités pratiques ; elle nous dévoile d'un côté une âme spirituelle, libre, ardemment éprise de vertu, de perfection, de bonheur, de l'aulre un Dieu, principe de toute vérité, de toute félicité.... Mais comment cette âme atteindrat-elle ce Dieu ! C'est ce que la philosophie n'enseigne pas... »
Augustin fait ressortir ailleurs, avec une force et une profondeur de sentiaients extraordinaire , le vide immense que laisse au cœur de l'homme la meilleure philosophie, vide que la religion seule peut combler, et il termine sa pensée par cette phrase : « Platon m'a fait connaître Dieu, Jésus-Christ m'en a montré la voie. »
mrclianls. Apollon garde les troupeaux. Mornire ni'tloie les étables. Mars est mis on prison. Aitonis, Priape, Crepilus ft Cybèlc ont drs rulles infjunes.
A l'époque où Rome reçut le premier enseignement ch rélien, on y voyait un mélange (iisconlant do toutes les philosoptncs : les écoles (le la Grèce s'v heurtaient confusément : le stoïcisme, Épicure, Pytha}ioro, l'Académie y avaient leurs partisans cl aucun sysltmuî n'y prédominait, parce (ju'aucun ne conservait assez de puissance pour subsister par lui-même. I/humanitc^ corronifiue n'avait pas la force de maîtriser ses passions, la raison s'éloignait de dieux avilis et méprisés, une longue» habitude de sensualité la retenait encore. Un vague besoin do morale et de religion vraie se faisait sentir au nnlieu de cet abrutissement, mais il fallait plus qu'une philosophie, il fallait une rëvolution, une rénovation complète.
Les moralistes de la Grèce et do Rome avaient vu le mal, avaient appelé la guérison, mais leur science s'arrêtait là. Qui eut osé mettre à la place de l'orgueil, de la splendeur, de la volupté, do l'ivresse ûvs plaisirs, la pénitence et la mortification 1 Quoi homme eilt espéré dominer, avec ces singulières armes, un peuple, vingt poui)les, l'univeis ? Celle révolution inouïe s'o[>éra copondanl : commencée par la parole du Christ, elle fut achevée par ses disciples. D'innombiables martyrs Talfermironl par leur supplice. Paul, terrassé persécuteur sur lo chemin de Damas, so releva ajxMre intrépide. Sou mâle langage étonna l'Aréopage: à sa vue, le [>roconsul romain trembla sur son siège, les philosophes prêtèrent l'oreille à l'élrangeté de sa doclrine et le palais des Césars enten«lil de sa bouche l'évangile de la Croix.
Cette cruix, Pierre la planta au .sein même de Rome. Arrosée des (lois (le sang chrétien, ses rameaux couvrirent la lorro. A Rome, au siège de la force fut posé le >iego de la vertu au siège de la >erNilude, cehii de la liberté ; au siège» dos idées honteuses, i\i}< ordres sanguinaires <J»» Néron, le siège de ce \ieillard dc'sarmé tjui ré[)and sur luniNcrs la paix et la bénédiction...
Concpiérants nouveaux, les apôtres ne restreignirent pas leurs victoires aux houiuies ré<er\és (pj'iîs venaient de relever • ils rallièrent sous leur l»annièn> ti iouipluinte (l»»s [)eu[)l«\s innombrables : l'Indien, leSeUlie, it; IVrsan, l'Arabe, l'^lbioiden entendirent leur parole; e!le rettfiitit comme un puissant tonnerre jusipi'aux extrémités du monde, et les nations, réveillées d'un
long ^mmoil, saluèrent avec joio le jour libérateur do l'Ëvangilo.
Quelle était donc leur force ? dit un grand orateur chrétien, la môme qu'avait eue Jésus-Christ ! ils devaient confesser son nom et mourir après; mourir aujourd'hui, mourir demain, mourir toujours ; c'est-à-dire vaincre la force, non par la force, mais par la douceur et la vertu. C'est ce qui est arrivé malgré la fureur do l'empire romain perdant dans l'inanité des supplices sa raison épouvantée...
L'orgueil romain fut en effet forcé de rendre hommage à la conduite de ces sectateurs qui mettaient au premier rang de leurs vertus le sacrifice, la chasteté, l'humilité, si étrangères aux Romains de Tibère et de Commode. La philosophie stolque, fondée sur le mépris de la douleur, avait voulu leur apprendre à supporter leurs maux, le Christianisme enseigna à souffrir les siens avec résignation, avec amour et surtout à soulager ceux des autres avec la charité la plus tendre et la plus active. La morale de l'ancienne philosophie ne combattait que les passions de l'humanité sans en atlaijuer le principe; aussi n'a-l-elle produit que des vertus rares et passagères , c'est aux sources qu'a frappé le Christianisme, tant pour améliorer les vertus que pour corriger les vices : l'Evangile a fait de la modestie, l'humilité; de la philanthropie, la charité , enfm ù la vengeance c si douce aux nobles cœurs (1) » elle a substitué le pardon des offenses (î).
L'invasion des barbares, Tambition des grands, les vices des hommes ont pu arrêter les bienfaits de l'Évangile, mais on a reconnu, avec le temps et après les orages, l'excellence de ses institutions. La civilisation s'est a|)puyée'sur la religion chrétienne pour déployer sur TKurope ses ailes rapides et protectrices. Plus de ces remparts qui, seuls, pouvaient déterminer le droit desgens
(1) V. Homère et Euripide. « A Sp^irle comme à Troie, dit ce dernier, il est beau de se venger d'un ennemi. »
(2j « Lactance avoue, dit Freret, que si quelqu'un voulait recueillir toutes les vériti'îs i]iw. les philosophes ont enseignées, on ferait un corps de doctrines assez semblables aux principes de la religion chrétii.*nne. » Mais cvs vOrilt-s sont nées et mortes dans la tête de quelques excellents hommes. La masse <lu peuple n'en a profité (pi'apres la pmlication des apùlres. Alors seulement, le savant a admiré la profondeur de la morale évangélique, l'homme borné y a trouvé la siniplirii3 et l'a embrassée avec amour.
78 DICTIONNAIUK RAISONNÉ
SOUS Iti règne d'une force sauvage: iis ne seront désormais pour le monde que des monuments de son ancienne barbarie. Plus de ces horribles sacriGces, de ces orgies brutales que réclamaient des dieux débauchés et altérés de sang. Partout la justice cllacharitë, partout le retentissement de ces sublimes paroles de saint Jean : a Celui qui aura des biens de ce monde et qui voyant son frère dans Je besoin lui fermera ses entrailles, celui-là ne peut avoir Tamour du Dieu qui s'est donné soi-même et a été cloué sur la croix pour lui. »
Nous avons vu ce que le Christianisme avait donné à TErapire avili par des Néron, et des Caligula, nous avons vu TEurope régénérée sous sa bienfaisante influence ; je demanderai maintenant ce que serait devenu cet empire croulant sous ses ruines vermoulues, en proie à des myriades de barbares, sans lien, sans morale, sans appui contre d'innombrables germes do dissolution... ce que serait devenu le monde entier livré à la force matérielle?
L'église seule et déjà forte de ses institutions a pu contrebalancer ces éléments de dissolution, se défendre contre cette barbarie envahissante, la soumettre, lui donner ses propres éléments de morale et de civilisation, l'instruire. Taméliorer, en faire une société nouvelle, forte, agissante et progressive.
Après ces aperçus historiques, que nul ne contestera, abordons plus franchement notre sujet et disons quelle a été sur la philosophie morale et le bonheur des hommes Tinfluonce du Christianisme.
L'homme est, en général, peu disposé à se préoccuper de sa destinée future; pareil en cela aux animaux, le présent seul l'occupe ; né avec des besoins, des senliment^s, des désirs, des passions, il veut, avant tout, les satisfaire et il laisse à quelques âmes d'élite, à celles surtout que le malheur a frappées, le soin de rechercher s'il y aura dans un autre monde une compensation aux chagrins de celui-ci.
Il y a quelque chose do triste à considérer ces milliers d'êtres qui vivent au jour le jour, poursuivant des objets divers qui flattent leurs sens ou leur esprit, contents quand ils les ont atteints, malheureux de leurs déceptions, mais recommen^^ant le lendemain à poursuivre de nouNdlcs chimères, sans songer à se
demander le sons de ce drame, si fécond en péripëlios, dans lequel ils figurent, sans savoir pourquoi...
Dans quelques circonstances graves de la vie^ leur esprit s*ëlève à ces hautes idées ; ils se posent la terrible question do la destinée humaine, mais la solution leur paraissant bientôt trop diflicile, ils en reviennent à f intérêt, à la passion du moment ot Tavenir est oublié. La mort arrive alors avant le réveil de l'Ame.
Quand il n'en est pas ainsi, quel est le travail do la pensée ?
Au début de la vie, notre nature, s*éveillant avec tous les besoins et toutes les facultés dont elle est pourvue, rencontre un monde qui semble offrir un champ illimité k la satisfaction des uns et au développement des autres. A la vue de ce monde qui paraît renfermer pour elle le bonheur, nous nous élançons pleins d'espérances et d'illusions, mais il est dans la condition humaine qu'aucune de ces espérances ne soit remplie, q^u'aucune de ces illusions no soit justifiée. Alors si nous n'avons pas sucé,
pour ainsi dire, avec le lait, cette douce religion chrétienne, qui porte avec elle tant de lumières et de consolations, alors notre nature souffre, elle s'étonne et s'indigne ; elle trouve que les lois de la justice sont blessées dans ce qui lui arrive ; et do là cette longue incrédulité d'abord, puis cette sourde protestation que nous opposons aux misères de la \ie.
Tant que dure la jeunesse, le malheur nous étonne sans nous effrayer, il nous semble que ce (]ui nous arrive est une anomalie, et cette anomalie a beau se répéter, nous ne sommes point désabusés ; nous croyons que, si nous éprouvons des mécomptes, la faute en est à nous, et nous nous encourageons à être plus habiles... Mais, à la fin, une expérience si longtemps prolongée l'emporte, la triste vérité nous apparaît ; alors s'évanouissent les espérances qui avaient adouci lo malheur ; alors, du fond do notre cœur oppressé, du fond de notre raison blessée, s'élève cette jiiélancolique question : Pourquoi l'homme a-t-il été mis en ce monde ?
£t ce ne sont pas seulement les misères de cette vie qui ont le privilège de tourner notre esprit vers ce problème : Il sort de nos félicités comme do nos infortunes... Dans le premier moment de la satisfaction de nos désirs, nous avons la présomption docroim
80 DICTIOXNAIHE KAlSONNlv:
quo nous avons alloint le bonheur ; mais si ce bonheur dure, bienlol ce qu'il avait de charmant se fléiriU et là où nous avions cru sentir une satisfaction complète, nous n'éprouvons plus qu'une satisfaction moindre qui s'en va, s'épui^^tJ p<-'» à |>ou et vient s'éteindre dans l'ennui et le dL'goùt.
Tel est le dënoûmenl inévitable de tout bonheur humain (1).
Si, pour échapper à nos ennuis, nous changeons Tobjel de notre passion, si nous réussissons à nous étourdir une seconde fois, nous renouvelons la même expérience... Mais cet étourdissement ne peut durer toujours, ce bonheur si désiré, si longtemps cherché, effraie par son insuffisance ; ce qu'il promettait, il ne le lient pas ; le cœur a été ^busé, jamais satisfait ; il souffre et prend en pitié ces misérables b(»nhuurs (}ui aboutissent invariablemonl au dégoût... Alors encore, et [)lus quo jamais, se présente à l'homme celte (juestion do la destinée humaine ; et s'il la prend onQn au sérieux, s'il veut l'approfondir et la résoudre, dès lors plus de repos pour lui : comment vouloir qu'il \ive en paix, quand sa raison, chargée de la conduite de la vie, tombe dans TinceVlilude sur la vie elle-même et ne sait rien do ce qu'il faut qu'elle sache pour remplir sa mission ? Comment vivre en paix quand Pindifférence à fui et «luon ne sait ni d'où l'on \ient, ni où Ton va, ni ce qu'on a à faire ici-bas? Quand on ignore ce que signifient et
(l) Cette véritt* est vieillo comme le temps, et chaque poêle, chaque moraliste de ranlicjuilL' ou des temps modernes, en a laissé la preuve dans des écrits «jui sont restes et peuvent se résumer par ces courtes sentences qui s'applicjuenl à lamour, au plaisir, au bonheur et à la vie de ce monde .
. . . Frincif)ium dulce est, sed finis amarus vOvidiî.)
... Et melle et felle est faHondishimws. 'Pi.aitk )
... La radice ha soava, il frutU) amaro. ((^larim.)
... Enivrons-n«)Us, c'est le seul moyen de noyer nos chagrins.
(Anaciiéon.) ... Apres cUacjue divertissement arrive l'ennui
(Christine de Slèdi:).
. . . L'espérance marche devant nous ; d'espace en espace elJe laisse tomber rjuchiue ji>uet que nous ramassons ; puis , tout à cou[), elle nous mofitre la morl. (Massias.)
Ces citali«)Fis ptMiiraietit se multiplier à l'inlini (ît toutes piou\eraient non-.seulement que la vie est mêlée de cha^'iins et de niOeomptes maia encore cpie le bien le plus ardemment dc>iré effraie i'àme de Mm inAUllisance quand :1 c>t n|»tenu.
l'homme et la création? Quand. tout est énigme, mystère, sujet de doute et d'alarmes (4 j ?
Ce moment arrivé, Thommo ne peut choisir qu'entre la philosophie et la religion. Sensuel, rationaliste ou chrétien, il donne tout au corps, lui fait part égale avec l'âme ou le force à obéir à cette dernière.
S'il comprend que le corps ne doit pas l'emporter sur Tâme, et qu'une pareille doctrine conduirait à l'abrutissement, s'il parvient à concilier les exigences, les appétits du corps avec les conseils de la raison, la conséquence de cette pondération est ce qu'on est convenu d'appeler sagesse ; il sera alors dans ce milieu prêché par Horace, c'est-à-dire qu'il satisfera l'animal sans troubler jamais sa raison, et satisfera sa raison sans trop contrarier la béte.
Voilà en effet la sagesse des anciens, qui n*est autre chose qu'un égoISme réfléchi mis à la place de l'égoîsme bestial. La sagesse est un résultat du calcul ; le dévouement, l'abnégation sont condamnés comme excès, ou tout au moins comme luxe en morale.
Cette doctrine, qui ne satisfait pas plus qu'elle n'élève l'âme, la philosophie spiritualiste a essayé de l'épurer : d'après elle, le corps appesantit l'esprit, il le tient attaché aux choses terrestres et l'empêche de connaître le monde pour lequel il est fait. L'homme, ainsi lié, ne peut arriver à la contemplation de la divinité ; mais, purifié par la douleur, par l'épreuve, il peut se réhabiliter, se dégager du lien terrestre et en sortir pour habiter les régions supérieures.
Quelqu'imparfait qu'il soit, ce système indique un besoin, une aspiration vers la divinité ; mais quelle en est la base, quel en est ^e but? Il n*en existe pas.
Tout philosophe est homme, dit avec raison Jouffroy : comme homme, il partage les croyances de l'humanité, comme philosophe, il en cherche l'explication. Quand l'explication est incomplète, ce qui arrive presque toujours, une lutte s'élève entre le philosophe qui la croit bonne et voudrait nier tout ce dont elle ne rend pas compte, et l'homme qui défend ses croyances et refuse de les sacriûer à Texplication...
C'est cette lutte curieuse que retracent tous les livres de phi-
(l) V. Jouffroy. ~ Mélanges philosophiques.
losophio. Quand Tuuleur esl un espril absolu, hardi, loumë au paradoxe, comme Hobbos et Berkeley, l'homme succombe et la philosophie l'emporte ; les croyances les plus enracinées dans le cœur humain tombent devant les enseignements souvent faux de l'explication adoptée. Mais quand l'auteur est un esprit incertain ou timide comme Locke, le philosophe prend moins d'empire et le bon sens résiste à un système moins décidé. Alors la lutte est égale, et, l'emportant tour à tour, la philosophie domine dans une page et le sens commun dans l'autre. A travers mille efforts pour se mettre d'accord avec lui-même, l'auteur, toujours indécis, arrive à la conclusion qui n'est encore que le résumé de ses tucertitudes I,..
Cette impuissance de l'homme à donner une base à sa croyance et un but à sa vie a été la pierre d'achoppement et l'ëcueil de la philosophie de toutes les nations et do tous les siècles; elle est la meilleure preuve qu'une révélation détail nécessaire. Quand nous avons épuisé la coupe dos douleurs de la vie ou la vanité du bonheur humain, essayé de nous fortifier par l'étude de la philosophie, éprouvé enfin le tourment de douter de tout sans pouvoir nous appuyer sur une vérité consolante, alors se présente le Christianisme avec son histoire, ses miracles, ses preuves, son éclatante vérité, sa réponse à tous les doutes de l'esprit, à tous les besoins du cœur...
Le cœur do l'homme renfermait, en effet, des mystères d'amour, d'abnégation que le Christianisme a développés ; mais la révélation seule a pu les formuler et les enseigner à tous. Dieu est amour et nous devons l'aimer de tout notre cœur et de tout notre tHre ; nous devons chérir nos frères et nous dévouer pour eux. La conscience nous disait tout cela d'une manière confuse, le Christ a expliqué la conscience par sa vie et par sa mort ; il s'est fait chair pour montrer à l'homme le cas qu'il doit faire de la chair * il est mort humilié, souffrant, pour apprendre à l'homme le mérite de la souffrance et de l'humilité, pour lui apprendre surtout que la vie commence à la mort.
Tel a été l'enseignement du Christ.
On nous fait souvent admirer dans les œuvres de la création les preuves do la perfection de Dieu et de son amour pour les hommes ; le Christianisme est une autre création divine, dont est
merveilles, encore plus touchantes, nous parlent des mômes perfections et du mémo amour. Que deviennent aujourd'hui toutes les doctrines devant sa doctrine ? toutes les lois devant sa loi ?... Tous les systèmes de philosophie tombent devant la sublime simplicité de rËvangile !
Le Christianisme n'est pas seulement un perfectionnement de la loi de Moïse, dit avec raison un ëminent écrivain (1) ; il est encore le magnifique résumé de tous les anciens systèmes de morale et de philosophie, dégagé de leurs erreurs et ramené à des principes plus élevés et plus complets ; c'est le point do jonction de toutes les vérités partielles du monde oriental et occidental qui vont se confondre dans une vérité plus pure, plus claire et plus vaste ; c'est le progrès Gnal par lequel l'humanité a été mise en possession des principes de la vraie civilisation universelle.
Est-ce la science philosophique des apôtres qui peut avoir donné cela ?
Loin de moi cependant l'idée de mépriser les travaux des philosophes chrétiens et surtout ceux de Descartes, Malebranche et Leibnitz ; ils sont tous membres de celte famille privilégiée dont Socrato et Platon ont été les pères ; ils ont vécu dans les régions sereines de la pensée, et le spectacle du monde ne leur a pas dérobé la vue du modèle éternel dont la libre-folie de l'homme peut s'écarter, mais qu'il lui est impossible de méconnaître ou d'oublier entièrement. Ce sont des hommes de génie, mais ce sont des hommes, c'est-à-dire des flambeaux vacillants divisés entre eux ; comment pouvaient-ils nous guider ? C'est de plus haut que devait venir la lumière.
J'admets que les progrès de la civilisation fassent comprendre à l'homme que le sensualisme est une doctrine fausse, que la sagesse ancienne est une transaction vicieuse, que le spiritualisme môme est incomplet. Quelle loi suivra-t-il ? le renoncement à luimôme, l'abnégation, l'amour du bien ? Soit I Mais où prondra-l-il la force pour cette abnégation? Comment parviendra- t-il à faire ce bien qu'il aime? Peut-il, pour servir une abstraction, sacrifier son corps, souffrir, faire taire ses appétits, ses passions et souvent ses plus doux sentiments? Non, une idée, une abstraction, quel-
(1) M. Troploog.
que admirables qu'elles paraissent, n'ont pas cette puissance (4)1
(1) Les meilleures preuves d'une vérité se trouvent souvent dans la bouche des hommes chez lesquels on serait le moins disposé à aller la chercher. C'est ainsi que nous lisons dans le Dictionnaire (le Bayle : « Notre raison n'est propre qu'à brouiller tout, à faire douter de tout. Elle n'a pas plutôt bâti un ouvrage qu'elle nous montre les moyens de le miner. C'est une véritable Pénélope qui, pendant la nuit, défait la toile qu'elle avait faite pendant le jour. Ainsi, le meilleur usage qu'on puisse faire de la philosophie est de connaître qu'elle est une voie d'égarement et que nous devons chercher un autre guide qui est la lumière révélée. »
Cette pensée si juste, arrachée à Bayle par la conviction, a été reproduite et développée par un spirituel écrivain peu accoutumô à ces sortes de profession de foi. mais que la force de la vérité a emporté :
Où sont-ils ces faiseurs de système
Qui savent, sans la foi, trouver la vérité ?
Sophistes impuissants qui ne croient qu'en eux-mêmes,
Quels sont leurs arguments et leur autorité?
L'un me montre ici-bas deux principes en guerre. Qui, vaincus tour à tour, sont tous deux immortels. L'autre découvre au loin, dans le ciel solitaire. Un inutile Dieu qui ne veut pas d'autels. Je vois rêver Platon et penser Aristote ; J'écoute, j'applaudis et poursuis mon chemin. Sous les rois absolus je vois un Dieu despote. On nous parle aujourd'hui d'un Dieu républicain. Pylhagore et Leibnitz transfigurent mon être, Descartes m'abandonne au sein des tourbillons. Montaigne s'examine et ne peut se connaître ; Pascal fuit en tremblant ses propres visions, Pyrrhon me rend aveugle et Zenon insensible . Voltaire jette à bas tout ce qu'il voit debout. Spinosa, fatigué de tenter l'impossible, Cherchant en vain son Dieu, croit le trouver partout. Pour le sophiste anglais, l'homme est une machine. Kufin sort des brouillards un rétheur allemand Qui, du philosophisme activant la ruine, Déclare le ciel vide et conclut. . . au néant !
Voilà donc les débris de l'ancienne science ! Kl depuis cinq mille ans qu'on a toujours douté. Après tant de fatigue et de persévérance. C'est là le dernier mot qui nous en est resté !. . .
(Alfred de Musset.)
L'homme n'aurait jamais cru à la possibilité d'un pareil sacriûco si l'exemple ne lui eût été donné avec le précepte, s'il ne lui eût été démontré humainement que le passage dans ce monde est une épreuve et que la mort du corps est le commencement do la vie de l'âme.
Alors seulement il a pu, avec la foi, comprendre l'espérance et la charité ; alors seulement il a su être patient sans apathie, courageux sans orgueil, humble sans lâcheté. C'est que le mystère de l'humilité et de la souffrance lui a été expliqué.
Appelons-en une dernière fois à l'histoire : que voyons-nous quelques siècles avant l'ère chrétienne chez tous les peuples en voie de civilisation? En Chine, Confucius ; dans Tlnde, Boudha ; en Perse, Zoroastre ; en Grèce, Pithagore et Socrate entreprennent sur rhomme et la société un grand travail de réformation. Confucius a été un moraliste pratique, habile dans l'observation ; le Boudba Càkia-Mouni, un prédicateur mystique; Zoroastre, un législateur religieux ; Socrate, un philosophe spiritualiste; ni la puissance ni la gloire ne leur ont manqué, ils ont fondé des écoles célèbres... Mais ont-ils fait ce qu'ils ont dit, accompli ce qu'ils ont tenté ? Ont-ils changé l'état moral et social des peuples ? Ont-ils imprimé à l'humanité un grand progrès et ouvert des horizons qu'elle ne connût pas ? — Nullement. Ils ont agi à la surface plus qu'au fond ; ils n'ont point retiré leurs nations des ornières où elles vivaient ; ils n'ont point transformé les âmes. Bien plus, la décadence s'est bientôt établie au sein de l'immobilité (1)...
Cinq ou six siècles après ces stériles efforts, dans les plus grandes nations du monde, Jésus-Christ apparaît chez un petit peuple obscur, faible et méprisé. Il est faible et méprisé lui-môme au milieu de ce peuple ; il ne possède, il ne cherche aucune force sociale, il ne s'entoure que do disciples vulgaires, pauvres et ignorants..., et il change la face du monde, il transforme la morale et ravive la civilisation proie à s'éteindre ; la religion qu'il apporte produit sur la terre une immense révolution. Des myriades de martyrs donnent leur sang pour attester sa vérité ; répandue par des hommes du peuple inspirés, elle est attaquée par des
(1) V. Guizot : Méditations sur l'essence de la religion chrétienne.
savants, des rhéteurs et des sophistes ; elle lutle coolre tous ses ennemis; elle répond victorieusement à toutes les codUtoverses, subit toutes les railleries, triomphe de toutes les épreuves...
— Le Christianisme a exercé sur l'esprit des peuples une telle action qu'aucune révolution religieuse et politique ne saurait être durable dans les temps modernes, si elle ne rend pas meilleure la condition de la multitude. (Lacordaire).
Cleéron. — Cicéron fut le plus célèbre des orateurs romains. Il naquit à Arpinum 106 ans avant Jésus-Christ.
Longtemps mêlé aux affaires publiques de son pays et plusieurs fois consul, il ne négligea pour cela ni le barreau, auquel il devait sa gloire, ni la philosophie et la morale qui nous intéressent plus spécialement. Nous ne parlerons donc pas de la conspiration de Catilina qu'il Ol échouer et qui lui valut le titre de Père de la pa' trie, ni de ses discours et de ses philippiqucs, mais nous mentionnerons ses traités sur les devoirs [de officiis) les biens et les maux, la vieillesse {de Senectule) et les Tusculanes, Parmi les ouvrages do Cicéron qui ont été perdus on regrette surtout ceux sur la philosophie.
Cicéron n'a pas fait école et n*a pas eu de disciples ; le peu d'originalité et de fermeté do ses opinions ne le comportait pas. Dans celles qu'il expose il se borne le plus souvent à réunir et à présenter sous une nouvelle forme les arguments que les différentes écoles s'adressent Tune à l'autre et se met peu en peine de les apprécier. 11 fait une exception à l'égard de l'Ëpicuréisme qu'il combat assez vivement.
Civilisation* — La civilisation n'est pas seulement, comme on l'a dit trop souvent, le développement des arts, des sciences et dos lettres ; elle n'est pas seulement non plus Tëtat des croyances, des lois, des institutions et des mœurs d'un peuple, elle est rensomble de toutes ces choses. Elle comprend à la fois le développement do l'industrie et du commerce des nations, le progrès des lumières et du goût, l'affermissement de l'ordre général et l'amélioration des mœurs.
Les influences de la religion et do la morale agissent puissam-
ment sur elle ; ces influence bienfaisantes ressèrent les liens entre les individus, fortifient les dispositions à la bienveillance, encouragent le travail et lui assurent sa récompense en protégeant la propriété ; elles favorisent les lumières en nourrissant Tamour de la vérité, en épurant et ennoblissant le sentiment du beau.
La civilisation, à son tour, dans tous les éléments qui la composent, sert les intérêts de la morale pratique : Plus les liens qui unissent les hommes se multiplient, deviennent intimes, mieux les hommes apprennent à sentir ce qu'ils se doivent, mieux ils goûtent le charme des affections, les connaissances de Tesprit, les productions des arts, aident la vertu en éclairant la raison et en en faisant apprécier les jouissances nobles et délicates.
La civilisation est au corps social ce qu'est la santé au corps humain : le résultat d'une harmonie pratique entre les fonctions des organes et les lois de la vie. Ceux qui voudraient la réduire aux progrès matériels méconnaissent ses plus nobles aspirations.
— Les deux grands moyens d'avancer la civilisation sont do propager à la fois la morale, l'instruction et l'industrie.
(J. Droz).
Olarke (S*)« — Philosophe anglais, né à Norwich, en i" 1675, mort en 17Î9.
Le rôle de Clarke a été de défendre contre les systèmes erronés et les extravagances plus ou moins philosophiques, les grandes vérités de Tordre moral et religieux. Il a plaidé la cause de la perfection divine contre l'athéisme de Hobbes et le panthéisme de Spinosa, celle de l'immortalité de l'âme contre Locke, celle du libre-arbitre contre Cellius. Il apportait à cette noble tâche un esprit droit et un cœur généreux, mais il n'a malheureusement fondé aucune école.
Les deux principaux ouvrages de Clarke sont : La démonsiratUm de Inexistence et des attributs de Dieu et le Discours sur les devoirs immuables de la religion,
Glergé* — Le corps des ecclésiastiques. — Il était autrefois divisé en trois ordres : les prêtres, les diacres et les clorcs inférieurs.
Chaque ordre avait un chef : Tarchi-prêtre était le chef du premier, Tarchi-diacre du second et le Primicier du troisième.
Aujourd'hui on nomme clergé du premier ordre les cardinaux, archevêques et évoques, et clergé du second ordre tous les autres ecclésiastiques.
Enfin on dislingue le clergé séculier du clergé régulier; le premier se compose des prêtres qui n*appartiennent à aucun ordre religieux, dans le second se trouvent les ordres monastiques.
Ck>tôre« — Émotion violente de Tâme. — Ses excès, ses emportements font, d*un être doux et sociable, un insensé, un furieux. L'esprit, la raison s'évanouissent et sont remplacés par un transport aveugle. L*homme, ainsi dégradé, n'est plus qu'un animal féroce.
Pendant les accès d'une grande colère, l'homme ne parle plus, il ne pense plus, il rugit, il extravague, il ne connaît personne, et, plus d'une fois, on Ta vu tourner ses armes contre lui-même. L'altération de son physique peint le désordre de son moral : à ce visage défiguré par dos mouvements convulsifs, à ce teint tantôt pâle, tantôt enflammé, à ces yeux éteints qui semblent sortir de leur orbite, à cette poitrine haletante, à travers cette bouche écumante ou desséchée, à ces poings qui se ferment menaçants, il faut reconnaître un homme en proie au délire, prêt à dire toutes les sottises, à commettre tous les crimes.
Si l'homme qui se laisse aller à une extrême colère avait un miroir qui lui montrât ses traits défigurés, un ami qui lui fit observer les spectateurs pour lesquels il est devenu un objet de dérision ou de mépris, il est certain qu'il résisterait à un second accès. Si seulement, après que le moment est passé, il réfléchissait sur les suites, sur les fautes, souvent irréparables, que la violence lui fait commettre, la prudence seule le retiendrait.
Il y a cependant des hommes assez insensés pour nourrir et ranimer leur colère quand ils la sentent s'affaiblir. Une chose qui tendrait à nous corriger de co travers, c'est l'habitude de voir dans notre adversaire un homme semblable à nous, imbu des mêmes préjugés, ayant comme nous un esprit étroit et personnel. Ce qui nous perd, c'est l'habitude contraire de ne voir que nous dans nos querelles et de ne pas assez nous mettre à la place
de notre ennemi. Si nous faisions un examen consciencieux et attentif de ses motifs et de sa prévention contre nous, peut-être Texcuserions-nous et lui pardonnerions-nous plutôt. Si nous voulions nous rappeler aussi combien nous a touchés un pardon généreux, une douceur sur laquelle nous ne comptions pas, peutêtre userions-nous souvent de ce moyen presquUnfaillible de nous faire un ami d*un ennemi.
— La colère est à la fois le plus aveugle, le plus violent et le plus vil des conseillers. (De Ségur).
— J*ai fait un pacte avec ma langue : c'est qu'elle se taira tant que mon cœur sera ému et ne répliquera jamais à aucune parole capable de me provoquer à la colère.
(Saint François-de-Sales).
— Une grande colère commence par la folie et finit par le repentir. (Maximes des Orientaux).
Ooncile. — Assemblée des grands dignitaires de TÊglise, pour décider les questions en litige ou encore incertaines sur les dogmes et la discipline.
On appelle concile général ou œcuménigue celui qui est composé des ëvéques de toute TÉglise ; concile national celui qui est formé par les évoques d'une seule nation ; concile provincial celui qui se tient par un métropolitain, avec les évoques de sa province.
Voici rénumération exacte des conciles (Bcuméniques, avec la date et les motifs de la convocation.