‹ Dictionnaire raisonné de philosophie moraleChapitre 3 sur 4 · XIV. — Concile do Vienne · texte numérisé non relu

XIV. — Concile do Vienne

XV. — Concile de Pise, pour Textinclion du grand schisme d'Occident (4 409).

XVI. — Concile de Constance (4 44 4-4447). Concile de Bâle (4434-4439). Une partie de ses sessions seulement est considérée comme canonique.

XVII. — Concile de Ferrare, continué à Florence, puis à Rome (4 438-4444).

XVIII. — Cinquième de Latran (4 54 8-454 9), sous Jules U et Léon X.

XIX. — Concile de Trente (du 4 3 décembre 4545 au 3 décembre 4563), sous les pontificats de Paul III, Jules III et Pie IV.

OondLIllac* — Philosophe, émule et ami de Diderot et

de Rousseau ; Condillac était abbé, mais au xviii^ siècle ce litre n'engageait à rien.

Condillac vécut peu dans le monde ; sa vie, toute consacrée à rétude, se termine en 4 780, à Tâgo de 66 ans.

Le premier de sos ouvrages, VEssai sur l'origine des connaissances humaines^ parut en 4746 ; il publia plus tard le Traité des sensations dans lequel il analyse le développement de nos facultés, depuis la première impression sensible jusqu'aux notions les plus élevées. Ces deux ouvrages marquent doux phases de la philosophie de Condillac, Tune, dans laquelle il reproduit fidèlement la doctrine do Locke, Tautro, où il raltèro, pour lui donner plus d'unité.

L'âmo est, à l'origine, une table rase ; toutes les idées viennent do Texpérience. Voilà le point commun entre Locke et Condillac; mais dans la formation dos idées qui viennent s'imprimer

sur cette table rase, l'un fait intervenir Tactivité, l'autre la supprime.

Dans le Traité des sensations, Condillac suppose une statue organisée intérieurement comme nous, animée par un esprit qui n'a encore reçu aucune idée, et il ouvre successivement aux diverses impressions du dehors chacun des sens de cette statue... Il tire de cette donnée des conséquences infinies ; mais si les opérations de Tâme se réduisent à la sensation, qu*est-ce que rame elle-même ? « L'âme ou le mot, répond-il à cette objection, n'est que la collection des sensations que l'homme éprouve et de celles que la mémoire lui rappelle. . . »

Il semble résulter de là que l'âme n'est pas une réalité vivante, active, indivisible, mais une pure abstraction.

Cependant, si Condillac est sensualiste, il s'éloigne du matérialisme en soutenant que le siège de la sensation est dans l'âme et non dans les organes... mais toutes ces arguties d'école sortent de notre sujet. Cette doctrine a été depuis longtemps condamnée et n*a plus aujourd'hui de partisans avoués. Le xix^ siècle ne connatt guère, du moins en Europe, que le matérialisme pur, le spiritualisme et la religion chrétienne, qui l'a épuré en l'adoptant.

C^onfiessioii. — Déclaration que le pénitent fait de ses fautes.

Plusieurs conciles ont décidé que la confession était nécessaire et de droit divin. Elle était nécessaire en effet pour rétablir cette harmonie entre la pensée et la parole qui annonce un état normal. Pour qu'il y ait en nous un commencement de régénération, il faut que nos paroles rendent notre pensée. Mais respectant des doutes qui doivent tomber d'eux-mêmes devant les lumières do la vérité, je dirai que c'est le vrai repentir qui absout... et maintenant no conviondra-t-on pas quo l'homme faible doit s'estimer heureux de trouver, lorsqu'il s'égare, des conseils sages et sévères, qui éclairent sa conscience ?

Qu'y a-t-il de plus naturel à l'homme que ce mouvement d'un cœur qui épanche dans un autre un secret t l'estomac qui renferme un poison et qui entre de lui-même en convulsion pour lo rejeter est l'image d'un cœur où lo crime a versé ses poisons, il

souffre, il s'agite, il se contracte, jusqu'à ce qu'il ait rencontré l'oreille do l'amitié (1).

On ne peut nier que la recherche et Taveu de nos fautes ne soit un soulagement et un bien ; on sort du tribunal de la pénitence meilleur et consolé, on a satisfait à un besoin moral, on a rejeté le vieil homme, on est devenu un homme nouveau. On était malheureux de ses fautes passées, on est heureux de ses vertus à venir. . .

— La conscience universelle reconnaît dans la confession spontanée faite à l'autoritë, un mérite de grâce, une force expiatrice. Il n'y a qu'un sentiment sur ce point depuis la mère qui interroge son enfant sur une porcelaine cassée jusqu'au juge qui interroge, du haut de son tribunal, le voleur et l'assassin.

(J. de Maistre).

— Je regarde un confesseur pieux, grave, prudent, comme le plus grand organe de la divinité pour le salut des âmes, car ses conseils servent à régler nos affections, à nous faire remarquer nos défauts, à nous faire éviter les occasions de pécher, à faire restituer ce qui a été enlevé, à réparer les scandales, à dissiper les doutes, à relever l'esprit abattu, enfin à guérir ou à adoucir tous les maux des âmes malados. Et si on peut difficilement trouver dans les affaires humaines quelque chose de plus excellent qu'un ami fidèle, que sera-ce d'un sacrement divin tenu de vous garder sa foi et de vous secourir. (Leibnitz).

— Que de restitutions ou de réparations la confession ne faitelle pas faire chez les catholiques? (J.-J. Rousseau).

— A quoi sert la confession ? disent les sceptiques.

Elle sert à se corriger de ses vices et à avancer à grands pas dans les vertus les plus héroïques.

(1) Le bienfait de la confession a été reconnu, non par les catholiques seulement, mais par les philosophes les plus acharnés contre le catholicisme dans leur besoin de raison : dous lisons dans une lettre de Raynal : le meilleur de tous les gouvernements serait une théorie où l'on établirait le tribunal de la confession s'il était toujours dirigé par des hommes vertueux. — Dans l'Emile de Rousseau : « la confession est très bonne pour engager les cœurs ulcérés de haine à pardonner.»

A quoi sert la confession? Demandez-le à ce pauvre enfant que de honteuses habitudes dégradaient et dont la flétrissure s'imprimait déjà sur son visage. . . Le voici tout changé au physique comme au moral.

Demandez-le à cet ouvrier naguère si libertin, si passionné pour le cabaret et actuellement si sage, si sobre, si rangé, si travailleur... Sa femme et ses enfants trouvent que la confession sert à quelque chose..

Demandez-le à cette femme accablée de misère, chargée d'enfants, maltraitée par son mari... Elle a voulu plusieurs fois, la malheureuse, aller finir ses peines dans la rivière... La pensée de Dieu et de ses enfants Ta retenue. Elle s^approche du confessionnal... Je ne sais ce qu'on lui a dit, mais elle rentre chez elle la paix dans le cœur, presque la joie sur le visage. Elle porte doucement ses peines ; elle souffre sans se plaindre les duretés de son mari. Celui-ci s'élonne du changement, puis il admire, puis il aime, puis il imite. Comptez : un suicide de moins, une mère conservée à six enfants, un bon ménage et une famille vertueuse de plus. (M8^ de Ségur).

Confia uce« — Ce mot est susceptible de beaucoup d'interprétations : on a confiance en soi, en ses forces, en son talent; c'est souvent de la présomption. On a confiance en Dieu, en ses amis, dans les événements, dans sa fortune... Napoléon disait à l'un de ses maréchaux qui, avant ses revers, lui reprochait sa témérité : « Voyez-vous r>ette étoile? — Non, sire. — Eh bien, moi, je la vois et je la suis... »

De toutes les vertus, la plus nécessaire à l'homme, dit excellemment le Père Grou (4), c'est la confiance en Dieu, parce que, sans elle, il ne peut rien et qu'avec elle il peut tout.

Cette vertu est placée entre deux excès qu'il faut également éviter : la présomption et la pusillanimité. Les uns en abusent pour se relâcher dans les voies de la prudence, les autres ont une appréhension trop vive de la justice de Dieu et de la rigueur de ses jugements. La vérité est au milieu.

La confiance est fondée sur la connaissance de Dieu qui nous

(1) Manuel det dmes intérieures.

apprend qu*il est inûniment bon et quMl ne peut vouloir que le bien de ses créatures.

La justice de Dieu est terrible, dit-^n, cela est vrai, mais pour qui? Est-ce pour ceux qui le servent comme leur père, qui sont déterminés à ne jamais lui déplaire? Non ; 8*ils font des fautes, au premier regard d'amour et de regret qu'ils jettent sur lui, il leur pardonne, et, s'il a à les en punir, il les punit dans ce monde d'une manière profitable pour leur salut. Est-ce pour les pécheurs qui reviennent sincèrement à Dieu que sa justice est terrible? Non. Ils éprouvent aussi les effets de sa grande miséricorde.

Dieu veut sans doute qne Ton craigne sa justice, afin qu'on évite le péché, mais en même temps il veut qu*on se confie en lui, plutôt par amour que par crainte, qu'on ne se livre pas à des frayeurs vaines qui n'ont d'autre effet que de nous consterner et nous décourager.

Il faut sans doute, en ce monde, passer par bien des épreuves... mais plus vous accepteroz avec confiance les épreuves et les humiliations, plus Dieu vous soutiendra. Votre courage croîtra à mesure que vous perdrez votre propre force et que vous acquerrez la force de Dieu. Avec elle vous deviendrez supérieur à tout, et votre victoire sera l'effet do votre confiance.

— On ne doit guère compter sur un homme fragile et mortel ; ceux qui sont pour vous seront domain contre vous; les hommes changent comme lo vent. Mettez on Dieu toute votre confiance; qu'il soit votre crainte et votre amour : il répondra pour vous et fera ce qui est le meilleur. Quand on on est venu à ne rechercher sa consolation dans aucune créature, c'est alors qu'on commence à goûter Dieu parfaitement et qu'on est, quoiquMl arrive, toujours satisfait. Alors, on ne se réjouit d'aucune prospérité ; aucun revers no nous centriste, on s'abandonne tout entier avec une entière confiance.

Nous devons, on toute occasion, nous laisser conduire par la volonté do Dieu, sans nous préoccuper des suites qui en découlent, assurés que nous sommes que rien no saurait nous être envoyé de ce cœur paternel dont il no nous fasse tirer profit, s| nous avons confiance en lui. Cet abandon, pour être parfait, doit

avoir pour compagne la simplicité. (Saint François de Sales). — Pour tout et toujours, abandonnons-nous au Seigneur. Jetons-nous dans le sein de sa miséricorde infinie avec la simplicité d'un enfant. (De Ravignan).

Conf^cius (Kong~fou-tzen). — Philosophe chinois, né six cents ans environ avant Jésus-Christ. Il descendait, dit-on, de Hoang-ti, législateur de la Chine.

11 remplit d'abord avec succès des fonctions administratives, mais il renonça bientôt à tout emploi pour se livrer à la méditation et forma le projet de réformer les mœurs de son pays.

Il parcourut dans ce but plusieurs provinces de TEmpire, entouré de nombreux disciples.

Le roi Lou, émerveillé de ses succès, en fit son premier ministre, mais, fatigué à la longue de ses principes austères, il réloigna de la cour.

Rentré dans la vie privée, Confucius prêcha la morale dans tout Tempire chinois et écrivit les ouvrages qui Tout immortalisé.

Il mourut l'an 479, entouré de ses disciples qui lui rendirent une sorte de culte.

Sa philosophie est toute pratique, on en a publié de nombreux fragments sous ce titre : Morale de Confucius.

Conscience» — La conscience, dans son acception la plus générale, est la perception de tout ce qui se passe dans notre tète et dans notre cœur. Dans une signification plus restreinte, c'est le sentiment intérieur par lequel Thomme se rend témoignage à lui-même du bien et du mal qu*il fait.

Ce sentiment que nous portons en nous de la moralité de nos pensées et de nos actes est la religion de bien des hommes, enchantés d'avoir cotte pierre do touche à leur service comme remède ou préservatif de toutes les maladies morales.

Plusieurs philosophes, et notamment ceux de l'école écossaise, reconnaissent l'autorité de la conscience et la représentent comme un principe essentiel. « Quoique fondement que l'on donne à nos facultés, dit Smith, soit qu'on les rapporte à uno certaine modification do la raison, à un instinct original, appelé sens moral y

OU à quelque autre principe de notre nature, on ne saurait mettre en doute que ces facultés ne nous aient été données pour diriger notre conduite... Elles sont en nous les arbitres de nos actions à qui il appartient d'exercer la surintendance sur nos sontimonts, nos passions, nos appétits et de décider jusqu'à quel point chacun de ces principes doit être toléré ou réprimé. >

Des philosophes français partagent en général cette opinion : « La conscience, dit Pascal, est le meilleur livre de morale que nous ayons, celui qu'on doit consulter le plus souvent. • c Si les passions sont la voix du corps, dit à son tour Rousseau, la conscience est la voix do Tâme. » « La conscience, syoute M. de Ségur, est un juge impartial placé dans Tintérieur de notre être. > « La conscience est le pouls de Tâme ; si elle est agitée, Vème est malade, aussi fournit-elle une preuve de plus de son immortalité, V dit encore Chateaubriant, et ce qu'il dit il Ta mis en pratique. Nous n'en donnerons qu'une preuve, assez remarquable pour être citée : L'auteur du Génie du Christianisme, le chantre d'Atala, était en Amérique, heureux do cette première pérégrination qui convenait à sa nature aventureuse. Comment et pourquoi quitta-t-il sitôt cette terre aimée ? Laissons-le raconter lui môme cet intéressant épisode de sa vie : < ... Tandis que les patates de mon souper bouillaient, je m'amusai à lire à la lueur du feu, on baissant la tête, un journal anglais tombé à terre entre mes jambes. J'aperçus, écrits en grosses lettres, ces mots : Flight of the King (Fuite du Roi), c'était lo récit de l'évasion de Louis XVI et son arrestation à Varennos. Lo journal racontait aussi l'émigration et la réunion des officiers de l'armée sous le drapeau des princes français. Une conversion subite s'opéra dans mon esprit : le fracas des armes retentit à mon oreille sous le chaume d'un moulin caché dans des bois inconnus. J'interrompis brusquement ma course et je me dis : « Retourne en France. » Si, continuant mon voyage, j'eusse allumé ma pipe avec le journal qui a changé ma vie, personne ne se fut aperçu de mon absence. Un simple démêlé entre moi et ma conscience me jeta sur le théâtre du monde. J'eusse pu faire ce que j'eusse voulu, puisque j'étais le seul témoin du débat; mais de tous les témoins c'est celui aux yeux duquel je craindrais le plus de rougir,.. »

Nous pourriond maltiplier ces citations à Tinfini (1)... mais il faut cependant admettre, malgré ces autorités, que la conscience, inconnue à sa plus jeune enfance, peut être, plus tard, étouffée par régoîsme, faussée par Thabitude, pervertie par les mœurs ou par les passions (2), qu'elle varie selon les climats, les races, les divers degrés de civilisation ou d'instruction, selon le caractère, rhumeur, le tempérament. Ainsi la conscience d'un forçat et celle d'un bon prêtre, la conscience d'une courtisane et celle d'une sœur de charité peut^elle être la môme ? Telle tribu admet sans scrupule qu'on peut tuer son semblable pour le manger, si sa chair est tendre ; telle autre admet l'adultère et l'inceste ; telle nation tolère la vente des femmes, telle autre assomme les vieillards pour leur épargner la souffrance et les infirmit-és ; la chasteté, la pudeur subissent de ligne en ligne, les plus singulières métamorphoses ; ce qui est inoui pour un peuple est très naturel pour l'autre... la conscience d'un homme se révoltera des mœurs de son voisin, qui, à son tour, sera épouvanté des licences du premier.

Que devient la vraie morale au milieu de ce pèle-mèle de sentiments opposés ? Sentiments qu'on déclarerait volontiers innés s'ils ne trouvaient pas leur contraire (3). En fait, la délicatesse de la conscience s'altère à proportion qu'on la blesse. Elle se retire comme la sensitive. Si elle agit sur notre conduite, notre conduite agit aussi sur elle, la modifie, la fausse et quelquefois la tue. De là vient que le sens moral est émoussé chez un si grand nombre d'hommes.

Les législateurs ont dépassé cette dépravation : En vertu des lois de Lycurgue, le hasard seul assortissait les époux Spartiates; Platon, dans sa République, donne sur le mariage des règles qui

(1) Mea mihi conscientia pluris est quam omnium sermo.

(Gicéron.) C'est une grande ressource que le témoignage de sa conscience.

(Louis XVI).

(2) La conscience n'est pas toujours vive et exacte au même degré ; elle se dérange au froissement des passions, eUe ne marque plus le devoir avec la même délicatesse et ne fait plus sentir que faiblement son action. (Auguste Nicolas).

(3) Yoy. Hérodote, Sextus Empiricus, Valère-Maximo, Montaigne, etc.

seraient un modèle pour la législation des haras et ne permet à SOS républicains de s'unir selon le vœu de leur cœur qu*à l'^x)quo où les rides ont sillonné leur front. Il admet la communauté des femmes et l'immolation des enfants mal constitués (1). Selon, dans sa loi sur l'union conjugale, n'a on vue que la fécondité ; les législateurs de Rome posent en principe qu'il ne faut pas mettre d'entraves au divorce. Yolney, Bentham, tous les sectateurs de l'intérêt personnel no savent comment s'y prendre pour démontrer que Tadultère est blâmable ; ils ont moins de peine à faire une vertu de la propreté que de la fidélité conjugale. Montesquieu nous dit gravement > que le mariage a été établi par la nécessité de trouver un père aux enfants pour les nourrir et les élever. « Uelvétius trouve ce lien gênant et peu convenable c pourquo donner un frein au plaisir ? >

Mais revenons à notre siècle : transportons^nous dans une mai* son de détention ; voici ce que nous y trouverons : une réunion de scélérats, s'endoctrinant l'un l'autre et admettant tous en pria. cipo que les bons sont dupes dans la société et que le voleur ne fait que reprendre par la force, aidée de son génie, ce que la fortune ou le hasard lui ont refusé ; l'injustice est flagrante dans le monde, puisque l'un a tout et l'autre rien ; quoi de plus juste alors et de plus moral que do rétablir l'équilibre par tous les moyens possibles?... L^enfant qui, dans une de ces agglomérations, reçoit constamment l'exemple do la débauche et du vol, que le vagabondage enlève ensuite à son repaire et pousse dans d'autres abîmes où so perfoctionno l'éducation du crime, ce malheureux enfant trouvera-t-il au fond de sa conscience des lumières assez vives pour dissiper les tonèbres amassées autour de lui et on lui ?

Non, il fera le mal et le fera avec bonheur, car on ne le fait

(l) Le texte do la loi des douze tables, conforme à la loi de Lycurgue, est connu : « Si un enfant est mal fait, que le père luimôme le iuc \ Puerum, pater cito necato.,. » on connaît aussi la maxime de Sénèque : « De môme que nous tuons les chiens malades nous noyons nos enfants s'ils naissent débiles ou contrefaits. Ce n'est pas colère , c'est raison : c'est débarrasser la société saine de V inutile... »

jamais si pleinement et si gatment que quand on le fait par un faux principe de conscience.

Dans une sphère plus élevée, y a-t-il, hors de la loi chrétienne, des principes moraux généralement reconnus comme devant servir de règles aux hommes ? « qu'il y ait un bien et un mal moral, dit M. Guizot, qu'on soit tenu d'éviter le mal, d'accomplir le bien, voilà une croyance naturelle, universelle ; l'homme est ainsi fait qu'elle se développe en lui spontanément, par le seul cours do la vie ; une fois née, elle agit sur son âme, presque comme le sang circule dans ses veines, sans qu'il le veuille, sans qu'il y pense. »

Cette assertion est parfaitement juste tant que le sens moral de Thomme n'a pas été faussé, mais le voleur, né dans une atmosphère corrompue, habitué à ne voir dans le monde que des dupes et des fripons, auquel l'idée d'épreuve est inconnue, qui ne comprend d'autre bien que la jouissance matérielle, d'autre avenir que le néant, cet être dépravé dont l'entourage et l'habitude ont complètement changé la nature, je ne puis admettre pour lui de sens moral.

Elevons-nous dans la sphère sociale : N'y a-t-il pas quelque chose de singulier dans notre législation actuelle ? Nous voyons constamment en face l'un de l'autre, dans nos cours d'assises, deux hommes, également honorés, également instruits et dans la jurisprudence et dans la morale, un procureur général et un avocat ; le premier accusant toujours, l'autre défondant toujours. Je n'ai pu encore me faire à cette fiction, car c'en est une : la raison ne peut concevoir que ces deux hommes, qui ont fait les mêmes études, se sont nourris dos mêmes maximes, ne soient jamais d'accord sur la culpabilité d'un accusé...

Je sais bien qu^on me dira : « Le procureur général n'agit qu'après les efforts d'un juge d'instruction pour connaître la vérité, et l'avocat ne sait que ce que lui dit son client. De là vient la divergence d'opinion. » Mais cela est-il exact? L'avocat ne saitil pas souvent que son client est coupable? Mais, dira-tr>on, il no piaido alors que les circonstances atténuantes ! — Pas du tout, il lo sait coupable et il plaide la non-culpabilité, même après l'aveu conûdontiel du volour ou de l'assassin... Où est alors la conscience ?

Que l'avocat argue do la mauvaise éducation, des mauvais conseils, d^un entourage vicieux ou corrompu, d*ane misère profonde; qu'il cherche à' altënuor les torts... Je l'admets ; je dirai plus : c'est un devoir pour lui. Mais qu'il dise aux jarés : « Gel homme n'a pas volé 1 • Je ne puis admettre que sa conscience ne le lui reproche pas. — Eh bien, noni l'avocat, sortant de l'audience après un acquittement, ne dira pas : c Je viens de rendre un Ger scélérat à la société t • mais il se proclamera U défenseur de la eeuve et de Vorphelin, le citoyen le plus utile à l'Etat 1 Et, ce qu'il y a de plus singulier, il sera de bonne foi en le disant et il ne trouvera pas de contradicteurs; cela est admis.

— Alors, s'écriera-t-on, c'est la conscience publique qui est faussée l

— C'est possible 1

N'est-il pas faussé aussi le sens moral de ces fils des Croisés qui croient imiter leurs ayeux en passant leurs nuits à jouer le Lansquenet, à se ruiner, ou à ruiner leurs meilleurs amis, et leurs journées dans une salle d'armes, mesurant l'estime qu'ils s'accordent mutuellement au nombre des hommes qu'ils ont tué en duel, sans motifs sérieux, souvent sans provocation; et, plus encore, celui de cet homme qui lave dans le sang la tache faîte à son honneur d'époux et n'éprouve aucun remords à couvrir d'infamie une faible femme, à jeter le désordre et la honte dans un ménage où on l'accueille en ami ? Si la voix de la conscience se fait par hasard entendre dans le cœur de cet homme corrompu et blasé, elle est aussitôt étouiïéo par l'égoïsme qui lui crie : < Regarde autour de toi, le monde absout ces crimes-là; il fsdt plus ; il en fait un titre do gloire : on n'a pas eu de succès dans les arts, dans les lettres, on on a auprès des femmes; cela pose bien dans la société. » La société est-elle en effet autre chose qu'une collection d'individus réunis pour faire leurs affaires d'ar* gent ou de plaisir, sans s'inquiéter du prochain, ou plutôt, hdlas 1 aux dépens du prochain ? La morale de l'intérêt, désavouée en principe, y est suivie dans la pratique, et les théories philantropiques n'ont d'adeptes que des savants qui en parlent dans leurs livres et qui, presque toujours, emportés par le torrent, s'en inquiètent peu au milieu des réalités de la vie.

Ils ont cependant aussi leur conscience ces hommes dont nous

venons d'esquisser la vie et le caractère, car il est des consciences de toute sorte, de toute qualité ; il on est de sévères, de douces, de fîères, de commodes, de clairvoyantes, d'aveugles, de larges, d'étroites, d'impérieuses, de silencieuses : Elles varient comme le temps, les climats, les lois, les intérêts, les circonstances et les partis... Elles se ressemblent si peu que Ton conçoit à peine qu'elles portent le même nom. Mais quelles qu'elles soient, la persistance dans le crime et l'abjection finit par les étouffer.

Gela veut-il dire que la conscience doive être dédaignée par la philosophie religieuse? — Non, certes I Dieu ne l'a pas mise en vain dans notre cœur; seulement, elle ne doit pas en être la règle unique, car cette règle peut être faussée, si elle n'est éclairée et soutenue.

L'homme a été place sur cette terre pour y accomplir sa destinée. Quel en est le but, dans quelque situation qu'il ait été placé?' — Le bien. Quel est l'accomplissement de toutes les destinées particulières? — L'ordre universel. Si l'homme est sensible, il le sent. S'il est intelligent, il le comprend. S'il n'est ni l'un ni l'autre, cela reste vrai sans qu'il le sente et sans qu'il le sache ; et si le milieu dans lequel il a passé sa vie a faussé ses sensations et son intelligence, cela reste vrai encore : la conscience est en lui comme frappée de paralysie ; il porte la peine de sa dégradation morale.

La religion commence à la conscience, continue par les idées d'ordre moral, d'ordre universel et do responsabilité que cette conscience porte en elle-même, se nourrit en avançant par les marques d'intelligence, de puissance et de bonté dont le monde extérieur est plein, et s'élève enfin, par un instinct irrésistible, par une sorte de pressentiment, fortifié par ce qui nous entoure, jusqu'aux idées d'étemelle justice, d'immortalité, de Dieu...

La conscience nous révèle donc l'ordre moral, nous révèle Dieu, comme les sens nous révèlent l'ordre physique qui nous montre Dieu encore, mais sous un nouvel aspect (1).

Cette idée admise, elle nous conduit au Christianisme, et alors la règle est toute trouvée : la conscience, ainsi éclairée, ne nous

(1) V. S. Vincent. Médit, reiig.

fora jamais défaut. Nous pourrons la consulter sans crainte et suivre ses inspirations.

Ce n*est point, en effet, une vérité -spéculative qu*on cherche dans la morale, c*est une règle et une source de règles incontestables, éternelles... £l quelle est la philosophie qui nous les donne? Quelle est celle qui peut reconnaître un principe d*aiH torité irrécusable, supérieur à tout ce que pourrait imaginer Tintérét temporel, et, par dessus tout, un exemple, un modèle? — 11 n'en existe pas. Les philosophes se sont épuisés à chercher, et leurs interminables recherches n'ont abouti qu'au chaos; ou, s'ils ont trouvé quelques parcelles de vérité, ils ont été forcés de reconnaître qu'elles appartenaient encore à ce livre divin qui se nomme Evangile. Pareils à ce savant qui, se trouvant au milieu d'une multitude altérée, au lieu d'utiliser sa science k trouver le fleuve ou la source qui pouvait la désaltérer, s^amuse à faire quelques gouttes d'eau par des procédés chimiques... Cette eau insuffisante, cette eau <]ui ne désaltère pas et dans laquelle on n'a pas foi, c'est la science humaine... La source c'est l'Evangile (4) ! Le savant ne s'est pas avisé qu*il avait pris le chemin le plus long et risqué do s'empoisonner dans le trajet, pour arriver à elle, la goutte d'eau, la vérité obtenue avec tant de labeur, il l'eût trouvée dans le livre divin dont elle n*était qu'un fragment ou une conséquence.

Répétons-le en terminant : la philosophie n'a pu nous donner un seul principe, une seule règle de conduite assurée, et la conscience, quand elle n'a pour base que cette science douteuse, qui change avec les siècles et les climats, risque à chaque instant de s'égarer.

Si vous admettez, au contraire, que la morale de TEvangUe vient do Dieu, si vous êtes profondement convaincu de son origine et de sa perfection, il faut admettre en môme temps le devoir de s'y soumettre.

Alors seulement, la conscience aura une base, la vie un but et une route certaine pour l'atteindre.

(1) Simiii a chi trovaiidosi coq una raolUtudioe assetata, e sapendo di esser vicino ad un gran fiunic si fermasse a fare, con dei processi chimie], qualche goccie di quellacqua cbe non disseta, essi hanno coiisumate le loro cure nel cercarc una teoria, etc. (Manzoni).

Considération. — La considération est la récompense du bien que fait la vertu, c'est roslimo qui s'attache à une belle vie, la parure et la défense des hommes de bien.

— La considération fait plus d'heureux que la gloire.

(Duclos).

— Ce qu'on gagne par le mensonge en réputation d'habileté, on le perd en considération. (Chateaubriand).

Conversation» — a La conversation, dit, avec autant de vérité que d'esprit, un écrivain de nos jours, (4 ) est tout ce qui se dit et tout ce qu'on ne dit pas ; tout ce qu'on sait et tout ce qu'on ignore ; les bruits, les rumeurs, les craintes et les espérances du monde ; un peu de calomnie, beaucoup de médisance ; un certain fonds de justice ; la flatterie pour ceux qui écoutent, nulle pitié pour les absents... » voilà, en effet, comment on pourrait définir cette chose indéfinissable.

Ce qu'on appelait a//tcûm«, en Grèce, c'était à la fois l'esprit, l'élégance et les grâces du monde civilisé. On se demandait alors ce qu'on pensait d'une tragédie d'Euripide, dune comédie d'Aristophane ou d'une boutade de Diogène, on se demande aujourd'hui, non le succès d'une tragédie, la tragédie est à peu près morte, mais celui d'une comédie d'Augier ou d'une boutade des Diogène de notre époque, car cette race là ne meurt jamais. Seulement, à Athènes, la conversation avait lieu partout : au /brum, au Ptrae, à l'air libre. «En Franco, elle s'est réfugiée dans les salons. Au wii® siècle elle a presque été une gloire nationale. Elle date de l'hôtel Rambouillet où l'on jugeait qu'il y avait dans ce jeune écolier de seize ans, qui se nommait fiossuet, l'étoffe d'un grand homme. Puis ce fût M'"° de Sévigné qui réunit les esprits d'élite, puis M"** Scarron qui, avant d'épouser Louis XIV, remplaçait par une anecdote amusante le rôti qui faisait défaut à sa table ; puis, M°*° Geoffrin chez qui se réunissaient les philosophes du xviii^ siècle et où naissait cette opposition formidable au pouvoir absolu et au Christianisme. On peut dire avec quelque vérité que ces salons du xviii® siècle ont préparé la première ré vol u-

(I) Jules Janin.

tion. Au xii« les salons ont moins d'importance^ ^^pondant oq retrouve tout l'esprit français dans ceux de 11°^** de Siaél, Récamier, Lebrun, de Liëven et la duchesse d'Abraotès, car il est à remarquer que ce sont presque toujours des femmes qai règneni dans les salons, les hommes sont sur le second plan.

La femme française du xvii® siècle est peut-être le modèle de la perfection féminine ; ses qualités lui sont toute» pariicolières et l'on n'en trouverait peut-être point de semblable en aaciin temps et dans aucun pays. Spirituelle, instruite et bonne, elle a des grâces infinies dans son esprit, dans sa personne et dans son cœur. C'est le fruit d'une éducation très complète et d'une civilisation perfectionnée. M"'^ de Sévigné en est le type.

Go qui fait le charme des femmes de cette époque, c'est ]» naturel. Fières de leur empire, elles ne s'imposent aucune dissimulation, il ne leurs reste rien de l'afiTéterie un peu prétentieuse qui marque leurs premiers efforts pour arriver à l'élégance. Elles sont simples et vraies. Leur jeunesse, vive et confiante, a ses passions ardentes, ses chagrins profonds, ses consolations naïves» ses repentirs et ses expiations. Toute la vie de la femme s'y développe et reste dans des conditions vraies. C'est la nature ornée, mais sous la toilette, comme sous l'éducation, on retrouve la nature.

Comment expliquer cette espèce de relations entre un homme et une femme qui n'est ni de l'amour, ni de l'amitié, qui n'est que dans l'esprit et n'a rien d'immoral ? Sentiment pur, vif, dévoué, qui unit deux âmes dans de mutuelles confidences, sentiment qui a ses susceptibilités, ses tendresses, ses jalousies, affection constante dont bien des exemples nous sont révélés parmi les plus grandes dames qui s'attachent aux hommes illustres de leur temps (1).

De nos jours, les femmes ont trop laissé le club se substituer au salon, et celle causerie spirituelle s'en va pou à peu, chassée par le Sport, les chevaux de courses, le lansquenet et la fumée du cigare .

— - L'esprit de la conversation consiste moins à en montrer (1) V. !«■• Ancelot : Un salon de Paris.

beaucoup qu'à en faire trouver aux autres... le plaisir le plus délicat est de faire celui d'autrui. (La Bruyère).

— Nous avons des maîtres qui nous apprennent à parler et nous n'en avons pas qui nous apprennent à nous taire. Parler c'est dépenser, écouter, c'est acquérir. (Franklin).

*— Les conversations sont l'état populaire,

Nul n'y veut ôtre dominé ; On y déplait en cherchant trop à plaire Et qui veut régner seul est bientôt détrôné. (Delille).

Ck>ran (ou Alcoran). — Le Coran est le livre que révèrent les musulmans comme le recueil des lois divines promulguées par leur prophète Mahomet. Il renferme d'excellents préceptes sur la pratique des vertus ; les musulmans se font un devoir d'en apprendre par cœur et d'en réciter souvent des versets et des chapitres. Sa morale a été utile à la civilisation de l'Orient et à l'humanité, en abolissant un grand nombre de pratiques superstitieuses et barbares que l'idolâtrie avait naturalisées en Arabie.

Le Coran est un mélange des doctrines juives et chrétiennes, unies aux traditions orientales. Il fut mis en ordre et publié par un successeur de Mahomet, l'an xiii de l'hégyre (635 de J.-C). Il est écrit en Arabe le plus pur et traduit en français par du Ryer en 1734 et parSavary en 4783.

Courage. — Le courage est une disposition naturelle à agir d'une manière hardie, à braver les dangers et les obstacles.

Outre cette disposition innée, l'influence des circonstances extérieures peut produire sur l'homme des résultats très grands, ses facultés peuvent être excitées moralement par l'ambition, physiquement par des boissons stimulantes. Il y a plusieurs genres de courage : le courage civil, le courage militaire, le courage moral do l'écrivain, etc.

c Le vrai courage, dit Labruyère, est une des qualités qui supposent le plus de grandeur d'âme. J'en remarque de beaucoup de sortes : un courage contre la fortune, qui est philosophie ; contre la misère, qui est patience ; à la guerre, qui est valeur ; dans les entreprises, qui est hardiesse ; contre l'injustice, qui est fermeté ; contre le vice, qui est sévérité. »

Il n'est pas ordinairo qu'un mémo homme réunisse toutes ces qualités, mais il faut surtout avoir le courage de son état ou de ses fonctions ; cela est essentiel, non seulement comme vertu, mais comme la sauvegarde de toutes les autres vertus.

— Vif et impétueux, calme et froid, sombre et mélancolique, patient et opiniâtre, adroit et temporisateur, le courage se nuance et se modifie suivant le caractère des peuples divers : l'Espagnol est le peuple qui se bat le mieux à jeun — le Français est le seul qui se fasse tuer en riant et en plaisantant. (Massias).

— Le véritable courage est celui de l'âme : n'être arrêté par aucune crainte dans Texercice de son devoir, se tenir prêt à supporter ses maux, ne pas se rebuter des difficultés qui s'opposent à un projet honnête, c'est avoir le courage qui mérite seul le nom de vertu. Il faut travailler de bonne heure à s'armer de fermeté. On fait bien des fautes par faiblesse. Que d'hommes ont été criminels en détestant le crime 1 on manque à la vertu qu'on aime, pour ne savoir pas résister à de faux amis qu'on méprise. On se rend coupable pour complaire à des protecteurs, dont les vains services ne peuvent faire notre bonheur, et surtout ne nous donneront pas celui d*une conscience satisfaite. Celui qui saura borner ses désirs, se rendra plus rares les occasions de manquer do courago et s'épargnera do longues douleurs.

(Lévesque).

— Le courage sans la sagesse n'est que de la témérité.

(Véran Sabran).

— La raison supporte les disgrâces, le courage les combat, la patience et la religion les surmontent. (M"** de Sévigné).

— Le vrai courage est dans le sang-froid et la puissance de soi-même dans le danger. (V. Cousin).

Oouein. — Professeur de philosophie, membre de l'Académicfrançaise, ancien ministre de Tinstruction publique, né à Paris en 4792, mort en 4 866.

La vie do Victor Cousin a été consacrée aux sciences philosophiques : d'abord partisan de la doctrine de Condillac, il abandonna bientôt le sensualisme pour vulgariser en Franco la philosophie écossaise que les noms de Rcidct Dugald-Stewart avaient

mise en lumière. Après ces maîtres, il étudia successivement les doctrines de Kant, Hegel, Jacobi, Ficbte et Schelling, empruntant à chacun d*eux les idées qu'il jugeait compatibles avec celles de Descartes et leur donnant une solution pratique qui n'existait pas en Allemagne. De là un système nouveau auquel il donna le nom d'Ecclectisme.

Outre la publication do son cours de philosophie, on doit à Cousin plusieurs ouvrages destinés à combattre, après la tourmente de 4 848, le socialisme et le communisme. L'un est intitulé : Philosophie populaire, l'autre justice et charité.

Deux accusations ont été portées contre l'enseignement et les œuvres de Cousin : une certaine tendance au Panthéisme et au scepticisme, et la base même de son ecclectisme qui détruit plus qu'il n'édiGe. Chaque système, en effet, se résume dans une idée fixe, unique. Si elle est vraie, lui disait-on, adoptez-là ; si elle est fausse, pourquoi vous l'assimiler ? Les prendrez-vous toutes pour les coudre ensemble? vous n'obtiendrez pour résultat qu'un assemblage monstrueux, un amas de contradictions. On voudrait en vain concilier Epicure avec Platon, Condillac avec Roid, Descartes avec Kant... Aussi, la philosophie de Cousin n'est-elle pas destinée à laisser des traces profondes.

On prétend que, dans les derniers jours de sa vie. Cousin penchait vers le Christianisme. Si cela est vrai, il est fâcheux qu'il n'ait pas vécu plus longtemps...

Ck>uveiit« — Maison religieuse, monastère, cloître et couvent sont des mots à peu près synonymes, le dernier cependant ne présente pas une idée aussi austère que les autres.

Dans l'origine, il y avait à Paris seulement, 42 communautés d'hommes et 68 de femmes; les femmes qui se conduisaient mal pouvaient y être enfermées à la demande de leur mari, par auto* rite de justice; on^ a vu trop souvent aussi, dit le président do Brosse, des jeunes fîUes sacrifiées à l'orgueil des nobles pour enrichir l'héritier de leur nom.

Il n'en est plus de même à notre époque : il y a aujourd'hui en France un grand nombre de couvents dont les religieuses se consacrent à Téducation des jeunes filles, au soin des malades, à la conversion ou à la consolation des femmes du monde. D'autres

sont destinées aux âmes qui se livrent à la vie ascétique ou comtemplative, le cannel par exemple, mais ce sont les moins nombreux.

Crainte. — L41 crainte est cette sensaiioii pénible que la

menace d'un danger physique ou moral produit dans notre cerveau et de là dans tout l'organisme. Cette sensation se traduit en une perturbation générale. Les fonctions sont entravées, la circulation du sang ralentie ou arrêtée, la digestion troublée ; la peau pâlit, Je corps tremble, les genoux fléchissent.

Si la crainte s'élève au degré extrême de la terreur, l'homme demeure immobile, les sens sont perclus, la voix manque, les cheveux se hérissent et l'intelligence fait défaut.

La folie, la paralysie, Tépilepsie peuvent résulter de cet état anormal et la vie elle-même peut s'éteindre.

La religion adoucit ces tortures du corps et de l'àme par la consolation qu'elle nous apporte.

a La parfaite charité bannit la crainte 1 dit Saint-Jean ; il faut donc aspirer à la charité qui enlève cette torture de l'âme et ne fait voir en Dieu qu'amour et indulgence.

— Celui qui a une conscience troublée est souvent sans danger, mais jamais sans crainte. (P. Syrus).

Création. — On appelle ainsi l'acte par lequel Dieu, sans le secours d'aucune matière préexistante, a produit le monde et tous les êtres qu'il renferme.

Sans nier précisément l'existence de Dieu on a essayé de révoquer en doute la création ; de là deux systèmes : le dualisme et le panthéisme, le premier admet la matière existant de toute éternité et Dieu qui en a fait usage. Le second confond Dieu et l'univers en une seule existence : ainsi, ce ne sont pas les corps qui ont de l'étendue, mais Dieu qui est dans les corps. C'est l'étendue inGnie, attribut de Dieu qui se manifeste sous les apparences de la solidité, do la ûuidité, de la terre, du feu, etc. Ce n'est pas la plante qui végète, l'animal qui sent, l'homme qui pense; c'est la pensée divine qui prend l'aspect particulier de la plante, de l'animal ou do l'homme; ce no sont plus que des

noms, des signes abstraits par lesquels nous désignons des qualités, des propriétés dont Dieu est le sujet véritable.

Nous retrouverons ces données en parlant du Panthéisme^ revenons à la création, suivant le principe chrétien, à nos yeux le seul raisonnable et vrai.

La matière animée ou inanimée ne s*est pas produite d'ellemême : Il n'y a point de montre sans horloger, d'édifice sans architecte : les mondes, les soleils, les animaux, depuis la baleine jusqu'à l'infusoire que l'œil no peut apercevoir ; les végétaux, depuis le cèdre séculaire jusqu'à la plus petite fleur des champs ; les minéraux, depuis la montagne de l'Himalaya jusqu'au grain de sable, sont créés, organisés, développés et conduits par une sagesse profonde qu'il est impossible de méconnaître.

Dieu, Éternel, Être suprême, cause première... quel que soit le nom qu'on lui donne, la pensée est la même. C'est celle d'une intelligence infinie et toute puissante qui a créé tout ce qui existe et lui a donné des lois par lesquelles se meut ce qui constitue cette création.

Dieu ne peut vouloir que le bien : le supposer inhabile à le produire ou assez méchant pour employer sa puissance infinie à vouloir et opérer le mal est absurde : l'étude do la nature nous fait voir, à chaque pas, des harmonies et des causes finales qui, toutes, concourent au grand œuvre. La structure du corps humain, celle des animaux et des végétaux, tout prouve cette vérité : la nature entière se meut par des lois admirables, dans la recherche desquelles se perd notre faible intelligence.. •

Et cependant le mal existe.

Parmi toutes les créatures, l'homme seul a une âme qui raisonne, discerne le bien et le mal et qui est libre. Tant que cette âme invoque Dieu sincèrement et avec un cœur pur, la lumière ne lui manque jamais, car elle ne se retire que de ceux qui s'en détournent volontairement pour suivre les inspirations de TégoTsme. L'expérience nous prouve en effet que si l'âme, créée pour gouverner, se laisse dominer par les sens et une personnalité étroite, elle perd l'intelligence de la vérité. — Quel est l'instrument de l'âme? La raison. Celui de la raison ? — La

volonté. Cet empire de l'âme sur le corps est l'image du pouvoir absolu de Dieu sur Tunivers.

La cause du mal est donc dans le libre arbitre de l'homme... mais pouvait-il en être autrement ? S*il eût agi fatalement, contraint et forcé, il n'eût pas été au-dessus des animaux. Intelligent et libre, il a des passions, et la raison pour les guider et les maîtriser. S'il leur laisse prendre trop d'empire, elles le dominent. De là le malheur, dont il accuse la providence et qui ne vient que de lui. Fort contre leurs excitations, il éviterait, nonseulement le mal moral, mais même la plus part des maladies qui le rongent, empoisonnent et abrègent sa vie.

Ces prémisses posées, prenons des exemples dans le monde physique et dans le monde moral.

Parcourons d'abord le règne végétal : Il a besoin de chalear — le soleil la lui donne.. • d*humidité, — les pluies l'entretiennent sur toute la terre... les feuilles, par leur ombrage, mitigent les effets trop vifs de la chaleur ; les fleurs, les fruits viennent en leur temps et varient avec les latitudes, suivant les besoins de l'homme. Tout suit des lois générales dans le ciel, Tair les mers, comme sur la terre. Rien ne vient mettre obstacle à la volonté du Créateur... et tout est bien.

Voyons maintenant les animaux : Ici, s'il n'y a pas encore la raison, il y a un commencement do volonté, celle qui tient aux sens. Il y a une opposition aux lois générales et la punition la suit de près : si un animal est glouton ou vorace, sa digestion se fait mal; il rejette ses aliments, il souffre. — On voit dès leur naissance, le canard se jeter à l'eau, le poulet becqueter son grain; si ce dernier veut suivre l'exemple de son compagnon, il se noie ; il a méconnu sa nature et transgressé les lois qui la régissent. — L'oiseau, encore jeune, s'élance dans Tair; si le quadrupède, grimpé sur un arbre ou sur un toit, veut Timiter il tombe lourdement sur le sol et se tuo. — Si le poisson, séduit par l'éclat de la chaleur du soleil, veut se livrer, sur le sable de la grève, aux mômes ébats que les insectes, il ne tarde pas à mourir.

Enfin, chaque animal reconnaît, en naissant, la nourriture qui lui est propre et n'en prend pas d'autre : non-seulement le Carnivore ne va pas paître dans un pré, mais on voit la chenille

éviter la feuille qui lui nuit et choisir celle qui est en harmonie avec SCS organes. LMnstinct de l'animal dépasse, en ce qui touche à sa conservation, rintelligence de l'homme.

Nous pourrions multiplier les exemples, mais il nous suffit de faire comprendre notre pensée. Voyons maintenant 1* homme qui nous intéresse plus particulièrement et commençons par sa vie physique.

Les organes lui ont été donnés pour en user dans une certaine mesure qu'il ne doit pas dépasser : s'il laisse son cerveau dans l'inaction et l'atonie, il s'abrutit; s'il le fatigue, l'intelligence fait défaut ; enfin, s'il le surexcite par des causes physiques ou morales, l'exaltation arrive et puis la folie.

S'il surcharge l'estomac, il perd la netteté de ses idées ; les humeurs s'accumulent et produisent des maladies ; s'il le laisse sans aliments, l'énergie manque... Il lui faut donc une nourriture réglée, selon sa capacité et ses forces.

Ainsi de la vue; ainsi de tous les organes, de tous les membres : l'usage réglé et pas d'excès. Les maladies sont toujours la suite des infraclions aux lois générales dont l'homme a l'intuition, comme les animaux ; si elles arrivent, malgré notre prudence, par suite des infirmités léguées par nos pères, la sobriété, l'exercice ou la diète suffisent le plus souvent pour les guérir.

Les lois du monde moral ne sont pas moins évidentes : nous nous plaignons de notre malheur et nous en sommes presque toujours les artisans.

Ainsi le défaut de probité est puni par la déconsidération et le mépris.

L'aigreur et la colère, par la haine et la vengeance.

L'avarice sordide, par la privation des choses nécessaires à la vie et la cupidité des héritiers qui désirent notre mort.

La prodigalité, par la ruine et la misère.

L'égolâme, par la désaffection de nos amis et de nos proches. Comment aimer l'homme qui n'aime que soi ?

L'excès des plaisirs, par le dégoût.

La forfanterie, par le ridicule.

La paresse et l'oisiveté, par l'ennui.

L'ambition, par l'amertume des déceptions.

Le mensonge, par la honte, quand la vérité se découvre.

L'orgueil et la hauteur, par des humiliations inévitables et par r isolement.

L'envie, par le ver rongeur qui s'attache à notre cœur et par une sorte d'irritation contre tout le genre humain.

L'amour... Ici, il faut faire une distinction : qu'un sentiment doux et pur entraine, subjugue notre âme, s'il reste dans les limites do Tordre et du devoir, s'il se sanctifie par un lien sacré, rien de mieux ; c'est un bienfait de plus du Créateur ; mais s'il sort de Tordre, après de délicieuses prémices, il trouble Tâoie et a des fms funestes. C'est alors qu'on peut dire avec le podte :

« La radicc ha soave, il frutto amaro. »

Toutes les passio'tis enfin sont punies par la perte de cette paix de Tâme, notre plus grand bien en cette vie.

Nos douleurs sont donc toujours la suite de quelqa*infraction aux lois physiques ou morales, et elles-mêmes ont leur utilité : sans les chagrins, si souvent compagnons de nos jouissances, les âmes se dépraveraient au moindre désir, à la plus légère tentation.

Par contre, nous voyons presque toujours la douceur, la bienveillance récompensées par Taffection ; le travail par l'aisance et la fortune ; la charité par la reconnaissance et Tamour ; une vie sans tache par l'estime publique, et, si ces récompenses nous manquent sur la terre, le calme et la paix intérieure sont au moins la conséquence d'une confiance entière en ce Dieu qai a tout créé pour notre bonheur.

Si ce bonheur nous fait défaut ici-bas, Tordre admirable de l'univers est la garantie qu'il nous sera donné plus tard, après l'épreuve subie : si nous ne récoltons pas dans cette vallée de larmes ce que nous avons semé, c'est plus haut que notre âme immortelle aura la récompense qui lui est due : « Bienheureux ceux qui pleurent, dit l'Évangile, car ils seront consolés! »

Cependant, malgré la vérité de ces paroles, l'homme, en proie aux agitations du monde, aux passions des sens ou au désir d'accroître sans cesse sa fortune, tarde longtemps à les comprendre ; mais plus il s'améliore, plus il s'élève au-dessus du sol et de l'humanité, plus il voit Tensemble, mieux il juge. Plus

il se rapproche de Dieu par la pureté de son cœur, plus il est heureux. Pourquoi? — Parce qu'il connaît mieux la vérité, parce qu'il s*éloigne des passions, s'isole des idées étroites de la terre et voit Tavenir plus que le présent: la piété, le sacrifice, le renoncement aux sens, à la matière et aux biens de ce monde sont récompensés par une intuition divine, de courte durée, il est vrai, mais réelle.

Crédulité* — Facilité à croire sur un fondement insuffisant. Ce mot, s'il est appliqué à une religion fausse, est synonyme de superstition.

On a quelques fois confondu la crédulité avec l'excès de la confiance. C'est une erreur : Dans l'homme crédule, c'est l'intelligence qui accepte comme une vérité la parole d'autrui ; dans l'homme confiant, c'est le cœur qui aime à supposer dans autrui les sentiments qui l'animent lui- môme. La crédulité est la preuve d'un esprit faible ; la confiance la preuve d'une âme naïve et pure.

Crime* — Violation des lois divines ou humaines, acte coupable qui blesse l' intérêt public ou les droits d*un citoyen ; le crime de Uze-majesté est celui qui est commis contre la personne du souverain, dans une monarchie.

Le crime ne commence, dit avec raison Duckett, que lorsque Taction a été commise avec dessein et sans excuse valable. C'est alors seulement que le corps social acquiert le droit de frapper l'individu reconnu coupable.

— Le premier vengeur du crime est en nous. (J. Simon).

Croix. — La croix est la figure matérielle, visible, de la souffrance du Christ, souffrance qui serait sans effet si nous n'avions dans le cœur un peu de cet immense amour, de cette douce résignation dont le sauveur nous a donné l'exemple.

La croix pleinement acceptée, sans retour inquiet pour celui qui la porte, est tout ensemble douloureuse et paisible. Au contraire, une croix qui n'est pas pleinement et simplement portée, est une double croix. Elle Test encore plus par la résistance

même que Tâme y apporte que par fimpreasion de douleur qu'elle fait nécessairement.

Rien n'adoucit tant les peines que de les recevoir ainsi avec calme et résignation.

CudiJirortli. — Philosophe du xvii® siècle, né en 4617, dans le comlé de Sommersct.

Gudworth appartient à cette école platonicienne et religieuse qu'on enseignait à Tuniversité do Cambridge. Il y entra à peine âgé de 4 3 ans et en fut plus tard un des membres les plus célèbres.

Dans l'un de ses principaux ouvrages il démontre que Ta théisme n'a jamais été le partage que d'un petit nombre de peoseors isolés, frappés d'aveuglément par un excès d'orgueil ou de corruption ; que la majeure partie des philosophes ont enaeignë la croyance d'une puissance supérieure à l'homme, d'un Dieu créateur.

Dans un autre livre, consacré à la morale, Gudworth démontre que les notions du juste et de l'honnète ne nous sont données par aucune loi positive, mais que toute loi les suppose ; elles sont vraies au mémo titre que les vérités géométriques et entrent au nombre des idées et dos principes nécessaires de la raison divine, aussi bien que de la raison humaine, puisque celle-ci ne peut être qu'une participation do l'autre. Dieu, d'après sa doctrine, ne saurait changer les lois de la morale sans cesser d'être lui même, c'est-à-dire la raison et le bien dans leur perfection absolue.

Culte. — Honneur rendu à Dieu par des actes de religion. Le culte extérieur se manifeste par des signes sensibles, et consiste principalement dans Tensemblo des cérémonies publiques. Le culte intérieur réside dans Pâme et dans le cœur.

Le culte que Dieu préfère est sans doute la pratique des vertus qu'il a mises dans nos cœurs, TÉvangile lui-môme le dît: a Malheur à vous, Scribes et Pharisiens, qui payez la dlme et qui avez abandonné ce qu'il y a de plus important : la justice et ja miséricorde » (\ } mais, est-ce à dire que ce doive être le

ri) Saint Matthieu, ch. xxiii, v. S3.

seul ? La reconnaissance doit-elle être muette et ne serait-il pas odieux qu'on n*entendit jamais sur les lèvres des enfants le nom de leur père et de leur créateur?

II y a encore d'autres raisons : le culte est à la religion ce que la parole est à la pensée. La pensée sans la parole eût suffi à la dignité de Fbomme, mais la société eût été impossible. Lareligion, sans culte extérieur, aurait peut-être acquitté l'homme envers Dieu, mais nous n'eussions pas connu le bonheur des prières communes, l'attrait de Texemple et le charme de ces touchantes cérémonies qui expliquent les paroles du saint livre : c quand plusieurs d'entre vous se réuniront pour prier, je serai au milieu d'eux. »

— Le cuite extérieur est parfaitement naturel, les bons sentiments, quand ils sont puissants, ont une tendance à se manifester extérieurement. Si un homme est reconnaissant envers son bienfaiteur il le lui dira ; mais s'il ne fait aucun remerciement, s'il ne donne aucun signe extérieur de reconnaissance, on pourra l'accuser d'ingratitude. Quand nous admirons la sagesse et que nous aimons la bonté d'un de nos semblables, nous lui montrons naturellement du respect, nous nous conformons à ses volontés, nous nous recommandons à sa faveur, nous lui par- Ions et nous parlons de lui en termes d'estime et de gratitude. Or, la sagesse et la bonté de Dieu sont parfaites et infinies; et si nous vénérons ces attributs comme nous le devons, il ne doit nous être ni naturel, ni aisé de dissimuler cette vénération, de manière à l'empêcher de se produire extérieurement. Il est vrai que Dieu connaît toutes nos pensées, que nous les exprimions ou non, mais si en les manifestant nous nous acquittons d'un devoir, si d'ailleurs cette manifestation nous est proGtable à nous même et qu'elle ait, à titre d'exemple, do bons effets sur nos semblables, il n'est besoin d'aucun argument pour prouver l'utilité d'une telle pratique. (Béattie).

— Le véritable culte consiste moins dans les dehors que dans le sacrifice intérieur, dans les œuvres de miséricorde et la pureté du cœur.

— La multitude même des cultes démontre la nature et le but religieux de l'homme, — la religion, fut-elle fausse, est un

élément nécessaire à la vie d'un peuple. (Lacordaire).

Cupidité. — Soif de Targent, maladie de toutes les

époques, mais qui semble s'accentuer davantage à mesure que la soif des plaisirs, du luxe et les idées matérialistes font des progrès.

La considération publique était jadis une puissance dans le monde, elle exerçait une véritable influence, on la dédaigne un peu aujourd'hui pour ne 8*attacher qu*à ce qui rapporte. Les sentiments généreux sont oubliés ; les arts, les lettres, les sciences, ne sont plus qu'un commerce; on ne travaille plus pour la gloire et pour la postérité, mais pour s'enrichir le plus vite possible.

Un artiste de génie ne pâlit plus sur sa toile ou son bloc de marbre pendant des années entières pour obtenir au bout une couronne de laurier , il broche l'ouvrage et bai monnaie,., la cupidité est partout.

— Deux principes partagent les hommes : la cupidité et la charité. (Pascal).

Ouriosité. — Désir de savoir, de connaître, ardeur qu'on met à la recherche d'une chose, sentiment noble quand il a pour but les découvertes dans les sciences et les arts.

— La curiosité n*est que vanité : le plus souvent, on ne Tout savoir que pour en parler. On ne voyagerait pas sur la mer pour ne jamais rien en dire et pour le seul plaisir de voir, sans espérance de s'en entretenir jamais avec personne. (Pascal).

— L'homme qui se môle toujours dos affaires des autres ressemble à celui qui observe curieusement le travail des abeilles, il est souvent piqué pour sa curiosité. (Pope).

— La curiosité a ses qualités et ses défauts :

Inutile, quand elle ne s'attache qu'à des bagatelles; dangereuse, quand elle est le fait dos hommes faibles ou immoraux.

Utile, quand elle s'attache à l'histoire, aux voyages, aux découvertes et aux progrès de l'humanité. (R. P.).

Cynisme* — > Qualification d'une secte de philosophes grecs

qui affectaient de vivre à l*état de nature, sans tenir compte des formes de décence et de politesse introduites par la civilisation dans les relations sociales.

L*ëcole cynique n'a dans Thistoire qu'une importance secondaire. Elle doit son nom au lieu de ses réunions : le cynosarge, gymnase d'Athènes.

Anthistène fut le premier philosophe qui établit la doctrine cynique, mais il ne Gt que peu de disciples, parmi lesquels Diogène, Gratès et Zenon.

f La vertu est le seul bien, disaient les cyniques, donc le plaisir, les arts, les sciences et toutes les bienséances sont des superfluités condamnables... la civilisation amollit les âmes et en toute chose, le mieux est d'en revenir à la nature animale, modèle parfait de la nature humaine... > Singulières conséquences d*un principe vrai I

Cette révolte contre la société et ses lois ne pouvait durer. Après Zenon qui Tavait cependant adoucie et transformée, elle se traîna sans gloire pendant un demi-siècle et finit par disparaître.

La singularité des cyniques consistait principalement à transporter au milieu de la dépravation de la Grèce les mœurs ie Tétat de nature et le langage grossier des premiers temps ; attaquant les préjugés et les vices, ils se montraient hardiment dans les lieux sacrés et sur les places publiques ; la licence de leur philosophie ne pouvait être palliée que par la publicité de leur conduite. On vit s'élever du milieu de la corruption générale, des hommes qui, par l'énergie de leurs principes, voulurent s'opposer au débordement des vices. Les erreurs qui leur sont reprochées viennent d'une définition d'Anthistène qui avait dit : « que tout ce qui est bien était honnête et que tout ce qui est mal était honteux. » La forme pour lui n'était rien^ le fonds était tout. De là s'en suivait que tout ce qui n'était pas mal en soi ne devait pas être caché et devait être affranchi des fausses réserves de la pudeur. Le principe était d'Anthistène, les conséquences outrées étaient de ses succcesseurs.

Pour donner une idée de la différence qu'il y avait entre sa manière de penser et celle de Diogène, un exemple suffira : Anthistène tourmenté par la maladie s'écriait : f qui me déli-

vrera des maux que je souffre? » Diogèno lui présenta un poignard... a Je parle de mes maux et non pas de la vie » répondit Anthistène. Cette réplique, digne de Socrate et de Platon, prouve qu*Anthistèno regardait le corps comme la prison de l'âme et qu'il ne croyait pas devoir l'en délivrer avant l'heure fixée par la providence. Diogène, plus tard, Q*eût pas la patience de son maître.

Parmi les erreurs des cyniques, dont le grand défaut était l'orgueil, on peut placer cette maxime: « que le célibat doit être préféré au mariage, parce qu'il est plus beau d'élever ses concitoyens en masse que deux ou trois enfants... • « le propre des Dieux, disait Anthistène est de n*avoir aucun besoin, ainsi l'homme qui a le moins de besoins est celui qui s'en approche le plus.

On a plus tard donné le nom de cynisme à une liberté choquante et obscène, que notre civilisation n'admet plus.

Dcàvid. — Nouân*avons pas à retracer ici la vie de David, roi d'Israël, guerrier et prophète, né à Bethléem mille ans avant J.-C, tous nos lecteurs la connaissent, mais nous devons rappeler, dans un livre de philosophie morale, que si TÉcriture sainte, inspirée d'en haut, surpasse toutes les productions du génie de l'homme, les psaumes de David l'emportent sur le reste de rËcriture par la magnificence des tableaux qu'ils offrent à nos méditations. C'est le livre de tous les âges et de toutes les situations de la vie. Nulle part on ne ressent avec plus d'efiicacité cette onction céleste qui pénètre à la fois l'intelligence et les vives affections de l'âme.

Oécence. — La décence est une sorte de pierre de touche de l'honnêteté des mœurs. Elle est trop souvent vaincue par la mode ; mais, dans ce cas, la délicatesse adoucit ce que la mode a de trop libre.

La décence dans les actions et dans les paroles s'aperçoit

jusque danâ le maintien et les altitudes du corps ; elle cx)nsi8te en trois choses, la grâce, la régularité des mouvements et la manière convenable de s'habiller, toutes choses qui se sentent mieux qu'on ne peut les exprimer et qui renferment le désir do plaire à ceux avec qui nous vivons.

— La nature a pris grand soin de notre corps ; elle a mis en évidence le visage et celles des autres parties dont la forme est la plus belle, elle a couvert et caché les autres ; la pudeur a suivi cette sage disposition de la nature, suivons donc ses inspirations et abstenons-nous de tout ce qui peut blesser les yeux ou les oreilles. Que notre maintien, notre démarche, notre manière de nous asseoir, de nous tenir à table, que nos jeux, notre air, nos gestes, soient toujours conformes à la décence.

(Cicéron).

— La décence est la grâce de la vertu et le fard du vice.

(M"»® de Lambert).

— La décence est la coquetterie du mariage. (Alibert).

Découragement. — Dans la vie de ce monde les tentations sont si fréquentes, le moi si fort et la nature humaine si faible que l'apparence du bonheur nous séduit, que nous nous laissons guider par cette ombre fugitive, que les séductions de la chair amènent le doute de l'esprit, que le ciel s'obscurcit à mesure que la vérité s'éloigne et que les fautes se succèdent, en dépit des résolutions les plus fermes que nous avions pu former.

Qu'arrive-tril alors? nous nous irritons contre nous-mêmes, le remords nous ronge le cœur et le découragement le suit.

Le découragement, horrible atonie de l'âme qui ne sait plus ni le comment, ni le pourquoi de la vie, désespoir intérieur qui nie l'amitié, le bonheur, qui repousse toute consolation comme mensongère et appelle la mort, ou plutôt le néant, pour échapper à ses tortures.

Le néant n'arrive pas, mais le vice souvent, que l'homme vaincu accepte comme transaction avec l'angoisse qui le dévore.

L'absence de principes religieux a amené la faiblesse, celle-ci le découragement, le vice a suivi ce dernier. La morale sans base est aussi sans force. L'homme arrivé à ce point se prend alors à

faire des arrangements avec sa conscience, suppose qu'il no peut en être autrement et qu'après tout c'est la faute de celui qui nous a créés ainsi.

Plus à Taise dans cette nouvelle idée, il suit la pente glissante qui conduit des vices aux crimes ou à Fabrutissement.

S'il veut de temps en temps se soulever, l'énergie manque, et il retombe dans la fange.

Quelle est au contraire la destinée de Thomme dans le sein duquel ont germé des sentiments chrétiens ? Il sent sa faiblesse, aussi il a honte de lui-même, il connaît le remords, mais il échappe au découragement fatal. Sa faute reconnue, avouée, son âme soulagée se dilate et les portes du ciel, un instant fermées, se rouvrent pour lui.

Il a rejeté le vieil homme, il est devenu un homme nouveau, il était malheureux de ses fautes passées, il est heureux de ses vertus à venir, les fautes ont été grandes, le repentir est sincère et profond, la bonté divine enlève jusqu'au souvenir en offrant l'expiation.

— Le découragement est en tout ce qu'il y a de pire ; c'est la mort de la virilité. (Lacordaire).

Déduction. — Tirer une vérité particulière d'un principe général, c'est déduire, — S'élever d'une vérité particulière à un principe général, c'est induire. Cette dernière opération intellectuelle mène des phénomènes à leurs lois, la déduction, au contraire, descend du principe à ses applications.

Pour qu'un raisonnement soit possible, il faut qu'il porte sur quelque chose de préalablement assuré ou certain.

Les règles de la déduction se réduisent à quelques points : se convaincre d'abord de la légitimité du principe ; en déterminer la nature ; en délimiter la portée ; enfin, s'assurer si le principe convient à l'objet particulter qu'on se propose d'y rattacher.

Dég^radation. — Avilissement, perte volontaire de l'estime publique, de la considération.

La dégradation est plus fâcheuse encore pour l'homme que l'abrutissement. Ce dernier choque peut-être davantage, mais il

révolle moins : c'est que l'un est simplement la conséquence des mœurs basses, de Tabus des liqueurs fortes ; l'autre dérive d'une abjection du cœur.

Le terme de la dégradation est de ne plus concevoir la honte et de braver le mépris.

— Le mensonge est une dégradation du caractère, il conduit à toutes les lâchetés. (Maquel).

Déisme. — Les mots Déisme et Théisme^ l'un latin, l'autre grec, ont la même racine ; mais l'usage leur a donné un sens différent : le théisme, opposé au polythéisme, fut le culte des Indiens, des Chaldéens et des Perses.

On attribue à Socin le premier germe de ce rationalisme ; il abandonne le texte sacré des Écritures pour en appeler au jugement de la lumière naturelle et n'admet d'autres dogmes que ceux qu'il trouve conformes aux principes de la raison. Or, ces principes n'étant pas les mêmes chez tous les hommes, il se trouve conduit par son mépris de l'autorité historique à l'indifférence des dogmes et des cultes chrétiens.

Ce mépris, cette indifférence sont-ils justifiés ? l'histoire de la religion nous offre une admirable synthèse du monde dans les temps anciens et de la société dans les temps modernes. L'unité religieuse se maintient par les formes du culte extérieur et se perpétue par la doctrine d'une autorité enseignante. Le philosophe qui se borne à l'exercice de la raison spéculative et rejette la méthode historique se prive des seuls documents qui puissent nous éclairer sur l'origine des choses et sur celle de l'homme. Il méconnaît cette influence visible du Christianisme sur la civilisation des peuples. Il renonce à la vertu personniûée pour embrasser une vertu abstraite qui ne peut échauffer son cœur tï l'affermir par une autorité et une sanction suffisantes. La religion consacre les maximes les plus pures des esprits éclairés et les inspirations des cœurs droits. Le déiste qui ne reconnaît que l'autorité de la raison est loin d'avoir ces avantages. Tout est chez eux diversité, incertitude, indécision.

Cela devient plus évident encore si l'on descend à l'examen do quelques systèmes dont la bizarrerie, l'immoralité, le cynisme,

répugnent autant au sentiment qu'à la raison. Ne méconnaissons pas les vœux et les besoins de rinteiligence et de la raison, mais puisque, par la religion, la raison universelle vient s'ajoutec à la nôtre, puisque par elle nous trouvons^une sanction à nos devoirs et qu'elle détermine, pour tous, les notions du bien et du mal, si obscures pour le plus grand nombre, puisque Tautorilé est notre guide avec le développement de la raison, cette dernière doit respecter Tautorité en matière religieuse.

Déli<Mftte«se. — La délicatesse est, pour les âmes élevées, un devoir aussi impérieux que la justice, elle est, en morale, tout ce qui est distingué dans les principes et les actions. Elle est, ainsi que le dit Latena, le scrupule dans la probité.

Démoralisation* — La démoralisation, conséquence du libre arbitre de Thomme, est cet état de déchéance et d'énervement où Tabsence de toute morale a jeté Thomme. C'est une déchéance volontaire. La source de notre force, de notre considération, de notre influence dans le monde est dans la moralité do nos actions. Si nous laissons cette source se tarir, nous tombons dans une dégradation progressive.

(V. dégradation — dérèglement).

Dépravation. — Etat de Thomme dégradé par les vices, les mauvaises habitudes, plongé dans les jouissances illégitimes, en proie aux passions des sens et qui a laissé le physique étouffer l'intellectuel et le moral.

Il y en a de trois sortes : la dépravation des mœurs, celle du cœur et celle de Tâme. Elles se succèdent ordinairement. L'amour des plaisirs amène la première, qui conduit aux autres.

L'instinct des animaux les sauve de cette dégradation, ou pour mieux dire, ils ne peuvent la connaître, mais l'homme, libre de choisir entre le bien et le mal, est responsable do ses actes, il ne se déprave que par sa faute. La pureté des mœurs, la morale et la religion sont ses seules sauvegardes. Malheur à l'homme jeune et ardent qui ne comprend pas celle vérité en entrant dans la vie. Une fois dépravé, il se dégrade cl unit souvent par Tabrutissement.

Dans les États, la dégradation suit en général la décadence des mœurs, le sensualisme et l'athëismo.

Oérè^lement. — Inconduite, manière de vivre en dehors de ses devoirs. Si le dérèglement ne tient qu'à la fougue de la jeunesse et des sens il finit avec Page, mais s'il se perpétue, il devient de la dépravation.

Pour les femmes, le dérèglement, c'est Tignominie et le mépris public, malgré cette sorte de réputation qui s'attache au nom des Àspasie, des Phryné, des Marion Dolorme, des Ninon de l'Enclos et de toutes les courtisanes célèbres. On ne saurait trop veiller sur les lectures des jeunes filles et de celles surtout qui ont l'imagination vive, car c'est par là qu'elles se perdent le plus souvent.

(V. les mots démoralisation, dégradation).

— Descartes naquit on 4 596, en Touraine et mourut à Stokolm en 1 650. C'est fun des génies philosophiques les plus originaux que la Franco ait produits. Il a attaché son nom à une grande révolution intellectuelle : le Cartéêianiime, Son système n'est certes pas le dernier mot de la science philo* sophique (si la science philosophique peut avoir un dernier mot) mais il a au moins ou la gloire de rattacher la philosophie à la religion.

L'histoire de Descartes, bien qu'accidentée, n'est que l'histoire de sa pensée : le discours sur la mélhode fut son premier ouvrage, il devait en effet commencer par se faire une méthode ; son génie est déjà en entier dans cette première publication que Bossuet mettait au-dessus de tous les ouvrages de son siècle. Les médilalions suivirent en 1641, elles sont un hommage à la théo« logie chrétienne. En 4 644, il publia les principes delaphUo^ Sophie et peu de temps après, le traité des passions de Vâme, Son âge et sa forte constitution semblaient promettre au monde d'autres ouvrages que l'étude et l'expérience auraient encore mûris. L'ambassadeur de Suède, en l'attirant à la Cour de Christian, hâta sa mort et priva ainsi le mondo de ce qu'il était en droit d'attendre de la vieillesse du grand philosophe.

DéAenclianteineiit« — Perte des illusions que nous nous faisons dans la jeunesse.

Le désenchantement arrive d'autant plus vite que Timaginalion nous avait fait un paradis de la vie, paradis que la réalité a fait fuir comme un mirage trompeur.

« Nous sommes, dit avec raison un écrivain moderne (4), nous sommes à une époque où toutes les classes de la société semblent céder à un désenchantement universel : l'ambition est si étendue, Famour de l'argent si prononcé, la soif des Jouissances physiques si insastiable, que chacun aspire au delà de ce qu'il peut obtenir. Il en résulte une lutte où le courage s'épuise. De la chute des espérances on est précipité dans un désenchantement si absolu que bientôt arrive un profond dégoût de la vie. »

Désespoir. — Douleur portée au plus haut degré.

C'est l'un des plus fâcheux états de l'Ame ; il naît de la conviction d'une fatalité qui attache invinciblement notre existence au malheur et ne tient aucun compte de la vie future.

c Le désespoir, dit le docteur Virey, cause une profonde prostration des puissances organiques et, un découragement total. Les viscères intestinaux tombent dans l'atonie, les digestions s'opèrent mal, les humeurs se dépravent, se décomposent, le sang s'engorge dans les tissus, une fièvre lente dévore la vie ; les plus forts caractères en subissent les atteintes : Tant que Napoléon, à Sainte-Hélène, put conserver l'espérance d'échapper à ses geôliers, sa santé se soutint, mais, à mesure que cet espoir s'affaiblit, le désespoir réagit sur ses viscères et le développement d'un cancer à Testomac en fut le résultat. >

Les idées religieuses sont un remède ou plutôt un préservatif à cet horrible état. Silvio Pellico ne dût-il pas à ses sentiments religieux la douce résignation qui lui conserva la vie et qui nous a valu le beau livre des prisons et celui des devoirs f (2)

— Le désespoir ne peut naître que dans l'âme égarée par le malheur et qui doute de Dieu et de l'éternité ; mais la douleur

(1) Saint Prosper.

(3) Le mie prigioni •— i doveri degli uomini.

chrétienne ne verse de larmes qu*en priant, et c'est Dieu qui Tallège. (Du Laurensde la Barre).

Déshonneur* — Arrêt porte par l'opinion et qui attaque l'homnie dans ce qui lui est le plus cher, l'estime publique. Le déshonneur est un supplice moral et celui qui dure le plus longtemps.

Une position affreuse de la vie est celle de l'homme condamné injustement et précipité dans un déshonneur irrévocable. Il a contre lui l'estime qu'il avait su conquérir, car le monde donne en général raison aux tribunaux qui ont condamné et le monde le hait d'autant plus qu'il se regarde comme trompé. Dans ce cas, heureusement fort rare, la morale n'a pas de consolations^à offrir, c'est à Dieu qu'il faut s'adresser. La religion seule peut adoucir les plaies que l'homme fait à l'homme.

iMftIr. — Mouvement spontané de Tàme qu'accompagne l'inquiétude et que suit parfois le dégoût.

Il n'est guère possible de vivre sans désirs : l'agitation est aussi nécessaire à l'âme de l'homme que le mouvement l'est aux animaux. Engourdie par un long repos, elle y reste comme anéantie. Les désirs perpétuels que nous éprouvons sont une nouvelle preuve d'une vie à venir, l'âme, ne pouvant jamais être satisfaite en ce monde, aspire à l'autre sans s'en rendre compte.

L'analyse du désir appartient plutôt à la psychologie qu'à la morale, nous n'en parlerons donc ici que pour définir ses diverses modifications.

Ainsi, on nomme désirs sensuels ceux qui nous font rechercher les sensations agréables qui naissent do l'organisme.

La curiosité résume les désirs de l'intelligence et surtout le désir de connaître.

L'am6î(ûm n'est autre chose que le désir de la puissance; Vavarice le désir de posséder et d'accumuler des richesses; la coquetterie le double désir de plaire et de briller ; la gloire le désir de se distinguer des autres.

Il y a aussi des désirs malveillants, tel que celui de la oettgeance^ qui a sa source dans un sentiment de haine admis par les anciens, mais contraire à la loi chrétienne.

D^tactieineii%» — A mesure que I*hoinme avance dans la vie, il se détache dat faux plaisirs que le monde lui a offerts, il mesure à leur juste valeur la gloire, les honneurs et même les richesses. Le détachement du monde est le premier vœu de Tàme chrétienne.

Devoir. — Accomplissement des lois qui président au développement ou à Faction de Tôtre intelligent. Obligation de sacrifier la sympathie organique à la morale, Tutile au beau et au sublime, Tégoîsmo à Tordre général, l'injuste au juste, le bien-être au bien, Tindividuel à l'universel.

Parmi les hommes qui pensent, il en est peu qui no se soient pas créés un avenir selon leur caractère, leur génie particulier, ou la fantaisie do leur imagination et qui n*aient essayé de diriger les événements vers un but quelconque.

Ce but, c'est le plus souvent la fortune, la science ou le pouvoir. . .

La fortune, et par elle les plaisirs, le bien-être, le luxe et les jouissances sensuelles.

Les sciences, les arts considérés en eux-mêmes^ ou, par eux, la célébrité, la gloire et les honneurs.

Le pouvoir enfin, Torgueil de la domination.

Un but donne en effet à la vie un certain intérêt et en éloigne l'ennui, Tun de nos plus mortels ennemis. Sous ce rapport il est utile... mais que do déceptions !

Esquissons ces différents buts :

La fortune ? Elle nous échappe après mille privations et mille sacrifices pour Tacquérir.

La gloire? la célébrité? Nous pâlissons pendant de longues années sur des livres; nous usons notre santé au milieu de veilles laborieuses et quand nous croyons Tavoir entrevue c'est Tenvie que nous trouvons à sa place, Fenvie, le sarcasme ou Tindifférence.

Les sciences, les arts, considérés en eux-mêmes? Que sontils, qu'un amusement, sans portée, sans application, destiné à servir de jouet à notre longue enfance : toujours apprendre et puis mourir I est-ce la peine de savoir ?

Qu'est-ce donc alors que la vie et devons-nous la laisser s'c-

couler, indÂA&rents à tout, sans amour, sans plaisir, sans jouissanoe aocuno? Est-ce pour cola que Dieu nous a crées intelligmts, capables de sentir, de comprendre et d'aimer?

Non — Il y a un sentiment qui domine ou qui doit tout dominer dans cette longue épreuve qu'on nomme la vie : c'est lo sentiment du devoir, Taccomplissement, en ce qui nous concerne, et dans notre humble sphère, dos lois qui régissent Tunivers, la réalisation de la pensée bienfaisante et sage qui a réglé toutes choses.

L'animal est pourvu de tendances que, chez lui, on appelle instinct et qui servent à le conduire à la fîn que lui destine son auteur ; Thomme outre ses tendances, a de plus le sentiment et la pensée. Est-ce donc pour laisser inertes ces précieuses facultés que Dieu les lui a données? — Non — s'attacher à connaître la vérité en tout, étudier notre organisation particulière, analyser nos facultés, voir par elles le but que le Créateur nous a assigné, réfléchir sur l'avenir qu'elles nous indiquent, sur les devoirs qu'elles nous imposent, et nous faire une loi de les accomplir, autant que nous lo permet notre nature faible et déchue, voilà notre raison d'ôtre.

En d'autres termes, éclairons notre conscience par tous les moyens qui sont en notre pouvoir, et, cela fait, quelque préjudice qu'il puisse y avoir pour nous ou pour les nôtres, obéissons à ses inspirations. Rejetons les faux-fuyants, les moyens-termes, les accommodements, car c'est le vice déguisé, le vice sans franchise et sans courage. C'est ici le cas do dire comme Zenon, mais avec une autre doctrine que la sienne : « Souifrir n'est rien > il n'y a qu'un mal pour l'homme, c'est de faillir, do s'écarter du devoir.

Et il ne s'agit pas de dire seulement : • Tu ne tueras point x> mais encore : • Tune laisseras pas mourir », « Tu ne déroberas point »» mais « Tu donneras à ceux qui souffrent, > Ce dernier précepte complète la morale ancienne, car il comprend la charité qui est encore le devoir.

Cicéron appelait cela Libéralité^ le Christianisme le nomme Justice. Le don gratuit, d'après la loi ancienne, n'était pas dû, il l'est d'après la loi chrétienne, et c'est là une de ses plus belles conquêtes sur le paganisme.

Quand on songe à ce qu'est l*homme, dit un éloquent écrivain, à la place qu'il occupe dans la création, aux facultés dont il est doué, on ne peut se faire à Tidée que cet amour, cette force, cette intelligence ne soient employés qu'au service do celui qui les possède, que Dieu ne nous demande rien autre chose que de ne pas nuire à ses desseins, de ne pas nous persécuter entre nous, mais on comprend au contraire que Dieu nous a pris du néant pour faire de nous les collaborateurs de son œuvre sublime, qu'il nous a ordonné d'aimer, de secourir nos frères et de consacrer nos forces, nos talents, à les défendre, à les nourrir, à les éclairer, à leur faire du bien. Quand il nous appellera à lui, lui dirons-nous seulement « Je iCai pas nui*t > Était-ce là notre vocation? A quoi bon la pensée et la volonté si c'est une assez grande vertu que d'avoir été inutiles? Loin de nous avoir destinés à un rôle passif. Dieu a mesuré nos obligations à nos forces et notre dignité à nos obligations. Vivre c'est agir, c'est soutenir à son poste le combat de la vie, général ou soldat^ peu importe, pourvu qu'on fasse vaillamment son devoir.

Le sentiment du devoir exige un certain degré de réflexion sur soi-môme : il suppose le calme de Tâme, il s'affaiblit dans une vie trop agitée, dans l'abus des jouissances sensuelles.

Il y a en nous une vie morale, comme il y a une vie organique ; vie, non seulement réelle, mais qui compose la portion la plus importante et la plus noble de notre existence. Cette vie consiste dans le sentiment de nos devoirs, dans la résolution de les remplir, dans la satisfaction d'y avoir été fidèle.

Cette vie morale a son état de santé et ses maladies. Le grand art de la sagesse est de l'entretenir, de la fortifier, de la garantir ou de la guérir des maux qui peuvent Tatteindre. Elle combat et maîtrise les penchants dangereux, s'efforce de réformer les habitudes vicieuses. Elle recueille, excite, nourrit l'énergie de la volonté ; elle éclaire les mouvements, elle épure ses mobiles, elle cultive et développe en nous toutes les forces qui nous rendent capables de bien faire ; elle nous élève graduellement jusqu'à l'héroïsme et à la sainteté.

— Dieu 1 de là tous les devoirs. — SMl en est où l'idée de

Dieu ne soit pas môlôe, il 8*y trouve quelque défaut ou quelqu*oxcès; il y manque le poids ou la mesure, toutes choses dont l'exactitude est désirée. Nous ne voyons bien nos devoirs qu*en Dieu. (Joubert.)

— Je n'ai jamais regardé qu'en haut pour y lire le devoir. Le devoir est supérieur à tout. Aucun calcul, aucune crainte, aucune habileté, aucun désir ne doivent prévaloir contre, et j*ai depuis longtemps l'expérience que c'est la seule voie de réussir Gnaloment, encore que toutes les apparences soient contre le succès.

Le devoir est la plus grande et la plus généreuse des idées : la plus grande, puisqu'elle implique l'idée de Dieu, de l'àme et de la liberté, de la responsabilité, de l'immortalité ; la plus généreuse, parce qu'en dehors d'elle, il n'y a que le plaisir et Tintérôt. Le devoir est la source de la véritable élévation dont voici les degrés : les honnêtes gens, les hommes d'honneur, les héros, les saints. Le devoir enfm est la plus grande source de bonheur dans l'enfance, dans la famille, dans la patrie et dans la vieillesse. (Lacordaire.)

— Quand le devoir est uni à la religion, tout notre être se trouve alors dans une paix profonde et vive à la fois, résultat du sentiment de l'ordre en nous. Nous voyons nos faiblesses et nous les dominons ; nous possédons les biens légitimes de ce monde sans en être possédés; nous en avons l'usage sans les servitudes; nous adoucissons l'amertume des maux en pensant que Dieu ne nous les envoie que pour notre bien ; en6n nous voyons venir la mort comme une délivrance, après lui avoir enlevé son amertume par notre détachement volontaire de tout ce qu'il nous faut quitter.

On ne saurait exprimer ce qu'il y a de contentement dans cet état, malgré les privations et les sacri6ces qu'il semble imposer. (Auguste Nicolas,)

— Il n'y a qu'un bonheur : le devoir, Il n'y a qu'une consolation : le travail.

(Elisabeth de Roumanie.) — En sacrifiant tout au devoir on arrive au bonheur.

(Florian.j

Dévotion. — Pioux attachement aux devoirs que la religion impose.

Ce mot a été trop souvent détourné de son acception véritable ; ainsi on Ta fait le synonyme de bigoterie^ de superstition^ d'hypocrisie.,. Il n'y a rien de cela dans la dévotion, qui n'est, d'après son étymologie que dévouement à Dieu, et obligation d'accomplir les devoirs qu'il impose : « Faire de son devoir, dit Bourdaloue, son mérite par rapport à Dieu, son plaisir par rapport à soi-même, son honneur par rapport au monde, voilà en quoi consiste la vraie vertu de l'homme et la vraie dévotion du chrétien. »

La dévotion, ainsi comprise, devient une vertu indispensable aux hommes, puisqu'ils ont tous des devoirs à remplir. Plus on aime Dieu, plus on aime ses frères ; la dévotion doit donc les en rapprocher et leur donner les vertus sociales. La dévotion ne doit point avoir d'amertumes, Thomme réellement dévot est doux et affable ; son visage est ouvert, son cœur franc et sans détour, n doit s'accoutumer à tous les caractères et accepter les plaisirs licites, sinon par goût, au mois par complaisance. Sévère pour lui-même, il est indulgent pour les autres. S'ils sont fftcheux, il les supporte ; s'ils s'égarent, il les plaint ; s'ils roffensent, il leur pardonne ; il fait le bien partout où il peut le faire et se croit encore redevable envers ceux qu'il a pu obliger. Toujours content, parce qu'il est sans désirs et sans remords, on trouve en lui le plus heureux caractère, une humeur égale, une inaltérable douceur.

Ce portrait là n'est ni celui d'un philosophe payen, ni de l'homme qui abandonne le fond de la religion pour des pratiques accessoires.

— Le vrai dévot ne s'accable point de prières vocales et de pratiques qui ne lui laissent pas le temps de respirer, il conserve toujours la liberté d*esprit ; il n'est ni scrupuleux, ni Inquiet sur lui-môme. Il marche avec simplicité et confiance...

Rien n'est, ou ne doit ôtre, plus^aimable dans le commerce de la vie qu'un vrai dévot. Il est simple, droit, ouvert, sans prétention, doux, prévenant, solide et vrai. Sa conversation est gaie, intéressante, il sait se prêter aux amusements honnêtes

ot il pousse la condescendance aussi loin qu'elle peut aller...

(Le Père Grou.) — - Les hommes qui font consister la morale dans de vaines pratiques sont de vrais athées, car ils n*ont do religion que pour ne pas avoir de devoirs, ou qu'ils prennent leurs pratiques do dévotion comme des brevets d'impunité. (^•••]

Dévouement. — Le dévouement, emportant toujours ridée de sacrifice, a pour principe, selon la nature de son objet, l'enthousiasme ou l'afTection. Quand la religion en est le mobile, il fait des martyrs; si c'est l'amour de la gloire, il fait des héros; s'il est fondé sur le sentiment des devoirs il fait les hommes vertueux et les grands citoyens. La conformité du dévouement avec le devoir en est la seule consécration morale.

Dieu* — bans cet immense univers, dont nous n'entrevoyons qu'une faible partie, tout est ordonné en vue du bien général et ce plan atteste une providence.

A l'ordre physique, qu'on ne peut nier, ajoutons la certitude de l'ordre moral que nous portons en nous-mêmes. Cet ordre suppose l'harmonie de la vertu et du bonheur. Sans doute elle parait déjà dans le monde visible et les conséquences des bonnes ei des mauvaises actions dans la société qui punit et récompense, dans l'estime et le mépris publics, dans le trouble et les joies de la conscience... mais cette loi de l'ordre moral n'est pas toujours accomplie en ce monde ; il faut donc qu'il y ait un être qui se charge d'accomplir, dans un temps et d'une manière que nous ne connaissons pas, Tordre dont il a mis en nous le besoin, et cet Être, c'est Dieu..

Aussi l'adoration est-elle un sentiment universel. Ce sentiment prend les formes les plus diverses : Tantôt il se trahit par une exclamation partie du cœur dans les grandes scènes de la nature et de la vie : Tantôt il s'élève silencieusement dans l'âme muette et pénétrée ; c'est un élan spontané, irrésistible, et quand la raison s'y applique, elle le déclare juste et légitime.

Quoi de plus juste, en effet, que d'aimer la parfaite bonid et la source de tout amour ? abandonnée à elle- môme, la religion dégénérerait aisément en révos et en extases, ou se dis-

siperait dans lo torrent des affaires et des nécessités de chaque jour. Le culte public a pour mission de lui faire prendre une forme précise, régulière, qui réveille le sentiment quand il s'assoupit, le soutient quand il défaille, le règle quand il s'égare.

Le Christianisme est venu donner cette règle : qu'elle n*eût pas été la joie de Socrate ou de Platon, si visiblement embarrassés entre leurs belles doctrines et la religion de leur temps, ils eussent trouvé le genre humain entre les bras du Christianisme !

— Chaque nouvelle découverte faite dans les sciences physiques a été une nouvelle preuve de la sagesse qui a présidé à la formation de l'univers. (Massias).

— • Dieu explique le monde et le monde le prouve.

(Rivarol).

— Après la question de Texislence de Dieu se place celle de ses attributs.

Ils peuvent se diviser en trois catégories : attributs métaphysiques, intellectuels et moraux.

Les attributs métaphysiques sont Tunité, la simplicité, l'immutabilité, réternité, l'immensité.

Les attributs intellectuels se renferment dans la science.

Les attributs moraux sont la sagesse, la bonté, la justice. Leur action combinée constitue ce qu'on appelle la Providence, c'est-à-dire cet acte permanent par lequel Dieu dirige chaque chose vers la fin qui lui est propre et l'ensemble des choses vers la fin générale.

L'évidence du gouvernement moral éclate :

40 Dans ces instincts de sociabilité, de sympathie, de pitié, dans ces affections bienveillantes que Dieu a déposées dans le cœur de l'homme pour être le lien de la société.

2® Dans la conception de la loi morale, à la notion de laquelle il a été donné à notre intelligence, toute bornée qu'elle est, de participer.

3^ Dans l'application que nous faisons de nos jugements moraux, soit à notre propre conduite, soit à celle d'autrui.

40 Enfin, dans une multitude de faits qui, malgré la distribution, quelquefois aveugle en apparence, du bonheur et du mal-

heur en cette vie, prouvent que la récompense de la vertu et la punition du crime sont, dès cette'terre, l'objet de toutes les lois gënërales qui^gouvernent le monde moral. (Mallet).

— Qu'est-ce que mourir, si ce n'est vivre toujours? J'en prends à témoins ces millions de mondes qui nous appellent par leur radieuse symphonie. Et au-delà de ces millions de mondes, qu'y a-t-il? L*in6ni, toujours l'inGni. Si je prononce le nom de Dieu, je fais sourire quelques-uns d'entre vous qui ne croient pas à Dieu ? Pourquoi ne croient-ils pas à Dieu ? Parce qu'ils croient aux forces vives de la nature. Mais qu'est-ce que la nature ? Sans Dieu ce n'est qu'un grain de sable. C'est vouloir regarder par le petit côté des choses quand le grand côté nous éblouit. Moi, je suis pour le grand côté. Qu'est-ce que la terre ? Un berceau et un tombeau. Mais de même que le berceau a ses origines, le tombeau a ses rayonnements ; c'est la porte fermée sur la terre, mais c'est la porte ouverte ^ur les mondes entrevus. (Victor Hugo).

— Nous sommes des êtres intelligents et des êtres intelligents ne peuvent avoir été formés par un être aveugle, ignorant et insensible. Il est impossible de se débattre contre une vérité qui nous presse de tous côtés. (X.)

— ... Vous blasphémez et niez Dieu parce qu'il ne veut pas vous dire son secret. Commencez par admirer ce qu'il vous montre et vous n'aurez plus le temps de chercher ce qu'il vous cache. Laissez-le procéder comme il lui plaît, il sait pourquoi il a crééThomme; il sait où il le mène. Aidons-le de notre mieux, plus tard il nous dira le reste. Il existe, que cela vous suffise. Vous pouvez être assez malheureux pour en douter quelquefois, vous ne pouvez être assez aveugle pour en^douter toujours ; et, à mesure que vous avancerez dans la vie, vous le verrez plus distinctement.

Si Dieu est quelque part, il est dans l'idée chrétienne. Elle est rindulgence,^elle est la force, elle est la morale, elle est la charité, elle est le bon sens, elle est le bien, elle est le vrai...

(Alex. Dumas, fils).

— Dieu est, à la fois, ce qu'il y a do' plus clair et do pins impénétrable. (Lacordaire).

-~ Que le méchant no s'imagine pas qu'il gagne quclqne

chose à n'avoir aucun témoin visible de son crime. Tout est connu de Dieu. (Rendu).

Au-delà de cette voûte étoilée, qu'y a-t-il? De nouveaux cieux étoiles. Soit I Et au delà? L'esprit humain, poussé par une force invincible, ne cessera jamais de se demander : Qu'y a-t-il au-delà? Veut-il s'arrêter, soit dans le temps, soit dans l'espace? Comme le point où il s'arrête n'est qu'une grandeur finie, plus grande seulement que toutes celles qui l'ont précédée, à peine commence-t-il à l'envisager, que revient l'implacable question et toujours, sans qu'il puisse faire taire le cri de sa curiosité. Il ne sert à rien de répondre : Au-delà sont des espaces, des temps ou des grandeurs sans limites. Nul ne comprend ces paroles. Celui qui proclame l'existence do l'inGni, et personne ne peut y échapper, accumule dans cette affirmation plus de surnaturel qu'il n'y en a dans tous les miracles de toutes les religions ; car la notion de l'inûni a ce double caractère do s'imposer et d'être incompréhensible. . .

La notion de l'inOni dans le monde, j'en vois partout l'inévitable expression. Par elle, le surnaturel est au fond de tous les cœurs. L'idée de Dieu est une forme de l'idée de l'inûni. Tant que le mystère de l'infmi pèsera sur la pensée humaine, des temples seront élevés au culte de l'infini, que le Dieu s'appelle Brahma, Allah, Jéhova ou Jésus. Et sur la dalle de ces temples vous verrez dos hommes agenouillés, prosternés, abtmés dans la pensée de l'infini. (Pasteur).

Dignité* — La dignité morale nous inspire ce respect de nous-même et des autres qui, avec le temps, nous assure une place que les honneurs seuls ne peuvent conquérir.

J'admets que l'homme est libre de disposer de ses biens, et, jusqu'à un certain point, de lui-même ; mais peut-il se dégrader sans être coupable envers Dieu qui l'a créé bon et perfectible ? n'est-ce pas un sacrilège de profaner, d'avilir les dons du créateur ou seulement de les négliger ? c'est sur ce point surtout que la morale chrétienne diffère de la morale payenne : l'une portait trop souvent aux hommes, avec le mensonge, la souillure, le déshonneur et le désespoir... l'autre leur porte le respect, l'amour, la lumière, le courage et l'honneur.

Mourir, en se disant qu'on n'a jamais étendu l'empire du mal, mais qu*on a, au contraire, étendu l'empire du bien sur la terre, qu'on a employé son esprit, ses années, sa fortune et ses forces à soutenir le règne de la vérité et de la justice, quelle joie et quelle consolation !

— La régularité des mœurs fait la dignité des femmes.

(M™* de Rémusat).

-^ Créature de Dieu, l'homme porte sur son front et plus encore au fond de son cœur l'empreinte de son auguste origine. Candidat d'une existence à venir, l'homme a en lui le signe de cette haute vocation. Il est le lien de communication entre le monde moral et le monde matériel. Connaissant ce dernier par la science, le gouvernant par Tinduslrie, il entre dans le premier par la religion, la vertu et la liberté.

En quoi consiste cette dignité, si ce n'est à soutenir par nos sentiments et nos actions le rang que nous a assigné la Providence ? aussi les âmes élevées mettent-elles un extrême intérêt à soigner cette dignité.

Or, cette noblesse se maintient et se justiGe par tout ce qui nous rapproche du perfectionnement. C'est en devenant meilleurs que nous en retrouvons les titres. Aussi et réciproquement le sentiment de cette dignité nous aide-t-il à devenir meilleurs.

C'est par l'empire de soi, uni à l'amour de Dieu, qu'on obtient une ûerté sans orgueil, une modestie sans bassesse.

11 y a une dignité naturelle dans la pureté des sentiments et des actions, comme il y a toujours quelque chose de vil dans ce qui n'est inspiré que par l'appât de la volupté purement sensuelle. Il y a une dignité naturelle dans ce qui est vrai ; la dissimulation, le mensonge peuvent être momentanément profitables, ils ont toujours quelque chose de bas. Il y en a aussi dans tout ce qui exprime Taccomplissement d'un devoir : la dignité qui entoure la magistrature et la paternité, ne dérive pas seulement de l'autorité qui leur est confiée, mais aussi de l'importance des devoirs qui leur sont commandés et qu'on doit supposer remplis.

Tout abandon de l'empire de soi dégrade : voyez l'ivresse qui en est le terme le plus extrême ! la familiarité qui nuit à la noblesse du caractère n'est point celle qui porto dans le com-

merce des inférieurs la condescendance de la bonté, c'est celle qui suppose un défaut de retenue et de vigilance sur soi-même. Un caractère perd sa dignité quand il se trouve en défaut et que, trompant l'attente, il se contredit et se dément. Le ridicule naît partout où il y a défaillance. L*agitation et l'inquiétude nuisent à la dignité du caractère parce qu'elles sont un signe de faiblesse. (De Gerando).

Discrétion* — Modération, réserve dans les actions et les paroles — habitude de garder le silence et de ne pas divulguer les secrets qu'on nous conBe.

La discrétion est plus que le charme de la société, elle en est la garantie. Elle est malheureusement rare, dans les petits contres surtout ; c*est ce qui explique les tracasseries, les haines et les divisions continuelles.

Dispute. — Débat suscité entre des personnes qui diffèrent d'avis sur une môme matière. Elle n'est pas un synonyme de la discussion, mais elle en est trop souvent la suite. La dispute, a la vraisemblance pour principe, Topiniâtretë dans ses progrès, et, pour la fin, l'emportement.

— Le ton positif et tranchant est une absurdité : si vous avez raison, il diminue votre triomphe ; si vous avez tort, il ajoute la honte à votre défaite. (Stern).

— La dispute la plus vaine est celle des goûts, chacun étant, en général, résolu à s'en tenir au sien. (S. Dubay).

Dissimulation. — La dissimulation est l'art de composer ses paroles et ses actions pour une mauvaise fin, c'est l'opposé de la bonhomie, de la candeur, de la franchise, de la loyauté et do la simplicité.

— > Le venin des aspics est moins à craindre que la dissimulation. (Théophraste).

Distraction. — Adhérence involontaire à une série de réflexions ou d'idées qu'on poursuit en, abandonnant les sensations

extérieures, en oubliant tout ce qui nous entoure ; elle ne se produit que lorsqu'une idée étrangère nous sollicite plus fortement que celle qui nous occupe.

Doctrine. — Ce qu'enseigne une religion, une secte de philosophie. — Quelques écrivains en ont fait à tort le synonyme de système : un système est l'enchaînement de certaines idées représentant un ordre de faits et aboutissant à prouver la vérité d'une proposition, tandis que \e moi doctrine est destiné spécialemeni à désigner les systèmes relatifs à la religion, au monde moral, à la destinée humaine. Ainsi on dit : « le système du monde » en voulant parler du monde physique, tandis que les doctrines religieuses ou sociales ne sont pas des systèmes, mais des doctrines.

Oo^nie. — Le mot Dogme dérive du grec AoYp>Q( maxime, proposition ou principe établi, en matière de religion. On dit les Dogmes de la foi pour exprimer les vérités que Dieu a révélées et que l'Église a fait connaître.

Les dogmes sont peu du goût de la philosophie : la meilleure des religions, disent les philosophes, serait celle qui proposerait peu de dogmes » les théologiens répondent que chaque dogme a non seulement sa raison d'ôtre, mais qu'il porte avec lui sa morale et que cette croyance a fait naître des vertus dont la nature humaine ne paraissait pas capable.

•— L'origine des dogmes remonte à l'origine des sociétés humaines. (Lacordaire.)

Domination. — Pouvoir, autorité, ascendant sur les esprits. Il y a chez l'homme deux sentiments qui se combattent : l'amour de la liberté et l'esprit de domination. Il réserve le premier pour lui et tourne le second contre les autres ; il veut suivre son inspiration, sa volonté et l'imposer à ceux qui l'entourent.

Ces maximes de la vie privée peuvent s*appliquer à la vie publique : quelle que soit la forme d'un gouvernement, les hommes maîtres du pouvoir, font subir leur joug à la masse; sont-

ils vaincus, ils se plaignent de Tarbitraire. On a vu, d*un autre c6të, les partisans les plus ardents de la liberté, arrivés au pouvoir, épuiser en quelques mois les rigueurs de l'arbitraire pour y rester plus longtemps.

Cela est dans la nature humaine et nous en voyons tous les jours de nouvelles preuves.

Douceur* — La douceur est fille de rhumilité. L'humilité sans douceur, comme la douceur sans Thumilité sont des vertus incomplètes.

« Cette misérable vie, dit Saint François-de-Sales, n*est qu'un acheminement à la bienheureuse! ne nous courrouçons donc point en chemin, les uns avec les autres; marchons avec la troupe de nos compagnons doucement et amiablement. »

Qu'il y a loin de ces bons conseils à la morale sèche et dure dos stoïciens.

— - Toute douceur n'est pas vertu. Il est une douceur de tempérament qui n'est que pusillanimité. . . la douceur est la persévérance à résister aux passions impétueuses et à tenir l'âme en garde contre l'orgueil et contre tout emportement.

(Saint Grégoire deNysse).

— Comme la rosée rafraîchit la terre brûlée par les ardeurs du soleil, une parole douce vaut mieux que le don, pour l'âme flétrie et desséchée par le malheur. La douceur des paroles console plus que l'aumône. (Cardinal de Cheverus).

— La douceur est la fleur do la charité.

(Saint François de Sales).

— La douceur vient à bout des résistances que l'aigreur rend invincibles. (La Rochefoucault-Doudeauville).

— Je vois qu'envers soi-même, il faut être sévère Que, dans le monde, il faut et pardonner et plaire, Que si, par ses vertus, on se fait estimer, Ce n'est que la douceur qui peut nous faire aimer.

(Alexandre DuvalJ.

— La douceur attire l'affection. (Helvétius).

Douleur. — Peine do l'esprit et du cœur, effet que produit le mal fait à l'âme.

Après avoir élevé un autel à la raison, les stoïciens avaient rendu cette faculté responsable des biens et des maux de ce monde, mais ils lui avaient donné, comme correctif, le suicide.

Zenon, qui niait que la douleur fût un mal, ne permettait pas à l'homme de se plaindre, mais il lui permettait de couper le fil de sa vie, pourvu que cet acte émanât d*une raison calme et réfléchie.,. Il fit plus, il mit sa maxime en pratique, puisqu'il termina son existence en se laissant mourir de faim.

Heureusement, le Christianisme est venu sauver le monde que le stoïcisme, la plus belle des sectes antiques, au dire de Montesquieu, laissait honteusement périr.

C'est le sentiment chrétien, qui faisait dire à Malesherbes pendant qu'on s'assurait à la Conciergerie qu'il ne portait pas des armes à Louis XVI : a Que craignez-vous ? Si le roi était un Caton ou un Brutus, il se tuerait; mais le roi est chrétien, il ne se tuera pas ! >

Tout vient de Dieu, la souffrance comme la joie; tout retourne à Dieu, qui, seul, inQige le châtiment, donne la récompense ou la consolation ; confions-nous donc en lui et résignons-nous s'il nous frappe, car ses coups sont autant d'épreuves et la récompense est au bout

La souffrance est une prière et quelle prière fut jamais sans consolation? « Dieu me tourmente, il a ses raisons... » Ce mot de Commines vaut des volumes. Le sage, selon le monde, saura souffrir sans se plaindre et demeurer ferme au milieu des tourments, mais il n'est donné qu'au chrétien de goûter cette joie des larmes dont le reste des hommes n'a pas môme l'idée.

Nous serions, en général, assez résigné pour supporter les maux que nous n'avons pas, mais nous manquons de patience pour ceux que nous sommes appelés à subir. Notre croix est toujours plus lourde que celle du voisin, c'est que nous voyone l'une et que nous portons l'autre : Je voudrais bien de la douleur physique au prix de l'estime ou do la gloire I dit l'homme accablé d'humiliations qu'il n'a pas méritées, ou placé malgré l'élévation de son caractère, au bas de l'échelle sociale : — Que m'importe la douleur morale, douleur toute de convention, si je pouvais me lever et marcher, dit le paralytique, condamné à un repos perpétuel , ou le soldat qu'un boulet a mutilé : — D'autres

accepteraient le mal, mais ils se plaignent des conséquences : Je me résignerais facilement à la pauvreté, dit celui-ci, si cela ne m'empochait pas d*élever mes enfants, de vivre honorablement et d'être utile à ma famille. — Je souffrirais bien la douleur, dit un autre, mais ce que je ne puis souffrir, c*est d*étre pour tous un objet de compassion ou de dégoût. — Que le riche malade est heureux f dit Thabitant de l'hospice, il a autour de lui sa famille, ses amis et de nombreux serviteurs ; il peut se faire servir et on le plaint ; moi, je suis seul, abandonné des miens et livré à des mains étrangères t...

La résignation chrétienne, la seule vraie, est celle qui accepte tout avec douceur.

Droit* — Ce mot a bien des applications diverses. L'organisation de rhomme a conduit les philosophes à le considérer sous deux rapports principaux.

Le droit dans sa pureté primitive qui prend Thomme sortant des mains du Créateur et agissant dans sa liberté première ; c'est le droit naturel.

Le droit tel que l'ont fait les hommes réunis en société, c'est le Droit social. Ce dernier se modiBe suivant les nations, les latitudes et le degré de civilisation. Il se subdivise lui-même en plusieurs branches : Droit constitutionnel, droit des gens, droit politique, droit civil, droit administratif, droit divin, droit canonique, droit coutumier, droit commercial, judiciaire, maritime, militaire, etc.

Le droit naturel est le seul dont nous ayons à nous occuper ici. Il ne peut être formulé, mais il repose néanmoins sur des bases généralement admises comme formant les règles les plus sages de la conduite que Ton doit tenir envers soi-même et envers les autres. Il est invariable, indépendant des temps et des lieux et il sert de base commune au droit positif de toutes les sociétés particulières.

Quelques philosophes ont prétendu que le droit naturel était une chimère, en s'appuyant sur la différence qui existe entre la législation des différents peuples et des différentes époques, ainsi que sur les transactions que le législateur est obligé do faire en appliquant les principes absolus do la morale.

II y a quelque chose de spécieux dans ce raisonnement, mais il n'en est pas moins vrai qu'il existe un type absolu de vertu et de morale qui est révélé à l'homme par sa conscience, sa raison et les lois divines qui en sont la base.

Droz («!•)• — Joseph Droz, philosophe français, né à Besançon en 4773, mort en 4 854.

Sa famille était honorable, son éducation fut très soignée, ses études brillantes. Après avoir parcouru plusieurs carrières et notamment la magistrature et la diplomatie, la révolution le jeta dans Tannée.

Il servit quatre ans comme capitaine dans les volontaires du Doubs, mais ce temps ne fut pas perdu pour ses études. Il lisait, sous la tente, Horace, Cicéron et Montaigne, et ces lectures sérieuses ne furent pas sans influence sur son avenir : lorsque sa faible santé lui fit quitter le métier des armes, il consacra le reste de sa vie aux lettres et écrivit successivement de grands ouvrages, parmi lesquels nous citerons de préférence l'essai sur Vari d'être heureux^ Vapplication de Vari à la politique, la phUo- Sophie morale, Vaveu d'un philosophe chrétien et les pensées sur le Christianisme,

La carrière des lettres fut pour Droz ce qu'elle devrait être pour tous les écrivains : un véritable sacerdoce. Son traité sur Tari d'être heureux est un traité d*hygiène morale ; il y regarde la modération comme la santé de Tâme; s'il règle tout dans la nature humaine, il n'y sacrifie rien. Il ne méconnaît aucun de nos besoins, mais il ne tolère aucun de nos excès ; il veut l'emploi de toutes nos forces, mais sans en permettre l'abus, et il se complaît dans tous nos sentiments pourvu qu'ils ne nous apportent pas de souffrances en devenant des passions.

La raison, d'après J. Droz, doit être la suprême directrice de la vie : étendre son intelligence, fortifier son caractère, chercher ses jouissances dans l'exercice bien entendu de ses facultés, ne pas dérégler ses désirs par ses imaginations, mettre ses intérêts dans ses devoirs, ajouter aux douceurs profondes de la famille les plaisirs délicieux de l'amitié, agir en bon citoyen, être bienveillant envers ses semblables, ne rien donner à la vanité, être utile aux autres pour se contenter soi-même, sans chercher, dans

le bienfait, la reconnaissance, s'élever, par de religieuses espérances, vers Dieu dont la Providence veille sur nous ici-bas, se préparer ainsi à bien mourir, en sachant bien vivre et passer doucement dans le monde invisible où notre félicité sera mesurée au bien que nous aurons fait sur la terre... Telle est la philosophie qu'enseigne Droz, non seulemeni dansï art d'être heureux^ mais dans presque tous ses ouvrages.

C'est dignement accomplir la vie et bien comprendre la noble mission de l'écrivain. Et, ce qui n'existe pas toujours, nous voyons en lui l'homme rester digne du moraliste.

Dnallame. — Doctrine ancienne des deux principes, du bien et du mal, répandue chez les diverses nations de l'Orient ei notamment en Egypte el en Perse.

Le dualisme était le point principal de la religion des Persans. Ils tenaient leur doctrine de Zoroastre et distinguaient deux sortes de substances : l'esprit et la matière ; Tun, le principe du bien, l'autre, le principe du mal : Oromaze et Arimane. Ces deux principes, ainsi personnifiés, se combattaient sans cesse. De là, le mélange du bien et du mal dans le monde.

Dans ce système l'homme conservait peu de liberté.

Plusieurs philosophes grecs ayant embrassé la religion chrétienne y introduisirent une partie de leurs opinions, ce qui produisit des erreurs sur la liberté de l'homme; les Gnostiques^ par exemple, soutenaient que si Dieu était le principe du bien, la matière, principe du mal, était indépendante de lui. Au m® siècle les Manichéens adoptèrent la même opinion.

Dncloe. — Moraliste, né à Dinan, en Bretagne, en 4704, mort en 4772.

Duclos était fils d'un chapelier. Une bonne éducation le jata, encore jeune, dans la vie des lettres où il se fit remarquer d'abord par quelques romans et plus tard par un ouvrage plus sérieux intitulé : Considération sur les mcBurs, sur lequel Laharpe a porté ce jugement sanctionné par la postérité :

« Il est rare qu'on ait rassemblé plus d'idées justes et réOéchies et plus ingénieusement encadrées. Cet ouvrage est plein de mots saillants qui sont des leçons utiles, c'est partout un

Style concis et serré dont l'effet ne tient ni à l'imagination, ni au sentiment, mais au choix et à la quantité de termes énergiques et quelquefois singuliers qui forment la phrase et qui sont des pensées. Il en résulte un peu de sécheresse, mais il y BLj en revanche, une force de sens qui plaît beaucoup à la raison. »

Louis XV disait de ce livre : « C'est Touvrage d*un honnête homme. »

Duel. — En remontant à la cause de cet usage, on voit que ce fut une indépendance et une liberté sauvage des Barbares qui, en l'absence des lois, se prétendaient en droit de se faire justice à soi-même et ne connaissaient d'autres droits que la force; un point d'honneur mal entendu, fondé sur une fausse notion qui faisait consister tout le mérite d*un homme dans la force du corps ; en6n une aveugle superstition qui regardait l'issue d'un combat comme le jugement de Dieu.,.

Excusables peut-être dans des siècles d'ignorance, aucune raison ne peut les justifier dans une société réglée où c'est un attentat contre toutes les lois divines et humaines.

•*— Un duel, dites-vous, témoigne qu'on a du cœur et cela suffit pour effacer la honte ou le reproche de tous les autres vices. — Je demanderai quel honneur peut dicter une pareille décision et quelle raison peut la justifier. A ce compte, un fripon n'a qu'à se battre pour cesser d'être un fripon ; les discours d'un menteur deviennent des vérités, sitôt qu'ils sont soutenus à la pointe de l'épée; et si Ton vous accusait d'avoir tué un homme, vous en iriez tuer un second pour prouver que cela n'est pas vrai... Ainsi, vertu, vices, honneur, vérité, mensonge, tout peut tirer son être de l'événement d'un combat ; une salle d'armes est le siège de toute justice ; il n'y a d'autre droit que la force, d'autre raison que le meurtre ; toute la réparation due à ceux qu'on outrage est de les tuer et toute offense est également bien lavée dans le sang de l'offenseur ou de l'offensé ? — Si les loups savaient raisonner auraient-ils d'autres maximes ?

(J.-J. Rousseau.)

— Dans l'intérêt de sa sécurité menacée, la société a le droit

d*ôler la vie ou la liberté à ceux de ses membres qui, par des actes criminels, ont appelé sur leur tôle ce terrible châtiment. Biais, ce droit, nul homme ne Ta envers ses semblables, et ce qui, de la part de la société, ne serait que juste punition, deviendrait d'homme à homme , meurtre et assassinat. Mais , dirat-on, Thomme offensé n*a-t-il pas le droit de punir celui qui a commis Toffense? — Non, en aucun cas, il n'est permis à Tindividu de se substituer à la société, ni de mettre sa vengeance à la place de la justice. Nous sommes mauvais juges en notre propre cause, notre amour-propre s'exagère trop aisément le tort qui nous est fait et la réparation qui nous est due ; c'est à la société, juge impartial et désintéressé, que doit être laissée cette appréciation. (C. Mallet.)

— L'homme de courage dédaigne le duel, l'homme de bien l'abhorre. Il ne proQte qu'au médecin ou au fossoyeur.

(J. B.-Rousseau.)

Du^çald-Steiw^art. — L'un des philosophes les plus illustres de l'école écossaise, né à Edimbourg en 4753, mort en 4 828.

Dugald-Stewart, élevé à l'université de Glascow, y reçut les leçons du docteur Reid qui l'admit dans son intimité et fit bientôt tant de cas de son jugement exquis qu'il lui dédia un de ses ouvrages : l'essai sur les facultés de V homme.

Le jeune philosophe débuta dans le monde des lettres par un essai sur les songes qu'il intercala plus tard dans un grand ouvrage.

La modeste fortune de Dugald-Stewart, autant que ses goûts le vouèrent au professorat qu'il n'abandonna qu'en 4 820 pour se retirer à Kinneil-Houze, château du duc d'Hamilton. Il passa là le reste de ses jours, composant des ouvrages de philosophie qui étendirent sa réputation plus que ne l'avait fait, le professorat.

En 4 822, il fut frappé de paralysie et privé de l'usage de la parole, mais il conserva ses facultés intellectuelles. Il supporta avec résignation cette cruelle épreuve, ne s'occupant plus qu'à mettre la dernière main aux ouvrages commencés. Il y réussit avec l'aide d'une fille bicn-aiméo, qui lui servait de secrétaire.

Il mourut en 4828, après la publication de son dernier

Ouvrage : la philosophie des facultés morales de Phomme. Il était âgé de 75 ans.

La plupart de ses ouvrages et notamment ses esquisses de phi^ losophie morale ont été traduits en français par Jouffroy. Ce petit volume, qui mérite d*ètre lu et médité, a été fréquemment réimprimé. Jouffroy a fait précéder sa iraduction d*une préface qui est elle-même un ouvrage fort remarquable.

Dugald-Steward appartient à cette école dont le mérite est d'avoir mis un terme aux hypothèses et d'avoir appliqué à Tétat de Tesprit humain la méthode qui a fait faire de si grands pas à rétude du monde physique ; enfin d'avoir fait de la Psychologie une science expérimentale.

Duplicité. — La duplicité est un vice de la môme famille que l'hypocrisie ; l'intérêt personnel en est presque toujours le but; on la décore trop souvent dans le monde du nom de finesse.

Si le mot de Taleyrand est exact : c la parole a été donnée à rhomme pour déguiser sa pensée », c*est une véritable apologie de la duplicité, mais qui fait peu d'honneur à ce diplomate.

La duplicité a été personnifiée par Virgile dans le personnage de Sinon, par Racine dans celui de Narcisse et par Molière dans Tartuffe. Shakespeare a donné logeai Fielding BlifU,

Duretô. — Insensibilité de l'âme pour les peines morales ou les souffrances physiques d'autrui. Fille de Tégolsme et de la mauvaise éducation, la dureté rend la vertu stérile et enlaidit même le vice.

Ecdecttome. — Système philosophique qui consiste à emprunter aux différentes écoles ce qu'on y trouve de bien, en rejetant ce qu'elles ont de faux et d* exclusif.

Ce système a ou quelques adeptes dans l'antiquité, mais, de

notro temps, Cousin lui a donnô plus d'extension et do valeur. Il est évident qu'aucune des écoles de philosophie ne nous a donné la vérité, puisqu'on la cherche encore; mais si elle n'existe pas dans la meilleure d'entre elles, comment espérer la trouver en adoptant quelques éléments disparates et contradictoires dans chacune d'elles ? Il n'en est pas des systèmes de philosophie comme des plantes médicinales qu'on mêle dans un alambic pour en tirer un résidu : chacune a sa raison d'être, ses adeptes et ses partisans fanatiques qui ne peuvent adopter les opinions de leurs rivaux sans abandonner les leurs.

La religion chrétienne est en définitive la meilleure des explications et des solutions philosophiques ; tant que la philosophie n*est pas arrivée là, elle est au-dessous de tous les cultes, ainsi que l'avoue Cousin lui-même : « Les plus imparfaits, dit-il, donnent au moins à l'homme un père, un consolateur, un juge. Par la religion, la philosophie entre en rapport avec rhumanitë ; elle contient le fond commun de toutes les croyances, elle leur emprunte leur principe et le leur rend entouré de lumière, élevé au-dessus de l'incertitude (4). »

Économie. — Ordonnance, distribution des parties d'un tout, prudent et bon emploi des choses.

Ordre dans la dépense d'une maison, dans la conduite d'un ménage, dans l'administration d'un bien. — Ce qui est épargné ou mis en réserve.

— L'économie est la source de l'indépendance. — Le travail chasse la misère, l'économie l'empêche de revenir.

(DeJussieu).

— Tout trésor qu'on se fait par l'économie vaut mieux que celui qu'on a reçu par héritage, parce qu'on sait mieux le conserver. (Lacrelelle).

ÉdlflcAtlon. — Disposition de l'âme qui s'élève vers l'infini et a conscience de son union intime avec Dieu. Un prédicateur, un livre de prières peuvent émouvoir sans édifier. Une

(1) Cousia : Cours de 48t8, 1829.

bonne action, une scène touchante, une vie noble, dévouée, pleine d*abnégation et de sacrifice, nous édifient autant qu*un sermon.

lÊdacatlon. — L'éducation est l'action et le moyen de développer les facultés intellectuelles, morales et physiques d*un enfant conformément à certains principes, en donnant à ces facultes une direction suivie.

L'éducation est Tart de manier et de façonner les esprits ; elle est pour Tesprit ce que les aliments sont pour le corps. La nourriture développe et fortifie les membres lorsqu'elle est saine et vivifiante, l'éducation donne à Tintelligence un développement heureux, à l'âme une noble énergie.

La vie de l'homme est une éducation continuelle : La mère la commence, le collège la continue, le monde la finit et au moment où l'expérience de la vieill&sse y a mis le dernier sceau, il faut mourir. À quoi donc servirait cette éducation si ses résultats ne nous suivaient au-delà du tombeau ?

— Dans chaque période de sa vie, l'homme fait des positions nouvelles pour la période qui doit lui succéder, chacune de ses actions exerce une influence inévitable sur son avenir. Il y en a qui, sous le rapport moral, n'ont réellement grandi que dans leur maturité. D'autres, placés dans des circonstances défavorables, peuvent décheoir... Plus on médite les mystères dont la suite compose notre passage sur cette terre, plus on reconnaît dans chacun d'eux des indices qui montrent, dans ce passage, une véritable préparation, et c'est pourquoi il est en général une longue et pénible épreuve. « L'épreuve est un gage : si nous donnons tant de soins à l'éducation dont les fruits subsisteront seulement pendant quelques années et s'évanouiront peut-être par une mort précoce, quelle attention, quels efforts ne demande pas celle dont les fruits doivent s'étendre un jour dans un avenir sans limites. (De Gerando.)

— L'éducation est distincte de l'instruction. Il s'est souvent trouvé que l'instruction était grande et variée et l'éducation mauvaise. L'éducation est quelque chose de simple et de pra-

tiquo qui cxigo peu de théorie, mais beaucoup de soins, peu do préceptes, mais beaucoup d'amour.

Elle commence au berceau, c*est donc la femme qui est la première institutrice de Thomme; Dieu lui a donné cette mission. Après, il y a l'éducation domestique (dans laquelle le père, la mère et l'instituteur ont chacun leur rôle) ou le collège. Ce dernier a ses inconvénients sans doute, mais l'éducation commune est une préparation nécessaire aux mœurs et aux besoins mutuels de la société : elle tempère la vanité, détruit la colère, corrige l'égoïsmo et bien d'autres défauts. Le jeune élève y perdra peut-ôtre cotte culture polie qu'il eût trouvée au sein de la famille, mais il la retrouvera plus tard, alors qu'il sera plus apte à en profiter. (Laurenlie.)

— Toute la suite des hommes, pendant le cours de tant de siècles, doit être considérée comme un même homme qui subsiste toujours et qui apprend continuellement. (Pascal.)

Éducsatlon dea enrants. — Voulez- vous que vos enfants soient un jour des hommes honorables et deviennent do bons citoyens, servez-vous surtout de l'influence des exemples ; la sympathie naturelle de l'enfance avec vous rendra facile et profitable cette manière d'agir sur eux.

Que vos caresses n'aient jamais d'excès et qu'elles soient accordées à propos comme récompense.

Donnez à l'enfant des habitudes réglées jusqu'au moment où il pourra comprendre les exhortations et les leçons.

Donnez-lui l'idée de propriété, pour qu'il respecte celle des autres; inspirez-lui do la libéralité, en lui faisant prêter ou donner ce qui lui appartient.

Il no faut rien vouloir que de juste et de raisonnable, mais le vouloir avec fermeté et sans jamais céder.

Corrigez avec calme et sérieux ; ne grondez pas; ne criez pas surtout.

Inspirez bientôt de la pudeur aux enfants, de quelque sexe qu'ils soient.

Évitez la jalousie entr' eux, on mettant le plus jeune sous la protection de l'atné, à qui le rôle de protecteur interdit tout sentiment de haine.

Faites sentir aux enfants le prix de la vérité. Ne riez pas devant eux des ruses qu*ils emploient, des mensonges quMis disent pour obtenir ce qu*ils veulent. — Déconcertez ces ruses et ne recevez leurs caresses intéressées qu^avec froideur.

Attirez leur confiance ; obtenez Taveu de leurs petites fautes et pardonnez-les après une morale douce. Soyez toujours vrais vous-mômes; tous les autres intérêts doivent être sacrifiés à ceux de la vérité. Tout est réparable près des enfants, hors le men-, songe.

Faites bientôt connaître aux enfants Tidée de devoir ; servezvous de la sympathie de votre propre conviction. Présentez rarement ces idées accompagnées de celles de crainte ou de punition.

Tirez parti de l'active imagination des enfants pour leurs jeux, mais gardez-vous d'en abuser en leur faisant peur, de quelque manière que ce soit.

Évitez les longs discours et choisissez le moment où l'enfant sera le mieux disposé pour lui donner des notions morales.

Faites naître chez lui le désir des bonnes actions, chaque fois que l'occasion s'en présentera, et dès les premières années attachez-vous à inspirer le devoir plutôt qu'à le dicter.

Etudiez les premiers jeux de vos enfants, découvrez-y le germe des qualités, des talents, des vertus, des vices, des passions qui doivent un jour prendre de l'empire sur eux et entraîner leur existence. L'étude que vous aurez faite vous dévoilera peu à pou le but auquel ils tendent, insouciants et ignorants d'euxmêmes. Si ce but doit être funeste à la société, ramenez-les, dirigez-les, sacrifiez tout pour les faire entrer dans une meilleure voie. Si ce but est glorieux et plein d'avenir, loin de comprimer l'essor qu'il veut prendre, étendez, affermissez les ailes du jeune aiglon. Poussez plus loin votre paternelle sollicitude; examinez avec soin son étude favorite : si l'artiste se découvre sous son crayon enfantin, si une voix déjà mélodieuse ramène la mesure dans les joyeuses rondes, que votre enfant soit peintre ou musicien ; mais si, au contraire, vous le voyez entraîne, par un penchant irrésistible, vers les sciences, favorisez ce penchant, faites éclore plus vite le germe caché que tant de parents font avorter, faute do savoir le découvrir.

Ce que je dis pour les pères peut aussi être appliqué aux ins-

tituteurs et aux précepteurs : le lapidaire reçoit le diamant brut, informe, sans beauté; il le rend à la société taillé, poli, brillant, admirable à voir.

Le joaillier reçoit du mineur Tor couvert de terre et mêlé à mille substances qui le cacbent aux yeux. Il le fond, en enlève tout ce qui n'est pas lui et le rend à la société sous mille formes élégantes et utiles.

L'architecte et le sculpteur font extraire des carrières des blocs énormes dont leur science ou leur art tirent des statues, construisent des palais.

Cette science et ces talents divers ne s'exercent que sur une matière inanimée.

L'instituteur aussi reçoit des diamants bruts, de l'or mêlé d'alliage, des blocs informes ; mais ces diamants, cet or, ce marbre, c'est la nature humaine : les matières à rejeter sont l'ignorance et le vice ; ce joyau dont il doit compte à la société c'est l'homme, l'homme instruit et vertueux. Son rôle n'est* il pas le plus beau ? d'où vient donc qu'il n'occupe pas le rang qu'il mérite? c'est qu'il reste trop souvent an-dessous de sa mission ou ne la comprend pas. La société n'est pas injuste au fond, elle donne à chacun selon ses œuvres, le faste, l'éclat, le faux brillant peuvent un instant l'éblouir ; avec le temps, elle examine et voit mieux : alors le mérite caché sous un modeste vêtement est plus honoré que la sottise dorée.

— J'estime l'éducation des bons couvents, mais je compte encore plus sur celle d'une bonne mère quand elle peut s'en occuper. (Fënelon.)

Éducation du peuple. — Les mœurs du peuple s'épurent et s'adoucissent par l'éducation, c'est un fait incontestable ; aussi a-t-elle toujours été un sujet de méditation pour les philosophes et les écrivains politiques.

De l'éducation du peuple dépend en effet la prospérité des empires ; elle est le seul remède capable de réparer les maux produits par les discordes civiles. En réfléchissant sur les moyens de rendre les hommes heureux, on sent la nécessité de remonter à l'éducation comme à la source du bonheur public. Aussi

Platon, dans sa République, nous a-t-il laiss6 plutôt un admi* rable traite d*ëducation qu'un ouvrage de politique. Il croyait que l'art d'élever les hommes avec sagesse comprenait la science du gouvernement; ces deux choses étaient à ses yeux si étroitement liées qu'elles n'en formaient qu'une seule ; et comme malgré la dislance des siècles qui les sépare, les plus grands génies s'entendent toujours et se répondent entre eux, on a vu dans les temps modernes l'auteur de VEiprit des Lois fonder sur trois grands principes d'éducation cet impérissable monument.

Les législateurs les plus célèbres de l'antiquité ont fait entrer de sages règlements, pour diriger la jeunesse, dans les codes mêmes de leurs lois, et ils ont paru regarder toujours cette partie de leurs institutions comme le soutien de toutes les autres. Si quelquefois des politiques imprévoyants n'ont pas cru devoir descendre à ces détails; si, fiers de commander à des hommes faits, ils ont dédaigné de prescrire des règles de conduite à des enfants ; si, au lieu de poser d'abord ce fondement de toutes choses, ils ont commencé par élever des édifices ruineux, destinés à s'écrouler sur eux-mômes, alors l'avenir de tout un peuple a été sacrifié à l'intérêt présent. On n'a eu égard qu'à la maturité et à la vieillesse, deux époques de la vie où les habitudes sont toutes formées et où elles ne sauraient que difficilement changer de direction ; on a négligé la génération naissante, que l'on pouvait si facilement accoutumer à l'exercice des vertus et qui était le gage précieux do la durée et de la prospérité de tout un empire.

La base d'nne bonne législation est donc un système d'éducation moral et religieux. Toutos les nations, tous les siècles proclament cette vérité, tous les hommes se plaisent à la reconnaître ; mais ce principe, généralement admis on théorie, reçoit dans la pratique d'inévitables altérations, lorsqu'il se trouve en opposition avec l'esprit d'une époque ou les mœurs actuelles d'un peuple. Les opinions dominantes en politique, en morale, en religion pénètrent, quoiqu'on fasse, et s'infiltrent dans le cœur de la jeunesse ; reproduites do toutes parts autour d'elles dans les méthodes élémentaires, dans les leçons des maîtres, dans les entretiens domestiques, enfin dans les livres et les monuments qu'on ne saurait entièrement dérober à ses regards.

L'enfant, le jeune homme surtout, essentiellement imitateurs, traduisent les habitudes de Thomme mûr, pour en faire bientôt leur propre nature. Il est donc presque impossible de les défendre de la contagion des mauvaises doctrines, alors qu*elles régnent parmi les hommes. Il n*est guère d'asile si solitaire, si écarté qu'il puisse être, qui les garantisse du souffle empesté du vice ou de Tirréligion ; Fair même qu'ils respirent en apporte le germe dans leur sein. On n*a besoin pour en fournir la preuve, que de rappeler les leçons de l'expérience. Malheur à une génération naissante, au milieu d'une génération corrompue I Malheur à ces rejetons d'une tige stérile pour la vertu, qui justifient trop souvent la perversité de leur origine ; à moins que de terribles leçons, de salutaires épreuves ne les épurent ; à moins qu'une violente commotion ne brise tout d'un coup la chaîne des traditions!...

Voilà l'état de la société née à la fin du xviu« siècle, au milieu de la tourmente révolutionnaire.

C'est une génération qui recule épouvantée devant l'abtme creusé par l'anarchie et l'impiété, et qui est d'autant plus avide d'émotions généreuses, de sentiments élevés, que la plupart do ceux dont elle tient le jour se sont livrés ou ont été mêlés aux systèmes les plus avilissants, au matérialisme le plus complet.

Le besoin de cette génération morale est compris de tout le monde ; une des idées les plus souvent renouvelées de notre siècle est l'instruction primaire obligatoire. On nous la donne comme une panacée universelle pour moraliser le peuple et le rendre heureux... En la décrétant, on détruira sans doute l'ignorance, mais si l'on ne conserve pas la religion, source de toute morale, on no fera que changer la nature des crimes : il y aura peut-être moins do vols à main armée, il y aura plus de faux en écriture, de concussions et de dilapidation de deniers publics. . .

Où est le progrès ?

Égalité. — Droit qu'ont tous les citoyens d'un pays d'être soumis aux mêmes avantages politiques, aux mêmes charges, admissibles à tous les emplois, jugés par les mêmes tribunaux et selon les mêmes lois.

C'est la seule égalité possible; celle dont parlent si souvent les révolutionnaires, en France et ailleurs, est une utopie irréalisable.

Les peuples anciens avaient adopté l'esclavage ; le paganisme et la philosophie l'avaient consacré ; le christianisme l'a détruit ; mais il a laissé subsister l'inégalité parmi les hommes, parce que la véritable égalité n'existe que devant Dieu ; aucune nation ne l'a vue s'établir. Prenons comme exemple la France, que nous connaissons mieux.

Les barbares ont envahi son sol, les plus braves guerriers se sont emparés des terres, les plus habiles ont saisi l'autorité au jour du danger et l'ont conservée. Après eux, leurs enfants en ont hérité : Une race de rois s'est créée, puis abâtardie, puis elle a été remplacée par de plus dignes ou de plus forts. Sous les rois se sont échelonnés des ducs, des comtes, des barons, des chevaliers, des écuyers, des vassaux, des varlets, des serfs, tout un monde de maîtres et de serviteurs de tous les degrés.

Les barbares étaient cependant arrivés égaux, sous un chef qui les conduisait au pillage...

La féodalité avait eu ses inégalités, la royauté les siennes ; la société vivait depuis plusieurs siècles au milieu des abus et des privilèges, lorsque le peuple, révolté de tant de souffrances, se souleva. Vainqueur, il eut la prétention de proclamer l'égalité, et la terreur promena son terrible niveau sur toutes les têtes qui dépassaient les autres par le génie, le talent, la piété, la fortune ou la position sociale... C'était l'égalité de Thomme f La guillotine s'abaissa enfin sur les guillotineurs, qui se tuèrent entre eux.

Après quelques années horribles, la bayonnette succéda au couteau et la gloire à l'assassinat : un soldat de génie, toujours victorieux, monta les degrés du trône, et cette égalité sanglante et factice disparut de nouveau.

Toujours et partout Ton trouve l'inégalité ; toujours et partout le privilège que s'arroge le plus fort ; et pouvons-nous en être étonnés ? C'est la loi de notre nature dégénérée. C'est sans doute un spectacle odieux qu'offre le pauvre souffrant et le riche étalant à ses yeux un faste insultant, et ce spectacle est partout.

Hais, dira«t-on, quel titre ont ces hommes que la fortune a

rendus cruels, à garder seuls les biens de la viet Qu'ont-ils fait pour la plupart, que dépenser follement des monceaux d'or, dont ils n'auraient pu gagner la millième partie si le ciel les eût fait naître dans la basse classe 1... Ils n'ont rien fait pour en jouir, et cependant il leur appartient légitimement : car c'est le fruit des sueurs de leurs pères. Supposons un partage égal entre tous ces hommes où règne en ce moment une si cruelle inégalité; j'admets qu'il n'en résulte pas un effroyable chaos. Je veux que les uns et les autres, bien que sortis de leur vie habituelle, se trouvent heureux de ce nouvel état de choses : qu'en résulterat-il T au bout d'un an, le talent ou le génie auront pris le dessus, et voilà l'inégalité revenue avec tous les abus et tons les excès.

L'égalité n'existe donc pasT — Non; l'égalité matérielle, Tégalité sociale ne peuvent exister, pas plus que réalité physique. Pourquoi naissons-nous faibles ou forts, lâches ou courageux, paresseux ou ardents au travail, apathiques ou désireux de gloire ? Pourquoi le sang coule-t-il lentement dans nos veines ou y bouillonne-t-il avec violence? c'est le secret de Dieu, secret impénétrable, auquel n'atteindra jamais la science humaine. Mais si l'inégalité existe pour nous, môme au sein maternel, l'égalité réelle est devant Dieu, et son code est dans l'Évangile. N'at-il pas dit que tous les hommes sont frères ? entendait-il par là que les inégalités sociales ne devaient pas exister ? Non, puisqu'il a déclaré qu'il fallait rendre à César cequi eet à César.

Honorons le pouvoir qui nous gouverne, obéissons à la loi, résignons-nous aux inégalités sociales ; mais conservons précieusement la religion qui console, et celte dignité d'honnête homme qui nous fait l'égal de tous !

— L'égalité des richesses entraine l'anarchie. (Labruyère.)

— Jamais un homme ignorant et grossier ne pourra, quelle que soit la loi, être l'égal de l'homme instruit et bien élevé.

(M«>« Ancelot.)

És^ards. — Déférence, respect, qu'on doit, en général, à la vieillesse.

L'inférieur doit des égards à son supérieur dans la hiérarchie des pouvoirs, mais ce dernior en doit aussi à son subordonné.

DE PHILOSOPHIE MORALE iSS

Malheureusement l'extrême distance entre un homme qui peut tout et un homme qui a besoin de tout, fait souvent oublier ce devoir si la charité n*est là pour corriger les suggestions de Torgueil.

Ce que nous disons des puissants peut s'appliquer aux riches et aux nobles ; il y a plus de ridicule encore à tirer vanité de sa naissance et de sa fortune que de son pouvoir, car le hasard seul nous a donné cet avantage, qu'on doit mettre tous ses soins à faire oublier à l'honnête homme qui en est privé.

— Les égards font moins d'ingrats que les services.

(MB« de Sévigné}.

-~ On doit des égards aux vivants, mais on ne doit que la justice aux morts. (Lamotte-Houdart) .

K — Chez les Grecs, le mot sKiô^tx désignait une assemblée ; chez les Romains Eeclesia signiGait réunion, ce qui est identique. Plus tard, chez les premiers chrétiens, le mot Égliie exprimait l'unité catholique ou l'état ecclésiastique.

Il y a eu l'église primitive ou église des patriarches, l'église mosaïque ou église judaïque, composée de tous ceux qui suivaient la loi de Moïse et enfin l'église évangélique ou église des chrétiens (4).

Aujourd'hui les théologiens définissent l'église < la société de tous les fidèles réunis pour la profession d'une même foi, par la participation aux mêmes sacrements, et par la soumission aux pasteurs légitimes, principalement au Pape qui en est le chef t.

Nous n*avons pas à retracer ici Thistoire de l'Église, nous bornant à dire qu'elle a constamment travaillé à réaliser sur la terre la loi morale.

L'abbé Fleury, dans son discours sur l'état ecclésiastique, définit l'église des premiers temps : « Un gouvernement fondé sur la charité, ayant pour but Futilité publique sans aucun intérêt de ceux qui gouvernent, des pasteurs appelés d'en haut par le choix des autres pasteurs et par le consentement des peuples. Ces pasteurs, maîtres des biens comme des cœurs, no

(l) y. W Gousset.

8*en servent que pour assister les pauvres, n^emploient leur autorité qu*avec discrétion, se réunissant en assemblée pour traiter en commun les affaires importantes, en sorte que TÉgliso répandue par toute la terre n'était qu'un corps parfaitement uni de croyances et de maximes. »

lʧ;oTsine. — L'égoîsme est la pensée dominante de presque tous les hommes ; nous rapportons tout à noua ; notre faible nature nous fait croire que nous serons plus heureux, et c*est le contraire qui arrive.

De cette idée fausse naissent les contrariétés perpétuelles, et une inquiétude sans cesse renaissante sur nos intérêts, « Mais si nous ne songeons plus à nous, tout va nous devenir indifférent : dans ses sages dispositions la nature nous a prescrit la conservation de notre corps : elle a donné à chaque animal sa défense, à rhomme Tintelligence pour comprendre la vie qui nous est accordée, et des sens pour en jouir. A chacun donc de veiller sur son bonheur et sur ses intérêts... >

Soit, mais sommes-nous assez éclairés pour connaître nos vrais intérêts? Ne nous laissons-nous pas aller à notre passion dominante? Aimons-nous la table, nous lui sacrifions notre santé; — l'argent, nous lui sacrifions notre repos. — Sommes-nous ambitieux, nous devenons insatiables, et le bonheur fuit pour toujours.

Le bonheur I mais il ne s'acquiert que par le bien-être du corps et la paix de l'âme ; or, la santé ne se conserve que par la modération et la pureté des goûts; la paix de l'àme s'acquiert par la foi, la bienfaisance et la pratique de toutes les vertus. Une bonne action se présente : au lieu d'en calculer les suites en vue de notre intérêt, ne voyons que le bien que nous allons faire, et, si nous ne sommes pas trop mauvais, nous éprouverons une jouissance plus vive que toutes celles que régoïsmo eût pu nous offrir. Une contestation va nous jeter dans des procès interminables ; il s*agit de quelque pas de terre : faisons chacun le sacrifice de deux ou trois ares, et nous ne craindrons plus de nous rencontrer, et nous serons bons voisins, et la tranquillité de notre vie y gagnera. Nous aurions perdu, en plaidant, cotto amitié, ce ropos et notre argent en sus. Je suppose que Tun do nous no raisonne pas ainsi, qu'il veuille abso-

lument plaider, quelle immense supériorité reste à Tautre dans Tesprit de ses juges, aux yeux de la société et aux siens propres!

Dans tout ce qui ne peut atteindre l'avenir de nos enfants^ cédons, cédons toujours ; et la considération générale, et notre cœur satisfait, nous récompenseront de quelques sacrifices d'argent ou de vanité, qui n'auront plus de prix quand nous aurons connu cette nouvelle jouissance.

Il est bien peu d'entre nous qui ne passent une partie de la vie à se plaindre de leur sort, et surtout de la condition dans laquelle la destinée les oblige de vivre. L'artisan se plaint de l'obligation où il est de travailler sans cesse et de soutenir de ses bras une nombreuse famille ; l'homme riche se plaint de son oisiveté et de l'ennui qui en est la conséquence ; l'homme puissant gémit sur les peines innombrables de sa condition et sur l'ingratitude de ceux au bonheur desquels il ne cesse de travailler ; d'autres ont d'autres maux à déplorer, et nous voyons le genre humain, depuis le mendiant jusqu'au prince, accuser le destin ou la volonté paternelle, ou leur propre inexpérience du malheur de leur vie entière.... C'est que l'égoîsme noùls domine, et que nous avons toujours sous les yeux des détails bornés, quand nous devrions nous élever et considérer l'ensemble.

Le soleil, la terre, l'eau, le chône et le grain de blé concourent nécessairement au grand œuvre de la nature ; seul, l'homme est libre de faire le bien ou le mal ; seul, il est maître de ne pas y concourir...; mais est-ce là son devoir? Est-ce son bien? — Non, certes : plus que tout autre être créé, il doit concourir à l'ordre, à l'harmonie universelle, et s'il ne suit pas pour son compte l'ordre assigné par le Créateur, il est dans le faux, il souffre.

Dans telle classe que le sort nous ait fait naître, notre destinée est entre nos mains; nous serons heureux ou malheureux, selon que nous serons vertueux, éclairés, égoïstes, envieux ou méchants.

Peut-être moins brillante, est-elle moins remplie et moins glorieuse la mission de ces hommes chargés de guider, d'inslruiro> d'éclairer leurs frères dans la route difficile de la vie, de

faire germer au milieu de la population dos campagnes des idées de vertu, de religion, de travail? Est-elle moins honorable Inexistence de ces cullivateurs courbés sur leurs sillons, qui passent ignorés sur cette terre, parce qa*ils n*ont connu de la vie que le travail?...

La médiocrité de notre situation dans le monde est souvent un bonheur de plus. Avec elle moins de tourments, moins de mécomptes, moins de ces rêves d*ambition qui troublent le repos des grands insatiables. Plus libre de ses actions, Thomme modéré dans ses goûts et heureux dans sa modeste sphère, peut sans obstacle élever son âme à tout ce qu*il y a de noble et de grand. Moins asservi au joug de Fopinion et des sots préjugés, il peot vivre avec simplicité et consacrer à la bienfaisance un or enlevé à de ridicoleB fHvoliléB, à des superfluités gênantes.

Maïs, pourra l-oa m^objecter, il est une grande partie du genre humain qui n*a de Tor ni pour Iob frivolités, ni pour le nécessaire; continuellement occupée de aon existeDce matérielle, elle est condamnée à la servilité ou à des travavz si péaibleB quMls ne laissent point de place à la pensée... Ma réponse serm facile : que Thomme qui fait partie de cette classe repousse Tégoîsme, le plus souvent son seul guide ; que des vues généreuses remplacent dans son cœur cet odieux penchant, et son existence changera. Alors s^ouvriront devant lui des sources inconnues de jouissances ; alors il goûtera, même dans son humble sphère, le plaisir de faire du bien ; il entendra les accents si doux de la reconnaissance, et verra partout autour de lui la bienveillance, Tamitié, la gaieté qui anime aux travaux : il aura changé sa vie entière et, pour cela une seule résolution a suffi : car cette résolution le ramenait au vrai, à Tordre, à Dieu.

— L*égoïsme, en rétrécissant Tàme, étouffe Mqualitée qu'elle renfermait ; il est bien difficile a un égoïste' de suivre la loi morale. (Livry).

— Les vices forment une chaîne dont le premier anneau est régotsme. L*égoîste est un fou qui se trompe : il sisole, se prive d'appui et s*égare sans guide et sans compagnon, dans le labyrinthe de la vie. (de Ségur).

— L*e8prit de rhomme est encore plus égoïste que son cœur : quand il a conçu une idée, il 8*y attache comme à son oeuvre propre et s*y emprisonne orgueilleusement comme g*il était ea possession de la pure et pleine vérité. (Guizot).

L*égoîsme reçoit tout et ne donne rien, la charité donne tout et n*exige rien. (Véran Sabran).

émulation. — Sentiment qui nous pousse à imiter les actions nobles et généreuses et qu*il ne faut pas confondre avec Tambition ou Tenvie.

L*émulation n*existe que pour le bien ; elle n*est ni fière, ni présomptueuse ; elle se manifeste au contraire par la modestie et essaie d'augmenter ses talents ou sa vertu par le travail et ra|>plication. Pleine de courage, elle ne se laisse pas abattre par les disgrâces et ne songe à réussir que par des moyens légitimes.

L'émulation est l'un des sentiments les plus utiles à Tespèco humaine et celui qui prouve le plus qu'elle est destinée à vivre en société.

lËner^le. — > Force morale, vigueur de l'àme, exaltation d'activité.

L'énergie tient plutôt à l'action des nerfs qu'à la force musculaire. On voit des tempéraments faibles, chétifs, doués d'une grande activité et d'une force intérieure qui leur fait surmonter des obstacles que les hommes les mieux constitués no supporteraient pas. On voit aussi de faibles femmes supporter de longues souffrances avec une égalité d^àme qui révèle une grande énergie.

— L'opiniâtreté n'est que l'énergie de la sottise.

(Descuret).

l&aaul. — État de découragement et de langueur, atonie de l'àme, malaise et dégoût de l'esprit et du cœur dans lequel nous ne pouvons prendre aucun intérêt aux choses du dehors.

L'ennui, disent les moralistes, est justiciable de la médecine plutôt que du raisonnement : un homme ennuyé est un homme malade; le spleen natt du tempérament, de l'air, du climat.

160 DICTIONNIRE RAISONNÉ

Arrivé au dornior degré, l'ennai est un genre d^idiotisme, comme la colère est un genre de folie. L*esprit et le cœur paralysés ou dominés par cette pattion négative ne voient qu'un côté des objets et n*ont de perception que pour la douleur.

Quelles sont ses causes ? quelle est son origine.

L'ennui se manifeste en nous quand les organes fatigués refusent leur concours à Fintelligence ; quand cette dernière manque d*alimeht et, tirant tout d'elle-même, sans réciprocité, sent ses pensées s'accumuler dans sa tète et retomber à plomb sur son cœur.

Il a sa source dans l'impuissance des créatures à nous donner le bonheur que nous désirons, car le peu de félicité qui nous vient d'elles est promptement dévoré par des désirs insatiables ; il a sa source dans la mobilité et le faiblesse de notre esprit qui ne peut se fixer à non, et qui, préoccupé de ses incessants désirs, n'a de choix qu*entre le marasme, le découragement et la folie. Il a sa source dans les tiédeurs de nos croyances qui ne peuvent consentir à voir l'épreuve dans le temps et la récompense dans réternité, car nous cherchons, les regards'^ tournés vers la terre, sans pouvoir nous décider à cheminer les yeux fixés vers le ciel. Là cependant serait tout le remède.

Mais, à défaut de ce divin remède, que notre nature refuse trop souvent, le Christianisme ne nous en offre-t-il pas d'autres ?

Malgré l'assertion négative de quelques philosophes, examinons :

Pour éviter ce cruel état de l'âme, les hommes ont tout fait : avec cette grande activité do l'esprit qui demande, sans relâche dos pensées et des sensations nouvelles, ils se sont livrés aux plaisirs, au tourbillon des fêtes et du monde ; le monde les a trompés, l'illusion des fêtes a été courte... la satiété a suivi de près les plaisirs (1) ; ils ont pensé que la science comblerait ce gouffre de la curiosité, mais hélasl Plus rintélligence a agrandi son domaine, plus elle a senti sa misère; et le découragement est arrivé; désabusés, ils regrettent jusqu'aux futilités, désormais impuissantes à les distraire; le luxe, l'élégance, les arts, les lettres, rien n'a été oublié, tout a été rejeté... Et cependant

(l) La reine Christine : L'ouvrage de loisir.

trois remèdes existent : le travail, la charité et le devoir. Le travail pour le pauvre; une occupation sérieuse, mêlée à la charité, pour le riche; et pour tous Texamen des obligations que nous imposent notre position sociale, notre famille, notre religion et leur consciencieux accomplissement.

Si, parmi nos lecteurs, se trouve un malheureux en proie à ce tourment de l'ennui, nous lui indiquons, en toute simplicité, ces moyens de guérison qui ont toujours mieux atteint le but que les prescriptions de la médecine et les conseils de la philoso* phie.

— Les sciences, les arts sont mis à contribution pour nous fournir des plaisirs. Dans nos demeures somptueuses, tout est réuni pour charmer nos sens : le luxe de nos salons, l'élégance de nos jardins, Tabondance de nos tables, tout concourt à notre bien-être. Les fêtes, les spectacles sont appelés à nous recréer. Nos passions concourent à nous procurer les ressources que nous cherchons contre Tennui. Des journaux, des romans, des poésies flattent notre curiosité, notre imagination... Malgré tout cela, cependant, nous ne sommes point heureux : Tennui nous accompagne partout ; ii s'assied au milieu de nos fêtes, il secoue ses pavots sur nos plaisirs. Le millionnaire que le public envie est souvent, malgré sa fortune, le plus malheureux des hommes. Après avoir usé de tout, il éprouve du dégoût de tout : nonchalamment étendu sur de moelleux coussins, il ne sait que faire de son temps, de ses immenses richesses ; ses membres sont engourdis par la paresse, son âme est affaissée, il souffre plus que le misérable qui gagne péniblement le pain de la journée. La coquette qui règne en souveraine dans les réunions, où sa beauté, son élégance font Tadmiralion de tous, s'ennuie horriblement dans les intervalles de plaisir.

Plus rame ressent de jouissances vives, plus elle éprouve d'ennui quand elles sont épuisées. La satiété dégoûte bien vite de toutes les distractions du monde où règne une froide étiquette et où l'on se trouve avec des personnes qu'on n'aime pas, qu'on craint ou qu'on méprise. Toutes ces relations sociales, inventées contre l'ennui, sont souvent une source où il coule à flots.

Rien ne nous donne l'ennui comme l'uniformité. Tous nos plaisirs perdent de leur charme avec le temps ; il semble que

chaque instant qui 8*ôcoule les diminue et les épuise. Souvent renouvelés, ils deviennent insupportables... (Belouino).

— On cherche le repos en combattant quelques obstacles et si on les a surmontés, Tennui sort du fond du cœur où il a des racines naturelles.

Ainsi les divertissements n'ont pour objet que des fantômes ou dos illusions qui seraient incapables d'occuper Tesprit de Tbomme, s*il n'avait perdu le sentiment du vrai bien... le divertissement nous trompe, nous amuse, et nous fait- insensiblement arriver à la mort... L'homme ne s'ennuie de tout et ne cherche cette multitude d'occupations que parce qu'il a l'idée du bonheur qu'il a perdu ; lequel ne trouvant point en soi, il le cherche inutilement dans les choses extérieures sans pouvoir jamais se contenter, parce qu'il n'est ni en nous, ni dans les créatures, mais en Dieu seul. (Pascal.)

— Avec la direction donnée à l'àme pour se reporter toujours vers le contentement surnaturel, on peut rencontrer l'ennui.

Une paresse à demi volontaire peut le causer ou l'entretenir ; il faut la vaincre en travaillant. Si nous le redoutons, élevons notre âme et soutenons-la : Sur$um corda et sustine.

(de Ravignan).

— L'ennui est le malheur des gens heureux.

(H. Walpole).

Eavie. -^ L'envie est plus irréconciliable que la haine. Elle natt en général de l'égoïsmo : L'individu qui s'aime trop est désagréablement affecté des succès et du bonheur d^autmi. Il croit mériter les avantages dont il est privé et qu'il voit chez d'autres.

Une bonne éducation peut corriger, chez Tenfant, cette mauvaise direction de nos sentiments. Un père doit faire attention à cotte tendance, et aussitôt qu'un signe d'envie se manifeste» révoilier les sentiments opposés de justice, de bienveillance et leur faire comprendre par des exemples que ceux qui sont l'objet de notre envie sont souvent, au fond, plus malheureux que nous.

— - L'envie est une passion lâche et timide qui se nourrit d'amortume et do venin. (Thibault.)

Enthouslafiiiie. — Mouvement de Tàme dû à TexaltA'^ tion, état habituel, élévation constante que l'âme doit à ses propres forces.

L'enthousiasme s'applique plus souvent aux facultés intellectuelles, l'exaltation aux facultés morales. L'enthousiaste est facile à entraîner, l'exalté ne pense pas comme la plupart des hommes.

Le véritable enthousiasme, émanation d'en haut, enfante souvent des choses extraordinaires, et, comme une étincelle électrique, se communique à la foale. (V. Exaltation).

— Si l'enthousiasme enivre l'âme, par un prestige singulier, il soutient même dans l'infortune, il laisse, après lui, une trace lumineuse et profonde qui ne permet pas môme à l'absence de nous effacer du cœur de nos amis; il nous sert aussi à nous* même contre les peines les plus amères et c'est le seul sentiment qui puisse calmer sans refroidir. ^M"^^ de Staël).

lËplctète. — Philosophe Stoïcien, né en Phrygie un siècle environ avant Jésus-Christ.

Il fut d'abord esclave et eût souvent à souffrir des mauvais traitements de son maître, mais il montra dans cette misérable condition tant de patience et de douceur qu'il en souffrit moins qu'un antre et que son caractère moral n*en fut point abaissé.

Il recouvra sa liberté à la mort d'Ëpaphrodite et se consacra à l'étude ol à l'enseignement de la philosophie.

Le stoïcisme était la doctrine en honneur à cette époque, c'était celle des âmes fortement trempées, mais empreintes de raideur et d'exagération . Cette raideur se détendit un peu avec Épictète; la dureté s'amollit. La sagesse ne consista plus seulement à mépriser la douleur, mais à la plaindre. Épictète apprit à aimer son pays, sa famille et à voir, sans s'irriter, les faiblesses et môme les vices qu'il attribue surtout à l'ignorance.

Ainsi, d'après lui, le fondement de toute morale est dans la nature de l'homme et dans sa conscience : agir conformément à cette conscience, éclairée par l'étude et la raison, est atteindre la perfection qui est identique au bonheur. La fortune, les honneurs ne sont pas des biens ; les rechercher, c'est s'imposer une servitude. L'œuvre principale de l'homme doit ôtre

d*affranchir son âme des choses extërieures, des craintes et des désirs qui nous asservissent.

Nul philosophe de Tantiquité n*allia plus qu*Épictète, la liberté, Tamour des hommes et le respect de soi-même; nui n'enseigna une morale plus pratique, plus ferme et plus tendre, mais il reste encore beaucoup en deçà de la morale chéUenne,

Blalheureusement Èpictète n*a rien écrit, ou du moins il ne reste de lui que ce qu*en ont recueilli ses disciples Arrien^ \ Stobée et Maxime.

— Èpictète est un des philosophes qui ait le mieux connu les. /' devoirs de Thomme. Il veut, avant tout, qu'il regarde Dieir \ comme son principal objet ; qu'il soit persuadé qu'il gouverm tout avec justice, qu'il se soumette à lui de bon cœur el qâ*il le suive comme ne faisant rien qu*avec une très grande sagesse. Cette disposition arrêtera les plaintes et les murmures et préparera son esprit à souffrir paisiblement les événements .les plus fâcheux. ^-

11 montre en mille manières co que l'homme doit faire ; il veut qu'il soit humble ; qu'il cache ses bonnes résolutions, surtout dans les commencements et qu'il les accomplisse en secret. Rien ne les ruine davantage que de les produire. U ne se lasse pas de répéter que toute l'étude de l'homme doit être de connaître la volonté de Dieu et de la suivre. (Pascal^.

Épicure. — Philosophe grec né à Gargette, l'an 36t avant J.-C, mort en 270. Épicure valait mieux que ses disciples qui ont un peu dénaturé sa doctrine.

La morale épicurienne propose à l'humanité le 6tefi-élre comme le but à atteindre « mais, pour atteindre ce bien-être, ajoute le philosophe, il faut surtout de la prudence : Il n'est pas de vie heureuse sans la sagesse, la probité et la justice, la vertu est une des conditions du bonheur » .

C'eit donc à tort qu'un a donné le nom d'Epicuriens aux hommes qui ne recherchent que la volupté. Cette doctrine, un peu calomniée, est loin sans doute d'être irréprochable ; elle ne vaut pas celle de Socrate, Platon et Aristote, mais elle est snpérieure à celle d'Aristippe qui vivait à peu près à la même

époque et qoi n*a d'autre objet que le plaisir^ qu*il appelle le bien.

Épicure croyait que les Dieux, toujours calmes, toujours bons, jetaient sur la terre des regards satisfaits et souriaient au bonheur des hommes; Zenon, au contraire, en faisait des tyrans occupés à ^ier les moindres faiblesses pour les punir cruellement.

Ëpicure attachait l'homme à la divinité par la reconnaissance, les stoïciens enlevaient à Tespèce humaine les plaisirs de la vie et l'abreuvaient d'amertume pour ne lui laisser qu'un avenir problématique.

Épicure répétait à ses disciples : « Usez de vos facultés, n'en abusez jamais; ne sacrifiez pas de longs jours à une courte jouissance; ne contrariez ni la nature, ni votre conscience; évitez les excès qui tourmentent le présent et appauvrissent l'avenir. En vivant selon la nature, vous ne serez jamais pauvres ; en vivant selon la société, vous ne serez jamais riches... »

Telle était, en résumé, la doctrine de ce philosophe, sage peut-être pour le siècle où il vivait, mais manquant de ce soufQe chrétien qui l'eût agrandie et épurée.

lÊpreave. — L'épreuve, en morale, est un essai tenté sur le caractère des individus et qui en fait jaillir les qualités et les défauts.

L'adversité, cette grande épreuve, qui attend la plupart des hommes, grandit les uns en retrempant leur âme et déprave les autres, en leur enlevant toute énergie.

On comprend sous le nom d'épreuve les périls, les privations, les souffrances physiques et les douleurs de l'âme, parce qu'en effet toutes ces choses ont pour but d'éprouver la créature humaine, de lui enseigner à se connaître, de l'améliorer, de lui donner une garantie de ses hautes destinées, de la préparer à en être digne. C'est pourquoi l'éducation qu'elles offrent à l'homme est la plus difficile, car elle est celle qui renferme les instructions les plus profondes et qui doit produire dos fruits dans un avenir lointain. Elle enseigne aussi à mourir ; elle forme la créature, comme un élève, pour l'immortalité. Aussi, pendant quo les autres éducations morales dont l'homme recueille les

influences se ralentissent, celle-ci persévère et devient plus active dans les derniers jours.

Il y a des Âmes que le malheur déprave au lieu de les fortifier, c*est que, dans la lutte, Tégoîsme Ta emporté. Ces âmes n'avaient vu dans répreuve qu'un ennemi qui frappe, qui dépouille, opprime, et elles sont tombées dans l'accablement, le désespoir et le vice.

— L'épreuve a pour but do faire connaître la valeur d'un être : tout être est une puissance qui demeure obscure et inappréciable tant qu'elle ne s'est pas manifestée par ses actes et c'est l'épreuve qui lui donne lieu de se manifester. L'homme qui n'a pas été éprouvé, que sait-il ? il ne sait rien parce qu'il ne se sait pas lui-même. (Lacordaire).

— Vous avez eu de profonds chagrins ; il faut en remercier Dieu. Ce sont des moments d'épreuves : l'âme s'épure dans Tad* versité.

Plus la coupe do la douleur est amère, plus douce est la coupe do la consolation. Plus le fardeau de Tad versité est lourd, plus brillante est la couronne do gloire. (Spurgeon).

'-^ Dans chaque épreuve nouvelle, il faut chercher le châtiment ou l'avertissement qu'elle renferme. Tout événement exté* rieur est une fable dont la réalité n'est que dans le sens moral.

(M« Swetchine).

Erreur. — L'erreur est cet état où se trouve l'écrit quand le jugement qu'il porte est en contradiction avec la vérité. Il serait impossible de signaler toutes les erreurs qui ont égaré l'humanité.

Les divers philosophes qui ont traité cette question ont en général essayé de rapporter toutes les erreurs à une cause unique : pour l'un, c'est l'abus que nous faisons de notre liberté, pour d'autres c'est l'égoîsme, la précipitation de nos jugements, la faiblesse do la mémoire, la différence des idiomes (I ), nos passions excessives, Tosprit de parti, l'ignorance ou une con-

{1} CcDdillac.

naissance incomplète des hommes, des faits, de la science ou de la religion.

Une autre cause d'erreur, est quo nous concluons trop souvent du particulier au général ou du général au particulier.

Enfin, l'illusion où nous conduit Tabus de Timagination que Montaigne a appelé avec raison la foUe du logis.

— Toutes les erreurs finissent par s'user, la vérité seule ne s'use pas. (E. de Girardin.)

K — Si la liberté sous la loi est pour Fhomme on droit sacré, il n'est pas admissible qu'en aucun cas un homme puisse être esclave d'un autre homme. Et cependant Tesclavage a existé dans les temps anciens, il y a trouvé des apologistes ; et aujourd'hui encore il trouve des défenseurs.

C'est dans l'état de guerre que l'esclavage a pris son origine. Au lieu de tuer les prisonniers, on les réduisait en servitude, comme il arrive encore aujourd'hui entre certaines tribus barbares d'Afrique. L'esclavage, tout condamnable qu'il est, fut donc, dans Torigine, une sorte de progrès moral, puisqu'il se substitua au carnage et au meurtre.

Le Christianisme, aidé par les progrès do la raison humaine, abolit l'esclavage, qui fut remplacé par le servage. C'était un nouveau progrès moral. Car l'esclave était la chose du mattre. qui pouvait le faire travailler sans lui donner un salaire, le frapper, le mettre à mort, le séparer de sa femme et de ses enfants en les vendant les uns d'un côté, les autres d'un autre. Le serf, au contraire, ne pouvait être vendu qu'avec la terre à laquelle il appartenait, ni par conséquent être séparé de sa famille; de plus, le mattre n'avait plus sur le serf, comme il l'avait eu sur l'esclave, droit de vie et de mort. Les derniers serfs furent affranchis chez nous sous le règne de Louis XVL Aujourd'hui, en France et dans toute TEurope occidentale, il n'y a plus que des hommes libres.

Mais, supprimé dans l'ancien monde, l'esclavage a reparu dans le nouveau. Au xv« siècle, les Espagnols ne voulant pas cultiver eux-mêmes les terres dont ils s'étaient emparés on Amérique, mirent la main sur les indigènes qui se rencontrèrenl

sur leur route et les réduisirent en ^esclavage. Mais ils trouvèrent en eux une race indolente et faible, et, ayant appris que les nègres d'Afrique avaient plus de force et d'activité, ils engagèrent les marchands portugais à leur amener des esclaves de ce pays ; et le même expédient fut adopté dans la suite par les autres colonies européennes qui s'établirent au delà de l'Atlantique. Telle fut Torigine de la traite des esclaves africains.

En droit, la suppression de l'esclavage est depuis longtemps résolue. Mais cette réforme ne saurait être l'œuvre d'un jour. Quoi qu'il en soit, cet état de choses, si opposé à la loi chrétienne, qui regarde tous les hommes comme frères, et si opposé à la loi naturelle, devant laquelle tous les hommes sont égaux, ne saurait subsister.

L'esclavage n'est pas funeste seulement à ceux qui y sont soumis ; il l'est même à ceux qui l'exploitent. Chez les uns, il éveille la ruse, l'envie, la haine , la vengeance ; chez les autres il développe l'orgueil, la dureté de cœur, la férocité, les instincts sanguinaires, la paresse, la luxure : pour les uns et pour les autres, il est donc un principe de profonde démoralisation (4 }.

Après bien des hésitations et des controverses, l'esclavage a cessé, même en Amérique : le 4®'' janvier 4 863, le décret d'é* mancipalion a été proclamé à Washington par le président Lincoln.

Espérance. — Attente d'un bien qu'on désire, mouvement agréable de l'âme qui la tient dans une action continuelle et la transporte dans l'avenir, au devant d'un bonheur qu'elle se flatte d'obtenir.

Au point de vue théologique, l'espérance est une vertu théologale par laquelle nous attendons de Dieu, avec confiance, le secours de la Grâce en cette vie et le bonheur éternel dans l'autre.

A peine naissons-nous à la vie de l'intelligence qu'un désir nous mène à un autre, une illusion déçue cesse pour faire place à une autre illusion, et rarement l'espérance nous abandonne. L'homme, dans sa courte existence, désire tout et aspire à tout ;

(1) y. Mallet: Éléments de morale.

doué d'un cœur plus vaste que le monde, il dévore successivement tous les éléments qu*offre cette terre et ne s'aperçoit qu'au bout de cette longue expérience qu'il n'a embrassé qu'une erreur.

Sans ce sentiment consolateur, qu'on a nommé espérance^ et qui nous promet tous les jours un lendemain plus prospère, le suicide serait la conséquence naturelle de tant de déceptions, mais notre cœur nous dit que ce qui n'est pas dans cette vie est au bout; l'homme souffre, mais il espère, il souffre, mais il bénit la main qui l'éprouve en le frappant, et ses larmes sont moins amères en pensant à l'avenir.

— Le chrétien peut triompher de tout par l'énergie et la douceur de l'espérance. Elle a une force vive à laquelle rien ne saurait résister : tant qu'on espère on peut tout ; c'est la lumière et la vie du cœur. (Le Père Lefèvre).

JE«prlt. — Celte faculté intellectuelle, distincte du cœur et qui s'applique plus spécialement aux opérations du cerveau, n'est pas facile à définir.

En littérature, Tesprit sublime de Corneille n'est ni l'esprit exact de Boileau, ni l'esprit naïf de La Fontaine; et l'esprit de La Bruyère qui est l'art de peindre les caractères, n'est point celui de Malebranche qui est de l'imagination et de la profondeur.

Il y a en outre l'esprit fécond, inventif ou brillant ; l'esprit sec, stérile, orné, pittoresque ; l'esprit clair, sain, diffus, obscur, malade; l'esprit souple, facile, doux, modéré, mutin, fâcheux, remuant, turbulent, pointilleux ; l'esprit des affaires, des arts, des mathématiques, du commerce... on pourrait multiplier ces définitions ou les classer en leur donnant d'autres noms : l'imagination, le jugement, le caractère, l'aptitude.

On est quelquefois un sot avec de l'esprit, on ne l'est jamais avec du jugement.

L*esprit peut être un grand avantage dans le monde, mais c'est à la condition d'en faire un bon usage. Un homme d'esprit qui n'a pas de cœur est comme une lumière qui ne répand autour d'elle aucune chaleur.

170 DICTIONNAIRB RAISONNÉ

E0prlt-tort. — On appelle ainsi rhomme disposé à rejeter les opinions reçues, en religion principalement.

— Les esprits-forts savent-ils qu*on les appelle ainsi par ironie? Quelle plus grande faiblesse que d*ètre incertain, quel est le principe de son ôtro, de sa vie, de ses sens, de ses connaissances et quelle doit en ôtre la fin. Quel découragement plus grand que do douter si son âme n*est point matière comme la pierre et le reptile, et si elle n*est point corruptible comme ces viles créatures ? N*y a-t-il pas plus do force et de grandeur à recevoir dans notre esprit Tidée d*un être supérieur à tous les êtres qui les a tous faits et à qui tous se doivent rapporter, d*un être souverainement parfait, qui est pur, dont notre ftme est rimage ? Le docile et le faible sont susceptibles d'impressions ; Tun en reçoit de bonnes, Fautre de mauvaises; c'est-à-dire que le premier est persuadé et fidèle, et le second entêté et corrompu. Ainsi Tesprit docile admet la vraie religion et Tesprit faible ou n*en admet aucune ou en admet une fausse : or, Tesprit-fort ou n*a point de religion on se fait une religion ; donc, Tesprit-fort, c*est Tesprit faible. (La Bruyère).

Étude. — Application à un objet qu'on se propose de connaître à fond et sous toutes ses formes

L'étude doit toujours avoir un but utile, soit à l'humanité, soit à notre perfectionnement personnel, c Si, par l'étude, nostre âme n'en va pas un meilleur branle, dit Montaigne, si nous n'en avons pas le jugement plus sain, j'aimerais autant que nous eussions passé le temps à jouer à la paume. Au moins le corps en serait plus allègre. >

— Que deviennent les plaisirs do la table, les spectacles, le commerce des femmes, mis en comparaison avec les douceurs que Tôtude nous offre ? Pour les personnes sensées, c'est un goût qui croît avec l'âge, aucun plaisir ne peut surpasser celuilà qui console de tout. (Cicéron),

lËvanc^lle. — La loi, la doctrine et l'histoire de Jésus-

DK PHILOSOPHIE MORALE 171

Christ; base et règle delà foi chrétienne. — Heureuie nouvelle apportée aux nations, suivant l'étymologie du mot grec.

L'évangile offrit au monde un code de morale plus pur que tous ceux qui existaient.

11 y a quatre évangiles : saint Mathieu écrivit le sien Tan 44, en hébreu; saint Marc, qui destinait son travail aux Romains, écrivit dans la langue grecque, qui était bien comprise à Rome ; saint Luc et saint Jean Timitèrent. Ces quatre évangiles sont exacts ; les Pères de TÈglise en ont tous affirmé Tauthenticité.

— La doctrine de l*Évangile, pure comme la lumière, sublime et profonde comme la vérité, est simple et universelle comme elle. (Bautain).

— L*Ëvangile possède une vertu secrète, je ne sais quoi d'efficace, une chaleur qui agit sur Tentendement et qui charme le cœur. On éprouve à le méditer ce qu'on éprouve à contempler le ciel. l'Évangile n'est pas un livre, c'est un être vivant, avec une action, nne puissance qui envahit tout ce qui s'oppose à son extension.

Une fois maître de notre esprit, il captive notre cœur. Dieu môme est notre ami, notre père et vraiment notre Dieu. Une mère n'a pas plus de soin de l'enfant qu'elle allaite. L'âme séduite par la beauté de l'Ëvangile, ne s'appartient plus. Dieu s'en empare tout à fait, il en dirige les pensées et les facultés, elle est k lui.

Le Christ parle et désormais les générations lui appartiennent par des liens plus étroits, plus intimes que ceux du sang, par une union plus sacrée, plus impérieuse que quelqu'union que ce soit. Il allume la flamme d'un amour qui fait mourir l'amour de soi, qui prévaut sur tout autre amour. — À ce miracle de sa volonté comment ne pas reconnaître le Verbe. (Napoléon I'"').

— L'Ëvangile est le plus beau présent que Dieu ait pu faire à l'homme. (Montesquieu).

— 11 n'y a point de vérité morale qui ne soit en germo dans l'Ëvangile. (Lamartine] .

EsLa^^raCloti. — L'exagération est une sœur du men-

songe; elle fait souvent des défauts de nos qualités même. Quand elle ne nous rend pas méchants, vindicatifs ou malheureux, elle nous rend ridicules.

La plus dangereuse et la plus commune des exagérations est celle qui ne nous fait voir que des défauts ou des vices chez nos ennemis et qui nous aveugle sur leurs qualités. On sait que le bonheur est dans la modération et cependant chacun exagère ses biens, ses maux, ses haines, ses affections, ses éloges, ses critiques, ses volontés, ses espérances, ses frayeurs... En exagérant on n*atteint pas le but, on le dépasse et au lieu de lui donner plus de valeur on affaiblit ce qu'on exagère.

Exaltation. — Enthousiasme, chaleur d'imagination, élévation au-dessus des forces de la nature. « Tant que Fàme est exaltée, dit Yirey, elle ne sent ni les douleurs, ni les ruines de sa fragile demeure. Les anachorètes vivent longtemps, tant à cause de leur sobriété et de l'absence des passions, que par cette forte tension vers le cerveau qui diminue la sensibilité et ses déperditions vers les autres organes. Elle soutient leur puissance vitale et les exempte des maladies aiguës. »

C'est l'exaltation religieuse qui, d'après ce raisonnement, pré* serve souvent les missionnaires et les sœurs de charité de la contagion de la peste qu'ils vont soigner dans TOrient.

(V. Enthousiasme).

EsLamen. — Recherche exacte et basée sur la science. On appelle libre-examen l'indépendance d'opinion qui repousse le joug de l'autorité pour ne se fier qu'à soi.

— On a souvent insisté sur la nécessité d'examiner les preuves de la religion. On a reproché à ses défenseurs de croire, sanb examen, tout ce qui est en sa faveur ou de ne l'examiner qu'avec un esprit fasciné par des préjugés d'enfance ou d'éducation.

Les défendeurs de la religion ont, à leur tour, accusé ses ennemis de n'examiner la religion que dans les écrits de ceux qui l'attaquent, de croire aveuglément les faits et les raisonne, ments qui paraissent lui être contraires; d'apporter à leur

examen un désir ardent de la trouver fausse, parce que Tincrëdulitë leur parait plus commode à pratiquer.

Les défenseurs de la religion n'interdisent pas Texamen de ses preuves : la religion, disent-ils, nous y convie et ils citent les paroles de saint Pierre, de saint Paul et de saint Jean. La question est donc de savoir comment on doit procéder à cet examen, et c'est là le plus grave dissentiment entre les catholiques, les schismatiques et les incrédules. (du Rosoir).

^ Le doute, s'il est de bonne foi, appelle Texamen, et Texamen la lumière. (La Rochefoucault Doudeauville).

ISxcentrlcIté* — L'excentricité n'est pas de Toriginalité ; ce mot, d'origine anglaise, désigne un homme dont la conduite, s'écartant des règles reçues, est tout à fait en dehors de nos usages et de nos mœurs. L'excentrique n'est ni un fou, ni un sot; il peut avoir de Tinstruction et de l'esprit, mais il a des idées ûxes, à lui, qui ne sont celles de personne, et il les suit, de préférence à toutes les autres, sans s'inquiéter de Topinion.

Excès. — Ce qui passe les bornes ou la mesure ordinaire — Débordement en tonte chose, dans le bien, comme dans le mal.

Les excès de l'homme sont une preuve de plus de sa liberté d'action. Il peut les arrêter avec le concours de sa raison et de sa volonté ; quand il ne le fait pas, il est coupable, et il est le plus souvent puni par la conséquence môme de ses excès. Quand il le fait, il est toujours récompensé par une jouissance morale.

— Le propre de tout excès est de n'être pas durable : l'excès de la tyrannie amène les révolutions, l'excès de la liberté ramène la tyrannie. (Lamartine).

Es^platlon* — Acte par lequel un coupable donne satis faction à la morale ou à la société de l'outrage qu'il leur a fait, châtiment considéré comme expiation d'un délit, ou des fautes commises ; la dernière moitié de la vie n'est le plus souvent que l'expiation des fautes de la première.

ExLtfise« — Transport de'ràme; ravissement, avec inaction des sens extérieurs ; ëlan religieox et mystique ; volupté immatérielle commune chez les ascètes.

L'habitude de la méditation, la vie contemplative et une prédisposition du cerveau sont les causes les plus fréquentes de Textase ; les individus qui se livrent à la méditation religieuse sont quelquefois jetés dans une sorte de rêverie extatique qui se renouvelle ensuite sans l'intervention d*aucane caose manileste. Les femmes y sont plus sujettes que les hommes. Sainte Thérèse en est le plus frappant exemple. Les facultés inteUectneilee, loin d'être suspendues dans l'extase, exercent une excessive énergie.

Ces considérations sont surtout physiologiques ; au 'point de vue religieux, l'extase est un ravissement de l'esprit dans lequel un homme est comme transporté hors de lui-même.

Facultés. — Les facultés de l'âme sont les pouvoirs et les aptitudes dont elle est douée pour se développer dans les différents phénomènes de la conscience.

En physiologie, les facultés sont liées ou adhérentes à la matière organisée. Nous naissons, en général, avec une faeuUé dominante y qui plus ou moins favorisée par l'éducation, se développe avec le temps. Le devoir des parents est de rechercher cette faculté, de favoriser ce développement. Ils aiderooi ainsi la nature et donneront à la société des hommes spéciaux qui ne végéteront pas inutiles dans son sein ; ils rendront plus rares ces existences malheureuses d'hommes condamnés à porter éternellement le joug d*une occupation en désaccord avec leurs goûts ou leurs facultés.

Faiblesse. — Chaque pas que nous faisons dans la vie nous montre notre faiblesse. La [force des^ anciens philosophes était toute factice et le stoïcisme un mensonge perpétuel. Nous

naissons avec une âme portée au bien, mais noire nalure intelligente a sans cesse à vaincre les difficultés que lui oppose notre nature terrestre.

« Qu'estr-ce qui nous entrave et nous arrête le plus ? dit une femme célèbre (4) — la lenteur, Timpéritie, Tinsuffisance ou la révolte de nos facultés : tantôt Tintelligence manque à la volonté ; avec l'intention de remplir nos devoirs, nous n^n comprenons ni assez complètement, ni assez promptement la nature et retendue; tantôt, la volonté paresseuse sert mal la raison ; une répugnance nous cache la nécessité d'un acte de devoir, la vivacité d'un désir nous étourdit et nous fait oublier ce que nous avions de forces pour le vaincre... »

Rien ne nous est moins assuré que la disposition de nousmôme ; et si, en certains moments, notre énergie morale exaltée appelle à l'action toutes les puissances de notre être, développe et met en mouvement mille ressources ignorées, en d'autres instants, succombant sous le poids des impressions ou livrés à l'atonie de nos organes, nous abandonnons tout empire sur nos actions, sur notre raison même ; nous ne savons plus vouloir ce que nous voulons, et la vérité, quoique présente à nos yeux, nous laisse indifférents entr'elle et l'erreur.

Notre lâche est d'échapper à ces humiliantes vicissitudes : la philosophie a senti que la possession de nou&-même est Tindispensable condition de la vertu, le gage do notre liberté, mais elle a été impuissante, là comme en tout, tant qu'elle a agi seule : notre puissance est bornée, la force, la lumière ne dépendent pas de nous, mais le temps nous appartient : un acte de devoir parait difficile à accomplir une première fois ; la seconde, nous l'accomplirons, fortifiés du sentiment de bien-êlre que nous a donné son accomplissement. Il se répèle et déjà nous savons mieux à quelles pensées il faut avoir recours pour vaincre la paresse ou la répugnance. Bientôt, nous trouverons quelque plaisir à ce travail sur nous ; l'action qui nous avait déplu d'abord prendra l'intérêt qui s'attache toujours à l'exercice de notre activité. Dès qu'elle aura cessé d'être en désaccord avec nos dispositions, elle nous touchera par son harmonie avec

(1) M»« Guizot.

les principes que nous portons dans notre cœur ; dès qu'elle ne demandera plus d'efforts elle deviendra un besoin et se reproduira toutes les fois que renaîtra Toccasion qui la commande. Alors, sans perdre son empire comme devoir, celui-ci aura acquis la force d'une habitude et lorsque viendront les moments d'indolence et de découragement, l'habitude agira là où le devoir verrait peut-être échapper sa puissance.

Il y a une chose plus simple que cette force factice et ainsi obtenue, c'est l'observation des règles tracées par le Christianisme. Là, nous trouverons, non seulement la force de remplir nos devoirs, mais encore celle de supporter nos misères, de dompter notre faiblesse.

Si nous supportons mal nos afQictions c'est que nous ne les comprenons pas : c'est que nous n'en voyons ni le bien ni la fin.

Dieu, qui nous les envoie, n'est pas méchant, il ne peut l'être. Si nous nous pénétrions bien de cette vérité, nous ne nous égarerions pas si souvent dans ce chemin de la vie si rude pour tous et profitable à si peu.

Il ne dépend pas de nous de ne pas souffrir, mais ce qui est en notre pouvoir, c'est de rendre nos souffrances méritoires.

Il ne dépend pas de nous de n'avoir pas le cœur abreuvé d'amertumes et de ne pas chercher à les adoucir, mais c'est en regardant le ciel et non en blasphémant qu'il faut savoir souffrir.

Le bonheur n'est pas sur la terre : l'élévation a ses envieux et sa responsabilité féconde en inquiétudes ; l'obscurité ses humiliations; le monde sa méchanceté; la solitude, sa tristesse; l'amitié, l'amour, le mariage ont de poignantes déceptions... et cependant nous devons porter notre croix avec soumission, avec amour, mais notre faible nature se révolte et invoque contre cet ordre cette faiblesse même : « Pourquoi, mon Dieu, nous avoir créés si faibles pour porter une croix si lourde ? » n'est-ce pas là la parole de tous ? — Essayons de donner de la faiblesse une analyse chrétienne :

Qu'est-ce qu'être faibles et sensibles à toutes les douleurs ? c'est s'aimer excessivement ; c'est se laisser conduire par ses appétits et ne vivre que pour jouir de soi-même, dans son repos, comme de la seule félicité de l'homme... Or, avec ce penchant que deviendrait notre âme, si Dieu ne nous ménageait les afflic-

lions ? nous aurions bientôt abusé du bien-être, aucun de nous n'échapperait au naufrage.

Nous naissons faibles, c'est un point convenu, mais d'où vient donc cette force singulière qui se découvre spontanément dans l'être le plus sensible et le plus timide de la création, dans la jeune Glle qu'anime un rayon de foi ? n'en avons-nous pas vu supporter les privations, la misère, la mort même, avec le sourire des anges sur les lèvres? parlaient-elles alors de leur fai* blesse, de leurs peines, de la difficulté de supporter la vie ? — non, mais elles avaient le secret de Dieu et de l'épreuve qu'il nous impose i

— Les choses les meilleures s'empirent en nos mains par nostre faiblesse et insuffisance...

La faiblesse humaine se montre au bien et au mal, en la vertu et au vice ; l'homme est impuissant en tout et surtout à connaître la vérité qui Tétonne par son éclair, Tattire par son éclat, et, s'il s'y opiniâtre, il succombe accablé, tellement que pour lui en donner quelque goût, il le lui faut déguiser et tempérer. Chose étrange I l'homme désire savoir la vérité, pour y parvenir, il remue toute chose et si elle se présente, il ne la comprend pas ; ou s'il la comprend il s'en offense...

Quel remède alors? la religion chrétienne guérit ce mal et y remédie. (Charron).

— La bonté sans la sagesse est faiblesse. (V. Sabran).

Faunlliarltô. — La familiarité est le charme et le lien le plus doux de l'amitié. Elle aide un naturel aimable à se développer et à rejeter les entraves qui le gênent, à mépriser les détails minutieux de l'usage et de l'étiquette du monde ; elle laisse de côté les petitesses de l'amour-propre et nous donne la grâce et l'énergie... mais, c'est à la condition de ne pas dépasser les bornes et de conserver une certaine dignité.

— La familiarité plait, même sans bonté ; avec la bonté elle enchante et adoucit les relations, mais pas d'excès ! (Joubert).

Famille. — La famille est le fondement de la société

178 DICTIONNAIRE RAJSONNÉ

civile et la condition nécessaire des mœurs publiques. Dans les espèces animales la famille n*existe que transitoirement, pour Tespèce humaine seule elle est durable.

En même temps qu'elle ennoblit Tbomme à ses propres yeux, la famille le rend au^^^i plus utile aux autres et plus intéressé à la prospérité générale ; elle double ses forces pour le travail, met en jeu tous les ressorts de son activité et éveille sa sollicitude sur le présent et l'avenir.

La famille n'est pas, pour Tespèce humaine, le résultat d'une convention ; elle est une conséquence des lois qui régissent sa nature mornle. Chez les sauvages môme, où il n'y a aucune trace de société politique, on trouve l'esprit de famille. C'est qu'il y a dans l'homme, après l'apaisement des premiers besoins matériels, des instincts intellectuels et moraux qui réclament aussi satisfaction ; il y a un esprit à cultiver, un cœur à diriger, une âme à former au bien. Le rôle de la paternité morale commence après celui des soins maternels, se poursuit et s'achève, jusqu'au moment où l'enfant, parvenu à Tâge d'homme, est appelé à devenir lui-même chef de famille, tout en restant uni à ce père et à cette mère à qui il doit l'existence, l'instruction et les moyens de se suffire, et qui, fléchissant sous le poids de l'âge et des infirmités, ont besoin à leur tour des soins et du dévouement de leurs enfants.

La condition fondamentale de la famille, c'est le mariage ; c'est-à-dire une union que la mort seule peut rompre. Si ce lien est brisé, l'abandon et le malheur des enfants est le résultat de cette violation d'une loi divine et humaine. Les législations qui admettent le divorce sont en opposition avec la nature et avec la morale, comme avec la religion.

De cotte union indissoluble naissent des devoirs, tous liés à l'amour qui les rend doux et faciles, et dont nous no parlerons pas ici, pour ne pas répéter ce que nous avons dit aux mots : Devoir^ éducation, amour conjugal, amour paternel^ fUialt Wc.

— On ne peut bien gouverner sa famille qu'en donnant l'exemple. (Confucius),

Fanatisme. — Etat d'exaltation aveugle causé par une

passion oa une idée dominante ; le fanatisme nait le plus souvent de la superstition et pousse l'homme à des actions condamnables, qu'il accomplit sans honte et sans remords, persuadé qu'il est d'être ainsi agréable à la divinité.

Le fanatisme est à la superstition ce que le transport est à la fièvre, ce que la rage est à la colère.

— - Le fanatisme est souvent produit par la superstition.

(Napoléon I«').

Fanatisme I qu*entends-je ? et quel horrible nom !

Enfant dénaturé de la religion.

Armé pour la défendre, il cherche à la détruire Et, reçu dans son sein, l'embrasse et la déchire.

Faste. — Le faste est en général l'auxiliaire de l'orgueil et de la vanité. L'homme fastueux cherche à donner, par des marques extérieures, l'idée de son mérite, de sa puissance, de sa grandeur. Il engendre souvent le dédain et la morgue.

Fatalisme. — Système philosophique qui consiste à nier la liberté.

Le fataliste croit à une puissance occulte , mystérieuse , inflexible, qui a fixé d'avance toute la série de nos actions : D'après lui, nous avons beau nous agiter, nous sommes les jouets d'une force secrète qui nous entraine bon gré, mal gré, vers un but déterminé. Les plus petits événements du monde moral, comme les plus grands phénomènes du monde physique sont enchaînés, et se succèdent nécessairement dans un ordre auquel nous ne pouvons rien changer.

Le fatalisme est le fond des religions et des sectes philosophiques qui n'admettent pas les lois providentielles dans les affaires de ce monde. Le système de Gall paraît avoir pour but de donner les raisons physiques de ces faits moraux.

Quelques détracteurs de la religion chrétienne prétendent qu'elle est une seule et même chose avec le fatalisme, en ce sens qne l'un et l'autre demandent une résignation complète, absolue.

Soit ! mais le fatalisme n'admettant pas la liberté, reste passif,

et le Christianisme qui Tadmet fait le passible dans la limite des devoirs et se résigne ensuite.

Le fataliste dit : a Quoique je fasse, cela arrivera. » Le chrétien dit : a J'ai fait ce que j'ai pu pour détourner le mal, maintenant, que la volonté de Dieu s'accomplisse I i

Fatuité. — Le fat est un homme dont la vanité seule forme le caractère, qui ne fait rien que par ostentation. Vrai personnage de théâtre, il suit la mode et Texagère quand il ne peut parvenir à la faire. Ses paroles sont vaines, ses actions menteuses ; il n'ose avouer un parent pauvre et se gloriGe de Tamitié d'un grand... qu'il connaît à peine. Il a de la suffisance, il pose pour les sots, mais il ne fait naître qu'un sourire de pitié sur les lèvres d'un homme sensé.

Le fat est un triste fruit des époques de civilisation avancée ; l'espèce en a disparu en France, pendant la révolution. Il n'y avait alors, ni salons, ni cercles, ni sociétés, sur quel théâtre auraient-ils trôné ? Le Directoire nous les rendit.

Faute. — Violation d'une règle, d'un principe de la loi naturelle, de la loi divine ou d'une loi de l'État.

Les fautes que la jeunesse entraîne avec elle et qui sont la suite d'un tempérament fougueux, emporté, irascible, arrêtent souvent le cours de notre fortune et nuisent à notre avenir. Heureux lorsqu'elles sont réparables quand l'âge a calmé l'ardeur de notre sang. Il en est qui rejaillissent sur nos enfants et toute notre postérité ; quel est encore aujourd'hui le père de famille qui donnerait sa fille au fils d'un forçat ou d'un homme condamné par l'opinion publique ?

— Le poids d'une faute est un fardeau qu'on porte souvent toute sa vie. (J.-J. Rousseau).

Femme.— L'organisation physique de la femme explique, jusqu'à un certain point, son caractère moral. Les facultés affectives dominent en elle, comme les facultés intellectuelles chez l'homme. C'est dans cette organisation et son extrême sensibilité qu'il faut chercher l'origine des qualités et des défauts

dont se compose la vie morale des femmes ; aussi sont-elles faites pour la vie intérieure, pour les soins de la famille, pour les douces habitudes du foyer domestique ; elles impriment à tout ce qu'elles font un caractère passionné dans lequel la réflexion et le raisonnement ont souvent une faible part : de là tant de caprices, d'actions, de passions dont elles-mêmes ne se rendent pas compte.

Moins propres aux fatigues de la méditation, les femmes, avec un esprit plus prompt, une imagination plus vive que celle des hommes, écrivent admirablement et avec un goût exquis, mais n*ontpu atteindre au sommet de Tart ou de la science. Il y a, dira-t-on, des exceptions... Soit! M'"^ de Staël est l'une des plus célèbres, mais Texceplion confirme la règle : quelle est la découverte scientifique faite par une femme? Quelles sont les femmes qui ont égalé Raphaël, Rubens, le Titien ou David, Mehul, Mozart ou Meyorbeor (1) ?

Depuis que les sentiments de justice et de charité répandus par le Christianisme ont peu à peu relevé les femmes de leur ancien état d'abaissement, les progrès qu'elles ont fait sont réels, leur ascendant s'est accru à l'époque de la féodalité surtout, et, s'il a diminué depuis le temps de liberté et de discussion publique, il est resté dans le sein de la famille.

a Les femmes, dit avec raison M'"^ Necker de Saussure, sont naturellement religieuses, la voix de Dieu se fait entendre à leur cœur ; elles sont souvent blessées dans leurs affections, tout les porte à pressentir un monde meilleur, où leurs vœux seront satisfaits et leurs inquiétudes calmées ; leur infériorité sociale se relève quand l'idée de l'égalité des âmes dans l'éternité s'empare

(I) « Les femmes n'ont fait ni l'Iliade, ni l'Enéide, ni la Je'rutalem délivrée, ni Phèdre, ni le Misanthrope, ni le Joueur, ni le Panthéon, ni la Vénus de Médicis, ni rApollon du Belvédère, ni Télémaque, ni le Discours sur l'Histoire universelle, elles n'ont inventé ni l'Algèbre, ni le Télescope, ni la Pompe à feu, ni le Métier à bas... mais elles font quelque chose de plus grand : c'est sur leurs genoux que se forme ce qu'il y a de plus excellent : un honnête homme et une honnête femme. »

Voilà la leçon aussi juste que piquante donnée par J. de Maistre à sa fille, et dans sa personne, à toutes les futures mères, répétée un jour d'une façon plus brutale par Napoléon I*' à Madame de Staël.

de leur pensée et qu'elles voient l'humanité entière apparaître devant le juge suprême.

La résignation est naturelle aux femmes, elles ont Tart de l'inspirer ; ne décidant pas en grand de la destinée de ceux qu'elles aiment, elles s'attachent à charmer leur existence, elles savent embellir le moment présent et faire oublier la souffrance physique ou morale : communiquer, entretenir sur cette terre la vie de l'âme, ennoblir le sentiment... telle est la mission qu'elles ont reçue.

Suivons en effet la femme dans le cours de la vie :

Aux premières lueurs de son intelligence, elle sourit à sa mère, Tentoure de ses petits bras caressants et se presse contre son sein.

Jeune fille, elle partage son cœur entre tous les membres de la famille, dont elle est le charme et la joie.

Puis l'adolescence arrive ; elle sent, elle réfléchit et choisit une âme à l'unisson de la sienne.

Femme, elle embellit la vie souvent triste de son époux ; elle partage ses plaisirs et le console dans ses peines.

Mère à son tour, elle ne vit que pour son enfant ; aucune peine, aucun sacrifice ne lui coûte; elle le nourrit de son lait, s'amuse de ses jeux, le veille dans ses maladies et son œil se mouille de douces larmes en le contemplant dans son sommeil.

Mais, me dira-t-on, ces joies ne sont pas données à toutes les femmes I il y en a qui vivent une longue suite d'années sans être épouses ni mères et qui voient peu à peu leurs cheveux blanchir et les rides envahir leur figure... Ah ! c'est là surtout que se montre le doigt de Dieu : si la femme n'a ni époux, ni enfants, elle a un vieux père ou une mère souffrante qu'elle aide à vivre par ses soins ou son travail ; elle a ses pauvres qu'elle soulage de ses dons, console de ses douces paroles, et elle est heureuse I plus heureuse encore, car elle a alors dans le cœur cet amour divin, auquel rien, en ce monde, ne peut être comparé, et elle ne changerait pas son sort contre celui de la femme la plus belle et la plus riche. C'est qu'elle a atteint le vrai but de la vie: l'union inlimo avec Dieu.

— La dignité de la femme est d'être ignorée; sa gloire est

DE PHILOSOPHIK MORALE 183

dans Testime do son mari... (J.-J. Rousseau).

— Les femmes ne sont si malheureuses au déclin de leurs charmes qu'en oubliant que la dignité de mère est destinée à remplacer la beauté d*épouse. (Lacretelle).

— La pudeur, la modestie et la vertu sont inséparables chez les femmes : quand la première s'en va, les autres suivent.

(Lingrée).

•— Les femmes remplissent les intervalles de la conversation et de la vie comme ce duvet qu'on introduit dans les caisses de porcelaine; on compte ce duvet pour rien et tout se briserait sans lui. (M'"^ Necker).

— Il faut, dans une femme, que la vertu habite son cœur, que la modestie brille sur son front, la douceur découle de ses lèvres et le travail occupe ses mains. (de Ségur).

— Un homme doit braver l'opinion, une femme s'y soumettre.

(M™® Necker).

Fénelon. — Né le 6 août 4 651 , au château de Fénelon, on Périgord, mort le 7 janvier 4715.

Élevé dans la solitude, sous les yeux de son père, nourri des auteurs de Tantiquité, le goût du jeune Fénelon so forma en mémo temps que son âme s'élevait à Dieu.

Appelé à Paris pour achever sa philosophie, il no quitta les bancs de l'école que pour ceux du séminaire de Saint-Sulpice où M. Transon acheva l'éducation qu'avait si bien commencé le marquis do Fénelon.

No pouvant retracer sa vio sacerdotalo ou militante, nous no parlerons ici que de ceux do ses ouvragos qui se rapportent à notro sujet spécial, et d'abord du premier sorti do sa plume, du Traité de Véducation des filles^ chef-d'œuvro do raison et do délicatesso, petit livre d'un sons si droit, d'uno observation si fine, qui n'a jamais été surpassé, dans un temps où on s'occupe tant d'éducation et d'instruction.

Le second est le Traité du ministère des Pasteurs^ dans lequel il combat l'hérésie, avec plus de modération et do fruit quo Bossuet.

Il fut bientôt chargé do l'éducation du duc do Bourgogne et devint archevêque de Cambrai.

Fénelon était un de ces hommes qui honorent autant Inhumanité par leurs vertus que par leur talent : facile, brillant, doué d*une imagination féconde et gracieuse, il traitait en se jouant les plus grands sujets, et les plus petits s'ennoblissaient sous sa plume : < Il avait, dit Saint-Simon, une éloquence naturelle et fleurie; il était d*une politesse insinuante et noble, d'une élocution facile, nette, agréable et embellie de cette clarté nécessaire pour se faire entendre dans les matières les plus abstraites. «

Télémaquê est regardé comme son chef-d'œuvre ; les principes de morale qu'il contient sont pour tous les âges et de toutes les époques. On a dit de ce beau livre « qu'il était un trésor de richesses antiques, conservé pour le monde moderne > aussi a-t-il été traduit dans toutes les langues. Nous mentionnerons encore ses Dialogues des morts, son Examen de la anueience d'un roi, sa Démonstration de Vexistence de Dieu et ses lettres spirituelles.

— La littérature religieuse n'a point de nom qui soit plus cher à la France que celui de Fénelon ; il n'est pas un seul homme de génie qui ne s'honorât d'avoir composé ses ouvrages, pas un seul homme vertueux qui ne s'honorât de l'avoir eu pour ami. Les disciples do toutes les religions, les hommes de tous les partis se confondent dans les mômes hommages. (Le P. Huguet).

— Nul ne savait se proportionner plus que Fénelon à ce qui ne s'élevait pas à sa hauteur ; son plus sublime génie était de faire oublier son génie. (Lamartine).

Fermeté. — Énergie, force morale, constance qui fait braver les obstacles et les périls ; la fermeté est le courage de l'esprit.

Il ne faut pas confondre la fermeté avec Tentétement : l'homme ferme soutient et exécute avec vigueur ce qu'il croit vrai et conforme à son devoir, après avoir pesé les raisons pour et contre. L'entêté n'examine rien ; son opinion fait sa loi.

L'opiniâtreté ne diffère de l'entêtement que du plus au moins. On peut réduire un entêté, jamais un opiniâtre.

On est ferme dans ses résolutions, c'est le fruit de la sagesse ; on est entêté dans ses prétentions, c'est un effet de vanité ;

Opiniâtre dans ses sentiments, suite (i*un amour-propre exagéré.

— La fermeté qui vient des principes est préférable à celle qui tient au tempérament ou au caractère. (De Bonald).

Fielite. — Philosophe allemand, né en 4762, mort en

Après avoir étudié dans les Universités dléna et de Leipzick, il passa plusieurs années à Zurich, comme précepteur, puis à Kœnisberg où il se lia avec Kant. Son premier ouvrage de philosophie lui valut une chaire à léna. Sa hardiesse dans les matières religieuses la lui fît retirer et il dut publier, à cette occasion, un livre qu*il intitula : Appel œntre Vaccusation d'Athéisme^ et se retira à Berlin où il fit un cours sur la vie bien-heureuse.

Plus tard, en 4 84 0, sa chaire lui fut rendue.

On distingue deux périodes dans la vie de Fichte et dans ses opinions philosophiques. Le système de morale /jnBiemeni célèbre, appartient à la première, il a été publié en 4798. Les Conseils pour être heureux, écrits en 4 806, appartiennent à la seconde, ainsi que ses Essais sur la science du droit et sur la morale. Nous n'avons pas à nous occuper de ce qui touche aux sciences physiques.

Fichte n'a jamais eu d'école, mais son influence a été grande sur les développements de la philosophie allemande. Parmi ses émules et ses continuateurs on cite Schelling et Hegel. M'"^ de Staël voit deux grands mérites dans la doctrine de Fichte : l'un sa morale stoïque, l'autre un exercice de la pensée très subtil ; mais elle finit par dire que son idéalisme, à force d*exalter Tàme, la sépare de la nature.

Fierté. — La fierté de l'âme, sans hauteur, est un mérite compatible avec la modestie.

Ce mot peut se prendre en bonne et mauvaise part. Dans la première acception, la fierté est un sentiment élevé, l'expression intérieure de la dignité morale et qui peut se trouver avec la timidité. Dans la seconde. Fierté est presque synonyme de vanité, orgueil eiprésomption, (V. ces mots).

Flatterie. — * Louange faasse oo exagérée, le plus souvent dictée par l'intérêt personnel, pour se rendre agréable à quelqu'un en palliant ses vices ou lui attribuant des vertus qu*il n*a pas.

— • La flatterie est un poison dangereux et la presqu'unique cause de la ruine du prince et de l'État. . . Elle est si bien fardée du visage de l'amitié qu'il est mal aisé de la discerner. Elle on usurpe les offices, en a la voix, en porte le nom et la contrefait si bien que vous diriez que c'est elle. Elle étudie d'agréer et complaire ; elle honore et loue et s'accommode aux volontés et humeurs... mais il n'y a rien plus contraire à l'amitié, pire que la médisance, l'injure ou l'inimitié ouverte, c'est la peste et le poison de la vraie amitié. Meilleures les aigreurs de l'ami que les baisers du flatteur. Ce dernier ne cherche que son intérêt, il est changeant en ses jugements comme la cire qui reçoit toutes formes, tandis que l'ami est ferme et -constant. L'ami regarde, sert, procure et pousse à ce qui est raison, honnêteté, devoir ; le flatteur pousse à la passion, au plaisir en l'âme déjà malade du flatté. Donc, il est un instrument propre au mal, non au bien.

La flatterie, c'est le mensonge, vice bas et lâche. Se cacher sous un masque, c'est d'une humour couarde et servile. Il n'est tel plaisir que vivre au naturel et vaut mieux être moins estimé et vivre ouvertement ; la franchise est chose si belle et si noble t

(Charron).

— La flatterie est un commerce honteux qui n'est utile qu'au flatteur. Le flatteur ne fait rien au hasard : il rapporte toutes ses paroles, toutes ses actions au dessoin qu'il a de plaire à quelqu'un et d'acquérir ses bonnes grâces. (Théophrasto).

— La flatterie est une fausse monnaie qui n'a do cours que par notre vanité. (La Rochefoucauld).

Fléeliier. — Esprit Fléchier, évéque de Ntmes, est né en 4 632. Il puisa dans la doctrine chrétienne le goût des lettres et cet amour du beau et du bien qui caractérise tous ses écrits. Chargé de l'éducation du fils do M. de Caumartin il consacra une part de sa vie à son élèvo et l'autre è des études sérieuses.

Appelé à prononcer les oraisons funèbres de M« Montausier, de la duchesse d*aiguillon et de Turenne, il vit sa réputation grandir tout à coup au plus haut degré par son succès. A ces éloges obligés, il fit succéder les panégyriques de ses saints de prédilection : Paul, Augustin, Ch. Borromée et François de Sales. Il contribua à les faire mieux comprendre et les leçons qu*il tira de ses réciU augmentèrent le respect et la vénération du peuple.

Après ces succès, Fléchior fut admis à prêcher devant Louis XIV.

Ces courtes biographies ne portent en général que sur la vie littéraire des grands moralistes, et nous choisissons do préférence, pour les signaler, ses ouvrages sur la philosophie morale. Or, parmi ceux de Fléchier, nous n'en voyons guère que dans les panégyriques dont nous venons de parler, et qui sont ses véritables titres de gloire. Le reste est de la biographie sacrée ou des dissertations archéologiques.

Fol. — Vertu par laquelle nous croyons à toutes les vérités que Dieu a révélées.

Le mot Fides n*a jamais été employé par aucun écrivain payen dans un sens qui approchât do celui auquel il a été appliqué dans le nouveau testament. Là, il signifie une disposition humble, docile, ingénue, une confiance entière en Dieu.

La foi mérite bien le titro de vertu, puisqu'elle a sa source dans les dispositions les plus douces et qu'ello est directement opposée à l'orgueil, à Tentétement, à la présomption. Si on prend ce terme dans le sens étendu d'un consentement donné à révidence de choses invisibles, il comprend alors l'existence do Dieu, celle d'un état futur, et, en ce sens, il n'est pas seulement une vertu morale, il est la [source môme d'où procèdent toutes les autres vertus, car c'est sur la croyance de ces vérités que portent la religion et la morale.

Il y a la foi du savant et la foi de l'ignorant, la foi du cœur et celle de l'esprit : La raison, dit Pascal, agi t. avec lenteur; il n'en est pas ainsi du sentiment : il agit en un instant. Il faut donc, après avoir connu la vérité par la raison, tâcher de la sentir : autrement elle est toujours incertaine et chancelanto.

Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas, on le sent en mille choses.

Saint Paul a bien plus suivi cet ordre du cœur que celai de Tesprit : car son but principal n*était pas tant d'instruire que d'échauffer ; saint Augustin de môme. Il ne faut donc pas 8*étonner de voir des personnes simples croire sans raisonnement. Dieu leur donne Tamour de la justice, il incline leur cœur à croire . David pensait ainsi quand il disait : « Udina cor meum Deus in testimonia tua (4 ). »

— La foi est la conscience de la réalité des choses qu'on doit espérer. (Saint Paul).

— La foi parfaite, c'est Dieu sensible au cœur. (Pascal).

— L'espérance enivre, mais la possession sans espérance traîne le dégoût après elle; au comble des grandeurs et des richesses, c'est là qu'on sent le néant. Seigneur, coux qui espèrent en vous s'élèvent sans peine au-dessus de ces réQexions accablantes ; lorsque leur cœur, pressé sous le poids des affaires, commence à sentir la tristesse, ils se réfugient dans vos bras» et là, oubliant leurs douleurs, ils puisent le courage et la paix à leur source; l'envie n'entre point dans leur cœur; l'ambition ne les trouble point ; l'injustice et la calomnie ne peuvent pas môme les aigrir. Les approbations, les caresses, les secours impuissants des hommes, leurs dédains, leurs infidélités, ne les touchent que faiblement ; ils n'en exigent rien ; ils n'en attendent rien ; ils n'ont pas mis en eux leur dernière ressource.

Que vous êtes heureuses, âmes simples, âmes dociles ; vous marchez dans des sentiers sûrs. Auguste religion, douce et noble croyance, comment peut-on vivre sans vous?...

(Vauvenarguee).

— La foi n'est pas contraire à l'intelligence de la vérité, elle y conduit, elle unit l'esprit à la raison. (Malebranche).

— La vérité de la religion et le degré de clarté qu'elle doit avoir pour laisser l'usage à notre volonté. — Si la raison la démontrait à la rigueur, nous serions forcés à croire et notre foi serait purement passive. (Maupertuis) ,

(1) David : P*. 118.

— Sans la foi religieuse, l'homme n'a ni la résignation, ni le courage, ni le bonheur, pas môme l'espërance, au jour des déceptions de la vie. (Lamartine)

Folie. — Aberration d'esprit, privation du jugement, la folie n'est souvent que la passion poussée à son paroxysme.

Les principaux traités sur la folie confondent sous la même dénomination, l'imbécilité, la démence, la manie, le délire, etc.

(V. ces mots).

— Celui qui ne sait pas ou ne parvient pas à maîtriser ses passions est sur la pente de la folie. (Véran Sabran).

Force. — La force, vertu morale, que l'on désigne plus habituellement sous le nom de force d'âme ou de caractère, est la qualité qui fait les grands hommes, les héros, les conquérants.

La force surnaturelle, vertu sainte et divine, est bien supérieure dans son principe et dans ses effets : Elle consiste à rési^ ter à ses passions et est surtout le don des âmes douces et humbles ; on a vu des femmes et des vieillards, plus forts que les empereurs romains, monter sans frayeur sur des bûchers ardents ou descendre dans l'arène pour y être dévorés par les lions et les tigres. Dieu, en s'unissant à leur âme, leur donne cette force.

La force de l'esprit est la pénétration, la profondeur; la force d'âme est une puissance habituelle de la volonté qui s'exerce également par Faction et la résistance. Elle inspire les résolutions généreuses qui triomphent de tous les obstacles; elle nourrit ces déterminations inflexibles qu'aucun assaut extérieur ne peut ébranler. Il y a déjà de la force d'âme dans la modération, toutes les fois du moins que la modération suppose une lulle contre les impulsions qui nous entraîneraient aux extrêmes. La force d'âme est un exercice éminent de la liberté morale.

Le flegme naturel, est un don du tempérament qui protège contre les émotions, mais ce n'est qu'une sorte de paralysie; la volonté y est étrangère et l'homme n'en retire aucun mérite. Ce nVst point le courage de la vertu, pas plus que la raideur de caractère, l'indifférence de cœur, l'exaltation de l'esprit... La

force d'âme n*a rien d'exagéré, d'affedé, d*artiftciei, de tumultueux et d'inégal, et elle n'étouffe pas les affections légitimes. Elle n'a pas son siège dans l'imagination ou dans les oi^aiies, elle consiste tout entière dans l'empire de soi. Elle n'évite pas la douleur, elle la sent et l'accepte. C'est de toutes les qualités de râme*celle dont l'emploi est le plus fréquent, le plus indispensable.

Il est des occasions où la force semble ne pouvoir suffire pour conjurer la douleur,c*est quand toutes les souffrances physiques et morales viennent à la fois nous assaillir : la maladie, la perte de ceux que nous aimons, la perte de notre fortune ou de notre considération... l'homme alors, abandonné de tout ce qui lui était joie et secours, n'a qu'un seul acte de l'âme à exercer, acte simple, persévérant ipais sublime, l'acte d'une résignation complète à la volonté de Dieu.

Fortune. — Bonheur ou malheur qui nous arrive par la combinaison de causes qui nous sont inconnues.

Il faut souvent plus de vertu pour soutenir la boone fortune que la mauvaise.

— Lo mépris des richesses, est parfois dans les philosophes, un désir de venger leur mérite de l'injustice de la fortune par le dédain des biens dont elle les prive.

Les gens heureux ne se corrigent guère ; ils croient toujours avoir raison quand la fortune soutient leur mauvaise conduite.

(La Rochefoucauld).

— Le bonheur des riches ne consiste pas dans les biens qu'ils ont, mais dans le bien qu'ils peuvent faire. (Fléchier).

— Souffrir, vieillir et mourir, voilà les plus grands maux de la vie ; les richesses n'apportent point de remède à cela ; mais par elles on tombe plus tôt et on parvient plus vite à la mort. (Philosophie des Chinoia).

— L'honnôte homme fait de son travail le plus solide soutien de sa fortune. (Yanvenarguee).

Fourberie* — Ruse basse et vile, mensonge fait dans le but de nuire. La fourberie nait en général de la lâcheté et de

rëgolsme. C'osl le vice le plus odieux quand il abuse de la confiance, de l*amitiëpourla trahir.

La fourberie suppose un plan, du sang-froid, de la préméditation. Elle a tous les caractères de la dégradation morale.

— De la finesse à la fourberie, le pas est glissant.

(La Bruyère).

Fouriérisme* — St.-Simon, Robert-Owen et Fourier, composent une trinité de réformation dont chacun résume les systèmes les plus fameux proposés de nos jours pour la recons-r truction sociale. Entreprise avortée de religions nouvelles qui ont eu leurs fervents apôtres, mais qui ne comptent guère de martyrs que ceux qu*a faits le ridicule. En voulant en faire des religions, ces réformateurs ont fait nier les principes de leur doctrine qui contenaient quelques parcelles de vérité.

Francliise. — Loyauté, sincérité, candeur ; la franchise ne consiste pas à tout dire, mais à ne dire que ce qu'on pense.

Rien n'est plus difficile et plus délicat que l'exercice de la franchise ; quels que soient leur position sociale, leur âge, leur sexe, bien peu de personnes peuvent être franches sans user de certains artifices de langage, pour amortir T impression pénible qui en résultera.

Dire son avis avec franchise, c'est n'écouter que son cœur et agir noblement, car, en général, elle est mal accueillie.

— La franchise ne consiste pas à dire tout ce qu'on pense, mais à penser tout ce qu'on dit. (Livry).

Frttaçols de Sale» (S^). — Saint François de Sales est la figure la plus sympathique et Tune des plus pures du catholicisme ; on ne s'étonnera donc pas que nous accordions à sa vie et à ses écrits une place exceptionnelle. Le faire mieux con^ naître, c'est donner le désir de l'imiter.

La Savoie était déchirée par des divisions sanglantes au moment où il y naquit, en 4567, comme pour consoler ce petit coin do

terre des malhears que les guerres de religion entraînent après elles.

Né de parents illustres par leur naissance, leurs services et leur position sociale, le jeune François fut le plus humble des hommes : encore enfant, il montrait ce qu'il serait un jour. On admirait son visage toujours gracieux, ses yeux doux et son regard aimant : à peine âgé de trois ans on voyait poindre en lui le plus tendre amour pour les pauvres. Sa mère, convaincue que Tesprit peut, à cet âge, prendre toutes les impressions, Téleva avec cette fermeté que donne l'énergie au corps et à Fâme, lui apprit à se contenter de peu, à s'imposer des privations et à supporter la douleur. Elle lui donna des habitudes simples, éloigna de lui le luxe et la mollesse et corrigea ses défauts, à leur apparition» sans leur laisser le temps de gagner du terrain. Elle ne tarda pas â recueillir le fruit de ses soins pieux.

A peine initié aux beautés de la littérature, François se passionna pour elle et dépassa bientôt ses compagnons d'études, mais sans se prévaloir jamais de cette supériorité.

Sa vocation n'était certes pas douteuse : toutes ses paroles, tous SOS actes avaient Dieu pour but. Détaché du monde, il n'avait qu'un seul désir, celui de se consacrer à son service. U le demanda à son père comme une grâce. M. de Boissy, qui le destinait à la magistrature, n'y consentit pas d'abord, et, pour détourner le cours de ses idées, lui fit apprendre l'escrime, Téquîtation, la danse et tous les arts d'agrément qui convenaient à sa condition, mais il ne s'appliquait à ces exercices que pour ne pas mécontenter ses parents, et il étudiait en même temps l'hébreu, le grec et la théologie.

Enfin, le vieux seigneur se laissa vaincre par la persistance de François.

A partir de ce moment, sa vie, trop accidentée pour que nous puissions la raconter ici, fut en entier consacrée aux pauvres, aux prédications dans le Chablais, comme Prévôt et comme Évoque : son premier sermon dépassa les espérances que sa nomination avait fait concevoir : < Tout Annecy, dit un de ses biographes, retentit d'un cri unanime d'admiration, et Tévèque ne put contenir les sentiments dont son cœur surabondait. •

Quel était donc le secret du talent si précoce de François ? —

c'est qu'il prêchait avec son cœur, plus encore qu'avec son esprit, c'est qu^il ne faisait pas parade d'érudition et cherchait surtout à toucher et à porter la conviction dans les âmes. On devient vite vieux à cette vie de fatigues, d'épreuves et d'abnégation. A peine âgé de cinquante ans il avaitdéjà le pressentiment de sa 6n prochaine.

Cependant, il ne changea rien à ses habitudes et à ses travaux; on voyait sur ses traits amaigris la môme sérénité, dans ses rapports la même affabilité. Il ne voulut pas refuser une mission pénible, longue et délicate que lui donna le Pape ; il partit pour Pignerol et redoubla son mal. A peine de retour à Annecy, au lieu de prendre un repos 'si nécessaire à sa vie, il s'empressa de vendre sa vaisselle, ses bijoux et engagea jusqu'à sa bague épiscopale pour secourir les Savoisiens désolés par la famine.

Pendant que, s'oubliant lui-même, il ne songeait qu'à ses pauvres, il reçut une lettre du duc de Savoie qui lui mandait de venir le trouver à Avignon, pour saluer et complimenter Louis XIII.

A cette nouvelle, ses amis effrayés le conjurèrent de ne pas entreprendre ce voyage au-dessus de ses forces : < Non, répondit-il, il faut aller où Dieu nous appelle, i Cependant il prévoyait qu'il n'en reviendrait pas, car, pour la première fois, il mit ordre à ses affaires et lut son testament à ses frères. Au moment de son départ, il dit avec gatté : « Vraiment, il me semble que je ne tiens plus à la terre, i

Arrivé à Belley, il fut reçu par la supérieure de la Visitation qu'il avait fondée et qui subsiste encore.

a Oh 1 Monseigneur, s'écria madame de Chantai en le voyant si affaissé, nous ne vous verrons donc plus I mais nous prierons tant Notre Seigneur qu'il différera de quelques années... » « Gardez-vous-en bien I interrompit le saint évêquo, d'un ton presque suppliant ; hélas! ne serez-vous pas bien aise que j'aille me reposer?... »

Il parlait ainsi le H novembre 4 622 et quarante jours après, il n'était plus. Une apoplexie foudroyante l'emporta le 22 décembre à Lyon, après une lutte suprême qui servit encore à montrer à tous sa patience et sa soumission.

Avant de passer à Texamen des oavrtges de saint François de Sales, qu'on nous permette encore quelques appréciations sur cette vie si pure, si digne d*ètre offerte comme un exemple à tous. Les faits historiques que nous avons rapportés sont sans doute des résultats et comme des émanations de ses vertus» mais il est bon de considérer à part chacune de ces vertus. C'est là encore une étude morale.

Outre les qualités du cœur, saint François possédait cet art de la conversation qui mettait sous le channe tous ceux qui avaient le bonheur de l'approcher : orateur disert, écrivain onctueux et éloquent, il y avait dans sa causerie une sensibilité et une finesse exquise ; il y avait ce jugement qui porte la convicUon, cette dignité qui impose, cette douceur qui pénètre... et cela dans une époque où la théologie sèche et abstraite, les arguties de l'école et de perpétuelles citations grecques et latines étaient le plus en vogue.

Son talent et ses vertus étaient simples et naissaient d*une espérance et d'une foi sans limites : « Oh i disait-il, mon exil est bien longl mon Àme languit loin de sa patrie! » et il était, lorsqu'il parlait ainsi, aimé, vénéré de tous; ses ennemis même le respectaient ; mais pour lui la vie c'était l'épreuve; la mort, le bonheur au sein de Dieu.

La charité pour ses ennemis était une de ses vertus : « Je ne sais, disait-il, comment j'ai le cœur fait, mais je reasens une suavité délicieuse à aimer mes ennemis. « Et, commeon se récriait sur cette disposition si contraire à la nature humaine : c vous vous en étonnerez moins quand vous saurez que mes ennemis, une fois que je les ai vus, ne passent guère la quinzaine sans devenir mes amis I (1 ) >

La bonté, la patience et la douceur étaient, on le voit, les vertus favorites de saint François, et cependant son tempérament ne l'y portait pas : D était vif, impatient et sentait souvent la colère « bouillonner dans son cerveau comme l'eau dans un vase sur le feu. » C'est lui-môme qui l'avoue; mais à force de combats intérieurs il était parvenu c à prendre sa colère an collet, à la gourthander et à la fouler sous ses pieds. » C'est qu'il savait

il) V. le Père Larivièrc.

que la dureté aigrit rhomme que i*on veut ramener. Celte dou ceur, acquise au prix de tant de combats, donnait à François un tel empire sur les cœurs que, sauf quelques natures exceptionnelles, il en faisait tout ce quMl voulait.

Nous arrivons à ses divers ouvrages que nous analyserons rapidement.

Hs sont peu nombreux et au premier rang nous placerons Vlniroductitm à la vie dêwU. Ce livre a été écrit pour une de ses pénitentes qui, après avoir demandé à François des instructions écrites pour aider sa mémoire en défaut, le supplia de les publier pour l'édification de tous. Le saint évéque les avait déjà oubliées.

Français, peu disposé à abandonner les soins de son diocèse pour composer un livre, mais stimulé cependant par des conseils venus de haut, se mit à Tétude avec ardeur et de ce travail est sorti un livre dont trois siècles n'ont fait qu'accroître la réputation.

Ce volume se divise en cinq parties : dans la première, François définit la vraie dévotion ; dans la seconde, il traite des exercices spirituels. Après ces enseignements préliminaires, il arrive à la pratique des vertus ; il affermit l'âme contre les épreuves auxquelles elle est exposée dans la voie nouvelle où il la fait entrer et est amené à traiter du respect humain, de l'inquiétude, de la tristesse, des aridités et des dégoûts spirituels. Enfin, l'auteur emploie une dernière partie aux examens de conscience et à des conseils propres à affermir l'âme dans la pratique du devoir.

Pour bien comprendre la Vie dévote, il faut connaître l'esprit et les prajogés de l'époque où elle a été écrite. Le monde religieux était alors entre deux écueils : les uns, sous prétexte d'élever la piété, la chargeaient de pratiques exagérées, d'expressions mystiques et lui donnaient un aspect si austère qu'on ne la regardait plus que comme le partage des cloîtres; les autres, l'accommodant à leurs mœurs relâchées, la défiguraient en la rendant tout à fait mondaine. François évita ces deux dangers en restant dans un sage milieu ; il montra une dévotion compatible avec tous les devoirs de la vie et accessible à toutes les conditions. Il enseigna aux vrais chrétiens à vivre dans le monde et à y vivre sainte-

ment, il choquait ainsi deux opinions opposées, aussi, ce Irhorde sages œnseUs, ainsi que s'exprime Bossuet, fut-il dédiiré publiquement, avec Temportement que peuvent inspirer des passions haineuses.

Les Entretiens spirituels naquirent du pieux souvenir des filles de la Visitation : par un merveilleux effort de mémoire, elles parvinrent à reproduire exactement la parole de leur père et donnèrent au monde un beau livre de plus. Il y expose d*abord les lois de la vie spirituelle « si propres à donner une grande paix et suavité intérieure, parce qu'elles sont toutes d* amour. > et ajoute ensuite des lois particulières pour chaque vertu. Il parcourt ainsi toutes celles qui ont rapport à Dieu, au prochain, à nous-môme, et rien n*est plus suave que ces considérations empreintes de toute la candeur et de toute l'éloquence du saint évoque. On comprend, en les lisant, que des religieuses, ainsi conduites, arrivent au plus haut degré de perfection.

Le Traité de l'amour de Dieu a été écrit en 4644. François méditait depuis longtemps sur ce sujet; il sentait si profondément ce qu'il écrivait que les larmes coulaient sur son papier et qu'il était obligé de s'interrompre pour pleurer plus abondamment (4).

Cet ouvrage fît une profonde sensation et on mit l'auteur au rang des Jérôme, des Ambroise et des Augustin; mais ces éloges même attirèrent des critiques acerbes. On trouvait le livre trop métaphysique et peu compréhensible aux intelligences vulgaires. Do plus, on reprochait à l'auteur certains passages dans lesquels Tamour divin empruntait à Tamour mondain des expressions trop ardentes.

A part ces critiques, V Amour de Dieu fut considéré comme un chef-d'œuvre. Voici du reste sur ce livre un jugement qui fait autorité : « Si l'on suit saint François de Sales pas à pas dans ce qu'il enseigne, on ne trouvera pas toujours sa doctrine si exacte qu'il serait à désirer, mais je ne connais pas une main plus ferme et plus habile pour élever les âmes à la perfection (9). i

Après cesouvrages, toujours lus et relus, il n'est* guère resté

(1) V. le Père Larivière.

(2) Bossuet.

de saint François de Sales que sa correspondance, réunie tout récemment par quelques bibliophiles et notamment par M. de Sacy, auquel nous emprunterons celte appréciation :

«... Analyser ces lettres serait impossible, tant est grande la variété des circonstances, des caractères et des cas qu'elles embrassent. La vie humaine tout entière, avec ses difficultés et ses peines, y passe comme en revue. On croirait que du haut du ciel un ange consolateur abaisse un triste et compatissant regard sur cette terre et nous tend une main secourable! »

Pranklin* — Benjamin Franklin est ne à Boston, en 4706. Fils d*un simple artisan, il semblait ne devoir jamais être autre chose, mais son intelligence hors ligne en ordonna autrement : Après avoir essayé de plusieurs métiers pour obéir à ses parents, poussé par une vocation irrésistible, il entra dans une imprimerie comme compositeur. Inutile de dire qu*à côté du métier^ il développa son instruction.

Après bien des péripéties dans sa vie, il finit par fonder une imprimerie à Philadelphie, il avait alors 23 ans.

Aussitôt qu'il eût acquis assez d'aisance, fl fonda des bibliothèques et des sociétés littéraires, publia des journaux et des almanachs qui, tous, répandaient l'instruction au milieu du peuple américain encore dans Tenfance.

Franklin ne fufpas seulement un industriel et un philantrope ; il fut encore un grand moraliste. Il s'était créé une méthode de réforme morale qui consistait à combattre successivement chaque vice et il contribua au perfectionnement de ses concitoyens par plusieurs écrits populaires, parmi lesquels on remarque surtout la SciencQ du bonhomme Richard et des mélanges de morale et d'économie.

Fraternité. — Ce mot tout chrétien et qui dans le principe, offrait un sens plein d'amour et de charité, ce mot, par suite de nos discordes civiles, a complètement changé d'acception : a Fais à autrui ce que tu voudrais qui te fut fait ; il faut aimer le prochain comme soi-même. » Ces paroles de l'Évangile ont été méconnues au milieu dosorages de nos trop nombreuses

révolutions. Le mot Fraiemilé^ presque syBonyme de charité, a été en 4793, et plus tard, accolé à celui de la mort.

Aux premiers siècles du Christianisme on fraternisait dans le devoir, dans les épreuves, pendant la Terreur on fraternisait dans le crime. En 4789, il avait encore un sens élevé qui plaisait à rimagination, et exaltait les sentiments du cœur, mais les passions politiques n'ont pas tardé à le dénaturer et il ne lui est malheureusement resté de nos jours quun sens ridicule ou fâcheux.

Frayeur. — La Frayeur consiste surtout dans Tinstantanéité avec laquelle ce sentiment envahit notre âme, sentiment sur lequel nous n'avons aucune prise. Nous pouvons nous défendre de la crainte par la réflexion et le raisonnemmt» mais nous ne pouvons commander à la frayeur. L'homme le plus intrépide, pris à l'improviste, peut l'éprouver comme le faible et le lâche ; c'est une affaire de nerfs et de tempérament qui ne peut guère se guérir.

Vrlvolltô. — La Frivolité est, en général, le partage des femmes et on la leur pardonne plus volontiers qu'aux hommes, car elle naît surtout de leur nature plus faible et n'a pas de si graves conséquences que la légèreté avec laquelle on la confond mal à propos.

La frivolité passe en général avec Tâge, mais c'est encore pour les femmes une vertu difficile que de savoir vieillir ; ane femme frivole avec des cheveux blancs devient ridicule.

Les hommes sont frivoles quand ils traitent légèrement les objets sérieux. On devient frivole par vanité quand on veut plaire dans le monde et qu'on adopte avec faiblesse les goûts de la foule, lorsqu'on imitant on croit sentir et penser.

Le meilleur remède à la frivolité est l'étude et l'accomplissement de ses devoirs de citoyen, d'époux et de père.

Frugalité. — La frugalité n'est pas tout à fait un synonyme de sobriété et de tempérance.Ces dernières ne s*appliquent qu'à la nourriture et à la boisson ; la frugalité porte sur les

mœurs, dont elle est le plus ferme appui. C'était la vertu favorite des Lacëdémonieos ; moins appréciée aujourd'hui, elle est le partage des esprits sérieux, méditatifs et portés au bien plut6t qu'à Tamour des plaisirs.

Il est nécessaire, dit Sénèque, que Thomme s'habitue à vivre de peu. Mille obstacles de temps et de lieux empochent les riches de satisfaire à leurs souhaits ; nul ne peut avoir tout ce qu'il désire. C'est un grand point d'indépendance qu'un estomac bien discipliné qui sait souffrir les mécomptes...

L'une des causes de notre misère, c'est que nous vivons sur le modèle d'autrui et qu'au lieu d'avoir la raison pour règle, le torrent de l'usage nous emporte. La pauvreté n'est un mal que pour ceux qui se révoltent contre elle et la frugalité est la source de la santé du corps et de l'âme.

I^nreur. — Aliénation d'esprit momentanée, môlée d'emportement et de violence. Ses principales causes sont le désir de la vengeance, la jalousie, la haine, le désespoir et quelquefois le fanatisme. L'homme réellement religieux est exempt de cette sorte de folie.

Galetô. — La gaieté dépend surtout du tempérament, et, par suite, du caractère, de l'humeur. La gaieté anglaise, toujours un peu excentrique, s'appelle de l'humour.

Cela admis, quelles sont les conditions physiologiques qui portent à la gaieté?

D'abord une santé parfaite, ensuite la jeunesso ; la différence qui existe, sous ce rapport, entre les âges se remarque chez les animaux, comme chez les hommes : le jeune chat, le jeune chien jouent volontiers, les vieux sont hargneux et moroses. C'est que le sang circule alors avec une plus grande liberté et toutes les fonctions s'opèrent facilement.

On voit cependant des malades et des vieillards dont la con-

versation est empreinte d'une aimable gaieté. Cette qualité précieuse est due alors, soit à Tabsence de chagrins publics ou domestiques, de préoccupation de fortune et d'existence matérielle ; soit à cette tranquillité de conscience qui ne connaît pas le remords, le plus triste compagnon de la vie, et ne voit dans la mort que le repos au sein de Dieu.

Parmi les nations, on cite la France comme la plus gaie ; ritalien est peut-être plus bouffon que le Français, mais ce n'est pas là la véritable gaieté.

— Il existe deux genres de gaieté : Tune est vive, légère, étourdie, bruyante, emportée, c'est celle de la jeunesse ; elle fatigue par ses éclats, et, comme un feu d'artiûce, elle laisse après elle dans rame quelque chose de silencieux et de triste. L'autre est calme, douce, constante ; c'est une illumination qui chasse les ombres de la nuit et qui nous réjouit en nous éclairant. Cette gaieté est un charme particulier aux vieillards bons, instruits, vertueux, indulgents ; on croit voir en elle le sourire d'une bienveillante expérience et d'une conscience satisfaite.

(De Ségur).

Galflinterie. — Vieux mot français qui n'est guère plus connu aujourd'hui et qui exprimait au moyen-âge et jusqu'à la révolution (qui nous a forcément rendu sérieux] une politesse attentive, exquise, de bonne compagnie, près des dames.

La galanterie n'était pas plus connue dans l'antiquité que de nos jours ; nous n'en voyons pas de traces dans les poètes grecs.

Le temps de la chevalerie fut l'apogée de la galanterie.

Aujourd'hui, on vit dans les clubs, on fume, on boit, on joue, on parie et le mot galanterie n'est que de la simple politesse.

Génération» spontanées* — Les inventeurs de ce système matérialiste se figurent un limon bouillonnant aux rayons du soleil, des corpuscules s'agitant, se rapprochant, s'agglomërant, se développant et prenant, on fin de compte, la

DE PHILOSOPHIE MORAXE. 201

forme d'un embryon qui commence à poindre sur cette vase échauffée, comme des vers sur des matières corrompues...

« Mais, dit Lamétrie, ici l'œsophage manque, là l'estomac, le ventre ou les intestins ; car, qu'on ne croie pas que les premiers hommes soient venus au monde grands comme père et mère... •

La nature aurait donc longtemps tâtonné, ébauché , avant de produire l'homme ? La raisonne peut s'accommoder de cette supposition : la nature ne peut ébaucher un corps organisé sans le finir, l'ébauche usée aujourd'hui ne pourrait vivre jusqu'à demain pour attendre le complément nécessaire de ses organes.

Voyons au contraire la naissance par l'union des sexes.

Dieu a créé l'homme et la femme pour croître et multiplier. Les sexes, rapprochés par la pensée, la parole et les affections, s'unissent. Le fœtus est longtemps renfermé dans le sein qui Ta conçu, afin de donner aux organes le temps de s'attendre les uns les autres et de se former, chacun à leur tour, pour se développer tous ensemble.

Incapable encore de vivre par lui-même, puisque les moyens de la vie ne sont pas tout à fait formés, l'enfant vit de la vie d'un autre, il respire l'air que respire sa mère, se nourrit de ses aliments ; le sang de celte mère circule dans ses veines ; il participe à ses mouvements et souvent il ressent le contre-coup de ses chagrins ou de ses passions : union mystérieuse qui est le germe de toutes les affections et de tous les rapports.

En effet, lorsque cet être, encore invisible à tous les yeux, est parvenu au terme fixé, la mère et l'enfant se séparent ; le lien qui les unissait physiquement se rompt... mais un lien moral le remplace... un nouvel ordre de choses, l'ordre moral commence, c'est-à-dire concours et ministère de la mère, pouvoir et protection du père, dépendance et sujétion de l'enfant ; la société entière est représentée dans cette enceinte où l'on ne voit, ainsi que le dit M. de'Bonald, qu'un enfant qui souffre, une mère qui le nourrit, un père qui le protège.

Le système des générations spontanées, abandonné et repris, a été attaqué par cette raison : Pourquoi la terre ne produit-elle pas plus de fœtus ?... A quoi Lamétrie répond gravement : c La terre ne pond plus d'hommes parce qu'une vieille poule ne pond plus d'œufs... »

La terre est donc trop vieille t Ed vérité cela n'est que boaffoo. On a repris plus sérieusement le système suranné de Lamétrie en disant : « La vigueur végétative de la terre et ta fores d^animaliU sont épuisées I » Est-ce réellement plus sérieux ? C'est la même sottise en termes plus pompeux I

Gr^néramàtSm — La générosité a plusieurs acceptions : dans l'une d'elles, c'est la noblesse de caractère, la magnanimité, la grandeur d'âme, l'oubli de soi-même pour ne songer qu'aux autres.

Dans une autre c'est une disposition à la bienfaisance, à la libéralité ; il arrive souvent que les riches prêchent l'économie aux pauvres et que ceux-ci donnent aux riches l'exemple de la générosité.

La générosité, bien comprise et bien pratiquée, est un des sentiments les plus nobles et les plus chrétiens, car elle comporte le pardon des injures ; mais elle n'est trop souvent, si l'on en croit La Rochefoucauld, c qu'une ambition déguisée qui méprise de petits intérêts pour aller à de plus grands. >

G^nie* — Force intellectuelle qui invente, dirige, organise. Inspiration créatrice qui se développe par un instinct spécial, par une grâce d'en haut ou par une conformation supérieure des organes.

Le génie, chez le Romain, était « un Dieu dans son intérieur » et, par dérivation, ce qu'il y a de plus élevé, de plus divin. D'après Voltaire, le mot génie désigne, non pas seulement un grand talent, mais un talent hors ligne,

GerAOn. — Si Gerson a réellement écrit Vlmiiatwn de JésuS'Chriet, il est (comme on Ta dit avant nous) l'auteur du meilleur livre de morale religieuse sorti de la main des hommes, mais le doute étant encore permis sur cette question si controversée, nous n'en parlerons que comme d'un simple moraliste.

Il est né en 4 363 et a été élevé au collège de Navarre, à Paris. Devenu en 4395, chancelier de l'Université, il se distingua dans cette charge importante et y déploya un courage et nne sagesse admirables. Il est mort en 4 429.

On remarque parmi ses ouvrages un Traité sur la Théologie mystUiue, qui fonde la vraie philosophie sur les intuitions de rame appliquée aux choses célestes... Ce sujet si élevé semble en effet se rattacher par un lien de parenté à V Imitation de Jésus^ Christ.

Gloire* — Admiration générale provoquée par les actions d'éclat, les vertus, les services éminents, le talent hors ligne ou le génie.

La douceur de la gloire est si grande, dit Pascal, qu'on Taime, à quelque chose qu'on rattache ; mais, dans les grands cœurs, Tamour de la gloire occupe la place que la vanité remplit dans l'âme vulgaire.

Saint Augustin a rêvé la gloire, mais il a vu ce qu'elle était réellement, assez à temps pour la fuir et chercher le vrai ; imi^ tons-le et au lieu de courir après cette gloire toujours incertaine et payée si cher, réfugions-nous dans le calme de la conscience, dans la paix du cœur, dans le bonheur d'aimer, car c*est là tout. (y. Grandeurs humaines) .

— Il y a de bien doux songes dans le premier enivrement de la renommée ; les yeux se remplissent d'abord avec délice de la lumière qui se lève ; mais si cette lumière s*éteint, elle vous laisse dans l'obscurité, et si elle dure, l'habitude de la voir vous y rend bientôt insensible... Et au-delà du tombeau, rien n*est plus vain que cette gloire après laquelle nous courons, à moins qu'elle n'ait été secourable au malheur et qu'il nous soit donné de jouir dans le ciel d'une idée consolante laissée par nous sur la terre.

(Chateaubriand).

Ooût« — Le goût doit avoir pour objet la beauté morale. Il nous met à l'abri de plusieurs vices trop grossiers pour qu'il les supporte et il entretient dans l'âme des habitudes qui s'allient merveilleusement avec tout ce qu'il y a d'aimable et d'élevé dans notre nature. Cependant, s'il n'est point accompagné d'un sentiment ferme du devoir, l'influence de la mode tendant à l'égarer, il peut devenir un guide trompeur.

— Le goût est le sentiment prompt d'un esprit bien fait.

(Duc de Noailles).

GrAcse. — Don que Dieu accorde aux hommes, ou pour la vie présente ou pour la vie future. Les théologiens reconnaissent plusieurs sortes de grâce :

La grdee intérieure est celle qui inspire à Thomme de bonnes pensées, de pieuses résolutions et le porte à faire le bien.

La grâce habitueUe réside en notre âme ; elle nous rend agréables à Dieu et dignes du bonheur étemel, elle est inséparable de la charité.

La grâce actuelle est une inspiration passagère qui éclaire notre esprit et dirige notre volonté pour nous faire surmonter une tentation ou accomplir une bonne œuvre.

La grâce efficace est celle qui opère infailliblement sur la volonté et à laquelle Thomme ne résiste jamais, malgré la liberté qu'il a de résister.

La grâce suffisante est celle qui donne à la volonté assez de force pour faire le bien, mais à laquelle Thomme peut résister, la rendant ainsi lui-môme inefficace.

La nature do la grâce est un mystère mal expliqué par les Pélagiens, les Arméniens, les Sociniens, qui, sous prétexte de défendre le libre-arbitre de Thomme, ont nié Tinfluence de la grâce, et par les Prédestinations, les Luthériens, les Gomoristes, les Jansénistes, etc., qui, en voulant exalter la toute^uissance de lu grâce, ont détruit le libre-arbitre.

Saint Augustin a attaqué toutes ces erreurs avec succès et l'Église a confirmé par ses décrets la doctrine de ce Père.

Elle a décidé : ^^ Que la grâce active intérieure est nécessaire à Thommo et que le simple désir de la grâce est déjà une grâce. 2^ Que pour persévérer dans le bien jusqu'à la mort, l'homme a besoin du secours do Dieu.

Un des derniers docteurs de l'Ëglise, saint Alphonse deLiguori a concilié l'efficacité de la grâce avec la liberté de Thomme, en enseignant que, parmi les grâces sufGsantes accordées à tous, se trouve la prière, et que par la prière on peut obtenir la grâce efficace.

— La grâce est une inspiration divine qui nous fait pratiquer le bien. (Saint Augustin).

*- Comme une mère sent au vif de ses entrailles Tenfant qu'elle a conçu, ainsi le chrétien sent la vie divine qui habite en lui et il en reçoit des secousses qui ne le trompent point sur l'hôte ineffable dont il garde le dépôt. Plus Tâme grandit en sainteté, plus elle est avertie de cette glorieuse cohabitation par des joies qui la rendent insensible à tout ce qui ne contient pas Dieu.

(Lacordaire).

— La conformité à la volonté divine dans tous les événements de la vie est la source la plus féconde de grâces, parce que c'est le signe le plus certain auquel Dieu reconnaît qu'on l'aime ; se résigner avec confiance à tout ce qu'on ne peut empêcher est en même temps la devise du bon sens et celle du chrétien.

(Biermann).

Gracieuseté. — La gracieuseté n'est pas tout à fait synonyme de politesse, c'est quelque chose de plus et de mieux : on peut être poli, doux, honnête, et n'être pas gracieux ; un homme agréable, spirituel, amuse ; un homme gracieux plait. Pour approcher de la perfection dans la société, il faut avoir le cœur droit, la bouche sincère et l'accueil gracieux.

Dans les arts, dans les lettres, comme dans le monde, la grâce a le don de plaire : la grandeur étonne, la beauté provoque l'admiration, la grâce seule excite toutes les sympathies.

Grandeur <l'Ame» — Élévation au-dessus de la nature ordinaire, supériorité morale qui fait oublier à l'homme les faiblesses de l'humanité et le>end plus grand que ses semblables.

L'héroïsme et la grandeur d*âme semblent être synonymes, cependant Théroîsme caractérise mieux les actions d'éclat qui se produisent au milieu d'un danger. La grandeur d'âme emporte ridée d'une force qui agit avec calme et majesté, qui accomplit le bien sans efforts et avec une noble sérénité au-dessus des orages de ce monde.

Graiicieur» liunialne». — Sans adopter en entier

le système d*Àzaïs (4 ) sur les compeasations qui donnent à chacun de nous la même somme de biens et de maux, de chagrins et de consolations, nous devons convenir, qu*au moins en ce qui concerae les grandeurs humaines , il est peu de bonheurs qui n'aient leur goutte d*absinthe.

Qu'est-ce que la gloire ? Une satisfaction temporaire empoisonnée par d'innombrables ennuis, une lueur, une illusion trompeuse que notre vanité adopte parce qu'elle flatte Tincessant appétit de Thomme.

Dévorés d'ambition, nous tendons toujours à monter, sans tenir compte de la fable d'Icare ; épuisés de fatigue, nous tombons dans le découragement, quand l'ingratitude, la maladie, la misère, le poignard ou la folie ne terminent pas une vie commencée au milieu des plus beaux rêves.

L'étude sérieuse de l'histoire vient à l'appui de cette assertion ; pour en donner des preuves, parcourons rapidement, non les récits de l'antiquité, souvent exagérés ou inexacts» mais les annales modernes depuis l'ère chrétienne.

Voyons d'abord l'histoire romaine, nous parcourrons ensuite les divers états de l'Europe.

César, après avoir conquis la Gaule et mérité par ses exploits en Italie, en Espagne, en Grèce et en Afrique, qu*on lui décernât la dictature perpétuelle de la République romaine, était assassiné au milieu du Sénat.

Sous le règne de Tibère, Tannée avait acclamé oomme son chef le jeune Germanicus, qui soumit des peuples nombreux ; Tibère n'osa lui refuser un triomphe bien mérité, mais sa basse jalousie lui préparait la mort, Pison la lui donna (S).

Nous ne retracerons pas le règne de Tibère, son nom en dit assez : au faite de la puissance, il choisit Caligula pour successeur, il en fut la première victime : le jeune monstre, pressé de régner, fit étouffer son bienfaiteur par le préfet Macron. Ce même Caligula, dont les débauches avaient égaré la raison et qui malgré cela conserva plusieurs années une puissance sans limites,

(1) La nature n'est dans son ensemble que l'exécution constante d'une loi universelle : celle des compensations.

(2) Plularque.

(3) Tacite.

se fil décerner des triomphes pour des victoires imaginaires, donna à son cheval favori le titre de Consul, fît périr les plus riches citoyens de Rome pour s'emparer de leurs biens et enfin disait hautement qu'il souhaitait que le peuple n'eût qu'une seule tète pour la trancher d'un seul coup. Ses fantaisies impériales étaient aussitôt assouvies que nées, et cet état de choses menaçait de durer quand Ghéréas, tribun des gardes prétoriennes, le tua au sortir du bain. Il avait vingt-neuf ans (1).

Les premières années de Néron semblaient promettre le bonheur aux Romains, mais bientôt las du caractère absolu d'Agrippine et jaloux de son frère Britannicus, il fit donner à ce dernier un poison violent, préparé exprès par Locuste et fît périr sa mère. Arrivé sans doute à la folie, comme Caligula, par l'excès d'une puissance sans bornes, il fit incendier Rome pour jouir de ce spectacle I on raconte que, monté sur une tour, au milieu des cris de désespoir des fugitifs, il chantait, en s'accompagnant de sa lyre, des vers qu'il avait composés sur l'embrasement de Troie.

Il s'enivrait de ses crimes incessants quand ses prétoriens euxmêmes se révoltèrent. Il s'enfuit tremblant dans une grotte et essaya de se poignarder, mais n'en ayant pas le courage, Ëpaphrodite, son secrétaire, lui poussa la main (2).

Domitien, nommé dix-sept fois consul, semblait appelé à un long règne comme empereur, quand il périt victime de la vengeance d'un proscrit (3).

Un siècle plus tard. Commode, après avoir fait son entrée dans Rome comme triomphateur, commettait crimes sur crimes et folies sur folies ; sa plus grande jouissance était de descendre dans le cirque où il abattait les bétes féroces et des gladiateurs et acceptait volontiers le titre d* Hercule romain, dont il croyait imiter les exploits en coupant en deux des athlètes d'un seul coup. Il avait destiné à ce supplice son chambellan et le préfet du prétoire, qui, avertis à temps, le firent empoisonner par l'athlète Narcisse (4).

(1) Suétone.

(2) V. Tacite et Suétone.

(3) y. Tacite et Tillemont.

M) Tillemont : Tlistoire dex Empereurs rotnaim.

Après lui, Héliogabale, dont la folie et Timpudicité dépassent encore celles de Néron et de Commode, était assassiné dans des latrines où il s'était réfugié (2).

Tels furent les derniers temps de Rome, de cette Rome dont les faibles commencements, la victorieuse liberté, les tyrans et leur chute honteuse excitent tour à tour l'intérôt, l'admiration et la pitié. Si, au lieu de s'attacher à satisfaire leurs passions, les empereurs avaient eu pour but le bonheur de leurs peuples, comme Trajan, Antonin et Marc-Aurèle, leur vie eût été plus heureuse, exempte de Vemords, et leur 6n n'eût pas été si fatale.

Nous arrivons à la France.

Après avoir remporté de nombreuses victoires et conquis les Aquitaines, Glovis se créa une puissance formidable pour le temps où il vivait, et quand il eût pu en jouir, il mourut, à peine âgé de 45 ans.

De sa mort à celle de Chilpéric, on ne voit dans le palais des rois que des meurtres continuels, au milieu desquels se distinguent ceux de Frédégonde ; mais les grands noms de Charlemagne et de Hugues-Gapet reposent l'esprit fatigué de tant d'horreurs.

Dans la longue série des rois de France que voyons-nous ? Charles VI meurt fou ; la vieillesse de Charles VII, troublée par les trames du Dauphin, s'éteint dans la crainte du poison et une tristesse profonde, pendant que la jeune Glle du peuple qui l'avait fait sacrer à Reims, expiait ses services et sa gloire dans les flammes d'un bûcher.

Louis XI, après avoir agrandi la France, affaibli des vassaux devenus trop puissants et relevé l'autorité royale, finit isolé dans son château de Plessis-les- Tours, dont les portes et fenêtres étaient hérissées de fer, les avenues couvertes de trappes, dictant ses arrêts à Olivier le Daim et se livrant à une dévotion exagérée, dans la crainte perpétuelle de la mort.

Charles IX, bien plus malheureux, un siècle après, ordonne, prend part à la Saint-Barlhdlemy et meurt bientôt, en proie à ses remords. La nuit du 4 août 4 572 a pour jamais éloigné le

(1) V. Tilleraont, etc.

sommeil, ses cheveux ont blanchi en quelques heures, sa figure s'est ridée, et, dégoûtante du sang de ses sujets, n'inspire plus que l'horreur ; à vingt-quatre ans il a toutes les infirmités de la vieillesse, son œil hagard est comme obscurci, on dirait qu'il n'est déjà plus de ce monde, qu'il quitte enfin abandonné de tous, même de ses complices.

Henri III expire après lui sous le poignard d'un moine: Henri IV lui succède et, après s'être enivré de ses succès et du bonheur de la France qu'il avait régénérée, il tombe à son tour assassiné par Ravaillac.

Louis XIII, après un long règne illustré par Richelieu, devenu sombre, malade, insupportable aux siens et à lui-même, haï de son frère, détesté de la reine, trahi par ses confidents, presque seul au milieu d'une cour qui n'attendait que sa mort, termine dans l'abandon sa triste existence.

Plus heureux que lui pendant sa vie, Louis XIV qui a donné son nom au xvii* siècle, qui avait fatigué l'Europe de ses armes et ébloui la France de son éclat, voyait s'éteindre son fils et son petit-fils et mourait lui-même après ces grandes douleurs, abandonné à la pitié de ses domestiques, pendant que la grossière joie de la populace insultait à son cercueil.

Louis XV a-t-il eu un sort meilleur ? Corrompu par le pouvoir absolu, presque abruti par les excès, il avait vu, vers la fin de son règne, le mépris succéder à l'amour de ce peuple qui avait poussé des cris de douleur pendant sa maladie, et lorsque la mort le frappa, ses obsèques furent troublées et son cadavre délaissé.

Il laissa le trône à Louis XVI dont les vertus semblaient devoir régénérer la France, mais qui, victime des fautes de ses devanciers et de l'injuste colère d'un peuple en furie, périt sur l'échafaud.

La longue tourmente qui suivit ce crime national avait enfanté un homme prodigieux qui traîna à sa suite nos vaillantes armées et fit la conquête de l'Europe. Des projets trop vastes, des fautes politiques firent, en quelques années, du plus puissant empire du globe un pays conquis : le Louvre devint un camp de cosaques et le divin Napoléon, dont tant de potentats attendaient les ordres souverains, tomba entre les mains des Anglais et s'éteignit

aur un rocher désert,, au bout de six longues années de captivité (4^).

Après lui, sauf quelques années heureuses, dues à la sagesse de Louis XYIII et à la lassitude de la France, Charles X, Louis- Philippe, Napoléon III, après avoir joué leur rôle d'un moment, mouraient à leur tour dans Texil, moins malheureux encore que cet enfant, dernier héritier de l'empereuri qui, élevé sur les marches du trône, vient de terminer sa courte existence en Afrique, avec l'uniforme anglais, sous la sagaie d'un Zoulou I...

Si je ne craignais de fatiguer l'attention, je pourrais^ multiplier ces exemples en puisant dans les annales des nations européennes, mais je me contenterai de citer les plus saillants :

En Angleterre, Charles I^, livré par les Écossais à fambition deCromwell, condamné à mort et exécuté en 4649; en Suède, le vaillant Charles XII, percé par une balle suédoise, bien qu'il eût mis son pays au rang des grandes puissi^nces ; en Russie, Pierre-le-6rand, qui après avoir mérité ce titre en réformant sa

\l) Si Napoléon, moins ébloui par tant de victoires, eût écouté son frère Joseph, plus modeste mais plus sage que lui, il eût pu vivre longtemps encore et faire le bonheur de la France. Pour en être persuadé il ne faut que lire la lettre suivante qu'il écrivait à l'Empereur en 1807 :

« Sire, je suis dans cette situation d'esprit que votre majesté connaît en moi, et dans laquelle j'aime à dire tout ce que je crois bon : eh bien ! votre majesté doit faire la paie à tout prix. Yotre majesté est victorieuse, triomphaote partout-, elle doit reculer devant le sang de ses peuples : c'est au prince à retenir le héros. Quelque étendue de pays de plus ou de moins ne doit pas vous retenir ; toutes les concessions que vous ferez seront glorieuses, parce qu'elles seront utiles à vos peuples, dont le plus pur sang s'écoule, et qae, victorieux et invincible comme vous êtes, de l'accord de tous, nuUe condition ne peut vous être imposée prescrite par un ennemi que vous avez vaincu. Sire, c'est l'amour que je porte à un frère qui est devenu un père pour moi, c'est ce que je dois à la France et aux peuples que vous m'avez donnés qui me dictent ce discours de vérité. Quant à moi, sire, pour atteindre ce but salutaire, tout ce que vous ferez me conviendra ; je m'estimerai heureux des dispositions qui me regarderont, quelles qu'elles puissent être. Sire, vous ne devez plus exposer au hasard d'une rencontre le plus beau monument élevé à la grandeur de la race humaine, je veux dire la masse de gloire et de grandeur inouie qui compose votre vie depuis dix ans. »

patrie, y créant une marine et l'agrandissant par les armes, le commerce et Tinduslrie, meurt à 53 ans... d'une maladie honteuse.

Biais je m'arrête, car le nombre des souverains morts avant l'âge et qui avaient eu une existence brillante serait infini. Toutefois, ce tableau de rinstabllilë du bonheur, de la gloire et des grandeurs humaines serait incomplet si je ne disais un mot des grandes illustrations des sciences, des arts, des lettres et de la philosophie.

Socrate et Gaton d*Utique se présentent les premiers à ma mémoire ; l'un boit la ciguë pour avoir deviné Tunilé d'un Dieu dans un siècle païen ; l'autre, fidèle aux doctrines du stoïcisme, quand il est convaincu qu'il ne peut plus rien pour la République, se perce de son épée après avoir lu le dialogue de Platon sur l'immortalité de l'âme.

Un troisième, Sénèque, après avoir sacrifié à Néron son existence entière, reçoit de lui l'ordre de s'ouvrir les veines. Ce fut peutrétre le plus beau moment de la vie de ce philosophe, conservant à l'heure suprême toute son énergie, il sut mourir comme Socrate.

Après les sages, les orateurs : Démosthènes , poursuivi par Antîpater, s'empoisonne dans l'ile de Galaurie ; Cicéron livro sa tète à la vengeance d'Antoine.

Quelles vies et quelles morts i

Mais revenons à l'ère chrétienne :

Au xve siècle , nous trouvons , parmi les plus grands hommes, Christophe Colomb : après avoir découvert l'Amérique, nommé amiral et vice-roi, il fut emprisonné, mourut et fit ensevelir avec lui les fers dont l'ingrat Ferdinand n'avait pas craint de le charger.

Un siècle plus tard, Galilée calculait les lois de la chute des corps, reconnaissait le premier le mouvement de la terre et expiait cruellement le tort d'avoir eu raison trop tôt.

Peu do temps après, Bacon, l'illustre philosophe anglais, était privé de toutes les dignités que lui avait octroyé Jacques I^c, et Grotius, le grand jurisconsulte hollandais, était condamné à une prison perpétuelle, en récompense des services rendus à son pays.

A la même époque, Bernard Palissy, qui a fait faire à l'industrie de la faïence et de la porcelaine les plus grands progrès, était jeté dans un cachot pour ses opinions religieuses et écrivait avant de mourir : « J'estais mesprisé et moqué de tous, n'ayant rien de quoy faire couvrir mes fourneaux et sans aucune consolation, si ce n'est des chats-huant qui chantaient d'un côté et des chiens qui hurlaient de l'autre. »

Lavoisier, aussi célèbre et plus malheureux encore, après avoir enrichi la France par ses découvertes en chimie et perfectionné l'agriculture, tombait en 4793 sous la hache de la Convention, en récompense de ses bienfaits.

Terminons cette triste série par la chute de Pilatre du Rozier : enthousiaste de la découverte des Hontgolfier, il participait à leur gloire ; enhardi par le succès, il tenta de franchir la Manche en ballon en employant un procédé nouveau, mais le feu prit à son aérostat et l'Océan engloutit le savant.

Cependant ces grands inventeurs^ s'ils ont été malheureux, ont au moins une consolation dans leur infortune : celle d'avoir doté l'humanité d'un progrès et d'avoir contribué à la gloire et à la puissance de leur pays.

Voyons les poètes maintenant. Eux aussi ont leur gloire, leur déclin et leurs déceptions, peut-être môme les sentent-ils plus vivement :

Commençons par le plus célèbre et le plus malheureux : Homère I Je n'ai pas besoin de rappeler ses titres à l'admiration, mais je dois dire, pour rester dans mon sujet , que devenu aveugle et tombé dans l'indigence, il se vit réduit, dans sa vieillesse, à réciter ses vers, de ville en ville, on mendiant son pain.

Six ans avant l'ère chrétienne, Sapho, la plus illustre des femmes poètes, était bannie de Lesbos ; quelques auteurs racontent, mais sans preuves, que, méprisée de Phaon dont elle était éprise, elle mit un à ses jours en se précipitant dans la mer.

Pendant la période latine, au temps des empereurs, nous voyons une pléiade de grands poètes Gnir aussi misérablement : Ovide est exilé par Auguste, Juvénal par Adrien, Lucrèce, dégoûté de la vie, se l'enlève dans un accès de désespoir et Lucain s'ouvre les veines dans un bain, par l'ordre de Néron.

Les premiers siècles du Christianisme sont moins féconds en malheurs de cette nature, mais en 4 302, le Dante était condamné à être brûlé I Pour échapper à ce sort affreux, il erra en Italie, luttant contre la misère et vint mourir à Ravenne.

Le Tasse, après avoir écrit la Jérusalem délivrée^ déplut au duc deFerrarequi le fit enfermer dans une maison de fous pour avoir osé parler d'amour à sa sœur, la belle Léonore d'Esté.

L'auteur du Paradis perdu, le secrétaire de Gromwel, Milton, un instant au faite des honneurs et de la gloire littéraire, fut emprisonné par les Stuarts comme régicide et mourut aveugle, pauvre et oublié.

L'immortel auteur de Don Quichotte, Cervantes, resta six ans esclave à Alger; il vint ensuite à Madrid sans autre moyen d*existence que sa plume et y mourut accablé d'inGrmités.

Le XVIII® siècle voyait Pascal s'annoncer au monde comme une de ses gloires futures ; hélas ! la lame avait usé le fourreau : frappé de paralysie et croyant voir sans cesse un précipice à ses côtés, il mourait à 39 ans. On ouvrit son corps, ses intestins étaient gangrenés, son estomac desséché... ainsi s'était éteinte cette frêle enveloppe qui avait contenu pendant quelques instants. Tune des plus sublimes intelligences qui aient paru sur la terre.

Quelques années plus lard, Racine, qui n'avait rien à désirer du côté de la santé, mourait de déseipoir d'avoir perdu la faveur de Louis XIV, et Molière, qui nous a tant égayé, s'éteignait tristement, victime de la conduite plus que légère de sa femme ; Goldoni mourait de besoin, après avoir vu réduire à rien la position qui le faisait vivre ; Malfilatre et Gilbert finissaient sur le grabat du pauvre et Kotzebue était assassiné par un étudiant Allemand ; Rousseau enfin a été malheureux toute sa vie, qu'il abrégea volontairement, s'il faut en croire quelques chroniques; mais on doii dire pour ôtre vrai que ce malheur constant tenait plus à son caractère qu'aux événements...

Parlerai -je des contemporains ? de Waltor Scott, enrichi par d'innombrables chefs-d'œuvre, puis ruiné par une banqueroute et succombant à l'excès du travail, d'André Chénier et de Doucher qui portèrent leurs tètes sur Téchafaud où venaient d'expirer deux femmes qui eurent aussi leur célébrité à des titres bien

214 DICTIONNIRE RAISONNÉ

différents : madame Rolland et la Dubarry I d'Alfred de Musset, oubliant sa dignité d'homme et avilissant son génie dans des orgies abrutissantes qui ont abrégé ses jours, de Lamartine qui est mort pauvre après avoir longtemps mendié des souscriptions et écrit à la vapeur pour payer ses dettes, de Victor Hugo devenu, il est vrai, illustre, millionnaire, et jouit encore de sa gloire et de sa fortune... mais hélas 1

Parlerai-je enQn de nos derniers archevêques de Paris, assassinés par un peuple en délire ? Mais ceux-là du moins aspiraient à une autre gloire, à une autre récompense que celle que donnent les hommes et ils Tout atteinte ; ne les plaignons pas.

Quelle est la morale de cette triste nomenclature, trop longue, quoique bien incomplète? — C*est que l'ambition de la renommée et des honneurs est une ambition malsaine quand elle n'a pas pour but l'accomplissement du devoir, l'estime de la postérité et l'espérance d'une vie meilleure.

Gratitude* — Sentiment affectueux inspiré par un bienfait, la gratitude est moins encore un devoir qu'un plaisir pour les âmes délicates. Ce mot n'est pas tout à fait synonyme de reconnaissance. La gratitude s'applique surtout à l'expression. La reconnaissance indique la preuve que l'on en donne par ses actions ; mais ce n'est qu'une légère nuance.

Guerre. -» Au point de vue moral, la guerre doit être condamnée. Gomment ce fléau qui enfante tant d'autres fléaux, peut-il être dans les intentions d'une nature conservatrice et bienfaisante ? Et cependant, sans la crainte des malheurs qu'il entraîne après lui, Télat de guerre serait perpétuel. C'est que la fortune et la vie des peuples sont l'enjeu des partiessanglantea des souverains, qui n'ont, le plus souvent pour mobile que l'ambition ou le désir d'occuper d'eux le monde entier. Aussi le poète latin a-t-il dit avec raison :

« Quidquid délirant reges, plectuntur Acbivi I »

Rien de plus vrai que ce vers devenu proverbe, c'est presque toujours aux souverains et à leur ambition que soiit dues les

guerres qni font périr des milliers de pauvres soldats innocents sur les champs de bataille ou dans les ambulances.

On ne comprend la guerre que lorsque la Patrie est rëellement menacée; hors de là, la guerre est une monstruosité. A une époque de civilisation avancée, elle est un contre-sens et un crime... et cependant elle éclate dès qu*un intérêt commercial ou une divergence politique vient à surgir...

La guerre était chez les sauvages une nécessité de la vie : ils étaient forcés de vivre de leur chasse ; habitués à déchirer ranimai las ou blessé, à éteindre souvent leur soif dans le sang de leurs victimes, il étaient peu accessibles à la pitié, le compatissant était un vil paresseux ou un poltron. Un peuple chasseur ne voyait dans un autre peuple que le consommateur des subsistances dont il avait besoin lui-même, il fallait donc le détruire

ou ôtre détruit par lui.

Les peuples pasteurs ont succédé aux peuples chasseurs. Cette nouvelle situation exige encore une grande étendue de terrain, on éloigne donc par la force les peuplades voisines ; si on ren* contrait une ville, c*était un obstacle qu'il fallait renverser. Il n*y a pas là de droit de guerre à invoquer ; les hommes, forcés de combattre pour conserver leur vie, ont dû tenir leurs mains années pour défendre leur propriété...

La lutte corps à corps fut le combat primitif de l'homme, les pierres et le javelot les premiers projectiles, la fronde et l'arc les premières machines... C'était là, non pas un progris, mais un produit do la pensée des peuples sauvages et pasteurs ^ leurs perfectionnements successifs ont amené des machines plus puissantes : après l'arc, vinrent la baliste, puis le bélier dont l'origine remonte au siège de Troie. Dans les défenses des villes on employa plus tard l'huile bouillante, la poix fondue, les pots à feu attachés à un dard, puis le salpêtre qui donna naissance au feu grégeois et enfin le canon.

C*est en 4339 qu'on fait remonter l'emploi des canons et des bombes dont les anglais firent usage à la bataille de Crécy en

Sous Louis XI, l'artillerie française fut perfectionnée, Charles Vin avait 36 canons et 64 couleuvrines ; sous François I®% le parc d'artillerie contenait 4000 chevaux et on vit des grenades

et des fusées à la congrève ; en 4 577 les Polonais employèrent le tir à boulets rouges au siège de Dantzig. Depuis ce moment les progrès furent rapides : en 4648, Tobusier vint ajouter à la puissance de rartillerie, mais son usage en France ne date que de 4 749... Au xix^ siècle nous trouvons le pétrole et la dynamite T Où s'arrêtera l'art de la destruction ?

Plus anormales et plus cruelles encore furent les guerres de religion 1 y art-il quelque chose de plus monstrueux que de verser le sang humain au nom d'un Dieu de Paix, d'amoir et de charité ?

Babttude* — Direction imprimée à nos facultés morales ou physiques par la répétition fréquente des mêmes actes ou des mêmes situations; la liberté de Thomme est en raison inverse de la force de l'habitude.

c L'habitude, dit Malebranche, est une impression qui reste dans Tesprit et qui fait qu'on a plus de penchant, de promptitude et de facilité à faire une chose qu'on a déjà faite, parce qu'on en rappelle l'idée, pour agir de la même m^ière. »

Les habitudes deviennent avec le temps dans l'homme de véritables incrustations qui ne sont pas toujours en harmonie avec les penchants primitifs de notre nature : ainsi l'éducation qu'on nous donne, l'exemple de nos semblables nous suggèrent sou vont des actions que la nature, nos facultés ou notre tempérament ne nous auraient jamais inspiré.

Le cœur a ses habitudes comme l'intelligence, les affections se fortifient avec le temps, qu'il s'agisse des lieux que Ton habite ou des personnes avec lesquelles on vit ; l'amour du pays n'est souvent que cela : on quitte avec regret le village où l'on a vécu, quelque triste et prosaïque qu'il soit, et l'on a vu dos pauvres âmes prises de nostalgie au milieu des merveilles de la nature ou de ]a civilisation.

La conséquence de cette idée est la nécessité d'imprimer à

l'enfance des habiludesd*activitë, do travail, de devoir et de résistance à tous les mauvais penchants. L'habitude, dira-t-on, rond donc Thomme un peu semblablo à une machine 1 En vieillissant cela arrive quelquefois, mais dans ce cas môme, ne vaut-il pas mieux qu'il soit une machine à faire le bien qu^une machine à opérer le mal ?

L'habitude devient, avec le temps, aussi impérieuse que les besoins primitifs de la nature, et Taptitude qui s*y lie fmit par substituer la rapidité et la sûreté d'une sorte d'instinct aux plus pénibles efforts do la volonté basée sur le raisonnement. Rien n'est plus mystérieux que cette force, précisément parce qu'elle tend à supprimer la réflexion pour se mettre à sa place, et réussit à affaiblir en nous jusqu'à la conscience.

La morale doit se servir de l'habitude comme d'un auxiliaire : la méditation, les vertus mémo qui, dans le principe, nous ont coûté le plus d'efforts, deviennent dos habitudes.

— Il faut s*accoulumer de bonne heure à agir par principes et se former un sage plan de conduite, fut-il un peu sévère ; l'habitude le rendra, dans la suite, agréable et facile à pratiquer.

(Gicéron).

— Parmi les bienfaits du Créateur, il en est un qui n'est pas apprécié ce qu'il vaut et qui ne doit cependant pas être omis : Le pouvoir de l'habitude. Son influence est si grande qu'on ne peut imaginer une situation avec laquelle elle ne puisse peu à peu réconcilier nos désirs et dans laquelle nous ne parvenions pas à trouver, à la longue, plus de bonheur que dans celle que la multitude envie. En appréciant les sentiments des hommes qui sont placés dans des situations réputées malheureuses, nous tenons rarement assez de compte des effets de Thabitude ; c'est ce qui fait que nos estimations du bonheur de la vie sont souvent contraires à la vérité. (Dugald-Stcwart).

— Chose singulière I la sensation qui cesse d'ôtro agréable par suite de l'habitude, devient nécessaire parla répétition habituelle, on n'en jouit plus, mais on ne peut plus s'en passer. Ainsi naissent les besoins arliGciels ; les affections même, en cessant d'ôtro des jouissances vives, deviennent des besoins chaque jour plus impérieux. (De Gérando).

— Poète persan, né et mort dans le cours du

xrv* siècle.

Nous n'aurions pas à parler d*Hafiz s'il n'avait laisse dans ses poésies des maximes attribuées, selon les uns, à l'amour terrestre, selon d'autres à l'amour divin. Les docteurs et les Molbas (Prêtres) de Ghiraz, l'accusant d^être chrétien, firent de grandes difficultés pour lui rendre les derniers devoirs. Quoiqu'il en soit, voici un fragment de ses pensées recueillies par un philosophe moderne :

< Apprends de la coquille des mers à aimer ton ennemi, à remplir de perles la main tendue pour te nuire. — Ne sois pas moins généreux que le dur rocher. — Fais resplendir de pierres précieuses le bras qui déchire ton flanc. — Vois-tu là bas cet arbre assailli d'un nuage de cailloux ? Il ne laisse tomber sur ceux qui les lancent que des fruits délicieux et des fleurs parfumées. — La voix de la nature entière nous crie : l'homme sera-t-il le seul à refuser de guérir la main qui s'est blessée en le frappant? >

Hcàine. -— La haine est un mauvais sentiment, né de l'égolsme, des intérêts froissés ou de Tamour-propre blessé. Le paganisme l'admettait, le Christianisme la reprouve. L'irritation, le ressentiment, la colère sont souvent indépendants de notre volonté, mais la haine est réfléchie. « La vengeance est le plaisir des Dieux t » disaient les payons. « Elle est en horreur à Dieu ! » disent les chrétiens, et ce n'est pas là seulement un principe, c'est un fait. Aimer est le ciel, haïr, c'e.'St Tenfer. Et, de mémo qu'il n'y a de calme véritable que dans l'âme où règne une foi vive, il n'y a de bonheur que dans celle où l'amour de Dien r^ne sans partage.

Si cet amour pouvait être toujours et partout, si cette harmonie universelle existait sur la terrre, la terre ne serait plus un séjour d'épreuves. Sans doute il ne peut en être ainsi, mais, en suivant les préceptes de l'Évangile il est aussi doux que profitable d'aimer jusqu'à ses ennemis. Sachons donc les mettre à profit et faire du bien à qui nous veut du mal.

Soyons rigoureux avec ceux que nous aimons le plus, car aimer ce n'est pas faiblir : un père peut et doit punir, en aimet-il moins pour cela? — Non, il est sévère et il souffre, mais ces

souffrances sont un tribut quo la nature paie à Dieu qui lui en tient compte. •— C'est que le père de famille a charge d'âmes et que sa responsabilité est terrible. Heureux celui qui la comprend et se sent la force d'en accomplir les pénibles devoirs.

irfaut éviter' la colère^ autant que notre faible nature le permet, mais la| baine^ doit être chassée impitoyablement, même pour nos plus cruels ennemis, car s'ils nous font du mal, c'est qu'il'sontfaveuglés par leurs^passions.

Il y a plusieurs sortes do haine : la plus odieuse est celle qui a pour source l'envie.

Les haines politiques ou religieuses sont la source d'autant de crimes quelles haines privées, seulement elles ont un caractère moins bas.^Elles prennent le nom de patriotisme.

La seule haine louable est celle qu'excitent en nous le vice, le crime et la bassesse.

— La haine'est une passion'qui nous'met en la puissance de ceux que nous haïssons et qui fait plus de mal encore à celui qui l'éprouve qu'à celui qui on est l'objet. Pour se défendre de la haine il faut toujours considérer les choses sous l'aspect le plus favorable. (Charron).

Hallucination. — Erreur des sens partagée par l'in* telligence. Sensation^rovoquée par une cause intérieure.

L'hallucination est une affection passagère ; si elle dure, elle prend le nom deldélire; si elle est constante, elle devient de la Folie. (V. ces mots).

)m — Qualité ou conGanco de l'âme qui nous porte à tenter quelque chose qui semble périlleux ou embarrassant. La hardiesse n'est blâmable quo lorsqu'elle naît de la présomption ou^qu'elle couvre des erreurs volontaires.

L'homme hardi n'est pas toujours l'homme courageux : le courage'admet la réflexion quo la hardiesse repousse. Celte dernière serait plutôt synonyme de Vaudace ou do la témérité. Cependant la témérité appelle plus souvent le blâme des hommes raisonnables que la hardiesse ; si cette dernière oubliait ses devoirs et les mœurs établies, elle deviendrait de V effronterie.

Hasard. — Le hasard, en morale, est un mot vide de sens. Ce que nous lui attribuons n*est le plus souvent que le développement régulier des lois que le Créateur a imprimées à la nature, lois dont nous ne connaissons qu^une bien faible partie.

Ëpicure, en essayant d'expliquer Tuniversel tout ce qu*il renferme par le choc accidentel des atomes, ne s'élève pas au-dessus de ridée du hasard. Il n'y a pas d'effet sans cause. Seulement, ne connaissant pas ces causes, nous ne pouvons nous en rendre compte. Le hasard ne cache donc que notre ignorance : chaque découverte nouvelle de la science en est la preuve.

Hauteur. — La hauteur est rarement prise en bonne part et n'est pas du tout un synonyme de noblesse, d'élévation et de dignité. La religion chrétienne la repousse énergiquement puisqu'elle a fait une vertu de l'humilité.

La hauteur, dans son acception la plus habituelle, est une affectation de dédaigneuse supériorité qui craint de compromettre sa dignité par un mot ou un sourire bienveillant ; compagne ordinaire de l'orgueil et de la vanité, elle est vice chez les grands et ridicule chez les petits.

— La hauteur des manières fait plus d'ennemis que l'élévation ne fait de jaloux. (Grimm).

[. — L'un des plus célèbres philosophes allemands du XIX* siècle, né à Stuttgard en 4770, mort à Berlin en 4834 .

Disciple de Kant, émule de Schelling, Uégel soutenait que leurs doctrines, bien que différentes, n'étaient que deux aspects du môme système : l'idéalisme subjectif.

Quelques écrivains ont nié qu'Hegel eût des idées chrétiennes ; d'autres l'ont affirmé, et on s'étonnera moins de cette divergence quand on saura combien ses meilleurs disciples la saisissaient peu. Nous n'essayerons donc pas de décider ce qu'ils n'ont pu décider eux-mêmes. Disons seulement qu'Hegel a parlé de la religion en termes magniûques : c C'est, dit-il, la région où toutes les énigmes de la vie et les contradictions do la pensée trouvent leur solution et où s'apaissent les douleurs du sentiment ; la région de rélemcllo vérité et do la paix étemelle, m II considère

toutes les formes do la religion, depuis le fétichisme jusqu'au Christianisme comme autant d'époques, de moments nécessaires du développement de la conscience religieuse qui se détermine : i^ Gomme religion do la nature, 2° comme religion de Tindividnalité spirituelle. — La religion de la nature parcourt plusieurs phases : Elle est d'abord Religion de Magie, celle des Mongols, des Chinois, de Lama et de Bouddha ; puis. Religion de Vlmagiiiaf ûm, celle des Indous et de firahma ; puis, Religion de Lumière, \e ^rsisme. Religion du Symbole, celle des Égyptiens; enfîn la Religion Spirituelle qui devient la Religion du Sublime, en Judée ; celle de la beauté, en Grèce, celle de Ventendement à Rome. Celte dernière est le passage à la Religion absolue, le Christianisme. . . Tout cela n'est guère qu'une hypothèse très conlroversable.

Hegel a publié successivement V Esthétique, \à philosophie de la religion et de la nature. Foi et Science ou analyse critique des systèmes de Kant, Fichte et Jacobi,

Helvétiu». — Né à Paris en 4 74 5, mort en 1774 .

Helvétius, comme beaucoup de philosophes du xviu^ siècle, fut un élève des Jésuites, et, en particulier, du Père Porée. Sa fortune fut rapide : à 23 ans, il obtint, par la protoction de la Reine, Marie Lecksinska, une place de fermier général, d'un revenu de cent mille ccus. Cette position magnifique, son instruction et beaucoup d'esprit naturel le mirent vite en rapport avec toutes les illustrations do la capitale. Il était doux, aimable, d'un caractère facile et bienveillant et d'une générosité proverbiale, on no Timplorait jamais en vain.

C'est là, le beau côté du portrait. Il y en a malheureusement un autre : au faîte dos honneurs et des richesses, il rêva la gloire littéraire et eût la fAcheuse idée de la chercher dans les doctrines matérialistes qui envahissaient depuis quelque temps la société. Sa place le gênait pour y arriver, il donna sa démission. « Helvétius, a dit justement Buiïon, eût dû« dans l'intérêt bien entendu do sa gloire, faire un bail de plus dans les fermes et un livre de moins. »

Cet ouvrage est lo liore de C esprit, celui qui, après le système de la nature de d'Holbach, a fait lo plus do bruit et do scandale ; en lo Usant, on se domando comment il est possible do concilier lo

grossier matérialisme de l'écrivain avec le caractère aimable de rhomme du monde?

Voici un court résumé de ce livre si tristement célèbre :

< Toutes nos facultés se réduisent à la sensibilité physique.

» Nous ne différons des animaux que par une organisation extérieure.

» Notre intérêt, fondé sur l'amour du plaisir et de la crainte, la douleur est Tunique mobile de nos jugements, de nos actions, de nos affections.

» Nous n*avons pas la liberté de choisir entre le bien et le mal. Les notions du juste et de Tinjuste changent selon les climats et les coutumes. . . »

Il est inutile de pousser plus loin l'analyse de cette œuvre immorale où Spinosa et Hobbes se trouvent dépassés. Un arrôt du parlement, en date du 6 février 4759, la condamna à être brûlée.

Uelvëtius n'avait pas cru que son amour pour la célébrité le conduirait si loin : Justement effrayé des conséquences de cette ^oire éphémère, il rédigea une rétractation de ses doctrines, ainsi conçue : < Je n*ai voulu attaquer aucune des véritëB du Christianisme que je professe dans toute la rigueur de ses dogmes et de sa morale et auquel je fais gloire de soumettre toutes mes pensées et toutes les facultés de* mon être, certain que tout ce qui n'est pas conforme à son esprit ne peut Tètre à la vérité... » Cette profession de foi, dont il est permis de suspecter la sincérité, n'empêcha pas Clément XIII de s'exprimer de la manière suivante : «... Nous avons considéré le livre de l'Esprit comme réunissant tous les genres de poison qui se trouvent répandus dans les différents livres modernes. »

Je* — Ce mot, qui ne se prend aujourd'hui qu'en mauvaise part et signifie erreur opiniâtre contre la foi, ne désignait dans l'origine qu'un choix, un parti, une secte bonne ou mauvaise. C'est le sens du mot grec A(j&eeriç;cela est si vrai que les philosophes grecs du i^i* siècle appelaient hérésie éhrétienne la religion de Jésus-Christ.

Il est nécessaire de connaître les différentes hérésies, leurs variations et les opinions de chacune des sectes qu'elles ont fait

DK PHILOSOPHIE MOliALI:: 223

éclore. Nous ne pouvons les donner ici , mais nous renvoyons nos lecteurs au dictionnaire des hérésies de Tabbé Pluquot. On y trouvera non seulement rhistoiro et les progrès do chaque secte, mais encore la réfutation de leurs principes.

Héroïsme. — Courage poussé jusqu*à la grandeur d*âme.

L'héroïsme s*ëlcve au-dessus d'une vertu commune et on diffère par le péril qu*il faut braver, les efforts qu*il faut faire et l'éclat qu'il porte avec lui.

II y a autant d'héroïsme à vaincre ses passions ou une nature mauvaise qu'à combattra un ennemi puissant. Le devoir civique a ses héros comme le devoir militaire : l'homme qui supporte avec courage et dignité les tourments de la misère mérite peutêtre mieux ce titra que celui qui risque sa vie dans un combat, car cet héroïsme est de tous les instants, souvent de toute une vie et n'a pas la gloire pour excitant.

Les stoïciens avaient tracé aux hommes une idée de perfection et d'héroïsme dont ils ne sont pas capables ; le Christianisme rectifie cette idée sans l'amoindrir : Jeanne d'Arc, saint Charles Borromée, Belzunce et saint Vincent de Paul offrent le vrai caractère de l'héroïsme chrétien.

liobbeA. -— Philosophe anglais, né en 4 588, mort en

Hobbos embrassa, pendant les guerres civiles, la cause royaliste et s'efforça de la servir par ses écrils. En 4 640 il se réfugia en France et fut chargé d'enseigner la philosophie au Prince de Galles. Il se lia à cette époque avec Gassendi, Galilée et Descartes, et adressa à ce dernier des objections contre ses médita^ tiont.

Dédaignant de s'étayor sur los travers do ses devanciers, il voulut penser par lui-même et n'émit que des doctrines paradoxales et absolues^ bien qu'on trouvât souvent des contradictions dans ses écrits.

Ses principaux ouvrages sont des éléments de philosophiey le traité du citoyen (de cive) et la nature humaine, traduite plus tard par d'Holbach.

Les systèmes de Hobbos se rapportent tous ù une idéo prînci-

iii DICTIONNAIRE RAISONNÉ

pale : la force. Toute sa philosophie est employée à la légitimer. Ce terrible ressort régit seul le monde, il est le seul principe de la morale et de la conscience. La justice n*est que la puissance. La loi, la volonté du plus fort. Ledevoir, l'obéissance du faible... aussi n'a-t-il pas échappé au reproche d'athéisme dont il se défendait.

HollMàcli (d'). — Le baron d*Holbach, né à Heidelsheim en 4723, mort à Paris en 4789, fut Tun des ennemis les plus acharnés de la religion chrétienne.

Héritier d*une grande fortune, il vint encore jeune h Paris et se lia avec tous les beaux-esprits que renfermait la capitale au commencement du xviii® siècle. Son salon devint le rendez-vous général et on comprend facilement Tinfluence que durent prendre sur cette ftme jeune et ardente des hommes tels que Diderot, d*Alembert, Grimm,Morellet,etc., tous plusftgés que lui. Ce dernier, dans ses mémoires, rapporte « qu'il se disait dans son salon des choses à faire tomber cent fois le tonnerre sur la maison... s'il tombait pour cela... »

D*Holbach ne se borna pas longtemps à être Tamphytrion des philosophes, il voulut donner lui-même < son coup de pioche à cet édifice vermoulu, âgé de dix-huit siècles qu'on appelle le Christianisme > et par la môme occasion « à cette philosophie arriérée qu'on décore du nom de spiritualisme. »

Kntré dans cette voie, il fit paraître le Christianisme dévoilé^ examen des principes et des effets de la religion chrétienne. Dans la première partie de cet ouvrage, il essaie de détruire les dogmes; dans la seconde il examine la morale et entreprend de prouver qu'elle n'a aucune supériorité sur la morale antique et sur toutes les morales du monde, « attendu, dit-il, que chez aucun peuple on n'a jamais enseigné qu'il fallut être injuste ou méchant. > Dans le troisième, il affirme que le Christianisme a eu les effets politiques les plus désastreux et que le genre hmnain lui doit tous ses malheurs depuis dix-huit siècles...

D'autres ouvrages succédèrent à ces premiers essais : l'année 4767 vit paraître Vesprit du clergé, Vimposture sacerdotale, la contagion sacrée, Vhistoire naturelle de la superstition et enfin le système de la nature, le chef-d'œuvre du genre.

Après avoir détruit, il fallait édifier, ot d*Holbach essaie de le faire dans ce Manuel de rathéisme^ ouvrage mauvais, non seulement au point de vue moral et religieux, mais mal écrit, pédantesque, lourd ot, ce qui est plus singulier, avec un fanatisme intolérant qui n'admet pas de discussion. Un seul mot suffira pour le caractériser : Le Système de la nature révolte toutes les consciences, même celle de Voltaire, qui crut devoir lui répondre dans TEncyclopédie môme. (V. TEncycl. art. Dieu).

Le bonheur, publié en 1772, réimprimé sous le nom du curé Meslier, est Tathéisme misa la portée du peuple. C'est l'un des ouvrages qui ont fait le plus de mal à la classe ouvrière et qui ont le plus contribué à cette démoralisation qui s'est traduite par les excès de 4793.

Quand d'Holbach veut s'élever, il est moins dangereux : Texagération et Tennui qui s'exhalent de sa philosophie en neutralisent l'effet; à tel point que Grimm lui-même a pu dire du livre de son collaborateur à l'encyclopédie, intitulé Le 9ffilèmê social ou principes naturels de morale : « les capucinades sur la vertu ne sont pas plus efficaces que celles sur la pénitence et sa macération. Incessamment nous aurons des capucins athées comme des capucins chrétiens, ot ils choisiront le système social pour leur catéchisme... »

Homme. — L'homme, est l'un des êtres les moins favorisés sous le rapport des sens et de l'instinct ; mais il a pour lui l'intelligence, le raisonnement, le langage et la perfectibilité.

« Faisons l'homme à notre image et à notre ressemblance • , dit l'Écriture. Gomment doit-on entendre ces paroles ?

Il ne faut voir là rien de corporel et de terrestre. Purifions notre cœur, chassons-en toute préoccupation, toute opinion basso et indigne de Dieu... Dieu est sans forme et sans figure, gardez- TOUS de rapetisser l'être infiniment grand, ne l'enfermez pas dans des idées corporelles et dans le cercle étroit de votre esprit... C'est dans sa puissance qu'il faut le considérer, car il n'y a rien en Lui qui ait quelqu'analogie avec le corps de l'homme. La forme ne saurait se trouver que dans un corps visible, et l'invisible ne peut imprimer sa ressemblance dans quelque chose de visible, pas plus que ce qui est incorruptible ne saurait être

rimagd du corruptible... Le corps de rbomme croit, diminue, vieillit, est tout autre dans sa jeunesse et dans sa vieillesse, tout autre lorsqu'il est en santé et lorsqu'il est accablé de maladies, dans la joie et dans le chagrin, dans l'abondance et dans la détresse. Gomment ce corps, siyet à tant de changements, pourrait-il ressembler à Tétre immuable?.. Non, ce n*est point par tous ces côtés que Dieu a fait l'homme à son image ; ce n'est point par l'extérieur.

Ce n'est pas non plus dans les passions que nous devons chercher la ressemblance que nous avons avec Dieu, « c'est dans la raison, maîtresse des passions, dans la raison qui s'élève bien au-dessus des choses visibles et mensongères (4). •

L'homme n'a pas sa vraie destinée sur cette terre : la mobilité de son esprit l'entraîne toujours en avant ; son inconstance ne lui permet pas de se fixer longtemps dans les mômes principes ; la curiosité lui fait rechercher sans cesse quelque chose de nouveau ; nous nous dégoûtons du bonheur même, et le sort le plus doux, pour peu qu'il dure, parait insipide et fatigant à notre inquiétude (S). < Il n'y a réellement pour l'homme que trois événements : naître, vivre et mourir : il ne se sent pas naître» il oublie de vivre, il souffre à mourir (3). »

^ Ut ad cursum equus, ad arandum bos, ad indagandum canis; sic homo ad intelligendum, ad agendum, ad laborandum natus est. (Cicéron).

— L'homme a besoin de quelque chose qui lui occupe le cœur et Tesprit. (Lacordaire).

Honneur. —L'honneur est un mot né de la civilisâttOD ; il suppose l'existence de la société ; il faut des devoirs étabUs et convenus, des relations d'homme à honmie pour que rhoniieur ait un sens. L'honneur est alors l'accomplissement strict de ees devoirs et le déshonneur leur oubli complet.

Cela admis, l'honneur doit varier avec les lois, les cUnuits, les

(1) Saint Bazile.

(2) Duffault.

(3) La Bruyère.

hommes et les préjugés. L*konneur d'une jeune veuve française lui prescrit parfois de se remarier et personne n*y voit le moindre mal ; celui d*une veuve du Malabar lui prescrit de ne pas sarvivre à son époux. Si elle échappe au bûcher, elle est déshonorée; la morale est une, l'honneur est multiple. En France, et dans le monde le plus noble, on se croit déshonoré, malgré le précepte de TÉvangile, si on reçoit un soufQet sans rendre un coop d*épée...

Par une autre aberration d*osprit de notre civilisation, Thon* neoT de l'homme le plus attaché à ses devoirs, et irréprochable de tout point, est, à la merci de la conduite de sa femme ; un fils vertueux et dévoué est déconsidéré par la condamnation de son père, on père Test par celle de son fils au bagne, ou seulement à la prison.

Gela est insensé I cela est déplorable! dit-on partout... mais cela est : le monde, la société le veulent ainsi... et on se soumet... et on reçoit avec peine dans son salon, si toutefois on le reçoit, le fils d'un homme qui s'est déshonoré !

— Pourquoi l'honneur et la vertu varient-ils selon les temps, les pays et les formes de gouvernement ? ne serait-ce pas plutôt un sentiment qu'un principe? La vertu du chrétien abhorre la vengeance, la vertu du guerrier ne peut supporter l'outrage. L'honneur de l'un est de rendre le bien pour le mal, celui de Taotre consiste à tuer son ami pour un mot ! ... (De Ségur].

Honte. — La honte provient de la conscience que nous avons d'une action qui nous enlève notre propre estime, et quelquefois aussi de la crainte d'entendre l'expression d'un blâme mérité. C'est, dans ce cas, un hommage rendu à la moralité publique.

La fausiê^honU est cette disposition qui nous fait craindre le ridicule là même où notre conscience ne nous reproche rien, et qui nous empêche souvent de remplir un devoir.

Gomme sentiment, la honte est un des plus pénibles dont l'àme puisse être affectée, parce que le remords en est inséparable ; comme manière d'être, le mot honte ne présente pas un sens moins flicheux, puisqu'il exprime un état de dégradation morale

voisin de ravilissement et au-dessous duquel il n*y a plus que Topprobre et rîgnominie.

U dépend de nous de nous mettre dans une situation morale telle que le témoignage d*une bonne conscience remporte sur la honte et nous élève au-dessus des injustices de Topinion.

Humanité. — Sentiment de bienveillance pour tous les hommes, souvent confondu avec la bonté, la sensibilité, la compassion pour les malheurs d*aulrui. Ce sentiment, recommandé par les sages de Tantiquité, a été agrandi et épuré par la religion chrétienne qui a tout résumé dans le mot admirable de Charité.

Vhumanité, prise dans le sens de Genre humain^ a une autre acception et une autre portée.

Humeur. — Caprices du caractère, quelquefois de la santé.

La différence de Thumeur chez les hommes est une preuve de Tinfluence du physique sur le moral. L'homme, en effet, est vif, calme, irritable, mélancolique, suivant la pente de son tempérament. L'honneur et le devoir du sage doivent être de combattre ces tendances pour ne suivre que la voie tracée par les devoirs de famille ou de société.

Il y a en nous une influence dont Torigine, la marche, le caractère sont indéterminés, espèce de prêtée moral, véritable puissance occulte qui gouverne tellement notre intelligence que nous croyons voir réellement les choses telles qu'elle nous les suggère, qui gouverne tellement notre volonté que nous croyons vouloir ce qu^elle nous prescrit. Il n'y a en elle rien de raisonné, rien de logique, on ne sait ce qu'elle est, d*où elle vient, à quoi elle tend. Toul parait en elle spontané, tout y est capricieux; elle modifie nos facultés, change et plie notre esprit et notre caractère. Elle leur donne quelquefois une physionomie si singulière et si inattendue que nous avons peine à nous reconnattre nous-mêmes. Tantôt riante et sereine, elle se platt à orner les objets; elle nous les fait envisager sous leur aspect le plus aimable, nous montre tout facile, flatte nos espérances, calme nos chagrins, nous dispose au calme, à Tabandon, à la bienveillance,

semble coordonner notre vie intérieure et tout ce qui nous entoure en un concert harmonieux... Tantôt sombre, inquiète, farouche même, elle jette un crôpe sur la nature, peuple Tavenir de noirs fantômes, nous agite sans motifs, nous poursuit de vagues terreurs, nous rend importuns à nous-mômos, semble nous dépouiller de nos affections les plus chères, corrompt et empoisonne tout, jusqu'à nos pensées et nous presse de répandre audehors le trouble dont elle nous tourmente au-dedans. Elle déconcerte ainsi les prévisions de la philosophie et de la morale... il y a en elle quelque chose qui échappe à Tobservation.

Plaignons ceux que tourmente cette maladie cachée et ne les condamnons pas avec trop de sévérité, car c'est sur eux que retombe principalement ses coups; une tristesse indéfinie les assiège, on poison inconnu circule dans leurs veines, Thumeur va jusqu'à emprunter, pour les opprimer, l'apparence du remords ; ils le fuyent comme un hôte importun, la nature semble avoir tari pour eux la source dos plaisirs innocents.

Quelquefois cette disposition vient dos écarts de l'imagination, d'autres fois elle est un effet naturel du tempérament ou de l'état momentané des organes. Alors la morale a peu de remèdes à porter au principe mémo du mal. Il faut savoir souffrir avec patience. Nous ne pouvons nous empêcher d'être sollicités par des mouvements funestes à notre bonheur... mais établissons un mur de séparation entre ces influences aveugles et notre propre volonté. Sentinelles vigilantes , soyons en garde cx)ntre le danger.

D'autres fois, l'humeur dépond do causes morales ; dans ce cas, agissons sur le principe : une humour chagrine est la suite naturelle de la satiété, du dégoût qui accompagnent l'excès des plaisirs, de l'abattement qui succède à la violence dos passions, des mécomptes de l'ambition, du contraste entre nos prétentions et notre situation, entre nos moyons et nos désirs ; elle est la conséquence du mécontentement de nous-mêmes, de la nécessité de couvrir des faiblesses hontouses ; il semble que de tout désordre moral s'élève comme une vapeur qui obscurcit l'horizon de rftme.

Les caractères faibles sont plus exposés que les autres à être surpris et dominés par rhum3ur : tout les blesse et ils ne

savent pas résister. Ils se contrarient, se démentent, se troublent; ils sont mécontents des choses parce qu'ils sont inhabiles à les maîtriser et d'eux-mêmes parce qu'ils trompent incessamment leur propre attente.

C'est surtout dans cette situation qu*il faut avoir recours à la douce et bienfaisante religion chrétienne qui a des remèdes pour toutes les maladies morales, des consolations pour toutes les douleurs.

— On suit en général ses passions, ses caprices, son humeur changeante. Ce qui platt un jour, déplatt Tautre. On aime et Ton n*aime pas la môme personne ; selon Thumeur du moment, on est joyeux ou mélancolique sans savoir pourquoi... Ce n'est pas là Tesprit chrétien : Tinégalité des événements ne doit jamais porterdans nos âmes l'inégalité d'humeur. C'estdans la paix d'un cœur égal que Dieu se montre. (Saint François de Sales).

Humilité. — L'humilité est la vertu essentiellement chrétienne ; c'est celle qui distingue le plus le monde chrétien du monde payen. Pour les Romains, un homme humble était un homme vil, presque méprisable; humilUé était un synonyme d'humiliation. L'humilité chrétienne, au contraire, est un sentiment de soi-même réglé sur la connaissance qu'on a de la petitesse de l'homme et de la grandeur de Dieu.

L'orgueil était le fondement du stoïcisme qui donnait tout à l'homme. Et cela est tout simple : les anciens ne connaissaient point Dieu ou le connaissaient mal, etl'ostimedes hommes étaittout pour eux. Les chrétiens savent que Dieu voit toutes leurs actions, juge toutes leurs pensées et ils se préoccupent peu du jugement des hommes. Quand nous ne sommes pas convaincus de cette vérité fondamentale, nous voulons, avant tout, poser devant nos sem* blables et pour cela nous nous efforçons de paraUre. < Si nous avons, comme le dit Pascal, ou la générosité, ou la fidélité, noua nous empressons de le faire savoir et nous serions volontiers poltrons pour acquérir la réputation de vaillant. Chacun veut avoir sos admirateurs : ceux qui écrivent contre la gloire veulent la gloire d'avoir bien écrit, et moi qui écris ceci, j'ai peutêtre celte envie... nous sommes si présomptueux que nous vou-

drions être connus de toute la terre, même des gens qui viendront quand nous ne serons plus, et nous sommes si vains et si petits que Tadmiration de cinq ou six hommes qui nous environnent nous amuse et nous contente, t

(Test, en effet, un singulier spectacle que celui de cette pauvre humanité « faisant la roue, comme le paon /hérissant ses belles plumes et découvrant pour les montrer tout ce quelle a d'infâme... (1) » Quelle est la source d*un travers si commun ? — le défaut d*humilité. L*homme vraiment humble marche en toute simplicité et ne sinquiétant pas de ce qu^on peut dire. On désire le bonheur en ce monde. Eh bien, même à ce point de vue, Thumilité est chose bonne et utile I né avec un grand fonds d'orgueil et de vanité, Thomme est constamment froissé par la vanité et l'orgueil d*autrui ; à chaque pas, une déception ou un soufQet à son amour-propre, qu*il évitera en étant < doux et humble de cœur, » de cœur, entendez-vous ? car avec une fausse ou feinte humilité le cœur saigne et souffre... avec une douceur et une humilité réelles^ ou souffre moins et Ton obtient plus.

U est cependant permis de montrer que cette humilité n'est point de la lâcheté ou de la sottise : il y a dans le maintien de Thomme humble une dignité douce, contre laquelle Timpertinence vient se briser.

L*orgueil etTégoîsme sont les vices les plus communs à Thomme et les plus enracinés dans sa nature. Ils se traduisent à son insu dans toutes ses actions, dans ses causeries intimes : ayez avec vingt personnes une conversation confidentielle, vous on trouverez dix-neuf qui vous raconteront leurs griefs et leur indignation ; ils semblent tous pleins de colère contre Tiniquité, comme s'ils fussent restés seuls honnêtes et probes sur cette terre. Leur pays est le pire, leur siècle le plus corrompu ; le riche est toujours un avare, le pauvre, un dissipateur, ils n*ont eu à faire qu'à des ingrats... En un mot, ils médisent de tous les individus composant la Société et n'oublient qu'eux-mômos. C'est toujours la poutre et la paille, toujours le défaut d'humilité...

Les âmes réellement humbles sont toujours contentes, la joie rejaillit sur leur visage.

(1) Saint François de Sales : Introd, à la vie décote.

— La fausse humilité est la quintessence de l*orgueil.

(Massias).

— L*orgueii divise les hommes, Thumilité les unit.

(Lacordaire).

— Celui qui de rien fit le monde A promis à Thumilitë, Cette vertu simple et profonde, La gloire pour rÉtemité.

C'est à cette fleur demi-close Qu'il ouvre la porte du ciel :

Ce Rien, devenu grande chose, Brille d'un éclat immortel !

(Marie de Beauval).

Hypocrisie. — Vice qui consiste à affecter une vertu, un sentiment qu'on n'a pas.

L'hypocrisie est un degré de plus dans la dissimulation; celle-ci n'est qu'un manque de franchise ; l'hypocrisie, au contraire, a presque toujours pour mobile des espérances de profit, de vengeance, d'ambition, ou tout autre mauvais instinct. L*hypocrite est plus que momentanément dissimulé ; il est maître de lui et ne jette le masque que lorsqu'il est arrivé à son but.

L'hypocrisie la plus coupable est celle qui porte le masque de la religion. C'est un vice odieux, et saint Paul lui-même recommande d'éviter ceux qui ont l'apparence de la piété sans en avoir Tesprit ni la vertu.

Mais n'estrolle pas odieuse aussi cette affectation cynique de braver les bienséances, de mépriser ouvertement la religion de la majorité d'un pays et d'en violer les lois sans aucune retenue, sous prétexte de franchise et de sincérité.

— L'hypocrisie est un hommage que le vice rend à la vertu.

(La Rochefoucauld).

Idéalisme* — Il y a deux idéalismes : Tun nie la réalité des objets extérieurs, les regardant comme de simples perceptions produites par l'activité du sujet pensant. L*autre, sans nier cette réalité, la considère comme problématique.

Il ne faut pas confondre Tidéalisme avec le rationalisme et le spiritualisme. Le premier est opposé au réalisme et le rationalisme est la théorie qui veut que la raison puisse produire certaines connaissances sans le secours des sensations. Il est aussi opposé au sensualisme qui considère les sensations comme les éléments indispensables de toute connaissance. Le spiritualisme enfin est la doctrine qui place l'esprit au-dessus de la matière, et il est opposé au matérialisme qui ne voit partout que la matière.

On a considéré Platon, Descartes, Malebrancbe, Leibnitz, Kant et Berkeley comme des idéalistes, mais aucun d'eux n'a nié la réalité. Platon a dit, il est vrai, que les idées seules existent, mais il niait seulement, comme Tont fait les Cartésiens plus tard, l'existence d'une inQuenco physique du corps sur les choses intellectuelles ; l'idéalisme de Kant ne repose que sur ce principe que la matière de l'expérience est fournie par la sensation, mais que ses formes existent en nous a priori.

L'idéalisme occupe une grande place dans l'histoire de la philosophie, on le trouve déjà au berceau de la science et on le voit reparaître sous diverses formes à toutes les époques ; mais c'est en Grèce qu'il a, pour la première fois, revêtu une forme scientifique : illustré par Socrate et Platon, il est devenu un système complet. Ces deux grands philosophes n'ont jamais été dépassés, et l'idéalisme, depuis eux, est resté stationnaire, malgré les efforts des philosophes allemands pour le ressusciter. On le connaît sous trois formes différentes : l'Idéalisme tempéré de Platon — l'Idéalisme rafr/ec/i/* de Kant et l'Idéalisme absolu d'Hegel. Toutes les autres théories peuvent se rattacher à celles-là... mais nous nous arrêterons ici pour ne pas dépasser le domaine de la Philosophie morale.

lUuttlona. — Apparence fausse et trompeuse, erreur des sens ou de Tesprit qui fait paraître ce qui n'estpas. ImagiDations, rêves, chimères qu'on prend pour des réalités. Ce sont les illusions de la gloire qui soutiennent le courage et excitent Tardenr du savant, de Tartiste ou du guerrier.

L'illusion est 6Ile des passions qui nous aveuglent presque constamment dans le court passage de la vie. Qu'est-ce, en effet, que la passion ? — Une impulsion de nos organes que la perversion de la volonté entraîne au-delà du besoin de la nature ou du sentiment moral. La passion fait sortir Tâme de son état naturel et la met dans un état de souffrance.

Dans le délire des passions se trouve le délire dos illusions. Nous portons à chaque instant, à notre insu, des jugements faux ou ridiculement exagérés : un homme effirayé voit des fantômes et rit de ses créations fantastiques, quand sescraintes sont dissipées. Un homme passionné, dont le feu s*est éteint, cherche en vain les perfections imaginaires dont l'a doué l'objet de sa tendresse. Peu s'en faut qu'il ne croie que l'objet n'est plus le même, quand lui seul a changé. L'homme haineux et prévenu voit des crimes dans les fautes les plus légères de son ennemi. La réconciliation arrivée, la culpabilité s'est évanouie.

Ainsi dé tout : on pare ce qu'on désire des couleurs les plus brillantes dont Tillusion puisse charger la palette. Lepossède-tron, on est de suite rassasié, on se prend à désirer encore, pourarriver encore à la satiété et au dégoût.

Les illusions de l'âge mûr sont d'une tout autre nature que celles de la jeunesse. En perdant les premières, on rit de soi ; on éprouve un certain plaisir à connaître enûn la vérité, on s'attache à ce qui semble plus vrai, à un ami ; notre égolsme nous fait croire à une affection profonde, inaltérable... le temps vient nous détromper et briser, une à une, les idoles que nous nous étions faites.

Heureux alors, si nos yeux dessillés voient plus loin et plus haut 1

Il ne faut cependant rien exagérer, il ne faut pas renoncera toute illusion on ce monde, car s'il en était ainsi, l'univers serait décoloré pour nous, l'amour et l'amitié perdraient tous leurs charmes, les poètes briseraient leur lyre, la jeunesse perdrait ce qui

fkit son bonheur et la triste vieillesse serait privée de consolations. Le vide du néant ne serait pas plus affreux que ce monde désanchanté i

Que faire alors? — Ne garder de nos illusions que ce qui esi compatible avec cette douce religion dont les promesses deviennent une vérité.

Imagination. — Ce n*est pas toujours dans la réalité de la vie qu*on trouve le bonheur. Il est plus dans Tidée que dans le fait. Nous ne vivons guère dans le passé, pas du tout dans le présent, mais bien dans l'avenir - Bst^il riant ? Nous sommes heareax. EsMl sombre? nous sommes malheureux. — Qu'est-ce qui le fait riant ou sombre ? Timagination. C'est donc Timagtnation qui fait le plus souvent notre bonheur ou notre malheur en ce monde. Montaigne Ta nommée la foUe du logis. Bien folle en effet, car elle y met le feu, et récompense ainsi les hôtes qui Taccueillent et lui ouvrent la porte à deux battants. Elle nous peint les sentiments et les choses avec des couleurs plus brillantes que celles offertes par la nature. Elle crée une existence idéale près de laquelle tout pâlit.

A un autre point do vue, Timagination nous berce des plus décevantes illusions d*amour-propre, d'ambition, de vanité, ou elle nousjettedans les tortures de la peur et nous inspire les actions les plus lâches. Rien de haut et de saint qu*elle n'attaque et n'essaie de détruire, en le soumettant à ses caprices : tous les genres d'enthousiasme et de fanatisme naissent d'une imagination désor* donnée, à laquelle on a trop laissé la bride sur le cou.

C'est, en effet, un singulier guide que l'imagination : mélange d'intelligence, de réminiscences et d*aspi rations, elle vagabonde à notre insu, sans notre participation, avec une incroyable vitesse.

C'est un fait bien connu, que nos conceptions se réveillent mutuellement. On en trouve un exemple frappant dans l'ouvrage d*un auteur contemporain : « En lisant au coin du feu, nous dit-il, on livre où se trouve la description d'une vallée pittoresque, cela me remet en mémoire un voyage qui m'a été doux et je le refais par la pensée ; je vois dans la vallée des vaches magniGques qui me rappellent celles de Rosa Bonheur, que j'ai admirées au Luxembourg, dont je parcours aussitôt les galeries; je revois par

les yeux de rimaginaiion et du souvenir tous les chefs-d'œuvre dlogres et do de Flandrin ; je m'arrête devant cette Minerve, à laquelle Gatteaux a imprime un si haut caractère de fierté, tempérée par la grâce de la femme, cette contemplation me reporte à une œuvre d'un autre genre, à la statue de d'Assas que j*ai si souvent admirée au Yigan... Une fois dans ce doux pays, j'erre avec délices dans cette Suisse en miniature, si souvent parcourue dans mes promenades, pendant les plus belles années de ma vie. J'en vois les cascades, les torrents; j'en suis les contours au-delà de ses montagnes et me repose dans ce château patriarcal, baigné par les eaux de TArre, entre l'aïeule qui file, comme au temps de la reine Berthe et les gracieuses jeunes filles, qui folâtrent sous les bosquets... D'autres pensées plus intimes suivent ce rapprochement; ma jeunesse entière se déroule, et cette vue rétrospective me conduit à des rêves d'avenir... Là, je me trouve si loin du point de départ, que j'ai peine à le reconnaître. D'autres fois, ce sont des réminiscences de lectures qui varient à l'infini * r4en ne limite l'horizon qui s'étend devant moi. Il n'y a pas une conception qui no soit liée à une multitude d*autres, dont chacune peut à son tour en appeller mille, et ouvre ainsi à la pensée» dans une infinité de directions, un champ illimité et des perspectives sans bornes. L'esprit s'y meut avec une rapidité telle que, pour se transporter d'un pôle à l'autre, en passant par une série de points intermédiaires, il lui a fallu moins de temps qu'il n'en faut pour écrire un seul mot. Ce phénomène remplit, en quelque sorte, la vie intellectuelle tout entièro et se continué jusque dans le sommeil... »

L'imagination ne s'empare pas toujours de nous violemment, mais nous conduit peu à peu, par des routes gazonnèes ; elle ne nous montre que des fleurs et flatte à la fois tous les sens, jusqu'à ce que, égarés et la tète perdue, nous tombions dans les précipices que couvrent les roses. Elle est donc pour nous un ennemi caché, un ennemi dangereux, quand elle n*est pas un auxiliaire utile. Aussi, est-il essentiel de la soumettre et de la faire obéir, si cela est possible.

a Le cerveau, dit Fénelon, est un petit réservoir de l'imagination; nous y trouvons, à point nommé, toutes les images dont nous avons besoin ; on les appelle, elles viennent ; on les renvoie.

elles se renfoncent je ne sais où, et disparaissent pour laisser la place à d'autres. On parvient à fermer et à ouvrir son imagination, comme un livre dont on tourne à volonté les feuillets. On passe soudainement d*un bout à l'autre ; on a môme des espèces de tables dans la mémoire, pour indiquer les lieux où se trouvent certaines images reculées... »

Horace, dont l'esprit était très posititif et qui combattait à outrance l'imagination, disait c que le bonheur était loin d'elle et de son prestige, dans un esprit calme et un corps sain. » Mais cet esprit calme, exempt des prestiges et des dangers de l'imagination, comment l'acquérir ? comment répudier c^tte redoutable enchanteresse, quand elle nous met sous le joug? Par des lec* tures, qui, au lieu de nous jeter dans ces champs sans limites qu'elle aime à parcourir, nous conduisent au vrai ; par des habitudes de piété, qui ramènent tout à sa jui^te valeur et ne font voir de bonheur réel, qu'après les épreuves de cette terre ; par une vie sobre et réglée ; par l'amour de la famille et l'accompli sèment des devoirs.

— Quand l'imagination est en équilibre avec les autres facultés, elle en est la vie ; quand elle les domine, elle les précipite dans le bizarre, le chimérique et l'absurde.

(Massias).

— C'est dans les organisations les plus faibles que l'imagination fait le plus de ravages. (Shakspeare).

Imitation. — Les lois qui régissent en nous l'instinct de l'imitation offrent beaucoup d'analogie avec celles que gouvernent les habitudes. A la vile des actions exécutées par les autres hommes nous exécutons des actions semblables avec plus de facilité et de promptitude, nous les répétons sans qu'il nous soit nécessaire d'en concevoir les motifs et d'en combiner les plans. L'empire de l'imitation s'étend sur la vie extérieure organique ; elle apporte dans la pratique une grande économie de soins, de fatigue et de temps ; elle rend commune à un grand nombre l'expérience et l'habileté acquise par quelques-uns.

Elle a cependant son danger : elle dispense de tout travail

intëriear; elle prévient le choix et enchaîne jusqu'à an certain point la liberté.

Pour éviter ce péril, il faut en morale, comme dans les arts, contempler les modèles^ mais seulement pour se pénétrer de leur esprit et agir par soi^me en toute liberté.

— L'instinct d'imitation est l'un des instincts les plus prononcés de l'enfance. (M"^ Montmarsan).

Immortalité. — Le corps étant périssable et devant nécessairement 6nir, le mot immorialUè ne peut s'appliquer qu'à l'Ame. Pour que cette dernière puisse survivre au corps, il faut qu'elle en soit distincte. C'est ce que nous avons déjà établi, (V. le mot âme) et nous n'aurons que quelques mots à ajouter.

L'âme est immortelle, tout le prouve ; et surtout la puissance et la bonté de Diea ; la soaffranoe physique et morale ici-bas ne peuvent être niées et ne pourraient se ^concilier sans l'immortalité de l'âme. La raison ne peut admettre an Diea iqjaste et cruel...

— Ici-bas le devoir ; le ciel après celle vie. Voilà ce que Dieu nous a donné. Que pouvait faire de plus pour nous un Dieu et un père?.. Nous nous plaignons de la route ; qu'importe que nous soyons déchirés par les ronces si nous sommes sûrs d'atteindre le but t Oh 1 la honteuse et lâche querelle! Il y a une chose qu'il faut ignorer, c'est la souillure. Que le nom de Dieu soit bénil (J.Simon).

— Ce que le spiritualisme, d'accord avec la foi instinctive du genre humain, appelle l'immortalité, c'est rimmortalité de la personne, de cette âme particulière qui a pensé, aimé, agi, latte, souffert, durant une vie plus ou moins longue ; c'est la pefsistance de cette existence individuelle, gardant, après la mort, la physionomie qu'elle s'est créée, le signe de la réalité diBtlncie, cette immortalité seule nous intéresse ; toute autre nous laisse insensibles. Qu'estr-ce, en effet, pour nous que le principe métaphysique de notre âme, dépouillé de ce qui fait notre vie propre, la pensée, le sentiment, la liberté ? ce que je connais de md, c'est moi-même, c'est ce qui en moi pense et veut, sachant ce

qu*il pense et ce qu'il veut, ce qui possède l'existence actuelle et relie cette existence au passe par la mémoire. Par quel effort d'abstraction pourrai-je m'intëresser aux destinées métaphysiques de ce je ne sais quoi qui n'aurait plus rien de ce qui a fait ma personne et ne serait plus moi ? (Caro).

Impatience. — L'impatience n'est pas un vice, tout au plus un défaut de caractère, une habitude de vivacité qui tient le milieu entre le calme et la colère.

Ce peut être aussi une maladie nerveuse un peu semblable à l'ennui et qui nous porte à ne nous trouver bien nulle part et à désirer constamment un changement de position. C'est, dans ce cas, une sorte d'aspiration morale perpétuelle à un meilleur état de choses.

Impiété. — Mépris formel et affecté de la religion.

L'homme qui a des doutes et les exprime n'est pas un impie; on doit le plaindre plutôt que le blâmer ; on doit surtout essayer de le convaincre des vérités de la religion.

L'impie est le blasphémateur qui foule aaz pieds ce Dieu auquel il croit souvent lui-môme lorsqu'il veut descendre au fond de son cœur.

Imposture. -— L'imposture est le mensonge élevé à sa plus haute puissance, le mensonge politique, philosophique ou religieux. Numa, disant qu'il recevait les conseils d'Êgérie, était plus qu'un simple menteur, mais, comme tant d'autres il abritait sa conscience sous le titre de bienfaiteur de son pays. Quel que soit le but, la vérité et la loyauté valent mieux.

Imprévoyance. — Sorte d'étourderie vi^-à-vis de l'avenir et qui entraine souvent des malheurs qu'on aurait pu éviter. Elle peut provenir aussi d'un défaut de raisonnement.

Impudence* — Hardiesse insolente. Tendance à commettre, sans rougir, des actions que réprouvent les lois morales.

240 J)IGTIONNAIRE RAISONNÉ

Chaque nation a, selon son caractère, son genre d'impudence : celle d'un Français brave tout, à l'aide d'un trait d'esprit; celle de l'Italien a quelque chose de bassement bouffon ; celle d'un Anglais est fière et chagrine ; mais sous quelqu'aspect qu'elle se présente, elle dénote toujours l'absence de cœur, un esprit peu délicat et un manque d'éducation.

Impudicité* — Amour des voluptés sensuelles contraires à la pudeur et à la chasteté. Il n'est point de religion qui la condamne avec plus de sévérité que le Christianisme et l'on ne doit pas s'en étonner en se rappelant les derniers temps du Paganisme de Rome, de la Grèce et le degré d'abrutissement où ces peuples étaient tombés. Saint Paul en a tracé le tableau et nul ne pouvait connaître mieux que lui les mœurs de son temps. Jésus-Christ l'a combattu de la manière la plus radicale lorsqu'il a dit : « celui qui regarde une femme dans le dessein d'exciter en lui de mauvais désirs a déjà connu l'adultère dans son cœur. » C'est par la môme raison que les Pères de l'Église ont tant relevé le mérite de la virginité et posé des maximes si austères sur la chasteté du liiariage.

Inceste. — Mariage ou commerce illicite entre des personnes parentes ou alliées dans les degrés prohibés.

Cette union n'a pas toujours été criminelle : au commencement du monde, les fils d'Adam et d'Eve n'ont pu épouser que leurs sœurs ; mais à mesure que le monde s'est peuplé et lorsque la société civile a été établie, la décence et le bien commun exigeaient que les mariages entre proches parents fussent défendus, non seulement afin de former des alliances entre les différentes familles et de multiplier les liens de société, mais parce que la familiarité qui règne entre proches parents deviendrait dangereuse s'ils pouvaient espérer de contracter mariage ensemble. Cette défense est donc fondée sur la loi naturelle, sur la loi de rÉglise et conforme à l'intérêt général de la société.

Ineoneéquenee. — L'homme n'est pas complet : il sait beaucoup de choses et en ignore beaucoup. De plus il a des passions et il y cède souvent sans s'en douter. De là Tincoiisé-

quence. Elle provient chez les uns de la légèreté de l'espril, chez d*aulres du caractère.

Linconséquence n'est pas seulement dans Thommo, elle est dans les mœurs et les lois d'un peuple. Le duel en est une preuve au milieu de tant d*aulres : Dans Ja majeure partie de TEurope on l'admet et on le punit ; on plaint un homme difforme et on le raille; on plaint plus encore le fils d'un voleur ou d'un assassin et on le repousse I . . la société est pleine de ces inconséquences.

Inconstance* — Facilité à changer d'opinion, de résolution, d'affection ou de conduite.

L'inconstance est le signe d'un caractère faible ou impressionnable, d'une imagination vive et mobile. C'est la mobilité et la légèreté réunies.

Incontinence. — L'incontinence occupe, dans la hiérarchie des vices, la même place que la chasteté dans l'ordre des vertus. Cette dernière, en effet, combat et surmonte les désirs des sens tandis que l'autre cède à leur délire. Ce vice, dont le principe est tout matériel, porte dans ses effets les plus graves atteintes à la morale : il étouffe la voix du devoir et va jusqu'à faire méconnaître les plus saintes lois.

Le Paganisme tolérait, encourageait môme l'incontinence, puisqu'il élevait des statues et des autels à Vénus et à Priape, nous n'avons pas besoin de dire que c'est l'un des vices que le Chris^anisme flétrit avec le plus d'énergie.

Incrédulité. — L'incrédulité n'est pas toujours le contraire de la crédulité, comme l'impatience est le contraire de la patience. Ce mot indique le plus souvent une sorte d'obstination à ne croire que ce dont on est matériellement certain. C'est l'état de l'homme qui résiste à une croyance religieuse ou qui la rejette comme peu fondée et nullement prouvée.

Au milieu des voix discordantes qui se font entendre de nos jours sur la religion, le spiritualisme et le matérialisme, il est facile d'en distinguer une qui prime toutes les autres, celle de l'incré- (iulité ; non plus légère et railleuse, comme au xviii* siècle, mais

dërieuBe, parfois mélancolique, et, par cela même, plus séduisante. C'est au nom du progrès, de la liberté, de la dignité de l'âme, c'est-à-dire de ce qu'il y a de plus noble el de plus sacré, qu'elle s'adresse à notre génération et qu'elle Tinvite à dire pour jamais adieu à la foi de son enfance. Les tristes paroles d'un auteur contemporain, qui ont la prétention de sonner le glas funèbre du Christianisme, n'expriment que trop fidèlement l'incrédulité qui domine aujourd'hui dans les hautes régions de la science et se répandent de là dans toutes les classes de la société. On ne peut guère se le dissimuler, nous sommes en présence d'une nouvelle et grande conspiration, non seulement contre la foi chrétienne, mais contre toute foi religieuse. Les coryphées de l'incrédulité proclament hautement que le cycle des religions est définitivement fermé et qu'il faut tout bonnement rayer Dieu de la pensée et de la vie comme une vieille hypothèse dont la science moderne n'a que faire. Cet athéisme est d'autant plus dangereux qu'il ne se présente pas comme une simple révolte oo une débauche de l'esprit, mais comme une doctrine qui a pour but d'afflranchir les peuples ; voici, en effet, comment s'exprime l'un des principaux adeptes de Tathéisme contemporain (4). t La foi en un Dieu per-> sonnel et vivant est l'origine et la cause fondamentale de aotre misérable état social. L'idée de Dieu est la dé de vaâte d'une civilisation vermoulue, détruisons-la 1 Le vrai chemin de la liberté, de l'égalité et du bonheur social, c'est l'ath^sme ; point de salut sur la terre tant que l'homme tiendra au ciel par un ÛL». Que rien n'entrave désormais la spontanéité de l'esprit huoiain, apprenons à Ih'omme qu'il n'a pas d'autre Dieu que lui-mèmey qu'il est VcUpha et ï oméga de toute chose, l'être supérieur et la réalité la plus réelle».

Ces paroles insensées n'ont pas besoin de réfutation.

Indéeeaee. — Action, geste ou propos propre à Uesser les convenances ou la pudeur. Les mœurs ont fait bien des pro* grès sous ce rapport, mais pour excuser nos pères, on peut dire qu'autrefois, s'il y avait plus d'indécence dans le fait, il y en avait moins dans l'intention. La décence a progressé eo raison

(1) Guillaume Marr.

inverse de la naïveté. Il faut aassi tenir compte de Tinnocence des mœars : Telle nudité qui, en Europe, an xix° siècle, serait le comble de Tindécence, est simple et naturelle dans les lies de rAmérique : a La chasteté, dit Cooper, est Tune des principales vertus des indigènes du Nouveau-Monde. •

Indlépendance* — Indépendance n'est pas tout à fait synonyme de Liberté. L'indépendance de Thomme est le plus souvent le résultat do son caractère, de sa fortune ou de sa position sociale. Elle consiste à se passer de tout secours étranger, à se mettre au-dessus des préjugés.

En est-il de bien réelle en ce monde, surtout au sein de notre civilisation européenne?... C'est cependant un grand mot 1 le plus beau, le plus sonore et le plus à la mode, depuis quelques années. La chose est belle aussi, sans doute, mais n'est-elle pas, comme le Bathmendi des Persans, impossible à trouver, ou plutét la comprend-on bien ?

En voici une définition prise dans l'un de mes anciens ouvrages (4 ).

« L'homme indépendant est celui qui, libre de tout frein, de toute entrave, peut faire ce qui lui platt, n'agir que selon ses caprices et n'a de lois à recevoir d'aucun supérieur. > Voilà ridée qu'on se fait de l'homme indépendant. . ■ et puis, venant aux exemples, on prétend que l'avocat, le médecin, le rentier, le riche désœuvré, sont des hommes indépendants, et l'on envie leur sort. Examinons de plus près chacune de ces professions.

L'avocat est-il plus libre, plus indépendant que l'administrateur ? — J'avoue que dans cette dernière carrière il y a peu de liberté et que, depuis l'expéditionnaire d'une préfecture jusqu'au ministre lui-même, on ne voit pas la trace de l'indépendance, et ce dernier est peut-être le plus esclave de tous, ce qui prouve déjà que ce n'est pas le rang qui donne la liberté.

Hais l'avocat n'esWil pas aussi soumis à des clients importuns, exigeants, à des avoués plus importuns encore ? Ne faut-il

ri) Le Prieur de C/iamouny, fragments de morale. 3« édition

pas être éloquent à jour fixe, que le corps soit dispos ou malade, la tète chargée d'ennuis ou de désirs bien étrangers à la cause? Ne faut-il pas, sous peine de perdre sa clientèle, et son état, parler des heures entières sur un sujet fastidieux, rebutant, qu*on a passé la nuit à étudier, car on a à peine un jour pour ce travail d'où dépend souvent la fortune d'une famille ? Et si vous négligez une partie de ce labeur tyrannique, si vous omettez un point essentiel, vous voyez tomber sur vous le sourire sardonique des juges, la colère de Tavoué, qui suit tous vos mouvements, et le désespoir du plaideur qui vous accuse de la perte de son existence. Certes, on ne dira pas que ce soit là une profession indépendante !

Le médecin ? Celui-là au moins n'a ni juges, ni avoué, il est libre de guérir ou de tuer son malade, sans avoir personne à consulter que lui ; et si on malheur arrive, nul n'a le droit de s'en occuper, car nul n'a pu juger l'état du malade, mais le malade lui-même n'est- il pas le plus insupportable des tyrans ? Et, cet impérieux devoir qui vous fait sortir du lit au cœur de l'hiver après une journée fatigante, lorsque vous croyez avoir gagné ces quelques heures de repos si nécessaires à votre santé? Et ce public qui vous juge à tort et à travers et qui se sert avec tant d'indifférence de cette phrase cruelle : « Le pauvre X... est mort hier... c'est son docteur qui l'a tué, ces médecins sont si ignorants t... > Un voyage, le plus délicieux des délassements, est-il permis aux médecins 7 Certes non ; ils sont prisonniers d'état, forcés d'être toujours là, sous peine du blâme universel et d'un hourra général, si quelque moribond, qui n'avait que huit jours à vivre, s'est avisé de trépasser vingtr-quatre heures avant la prévision du docteur... Pauvre docteur I

Mais le rentier t le rentier de Paris, voilà l'indépendant par excellence. 11 se lève à neuf heures , sort pour lire les journaux et prendre son chocolat ; appuyé sur sa canne, s'il est vieux, balançant coquettement son stick, s'il est jeune, il fait un tour de boulevards pour digérer, un second pour regagner de l'appétit, s'en vient dîner, gronde ses gens, va prendre sa demi-tasse, fait sa partie d'échecs au café de la régence, se promène deux ou trois heures sous les tilleuls du Palais-Royal, lit les journaux du soir, va savourer une glace chozTortoni, voit jouer quelques

parties de billard et rentre content de lui et de sa journée. Voilà une vie heureuse et indépendante ou il n*y en a point au monde.

Examinons... Et d*abord on ne niera pas que cette existence est la plus monotone entre toutes les existences d*homme. Personne n'en voudrait, à la condition de faire tous les jours la même chose. Eh bien ! c*est cependant une chose forcée, premièrement par l'habitude, qui défend de rien changer h ce qui se fait chaque jour, si on le fait depuis quelques années ; secondement par la santé, qui se dérange à la moindre infraction à ces règles si bien tracées... troisièmement enfm, par Timpuissance où Ton s*est mis de faire quelque chose d*utile à la société.

Mais ce n*est rien : survient-il une contrariété à cet être privilégié, une maladie ou un procès par exemple, le voilà au désespoir ; il faut déranger tout cet engrenage si bien ordonnancé, les heures du café, du cercle, des échecs, de la promenade passent, et ce sont autant de coups de poignard pour Tinfortuné plaideur qui met vingt fois le jour en délibération s*il n'abandonnera pas son procès pour regagner ses habitudes. Et comptez-vous pour rien Texigence d'un pareil être ? Cette exigence qui lui rend la vie dure, en ameutant contre lui la foule des gens qui le servent et qui, n'ayant pas des habitudes aussi enracinées que les siennes, se permettent de n'être pas, conmie lui, esclaves des heures.

Supposez maintenant que ce tableau est exagéré... si le rentier n'est pas aussi attaché à ses habitudes, il aura un mal plus cruel encore ; il sera dévoré par l'ennui, maladie épouvantable qui gagne, ronge et Gnit par tuer les désœuvrés t Parmi les indépendants, celui-là est encore le plus malheureux. Et quel est celui qui consentirait à abdiquer sa dignité d'homme pour jouir de cette indépendance, tant vantée parce qu'elle n'est connue d'aucun de ceux qui la préconisent ?

Continuons cet examen : Le fonctionnaire est à son bureau une bonne partie de sa journée, le négociant à son comptoir, le député et le sénateur doivent assister aux séances, le juge est cloué sur son fautouil pandant les longues heures d'audience, le journaliste doit improviser un article par jour, n'eût-il rien à dire à ses abonnés, le comédien est condamné à faire rire le public, bien qu'il ait lui-même la mort dans l'àme.

Nous n*eD finirions pas si nous voulions compléter cette nomraclature.

Il est cependant une indépendance vraie et désirable ; celle-là consiste à n*obéir qu*à notre raison, à notre conscience, et au devoir, après avoir fait tous nos efforts pour les éclairer le plus possible. Nous ne sommes plus tyrannisés alors par le supérieur, le client, le malade, les habitudes, les passions ou l'ennui, nous sommes sous la dépendance de la loi morale, providentielle, qui a tout réglé et qui régit tout pour le bien général ; nous sommes alors meilleurs et plus heureux.

IndiflR&rence. — L'indifférence est Tétat d'une personne qui ne s'intéresse à rien. Elle n'est cependant ni de Tinsensibilité, ni de Tindolence, ni de l'apathie. L'indifférence est dans l'esprit, l'insensibilité dans le cœur, l'apathie et l'indolence dans le tempérament.

Le domaine de l'indifférence se rétrécit à mesure que l'intelligence se développe.

L'indifférence, est en général le lot des vieillards. — Pourquoi? — parce qu'ils ont beaucoup vu, beaucoup souffert, beaucoup appris, qu'ils n'ont plus d'illusions, et, un peu aussi, parce que l'avenir ne leur appartient pas.

Le matérialisme mène à l'indifférence : en effet, si tout meurt avec le corps, les maximes de l'équité, de l'amitié, de l'honneur, de la bonne foi, de la reconnaissance ne sont donc plus que des erreurs populaires, puisque nous ne devons rien à des hommes qui ne sont rien, auxquels aucun lien commun de culte et d'espérance no nous lie, qui vont demain retomber dans le néant et qui ne sont déjà plus.

« Si tout mourt avec nous, dit admirablement Massillon, les doux noms d'enfant, de père, d'ami, d'époux sont donc des noms do thcàtro et do vains titres qui nous abusent. Si tout meurt avec nous, les lois sont une servitude insensée ; la justice, une usurpation sur la liberté des hommes ; la pudeur, un préjugé; l'honneur et la probité, des chimères... et toute l'harmonie du corps politique s'ëcroulo et le genre humain n'est plus qu'an assemblage d'insensés, do barbares, de furieux, qui n'ont plus

d^aulres lois que la force, d'autre frein que leurs paisions, d'autres dieu\ qu'eux-mêmes 1.. . »

Indolence. — L'indolence n'est pas précisément la paresse; elle tient davantage au tempérament et n*est pas aussi condamnable ; cependant, il faut la combattre, car elle entraîne la négligence de nos devoirs et nous empêche de profiter des circonstances utiles à notre avenir. L*homme est né pour l*action et on ne peut excuser l'indolence que lorsque l'âge ou la maladie ont glacé nos sens.

Indulf^ence. — Disposition à supporter les défauts des autres et à pardonner leurs fautes.

Bienveillance baséo sur le sentiment de la faiblesse et l'imperfection de notre nature. C'est le caractère de la vertu éclairée.

Cette qualité est, en général, celle des hommes qui n'en ont pas besoin pour eux-mêmes et elle n'est jamais aussi rare que chez ceux qui prêtent à la critique. Elle est excellente dans une certaine mesure, mais elle ne doit s'appliquer qu*aux défauts et jamais aux vices ni au crime.

Dans nos relations avec la société, les vertus les plus utiles sont la bienveillance et l'indulgence. La franchise est bonne sans doute, c'est aussi une vertu, mais il no faut pas dépasser les bornes ; on redoute dans le monde un homme dont la franchise est hostile ou trop rude. Il ne faut pas sans doute encourager les vices, flatter les passions, enhardir les désordres, mais juger les fautes et les travers avec une certaine indulgence, afin qu'on nous pardonne les nôtres. Et puis, n'arrive-t-il pas que telle idée qui, d'abord, nous a paru vraie, nous semble aujourd'hui fausse? Accordons à nos adversaires le droit de se tromper aussi.

(V. les mots bienveillance et franchise).

Inf^ratitude. — L'ingratitude n'a pas besoin d'être définie, elle n'est que trop connue ; elle est de tous los siècles et dans tous les climats. On peut la modifier, mais non la déraciner. Fille de l'égoïsme, elle porte partout, comme l'ôgoïsme, son poison mortel. Ceux qui s'aiment trop, dit Virgile, rappor-

tent tout à eux, sans savoir gré de rien aux autres (4 ); aussi traçons-nous sur le sable les bienfaits que nous recevons, pendant que nous gravons sur le marbre le mal qu*on nous fait.

D*où vient cette infirmité du cœur humain ? — Cest, hélas I que les bienfaits s'échangent contre Tingratitude, plus par Texigence du bienfaiteur que par Foubli du bienfait (2). Si nous faisions du bien sans attendre, comme récompense, la gratitude des hommes, nous ne nous tourmenterions pas en les voyant oublieux et souvent mauvais pour nous. Aimons et secourons nos frères, disait avec raison saint Jean, mais n'attendons rien d'eux. Aimons Dieu et attendons tout de lui. »

— Il est plusieurs espèces d'ingrats. Leur crime, car c'en est un, est toujours le même, mais il varie à l'infini suivant les circonstances : ingrat qui nie le bienfait qu'il a reçu, ingrat qui le cache, plus ingrat qui l'oublie.

En général nous ne voyons que le moment qui s'écoule rapidement. De là vient l'ingratitude envers la mère qui nous a soigné, le précepteur qui nous a instruit ; on ne met pas seulement le bienfait au passé, on le met au néant. Rien n'est plus infidèle que la mémoire de ceux que l'avenir seul préoccupe.

(Sénèque).

— L'ingratitude n'est quelquefois qu'une certaine pénétration qui nous fait découvrir le vrai motif du bienfait. — Les bienfaits nous lient aussi étroitement que les devoirs. (Bacon).

Innocence. — Ce mot a plusieurs acceptions : le bien et le mal n'étant pas encore connu dans la plus jeune enfance, on a appelé cet âge l'âge d'innocence.

Plus tard, cette qualité, presque négative, prend un caractère plus positif et devient une vertu.

Dans l'acception judiciaire, Innocence signifie seulement nonculpcLbilité.

(1) Qui amant ipsi sibi omnia finguot.

(2) I Bcnefici ordioariameote si vedano contra cambiati con ingralitudine iofioita più deirirapertiDenza che il benefattore usa nell'esigere la gratitudine deU'obligo altnii^ che per la discortesia di chi riceve benefizio. (S. Pellico).

Enfin, dans le langage un peu ironique du monde, innocence signifie la simplicité voisine de Tabsence d'esprit.

On ne saurait prononcer ce mot sans éveiller les idées de timidité, de candeur, d'ingénuité, de naïveté qui s'y rattachent d'une manière si naturelle.

Chez un enfant, l'innocence sera l'entière ignorance du bien et du mal ; chez l'homme, la pratique du bien, la pureté de conscience, la simplicité des mœurs, l'absence de tous les vices.

Chez les femmes, elle présente de plus l'idée d'un calme heureux des sens, d'une fleur de pureté dont les mots de pudeur ou de modestie ne sauraient rendro toute l'excellence.

Inquiétude. — Agitation d'esprit, trouble, impatience * causée par la crainte d'un événement malheureux, par le mécontentement de soi-même, par l'ennui, le besoin ou le dégoût.

« L'inquiétude, dit saint François de Sales, provient d'un désir déréglé d'ôtre délivré d'un mal que Ton sent ou d'acquérir un bien que l'on espère, et néanmoins il n'y a rien qui empire plus le mal et qui éloigne plus le bien. Les oiseaux demeurent pris dans les filets parce que, s'y trouvant engagés, ils se débattent pour en sortir et s'enveloppent toujours davantage... »

Cette comparaison, comme toutes celles de l'aimable saint, est juste et vraie: l'inquiétude augmente le mal et empêche Tàme de Téloigner, il faut donc avant tout mettre son esprit en repos, rasseoir son jugement, user do sa volonté. L'obstacle s'applanira et le calme renaîtra. A côté de ce remède, il est des palliatifs : combattez cette disposition énervante avec toute la force qui vous reste et, bien qu'il semble que tout co que vous ferez en ces moments se fasse froidement, no laissez pourtant pas de le faire.

Livrez-\ousaux œuvres extérieures, à la charité active; rien n'est meilleur pour éloigner la tristesse et l'inquiétude.

Enfin, si rien ne réussit, résignez-vous et souffrez cet ennui avec patience, comme la juste punition de vos désirs exagérés et ne doutez pas que Dieu, après vous avoir éprouvé, ne vous délivre de co mal. L'homme n'est jamais longtemps dans le même état : sa vie s'écoule sur cette terre dans une perpétuelle diversité do

sensations : la crainle, Tespoir, Taffliction et les consolations se succèdent, et jamais une journée ne s'écoule pareille à Taatre.

Instinct. — Sentiment et détermination spontanés qui ne sont point la conséquence de la réflexion, du raisonnement, et en vertu desquels se dirigent les animaux.

L*instinct, conséquence nécessaire de Torganisation que Dieu a donné aux animaux, est souvent chez Thomme un mouvement intérieur et involontaire auquel on attribue les actes non réflé> chis, les sentiments non délibérés.

Tout se lie et s'enchatne dans Tunivers matériel : entre le degré le plus bas et le degré le plus élevé de la perfection, il est on nombre infini de degrés intermédiaires. Un nuage nous dérobe une partie de cette chaîne immense, mais il est certain qu*elle existe.

Ainsi dans les minéraux on distingue les solides non organisés et ceux qui ont un commencement d'organisation : les pierres feuilletées comme Tardoise, les pierres fibreuses comme Famianthe, semblent constituer ces points de passage des solides bruts aux solides organisés.

On trouve dans les plantes, comme chez les animaux , une distinction de sexes. Plusieurs espèces d'animaux, au contraire, se multiplient par boutons et rejetons ; enfin on en connaît qui, semblables aux végétaux, passent toute leur vie à la même place. Ne voyons-nous pas, par contre, dans toutes les plantes, des phénomènes généraux, qui les rapprochent de l'animal et ont môme une sorte d'instinct? Semez une graine à contre-sens, vous verrez la racine et la tige se retourner, et rejoindre, l'une la terre, l'autre le ciel ; retenez incliné un jeune arbrisseau, son extrémité se redressera ; courbez les rameaux de toute sorte de végétaux, vous verrez les feuilles reprendre leur position presque aussitôt.

Voyez au contraire le polype ; il met ses petits aujour,commA l'arbre y met ses branches. Il sort de tous les points de sa tige de petits boutons, qui deviennent d'autres polypes... Bien plus, il se multiplie de boutures étrangères, il se reproduit autant de fois qu'on le coupe, et si Ton hache en menus morceaux corps et

boulures, au lieu d*amener la mort, on produit mille nouvelles existences, indépendantes l'une de Tautre.

Chaque graine renferme une plante en miniature, comme un œuf ou un fœtus quelconque renferment un animal imperceptible ; des yeux exercés y découvrent la tige, les feuilles et la racine.

Partout vous trouverez des points de contact,nulle part le point de division, entre le règne végétal et le règne animal. La matière organisée a reçu un nombre inûni de modifications et toutes sont nuancées, comme les couleurs du peintre ; nous n*apercevonsque les teintes dominantes, les nuances délicates nous échappent.

Linné a défini les différences qui semblent caractériser les trois règnes de la nature : « Les minéraux croissent, les végétaux croissent et respirent, les animaux croissent, respirent et se meuvent... » Mais où commence, où s*arrôte chacun de ces trois règnes ? la transition de Tun à l'autre est tellement insaisissable, qu*il est impossible de la déterminer.

Soumettez une plante à l'action d'un poison, elle se fane et meurt bientôt. Elle dépérit môme si on la prive d'eau, de chaleur ou d'air. Sous l'influence de l'opium, la sensitive s'endort. Les plantes ont donc aussi leur sommeil : on peut facilement le constater sur l'acacia ; ses feuilles pendantes durant la nuit, se redressent au lever du soleil et deviennent de plus en plus verticales à mesure que le soleil s'élève au-dessus de l'horizon. Le soleil disparu, les folioles retombent 1

Tout dans la nature se lie donc et s'enchatne par des chaînons insensibles que notre œil voit ou que notre esprit devine.

L'animal le plus parfait n'a que de l'instinct ; l'homme seul a la pensée et la réflexion. Essayons de démontrer combien la différence est immense : si l'instinct agit sans connaître, l'intelligence connaît pour agir, et ce pouvoir de la pensée sur la pensée nous donne tout un ordre de rapports nouveaux. Dès que l'esprit peut agir sur soi, il est libre. Et cela est si vrai, l'homme est tellement maître de son corps, qu'il peut le sacrifier à tin plui grand bien.

Quelques savants, et Bonnet entre autres, ont insinué et essayé mémo de prouver que do la pierre à Dieu il n'y a pas de point

diviseur. Ils ont prétendu que l'animal pourvu d'organes très perfectionnés avait plus d'intelligence que certains hommes. J'entrerai dans leurs vues et j'irai plus loin qu'eux, en citant Vinimitable adresse d'animaux moins avancés dans l'échelle. Quel tissu, par exemple, surpasse la toile de l'araignée ? Quelle architecture l'emporte sur celle des castors et dos abeilles ? Dira-tron que ce soient là les animaux les mieux organisés ?

Allons plus loin encore : prenons une grenade, une reinemarguerite, et considérons l'arrangement si gracieusement symétrique de leurs parties. C'est aussi une intelligence, une bien haute intelligence qui a présidé à cet arrangement, car c'est celle du Créateur...

Gela est possible pour la fleur ou le fruit, dira-t-on, car ils se développent sous un rayon de soleil ; mais c*est bien l'araignée qui fait sa toile, le castor qui bâtit sa maison, la fourmi qui range son magasin... oui, en effet, comme la montre donne eUemime midi, puis une heure, puis deux. L'homme a imprimé à la montre le mouvement, et la montre agit. Dieu a donné à l'animal Vinstinct, et l'animal agit ; voilà tout.

Il y a dans certains animaux une sorte d^instruction qui provient de la conformation de leurs organes, mais cette instruction qui natt de l'observation et du raisonnement, l'homme seul la possède, et c'est là le point diviseur. Le singe, le perroquet peuvent bien imiter automatiquement des gestes et des sons de l'homme, si leur organisation s'y prête, mais tout se borne là.

Dans l'instinct tout est aveugle, nécessaire, invariable. Dans l'intelligence, tout est raisonné, modiSable. Les animaux reçoivent comme nous, par leurs sens, des impressions dont ils conservent la trace par la mémoire, et de là naissent pour eux comme pour nous des associations nombreuses et variées, qu'ils combinent, dont ils tirent des rapports ; ils font donc, jusqu'à un certain point, acte d'intelligence, mais leur intelligence ne peut se rendre compte à elle-même de ce qu'elle est, comme Tintelligence de Thomme, qui a la réflexion et la conscience d'ellemême : un orang-outang aura vu un matelot battre l'habit de son oflicier, il le fera comme lui, soit ! il verra le matelot s'agenouiller et prier, il s'agenouillera... et puis?... lui accorderat-on aussi Tidée de la sagesse inflnie, de la puissance absolue,

de la justice, do la vérité, de la liberté ? rendez ses organes plus parfaits encore, obtiendrez- vous cela? Ta-t-on jamais vu chez un animal ? non, Tanimal suit les lois de Dieu et profite de ses bienfaits sans les comprendre. L* homme les comprend, les admire ; il se perd ébloui dans ces contemplations et y puise Tidée de rimmortalité de son âme, Tidée de châtiment et de récompense après la vie. Peut-on soutenir que ces idées soient jamais entrées dans la tôte du singe le plus parfait du monde ?

Mais sans élever si haut le raisonnement, peut-on avancer que les animaux aient ajouté quelque chose depuis l'origine du monde à ce que la nature leur avait donné ? Le castor a-t-il fait autre chose que sa maison, Taraignée que sa toile, le ver à soie que son cocon, Tabeille que son alvéole ? Non encore ; Tanimal reste dans sa nature restreinte ; il suit la loi exprimée d'avance par le Créateur. Admirons donc dans les animaux, non leur habileté, Jour sagesse, leur industrie, mais la sagesse de celui qui leur a donné cette impression en les créant.

Essayons de compléter cette comparaison entre l'instinct et l'intelligence en présentant quelques différences plus caractéristiques encore :

« Le premier trait qui distingue l'homme delà béte, dit M. de Bonald, dans ses recherches sur les premiers objets des connais^ sances morales, est la domination qu'il exerce sur elles. Cette domination, il l'exerce sur les individus pour les faire servir à ses besoins, sur les espèces pour les conserver. S'il en était autrement, bientôt les animaux chasseraient l'homme do son domaine; mais, bientôt aussi, ils succomberaient à leurs propres besoins ou se détruiraient ontr'eux. «

Un autre caractère de cette différence, c'est que l'homme natt perfectible et que l'animal natt fini. L'un capable d'apprendre do ses semblables, l'autre formé en naissant à tout ce qu'il doit pratiquer et n'ayant rien à apprendre d'autres animaux... Le poulet, en sortant de son œuf, ira becqueter du grain; le canard, en brisant le sien, ira se jeter à l'eau, chacun selon les instincis de son espèce. L'homme, il est vrai, peut diriger l'instinct de l'animal, lui donner quelques habitudes, mais ces notions artificielles no vont jamais loin. L'animal agit avec uno régularité automatique et souvent à contre temps. Il ne faut

pas même en excepter le singe, qui, de tootce qu*il copie de nous, n*a jamais tiré une seule habitude utile à son espèce. L'homme réduit à la disette, se nourrira facilement de feuilles, d^herbes, d'éléments inusités, tandis que le boeuf, la brebis, le cheval, les oiseaux se laisseraient mourrir de faim à côté d*un morceau de viande, comme les animaux carnivores au milieu d'un tas de foin. — Pourquoi cela ? — Parce que l'homme est conduit par sa raison qui lui fait chercher tous les moyens de soutenir son existence , même les plus opposés à sa nature, au lieu que ranimai obéit à l'impulsion d'un instinct aveugle qui ne lui laisse pas la liberté de choisir.

L'homme, venu au monde sans rien savoir, n'apprend que do la société ; l'animal, au contraire, natt tout instruit, il n'apprend rien de son semblable : comme le dit Bossuet, « il y a dans l'instruction quelque chose qui ne dépend que de la conformation des organes, et do cela, les animaux en sont capables comme nous, tandis que ce qui dépend delà réflexion, nous ne voyons aucune remarque ; aussi saint Thomas a-t-il raison de les comparer à des horloges, où l'industrie réside, non dans l'ouvrage, mais dans l'artisan... •

Enfin l'homme natt dans l'ignorance de tout ce qu'il doit savoir , mais avec la capacité d'apprendre ce qu'il ignore^et de se connaître lui-même. L'animal natt instruit de tout ce qu'il doit faire, mais incapable d'aller plus loin. D'un autre côté on doit reconnaître que si la raison de l'homme est incertaine, l'instinct de l'animal est sûr, car il a tout reçu pour la fin qui lui est propre. Les religieux du Mont Saint- Bernard vont à la recherche des malheureux égarés dans la neige, leurs chiens y vont aussi et même les découvrent plus sûrement ; faut-il supposer à ces animaux une intention semblable à celle de l'homme?...

On est donc en droit de dire que la faculté intérieure qui conduit les brutes et donne l'impulsion à leurs mouvements est bornée dans chaque espèce par son organisation particulière, cette faculté est un instinct et non une intelligence, puisque le propre de l'intelligence est de no pas connattro do terme à ses recherches et à ses progrès.

Instruction. — L'instruction esf utile à toutes les

classes, mais elle le serait surtout à celle qui en est le plus dépourvue.

L'instruction du peuple trop longtemps négligée est devenue Tune des préoccupations les plus graves, non seulement du corps enseignant, mais des hommes d'État, des publicistes et du gouvernement lui-môme. On a compris que pour que le peuple pût occuper sans danger la place qu'il ambitionne dans la société, il fallait d'abord l'instruire, le moraliser et lui faire connaître tes vrais intérêts.

De là ces cours publics, ces conférences, la création des bibliothèques communales, paroissiales et scolaires, de là enfin la reproduction incessante des œuvres de nos meilleurs auteurs, aussi voyons-nous l'instruction s'accroître et s'étendre peu à peu en France.

C*est un fait hors de doute et Talimenl qu'il donne aux masses augmente dans la môme proportion ; mais la nourriture intellectuelle qu'on leur offre est trop souvent malsaine, et d'autant plus dangereuse qu'elle est acceptée et prise avec avidité, sans qu'elle en comprenne toute la portée.

C'est là, un mal immense, et quel en est le remède ?

Choisir dans les trésors que nous offre la littérature ancienne et moderne ce qui est à la fois intéressant, instructif, attrayant et moral ; le mettre à la portée de tous et faire pénétrer jusque dans les moindres hameaux les chefs-d'œuvre les plus compréhensibles, les plus attractifs et, en môme temps, les plus moraux de notre belle littérature française. £n un mot, rendre populaires les meilleurs livres de tous les pays et de toutes les époques.

— La fortune retire aux hommes, avec une extrême facilité, les dons qu'elle leur a faits ; l'instruction, une fois acquise, demeure jusqu'à la fin de la vie. (Rendu).

Intelligence* — Compréhension nette et facile ; perception intérieure qui nous donne une connaissance exacte des choses. (V. Instinct).

— La moralité, la religiosité sont universelles chez l'homme et manquent aux animaux, qui n'ont que l'instinct.

(De Quatrefages).

Intempôrance* — L*intempërance n'est ni la gourmandise, ni la gloutonnerie, ni Tivrognerie. Elle est reosemble de tous ces défauts, Texcès dans les plaisirs des sens. Elle est nuisible à la santé et à Tâme.

— L'intempérance a tué plus d'hommes que la faim, dit un proverbe grec ; elle change en un poison mortel les aliments destiné à conserver la vie. (Fénelon).

Intérôt personnel. — Helvétius, Diderot et leurs émules ont fait de l'intérêt personnel le mobile de toutes les actions des hommes, même celui des martyrs. Ce vice est devenu chez eux une philosophie, et, en effet, s*il n*y a rien dans l'âme que ce que les sensations y ont mis, ce qui nous est utile ou agréable doit être l'unique mobile de nos volontés.

La tendance des hommes vers le bonheur étant la plus universelle et la plus active de toutes, on a cru fonder la moralité de la manière la plus solide en affirmant qu'elle consistait dans Ttiitérêl personnel bien entendu. Sans doute les lois de la nature mettent en harmonie le bonheur et la vertu, mais que d'exceptions ! Et d'ailleurs appeler le dévouement ou l'égorsme, le crime ou la vertu, un intérêt personnel bien* entendu, c'est vouloir combler l'abtme qui sépare le coupable de l'honnête homme, car si la morale n'est qu'un bon calcul, celui qui peut y manquer ne doit être accusé qne d'avoir l'esprit faux. On ne saurait éprouver le noble sentiment de l'estin^p pour quelqu'un parce qu'il calcule bien, ni la rigueur du mépris contre un autre parce qu'il calcule mal. Le remords ne pourrait entrer dans un pareil système, il n'y aurait tout au plus que le regret d'une spéculation manquée. Nous croyons au contraire que la conduite d*un homme o*est vraiment morale que quand il ne compte pour rien les suites heureuses ou malheureuses de ses actions, lorsque ces actions sont dictées par le devoir. On doit bien calculer, dans la direcliondes affaires do ce monde, l 'enchaînement des causes et des effets, des moyens et du but ; mais ce n'est là que de la prudence, et cette prudence est à la vertu ce que le bon sens est au génie. Tout ce qui est complètement désintéressé est bien rare.

Le calcul est l'ouvrier du génie; s il devient le maître, il n'y

a plus rien de grand ni de noble dans l'homme. Le calcul doit être admis comme guide dans la vie, jamais comme motif de nos actions. Il est un bon moyen d'exécution, mais il faut que la source de nos volontés soit d*une nature plus élevée.

Si le calcul présidait à tout, les actions des hommes devraient être jugées par le succès, et celui dont les bons sentiments ont causé le malheur devrait être blâmé ; Thomme pervers mais habile serait justement applaudi... Quel renversement de la morale : que des vues généreuses, qu'un véritable esprit d'abnégation remplacent dans le cœur de l'homme un odieux égoîsme, alors s'ouvriront devant lui des sources inconnues de jouissances ; alors il goûtera, même dans une humble sphère, le plaisir de faire du bien ; il entendra les accents si doux de la reconnaissance et verra partout autour de lui la bienveillance et l'amitié. Il aura changé son existence entière, et pour cela une seule résolution aura suffi.

Intrépiditô. — L'intrépidité est uneforce extraordinaire de l'âme qui l'élève au-dessus des troubles, des désordres et des émotions que la vue des grands périls pourrait exciter en elle, et c'est par cette force que les héros se maintiennent en un état paisible et conservent l'usage libre de leur raison dans les accidents les plus terribles.

Il n'y a souvent de différence visible entre l'homme intrépide et l'exalté ou le furieux, que la cause qui les anime : le premier connaît le charme d'une existence douce et paisible, et il y renonce pour affronter les hasards, les souffrances et la mort, si la justice et son devoir l'ordonnent. L'autre sacrifie sa tranquillité et sa vie pour des honneurs chimériques ou des biens frivoles. La véritable intrépidité est celle que donne la conscience qu'on accomplit un devoir.

Intrlcçue. — Menée secrète dans un but intéressé.

L'intrigue marche le plus souvent au milieu des ténèbres, car son but et ses moyens sont rarement avouables. Elle ressemble beaucoup à la ruse et à la fourberie ; aussi la qualification d'in* trigant es-telle toujours prise dans une acception fâcheuse.

Dans notre état de civilisation avancée, le mot intrigue est

presque devenu synonyme de savoir-faire, et on entend souvent dire qu'elle est une nécessité pour réussir dans un monde où toutes les routes de la fortune sont encombrées; mais la morale ne peut l'admettre. Et malheureusement, même en littérature, nous voyons souvent le savoir-faire l'emporter sur le savoir et un mérite réel.

Jlaetance* — Louange de soi-même faite par vanité. Elle consiste à répéter à tout propos et avec un certain aplomb, à jeter constamment aux yeux des autres ses qualités ou ses prouesses. C'est un peu le caractère qu'on prête à la nation espagnole.

Jalousie. — Soin ombrageux qui fait craindre de perdre un bien que Ton possède ou dont on espère la possession. La alousie est surtout appliquée à l'amour et à Tamitié, mais non pas exclusivement. Elle s'étend à tout ce qui nous fait ombrage dans le pouvoir, les arts ou les lettres. Elle dessèche alors l'âme et le cœur et touche à l'égolsme.

Ce sentiment, inné dans certaines natures, est l'un de ceux qui les poussent le plus à tous les genres d'excès et lui accordent le moins de dédommagements. Elle s'attache aux détails comme à l'ensemble de la vie, de sorte qu'avec tous les éléments de bonheur on devient fort à plaindre.

Pour l'homme jaloux, les nuits sont sans sommeil, les journées pleines d'angoisse et d'amertumes : aimer seul, avoir été aimé et être abandonné, savoir qu'un autre est possesseur de ces trésors d'affection qui étaient à chaque instant versés sur nous; être certain de cela et vivre I autant et mieux vaut le calme de la mort ! . .

D'où provient la jalousie? — D'une affection trop vive et mal placée, d'une affection dont on a fait sa vie, son bien, son tout et qui repose sur l'inconstance, la fragilité, la susceptibilité humaine. Go raisonnement peut être appliqué aux amours les plus purs :

,ii

t*amour d'une mère pour ses enfants par exemple, cet amdur cs»t humain, et, par cela môme, entaché de passion.

Excessif, il conduit à la faiblesse et quelles fautes, quels crimes ne tolère pas la faiblesse ? L'enfant, ainsi aimé, devient une idole; l'idole se complaît dans cet amour, en exige sans cesse de nouveaux sacrifices, toujours accomplis, de nouvelles preuves toujours données, et comme les rois, l'enfant, perdu par la flatterie et la puissance, conduit peu à peu dans Tablme la mère qui Ta trop aimé...

Eh bien, supposez l'ingratitude dans cet enfant habitué à un amour immense, mais peu éclairé, la jalousie ronge, et conduit au tombeau la pauvre mère délaissée !

Aimons, car c'est la vie, mais aimons dans les limites du devoir, dans les limites de la sagesse, notre compagne, notre ami, notre enfant, et la jalousie, cette plaie si douloureuse du cœur humain, ne nous atteindra plus.

— La jalousie est l'indice d'une âme faible; elle corrompt toutes les douceurs de la vie. Elle se nourrit dans le doute et elle devient fureur, ou elle finit sitôt qu'on passe du doute à la certitude. La jalousie est le plus grand de tous les maux et celui qui fait le moins de pitié aux personnes qui la causent.

(La Rochefoucauld).

Jlérôme (S^*)* — Saint Jérôme, né en Dalmatie, vers le milieu du vi« siècle, acheva son éducation à Rome sous les rhéteurs les plus illustres de cette époque.

Les contrastes que présentait Rome en ce moment où le Christianisme et le Polythéisme se livraient un dernier combat, frappèrent son ardente imagination et marquèrent son génie d'une double empreinte. Malgré quelques entraînements, auxquels il était difficile à cette âme de feu de se soustraire, le Christianisme attira définitivement Jérôme et, jeune encore, il reçut le baptême. Il mit dès lors au service de sa foi nouvelle son génie et son érudition.

Alors commença une vie de voyages : il passa de Rome dans les Gaules avec des manuscrits nombreux. Il traversa successivement, avec d'incroyables fatigues, la Thrace, la Cappadoce,

la Bythinie, rAsie-Miaeure et la Syrie; puis il s'enfonça dans le disert. C'est là qu'il mit le sceau à toutes ces préparations par une vie de sainteté, là qu'il dompta son impétueuse nature par la pénitence, les travaux et les larmes. Les luttes qu'il eût à subir sont devenues célèbres; lui-même les a racontées avec une âme émue et toute frémissante encore au souvenir de ces combats et des joies célestes qui le consolaient : a Combien de fois, écritil, au fond du désert, dans cette solitude brûlée des ardeurs du soleil, n'ai-je pas été transporté par la pensée au sein des délices de Rome. Hélas I mon visage était pâle de jeûnes et mon âme agitée de désirs, mon corps était exténué et comme déjà glacé par la mort, et la flamme des passions s'y rallumait encore (4)1 »

Ainsi la vie de saint Jérôme eut trois phases : Rome, Aquilée et le désert, et chacune ajouta à sa sainteté et à sa gloire.

Saint Jérôme était atteint dans les profondeurs de son âme de cette tristesse indéfinissable, tourment des grands esprits, mélancolie supérieure venant du sentiment des misères humaines, du dégoût des choses périssables et des aspirations vers TinQui.

C'est assurément par le génie, par l'éloquence et par le cœur, par le caractère, la figure la plus originale et la plus attachante du iv*' siècle, où il apparut entre saint Hilaire, saint Ambroise et saint Augustin.

Saint Jérôme a laissé un grand nombre d'écrits historiques, polémiques et religieux ; mais son principal titre à la postérité est la traduction latine de la Bible faite sur l'hébreu, connue sous le nom de vulgate et adoptée, comme canonique, par le concile de Trente.

«iénulte». — Ordre religieux fondé par Ignace de Loyola, en 4534, et approuvé par le Pape Paul III, en 4 540.

Sans exercer précisément des fonctions dans TËglise, les Jésuites sont parvenus à un degré de puissance qui fait de cet ordre un des plus grands phénomènes de l'histoire. Nous n'en parlons ici que pour constater son influence sur l'éducation de la jeunesse française, depuis le xvi« siècle jusqu'à nos jours.

(1) Saint J6p. Ep» ad EuUoch .

Jleu. — L*ainour du jeu est universel : toutes les nations le connaissent, môme les moins avancées en civilisation. L'homme est si souvent mécontent de son sort ou si ennuyé de Tuniformité de la vie, qu'il est amené par l'ennui ou le dégoût à chercher par des secousses une occupation ou une activité factices, et chaque peuple le choisit selon ses goûts, ses mœurs, ses ressources ou son climat : ainsi les Grecs avaient les jeux olympiques, les Romains, les combats du cirque, nos pères les carrousels et les tournois, les Orientaux ont les échecs, les Anglais la boxe et les combats de coqs, sources de paris émouvants, les Espagnols ont les taureaux, nos contemporains les courses de chevaux pur-sang ; tout cela a sa raison d'être et ofifre certains avantages à côté des dangers, mais il n'en est pas ainsi des jeux de hasard dans lesquels on perd, à la fois et sans aucun profit pour le corps ni pour l'âme, sa fortune, sa santé, sa considération, son repos, et souvent Pavenir de la famille, le pain des enfants...

Et tout cela, pourquoi ? — Pour mulplier ses émotions. N'y en a-t-il pas assez dans la vie ?

Jlole. — Mouvement agréable que ressent l'âme dans la possession présente ou future d'un bien réel ou imaginaire.

La véritable joie est plus sérieuse que bruyante et n'a rien de commun avec la gaité. On plaît, on amuse avec cette dernière; la joie au contraire fait parfois verser des larmes, mais des larmes douces au cœur.

La joie extrême est dangereuse ; on lit dans l'histoire grecque que Policrate, Ghilon, Diagoras et l'un des Denis de Sicile sont morts étouffés par un accès de joie ; l'histoire romaine et l'histoire de France offrent des faits du même genre. M*"® de Châteaubriant mourut en revoyant, contre toute espérance, son mari au retour de la croisade.

La joie la plus douce est celle qui ravit l'âme sans la troubler, qui a sa source dans la vertu et qui est la compagne de l'innocence des mœurs.

«Jfouinroy (Xtiéodore). — Jouffroy, né fn 4796

et mort en 4&i9l, eét l'un des psychologues les plus distingués de notre époque.

Élevé au collège, ses succès y furent si remarqués qu'un inspecteur générai, surpris de trouver dans un jeune élève tant d'intelligence et de raison précoce, lui ouvrit les portes do Técole normale, en 4 814.

Ses croyances religieuses, puisées dans la famille, consolidées par l'abbé Gart, qu'on appelait alors le saint François de Sales de la Francbe-Comlé et qui fut plus tard évéque de Nîmes, reçurent une forte atteinte ; une lutte violente s'établit dans son âme, et la religion chrétienne fut vaincue par le spiritualisme pur. Y est-il revenu plus tard? Il est permis de le croire, mais on n'en a pas eu la certitude complète. Toufefois il crut toujours à Timmortalité de l'âme. Cette conviction ressort de son cours à la Sorbonne et de ses ouvrages. Parmi les plus importants, nous citerons les Mélanges philosophiques^ des préfaces aux œuvres de Reid et Dugald- Stewart et son Cours de droit naturel.

Jouffroy a justifié le mot de Buffon : le style c'est rhomme; ses livres sont écrits avec cette limpidité, cette méthode, cette élégance et cette chaleur douce qui donnaient tant de charme à ses leçons et à sa conversation. Esprit net, juste et un, ses pensées semblent toujours être celles du lecteur. Son talent de persuasion est tel, il est si méthodiquement gradué, qu'en nous enseignant sa manière de voir et de penser, il semble décrire la nôtre.

Jlouifiusunce. — Satisfaction puisée dans la possession de certaines choses. L'art des jouissances a constitué TËpicuréisme. En général Tégoïsme le suit et la vieillesse le punit. Celle^i est plus insupportable aux hommes qui ont passé leur vie au milieu des jouissances sensuelles, les maux qu'ils endurent sont la suite inévitable des excès d'intempérance.

Si le mot jouissance s'applique à l'âme, tout change, car la source en est pure. Ainsi les jouissances que donne la famille ou le bien qu*^onfdit. élèvent l'âme et remplissent le cœur de la plus douce joie.

«lui^ement.. — La définition la plus ancienne et la plus

généralemeDt reçue du jugement est la suivante : « Le jugement csl une opération de Tesprit qui consistée rapprocher deux idëea pour en déterminer le rapport. »

Un bon jugement est Tune des qualités les plus précieuses. Malheureusement, c'est celle que chacun croit posséder; on entendra souvent un homme se plaindre d*un défaut de mémoire, d'imagination, d'esprit même, jamais de jugement t... Le noic$ ie ipsum s'arrête là, s'il s'en apercevait il n'en manquerait pas.

Le jugement n'est pas toujours le lot des gens instruits ; on ne ie trouve pas dans les livres. Il est inné. Un agriculteur, un simple ouvrier, sans érudition aucune, en a souvent plus que l'auteur de vingt volumes : J.-J. Rousseau en est une preuve frappante.

Il n'y a pas d'école de jugement : le barreau le fausse en accoutumant l'avocat à plaider le pour et le contre, pourvu que son client soit riche. Les mathématiques le faussent en portant toutes Jes facultés sur un seul point, les passions surtout le faussent en nous présentant les objets sous un faux jour... Cependant, on peut le former ou le rectiGer par de bonnes lectures, une vie régulière et par la société des esprits d'élite.

— Le jugement est la faculté qui nous fait discerner en toute chose le bon et le mauvais. (Livry).

Jltistice. — La justice a été déQnie : volonté de rendre à chacun ce qui lui est dû : Jusiicia est jus suum cuique tribuere.

D'après La Bruyère, c'est la conformité à une souveraine raison et d'après Vauvenargues, c'est l'équité pratique. — Dans la langue judiciaire, la justice et Téquité sont deux : de là cette sentence : Summum jus summa injuria.

Il y a plusieurs sortes de justice : la justice divine, la justice humaine et la justice sociale, politique, subordonnées aux besoins des Etats.

Dans une société politique, deux grandes forces se trouvent en présence : le pouvoir et le peuple ; ce sont en môme temps deux grands droits, mais il faut qu'ils soient unis, aussi est-il nécessaire de voir surgir, au sein des sociétés, une puissance morale qui prévienne ou apaise les combats. C'est le besoin des sociétés politiques plus encore que des sociétés domestiques. L'barmo-

nie, eet de droit naturel au sein des familles ; Tantagonisme est de droit naturel au sein des États. L'ordre, dans la famille, tient aux entrailles même de la paternité, mais dans la société, il n'en est pas ainsi : ce sont d*une part les tentations du pouvoir, cette ivresse de l'orgueil et du premier de tous les orgueils, l'orgueil du pouvoir ! Et en face, un autre orgueil non moins détestable, d'autres déchaînements non moins terribles, celui du peuple fatigué de toujours obéir, de beaucoup travailler et de beaucoup souffrir.

— Indépendamment de cette justice qui respecte les droits établis sur les choses matérielles, il y en a une moins connue, plus difficile, celle qui respecte la dignité et le bonheur de ses semblables; c'est-à-dire un ordre de biens qui ne frappent pas les regards, mais qui n'en sont que plus précieux et plus réels. Ici cesse l'empire des lois civiles et se montre celui de la vertu. Vous n'envahissez pas le patrimoine d'autrui, soit ! mais ne portezvous pas atteinte à la considération dont il jouit t ne répandezvous pas le trouble dans les affections ? ne blessez-vous jamais son cœur par les traits de l'animosité ou de l'envie? Alors seulement, il vous sera permis de vous dire juste.

(DeGerando).

Kant. — Philosophe allemand, né à Kœnisberg en 1724, mort en 4 804.

La vie de Kant n'offre aucun incident remarquable : comme celle de la plupart des penseurs allemands, elle se passe au sein de l'école et dans son cabinet de travail. Son père était un sellier pauvre, d'une extrême probité et sa mère était très religieuse. La facilité qu'il montra dans ses premières études encouragea son père à l'envoyer au collège ; un oncle maternel, cordonnier aisé, consentit à faire les frais de cette éducation qui réussit au-delà de toutes les espérances. Néanmoins, Kant, sans protections, entra comme simple répétiteur à l'université de Kœnisberg, où il

De tarda pas à 8*illastrer comme Tapôtre d^ane philosophie nouvelle. Od venait le visiter de toutes les parties de l'Allemagne^ sans qu*il voulut jamais consentir à quitter sa retraite.

Le principal ouvrage de Kant, celui qui soutient toute sa philosophie, est La Critique de la raison pure^ c'est-à-dire la faculté de tout connaître d'après certains principes, à priori, La discussion de ces principes et la délimitation de cette faculté constituent tout l'ouvrage. Cette métaphysique élevée sort du domaine de la philosophie morale.

Kni^. — Philosophe allemand né à Nadir, en 4770, mort à Leipsick en 4842.

La vie de Krug a été partagée entre la guerre et les études philosophiques. Ces dernières cependant l'ont emporté et il a consacré de longues années à rendre populaires les doctrines du Critidime et celles de Rant.

Esprit judicieux, méthodique et clair, Krug avait en outre de l'enjouement et de la vivacité. Peu d'écrivains allemands ont l'esprit aussi français que lui. Il a beaucoup écrit, mais, parmi ses nombreux ouvrages, nous ne citerons que ceux qui s'attachent plus particulièrement à notre sujet. Dans ce nombre se trouvent : un Système de philosophie pratiquée, La philosophie du mariage^ Leçons de philosophie pour les gens du monde des deux sexes, etc.

Lia ttruyère. — La firuyère, Tun des plus célèbres moralistes du xvii® siècle, est né à Paris, en 4 645. Sa vie est peu connue ; il recherchait l'isolement au milieu de la cour brillante de Louis XIV et faisait peu parler de lui. En 4 680, Bossuet l'introduisit dans la maison du Grand Condé pour enseigner l'histoire au duc de Bourgogne et il resta toute sa vie attaché à la personne de son élève.

Pour bien connaître La Bruyère, il faut le chercher dans son œuvre ; son caractère et son âme s'y retrouvent à chaque page.

266 DIGTIONNAIRB RAISONNÉ

Il De s'est cru écrivain que lorsque le bruit qui se fit autour d® son livre lui eût donné une conQanco qu*il n'avait pas. Mais alors même, le désir de plaire à la cour ou au souverain, n'a imposé aucune entrave à son indépendance et n'a gêné sa conscience. Sur le terrain des principes sociaux surtout, il a tout osé et per-

sonne n'a contredit les vérités courageuses qu'il émettait. Depuis la régence, les portraits étaient à la mode, les esprits y étaient portés, la médisance y trouvaitson compte ; un prédicateur nepouvaittonner conlne un des vices do l'époque sans qu'on y mit un nom, à la cour ou à la ville. Dans de pareilles circonstances le livre des Coraclères devait faire événement, il était dans l'esprit de l'époque, aussi deux éditions furent-elles épuisées en peu de temps. Les gens du monde n'étaient pas en état de donner à celte œuvre sa véritable valeur, ils n'y voyaient qu'un peu de dénigrement et de scandale, mais les hommes instruits et sérieux y reconnurent vite le cachet du génie, aussi La Bruyère a-t-il pris de suite sa place entre Pascal et La Rochefoucauld et personne n'a pu la lui disputer. Moins ascétique que le premier, moins acerbe que le second, il s'est attaché à prendre l'homme tel qu'il est, avec ses vertus et ses faiblesses, et ne s'est laissé entraîner à aucune exagération. Ses pensées sont réfléchies et ses portraits n'empruntent rien à la fantaisie ; ses maximes, souvent profondes, respirent toujours la bienveillance et l'amour du vrai. Ses tableaux sont nerveux, colorés, complets. Il dit de dures vérités, mais sans Gel, il est sévère, mais la haine ne lui vient jamais aux lèvres.

Les écrivains qui ne voient que la métaphysique dans la philosophie, n'accordent pas à La Bruyère le titre de philosophe... Soit I mais ils ne peuvent lui refuser celui de grand moraliste. S'il n'y a rion dans son immortel ouvrage qui ressemble à un système philosophique, on y trouve, à chaque page, des observations fmes et délicates, des senlimenls élevés, une raison saine et pénétrante, enûn tout ce qui peut répandre la lumière sur la nature humaine.

LiAciiet.é. — La lâcheté morale, la seule dont nous ayons à nous occuper, est Tuii des vices qui dégradent le plus l'homme, car elle consiste dans l'oubli ou l'abandon de tous nos devoirs.

La lâcheté diffère de la poltronerie en ce que cette dernière ne

suppose pas la même bassesse de sentiments et n*est qu'une faiblesse momenlanëe.

I^acordaire. — L'un des pi us célèbres prédicateurs con~ temporains.

Il fit ses études au collège de Dijon où son père exerçait la médecine. Destiné au barreau, il vint faire son stage à Paris e^ commençait à plaider, quand, poussé par une irrésistible vocation, il entra dans les ordres.

Ce qu'on remarqua d'abord en lui fut un ardent amour de la liberté, qu'il essaya de concilier avec la loi chrétienne. De là sa liaison avec Lamennais, sa coopération au journal V Avenir^ la fondation de VÈre nouvelle,,. Mais ces velléités d'indépendance cessèrent à la voix du souverain pontife. Cette circonstance, qui enleva Lamennais à la foi catholique, confirma la foi de Lacordaire qui prit la robe de Dominicain.

Lacordaire n'a laissé qu'une vie de saint Dominique et ses célèbres conférences à Notre-Dame.

Ltttctance. — Écrivain du iii° siècle, né en Afrique, en 250.

11 enseigna la philosophie à Nicomédie, embrassa le Christianisme au commencement du iv« siècle et se voua en entier à la défense de la nouvelle religion.

Constantin lui confia l'éducation de son fils.

11 a laissé plusieurs ouvrages, tous en latin ; les plus célèbres sont le Traité des institutions divines et VŒuvre de Dieu, Saint Jérôme l'appelle le Cicéron chrétien, bien que son Christianisme ne soit pas toujours orthodoxe ; et la postérité a confirmé ce jugement.

Langueur. — Ce mot. presque synonyme d'indolence, est une sorte d'épuisement qui ôte tout nerf à l'âme.

Cette dernière est dans la langueur quand elle n'a ni les moyens ni l'espérance de satisfaire ses goûts ou ses passions.

La langueur atteint parfois les esprits méditatifs vivant dans la solitude. S'ils n*ont pas un but bien défini, ou si l'espérance leur échappe pour l'atteindre, ils perdent leur énergie et avec elle

leur talent et leur bonheur. Les hommes môles au mouvement des affaires n'ont pas ce danger à redouter.

E^Ci Roctieroucaulcl. — Écrivain moraliste, né à Paris en 4 605, mort en 4 680.

La vie de La Rochefoucauld s'est écoulée dans les intrigues de cour et dans le gouvernement du Poitou que lui confia Louis XIV. Il passa sa vieillesse dans Tintimitë de deux femmes d'esprit : M^^^ de Sëvignë et de La Fayette. Cette existence, assez semblable à celle de la plupart des grands seigneurs du xvii® siècle, n'eût laissé aucune trace s'il n'eût écrit son livre des Maximes.

Ce petit volume a suffi pour l'immortaliser, et cependant il est plus remarquable par un style piquant et concis que par ses sentiments de moralité.

L'idée dominante de La Rochefoucauld est que l'égoïsme et Tamour-propre sont à peu près les seuls mobiles de toutes les actions humaines. Il devait en être ainsi à la cour, au milieu de laquelle il a vécu et il a eu le tort de généraliser cette observation.

I^Avater. — Philosophe, né à Zurich en 4764, mort en 4 804.

II se fit d'abord connaître par des ouvrages littéraires, des chansons patriotiques qui respirent l'enthousiasme de son pays, au point de vue politique et à celui des beautés pittoresques des Alpes.

Nommé plus tard diacre, puis pasteur de l'église de Saint- Pierre à Zurich, il publia de nombreuses méditations religieuses qui traitent de la foi, de la prière, etc.

Lavater se passionnait pour ces opinions lorsqu'il y trouvait un résultat utile ou consolant. Il lui fallait toujours quelque paradoxe capable d*exercer l'activité de son esprit rêveur et de flatter son goût pour le merveilleux.

L'ouvrage auquel il doit sa célébrité est V Essai physiognomoni^ qus, recueil plein d'observations fines sur le cœur humain, sur les mœurs et le caractère. Il abonde en rapprochements et en comparaisons qui peuvent être très utiles au Psychologue, au médecin et à l'écrivain moraliste. En voici la pensée fondamentale :

Tout ce qui existe a un caractère déterminé. — Chaque individu est doué d*une originalité naturelle et d'une valeurpropre— cette valeur s'atteste par une expression visible qui y correspond. — Il est donc permis à l'œil d'induire de la nature à la copie de l'original et de juger, par l'inspection des marques extérieures, comme les traits du visage, quels sont les penchants et les instincts des ôtres. — L'âme n'est autre chose qu'une physionomie intérieure ; la physionomie, c'est l'âme miseau dehors; l'organisation du visage exprime la constitution du génie et du caractère.

De là, des classifications et des conclusions sur la portée morale des diverses parties de la figure. Ainsi, il devrait être facile de déterminer le degréd'intelligence et de moralité, d'après Tangle facial.

Ce système, bien que préconisé par des admirateurs fanatiques, n'a eu qu'un temps et est aujourd'hui à peu près oublié.

l^ectures* — Rien n'influe autant sur nos opinions, sur la moralité de notre vie et sur notre bonheur que nos lectures : un bon livre lu avec attention, bien étudié, bien compris, nous fait plus de profit que vingt volumes lus en courant. Pour cela, il faut qu'il soit à notre portée : trop profond pour notre intelligence, il nous fatigue sans profit ; si, au contraire, il nous est familier, c'est un ami qu'on consulte avec plaisir, il nous suit en tous lieux, il occupe nos loisirs et nous console dans nos peines. Évitons les romans dont l'exagération continuelle nous fait voir les objets sous un faux jour et nous donne de la société une idée si différente de ce qu'elle est. Il y a cependant un choix à faire, je ne puis nommer ici les exceptions, mais ce sont surtout les romans à la mode que je proscrirais. Pourvu qu'un roman soit licencieux, merveilleux ou effroyable de crimes, on lui passe aujourd'hui de blesser le bon sens : faire peur pendant trois volumes et employer le quatrième à prouver qu'il ne fallait pas s'effrayer, voilà le comble du talent.

C'est surtout aux jeunes filles que de pareils ouvrages sont funestes : leur imagination exaltée par ces sortes de livres, n'a plus de goût pour tout ce qui est naturel et ne trouve de charmes que dans la peinture d'une passion ardente, dans les tableaux d'une tète en délire qui peint les hommes tels quMls n*ont jamais

270 DICTIONNAIRE ILVIiONNÉ

existé ; ramoor da romanesqae. jotDt aa défaut d'édacation et à la oégiigence d'elle mère, fait faire k one jeune fille de grands pas vers sa ruine.

Il en est de noâ lectures comme de nos plaisirs : si elles sont sériea^es et faites dans un but utile, l*habilode nous les rend ao^^ agréables que celles des ou vragesd^imagîaation ; et, outre qu'elles nous instruisent et nous rendent meilleurs, elles nous laissent, pour les instants de fatigue ou de maladie, la ressource des ouvrages plus légers, faits dans le seul but d'amuser. Un homme qoî s*est habitué â la méditation des livres scientifiques et raisonnés, s'il rencontre un roman, goûte avec plaisir ce mets nouveau, en jouit et peut retourner sans peine à des lectnres plus graves. Un autre qui ne lit que pour user la vie et dont la curiosité ne se plall que dans une perpétuelle nouveauté, épuise en quelques mois un magasin do librairie ; durant ce temps encore, il cherche à s'amuser plutôt qu'il ne s'amuse réellement.

On fait trop souvent de la lecture un délassement frivole : « Il faut aller, en lisant, à la chasse des idées,» dit un auteur anglais et il a raison. Pour cela il faut lire la plume à la main. Il est un moyen de nous rendre plus profitables nos lectures et nos méditations. Ce moyen, agréable et facile, consiste, pour ceux qui ont le plus de temps, à faire des analyses raisonnées, et pour ceux qu'une occupation quelconque enlève à cette douce étude, à extraire de leurs auteurs favoris ces phrases brèves, concises qui portent la clarté dans l'esprit et la conviction dans le cœur. Notre mémoire, aidée par ce travail, devient un ami, qui, empreint d'oxcollonles doctrines, nous les rappelle dans les moments de la vie où nous en avons le plus besoin. Et puis, outre ces avantages, quelle douceur dans la lecture do ces recueils, faits sans nous en apercevoir! Un mot nous rappelle un auteur, une époque, un peuple... Nous avons avec eux une glace fidèle qui réfléchit nos opinions, nos éludes passées ; nous revivons dans nos souvenirs.

— - Les ioclurcs sont de première nécessité : d'abord, elles nous mettent au fait des recherches des autres , ensuite elles alimentent l'esprit. Nous devons imiter les abeilles : suivons leurs procédés, approprions-nous les connaissances d 'autrui et transformons nos emprunts par la méditation. (Sénèque).

— Il y a un défaut dans lequel les gens d'étude tombent ordinairement ; c'est qu'ils s'entêtent de quelqu'auteur. S'il y a quelque chose do vrai et de bon dans un livre, ils se jettent aussitôt dans l'excès. Tout en est vrai, tout en est bon, tout en est admirable. Ils se plaisent môme à admirer ce qu'ils n'entendent pas et ils veulent que tout le monde l'admire avec eux. Ils tirent gloire des louanges qu'ils donnent à ces auteurs obscurs parce qu'ils persuadent par là aux autres qu'ils les entendent parfaitement, et cela leur est un sujet de vanité. (Malebranche).

— Si j'offrais aux jeunes écrivains des conseils sur leur bonheur, je parlerais du soin qu'ils doivent apporter à leurs lectures habituelles et au choix des sujets qu'ils veulent traiter. Plus les idées dont \U nourriront leur esprit seront de nature à les rendre meilleurs, plus il s'assureront les avantage:» dont ils voudraient jouir. Pour être satisfait de soi-même, il faut ne tracer que des écrits qui révèlent des sentiments purs. (J.-J. Droz).

— Laissez-là ce qui ne sert qu'à nourrir la curiosité. Lisez plutôt ce qui touche le cœur que ce qui amuse l'esprit.

[Imitation de J. C).

>gei*eté. — Ce mot a doux sens : dans l'un il est le contraire de gravité, de maturité ; dans l'autre, il est le caractère des hommes qui ne tiennent ni à leurs principes, ni à leurs habitudes et que l'intérêt du moment décide, des hommes qui n'ont ni suite, ni profondeur dans les idées.

Le principal cachet de la légèreté est de traverser la vie et les péripéties douloureuses dont elle est semée sans devenir plus sérieux, de sorte que l'existence n'est pour les hommes légers qu'une enfance prolongée.

Elle a quelque fois son utilité : la misère et les privations qui raccompagnent, la perte même de la considération n'abatlent pas l'homme léger ; il ne voit que le présent et ne s'épouvante pas de l'avenir ; mais c'est là un avantage peu enviable.

Lielbiiitz. — Leibnitzest né à Leipsick en 4646.

Fils d'un professeur de l'université, il s'adonna en entier à l'étude dès son enfance. Reçu docteur à vingt ans il se 6t connaître à vingt-deux par une nouvelle méthode pour apprendre le

droit : nova methodus. Aucune science ne lui fut étrangère, mais nous ne parierons que de celles qui se rapprochent de la religion et delà morale. En 474 0, il publia ses Essais de Théodicée^ dans lesquels il réfute le scepticisme universel de Bayle et ses attaques contre la providence.

On reproche à Leibnitz un peu d'optimisme : dans sa Théodicée il a cherché à concilier le règne de la nature et celui de la Grâce^ ce qui lui a valu de la part de Rant l'accusation de relâcher la morale, car, dit ce dernier, « on se fait moins de scrupule du mal quand on croit qu'il en résultera un bien. »

En Psychologie, Leibnitz combattit l'empirisme de Locke, admit des idées innées et ajouta à la devise matérialiste : nihU est in intellecttt qui a priore fuerit in sensu, cette pensée sublime qui en change tout le sens : nisi ipse intellectus. En philosophie enfin il professa l'ecclectisme alors inconnu et essaya de concilier Aristote et Platon, Locke et Descartes.

Lill>éi*allté. — Disposition de l'âme qui fait trouver du plaisir à donner et qui engage à partager ce que l'on possède avec le prochain ; si elle est excessive, elle devient de la prodigalité.

Il est difBcile de conduire une fortune médiocre avec sagesse et de satisfaire en môme temps des inclinations libérales ; il faut du jugement pour conserver ce juste milieu que conseille la sagesse. La libéralité excessive n'a pour excuse légitime que la charité. Encore y a-t-il des bornes qu*il ne faut pas dépasser.

Ce qu'on nomme libéralité, dit un moraliste, n'est souvent que la vanité de donner, que nous préférons à ce que nous donnons.

Le libéralisme, mot tout politique, et en dehors de notre sujet^ ne doit pas être confondu avec la libéralité.

— La libéralité consiste moins à donner beaucoup qu'à propos.

(Labruyère).

L<ll>erté. — La liberté, au point de vue psychologique et moral, est la faculté que Dieu nous a laissée de nous déterminer

à la suite d'une délibération intérieure et d'agir en conséquence de cette détermination.

La philosophie sceptique a tellement abusé dos mots qu'on en est venu à douter de tout, même de la liberté. Il semble étrange à un homme de bon sens qu'on prenne tant de peine à lui démontrer la liberté quand il se sent libre. Pourquoi donc les moralistes commencent-ils par cette démonstration ? — Parce que c'est sur la conviction que nous sommes libres que repose toute la morale. Avec le fatalisme, que devient le devoir ?

Oui, certes, nous sommes libres et nos sottises le montrent assez 1 Nous faisons trop souvent fausse route dans la vie de ce monde pour qu'on puisse en douter et il faut avouer que, sans la liberté, la providence serait bien coupable.

Entendons-nous cependant : l'homme est-il réellement libre quand il est en proie à la colère, à la jalousie, à un amour violent qui absorbe ses idées et les réduit à une idée fixe ? -^ Non ; et c'est en ce sens qu'on dit que l'homme est esclave de ses passions. Il a été libre, il ne l'est plus.

Mais si, à côté de la voix d'une passion il a entendu et écouté celle du devoir, si, de cette lutte (qui est celle de toute notre existence) il est sorti vainqueur, la liberté est reconquise.

Les moralistes disent bien que, quelle que soit la force d'un sentiment, il doit échouer devant la résolution ferme d'en triompher, que le désir a beau être extrême, nous pouvons résister si nous le voulons. — Soit 1 En principe, en théorie, cela est exact, mais sans l'idée religieuse, sans la confiance en Dieu et en une autre vie, cela est faux, car la force n'existe plus et nous allons, par une pente fatale, au désordre, à l'anarchie, au malheur.

— Quelqu'excellente que soit la liberté politique, il faut bien convenir qu'elle ne vient pas sans amener à sa suite un peu de licence. C'est an rôve d'espérer qu'on jouira des bienfaits de l'un sans subir les inconvénients de l'autre et de croire qu'avec des lois pénales, des tribunaux et des gendarmes, on réprimera efficacement la licence... Il faut, en effet, dans cette lutte, autre chose que des procès et des peines, il faut l'influence des mœurs et de la religion. Le Christianisme inspire aux hommes un sentiment dont l'autorité ne saurait se passer : le respect. L'absence

de respect est le plus grave danger de la liberté. C'est rhoimeur de la religion chrétienne de relever les sociétés de leurs maladies comme les individus de leurs égarements. (Guizot).

-— La volonté est au libre-arbitre ce que le poids est à la balance, (Massias).

E<lcen<se. — On appelle licence, en morale, tout ce qui dépasse la limite tracée par le devoir.

La licence peut donc être une faute ou un crime. Elle peut être dans une parole, un geste, un regard, et, en littérature, dans un récit contraire aux mœurs ou une simple allusion. Depuis quelque temps, les romanciers la considèrent comme un appât, une amorce pour se faire lire ; ils semblent ne pas comprendre qu'ils ouvrent par là une porte à Timmoralité, ou, s*iis le comprennent, ils s*en soucient médiocrement.

La fin du xix* siècle ressemble en cela à la fin du xvui* qui nous a donné la Révolution de 4793.

— Rien n'est plus propre que la licence à faire des ennemis à la liberté. (Dupin).

— Philosophe Anglais, né dans le comté de Bristol, en 4632, mort en 4704.

Locke commença ses études au collège de Westminster et les termina dans celui d'Oxfort. Il étudia ensuite la médecine, oiais la faiblesse de sa santé Tempéchant de la pratiquer, il appliqua son esprit aux sciences physiques et morales et sa vie à la bienfaisance.

Ses ouvrages lui ont fait une belle place dans l'histoire de la philosophie, notamment V Essai sur Ventendement humain qui le place entre Descartes et Leibnitz ; malheureusement, il a un caractère de sensualisme, qui, sans être aussi prononcé que chez Hobbes et Gassendi, n'en fait pas moins tort à son œuvre capitale. On cite encore de lui un volume intitulé : Le Chritiianiime ratsonnable dans lequel il s'attache à prouver que les Évangiles ne contiennent rien de contraire à la raison ; thèse un peu en contradiction avec son Essai sur Ventendement humain. Mais quel est le philosophe sans contradictions ?

I.iO0(lque. — La logique, d*après Pori-^Royal^ est Tari de raisonner. D'après quelques bons lexicographes, c'est la partie de la philosophie qui apprend à rhomme à guider sa raison, à faire un usage convenable de ses facultés rationnelles, en définissant, en divisant, etc.

Les diverses écoles ont surchargé la logique de tant de termes et de phrases barbares, elles l'ont tellement noyée dans de sèches et vaines subtilités qu'elle semble un art qui a plutôt pour but d'exercer l'esprit que de l'aider à penser juste.

Que dire, par exemple, des questions suivantes posées dans lés tmhrersités du moyen-âge ?

« Savoir si les degrés métaphysiques dans l'individu sont distingués réellement, ou s'ils ne le sont que virtuellement et d'une raison raisonnée. »

« Savoir si la matière seconde ou l'élément sensible est dans un état mixte, et si, dans la corruption du mixte, il y a une résor lution jusqu'à la matière première, etc. »

c Savoir si l'être ent univoque à l'égard de la substance de l'accident »

A quoi a servi ce jargon inintelligible ? A perpétuer les querelles des diverses écoles. Ce n'est pas là de la logique.

Descartes a donné naissance à la vraie logique dans son livre de la Méthode^ adopté, suivi et préconisé par Malebranche. Condillac a eu aussi sa logique à lui. Enfin, il y a une logique naturelle qui est le lot des esprits nés avec un jugement droit et sûr.

L'étude de la philosophie a amené une logique raisonnée ou factice, que l'on confond souvent avec la dialectique. Cette dernière, d'après M. Guizot, est un art qui sert de moyen à la logique, dans la recherche de la vérité. C'est l'instrument de la logique.

Ce sont là des querelles de mots, un peu oubliées depuis Condillac; l'essentiel est d'éclairer son jugement, de l'asseoir sur des preuves positives ; on exprima toujours avec clarté ce que l'on comprend bien.

EiOl« ^- Déclaration solennelle donnée par le pouvoir législatif sur un objet d'intérêt général et étendant son empire sur

tous les dloyens d'un pays. Elle est comme TexpressioB de la volonté générale. Un gouvernement nest fort que par elle ; il ébranle toujours son pouvoir par Tarfoitraire.

c Lorsqu'une loi est injuste, dit un écrivain, elle ne nous lie pas... • Cet axiome qui, au premier abord, ne parait pas déraisonnable, peut avoir des conséquences bien fâcheuses : une loi injuste 1 et qui étes-vous pour la juger ? connaissez- vous le motif secret du législateur ? avez-voos considéré Tensemble de la loi t — Non, vous la jugez légèrement, sur une application isolée. Hier, un homme a été puni d'une manière trop forte pour son crime: donc, la loi est mauvaise... Cesl ainsi que raisonnent la plupart des gens, sans réflexion, sans études : le gouvernement a tort, le législateur s'est trompé ; moi seul je tranche sur tout ci ne puis être en faute... En vérité, on en rirait si Ton ne voyait les conséquences d'un pareil travers : si chacun se mêlait de corriger cette loi injuste, il arriverait que chacun ferait la sienne et que tout serait bouleversé I

En général, nons ne voyons pas assez l'ensemble des choses et leurs conséquences ; la réflexion et l'étude des mœurs et dos législations qui y correspondent nous les fera apercevoir sous un jour tout différent :

Les hommes, réunis en société, ont senti le besoin de donner une direction sage à la force de tous ; car les hommes réunis ne pourraient s'entendre sur les besoins de la société. Cette force, on l'appelle gouvernement. Les gouvernements ont donc été créés pour le bien de tous, et, dans cette vue, ils ont appelé des hommes probes et érudits, des législateurs. Ces législateurs ont fait des lois auxquelles toute la société doit se conformer dans son propre intérêt. On a prétendu que celte obéissance forcée à la loi détruisait la liberté ; les hommes érudits et consciencieux ont prouvé qu'en obéissant à la loi, on n'obéissait qu'à sa propre volonté, qu'à sa raison, que pour son bien. Ils ont prouvé encore que la loi seule donne la vraie liberté parce qu'en écartant la loi, on tombe sous l'empire de la force, et que la force détruit la liberté.

Cela est si vrai qu'il n'y a pas une peuplade sauvage qui n*ait son chef et ses lois, bonnes ou mauvaises. Une société ne peut exister sans l'ordre et sans un gouvernement qui la maintienne.

Les meilleures lois ont leur source et leur fondement dans les mœurs du pays.

Il y a des lois fondamentales et des lois spéciales : les premières sont les Chartes ou Constitutions, les autres se nomment Codes,

Tout ce qui règle le droit privé, le droit public, le droit des gens peut être considéré comme loi.

Le bien-être social doit être le but des législateurs, et, pour parvenir à ce but, pour faire de bonnes lois, il faut que ces dernières soient en harmonie avec les mœurs qu'elles doivent régir.

Nos mœurs, c^est notre vie politique et privée ; nos lois doivent s'y conformer, en être Texpression, en assurer le maintien si elles sont bonnes, les améliorer graduellement, mais toujours de manière à ce qu'elles soient assez en harmonie pour pouvoir être suivies. Des lois parfaites, en théorie, seraient mauvaises si elles ne pouvaient être appliquées et suivies (4). L'histoire prouve partout cette assertion : partout où les peuples sont libres de se donner des lofs, elles sont l'expression de leurs mœurs ; bien plus, les mœurs déterminent les institutions politiques et les formes de gouvernement. Ainsi, la féodalité, que nous avons répudiée avec raison, était le résultat de l'invasion des Barbares, le seul gouvernement que put faire naître l'éiat de choses de l'époque. Les mœurs industrielles et commerciales créent des lois qui répondent à leur nature et portent leur empreinte : Venise et la Hollande en sont des exemples.

Là où il y a lutte entre l'esprit commerçant et l'esprit aristocratique, en Angleterre par exemple, on voit les institutions se mouler à cette double exigence. « Les Anglais, dit Montesquieu, sont le peuple du monde qui a le mieux su se prévaloir à la fois de ces trois grandes choses : le commerce, la liberté et la religion. »

En France, comme dans la plupart des États de rBurope, l'histoire nous montre toujours les lois et les gouvernements forcés de suivre les mœurs. Lorsqu'il y a eu dissidence, il y a eu combat.

(1) On demandait à Selon si les lois qu'il avait doonôes aux Athéniens étaient les meilleures. « Je leur ai donné, répondit-il, les meilleures de celles qu'ils pouvaient souffrir. » (Montesquieu;.

Si les lois gënëraled et politiques ne doivent changer qui rarement pour ne pas apporter de perturbation dans TÊtat, 1« lois civiles au contraire doivent se modifier souvent pour restei en harmonie avec les mœurs. Les bonnes mœurs inspirent de bonnes lois, les soutiennent et les font triompher des mauvaises passions ; c'est la vertu d'un peuple qui se produit au dehors. Les mœurs rendent inutiles certaines lois ; c'est ainsi qu'a di^ paru, avec les lumières, toute la législation sur la sorcellerie. L'action des lois sur les mœurs se constate facilement» quoique

1 son influence soit plus difficile à déterminer.

Que les lois soient bonnes ou mauvaises, on s'y soumet temporairement, et elles ont souvent le temps de former des habitudes. Or, ces habitudes ont sur les mœurs une très grande influeoce. Les pays de coutume en sont une preuve ; les lois n'y sont pas écrites, mais ces coutumes y sont observées parce qu'elles ont la sanction des âges. Elles sont devenues des habitudes.

Les lois sont surtout proGtables aux^peuples éclairés et déjà empreints de moralité ; elles les soutiennent alors et aident leur marche progressive.

Les actes les plus graves de la famille reçoivent de la loi un caractère d'ordre qui prévient des désordres sans fin et une dégénération déplorable dans les relations de la vie sociale. Les lois élèvent l'esprit du peuple, le conduisent à recevoir des principes et un ordre établi pour tous, à se dévouer à des intérêts communs, à se considérer comme membre d'une association humaine. Ces lois n'agissent quelquefois sur les mœurs qu'indirectement ; elles les épurent par l'esprit de régularité qu'ellefl impriment

jl'y à la vie civile, et qui passe dans la vie morale des nations.

■ En général, il faut des lois peu nombreuses, et toutes ayant un

t caractère d'utilité : plus on prodigue l'action des lois, plus on

it l'affaiblit ; ou elles deviennent une tyrannie, ou il est impossible

j de les faire exécuter.

Si déjà les mœurs sont corrompues, ou seulement altérées rien

j' ne les démoralise aussi vite que de mauvaises lois.

— Les mœurs sont le résultat des lois, comme les lois deviennent le résultat des mœurs. (De Bonald).

Eioquacitô. — Habitude de trop parler. — La loquacité est quelquefois le symptôme d'un dérangement des facultëe intellectuelles. Chez les femmes, elle se nomme babil. Les hommes ne possèdent pas cette sorte de talent qui consiste à parler longtemps et avec grâce, sans rien dire qui vaille la peine d'être retenu. Un poète appelle ce babil féminin « un doux gazouillement >.

Au barreau, à la tribune, la loquacité est plus insupportable ; elle est aussi quelquefois fatigante dans la chaire, mais elle trouve là plus de patience et de charité pour la supporter.

— La loquacité est souvent le lot des femmes, mais celle qui envahit le barreau et la chaire est plus importune encore. La qualité des paroles vaut mieux que la quantité. (Marmontel).

Kx>uaiif^e« — La louange, que notre amour-propre recherche avec une avidité insatiable, est utile ou funeste ; elle est noble ou vile, selon qu'elle est justement appliquée ou que rintérôt la dicte. En société, elle n*est, le plus souvent, qu'un commerce de mensonges de convention, démentis aussitôt que celui qui en est l'objet a disparu.

Quand la louange est méritée et qu'elle s'applique à un homme de génie ou à un bienfaiteur de l'humanité, elle élève l'âme, multiplie les forces et contribue à produire des travaux gigantesques, des méditations sublimes ou des discours éloquents. Cela était vrai surtout dans l'antiquité payenne. Le Christianisme, même en nous enseignant l'humilité, a diminué le prix de la louange, sans toutefois le faire disparaître entièrement, car notre nature est toujours faible.

Ijoyauté. — La loyauté est l'une des plus précieuses garanties que nous ayons dans le commerce des hommes. Malheureusement, elle devient do plus en plus rare dans notre état de civilisation avancée. C'est le plus beau caractère de la grandeur morale, mais elle devient toute naturelle avec des principes chrétiens.

En politique, la loyauté est la meilleure des diplomaties ; c'est

ce sentiment qui a donné à M. Guizot Tidëe de la devise que cet homme d'Etat a adoptée : Linea recla frrevtsftma.

LfUcrdce. — Philosophe romain, né l'an 95, mort Tan 51, avant J.-C.

Lucrèce n'a pas eu de doctrine, il n'a fait que mettre en beaax vers la théorie déjà connue de Leucippe, Démocrite et Ëpicare qu'il avait étudiée à Athènes.

Son poème est divisé en six livres :

Dans les premiers il émet le principe que rien ne peut être fait de rien et admet les atomes comme les premiers éléments.

Le troisième décrit la nature de l'âme, qui, d'après lui, est toute matérielle. — Le lien qui Tunit au corps constitue la vie. Séparés, ils périssent tous deux.

Les autres livres contiennent l'explication des phénomènes physiques.

Lucrèce, on le voit, a employé un magnifique talent à railler ces doctrines consolantes, chères à l'imagination, comme à la vertu, qui promettent, dans une autre vie, la récomp^ise des épreuves noblement et courageusement supportées dans celle-ci. Il étouffe toutes les craintes, supprime tontes les espérances de la vie et termine logiquement la sienne... par le suicide...

L«uxe. — Somptuosité dans les vêtements, les ameublements, la table, etc.

Le luxe est-il utile ou nuisible aux États et aux individus ? c'est là une question bien controversée. Nous resterons dans un sage milieu : il serait absurde de vouloir nous ramener à l'état sauvage préconisé par Rousseau ; mais d'un autre côté, le luxe désordonné démoralise les hommes, ruine les familles, épuise les ressources de l'État. Le luxe bien entendu, et répandu avec une sage proportion dans la fortune , contribue à la force et à la grandeur d'une nation. Tout est dans le degré. Il faut donc le diriger, plutôt que l'encourager outre mesure, comme on le fait peut-être trop à notre époque.

Certes, si les riches employaient ce qu*ils consomment en superflu i tés à soulager les malheureux, tout irait bien, mais les richesses amènent l'habitude du luxe, celle-ci étouffe la charité et

rend les riches trop souvent impitoyables. Us oublient la maxime de saint Paul : « Que votre abondance supplée à Tindigence des autres, afin de rétablir Tégalilé. t

Il s'agit bien d'égalité t il faut, à tout prix, briller, s'élever au-dessus des autres, éclipser ses rivaux t et quand cette passion s'éveille, tous les moyens sont bons... alors arrivent souvent, avec l'immoralité, la ruine et le déshonneur.

— Le luxe a peu de jouissances indépendantes de l'orgueil.

(Marmontel).

Malioiiiet. — Fondateur de la religion musulmane, né à La Mecque, au vi" siècle de l'Ère chrétienne; mort àMédine en 632.

La vie de Mahomet fut, jusqu'à 40 ans, vouée à la guerre et aux voyages; mais, depuis ce moment, il vécut dans la retraite, et conçut le projet de réformer la religion de son pays, d'y faire adorer un seul Dieu et de réunir dans un même culte l'Idolâtrie, le Sabéisme et le Judaïsme.

Après avoir séduit et converti sa propre famille, il se proclama prophète, envoyé de Dieu, et prêcha publiquement sa doctrine. Repoussé d'abord de La Mecque, il s'enfuit à Yatreb qui l'accueillit et prit dès lors le nom de Médine (ville du Prophète).

Mahomet, se voyant persécuté, réunit ses partisans et leur ordonna de propager par les armes la nouvelle religion.

11 se mit lui-même à leur tète et était victorieux partout, quand la mort vint le frapper. Ses généraux continuèrent son œuvre.

Les principaux dogmes du Mahométisme sont l'unité de Dieu, l'immortalité de l'âme, un paradis tout sensuel, un jugement dernier et la prédestination. Il avait adopté la doctrine du fatalisme comme favorable à l'esprit de conquête en inspirant le mépris de la mort.

Les préceptes provenant de ces dogmes sont la polygamie, la

282 DlCTIONNAmE RAISONNÉ

prière, Taumône, les ablutions, le jeûne et l'abstinenoe des liqueurs fermentées.

— Qu'est-ce que Tlslamisme comme religion t et que peut-il pour le progrès du monde? Amalgame bizarre de judaïsme, de Christianisme et de déisme, la religion de l'islam manque absolument d'originalité. Elle n'a ni un dogme ni un culte de sa création. Et pourtant, on ne le peut nier, Tislamisme s*est fait sur des millions d'âmes un ascendant profond ; il a créé un enthousiasme et un fanatisme religieux que le passage des siècles n'a pu éteindre ni refroidir tout à fait. A quoi tient dans le passé cette étonnante possession des âmes par le mabométisme, et que devons-nous en attendre pour la marche et la grandeur de Tavenir î Chose vraiment digne d'être méditée : ce qui a fait sa fortune, c'est précisément ce qui le condamne à une irrémédiable décadence. Le succès du mahométisme, ce fut l'étrange alliance qu'il ût dans l'homme, de la religion et du sensualisme, du culte de Dieu et du culte de la chair, en un mol, de l'ange et de la béte. Aristote a dit : L'homme est un animal religieux. » L'islamisme a dédoublé l'homme; il a mis d'un côté l'onîmai, et il lui a jeté, pour assouvir ses désirs, la pâture des voluptés sensuelles; il a mis de l'autre côté l'être religieux^ et il lui a donné, pour satisfaire ses plus sublimes instincts, un Dieu à adorer et un ciel à posséder ; et ce ciel, c'était encore un ciel de voluptés. Comme Boudha, il a pris l'humanité par les deux bouts. Avec une religion qui ne demande ni le sacrifice, ni l'abnégation, ni la mortification, il lui a permis toutes les voluptés de la terre et promis toutes les voluptés du ciel.

Mais ce monstrueux alliage qui lui fit, le glaive aidant, un facile triomphe, est en même temps la démonstration de son impuissance pour élever l'humanité. (Le Père Félix).

Maine de Biran* — Philosophe du xviii* siècle, mort à Paris en 4 824, Maine de Biran fut l'un des métaphysiciens les plus profonds de son époque. D'abord disciple de Condillac, il s'éloigna bientôt de cette école et s'attacha à rétablir les droits de la puissance active et volontaire, méconnue par le maître.

Il débuta par un mémoire sur V Influence de ^habitude qui fut suivi d*uo aulre sur La décompoeitùm de la pensée. Les nauvellee cansidéraiions eur les rapports du physique et du moral donnent son dernier mot.

Mal. — L'origine *du mal est l'une des questions qui ont le plus occupé la philosophie antique : l'ancien Orient peuplait le monde de Dieux et de génies, auteurs du bien et du mal ; chez les Grecs, les stoïciens attribuaient ce dernier à la fatalité, à la nécessité des choses ; le Dieu qu'ils imaginaient était impuissant à y porter remède. L'école de Platon, au contraire, accuse de tout le mal les Dieux subalternes ; les épicuriens attribuent tout au hasard. Le Christianisme est venu nous apporter la vérité, mais de nombreuses hérésies ont créé de nouvelles difficultés sous les noms de manichéisme, socinianisme, etc.

Après ces courtes observations historiques, entrons au cœur de la question : le mal existe ; pourquoi Dieu juste, sage et bon, Ta-t-il permis ?

Dieu est une cause, une cause libre et intelligente ; sans cela il ne serait pas Dieu. Ne pas être parfaitemeni sage, juste etbon, ce serait ne pas être guidé par une raison infaillible. Il n'est pas besoin de démontrer que cela est impossible.

Rien de plus lumineux que les attributs divins de la sagesse, de la justice et de la bonté, quand on les considère dans leur principe ; mais dès qu'on descend de cette région si haute pour abaisser ses regards vers cet univers imparfait, la lumière s'obscurcit, et, si vaste, si harmonieuse que soit l'œuvre de Dieu, on a souvent de la peine à y reconnaître sa main.

Rst-ce à dire qu'il y a contradiction entre Dieu et le monde T — Non, certes! mais ce monde où semblent entrer le hasard et le mal, c*est le monde tel qu'il se montre à nos faibles yeux, dans un point de l'espace, dans un moment fugitif du temps. Nul doute que si nous pouvions déchirer le voile que les limites de notre nature opposent à notre intelligence, le monde nous appa-^ rallrait tel qu'il est pour Dieu lui-même. Le désordre, le hasard et le mal, détruits avec notre ignorance, laisseraient éclater dans l'univers toute la perfection de son auteur.

Ainsi donc, Torigine de toutes les difficultés qui s'élèventcontre

la sagesse, la justice et la bonté divine, c*est Fimperfection de notre être, ce sont les bornes étroites de la science et de l'expérience. Or, comment les données incomplètes d'une observation bornée prévaudraient-elles contre les clartés divines?

On distingue trois sortes de maux :

Le mal métaphysique ou d'imperfection ;

Le mal moral ;

Le mal physique, la souffrance.

Parcourons-les successivement.

L'imperfection est la loi de ce monde. Toute créature eet un mélange de force et d'impuissance. Des plus humbles degrés de l'échelle, montez aux plus élevés, vous trouverez partout des limites : la beauté a ses taches, l'esprit ses obscurités, la volonté ses défaillances. Réunissez, en un môme homme, tous les dons : la santé, la vigueur du corps, l'éclat de l'imagination, la hauteur du génie, la puissance du caractère, cet homme merveilleux sera toujours un homme, c'est-à-dire une créature bornée sujette à mille besoins et finalement à la mort. De là ces plaintes qui s'élèvent contre la divinité : Pourquoi ne pas avoir fait le monde meilleur? pourquoi ne pas avoir donné à l'homme un degré supérieur d'intelligence, une puissance plus étendue, etc., etc.

Ces objections ne peuvent embarrasser, il suffit pour les réfuter de cette remarque très simple que l'imperfection des créatures est une suite nécessaire de leur essence. L'incréé seul est parfait. Qui dit Être créé dit un Être qui n'existe point par soi-même, qui, par conséquent peut être ou n'être pas, commence et finit, s'élève ou déchoit. Voilà l'imperfection, voilà le mal. Se plaindre que les créatures soient imparfaites, c'est se plaindre qu'il y ait des créatures, c'est accuser Dieu d*avoir voulu répandre, hors de lui, l'intelligence, la force, l'amour...

L'objection tirée du mal moral peut se résumer ainsi : c Le mal moral n'est pas seulement une imperfection, c'est un mal positif, effectif, absolu. Or, ce mal n'est pas nécessaire en soi ; il n'existe que parce que Dieu l'a voulu ou au moins permis. Dans les deux cas, où est la bonté divine ? »

Si le mal moral est la condition d'un bien plus grand, il n'est pas un mal absolu puisqu'il concourt à l'ordre universel. Or, il est une suite nécessaire de la liberté, que nous ne voudrions repu-

dier à aucun prix. Sans le mal moral, en effet, le libre-arbitre des créatures était impossible : essayez de supposer des créatures libres et incapables de faire le mal 1... Sans mal moral, point de libre-arbitre, sans le libre-arbitre plus de nature humaine ; sans nature humaine un monde inférieur au monde actuel et moins digne de Dieu.

Reste le mal physique.

On cherche dans l'injuste répartition des biens et des maux, et, en général, dans les misères humaines, des arguments contre la providence. Or, il est évident qu'il faut retrancher de ces misères les maux qui, par la privation momentanée d'un bien, nous en font sentir plus vivement le prix ; les châtiments que la conscience, Fopinion publique et les lois infligent aux hommes coupables; enfin les craintes dont une âme faible ou criminelle se tourmente pour Favenir. Ne faut-il pas y ajouter encore les malheurs dont la providence nous frappe pour des fautes ou des crimes antérieurs ?

Ces retranchements opérés, il reste encore dans le monde une foule d'inégalités et d'injustices ; que prouve cela contre la providence? était-€lle obligée d'attacher à tout crime une punition immédiate et de couronner, dès cette vie, le mérite et la vertu ? Ces mots même n'auraient plus de sens dans un monde où le mérite ne s'achèterait pas au prix du sacrifice, où la vertu ne serait pas le résultat d'une lutte longue et douloureuse. Afin que l'homme atteignit toute la perfection de sa nature et développât en lui ce qu'il a de plus excellent, il fallait que la vie humaine fut une épreuve, et il suffit pour justifier la providence que cette épreuve ne soit pas éternelle et qu'elle nous prépare, ici bas, à une destinée meilleure (4).

— L'origine du mal a été, de tout temps, la question la plus controversée par les philosophes. Gomment un Dieu créateur, tout-puissant, souverainement bon, a-t-il pu produire le mal dans le monde?...

On a depuis longtemps répondu à cette question qui ramène à celle-ci : Pourquoi Dieu a-t-il fait l'homme libre ?

(1) y. Leibni(z.

Les souffrances physiques ou morales qu'entraîne le vice ne prouvent pas moins la bonté de Dieu que le bonheur donné par la vertu : le mal moral n'est imputable en effet qu'à celui qui le commet. Il est de toute évidence que les lois du monde matériel sont bienfaisantes, tandis que les inconvénients qui en résultent ne sont qu'accidentels; combien n'en est-il pas qu'on doit attribuer aux obstacles que les institutions humaines opposent à l'ordre général de l'univers ?

Et ce n'est point seulement dans les lois qui garantissent aux hommes la stiisfaction de leurs besoins qu'on retrouve une intention bienveillante : quelfe riche provision de bonheur ménagée par nous dans les plaisirs de l'intelligence, de l'imagination et du cœur ? et combien peu ces plaisirs dépendent du caprice de la fortune I (Dugald-Slewart) .

— Le mal moral n'existe qu'en nous-méme, dans les déterminations désordonnées de notre volonté. (Massias).

— Dieu, pour punir le mal, n'a qu'à le laisser faire.

(Lacordaire).

Maladie. —Au point de vue physique, la maladie est l'une des plus dures épreuves de l'homme ici-bas. Au point de vue moral, c'est une épreuve aussi, mais une épreuve bienfaisante.

c La première grâce de la maladie, dit l'abbé Pereyve, est d'établir l'homme dans la retraite et de l'avertir qu'il doit penser à la vie qui est la vraie vie. »

Dans le monde et avec la santé, le tourbillon des affaires et des plaisirs passe, nous emporte et il faut faire des efforts inouis pour oublier nos passions et nous rapprocher de Dieu... Mais quand le corps est abattu, le silence se fait, les souvenirs se présentent dans les heures d'insomnie, la méditation arrive et avec elle le regret du passé et les bonnes résolutions pour l'avenir.

La maladie sépare l'homme, du monde et de l'enivrement extérieur des sens ; elle supprime tous les obstacles que le plaisir et la vanité élèvent trop ordinairement contre nous... Enfin, le plus souvent, elle nous corrige, nous épure et nous rend plus heureux.

lialebranclie. — Philosophe, né à Paris en 4638, mort en 4746.

Destine à entrer dans les ordres, Malebranche préféra Tétude des sciences et devint, encore jeune, membre de l'Académie, a A rage de vingt^ix ans, dit Fontenelle, Le traité de Vhomme de Descartes lui tomba sous la main et il le lut avec un tel transport que des battements de cœur le forcèrent plusieurs fois de s'arrêter. Il fut frappé, comme d*une lumière nouvelle, et vit dès lors Fétude qui lui convenait. »

Le système de Malebranche peut se résumer en quelques mots : Placer la source des idées en Dieu qui nous les communique par une action intérieure, indépendante de nous.

On a dit de ce système qu'il nous rapprochait trop du panthéisme , qu'il a cependant combattu.

L*ouvrage qui a le plus contribué à établir la réputation de Malebranche est la Recherche de la vérité,

Maltieur. — Situation douloureuse^étatde malaise, qui, selon les circonstances, peut se traduire par les mots : Infortune, misère, détresse, adversité, calamité, désastre, revers — en tout le contraire du bonheur.

— Dieu n'élève pas Thomme de bien dans la mollesse, il réprouve, il le prépare.

Le choc de l'adversité n'altère pas une àme courageuse ; elle reste inébranlable, elle n'y est pas insensible, elle résiste et triomphe. Les calamités ne sont pour elle qu'un exercice. La grandeur, la force, la puissance ne se montrent que dans l'épreuve de la douleur.

Gomment reconnaître le courage dans la pauvreté, si on nage dans l'opulence? La constance contre l'ignominie, les haines populaires, si on vieillit au milieu des applaudissements.

Ainsi Dieu fortifie, essaie, exerce ses élus, personne n'est exempt d'épreuves. Cet homme, si longtemps heureux, aura son toor. Il semblait être affranchi, son jour n'était que différé.

Quoi qu'il advienne à l'homme de bien, il s'en accommode et le tourne à son profit. Le mal est peu, la manière de le supporter est tout. L'apprentissage de la vertu n'est jamais doux et facile :

288 DIGTIONNIRE RAISONNÉ

le sort nous frappe et nous déchire, souffirons, c'est une lutte. Nous serons d'autant plus forts que nous Taurons plus de fois soutenue. Les membres les plus vigoureux sont ceux qui travaillent et fatiguent davantage. A force de souffrir les maux, l'âme finit par les braver ; celle qui doit languir dans le som* meil se compose d'éléments sans énergie. (Sénèque).

— L^infortune et les privations éprouvées pendant la jeunesse ont pour compensations précieuses la modération de Tâme et la rectitude de ses jugements sur le meilleur emploi de la vie ainsi que sur les droits de Thumanité... Lorsque Ton sait se maintenir dans des dispositions vertueuses et résignées, il est peu de malheurs, qui, à l'aide du temps, ne soient l'occasion de quelques précieux avantages. (Asaïs).

— Qui n*est pas prêt à tout souffrir et à s'abandonner à la volonté de Dieu ne sait pas ce que c'est qu'aimer. Il faut que celui qui aime embrasse avec joie les plus grands malheurs et qu'aucune traverse ne le détache de Dieu. (Imit. de J.-C).

— C'est en devenant plus malheureux qu'on apprend quelquefois à l'être moins : le système des compensations est l'un de ceux dont la vérité apparaît toujours davantage, mais ce n'est pas dans la bouche des heureux du siècle, c'est dans celle de l'opprimé, du pauvre, que cette vérité persuade et qu'elle sert la vertu, en faisant pressentir les nobles et saintes délices que Dieu peut établir en contrepoids de la douleur, de la misère et de l'abandon. W^ Swetchine).

Malice. — Diminutif de m^c^nceté, presque synonyme de malignité.

La malice est un défaut éminemment français. Pris dans un certain sens, c'est l'esprit qui fronde les ridicules et les travers dans les sociétés ou d.ins les livres. Rabelais, Erasme et Yoltaire pétillaient de malice.

Bf anlcliélaine. — On donne ce nom à l'opinion exprimée par Manès, qui mêla à la doctrine de l'Évangile des principes puisés dans les religions de l'Orient.

Le dogme, dont Manès est considéré comme le représentant.

66t le dualisme du bien et du mal et Tégalité de puissance de ces deux principes.

On distingue deux manichéismes : Tun religieux, l'autre philosophique. Saint Augustin a été l'adversaire le plus ardent de cette doctrine, de quelque manière qu*elle ait été présentée.

Cette secte, du m® siècle de TÈre chrétienne, a été longtemps proscrite ; elle a fini par disparaître.

Ma nie* — Sorte d*aliénation qui donne lieu à des habitudes bizarres, quelquefois extravagantes ; les goûts les plus naturels, les qualités même, deviennent des manies si Ton n*y prend garde.

En médecine, un maniaque est un fou ; mais, en morale, la manie n*est guère qu'un ridicule; nos tics, nos grimaces ont une source analogue : la répétition machinale de certains mouvements, d^abord volontaires.

Les goûts trop prononcés deviennent souvent des manies.

Bf anzonl. «- Poète, romancier et moraliste, né à Milan en 4784.

La famille de Manzoni était ancienne et illustre ; son éducation fut soignée et, bien que tourné vers la poésie, son esprit était plus réfléchi qu'enthousiaste. Ses premiers vers en font foi : c Sentir et méditer, disait^il, te contenter de peu, ne détourner jamais tes yeux du but, conserver pures ta main et ton &me, n*éprouver des choses humaines que ce qu'il faut pour t*en détacher, ne te rendre jamais esclave, ne pas t'avilir, ne pas trahir la sainte vérité, ne proférer jamais une parole qui applaudisse au vice et tourne en ridicule la vertu... » Tel fut le noble but de Manzoni en entrant dans le monde, et il ne s'en écarta jamais.

Après avoir composé des drames, des poésies sacrées et cet admirable roman des Fiancés, (i promessi sposi) il fit paraître ses Obserwitions sur la morale calholique, qui avaient surtout pour but de défendre le catholicisme contre les attaques que Sismondi a prodiguées à la religion dans son Histoire des Républiques italiennes.

Manzoni a été l'un des caractères les plus purs et Tun des

talente les plus élevés de l'Italie du xn^ siècle qui en compte bien peu.

llarc-ilLurèle. — Marc-Aurèle est né Tan 1 21 , à Rome, sous le règne d'Adrien qui avait de Taffection pour lui et auquel plaisait son caractère sérieux. Aussi le créa-t-il chevalier, encore fort jeune et lui donna-t-il la robe virile à quinze ans.

L'empereur, forcé de se choisir un successeur, désigna Antonin, à la condition qu*il adopterait Harc-Aurèle.

Accablé d'honneurs qu'il n'avait pas ambitionnés, il sentit redoubler son amour pour l'étude et en particulier pour la philosophie ; aussi lorsqu'il fut appelé à succéder à Antonin, il mérita qu'on dit de lui : « que les peuples ne seraient jamais plus heureux que lorsque la philosophie serait assise sur le trône. >

Il a justiGé ce mot de Platon ; surtout en ordonnant, à son avènement au trône, que tous les chrétiens fussent mis en liberté et leurs délateurs punis.

Le sang d'aucun martyr ne coula à Rome pendant la durée de son règne, celui qui fut versé dans les provinces le fut par l'ordre des proconsuls.

Il a laissé douze livres de réflexions écrites en langue grecque. Ce qui distingue le livre de morale de la plupart des autres, c'est que celui qui l'a écrit n'a pas émis une pensée qui ne futsincère, une maxime qu'il n'eut pratiquée.

Marc- Aurèle penchait vers le stoïcisme, et, comme presque tous les stoïciens, il méprisait la métaphysique comme une science obscure et inutile. Sa psychologie n'est qu'une suite d'observations tout extérieures. Sa morale, bien qu'empreinte des doctrines, un peu sèches, de sa secte, n'en est pas moins la meilleure que nous ait laissé le paganisme.

Mariage. — Il résulte des paroles même de l^fccritore

sainte :

4® Que le mariage est la société de deux personnes de sexes différents et qu'il exclut la polygamie.

S^ Qu41 est une société libre et volontaire, puisque c'est Tunion des esprits et des cœurs aussi bien que des corps;

3® Que cette société est indissoluble ; que son but est de peupler la terre et que Dieu y attache sa bénédiction.

L'union conjugale est la base de Tédifice social ; elle fait le bonheur des familles particulières dont se compose la grande famille dePÉtat ; elle décide pour Thomme, du sort, de la vie présente ; elle étend son influence jusque sur la vie future. Considérons-la, non telle que la civilisation et Tamour de Targent l'ont faite, mais telle qu'elle était dans les vues de Dieu.

Sans l'union conjugale, l'homme serait seul au milieu des hommes et cette solitude du cœur est la plus cruelle de toutes. On est moins tristement seul dans les forêts où la nature semble quelquefois en accord avec nos impressions, qu'on ne Test dans le monde, quand on n'y trouve personne avec qui l'on goûte cette communication intime des pensées et des sentiments qui fait le bonheur.

Dans le monde, en effet, on se passe trop souvent d'estime et d'affection. Ce sont moins les qualités du cœur qui nous le font rechercher et nous y rendent agréables que Tart frivole de plaire, l'art dangereux d*amuser. L'abandon n'y règne pas, on se compose pour y paraître ; on ne se laisse voir que dans ses beaut moments, la confiance en est bannie et on y trouve moins d'amis que d'indifférents qui relèvent nos ridicules pour en rire et dans les jours d'adversité, se bornent à des démonstrations insignifiantes... Ce sont ces liaisons superficielles qui nous font mieux sentir le besoin d'une relation plus étroite, dans laquelle nous trouverons une société plus sûre et plus réellement affectueuse.

Il y a certainement dans le monde quelques bonnes et sincères amitiés, mais peut-on comparer leurs douceurs à celle d'un heureux mariage ? Où est l'ami qui soit là dans tous les moments, toujours à notre portée, de qui l'on soit le premier intérêt, la première pensée; à qui l'on puisse dévoiler ses faiblesses et se montrer tout entier, sans craindre d'affaiblir l'estime, fondement de son affection ? Où est l'ami qui soit prêt à faire les plus petites et les plus grandes choses, de qui Ton puisse tout attendre et tout recevoir, sans être jamais retenu par la discrétion ou la reconnaissance? Ce qui serait chez des amis une vertu supérieure

est, chez des époux bien unis, la vie ordinaire, sans qa*on songe à 8*en étonner.

Gela a en effet sa raison d*ètre : Tunion conjugale met en commun tous les intérêts de fortune, de santé, d'amour-propre; la gloire ou l'humiliation de Tun rejaillit sur l'autre ; les' peines et les plaisirs sont de moitié, non seulement parce que la sympathie les fait partager, mais parce qu'on les éprouve ensemble. C'est une môme vie, dans laquelle deux êtres se trouvent réunis. Chacun des époux voit chez l'autre un aide, en qui il trouve ce qui lui manque et ce qui lui convient. On peut dire que l'homme et la femme séparés sont des êtres imparfaits. Réunis, ils offrent la plus heureuse des associations. L'homme possède la faculté de concevoir, de réfléchir, de généraliser ses idées, il pose les principes. Douée de pénétration et de finesse, la femme en fait l'application. Elle démêle les nuances les plus délicates, les mouvements les plus secrets. La raison de l'un modère les écarts et la sensibilité trop vive de l'autre ; les grâces et la galté de la femme chassent les nuages du front de l'homme ; sa douceur modifie ce qu'il peut y avoir chez lui de rude ou d'emporté. Tandis qu'appelé au dehors par sa vocation, il se charge des soins extérieurs, elle embellit la vie domestique par l'ordre, la propreté, les attentions aimables. Son époux jouit de ses soins, il jouit du bien-être qu'elle fait régner dans sa maison. De son côté, elle trouve des douceurs dans cet emploi des facultés qu'elle a reçues et comme sa destination est de vivre pour un autre elle en fait son bonheur; elle s'associe à la considération qu'obtient son chef; elle partage la gloire de ses succès que lui interdisent sa vie paisible et la modestie de son sexe. C'est d'elle que la jeune famille reçoit ces premiers soins pour lesquels rien n'égale son adresse, sa patience, sa constante sollicitude, fille met dans le cœur de ses enfants ces premiers senliments de tendresse, de douceur, de piété qu'inspire si bien la voix d*une mère. Le père, à son tour, donne à leur esprit une culture plus forte ; il protège Tautorité de sa compagne et la préserve des attaques du dehors. Il est le nerf de la famille dont la femme est le lien; cette dernière aime à confier sa faiblesse dans le sein d'un être plus fort qui la rassure. Elle le calme à son tour, elle adoucit ses maux, elle le soigne dans ses maladies ; un instinct inexplicable

Tavertit de ce qu*éprouve Tobjet de sa sollicitude, et combien ses soins sont ingénieux t quel charme sa voix tendre et ses pas légers n'ont-ils pas pour son cher malade ? Alors sa faiblesse a disparu ; aucune fatigue ne dépasse ses forces.

Si cette union est touchante et nécessaire au sein de T aisance, elle Test bien plus encore dans Finfortune. L'ouvrier, Tagriculteur oublient leurs fatigues en approchant du foyer où les attend une compagne dévouée ; ils savourent avec joie le simple repas préparé pour eux. Plus T homme est pauvre et malheureux, plus il sent Tattrait de cette union.

L'union conjugale, enfin, est la plus durable, non seulement parce qu'elle se prolonge jusqu'à la fin de la \ie, mais parce qu'eUe embrasse tous les temps : de jeunes époux s'aiment dans le passé, dans le présent et dans l'avenir. Le temps, dans sa course, les a dépouillés de plusieurs avantages, mais ils se voient tels encore qu'ils étaient lorsqu'ils s'unirent. Le sentiment qui les anima réchauffe encore leur ftme, il embellit leur dernier âge; comme au soir d'un beau jour, le soleil dore l'horizon. Chaque instant de la vie est marquépar des sacrifices; la reconnaissance, une douce habitude, les rendent bien plus précieux, plus nécessaires l'un k Tautre qu'ils ne l'étaient au moment de leur hymen...

— Ce n'est point se marier, c'est négocier que de prendre une femme pour son bien ; ce n'est point se marier, mais satisfaire sa passion que de prendre une femme pour sa beauté ; se marier, c'est choisir par discernement, par inclination et sans intérêt une femme qui nous choisisse de môme. (Dufresny).

Martyr. — Le martyr est Thomme qui a souffert des supplices et la mort même pour rendre témoignage de la vérité de la religion qu'il professe.

M assla«« — Le baron Massias est né à Villeneuve-d'Agen en 4764 et mort à Bade en 4 848.

n entra dans la congrégation de l'Oraloire, mais ne prit jamais les ordres. Il fut professeur d'éloquence.

Parmi ses nombreux ouvrages, quelques-uns ont une véritable

valeur; je citerai seulement un Essai sur Finstinet, l'intelligenee et la vie, des Principes de philosophie et de moraie, etc.

Ifassias s*élève contre les doctrines sensoalistes, cependant il essaye parfois de les concilier avec le spiritualisme.

MAsatllon* — Célèbre orateur chrétien, né à Hyères en Provence, en 4663, mort en 4742.

Massillon entra fort jeune dans la congrégation de TOratoire. Après avoir professé les belles-lettres et la théologie, il fat chargé par Louis XIV d'une mission à Montpellier ; sa vie politique se termine là. Le roi aimait à Fentendre, mais il ne fit rien pour lui ; ce fut le régent qui le nomma évèque de Clermont. L.' Académie française Tadmit dans son sein en 4749. Son chefd'œuvre est le Petit Carême^ dans lequel il traita des devoirs des Grands.

Son éloquence est dooce, harmonieuse, et pathétique plutôt que forte. 11 s'adresse surtout à la raison et parle peu pour le peuple qui n'eût pas profité de l'étude profonde qu'il avait faite du cœur humain. Il faut, pour apprécier Massillon, des esprits d'élite et une certaine culture des lettres. Voltaire aimait à dire qu'il savait ses sermons par cœur... c'était sans doute au point de vue littéraire qu'il s'était livré à cette élude, peu en harmonie avec ses opinions religieuses.

MatôrtallAine. — Opinion qui fait de la pensée uo attribut des organes, ou un principe matériel correspondant à leur action.

Le vaste corps du monde n'est pas le tout du monde. Au-dessus de lui est une âme invisible, créatrice, maîtresse souveraine de cet être aveugle et impuissant.

L'homme a aussi une âme supérieure au corps par ses facidtës et sa destinée future.

Telle est la croyance spiritualiste. — Les matérialistes la repoussent. — Heureusement ils sont rares : Dans l'antiquité on cite surtout Dëmocrite et Épicure ; Lucrèce nie Dieu et ne connaît que la nature.

Depuis l'avènement du Christianisme, il faut arriver jusqu'à Hobbes pour trouver un matérialiste de quelque valeur ; et, après

lui, d'Holbach, Cabanis et Broussais, qui, sans exclure complètement Dieu, excluent au moins Tàme du corps humain et mettent à sa place le cerveau^ qui pense, de la même manière que les poumons respirent et que V estomac digère...

De nos jours, Tun des plus chauds partisans du matérialisme est Fallemand Maleschott (4). Enthousiasmé par ses découvertes de laboratoire, il condamne toutes les religions et il fait malheureusement école : la science, d'après lui, doit désormais être souveraine, et il y a incompatibilité absolue entre la science et la foi. On a fait grand bruit de sa formule : « Sans phosphore pas de pensée... Tel cerveau, telle pensée, car la moindre altération yproduit une modification... et non-seulement, ajoute-t-il, la composition chimique du cerveau, mais sa forme, sa disposition, son poids, sa masse, influent directement sur la pensée. L'esprit est une propriété de la matière ; la conscience et la volonté ellemême n'en sont que des modifications. . . »

Les anciens Pères de l'Eglise nomment matérialisies les hommes qui soutenaient « que rien ne se fait de rien, que la création était impossible et qu'il y a une matière étemelle sur laquelle Dieu a travaillé pour former l'univers. »

On appelle aujourd'hui ma^érta/ûtef ceux qui n'admettent point d'autre substance que la matière, qui soutiennent que les substances spirituelles sont des chimères,que dans l'homme le corps seul est le principe de toutes les opérations et qui, par conséquent, n'admettent point de Dieu.

Ces deux systèmes supposent toujours la matière éternelle et incréée.

Les philosophes spiritualistes répondent, avec l'autorité de la raison et du bon sens, « que la matière est incapable d'une action spirituelle, telle que la pensée, qui ne peut avoir pour principe une substance divisible comme la matière. »

), — Instinct du mal, sorte de difformité morale.

La méchanceté ne nait pas des passions ; celles-ci peuvent ren-

ri) Auteur d'un ouvrage sur la circulation de la vie, traduit par le docteur Gazelles.

dre injustes ou cruels, mais elles ne nous font pas méchants, le temps et la raison nous font revenir au bien ; le méchant y revient bien rarement.

Pour celui qui n'admet pas la liberté de Thomme, le méchant est plus malheureux que coupable ; mais quelle que soit sa nature l'homme peut, jusqu'à un certain point, la réformer et devenir meilleur.

Médisance. — Propos tenu au désavantage de quelqu'un, par malignité ou par légèreté. La médisance accuse, en général, de la petitesse dans l'esprit ou de la méchanceté dans le cœur. Elle est inspirée par une rivalité jalouse et natt du contact des individus entr eux ; aussi, la voit-on plus active dans les petites villes que dans les grands centres de population, où Ton se connaît moins.

— La médisance est une pente secrète de l'âme à penser ma! de tous les hommes, laquelle se manifeste par les paroles.

(Théophraste).

— La médisance publie le mal d'autrui, la calomnie l'invente. Il y a toujours un peu de calomnie dans la médisance.

(Brueys).

— Es conversation, soyez en paix de tout ce qu'on y dit ; car s'il est bon, vous avez de quoy louer Dieu, et s'il est mauvais, vous avez de quoy ser\'ir Dieu, en détournant votre cœur sans faire ta fâcheuse, car vous n'y pouvez mais, et n'avez pas assez de crédit pour détourner les mauvaises paroles. Ainsi faisant, vous demeurerez toute innocente parmi les sifflements des serpents et ne contracterez aucun venin.

(Saint François de Sales).

— S'amuser à rechercher les défauts d'autrui c'est signe qu'on ne s'occupe guère des siens et dire du mal des morts est une inhumanité comparable à celle des bétes féroces qui déterrent les corps pour les dévorer. (Le même)»

— La maldicenza détériora chi parla, qui aseolta e per lo più anche chi n'è l'ogetto, vi ha nella maldicenza un carattere di viltà che la rende una specie di delazione. Il censurare gli assenti è d'ordinario senza pericolo, e à una ostilità contra chi

non si puo diffendere, e sovente adulazione ignobile verso ch' ascolta. (Manzoni).

Méflant^e. — De tous les sentiments du cœur, la méfiance est celui qui cède le moins à un caractère généreux. Tant que le doute existe, on peut tout soupçonner. Les pensées n'ayant pas de faits certains pour mettre des bornes à leur divagation, il est impossible de dire quelle sera l'étendue des conjectures, et jusqu'où la crédulité les suivra. Ce qui avait commencé par paraître innocent prend la teinte du crime, et dès que Fesprit est possédé par la méfiance, celui qui en est Tobjet ne peut rien faire, ni rien dire, sans que la crainte et le doute n*y mettent leur coloris et ne le défigurent.

— On est souvent trompé par la confiance et on se trompe soimême par la méfiance. (Le Prince de Ligne).

llIélan<M>lte. — Disposition qui résulte du tempérament, de rétat de la santé, de la disposition des organes et de la réaction que ces circonstances, tout extérieures, exercent sur les impressions que nous recevons des objets.

La mélancolie peut menacer la paix du cœur, si la raison ne sait pas nous défendre de ses atteintes, mais lorsqu'on en connaît Torigine, ou la cause, on la supporte comme on supporte une douleur purement physique.

Il est trois espèces de mélancolie qui attaquent la paix intérieure dans son principe essentiel : la première provient da besoin d'aimer ; la seconde d'un besoin d'agir qui n*est pas satisfait ; la troisième du besoin incessant de paraître,

La mélancolie qui naît du besoin d'aimer a un caractère plus expansif et plus tendre ; c'est souvent la plus douloureuse ; mais, à défaut des consolations humaines, la vertu et la religion lui prodiguent des consolations, bien préférables à celles qu'on cherche en vain sur la terre.

La mélancolie qui naît du besoin d'agir, tourment des âmes ardentes qui ont la conscience de leur force, a quelque chose d'impatient, d'indéfini, deconvulsif... elle rend insupportable à

rhomme la condition où il se trouve plicë et le presse d'eo changer.

Celle qui naît du besoin de paraître est, de toutes, la plus aride, la plus sombre, la plus inquiète, la plus stérile. Elle n'est guères autre chose qu'un état de servitude à l'égard de l*opioion. Son siège est plutôt dans Tamour-propre que dans le cœur, mais l'amour-propre blessé cherche à intéresser le cœur à sa cause. Il nest qu'un remède pour la guérir, c'est de l'attaquer dans son principe et de secouer le joug sous lequel le besoin de Vopiniom nous tient asservis. Jusques-là, il n'y a point de sécurité : on désire être vu et on redoute d'être jugé ; on a soif d'éloges et on craint le blâme, qui advient souvent... et même lorsqu'il n'arrive pas, quelle satisfaction recueille-t-on si elle n'est confirmée par la sanction de la conscience ?

Il y a aussi cette mélancolie des hommes qui ont épuisé la coupe des plaisirs et se sont rassasiés de la vie, mais leur tristesse n'est que le marasme de la lassitude et du dégoût. C'est celle qui nous intéresse le moins.

. Il y a encore, il faut bien le dire, ce qu'on appelle la mèka^ colie religieuse^ sorte de tristesse née d'une fausse idée que l'on se fait de la religion/ quand on se persuade qu'elle proscrit tous les plaisirs, même les plus innocents, qu'elle ne commande aux hommes que la contrition du cœur, le jeûne, la crainte et les larmes.

Cette tristesse est à la fois une maladie du corps et de l'esprit. Elle provient d'un cerveau faible et du défaut d'instruction. Les livres qui ne représentent Dieu que comme un juge terrible, qui prêchent le rigorisme des opinions et une morale outrée sont propres à la faire naître ou à la rendre incurable, à remplir les esprits de craintes chimériques et de scrupules mal fondés, k détruire la conBance, la force et le courage dans les âmes portées à la vertu. La doctrine chrétienne est plus propre à nous consoler qu'à nous effrayer : « Que le Dieu de toute consolation, dit saint Paul aux Romains, vous remplisse de joie et de paix dans rexerclce de votre foi, aûn que vous soyez pleins d'espérance et de force. >

c Lorsque dans une communauté religieuse, dit l'abbé Bergier, à l'appui do ces paroles, on voit régner une joie innocente, une

gaitë modeste, un air de contenlement et de sérénité, on peut juger que la régularité, la ferveur, la piété y sont bien établies ; si Ton y trouve de la tristesse, un air sombre, mécontent, c'est UD signe du contraire ; le joug y parait trop lourd, on le porte malgré soi. »

Mémoire. — La mémoire est comme un sens interne qui toucherait les perceptions pour en retenir et en fixer l'empreinte. Cette empreinte est d'autant plus puissante qu'elle peut se soustraire à la tutelle de la raison, et, par exemple, dans un rêve, parcourir un temps et un espace immense. Capricieuse, elle éloigne l'objet que Ton cherche et présente souvent celui dont on voudrait fuir le souvenir ; opiniâtre,elle s'attache à un objet unique et ne montre que lui. Il est des mots et des choses qu'elle ne nous rend pas de son plein gré et qu'elle nous force à reconquérir par un redoublement d'efforts et d'attention. Un mot, une chose, une circonstance suffisent quelquefois pour nous rappeler ce que nous avions oublié.

Les vieillards n'ont de mémoire que pour ce qu'ils ont su dans leur jeunesse. Ce qu'ils ont retenu semble avoir été gravé dans une âme et une organisation encore tendre et flexible et se continue par tradition. Qui reçoit le dépôt de cette tradition et le conserve intact ? Comment se fait-il que cette mémoire, excellente pour retenir le passé dans ses moindres détails, soit inhabile à retenir le présent ?... C'est encore un des secrets de notre organisation.

L'admiration que nous conservons pour les temps anciens n'est souvent que la mémoire de nos sensations de jeunesse.

— La mémoire, en dépit du temps qui console de bien des chagrins, est la torture des criminels dont les forfaits n'ont pas été connus. (Massias).

— La mémoire a des variétés très remarquables qui dérivent des proportions dans lesquelles sont combinées ses qualités constitutives. Une mémoire parfaite se composerait d'une grande susceptibilité à retenir et d'une grande promptitude à rappeler ; mais une telle réunion de qualités est bien rare.

(Dugald-Stewart).

— Sans la mémoire l' intelligence est imparfaite.

(Boisie).

Meiiaoni^e. — Parole dite ou acte accompli dans l'intention de tromper.

Le mensonge est le marche-pied de tous les vices : mentir par plaisir,dan8 les petites choses, est montrer qu'on méprise la vérité. Être décidé à ne jamais mentir est une grande et honorable résolution : c II n'est pas permis de mentir, dit saint Paul, môme pour procurer la gloire de Dieu, pas plus que de faire du mal poor qu'il en arrive du bien. »

— Le mensonge n'est jamais excusable, quelque fin et quelque motif qu'invoque celui qui ment. (Fléchier).

— Le mensonge est plus dégoûtant encore dans les écrits que dans les paroles. (M">* de Sta61).

Mépris. — Sentiment par lequel on juge une personne

indigne d'estime, déconsidération et d'égards.

L'homme, dit avec raison le comte Perrand, pardonne quelque fois la haine, jamais le mépris ; celui qui sent que nous le méprisons est bien près de nous haïr.

L'homme brave parfois le mépris public par l'éclat des dignités ; sous un large cordon, il cache la boue dont il est couverty mais, pour la femme, il n'est pas d'asile contre le mépris.

Mérite. — Le mérite est ce qui nous rend digne d'estime. t Les hommes d'un mérite réel, dit Montesquieu, s'attirent quelquefois des personnes d'un haut rang une sorte de respect qui n'a point été établi par les lois de la société et dont la nature s'est réservé le droit de disposer en faveur de la vertu. »

Quand la raison et la conscience nous montrent le bien et le juste comme règle obligatoire, nous pouvons suivre ou violer les lois que cette conception nous impose. De là le mérite ou le dèmé rite aux yeux de Dieu qui nous juge. Si nous nous soumettons à la règle stricte du devoir, il y a mérite. Si nous préférons au devoir, l'intérêt ou la jouissance des sens, il y a démérite. Les biens et les maux sont, sur cette terre, le partage de Tinnooent

et du coupable ; les vertus y sont souvent méconnues et les crimes impunis. La raison ne peut admettre qu'un tel désordre existe, sans être puni, ce serait nier Dieu et sa justice.

— Tant qu'on peut se parer de son propre mérite, on ne songe point à emprunter celui de ses ancêtres. (Saint Évremont).

— Le mérite consiste à bien penser, à bien parler et surtout à bien agir. (La reine Christine).

]ifétapby«lc|ue. — Théorie de la philosophie.

La métaphysique générale est la science qui traite des facultés de Tentenderoent humain, des premiers principes de nos connaissances et des idées universelles. Elle se compose de deux parties distinctes ; la théorie de la connaissance et Tontologie, science de tÊtre.

La métaphysique spéciale a pour objet : la Psychologie rationnelle, la cosmologie et la théologie naturelle.

La métaphysique, dit Voltaire dont l'esprit était surtout pratique, est le roman de Tâme.

. La métaphysique, dit à son tour Rousseau, n'est pleine que de ténèbres.

Sans aller aussi loin, nous devons convenir que les idées générales et abstraites sur ces matières sont la source des plus grandes erreurs des hommes, qui n'ont jamais pu s'accorder entr'eux. Jamais le jargon de la métaphysique n'a fait découvrir une seule vérité, et il a rempli la philosophie d'absurdités dont on a honte quand on les dépouille de leurs grands mots.

Métempayeose. — Transmigration des âmes.

C'est l'une des premières formes que revêtit le dogme de l'immortalité de l'âme, avant qu'il fut formulé d'une manière précise par Socrate et Platon d'abord, et, plus tard, par d'autres philosophes.

« Le principe de vie, dit Artaud, étant une fois personnifié sous le nom d'dme, on fut embarrassé de savoir ce que l'on ferait de ces âmes après la dissolution du corps. Que deviennentelles? quel est leur séjour? quelle est leur occupation ?0n les fit voyager — cette suite de migrations, cette série de transformations

par lesquels elles passent, dispense de leur assigoer uù séjour fixe. Le dogme de la métempsycose est d'ori^e indienne ; il repoae sur TafBnité de tous les êtres avec l'âme universelle et tient do près au panthéisme oriental. >

Ce système ne satisfait pas Tesprit, en ce sens qu'il y naanque |e sentiment de la durée personnelle, de la perpétuité de l'iodividu, à travers ses métamorphoses.

Pythagore a importé la métempsycose dans la Grèce. Sekm lui, l'âme est une émanation du feu central, obligée de traverser une série de corps...

En résumé, cette doctrine n'est que le résultat d'une aspiration spiritualiste dans un monde peu éclairé, un tâtonnement confos de l'esprit humain dans son enfance.

Fourrier a essayé de la reprendre de nos jours : d'après lui « la vie qui nous attend, au sortir de ce monde, est à notre existence ce que la vie est au sommeil... nos sens épures ne rencontreront plus d'obstacles, et les plaisirs que nous connaissons aujourd'hui nous seront rendus plus vifs. Il y a, dans notre vie présente, certains états tels que l'extase, le somnambulisme* qui nous donnent une idée de notre existence future. — Pourquoi ne la connaissons nous pas? — Parce que si nous la comuMsakHis nous aurions hâte do sortir d'un monde où nous sommes si maiheureux f •

On ne peut discuter de pareilles idées.

Métbode. — Marche adoptée par les philosophes pour acquérir des connaissances ou s'assurer de leur exactitude.

Parmi les plus connues sont : la méthode analytique, qui consiste à décomposer les notions particulières pour en tirer des idées générales, et la méthode synthétique, qui consiste à descendre des principes aux conséquences, du général an particulier.

Il y a, en outre, les méthodes dialectique, théorique, systénuitique, synoptique, dogmatique, catéchétique, thomistique, his-torique, etc.

Platon, chez les anciens ; Bacon, Spinosa, Pascal et Descaries, chez les modernes, ont donné de la célébrité à leur méthode par^ ticulière, mais celles de Platon et de Descartes ont seules survécu.

Les ouvrages, autres que les leurs, ne servent qu*è satisfaire une vaine curiositë.

— Au lieu de ce grand nombre de préceptes dont la logique est composée, je crus que j'aurais assez des quatre suivants, pourvu que je prisse une ferme et constante résolution de ne manquer pas une fois de les observer*

Le premier était de ne recevoir jamais aucune chose pour vraie que je ne la connusse évidemment être telle ; c'est-à-dire d'éviter soigneusement la précipitation et la prévention, et de ne comprendre rien de plus en mes jugements que ce qui se présenterait si clairement et si distinctement à mon esprit que je n'eusse aucune occasion de le metrte en doute.

Le second, de diviser chacune des difficultés que j'examinerais en autant de parcelles qu'il se pourrait et qu'il serait requis pour les mieux résoudre.

Le troisième, de conduire par ordre mes pensées, en commençant par les objets les plus simples et les plus aisés à connaître, pour monter peu à peu, comme par degré, à la connaissance des plus composés et supposant môme de l'ordre entre ceux qui ne se précèdent point, les uns, les autres.

Le dernier, de faire partout des dénombrements si entiers et des revues si générales que je fusse assuré de ne rien omettre.

(Descartes).

MétliCMltoiiie. — Secte religieuse, formée au sein de l'église anglicane, au xviii° siècle. Elle se distingue par l'extrôme sévérité de ses doctrines. C'est surtout dans le Nouveau-Monde qu'il est en honneur. En 484t, on comptait dans TAmérique du Nord trois millions de méthodistes, repartis en 3500 communautés.

Les méthodistes sont en général wesleieru^ c'est-à-dire disciples de J. Wesley, missionnaire anglican qui travailla plusieurs années (vers 4 835) à la conversion des idolâtres, en Amérique.

lliracle. — Fait sensible et divin qui déroge aux lois ecnnues de la nature.

c Les miracles, dit saint Augustin, ne se font pas contre la

nature, mais contre la connaissance ou Texpérience que nous avons de la nature, puisque la nature des choses n*6St autre que la volonté de Dieu (4 ) «.

Selon Glarcke, la seule différence qu^il y a entre un événement naturel et un fait miraculeux, c'est que le premier arrive fréquemment et que l'autre se voit très rarement.

Selon Leibnitz, le miracle est simplement une chose qui surpasse les forces et rentendement des créatures.

Nous pourrions multiplier à Tinfini ces assertions des philosophes, mais ce serait sortir du domaine de la philosophie morale, notre sujet exclusif.

niisciiitliropie* — La misanthropie est plutôt un défaut de caractère qu'un vice du cœur. Elle provient d'un zèle amer, d' une vertu intraitable, avec de l'àpreté dans les formes.

La misanthropie est un défaut, ou plutôt un travers, peu en harmonie avec la charité. Elle est moins vile et plus excusable cependant que beaucoup d'autres travers, car elle naît souvent d'un excès de sensibilité ou de l'amour exagéré du bien, qu'elle ne voit nulle part. . . La misanthropie commence par détester les vices des hommes et prend ensuite en haine l'humanité tout entière.

Le chrétien aussi déteste les vices, mais il plaint et console ses frères au lieu do les haïr. U cherche à démêler le vrai du faux et guérit la plaie, si elle existe, au lieu de la maudire et de Tenvenimer.

Le misanthrope prend en habitude l'exagération et ne voit plus le vrai : il fuit sa famille parce que ses parents, cupides et avides de son bien, regarderaient sa mort comme un bienfait... fi ne veut plus d'amis parce qu'ils sont sans zèle et sans dévouement... Il ne se mariera jamais, car où existe-t-il une femme dont les exigences ne le contraindraient pas à déserter une union intolérable ?I1 craindrait, s*il avait des enfants, de mettre au jour des monstres d'ingratitude...

Si vous reconnaissez devant lui quelques vertus, vous le voyez, Toeil ardent et les lèvres crispées, déversant la satire sur l'humanité, qu'il méprise, vous dire que l'homme est au-dessous

(1) De civitate Dei, 1. 21, c. 8.

de la brute, que 8es actes ne sont qu^égoïsme, orgueil ou intérêt.

Le misanthrope peut avoir de Thonneur et de la probité, sans cela son indignation ne serait pas réelle, mais son âme manquant de bienveillance et de modération, et, ne reQétant que ce qu'il y a de mal dans les actions des hommes, elle ne sait plus que les maudire.

Combien tout cela est loin du tableau que nous offre le chré* tien, pleurant sur les vices et les maux de ses semblables et donnant, pour les consoler et les rendre meilleurs, tout ce que Dieu lui a accordé de force, d'énergie et de douce persuasion.

Mode* ^ La mode a sa source dans les caprices d'un go&t souvent corrompu, qui cherche la variété des jouissances comme remède à son ennui. Inconnue aux classes qui travaillent et qui souffrent, la mode, en prélevant un impôt sur les oisifs, les grands et les riches pour enrichir de leurs fantaisies quelques industrieux fabricants, est le reflet des mœurs; reûet mobile, variable, errant et incertain. L'Asie échappe un peu à son empire par son immobilité, mais l'Europe civilisée lui est soumise, et la France est sa capitale.

— La mode est une souveraine dont les ordres les plus gênants D^éprouvent jamais d'opposition ; nul ne réclame contre ses décrets. Ses fantaisies sont des lois révérées, ses caprices sont des oracles ; elle change à son gré les mœurs ; elle se moque des convenances et fait ployer la sévère raison sous la marotte de la folie. Elle règle le bien et le mal, fait et défait les réputations, donne de la beauté aux laides, de l'esprit aux sots, de la science aux charlatans et résiste impunément aux remontrances de la justice, aux conseils de la sagesse et aux préceptes mêmes de la religion. Son unique but est de plaire, son essence est le changement; elle récompense par des applaudissements et punit par le ridicule. Voilà son unique force et ses seules armes.

(De Ségur).

— Le changement des modes est l'impôt que l'industrie du pauvre met sur la vanité du riche. (Chamfort).

Modération* — La modëratioD est Tune des qualités les moins en harmonie avec notre nature et par conséquent les plus difficiles à acquérir. Les sentiments les plus nobles peuvent nous pousser à des excès coupables s*ils manquent d*une certaioe mesure ; la modération est la première base de la morale privée comme de la morale publique.

— Il flaut de la modération en tout : qu'y aurait-il de mieux que la liberté sans licence, la religion sans fanatisme, la croyance sans superstition, la philosophie sans athéisme, Tégali té politique sans saturnales, la monarchie sans despotisme, Tobéissance sans servitude et le repos sans apathie ? (Comte de Ségur).

— La modération est la santé deTàme. (J. Droz).

Modestie. — Retenue dans la manière de penser et de parler de soi. La modestie, dit La Bruyère, est au mérite ce que les ombres sont dans un tableau : elles lui donnent du relief.

La modestie sied à tout le monde, mais surtout aux femmes; c'est une compagne de la décence. Ces deux vertus les empêchent de se laisser enivrer et trop souvent dépraver par les succès do monde. A peu près inconnue chez les Grecs et les Romains, la modestie est Tune des qualités qui font pardonner la médiocrité et ajoutent au mérite.

— La modestia è una délie più amabili doti deiruomo snperiore. (Hanzooi) .

Mœurs. — On distingue les mœurs sociales et politiques des mœurs privées proprement dites. Nous n'avons à nous occuper que de ces dernières.

Los mœurs sont bonnes lorsqu'elles sont pratiquées avec respect et qu'elles ne sont ni publiquement contestées, ni secrètemeot démenties.

Elle sont mauvaises quand la loi morale, privée des lumières et de l'appui de la loi religieuse, cesse de régner sur les esprits. Alors naissent et grandissent l'indifférence, le scepticisme et le matérialisme qui tuent la morale.

Nos pensées s'accordent avec nos penehants, nos discours avec

nos études, mais nos actions sont presque toujours dirigées par nos mœurs. C'est la tyrannie des mœurs qui jette une femme indienne sur le bûcher de son époux, qui force, en Europe, un homme d'honneur à exposer sa vie en réparation d'une insulte, qui fait, en Italie, d'une église un asiie inviolable, qui autorise, en Angleterre, la vénalité des suffrages dans les élections.

— Les bonnes mœurs produisent la santé. (Fénelon).

— La régularité des mœurs fait toute la dignité des femmes.

(M'»<' de Rémusat).

MoTse. — Législateur des Hébreux, né en Egypte environ 4700 ans avant J.-G.

Exposé sur le Nil par l'ordre de Pharaon qui avait résolu la mort de tous les enfants mâles des Hébreux, Motse fut sauvé par la fille de ce souverain qui l'élèva avec soin, le fit instruire et initier aux mystères de la caste sacerdotale.

Moïse étudia successivement la religion juive, les sciences naturelles, la législation et la politique. Nous ne raconterons pas sa vie, connue de tous, nous nous contenterons de dire qu'inspiré de Dieu, il guida le peuple hébreu au milieu des périls les plus grands. On reste frappé d'admiration en songeant à tout ce qu'il lui fallut de sagesse, d'énergie et d'invention pour conduire cette nation, souvent rebelle, au milieu des plaintes et des soulèvements continuels et la sauver de l'oppression des Égyptiens.

Moïse mourut à l'âge de 4 20 ans; cet instant suprême est resté entouré de mystère comme quelques-uns des actes de sa longue vie.

Le Pêniateuque qui contient la Genèse, l'Exode, le Lévitique, les Nombres et le Deutéronome, est le plus magnifique monu-* ment élevé par le génie de Moïse : « Dans ce livre auguste, dit Lord Byron, est le mystère des mystères. Heureux ceux à qui Dieu a fait la grâce d'entendre et de respecter ce qui y est écrit. »

Aucun historien n'a écrit ou parlé dans des conditions aussi solennelles que Moïse. Ce n'est pas un poète, comme Homère ou Hésiode, écrivant sous Tinspiration de sa fantaisie, ce n'est pas un historien, comme Hérodote ou Thucydide, composant un thème

pour concourir aux prix qui se décernaient dans les jeux publics ; c'est un Pontife, un patriarche, écrivant sous les yeux d'un peuple, relatant des événements dont l'univers connu avait été le théâtre et fixant, par l'écriture, ce que toute la terre racontait. « Chez loi, dit Auguste Nicolas (4),pasdepréface,d'exordeni de précaution; pas de dessein concerté, nul souci de plaire ou de n'ôtre pas cru : le récit, rien que le récit qui sort de sa plume avec une austère simplicité. On voit qu'il écrit au sein de la persuasion publique, et qu'il est porté par Topinion, par la voix d'un peuple. On ne peut donc révoquer en doute ses récits. •

Il n'y a là ni transmigration, ni ces métamorphoses qu'on trouve dans la mythologie payenne, rien qui sente le mythe ou une imagination désordonnée. Une vulgarité sublime se fait remarquer dans sa parole. Tout, dans ses expressions, est idée^ ou rèeii, rien n'est image. Son style est simple, fort et exact. H y a dans les pages de la Genèse plus de vérités fondamentales et de saine philosophie, plus de connaissance des choses divines et humaines que dans tous les ouvrages de l'antiquité. Gomment se ferait-il, s'il n'était inspiré de Dieu, qu'étant venu tant de siècles avant les autres écrivains, il les surpassa par sa haute sagesse et qu'il soit le seul qui n'ait pas vieilli, le seul dont les écrits servent encore de base à l'histoire et à la philosophie, comme à la religion ?

M olle««e. — Manque de vigueur, de fermeté dans le caractère, dans la conduite ou dans les mœurs. Vie efféminée ou voluptueuse.

La mollesse est, dans un autre sens, un excès d'indulgence. C'est un défaut trop commun aux femmes, dans rëducation de leurs enfants, et contre lequel les pères, que la nature a fiait plus forts, doivent se prémunir.

Montalgae. — Philosophe français, né en 4533, en

Périgord, mort en 4592.

Michel de Montaigne commença ses études sous la direction de son père et les termina au collège de Bordeaux. Devenu coq-»

(1) Etudet philosophiques tur le Chrittianisme.

seiller au Parlement dans cette ville, il se lia d'une vive amitié avec La Boëtie, mais bientôt dégoûté des affaires et d'une vie trop sédentaire, il voyagea et écrivit pour se distraire. Il parcourut rAJlemagne, la Suisse, l'Italie, et reçut de ce dernier gouvernement le titre de citoyen romain. À son retour, il fut nommé maire de Bordeaux.

Pendant ses voyages, il avait pris l'habitude de consigner ses pensées sur les sujets les plus divers. Il appelait ces fragments, ses «sfatf, et ces essais l'ont rendu à jamais célèbre. Il s'y peint lui--méme avec une grande sincérité et avec cette naïveté facile et douce qui ne l'abandonnait jamais. 11 écrivait sans plan fait d'avance, sans ordre, sans méthode^ à mesure que ses observations faisaient naître des réflexions dans son esprit.

On ne peut dire que Montaigne fut de Véeole sceptique comme Bayle et avant eux Pyrrhon. Il était sceptique par nature, sans système, sans parti pris. On connaît sa devise : Que sais-je f mais ce que saie-je était simplement le doute qu'excite, par moments, dans un esprit de bonne foi, la contradiction des jugements humains et sa propre impuissance à expliquer les faits et les doctrines.

Montesquieu. — Magistrat français, né au Château de Brodes^ près de Bordeaux, en 4689, mort à Paris en 4755.

Montesquieu était destiné à la magistrature dans laquelle sa Camille occupait de hauts emplois. Après de brillantes études, il fut reçu, en 4744, conseiller au Parlement et président en 474 6.

C'est après avoir parcouru l'Italie, l'Angleterre et les principaux royaumes de l'Europe, que Montesquieu, nourri des mœurs, des usages et des lois de ces diverses contrées, songea à publier les deux ouvrages qui ont immortalisé^on nom : Les Considéra^ Uons sur les causes de la grandeur et de la décadence des Romains et t Esprit des lois.

Le premier est plus resserré et plus complet : jamais le sens de l'histoire n'avait été saisi avec cette profondeur et rendu avec celte précision. L'effet produit fut immense. Montesquieu n*en sentit que plus d'ardeur pour travailler à ÏEsprit des lois qui l'occupait déjà depuis six ans, et dont son traiité, sur l'histoire romaine, n'était guère qu'un chapitre détaché. 11 y travailla qua-

torze ans encore ; enfin, toute cette érudition aocamulëey tootas ces observations sur les hommes et les choses s'oi^nisèreol dans son esprit, se développèrent dans un ordre lumineux et il fui en état d'écrire un livre oà toute la politique est résumée, expliquée, jugée, et où Thistoire entière sert, à la fois, d'origine et de preuve à la philosophie. Le secret des mœurs cherché dans le mode de développement de chaque société, dans les influences du climat, dans les besoins particuliers créés à chaque pays, par sa position géographique ; toutes les différences de races, de génie, de législation, sont présentées sans confusion et rangées sous des lois générales ; la science du gouvernement, cette science difficile, compliquée, qui embrasse à la fois la morale, la reli* gion^ le commerce, l'industrie, dégagée peu à peu de l'histoire, sort nette et brillante de l'obscurité des anciennes lois ; au milieu de cette élucidation du passé, des vues pleines de nouveauté sur l'avenir et des traits de génie se font remarquer à chaque page ; dans cette grave et difficile matière, un ordre, une méthode, une clarté admirables; point de chapitre qui ne concoure au but de l'ouvrage, et ne fasse penser ; une préoccupation constante de la grandeur morale de Thomme, de la responsabilité des puissants, des droits de l'opprimé, un ferme amour de la justice... voilà les mérites qui emportèrent la faveur publique et forcèrent les contemporains de Montesquieu à juger VEsprit des lois comme devait le faire la postérité. On le lut avec étonnement, on Tëtudia avec passion et Ton comprit que la publication d'un tel livre était une date mémorable dans Thistoire de la pensée humaine.

Mont hy on. — Philanthrope devenu célèbre par ses dons et les prix qu'il a fondés.

Le baron de Monthyon, né à Paris, en 4733, a été sucoeasivement avocat au Châlelet, conseiller d'Etat et chancelier du comté d'Artois. Il a laissé plusieurs ouvrages, parmi lesquels on remarque un volume intitulé : De l'influence des divers impôis Mur la moralité et V activité des peuples.

En 4782, il fonda un prix do vertu et un autro pour le meilleur ouvrage paru dans Tannée. La Convention les supprima... mais Monlliyon les rétablit à son retour en France, sous l'Empire. Il fit, en outre, des dons magnifiques aux bureaux de cha-

rite de Paris et mourut enfin, en 4820, âgé de 87 ans. Son tes<tamenl contient d'autres legs de même nature.

Une vie pareille n'a pas besoin de conunentaires ; mais elle devait être rappelée dans un dictionnaire de philosophie mo* raie.

MoE*fftle« — La morale est la loi qui gouverne les êtres intelligents et libres, et d'après laquelle se caractérisent, dans leurs déterminations, le bien et le mal, le vice et la vertu.

C'est par la puissance de la morale que se forment les liens de la société humaine ; c'est par cette puissance invisible que les sociétés se conservent, qu'elles obtiennent le plus haut degré de l'ordre et de la prospérité. C'est la loi du devoir gravée dans la conscience humain», qui, exprimée dans leurs codes avec plus ou moins de fidélité, est devenue la loi écrite et positive.

C'est au sein du Christianisme que s'est consonmiée cette admirable alliance de la religion et de la morale et que cette dernière s'est animée d'un esprit divin. Jamais la morale pratique n'avait possédé un recueil de préceptes aussi complet, aussi achevé que l'Évangile.

La morale forme une étude spéciale dans celle de la philosophie. Elle a pour mission de régler la vie de l'homme.

C'est par sa volonté et par sa liberté que l'homme est vertueux ou vicieux, bon ou méchant. Il y a en lui deuiL natures contraires : la nature spirituelle et la nature matérielle, ayant chacune son existence et ses penchants, et entr*elles une volonté libre, mais soumise à des influences qui la portent au bien ou au mal.

Qu'est-ce que le bien ? qu'est-ce que le mal? c'est là l'ensei^ gnement de la morale.

D'où part ce précepte, le premier que l'homme doit observer, qu'il comprend sans peine et admet sans répugnance : < Ne fais pas à ton semblable ce que tu ne veux pas qu'il te fasse? » — du sentiment de justice inné en lui. Mais si le sentiment de cette loi est inné dans l'homme, qu'estrce donc qui le rend injuste envers son semblable ? la préférence de soi-même aux autres, l'égoîsmo. C'est donc l'égoïsmo qui est la source de toutes les passions, de tous les vices et le mobile de bien des crimes. L'homme no fait guèros le mal pour le mal ; c'est toujours une

satisfaotion personnelle qu'il espère et qu'il cherche ; il n'eet méchant que par intérêt. Mais si cet égolsme est inné dans l'homme, s'il lui est naturel, comment vouloir qu'il résiste à la loi de sa nature ?

Si l'homme n'était qu'un animal, une masse organisée, il ne serait soumis qu*à la loi du corps, mais il est aussi esprit, et la loi de l'esprit est contraire à celle de la chair et peut lui résister.

Si la loi du corps, qui veut tout pour soi, n'est pas dominée par la loi de l'esprit, Thomme restera sauvage ; toute société, toute civilisation sera impossible.

C'est donc parce que l'égoïsme est naturel à l'homme que la loi morale est nécessaire, impérative, obligatoire. Elle est le remède qui doit combattre et affaiblir le mal.

C'est beaucoup sans doute que de brider les passions et de ne point nuire à ses semblables, mais ce n'est là encore qu'une vertu négative : nous ne sommes pas faits seulement pour ne pas nous haïr, pour ne pas nous détruire les uns les autres, mais pour nous aimer, nous secourir, nous servir. Telle est en effet la seconde maxime morale que l'homme peut encore comprendre et qu'il devra pratiquer.

Ici le bien commence à l'emporter sur le mal : l'homme s'améliore à mesure qu'il s'élève au-dessus de son intérêt et qu'il est plus disposé à céder quelqu'un de ses droits pour aider ses frères. De là la bienveillance, la concorde, la reconnaissance et ^affection.

Allons plus loin : l'homme devenu bon et bienveillant en devenant juste, deviendra magnanime, excellent, sublime, en sacrifiant ses biens, sa santé, sa vie même pour ses frères.

Cette vérité, que le raisonnement vient de nous démontrer,, est confirmée par l'admiration et le req>ect des siècles.

Le but de la morale théorique ou pratique est donc de retirer rhemme de l'égoïsme pour le porter au dévouement et à la charité.

Telle est l'idée de la naorale par excellence; a-t-elle jamais été enseignée aux hommes mieux que par la loi du Christianisme? Un rapide aperçu de la philosophie dans l'antiquité et les temps modernes nous mettra mieux en mesure de répondre à cette question»

DB PHILOSOPHIE MORALB 313

Noos avons déjà vu dans une autre partie de cet ouvrage (4 ) que les systèmes les plus absurdes, les plus contradictoires avaient été enseignés et soutenus par les philosophes de TAsie, de la Grèce et de Rome ; Cicéron lui-même en convient. U n'y a guères en effet d'erreurs, et même de crimes, qui n'aient eu des apologistes.

L'homme a surtout cherché à se connaître (S) ; or, ne se con« naissant que tel qu'il était dans tel ou tel degré de son développement ou de la civilisation, la science qu'il puisait en lui-même devait correspondre au degré de ce développement. Il a dû considérer comme bien ce qui répondait à ses désirs et à ses besoins, et comme mal ce qui leur était contraire.

De là, autant de systèmes philosophiques qu'il y a d'éléments dans l'homme et de degrés dans son développement.

C'est par le corps que la vie de l'homme se manifeste d'abord; ce corps a des besoins et c'est dans le monde matériel que se trouvent les objets qui y correspondent. De là encore la philoso* pfaie des sens, le sensualisme, le matérialisme, la doctrine d'Épicure. Quel est, d'après ce philosophe, le but de l'existence et le grand bien de l'homme ? — Jouir le plus qu'il peut et souffrir le moins possible ; vivre pour jouir t Tel est le dogme, telle est la morale. Le reste importe peu. < S'il est des Dieux, disait Ëpicure, ils ne se mêlent guères des choses d'ici bas ; eux aussi doivent songer à jouir. »

Quelle est la conséquence de ce système? l'égoïsme. L'égoîsme et la guerre, car si jouir est un devoir, renverser ce qui nous gène est un droit. Telle est la morale sensualiste depuis Épicure jusqu'à Helvétius.

Cette doctrine est loin d'avoir été la seule dans cette longue période ; on a vu tour à tour briller beaucoup de systèmes, parmi lesquels nous choisirons celui qui s'éloigne le plus du sensualisme : le stoïcisme.

Le stoïcisme considère la raison comme son caractère essentiel et le corps comme l'esclave de la raison. U cherche donc à le tenir dans la subordination. Ainsi, douleurs et plaisirs sensibles, afQic*

(1) V. le mot Christianisme.

(2) Nosce ie ipsum.

314 DicnomAiM luusw^t

tioDfloa joia da cœor» Uens ternaires» lîeiBd«8aiig,iOQt cela doit laisser l'homme dans une complèle indifférenoe. c Qqo U yïe soit conforme à U dignité d*an être raisonnable. > Tel est le premier précepte de la morale stoïqne et afin de 8*élever à oeita hauteur» le stoïcien doit se soustraire à tontes les influencée qui pourraient le séduire, repousser tout ce qui pourrait le charmer ou le troubler. Impassibilité, voilà la perfection ; autocratie de sa vdonté inflexible, voilà sa félicité.

Le stoïcisme, à défaut d*autre mérite, suppose au moins du courage puisqu'il demande de continuels sacrifices... Mais, que produit, dans Tbomme, la pratique de cette morale ? Tapothéose de lui-môme, Torgueil.

Le rationalisme arrive après; c'est la doctrine de la vieillesse chez les peuples, comme chez les individus : en avançant en Age ils deviennent raisonneurs et sophistes. Mais que produit en général le rationalisme ? une seule chose : le doute. Il y a en morale deux espèces de scepticisme : Tun qui nie Texislencedu bien et du mal comme non démontrée, qui dit que la conscience se forme de préjugés et la religion d'imaginations exaltées ; Tautre, qui n'ailQrme rien, ne nie rien, et se tient dans une complète indifférence.

Nous n'en finirions pas si nous voulions retracer tous les systèmes qui ont précédé la doctrine chrétienne, nous préférons renvoyer nos lecteurs à chacun d'eux et à la vie deschefs d'écoles ou %e sectes. Nous terminerons donc cet aperçu de la morale dans les siècles anciens par quelques mots sur la morale que le monde doit au Christianisme.

L'homme est supérieur à tous les animaux, mais il est encore loin de la perfection, et la liberté dont il Jouit et dont il abuse le prouve assez. Il n'est pas parfait, mais il est perfectible et a besoin d'enseignement et de force. Après tant de fautes accumulées, il lui fallait un modèle. Le Christ le lui a donné.

L'amour est sa loi principale, presque toute sa loi : « Tu aimeras le seigneur ton Dieu de toute ton ftme et ton prochain comme toi-même. » D'où est venue l'opposition à cette loi si pure et si douce? elle provient de la chair qui appesantit l'esprit, fausse le jugement et rend l'homme esclave du mal. Il est libre cependant de rompre cette chaîne, mais à condition qu'il sera humble,

charitable et dévoaé à ses frères. Là est toate la doctrine chrétieime.

L*homme, en effet, est tombé par Torgiieil, il doit se relever par i*humilité.

Pourquoi, le sachant, résiste-t-il si souvent à cet appel T -— G*e6t que, dominé par les passions, il veut presque tovyours le bien... qu'il ne fait pas, et ne vent pas le mal... auquel il se laisse entraîner.

Pourquoi ces luttes, ces souffrances intérieures? Parce que la terre où nous vivons est un lieu d*exil et de passage ; la vie, une épreuve perpétuelle ; parce que tous les biens que le monde fait miroiter à nos yeux ne sont rien si Fâme n*est pas restée pure ; parce que le ciel, notre vraie patrie, n*e6t donné qa*à ceux qui renoncent à toutes ces joies mensongères.

Mais, où prendre la force pour un tel renoncement?— Instruit par Texpérience de sa misère et de son impuissance, le chrétien doit mettre son espoir en un plus fort que lui, il a le sentiment du secours qui lui est donné et le pressentiment de la vie future promise à son courage. C'est par les tribulations que la foi est éprouvée et par l'espérance qu'elle est sou tenue... Aussi ne dirat-il jamais, comme les disciples de Zenon : 1 0 vertu, tu n'es qu'un nom ! • Jamais il ne désespère de la providence.

L'homme souffre pour mourir, on ne se détache point de ceux qu'on aime sans déchirement ; mais ceux qui souffrent sont heureux parce que leur souffrance prouve que leur purification s'opère. Heureux ceux qui pleurent, dit l'Écriture, plus heureux ceux qui souffrent pour la justice et la vérité parce que le royaume de Dieu est déjà à eux. Ces souffrances détachent l'homme des choses terrestres et l'élèvent vers les choses célestes, et ce n'est que par ce brisement perpétuel, par ces renoncements répétés qu'il meurt à son corps, à son égoïsme et qu'il arrive à aimer ses semblables comme lui-même, plus que lui-même.

— La doctrine morale par excellence doit déterminer ce qui est bien ou mal pour l'homme, non seulement pour telle partie de sa personnalité, pour tel temps, tel lieu, telle circonstance, mais absolument pour l'homme dans sa nature la plus intime et pour rhumanité entière.

Or, toutes les doctrines des philosophes ne proposent à l'homme qa*un bien partiel et relatif qui ne convient qu*à une des formes de son existence, qni ne répond qu'à un degré de son développement.

Le sensualisme ne satisfait que les sens.

Le rationalisme ne s'adresse qu'à la raison.

Le platonisme exalte l'intelligence et ne donne à l'homme que de la science et des idées.

Le Christianisme seul, en apprenant aux hommes à aimer, a répondu au besoin le plus profond de leur être, au besoin de l'âme. Seul, il leur a révélé la loi fondamentale et étemelle de leur nature, l'amour et la charité; et il leur a montré, en paroles et en œuvres, que c'est de l'accomplissement de celte loi par le dévouement que résulte le bien et tous les biens véritables, comme c'est de son infraction par l'égoîsme que provient le mal et tous les maux.

La morale chrétienne est donc la seule qui remplisse toutes les conditions et c'est avec joie que nous la proclamons supérieure à la morale des philosophes anciens et modernes.

Moi aussi, je me suis cru philosophe et j'ai pensé que la mesure de l'absolu et du possible se trouvait dans ma raison ; j'ai cherché la vérité en moi, dans la nature et dans les livres. J'ai frappé à la porte de toutes les écoles humaines ; je me suis abandonné à tout vent de doctrine et je n'ai trouvé que ténèbres et incertitude, vanités et contradictions.

Grâce au ciel, je n'ai jamais pu pactiser avec les doctrines dégradantes du matérialisme, ni me rouler systématiquement dans la fange; mais j'ai été idolâtre de la beauté, esclave de l'imagination et au milieu des prestiges des arts et des lettres, mon âme est restée vide et affamée... Alors, j'ai raisonné avec Arislote, j'ai voulu refaire mon entendement avec Bacon, avec Descartes, j'ai essayé de déterminer avec Kant ce qu'il m'était possible et permis de connaître et le résultat a été que je ne savais rien. Je me suis réfugié avec Zenon dans mon for intérieur, cherchant le bonheur dans l'indépendance de ma volonté, je me suis fait stoïcien. Mais ici encore je me suis trouvé sans principes, sans direction, sans but, et de plus sans nourriture et sans bonheur, ne sachant que faire de ma liberté. Je me suis tourné vers

Platon. Ses spéculations sublimes ont élevé mon esprit comme sur des ailes; j'espérais arriver par les Idées à la contemplation de la vérité pure, de la beauté éternelle... J^étais enflé de science 1 j*ai appris à discourir magnifiquement sur le bien ; mais je ne savais pas le pratiquer. Je pressentais beaucoup, je voyais peu et je ne goûtais rien. Je n*étais ni meilleur ni plus heureux pour être plus savant, et au milieu de mes rêves de vertu et de perfection, je sentais toujours dans mon sein Thydre de TégoTsme qui se riait de mes théories et de mesetforts...

Dégoûté des doctrines humaines, doutant de tout, croyant à peine à ma propre raison, ne sachant que faire de moi et des autres an milieu du monde, je périssais consumé par la soif du vrai et ne le trouvant nulle part.

Un livre m*a sauvé... mais ce n'était point un livre sorti de la main des hommes 1 Je Tavais longtemps dédaigné et ne le croyais bon que pour les crédules et les ignorants. J*y ai trouvé la science la plus profonde de Thomme et de la nature, la morale la plus simple et la plus sublime. J*ai lu TÉvangile avec le désir d*y trouver la vérité ; et j*ai été saisi d'une vive admiration, pénétré d'une douce lumière, qui n'a pas seulement éclairé mon esprit, mais qui a porté sa chaleur et sa vie au fond de mon Ame. Elle m'a comme ressuscité 1 les écailles sont tombées de mes yeux... J'ai vu l'homme tel qu'il est et tel qu'il doit être; j'ai compris son passé, son présent, son avenir, et j'ai tressailli de joie en retrouvant ce que la religion m'avait enseigné dès l'enfance, en sentant renaître dans mon cœur la foi et l'espérance...

C'est ainsi que la vertu et la vérité du Christianisme m'ont été démontrées; c'est ainsi que j'ai acquis la conviction que sa morale est aussi supérieure à toutes les morales humaines, que ses dogmes sont au-dessus des opinions des hommes.

(Bautain).

— Sans la morale, la religion est fétichisme. Sans religion, la morale est un arbre sans racines. (Massias).

— La morale est l'art de bien vivre avec soi et avec ses semblables et d'être bon et honnête pour être heureux. Mais l'homme qui ne se croit obligé d'être bon que pour être heureux dans ce monde, selon ses goûts et ses caprices, changera de moyens s'il

318 DICnONNAIRS RAI30NNÉ

croit aller plus sûrement à son but par une autre route, et sera ▼icieux et méchant par principe, 8*il croit ou le vice ou le crime plus convenable à son bonheur.

La morale religieuse a plus d'élévation, d*étendue et de consistance, on la définit la science de bien viwe pour l'éternité ; or, vivre pour rétemilé, c'est aussi vivre pour soi. Cest bien, par excellence, Fart d'être bon pour être heureux ; mais ce n*est là ni une bonté de conv^ance, ni un bonheur de fantaisie. La volonté divine devient la règle unique des volontés humaines et les petits intérêts du présent disparaissent devant l'invariable intérêt du grand avenir.

Ainsi, dans la morale religieuse, le principe, la fin, le moyen, tout est constant. Le but en est marqué, la route en est tracée : il ne s'agit pour l'homme que de bien savoir à quelles conditions le bonheur lui est promis et quelle est la vertu dont ce bonheur sera la récompense. (Marmontel).

—Il n*ya point de science qui ait tant de rapports à nous que la morale. C'est elle qui nous apprend tous nos devoirs à l'égard de Dieu, de nos parents, de nos amis, et généralement de tout ce qui nous environne. Elle nous enseigne même le chemin qu'il fout suivre pour devenir éternellement heureux ; et tous les hommes sont dans une obligation essentielle, ou plutôt dans une nécessite indispensable de s'y appliquer uniquement.

La science de l'homme ou de soi-même est une science que l'on ne peut raisonnablement mépriser; elle est remplie d'une infinité de choses qu'il est absolument nécessaire de connaître pour avoir quelque justesse et quelque pénétration d'esprit, et l'on peut dire que, si un homme grossier et stupide est infiniment au-dessus de la matière, parce qu'il sait qu'il est, et que la matière ne le sait pas, ceux qui connaissent l'homme, sont beaucoup au-dessus des personnes grossières et stupides, parce qu'ils savent ce qu'ils sont, et que les autres ne le savent pas.

(Malebranche).

Morale Indépendante* •» Ce mot, ou ce système, est à la mode ai^ourd'hui. Que signifie-t-il ?

Parmi les matérialistes, il en est de foncièrement honnêtes et sincères qui, tout en proclamant leur croyance, sentent Timpé-

rieuse nécessite de la morale, et c*est pour la conserver qu'ils veulent la séparer de toutes les croyances selon eux absurdes, chancelantes, mais l'idée est fausse et le résultat sera le contraire de ce qu'ils en attendent.

Quelle est la source de la loi morale ? d'où lui vient son autorité? la loi morale ne peut ôtre le fruit d'une convention humaine; Thomme ne l'a pas faite, il ne peut ni l'abolir, ni la changer. Les lois civiles sont le résultat du climat, du sol, des circons^ tances sociales et les hommes qui ont le pouvoir les font à leur gré, mais en est-il de même de la morale ? Elle est impéralive et obligatoire pour tous ; elle existe dans notre conscience et ne peut nous venir que de Dieu. Socrate, Platon, Confucius, Zoroaatre, Aristote, Zenon, Kant, tous les plus grands philosophes l'ont reconnu, et c'est ce que quelques matérialistes de notre siècle veulent détruire (4)

Nous voyons Thomme qui observe la loi morale, tantôt hev*reux, tantôt malheureux en ce monde, est-ce là un état normal ? qui remettra de l'ordre dans ce chaos de vices, tantôt punift, tantôt couronnés par le succès ? Évidemment, l'homme n*y suffit point : dans le monde, comme dans l'individu, le principe mo^ rai reste mutilé et trop faible pour sa mission, s'il n'est uni au principe religieux.

Pas plus dans la vie du genre humain, que dans celle de la personne humaine, dit avec raison M. Guizot (2), la morale ne peut se passer de Dieu ; et ce n'est pas seulement à la religion en général que tient essentiellement la morale, c'est au Christianisme. — Pourquoi ? — Parce que le Christianisme est en harmonie avec la nature morale de Thomme ; parce qu'il est la fidèle expression de la loi morale, le maître légitime de TÊtre moral.

(1) Nous avons souvent parlé des philosophes et des moralistes des siècles anciens. Quant à ceux du xix« siècle, nous les avons consultés et cités, mais le nombre est trop considérable pour donner leur vie; il y en a de bons et de mauvais, nous ne dirons rien de ces derniers, mais, parmi les autres, nous aimons à citer les noms de Joubert, de Cousin, Guizot, Montalembert, M** Swetchine, Rendu, Massias, de Ségur, Auguste Nicolas, Lacordaire, Bautain, Dupanloup, Charles Mallet, Ozanam, de Gerando, Jules Simon, etc.

(2) Méditations iur la morale et la religion ehrélienni.

Moralité. — Rapport des actions avec les principes de la morale.

La moralité humaine n*est guères qii*ane abstention du mal» encore est-elle souvent le résultat de l'organisation, du tempérament ou de rhabUude. c Supposons, dit Jules Simon dans son lïyre du Devoir ^ supposons qu'un homme,habituédans son enfance à des mœurs pures, à un langage sévère, lise des ouvrages obscènes, uniquement pour se distraire, sans se plaire dans ces obscénités. Pendant les premiers volumes il souffre de ces ordures, elles, font obstacle à son plaisir ; celte impression va en diminuant à mesure qu'il s'y accoutume et bientôt il ne les remarque môme plus. Il en sera de môme si, au lieu de propos orduriers, sa bibliothèque lui montre des maximes immorales ; il se révolte sur le coup, mais s'il n'a pas l'esprit fortement trempé, il tombe à la longue dans l'indifférence et de l'indifférence à la dépravation il n'y a qu'un pas. »

L'honnôteté a deux soutiens : l'horreur du vice et l'amour de ja vertu ; l'horreur du vice se perd presque toujours en le fréquentant, à moins que l'âme ne réagisse fortement ; on commence par tolérer, puis on excuse ; on se met de plein*pied avec le déshonneur. Ce qui, à distance, paraissait impossible devient facile et naturel quand l'âme s'est empoisonnée par ce contact. Au contraire, quand on a tourné sa pensée vers le bien, quand on a longtemps pratiqué la vertu, on obtient, parmi les autres récompenses, une habitude de bien sentir, de bien penser et de bien faire, qui nous conduit au bien général, par un instinct infaillible , comme une aiguille aimantée se tourne vers le Nord.

Heureux celui qui, à force de s'identifier avec le bien, en est arrivé à posséder, avec le mérite de la volonté, le calme de la conscience.

Morellet. — Philosophe, né à Lyon en 4 727, mort à Paris en 4 81 9,

Après avoir étudié chez les Jésuites, Morellet entra en Sorbonne et se lia d'abord avec Turgot, puis, avec d'Alembert et Diderot... c'est assez dire que la carrière ecclésiastique fut abandonnée et qu'il fut bientôt enrôlé dans V Encyclopédie où il fit

servir ses connaissances en théologie à écrire contre le Cbristianisme(4).

n traduisit, en outre, le Manuel des Inquisiteurs dont la lecture faisait dire à Voltaire,dans une de ses lettres à d'AJembert : c Embrassez pour moi le digne frère qui a fait cet excellent ouvrage. Puisse-t-il être traduit en Portugais et en Castillan. «

Rendons cependant à Morellet cette justice qu*il combattit l'athéisme de d*Holbacb.

Mort. -^ L*idée de la mort se présente souvent à notre esprit dans le courant de notre vie, surtout à mesure que nous vieillissons, toujours plus douce, plus consolante, si notre longue carrière a été exempte de reproches.

Pour une âme religieuse, la mort est un port assuré contre les tempêtes dont est semé notre passage sur cette terre, une réunion délicieuse pour celui qui a passé de lon^ jours à pleurer une mère, une compagne, un enfant.

Celui qui a vécu longtemps et qui désire vivre longtemps encore, sait-il ce qu'il désire ? — Quand toute illusion a disparu et que l'imagination ne colore plus la route qui s'ouvre devant nous, il no reste que la désolante uniformité d'une scène usée. Le désir lui-même s'émousse à force d'avoir vu la triste réalité se mettre à la place du rêve... N*est-ce pas alors qu'on doit considérer la mort comme la dernière crise d'une maladie douloureuse ? au moment d'une séparation, que celui qui reste pleure, c'est à celui qui meurt de le consoler.

Quel est l'homme qui n'a passé la moitié de ses jours à se plaindre de son sort? quel est celui qui voudrait recommencer la même existence?... Aussi Montaigne disait-il « ce n'est pas la mort qu'il faut craindre, c'est le mourir, » Mais l'expérience nous a appris que Taffaiblissement graduel des organes doit éloigner cette crainte ; la plus part des malades ne se sentent pas mourir. Il est un fait recueilli par tous les médecins observateurs, c* est qu'il est rare que l'agonie de l'homme do bien soit violente. On croit trop généralement que les tourments précèdent la dissolution de notre être physique. Il est plus vrai de dire qu'en

(l) Y. les articles fatalité, foi, etc.

3ii DICTIONNAIRE RAISONNÉ

toudiaot à rëterael repos on goûte des sensations analdgaes à celles d'un homme fatigué qui sent couler dans ses veines le calme et le sommeil (4). Ces sensations,il est vrai, n'appartiennent qu'aux derniers instants et des maladies cruelles peuvent les précéder, mais il semble que la nature ait toujours quelque moyen d'adoucir les maux qu'elle envoie. Les maladies lentes, en général, sont peu douloureuses ;. elles laissent le temps de s'accoutumer à l'idée qu'il faut sortir de la vie, et souvent les hommes qui la perdent ainsi unissent doucement et avec calme. Aussi longtemps que nos enfants ont besoin d'un appui nous ressemblons au voyageur chargé d'affaires très graves ; dès que nos soins leur sont devenus inutiles, nous ressemblons à celui qui peut marcher au hasard et s'arrêter où le surprend le coucher du soleil.

— La mort est-elle pour l'homme un mal ou un bien ? — Voici, à en croire Socrate, quelques raisons de penser qu'elle est un bien :

Il faut qu'elle soit ou l'anéantissement absolu et la destruction de toute conscience ou un simple changement, le passage de l'âme d'un lieu à un autre. Si elle est la privation de tout sentiment, un sommeil sans songes, quel merveilleux avantage n'estce pas de mourir ? car, que quelqu'un compare cette nuit, passée dans un sommeil profond, avec les nuits et les jours qui ont rempli le cours entier de la vie, qu'il dise en conscience combien dans sa vie. il a eu de jour et de nuit plus doux que celle-là. Si, au contraire, elle est un passage de ce séjour dans un autre, elle ne peut être que plus heureuse... si l'on n'a rien de grave à so reprocher. (Platon. — Apologie de Socrate).

— Lorsque la mort approche de l'homme, ce qu'il y a de mortel en lui s'anéantit ; ce qu'il y a d'immortel et d'incorruptible, d'impérissable se retire intact. Si donc il y a quelque chose d'immortel, l'âme doit l'être et nos âmes existeront dans l'autre monde... Mais si la mort était la cessation absolue de toute exis-

(1) En général, dans les moments qui précèdent immédiatement la mort, lorsqu'elle n'est pas subite, l'homme goûte un certain plaisir à mourir.

fBarthez. — Nouv. élém. de la se. de J'homme).

tence, ce serait un grand gain pour les méchants d'élre délivrés à la fois de leur corpe, de leur âme et de leurs vices ; mais puisque Tâme est immortelle, il n'y a d*aulre salut pour elle que de devenir éclairée et vertueuse. En effet, l'âme se rend dans l'autre monde, n'emportant avec elle que les habitudes contractées pen. dant la vie et elle est heureuse ou malheureuse selon le degré de moralité ou d'immoralité de ses habitudes... Qu'il prenne donc conBance celui qui, pendant sa vie, a rejeté les plaisirs et les biens du corps, comme lui étant étrangers et portant au mal, et qui a orné son âme de la parure qui lui est propre, comme la tempérance, la justice, la vérité ; celui-là doit attendre tranquillement l'heure de son départ pour un monde meilleur.

(Platon, Phédon).

— L'homme, c'est l'âme, cet être immortel enfermé dans une prison mortelle. Quelques plaisirs sont attachés à cette enveloppe, mais ils sont passagers et suivis d'un cortège de maux, tandis que ses peines sont profondes et durables. Les maladies tourmentent sans cesse l'âme, lui inspirent le regret, et le désir d'atteindre un monde meilleur, c'est-à-dire de passer d'un mal à un bien. A peine le nouveau-né a-t-il ouvert les yeux, qu'il crie et verse des larmes, c'est par la douleur qu'il apprend à connaître cette vie ; arrivé à sa septième année, les pédagogues le tyrannisent. Ces ennuis passés, d'autres arrivent, il faut songer à une carrière, et auprès des chagrins qui l'attendent alors, les autres ne sont rien. Cette carrière, quelle qu'elle soit, est hérissée d'épreuves, puis, insensiblement survient la vieillesse qui réunit toutes les misères de l'humanité, jusqu'à ce que la tête tombe en enfance. Aussi Homère dit-il « celui qui est cher à Jupiter et à Apollon no parvient pas au seuil de la vieillesse, car les Dieux ont Glé aux mortels une vie de douleur.

»Tu crois cela exagéré, Axiocus, maisadresses-toi, pour mieux te renseigner, aux hommes de tous les États. En connais-tu un seul qui soit satisfait ? va chez les ouvriers qui travaillent jour et nuit pour gagner à peine ce qui sufQt aux besoins de la vie, adresse-toi au marin, qui n'est jamais ni parmi les morts, ni parmi les vivants, car, né pour la terre, il s'est jeté à la ner comme un animal amphibie. L'agriculture est-elle plus agréable? Oui, en apparence, mais l'agriculteur se plaint cependant tou-

jours OU de la sécheresse, ^ou de la pluie, ou du chaud ou du froid. Et la politique si vantée! et la guerre! à quels dangers incessants nous exposent-elles ? les joies sont vives, mais les revers pir&s que mille morts. Quel plaisir de vivre pour le peuple, tantôt applaudi, tantôt hué, balloté par la foule comme un jouet, sifflé, tué... et regretté après.,.

A La mort, n*est-elle pas mille fois préférable ? »

(Platon, Axiomes).

*» A l'heure de la mort, c'est une ressource bien consolante que le souvenir d'une belle vie. En quelque temps que meure un honime qui a toujours fait le bien, il n'a point à se plaindre de n'avoir pas assez vécu.

Deux chemins s'offrent aux âmes lorsqu'elles sortent du corps. Celles qui, dominées et aveuglées par les passions, ont à se reprocher ou des vices personnels, ou des injustices irréparables, prennent un chemin tout opposé à celui qui mène au séjour céleste ; pour celles qui ont, au contraire, conservé leur innocence et leur pureté, le chemin du ciel, d'où elles sont venues, leur est ouvert. (Gicéron).

— Les maux physiques nous font désirer la mort, les vices de la société nous font mépriser la vie. (Champfort).

— La mort est un bien pour tous les hommes ; c'est dans le sommeil de la mort que reposent pour jamais les maladies, les douleurs, les chagrins, les craintes qui agitent sans cesse les malheureux vivants. Examinez les hommes qui paraissent les pi us heureux : vous verrez qu'ils ont acheté bien chèrement leur prétendu bonheur : la considération publique par des maux domestiques ; la fortune par la perte de la santé ; le plaisir si rared*étre aimé par des sacrifices continuels ; et souvent à la fin d'une vie sacrifiée aux intérêts d'autrui, ils ne voient autour d'eux que des amis faux oj dei parents ingrats. (Bernardin de Saint-Pierre).

— Pourquoi voit-on, en général le sentiment religieux se développer en avançant en âge ? C'est que les passions étant calmées, l'imagination et la sensibilité moins excitées, la raison est moins troublée dans son exercice, moins offusquée par les images ou les affections qui l'absorbaient. Alors Dieu, le souverain bien, sort comme des nuages ; notre âme le sent, le voit, et se tourne vers lui, comme source de toute lumière. (Maine de Biran).

— La mort qai s'approche nous révèle doucemeDt et sans bruit plus de secrets que la spéculation n*en livre au génie.

(Lacordaire).

Mortification. — La mortification n*a pas été pratiquée seulement par les chrétiens : Platon et Pylhagore l'ont conseillée, et ce dernier surtout, dont on a dit : Eiurire docet et diseipulos invenit, « Il apprend à souffrir et trouve des disciples! • Porphire, Julien, Proclus, Hieroclès ont pratiqué la même abstinence. Mais c'est dans FÊvangile qu'on en trouve le précepte et dans les Pères de l'Ëglise qu'on en trouve l'exemple.

— Il est inutile de rechercher les mortifications ; la providence vous fournira assez d'occasions de vous mortifier si vous êtes fidèles à les embrasser. Aucune austérité ne vaut le sacrifice de votre volonté toujours soumise et obéissante.

(Saint François^e-Sales).

Mystère. — Le sceptique dit volontiers : « Je ne crois que ce que je comprends... o Mais, à ce compte, que croire en ce monde ?

Notre raison, nos sens, notre cœur, tout nous dit qu*il y a un Dieu Créateur, bon et tout puissant ; cependant nous ne pouvons en expliquer la nature. Un sentiment intérieur nous dit que nous avons une âme, qu'elle est le principe de nos mouvements et de DOS actions, cependant nous ne pouvons concevoir comment elle agit sur le corps et comment nos membres obéissent à l'impulsion qu'elle leur donne. Les phénomènes de l'électricité et du magnétisme, la génération des animaux et des végétaux sont des mystères que la philosophie n'a encore pu éclaircir après des milliers d'années de recherches et de progrès dans les sciences.

Dans l'Écriture Sainte, Mystère signifie une chose que l'homme ne peut découvrir par ses propres lumières, mais qu'il conçoit lorsque Dieu daigne les lui révéler.

— Qu'est-ce que la vie ? Qu'est-ce que la parole ? Qu'est-ce que le son ? le bruit? l'odeur, la couleur, le froid, le chaud, etc.

Qu'est-ce que dormir? comment se fait-il que pendant mon

326 DICTIONNIRE RAISONNÉ

sommeil, mes oreilles demeurent ouvertes absolument comme lorsque je veille, je n'entends plus rien? Pourquoi, comment me rëveillé-je ? et que se passe-t-il alors ?

Qu'est-ce que la fatigue, la douleur, le plaisir?

Qu'est-ce que la matière, ce je ne sais quoi qui prend toutes les formes, toutes les couleurs, etc. ?

Qui comprend ce que c'est ?

Comment peut-il se faire qu'avec mes yeux, qui sont deux petites boules toutes noires en dedans, je voie tout ce qui m'entoure, et jusqu'à des millions de lieues (les étoiles, par exemple)?

Comment se fait-il que mon âme se séparerait de mon corps si, régulièrement, je ne faisais entrer dans ce corps, par la nourriture, des morceaux de bétes mortes, de plantes, de légumes, etc. ?

Tout est mystère en moi, jusqu'aux choses les plus animales, les plus vulgaires.

Quel est le savant qui a compris le comment et le pourquoi des phénomènes de la nature ? Quel est celui qui en a compris un seul ? Quels mystères ! 1 1.,.

Et je veux comprendre CELUI qui a fait tous ces êtres que je ne puis comprendre ! Je ne comprends pas la créature, et je veux comprendre le Créateur 1 Je ne comprends pas le fini, et je veux comprendre l'infini I Je ne comprends pas un gland, une mouche, un caillou, et je veux comprendre Dieu et tous ses enseignements ! M...

Les mystères de la Religion sont comme le soleil. Impénétrables en eux-mêmes, ils éclairent et vivifient ceux qui marchent avec simplicité à leur lumière; ils n^aveuglent que l'œil audacieux qui veut sonder leur splendeur.

Les mystères sont au-deuus de la raison, et non pas contraires à la raison ; ce qui est bien différent. — La raison ne voit pas, par ses seules forces, la vérité qu'ils expriment ; mais elle ne voit pas non plus l'impossibilité de celte vérité. (DeSégur).

Af yBtici»ine. — Chez les anciens on comptait parmi les mystiques Plotin, Porphire, Jamblique et Proclus qui se disaient en communication avec les génies célestes et raisonnaient en vertu de celte intuition.

AU moyen-âge, on se rappelle Paracelse, Bobine, Fhidd, qu*iliuminaient des visions et des extases... Mais il faut distinguer ce mysticisme philosophique de la doctrine chrétienne.

a C'est un fait incontestable, dit Ck>usin (I), que, dès que la raison a conçu la vëritë, Tâme 8*y attache et Taime. Cet amour désintéressé de la vérité témoigne de la grandeur de celui qui réprouve et lui met dans le cœur une grande sérénité. La raison fait un pas de plus : elle va de la vérité à son auteur et le sentiment suit la raison dans cette marche nouvelle. Le cœur même se repose avec une satisfaction profonde. Là sont les joies de Tamour divin.

L*amour de Tinfini se cache sous celui de ses formes, c*est lai que nous aimons en aimant la vérité^ la bonté,^a vertu. Lebesoia de rinfini est au fond des grandes passions ; tant que FinGni n'est pas atteint, Tannour n'est pas satisfait.

Que fait alors le mysticisme ? — Il s'atiaclie au sentiment seul. »

Le mysticisme nous dit en effet, que le cœur seul est en rapport avec Dieu. Tout ce qu'il y a de grand, de beau, d'infini, d'éternel, c'est l'amour qui le révèle.

Le quiélisme va plus loin : il s^en prend à la liberté, il ordonne de renoncer à soi-même pour s'identifier par l'amour avec celui dont l'inâni nous sépare. L'idéal de la vertu n'est plus la courageuse persévérance de l'homme de bien, qui, en luttant contre la tentation et la souffrance, accomplit la sainte épreuve de la vie, c'est l'entier et aveugle abandon de soi-même, de sa volonté, de tout son être, dans la contemplation, dans une prière sans paroles.

Nous n'apercevons pas Dieu, mais nous le concevons, sur la foi de ce monde admirable exposé à nos regards et sur celle do cet autre monde, encore plus admirable, que nous portons en Dous-méme. C'est par ce double chemin que nous parvenons à Dieu. Mais de là à entrer en communication immèdiale avec Lui, il y a un abîme.

C'est sans doute un besoin de l'homme qui pense, de l'homme qui souffre, de s'adresser à Dieu dans ses souffrances, mais il

il) Du vrai, du beau et du bien.

faut y alier par les voies qu*il nous a ouvertes et qui nous sont développées par le Christianisme.

Souvent i*bomme affligé qui prie avec ferveur sent un calme inattendu descendre dans son âme. La bonté suprême a-t-elie voulu, dès l'origine des choses, que la prière eût naturellement ce pouvoir de suspendre le» douleurs, ou Dieu veut-il, par des actes particuliers de sa providence, donner la paix aux malheureux dont Tardeur conûante mérite sa pitié ? — Les deux hypothèses sont admissibles. Toutefois la dernière donne une plus haute et plus douce idée de la bonté suprême. Mais gardons-nous d'en abuser et d'arriver à l'idée des communications immédiates. Leur état est délicieux sans doute, ces songes de l'imagination sont enivrants, mais ce ne sont que des songes et ils nous exposent à d*effirayants dangers. On a vu l'aliénation les suivre. Au lieu d'étouSer sa raison et de se livrer en entier à son imagination, mieux vaut les conserver en harmonie et dans de justes bornes.

Le mysticisme est un bonheur de l'âme, mais il ne faut pas abuser de cette jouissance et tomber dans les excès.

(V. Quiélisme).

•^ Il y a eu et il existe encore quelques âmes saintes qui ont été élevées,par une grâce particulière de Dieu, à un état sublimo de contemplation, état surnaturel de prière passive, dans lequel l'âme, détachée de toutes les choses visibles, sans raisonnement et sans aucun effort de T imagination, se repose dans une vue toute spirituelle de Dieu dont elle contemple la bonté in6nie, l'amour sans bornes et les autres perfections adorables. Dans cette union intime avec Dieu, l'âme goûte un repos délicieux et perd la notion du temps ; les heures s'écoulent comme un instant rapide dans ce ravissement ineffable.

Cet état extraordinaire ne doit être ni recherché, ni désiré; comme il est la récompense d'une sainteté éminente, c'est s*en rendre indigne que d'avoir l'orgueil de s'en croire capable. Aussi les esprits téméraires qui ont voulu le réduire en pratique et qui ont cru pouvoir s'y élever par des méthodes précises, sont tombées dans l'illusion, jusqu'à se laisser entraîner à des erreurs dangereuses que TËglise a dû condamner.

(L'abbé Auguste C...).

My tbolo^ie* — Dans la mythologie des anciens peuples, notamment dans celle de la Grèce et de Rome, on n'a vu pendant ce temps que de brillantes actions nées de l'imagination des poètes. La Philosophie avait dès lors peu à en tirer ; Tart et la poésie seuls s'en occupaient et lui empruntaient des sujets de statues, de tableaux et de poèmes. Plus tard, on a compris que quelques-unes de ces fables renferment un sens profond et que des vérités sont cachées sous le voile de rallégorie. A mesure qu'on a poussé plus avant dans l'étude des mythes, on y a découvert des observations sur la nature et les lois du monde physique, le souvenir des grands événements historiques, des préceptes de morale, des aperçus profonds sur la divinité et ses attributs, sur l'âme et ses destinées ; en un mot toute une science cachée au fond de ces symboles et de ces récits, Fesprit de tout un peuple, un Abrège de ses idées et de sa civUisaîion incomplète.

MttYveté. — Candeur, simplicité, ingénuité naturelle et gracieuse. Ce mot est pris aussi en mauvaise part. Dans celte acception, il est presque synonyme de bêtise.

La naïveté ne s'acquiert pas, elle natt avec nous, elle est en nous et a un charme inimitable.

En littérature, elle est le partage de bien peu d'écrivains : Marot, Montaigne et La Fontaine ont chacun leur naïveté, pleine d*esprit et de bon sens.

— La naïveté est un des plus gracieux ornements de l'enfance. C'est un défaut adorable dans une jeune fille. (fioitard}.

IVature. — Ce mot a plusieurs acceptions ; on en fait tour à tour :

Le monde ou l'onsemblo des êtres sortis do la création, l'universalité dos choses créées.

L*ordre établi dans Tonivers, la puissance, la force active qui a établi cet ordre et le conserve suivant de certaines loiis.

Les panthéistes, les positivistes ont voulu Tisoler d*un Dieu créateur. Il suffît de quelques mots pour détruire cette opinion :

Comment la nature nous a-t-elle donné Tintelligence si elle n*est point intelligente ? comment Teffet sera-tril si différent de ce qui le cause ?

Les matérialistes confondent la nature et Dieu, mais rien n'est plus dissemblable. La matière reçoit le mouvement et le communique, mais elle ne le produit pas : plus j'observe l'action et la réaction des forces de la nature agissant les unes sur les autres, plus je trouve que d'effets en effets, il faut toujours remonter à une volonté pour première cause, car supposer des causes à Vinfini, c'est n'en pas supposer du tout. Tout mouvement, qui n'est pas produit par un autre, est un acte spontané, volontaire; les corps inanimés n'agissent que par le mouvement qui leur est imprimé par une volonté intelligente... On peut donc croire avec certitude qu'une volonté toute puissante meut l'univers et anime la nature.

— En étudiant l'univers dans le but d'y trouver des preuves de la sagesse et de l'unité de Dieu, on éprouve une grande satisfaction à suivre les rapports qu'ont entr'elles ses différentes parties et à remarquer C/Omment des choses, en apparence désunies et même éloignées, concourent à l'accomplissement d'un même dessein bienveillant. Ainsi :

40 L'appropriation de la conformation organique et des instincts des animaux aux lois du monde matériel ; des organes de la respiration par exemple et de l'instinct de la succion aux propriétés de l'atmosphère; de l'éclat de la lumière à la sensibilité de la rétine ; de la construction de l'œil aux lois de la réfraction ; du volume et de la force des animaux et des végétaux aux lois de la gravitation et de la cohésion.

i^ L'appropriation de la conformation et des instincts des animaux aux climats et aux zones de température sous lesquels ils doivent vivre.

30 Les rapports entre certains animaux et certains végétaux.

4^ Le rapport découvert par la chimie morderne entre les procédés de la nature dans les règnes végétal et animal.

50 Les rapports qu'ont entr'elles les différentes espèces d'animaux, chacun ayant ses armes naturelles offensives et défensives.

6^ Enfin, les rapports qui se manifestent entre Tinstinct périodique de migration des espèces voyageuses, la marche des saisons et les productions de différentes parties du globe très éloignées, etc.

Mais rien n*est plus frappant que les rapports qui existent entre la nature de Thomme et les circonstances extérieures au sein des quelles elle est placée.

Ce qui n*est pas moins digne d*admiration, c*est de voir comment les objets qui l'environnent sont appropriés à ses appétits, à ses besoins physiques, à ses manières d'en jouir. Sur ce point, les précautions prises à notre égard surpassent ce que nous observons d'analogue à l'égard des animaux et la différence est assez frappante pour nous autoriser à conclure que notre bonheur et notre perfectionnement ont été l'objet principal de l'arrangement de ce monde.

Les recherches philosophiques, partout où elles ont pénétré, ont retrouvé le monde soumis à l'uniformité régulière du même plan. Les anciens supposaient qu'il n'y a rien de commun entre les lois qui gouvernent les phénomènes célestes et celles que nous observons dans le cercle de nos expériences. Les décou* vertes modernes ont montré combien ils s'étaient mépris...

Malgré l'intérêt qui s'attache aux spéculations physiques, on trouve plus de plaisir encore à démêler l'uniformité de dessein, déployée dans le monde moral, soit que, rapprochant les instincts des hommes et ceux des bêtes, on s'attache à saisir, parmi cette étonnante variété des moyens employés à l'accomplissement d'un même but, l'analogie qui leur imprime un caractère commun, soit que retrouvant dans l'âme des différents individus de notre espèce, l'influence des mêmes affections et des mêmes passions, on suive l'uniformité de leurs effets chez les hommes de tous les rangs et de tout les pays.

Tant que l'attention s'attache à des apparences isolées et partielles, le Polithêismo s'offre à elle comme une croyance vraisem-

blable; ce n'est que par degrés que la phtiosophie eotr'ouvre ces magnifiques perspectives de l'univers, au sein desquelles les événements physiques et moraux enchaînés se manifestent à nous comme les éléments d'un seul système et les moyens d'un même plan...

Ainsi, dans l'étude de l'anatomie, on procède toujours d'après cette maxime que rien dans le corps d'un animal n'a été fait en vain, et lorsqu'on trouve une partie dont l'usage n'est point évident, on n'est pas satisfait qu'on n'ait découvert le but auquel elle est destinée. (Dugald-Stewart).

— La nature est le système des lois établies par le Créateur.

(Buffon).

IVecker. — Financier, ministre d'État et philosophe, né à Genève en 4732, mort à Goppet en 4804.

Le nom de Necker est célèbre à plus d'un titre, mais nous n'avons à nous occuper ici ni de sa vie politique, ni des événements auxquels il fut mêlé.

Sa carrière financière a eu deux phases : la première consacrée à faire sa fortune, la seconde à conserver celle de la France.

Ses écrits sont aussi de plusieursnatures: l'économie politique y occupe la part la plus importante, mais nous trouvons dans ses œuvres plusieurs volumes consacrés à la philosophie morale. L'un est intitulé : De Vimportance des opinions religieuses^ un autre : Cours de morale religieuse.

Le premier, inspiré par le progrès que faisaient, au xviii® siècle, les doctrines matérialistes, a pour but de démontrer les bienfaits de la religion et de résoudre les objections qui lui étaient faites. Necker envisage ces idées en homme d'État autant qu'en chrétien : c la divinité, dit-il, est présente aux déterminations les plus secrètes et exerce une suprême autorité sur les consciences... la religion est nécessaire pour achever l'œuvre si imparfaite de la législation et suppléer à l'insuffisance des gouvernements. »

Dans le Cours de morale, Necker suit le môme ordre do méditations, mais il les dirige spécialement vers la Science des devoirs.

IVI<M>le. — Moraliste, né à Chartres en 4695, mort à Paris, en 4695.

Nicole, après d'excellentes études, vint faire sa philosophie à Paris, au coUèged*Harcourt, etentra ensuite à Portr-Royal. D*abord résolu à entrer dans les ordres, il y renonça avant de faire ses vœux, au milieu des disputes du Jansénisme, pour lequel il avait pris parti.

11 travailla avec Amauld, à la composition de la Logique de Port-Royal et fournit à Pascal des matériaux pou rfo«Provinctaief, qu'il traduisit plus tard en latin, on ne sait trop dans quel but, car cet ouvrage dût perdre beaucoup à la traduction. Il voulait sans doute vulgariser ses doctrines dans les pays de l'Europe où le Français n'était pas connu.

Après la condamnation d*Arnauld, il partagea sa retraite et composa un Traité iur les moyens de conserver la Paix avec les hommes, bientôt suivi de ses Essais de morale, le meilleur de ses ouvrages, celui où il a le plus mis de son âme et de son talent, et qui Ta fait comparer à Bourdaloue.

Nicole était le moraliste le plus estimé de U^^ de Sévigné. Sainte-Beuve l'a appelé Vhomme de lettres chrétien, ce qui ne devait pas être, pour ce critique, un pou sceptique, un titre de gloire.

TVobleAse. — Il ne peut être question ici de caste et de famille. Au point de vue moral, la noblesse est presque synonyme de grandeur, d'élévation : « Il y a, dit Fléchier, une noblesse de sentiment plus glorieuse que celle du sang . »

On distingue encore la noblesse des manières, du style, de la physionomie. Bacon dit, en pariant de la noblesse d'extraction : fl la noblesse est un laurier dont le temps couronne) les hommes ; mais il est rare que la vertu en découle et que le laurier ne se flétrisse pas sur la tête des descendants. »

— L'honneur doit être personnel. Il ne peut se transmettre à ceux qui n'ont rien fait pour l'obtenir. Chez les Chinois, l'honneur ne va pas en descendant, mais en remontant. Que pour prix de sa sagesse ou de sa valeur, un homme soit promu au rang de Mandarin, ses père et mère, ceux qui Tonl élevé, ont droit

334 DICTIONNAIRE RAI^NNÉ

aux mêmes marques de reepàci. On suppose que c*eàt l'édacation et les bons exemples qui rcnft rendu c^»cbia ûb avtir Ift société.

Gst bomieor iaûendant est avantageux à l*État. Il encoarage tes parents à donner à leurs enfants une vertueuse éducalion, mais rtionneur detetndant, conféré à une postérité qui n*a rien fait pour le mériter, n'est pas seulement absurde et injuste, il est nuisible à cette postérité, car elle lui fait trop souvent dédaigner les arts utiles et la (ait tomber dans les vices, dont le moindre est la hauteur, et quelquefois dans la pauvreté. (Franklin).

IVoirceur» — La noirceur est une atteinte portée à la gloire, à la considération d'un homme. Ce qui caractérise ce penchant odieux, c'est Tabsence de courage, car elle se cache toujours et l'hypocrisie est sa fidèle compagne : « Nul, dit saint Prosper, n'a fait, comme écrivrain, plus de noirceurs que Voltaire : en proie à l'envie, il aurait voulu accaparer à lui seul toute la gloire contemporaine. Il louait tout haut et déchirait tout bas. Il faisait des vers en l'honneur de Frédéric II,deMaupertuis ou d'autres hommes célèbres de son époque et les poursuivait dans des pamphlets anonymes ou dans sa correspondance avec ses intimes ; il les élevait d'une main et les abattait de l'autre, i

Obéissanee. — Soumission aux volontés d'autrui, abné* gation de sa personnalité.

L'obéissance, dans les cloîtres, devient de robédiefice.

L'obéissance aux lois, à la discipline militaire est une vertu , celle de l'esclave au maître, une soumission forcée et servile. La plupart des religions ont prêché l'obéissance aux lois divines et humaines, le Christianisme l'a fait d'une manière moins ab« salue : « Soyex soumis, dit l'Évangile, aux puissants de la terre, rendez à César ce qui est à César^ nuiis obéissez, avant tout, à Dieu, »

Obltsatloii morale. — L'obligation morale esl fondée : 4 o Sur la croyance que la vertu est un commandement de Dieu.

8® Sur ridée de justice gravée dans notre conscience et sur la certitude que la moindre violation introduit en nous le remords. >

Quelques philosophes considèrent Tobligation comme une restriction de la liberté, produite par la raison.

D'autres lui donnent pour principe la volonté d'un être supérieur dont il se reconnaît dépendant.

D'après Cumberland, robligalion morale n'est qu'un acte du législateur, par lequel il fait connaître que les actions conformes à la loi sont nécessaires pour ceux à qui il les prescrit.

Il y a des obligations religieuses, morales et sociales : les premières consistent dans nos devoirs religieux ; les secondes dans Thumanité, la charité, la bienveillance, Tamour du prochain, la probité, etc. ; les dernières dans Tobélssance aux lois.

Les infractions aux unes sont punies par le remord8,aux autres par la législation et le pouvoir exécutif.

Obllc^eance. — Disposition à rendre des services qui ne sont pas dus.

C'est, en même temps, une vertu du monde et une vertu chrétienne ; la société et la religion nous font toutes deux un devoir de l'obligeance et notre cœur y trouve son compte : on n'est jamais plus heureux que lorsqu'on a pu rendre service à un ami ou seulement à un homme malheureux.

Oisiveté. — Chez les nations de l'antiquité, l'esclave seul travaillait. En Chine on voit les grands laisser croître leurs ongles en signe de richesse: ils se mettent ainsi dans l'impossibilité physique de se livrer à aucun travail manuel, et se font gloire de cette incapacité, qui les élève aux yeux du vulgaire.

En Turquie, le chef, le riche fume tout le jour accroupi sur de voluptueux coussins, et laisse à l'esclave jusqu'au soin de char* ger sa pipe, de lui offrir le narghilhé et de chasser les mouches qui l'incommodent.

Partout où il a pénétré, le Christianisme a réhabilité l'idée du

travail, que la société antique, en se corrompant, avait avilie ; puis il a fini par réhabiliter le travail lui-même en raffrancbiasant.

Avant Tère chrétienne, le monde était partagé entre un petit nombre de privilégiés de la fortune et une multitude infinie d'esclaves, condamnés par leur naissance aux plus rudes labeurs. Lé Christ a d'abord jeté Tanathème à Toisiv^té et à la richesse ; puis il a visité Tesclave, il l'a béni, il Ta montré par son âme l'égal du maître. Il n'a pas tout à coup et violemment brisé ses fers ; mais il lui a appris à être libre en les portant. Il lui a dit que son abjection ne venait ni du travail, ni de la pauvreté, mais du vice et de la corruption, et que la grandeur de l'indépendance véritable ne consistait ni dans l'oisiveté, ni dans les richesses, mais dans la vertu.

L'esclavage antique avait pour fondement deux idées fausses : Tinégalilé originelle des hommes, l'avilissement du travail des mains et surtout du travail des champs, le plus rude de tous. Le Christianisme a changé ces deux idées, et par là, sans détruire l'esclavage, il l'a rendu impossible. Il a enseigné aux hommes qu'ils avaient tous le même père et qu'ils ne formaient qu'une seule famille, que c'était une erreur et une impiété des sociétés et des philosophies anciennes d'avoir cru que les uns étaient nés pour servir, et les autres pour dominer. Il a ensuite pris à tâche, non-seulement de relever et d'anoblir le travail en général, mais le travail des mains en particulier. .. (4 ).

Dans ce sentiment de juste fierté par lequel l'homme relève la tête sous les nécessités de la vie, et ne demande qu'à son travail le pouvoir de les surmonter, il y a toute une révolution morale. Le travail réhabilité a rendu à l'homme sa dignité, dans quelque condition qu'il se trouve. L'oisiveté, la paresse, deviennent des vices, au lieu d'être des obligationt pour certaines classes ; l'artisan, le cultivateur, le serviteur lui-même, se sont élevés aux yeux de la société comme aux leurs, et la morale y a gagné. Le repos a été plus doux après le labeur, la famille plus unie ; l'activité, l'ordre, la vigilance, la probité inconnus à l'esclave, sont devenus les vertus du cultivateur. L'arpent de terre du pauvre,

(1) M*' Sibour.

défriché, labouré, sarclé par seâ mains, a rapporté autant que dix arpents du riche oisif, qui dédaigne le calme des champs pour le bruit de la ville. Et lorsque toute la journée est ainsi employée, qu'il est doux l'instant où, retournant accablé de fatigues sous le toit domestique, on reçoit un frugal repas des mains de sa compagne I Alors viennent la causerie, les lectures du soir et la prière en commun. Content de sa journée, satisfait de soi, on savoure avec bonheur.les joies de famille, au lieu de maudir le maître impitoyable qui inventait de nouvelles tortures pour obtenir plus de produits ; on bénit le bon Dieu qui donne au pauvre, avec le travail, le présent et l'avenir...., la terre et le ciel.

— L'oisiveté fatigue et le travail repose. (Montesquieu).

— L'oisiveté ressemble à la rouille, elle use plus que le travail. (Blanchet).

— Les hommes qui ne font que boire et manger, se promener et se divertir, sans employer leur intelligence à quelque objet digne d'elle, font pitié. N'y a-t-il pas le métier de batelier ? Qu'ils le pratiquent, ils seront des sages en comparaison.

(Confucius).

— L'homme oisif bâille s'il reste chez lui, et s'il sort ce n'est que pour grossir la foule. Les motifs les plus légers le promènent d'un bout de ville à l'autre. Après s'être heurté à plusieurs portes pour tuer le temps, la personne qu'il trouve le plus difficilement au logis, c'est lui-même. — De ce travers naît un vice odieux : la manie d'écouter tout ce qui se dit et de le répéter en l'exagérant et y mêlant un peu de venin, pour le rendre plus piquant.

(Sénèque).

Oplnlfttreté. — Attachement trop fort à ses idées, à ses opinions, à sa volonté.

Unie à la force, Topiniàtreté enfante la violence et la tyrannie; unie à la faiblesse, elle n'est qu'un ridicule.

Opiniâtreté est presqu'un synonyme d'entêtement et d'obstination.

— L'opiniâtreté n'eâl, lo plus souvent, que l'énergie de la sottise. (Deseuret).

Opinion puMIcfue. — L'opinion publique doit être respectée, mais jusqu'à un Certain point : s'y soumettre enlière* ment peut nou:) faire faire fausse route ; la mépriser entièremenl serait do l'imprudence.

Appliqué à l'opinion, le mépris n'a cependant rien de répré. hensible ; tout est dans le degré. Un homme, fort de sa bonne conscience, est en contradiction avec l'opinion publique ; il doit, non la braoer^ comme le conseille une femme célèbre, mais savoir s'en passer. Plus sévère pour lui-môme, il doit examiner sa conscience, la fouiller dans ses plus profonds replis, et se demander si rèeUemenl il est coupable. Après cette épreuve, s'il se relève sans doutes et sans remords, il peut et doit mépriser Topinion qui le condamne.

Un honnête homme, dira-t-on, ne doit pas s*etposer è souffrir d*une pareille situation .. autant vaudrait blâmer un homme d'avoir été atta!]u6 par des voleurs pendant un voyage entrepris dans d'excellentes vues. Au milieu du voyage de la vie, on ne choisit pas les routes, on subit trop sou\'ent Tempire de la nécessité ; l'homme politique, par exemple, accepte une position élevée, avec l'espoir d'ôtre utile à son pays ; l'opinion applaudit, mais bientôt elle se tait ; puis, elle blâme, et va jusqu'à l'insulte. L'homme politique a-t-il changé? non, l'homme est le même, la situation seule a changé et l'opinion avec elle. La popularité s*est évanouie pour faire place à la haine. Les multitudes sont ainsi faites, en temps de révolutions et de crises sociales surtout : Moc adorant, mdx lapidant t

Il est mille oxasions dans lesquelles l'opinion s'égare sur une vie pure et souvent très honorable : tel acte, réputé honnête et bon en 1780, a été presque infâme dix ans plus tard. N'a-t-on pas vu flétrir jusqu'à la fidélité et au dévouement ? on calomnie une résolution sans en connaître les causes, un événement sans en voir la source, un homme sans vouloir rechercher les motifs do sa conduite, et souvent la foule, aussi injuste que légère, con damne celui qui a agi selon sa conscience, en dédaignant l'opinion et élève sur le pavois celui qui a sacrifié sa conviction ù rengouement de la multitude.

— Résistons sans crainle à l'opinion du monde, pour\u loule-

fois qae noire respect pour nous-méme croisse en proportion de noire indifférence pour elle. (Il>ne Swelchine).

— L'homme doit braver l'opinion, la femme s*y soumettre, disent M">^ Necker et de Staël. — Non, Tbomme ne doit pas braver Topinion, la femme ne doit pas s'y soumettre : tous deux doivent Texaminer, se soumettre à l'opinion légitime et braver l'opinion corrompue. Le bien et le mal sont invariables. . .

l.-J. de Chenier).

Optlmlsnie* — Système philosophique qui ne voit dans le mal moral et physique qu*un élément de l'ordre universel et affirme que tout est bien.

Malebranche et Leibnitz ont beaucoup contribué à accréditer l'optimisme, qui se trouvait déjà dans plusieurs grandes écoles de l'antiquité, principalement dans V Académie, le Portique et l'école d'Alexandrie; au moyen-âge, saint Anselme et saint Thomas l'ont adopté.

Descartes dit, dans ses Méditations, « qu'il est certain que Dieu veut toujours le meilleur et que pour juger de la perfection de l'univers, il faut juger l'ensemble et non les détails, v

Malebranche appronfondit encore cette doctrine.

Malgré de si grandes et si imposantes autorités, l'optimisme a été couvert de ridicule au xviu^ siècle et en butte aux sarcasmes des philosophes, mais ce discrédit ne peut atteindre que les fausses interprétations par lesquelles l'optimisme a été défiguré. Quand on veut abattre un ennemi, on commence par le calomnier. Selon d'autres philosophes, l'optimisme été au malheur son grand et véritable caractère, qui est d'être une juste punition ou une mystérieuse épreuve que Dieu envoie à l'homme. . .

Mais, il y a, il faut le dire, deux sortes d'optimisme : l'un est systématique, élevé mais aride, qui écrase la personne humaine sous la loi générale du monde ; l'autre est l'optimisme de cœur et de caractère, qui n'est point un système, mais une disposition, bienveillante et douce, à voir, en toute chose, le bien plutôt que le mal, une sorte de contentement do soi et des autres ; le contentement de soi peut n'être que de la vanité ; l'autre est une vertu, c'est de la charité.

(]et optimisme, dit saint Marc-Girardiu, est surtout aimable

340 DlCTlOTCxSAîRE RAISONNÉ

dans la vieillesse, parce qu*il est inattendu : la vieillease est souvent grondeuse et, même quand elle rit, comme la vieillesse de Voltaire, son rire est triste. Il se représente lui-même dans je ne sais quelle pièce de vers :

« ... Un pied déjà dans U tombeau • De Vautre faisant des gambades...

L'optimisme du vieillard ne peut être que religieux ; sans espérance, il serait un non-sens. Quand, après avoir gravi le chemin de la vie, on est arrivé au plateau, après lequel on redescend, et qu'on voit, au lieu des roses de l'espérance, une roule semée d*épines, au bout de laquelle est la porte du cimetière, il est impossible d^être optimiste, si Ton ne voit l'immortalité de Tâme à côté de la destruction du corps.

Ordre. — L*ordre est, dans la langue philosophique, la loi générale sur laquelle repose la morale.

La matière, animée ou inanimée, ne s*est pas produite ' ellemême ; Dieu est au-dessus et au fond de tout : « Ainsi, dit Bonald (4), sur des objets matériels, Timagination voit des parties, elle les dénombre, les mesure, les dispose... L*entendement va plus loin : il voit Vat^dre dans la disposition, Vinfini dans le nombre, Vétemité dans la durée... S'il ne voit pas en Dieu la totalité dos êtres, il voit Dieu dans la généralité de l'Être, ou plutôt, il le pense, et il Texprime aussi dans la langue des généralités, par les mots ordrCj sagesse^ justice, vérité, perfection, cause, etc. «

Les maux physiques se terminent à la mort, que nous hâtons par nos passions. C'est la condition nécessaire de toute existence matérielle. Le désordre moral est réellement le seul désordre de Tunivers, mais il est encore une suite de la loi générale et naturelle, du libre-arbitre, attribut essentiel de l'humanité. Comment, en effet, l'homme pourrait-il prétendre au mérite de la vertu, s'il n'avait pas la triste faculté de préférer le vice et qu*il fut bon comme l'eau est liquide ou la pierre pesante ?

C'est assez, pour justifier la sagesse du Créateur, qu'il ait mis

(1; Recherches philosophiques sur les premiers objets des connaissanees morales.

dans le cœur de rhomme le désir du bien, dans son esprit des lumières sufQsantes pour Topôrer.

Le senlimenl de Tordre, dit Platon, est la soumission volontaire à ce qu'on reconnaît être le bien, le calme au milieu des mouvements du corps.

La première loi de Tordre, dit à son tour Cousin dans Targument d a Gorgias, estd*étre fidèle à la vertu et surtout à cette vertu qui se rapporte à la société : la Justice. — Si Ton y a manqué, la seconde loi de Tordre est d*expier sa faute... La société a le droit de la punir. Le droit n*a ici d*autre source que le devoir : le juge donne au peuple une leçon salutaire et travaille au bonheur de celui qui est puni, puisqu'il le réconcilie avec lui-môme, avec la société et avec la loi universelle.

Ce monde, en apparence livré à une révolution perpétuelle, suit une marche régulière et son nom divin est Tordre : o xo(T(àoç* Une géométrie sublime préside à l'harmonie des Êtres.

Quand nous voyons toujours reparaître dans le monde matériel les mêmes circonstances, nous attendons avec confiance le retour des mêmes résultats, le lever et le coucher du soleil par exemple ; les lois que suivent les affaires humaines sont moins faciles à démêler et cependant il est un degré d'ordre qu'il est impossible de saisir et qui suffit pour fonder des règles générales d'une grande utilité. Cet ordre devient plus apparent à mesure que nous généralisons nos observations. En partant des lois générales qu'il a découvertes, le raisonnement conduit à reconnaître Tordre là où la simple observation ne verrait qu'irrégularité.

Considérons maintenant et plus spécialement Tordre dans l'amour.

Il ne suffit pas d'aimer, d'aimer légitimement, il faut savoir aimer en père, en époux, en fils, selon notre position, notre âge, notre sexe, savoir bannir Texcès qui est toujours un mal et la faiblesse qui en est la conséquence. L'amour excessif est un amour égoïste ; il fait, avec notre malheur, le malheur de l'objet aimé ; c'est un amour qui tue.

L'amour paternel, hors des voies de la sagesse, est une passion, une passion d'autant plus funeste que l'être qui l'inspire est sans défense et fait autant do pas dans le mal que Taifection désordonnée fait de pas dans la faiblesse.

Ce que je dis pour Tenfant, je le dis aussi pour la femme, car la femme est souvent un grand enfant. Son organisation délicate ne lui permet pas de réfléchir profondément, de creuser une question ; elle vole de fleur en fleur, comme un papillon léger, et si elle se fixe c'est souvent à la plus odorante, sans songer au poison que cache son calice.

C'est à son guide, à son soutien, à secouer la poussière de ses étamines si elle est empoisonnée.

La protection doit être unie à la force, la soumission à l'impuissance ; renversez cet ordre, que trouvez-vous ? L'angoisse» les imprudences, les récriminations et le malheur; Fédifice, mal assis, fait entendrede sourds craquements et bientôt s'affaisse et s'écroule.

Orf^uetl. — D'où naît l'orgueil V — D'une opinion trop avantageuse de nous-méme, de nos talents, de notre noblesse, de notre fortune, de nos succès, enfin de la conviction que nous valons plus que ceux au milieu desquels nous vivons ; que cela doit être chose convenue et dont il faut convaincre le vulgaire...

Examinons ce qu'il y a au fond de ce sentiment préconisé comme l'apanage des plus nobles familles et qui nous rend souvent si maussades :

Sommes-nous fiers de notre naissance ? — Mais nous sommes obligés de la faire pardonner par ceux qui n'ont pas reçu du hasard ce futile avantage. Si nous n'en soutenons pas le poids, si nous sommes, comme le dit le poète :

• Le quatorzième sol descendu d'un héros !...

le ridicule s'altacho à nous comme punition de notre orgueil.

Sommes-nous fiers de notre fortune ? — Mais si nous avons un million, nous trouvons, à côté de nous, def hommes de rien, suivant une expression vulgaire, qui, pauvres hier, sont millionnaires aujourd'hui. Il suffit pour cela d*un coup de bourse... En avons-nous vingt, trente? Toutes les capitales de l'Europe renferment des banquiers qui ont cette fortune. U n'y aurait donc, à ce compte, qu'un seul orgueil légitime : celui de l'homme le plus riche du Globe.

Sommes- nous fiers do notre puissance? — Mais depuis lo plus

iDfime garçon de bureaa jusqu'au ministre, depuis le soldat jusqu'au maréchal de Franco, tout obéit, tout cède à un pouvoir supérieur ; et si nous faisons sentir notre joug, nous subissons bientôt la peine du talion. Le seul pouvoir sans supérieur est celui du souverain ; et encore a\ons-nous vu de nombreux souve* rains, des souverains abtoftu, courber la tète devant un soldat de génie que la guerre a fait Empereur et que la guerre a fait mourir sur un rocher désert, sans autre cour que celle d'un vieux serviteur, d'un général dont le cœur a été fidèle.

Sommes-nous fiers de notre beauté? do notre force? Chaque jour nous donne une ride de plus et change l'admiration en pitié. — De notre esprit? — Il nous fait des ennemis acharnés.— De nos talents? — L'envie les déprécie, les nie, les efface et nous force souvent à les maudire.

Gela est vrai; nous le savons tous, et cependant le riche méprise le pauvre ; le supérieur est arrogant avec l'inférieur; l'homme d'esprit évite la conversation du simple, comme le noble évite le contact du roturier et le riche celui de l'indigent.

Le Chrétien, seul, ne dédaigne, n'évite, ne méprise personne, parce qu'il ne voit ni supérieur, ni inférieur. Il a appris à aimer le faible à l'égal du fort, lo pauvre à l'égal du riche et à ne voir que des frères, môme dans ceux qui le méprisent, le dédaignent ou l'injurient. Il les aime, les plaint et se défond jusqu'au facilo plaisir de s'ee venger par un sarcanne (1).

— Un être supérieur à l'humanité, qui contemplerait ces malheureuses fourmis de la terre se disputant quelques naonticulos, se courbant humblement devant celui qui a le plus amassé de métal jaune, un tel être devrait trouver bien vaines et extravagantes toutes nos actions. Ces espèces d'animaux à deux pieds, soumis aux plus vils besoins, se proclamant les rois du monde, manifestent un tel fond d'orgueil ridicule et d'incapacité d'esprit qu'on pourrait croire coque dit Platon : c que les Dieux ont formé les hommes en se jouant et pour s'amuser comme nous nous jouons des singes... p et ce sont môme les plus grands hommes, aux yeux de la multitude, les Alexandre, les César qui écouleraient

{[. V. notre ouvrage : Du bmheur dans le devoir.

leur vie à faire massacrer leurs semblables, pour avoir rorgoell de commander un moment à plusieurs nations. Ce fut sans doute pour terrasser cet espoir de puissance dans un élre qui n'a qu'un souffle de vie que le législateur des chrétiens s'est servi du ministère des derniers des mortels; il a pris, dit l'apôtre des Gentils, ceux qui n*étaient rien pour anéantir ceux qui sont tout.

(Virey).

— Orgueil, vice insociable qui s'attache comme le lierre à toutes les vertus. Les autres vices peuvent se cacher, Torgueil ne le sait pas. (Bacon).

— L'orgueil est tellement enraciné en nous que nous sommes orgueilleux en écoulant l'éloge que l'on fait de notre modestie.

(Bfassias).

— L'orgueil n'a qu'un avantage : il nous épargne la douleur de connaître nos imperfections.

Il a plus de part que la bonté aux remontrances que nous faisons à ceux qui commettent des fautes, et nous ne les reprenons pas tant pour les corriger que pour leur persuader que nous en sommes exempts. (La Rochefoucauld).

— S'estimer grand par le rang et les richesses seulement, c'est s'imaginer que le piédestal fait le héros.

(Marie Lecksinska).

Oric^tnallté. — Singularité, manière neuve d'exprimer son opinion.

L'originalité est quelquefois le signe de la supériorité d'esprit et quelquefois de la faiblesse du jugement. Elle provient aussi d'une sorte d'orgueil d'être soi et de ne jamais se modeler sur l'exemple des autres.

Un auteur ne mérite pas le titre d'original par cela seul qu'il a un esprit et une manière de voir à lui, mais parce qu'en même temps il reste fidèle aux lois du goût et de la raison. L'excentricité et la bizarrerie ne sont point de Toriginalité, ce sont des travers.

Ostentation. — Affectation de produire au dehors certains avantages de nature ou de position.

Je n'estime pas, dit La Bruyère, que l'on puiss^e donner une

idée plus juste de l'ostentation qu'en disant que c'est dans Phomme une passion de faire montre d'un bien ou des avantages qu*il n'a pas.

Si l'ostentation a des bases sérieuses, c'est de l'orgueil ; si elle n'en a pas, elle nous couvre de ridicule. C'est surtout dans les petites villes que l'ostentation se développe ; là, les spectateurs ne lui manquent jamais ; elle se perd au contraire dans les grands centres.

— L'ostentation est la marque originelle des parvenus.

(Latena).

Paix Intérieure. — Au point de vue de la morale, la paix est la tranquillité de l'âme, la satisfaction de la conscience. Cette paix consiste dans une entière résignation à la volonté de Dieu. S'il y a quelque joie au monde, elle est réservée à la conscience pure. La terre est un lieu de tribulation et d'angoisse pour une mauvaise conscience.

Une vraie simplicité, un certain calme d'esprit qui est le fruit d'un abandon complet, d'une patience inaltérable pour les défauts d'autrui, sont des éléments de paix.

Du moment que vous voudrez sans réserve tout ce que Dieu voudra, vous n'aurez plus de retours inquiets sur ce qui vous regarde. Jusque-là vous serez troublé, changeant dans vos vues et dans vos goûts, facilement mécontent d'autrui, peu d'accord avec vous-même, plein de réserve et de déûance. Si vous voulez pénétrer l'avenir, vous n'en tirerez d'autres fruils que l'inquiétude ; évitez seulement, par une occupation douce, tranquille et réglée, la tristesse et l'ennui, qui, dans de certaines organisations vives, pourraient naitre d'une vie trop calme.

— La plupart des hommes, dans le besoin d'agitation qui les tourmente, ne se forment de la paix du cœur qu'une idée négative ; ils la redoutent comme un état do privation. Sous prétexte

346 DICTIONNAIRE RAISOr^NÊ

de fuir Tennui, ils cherchent le trouble ; que n'ont-ile espérimente cette paix intérieure ? combien Timage qu'ils en ont conçu deviendrait plus juste! Ils reconnaîtraient qu'elle n^est pas le silence, mais rbarmonie ; Tinaction, mais l'équilibre , ie sommeil, mais le bien-être ; le néant, mais la santé de l'âme? C'e^i on calme plein de vie, qui tempère toutes les peines, double le prix de toutes les jouissances et ranime les forces.

Go que certains sages de l'antiquité appelaient la tranquillité de Pâme ne répond qu'imparfaitement à ce que, dans la langue chrétienne, on entend par la paix intérieure. La tranquillité consisterait, d*après eux, dans l'absence d'inquiétude et de trouble. La paix intérieure suppose quelque chose de plus : c'est, non seulement un état de calme et de sécurité, mais encore un état de satisfaction. Sénèque, Epictète nous attristent, nous effrayent presque par l'image qu'ils offrent de ce prétendu repos ; quelquefois même ils vont jusqu'à nous révolter en nous demandant le sacrifice de nos affections les plus douces... Mais la paix intérieure admet tous les sentiments bonorablos et n'exige pas de contradictions aux lois de la nature.

Cette paix n'est pas une exception totale de souffrance, elle peut se concilier avec certaines peines du cœur, car il est des peines légitimes. On souffre alors, mais on souffre avec fermeté ; la douleur est acceptée avec résignation ; les larmes coulent peut-être et elles soulagent, puisqu'elles sont dues, mais il y a dans la paix qui les accompagne quelque chose de balsamique qui adoucit les blessures de l'àme.

Sous l'influence d'une telle disposition, toutes les facultés prennent un essor plus facile et plus grand.

La clarté se répand dans l'intelligence, les idées se distinguent, se classent sans effort:*, on pénètre plus facilement au fond de soi-même. Combien alors la vertu parait plus facile I comme on est bien avec soi-même et avec les autres ! la bienveillance devient naturelle; on exige moins, on pardonne davantage ! et ce calme que l'on porte en soi se transmet à ceux qui nous entourent. (Do Gërando).

I^Aatbélsme. — Système qui considère Dieu comme l'âme du monde et le monde comme le corps de la divinité.

il y a plusieurs sortes de panthéisme : le plus répandu, le panlbéisme psychologique, professe que Dieu anime l'univers comme l'âme anime le corps, avec cette différence que l'on ne peut distinguer l'univers de Dieu comme on distingue l'âme du corps. D*après cette doctrine, l'âme est une émanation de la divinité, elle gouverne le corps comme elle gouverne le monde. Il y a là comme une lueur de vérité et c'est par elle que ce système a pu s'établir, mais cette illusion se dissipe à l'examen.

Nous ne parlerons que pour mémoire, car ce n'est pas là notro sujet, du panthéisme ea$mologique (système de Xénophane) du panthéisme ontologique et du panthéisme mystique.

Le panthéisme et le positivisme suppriment tout sentiment religieux. ^A entendre ces deux écoles philosophiques, le monde existe de toute éternité et par lui-môme, ainsi que les lois en vertu desquelles il se maintient et se développe. Dans leur principe et leur ensemble, toutes choses ont toujours été ce qu'elles sont. Il n'y a dans cet univers point de mystère, il n'y a que des faits et des lois qui s'enchainent naturellement, nécessairement, et sur lesquels s'exerce la science humaine, incomplète, mais indéGniment progressive dans sa puissance comme dans son travail.

Ainsi la création, la providence divine, l'origine du mal, la perspective du réiablissoment de l'ordre dans l'avenir, sont autant de rêveries, des jeux de la pensée humaine... le mal existe, c'est incontestable, mais c'est du seul progrèsdes lumières que nous devons attendre le remède I le mal matériel, soit encore, cela peut être admis jusqu'à un certain point, mais le mal moral? quel remède peut y apporter le progrès des sciences?

Le panthéisme, assez vague de sa nature, a été compris et défini de deux manières contradictoires : las uns pensent que c'est l'absorption de l'inGni dans le 6ni, de Dieu dans la nature, et, par suite, ils ont identifié le panthéisme avec l'athéisme. — D'autres se sont jetés dans l'extrémité opposée : pour eux ce n'est pas l'absorption de Dieu dans la nature, mais celle de la nature en Dieu, ou du fini dans l'infini... ce qui touche à une sorte de théisme, bizarre mélange d'élévation et d'extravagance.

Nous n'essayerons pas d'approfondir ces systèmes qui sont du

domaine de la métaphysique et non de la morale, il nous a paru seulement qu*il était convenable d'indiquer les diverses opioioos qui ont rempli le monde de leurs contradictions et qui ont ëtë la source de tant de controverses philosophiques.

Papauté. — La papauté est le ministère du Saint-Père, dans son acception la plus générale. Elle est la représeniation de la souveraineté ecclésiastique et l'expression la plus haute de Tunité chrétienne.

L'explication de ce mot donnerait lieu à tout un traité sur la constitution de l'Ëglise qui sort tout à fait de notre sujet.

Pape est le chef de TËglise catholique romaine. Comme chef spirituel, il a la souveraine autorité sur l'Ëgtiae ,* il fait observer les canons ou règlements ; assemble et préside les conciles; nomme les cardinaux ; confirme les évéques ; institue, autorise ou supprime les ordres religieux ; veille au maintien du dogme et de la discipline, fait les bulles et les encycliques,excom-> munie, accorde les grandes dispenses et distribue les indal-« gences.

Parabole. — Allégorie qui renferme une vérité importante, principalement en matière religieuse — langage figuré et populaire.

Les paraboles des livres saints sont des instructions indirectes et détournées, des comparaisons, des emblèmes qui ont pour but d*exciter Tattention et la curiosité et qui cachent une leçon de morale. Les plus belles paraboles se trouvent dans le Nouveau- Testament. On peut citer dans le nombre celles de Tenfant prodigue, des vignerons, de l'économe infidèle, etc. Elles sont toutes pleines d*onction et de simplicité.

t. .. Proposition contraire à Topinion commune et qui choque les idées reçues. La secte des Stoïciens passait, dans Tantiquité, pour la plus féconde en paradoxes.

Parmi ces propositions, il en est qui n ont fait que devancer leur siècle et qui ont plus tard détrèné des erreurs accréditées ; l'exemple le plus frappant est l'affirmation de Galilée « que la

terre tourne autour du soleil »; cette affirmation a été longtemps un paradoxe. Mais c'est là Texception.

— Les paradoxes de la veille sont parfois les vérités du lende» main. (Laboulaye).

K — Nonchalance, lenteur blâmable dans les choses qui sont d'obligation.

La paresse est souvent le résultat d'un climat brûlant, quel* quefois celui de Topulenceb On voit, au contraire, les pays froids exciter l'activité et la pauvreté, animer le courage et le travail.

Tous les moralistes s'accordent à flétrir la paresse, et la religion Ta rangée parmi les péchés capitaux. Elle engendre tous les vices et c'est pour cela, sans doute, qu'un poète Ta nommée avec assez d'originalité : le coussin du diable,

La médecine est, en cela, d'accord avec la morale et la religion : la paresse accumule le sang, la lymphe, les humeurs et appelle souvent la paralysie. (v. oisiveté).

— Le plus grand ennemi de l'homme c'est l'ennui, et l'ennui est le fils de la paresse et de l'oisiveté. (Véran Sabran).

Parttolll^* — > Attachement passionné à un parti, à une personne, à une opinion. — Défaut d'un juge qui, préoccupé par la passion, ne rend pas à chacun la justice qui lui est due.

Le plus souvent ce sont nos idées ou nos passions que nous caressons dans l'objet de notre prédilection, d'autres fois c'est notre intérêt et c'est là la partialité la plus coupable.

ical* — Philosophe, né à Clermont-Ferrand en 4623, mort à Paris en 4662.

Pascal est un des exemples de précocité d'esprit les plus extraordinaires : à seize ans il avait déjà écrit plusieurs ouvrages et notamment son Traité des sections coniques. Trois ans plus tard, il inventait la Madiine arithmétique et écrivait le Traité du vide,.. Mais nous n'avons à nous occuper que de ses Pensées qui touchent à la morale plus qu'aux mathématiques et aux controverses de Jansénius et de Molina, objet des Provinciales,

C*66t en 4646 que Pajeal coonat les livres de saint Cyran ai le discours de Jansënius sur la Bifornu éê Vkffmmê imiirùmr^ Dès ce moment son esprit positif mêla à ses études celle de la philosophie religieuse.

Disciple ou partisan de Descartes, Pascal séparait avec soin le domaine de VautorUè et celui de te raison. Il ne reconnaît la première que dans les matières ihëologiques et s'adresse à la seconde pour ce qni touche à l'observation el an ralsonnemeot : a rbumanité, d'après lui, doit être considérée comme un bomoM qui subsiste toujours et apprend continuellement. »

Ses pensées, que la brièveté de sa vie ne lui a pas permis éa réunir en un corps d'ouvrage, ne s<Hit pour nous qu'è Tétat de fragments on de matériaux. Dans un discours, qu'on a retrouvé après sa mort, il expose lui-même à ses amis le plan de cet ouvrage.

Après avoir fait hi peinture de Tétat présent de l'homme avec sa grandeur et sa bassesse, il devait montrer combien la philosophie est impuissante à expliquer ces contrariétés, combien elle est pleiae de contradictions et d'erreurs... La philosophie écartée, il devait examiner les divers systèmes religieux et démontrer en terminant la vérité du Christianisme...

La mort no lui a pas laissé le temps d'accomplir cette œuvre colossale qu'il estimait devoir faire la matière de plus de dix volumes, mais, telles qu'elles sont, les Peméei, classées par plusieurs éminents écrivains (1), n'en sont pas moins demeurées un monument impérissable de philosophie et de morale que tous les érudits consulteront et méditeront pendant bien des siècles, mais où Ton remarque avec douleur de trop fréquentes contradictions, dues sans doute à l'état de sa santé et à lu révolution qui s'est faite dans ses idées à une époque fâcheuse de sa vie.

ksioa. — DJiir violent et fixe, penchant irrésistible. Il y a de nobles passions et des passions viles, selon l'objet qui les cause.

D'après Descartes les passions sont des mouvements de sensibilité, quelels qu'en soient l'origine, la cause ou la violence.

(1) V. Faugères, Cousin et Sainte-Beuve.

Dans le langage ordinaire, ce ne sont que les mouvemeDis qui ont assez de force pour troubler notre jugement et paralyser notre liberté, ceux qui nous ôtent la faculté de disposer librement de nous-mème.

a Mes passions, dit un moraliste, ont leurs lois qui se dëveloppentdans mon âme, mais lorsqu'elles s'y forment, je suis présent avec toutes les forces de ma volonté pour les diriger à mon gré ou pour lutter eontr'elles. Je puis me donner ou me retirer, concou* rir ou résister à ma défaite, ouvrir ou fermer mon cœur. Je sais presque toujours à Tavance en quel lieu la passion m'attend pour me saisir au passage et quand elle m'a pris à l' improviste, j*ai mille ressources pour me dégoûter de son objet ou pour contraindre mon esprit à l'oublier. •

C'est ainsi que nous pouvons être responsables, non seulement des conséquences de nos passions, mais de nos passions ellesmêmes... Pour résistera Tentrainement, il faut vouloir fortement, et la grande difficulté est de vouloir autre chose que ce que la passion nous inspire. 11 faut donc chercher un moyen de calmer, de modérer ou de prévenir les passions, dans leur principe. Ce moyen est Tattention bien gouvernée. Aussi est-il quelquefois utile de s'abandonner à des passions innocentes pour détourner des passions criminelles. Il faut, en général, se jeter à côté, plutôt que combattre de front, car, par ce dernier moyen, on irrite plutôt qu'on ne calme.

Si on Bxe d'avance et par principe son attention sur des objets capables de captiver, cette habitude, en nous éloignant de ceux qui peuvent nous impressionner vivement, nous servira beaucoup... Si, malgré cela, une mauvaise passion surgit, il faut savoir, à temps, porter ailleurs une attention soutenue. Si on laisse à la passion le temps de faire toute son impression sur le cerveau, Tattenlion viendra trop lard, carie pouvoir de l'âme sur le corps est restreint.

La morale chrétienne nous enseigne à ne pas donner prise sur nous au plaisir et à la douleur. Si on les laisse entrer à flots par toutes les portes de l'âme, il arrive bientôt que nous leur appartenons et non plus à nous-méme. Le monde nous remplit de son bruit et nous ne pouvons plus ni nous recueillir, ni nous gouverner. Cependant tout a sa raison d'être en ce monde, même les

iSî I>IGTIONNAIRE RAISONNÉ

(MisBions. Supprimea^les, plus d'excès, il est vrai, mais plus de ressort. Diea n*a pas donne en vain à l'homme le goût du plaisiri l'espérance, Tamour, Fambilion et cet intérêt personnel qui nous pousse à améliorer sans cesse notre condition sur la terre. Mais, en nous donnant les passions, il nous a donné aussi des sentiments nobles, puissants et vivaces. Nous avons le jugement et la liberté de nous éclairer, de faire un choix entre le bien et le mal et d'user de notre volonté. Nous nous apercevrons bientôt que le vrai bonheur est dans le sacrifice et le devoir qui satisfont la conscience. Un exemple, entre mille : l'amour des plaisirs veut de l'argent ; le besoin d'argent amène parfois le jeu ; nous jouons, nous gagnons en ruinant un ami ; affligés de son désespoir et de celui de sa famille, nous restituons la somme gagnée... Et nous nous trouvons plus heureux après ce devoir accompli. Notre conscience bourrelée nous tourmentait; satisfaite, elle nous rend heureux... Les passions, en effet, nous induisent en erreur parce qu'elles fixent notre attention sur un seul côté de l'objet qu'elles nous présentent et ne nous permettent pas de le considérer sous toutes ses faces. Les passions, lorsqu'elles ne troublent ni l'ordre public de la société, ni l'ordre intérieur de notre être, sont autant de bienfaits de Dieu ; elles entretiennent la chaleur et la vie dans le monde moral : mais il n'en est aucune qui ne devienne dangereuse lorsqu'elle échappe à l'empire de la raison et trouble l'ordre établi par le Créateur.

-* Du moment qu'on a quitté le sentier du bien, les mauvaises passions se poussent et s'avancent d'elles-mêmes ; la faiblesse humaine trouve du plaisir à ne point résister et insensiblement on se voit, si j'ose ainsi parler, en pleine mer, le jouet des flots. Approuver des passions modérées, c'est approuver une injustice modérée, une lâcheté modérée, une intempérance modérée. Car, prescrire des bornes au vice, c'est en admettre une partie, et, outre que cela est blâmable, rien n'est aussi plus dangereux, car le vice ne demande qu'à faire du chemin et, pour peu qu'on l'aide, il glisse avec tant de rapiditéqu'il n'y a plus moyen de le retenir.

(Cicéron).

— La providence a voulu donner à l'homme une vie séculaire...

Avec DOS misères, nos mœurs, nos passions surtout, l'homme ne meurt pas, il se tue. (Flourens).

— Dès que Tiiomme commence à désirer quelque chose dësordonément, aussitôt il devient inquiet. — S'il se refuse à satisfaire son désir il éprouve de la tristesse et, si on lui résiste, il est très malheureux. — S'il obtient ce qu'il convoitait, le remords pèse sur lui. — C'est en résistant à ses passions et non en leur cédant qu'on trouve la paix du cœur. Si le combat est dur, une paix ineffable en est le fruit. (Imit. de J.-G.).

— Les paissions sont le combat de la chair contre Tesprît. Aussi les matérialistes les ont toujours exaltées; les livres d'Helvôtius en sont un continuel panégyrique ; la morale du xviii* siècle, y voyant le plus puissant mobile de nos actes, en conclut la nécessité de les encourager. Les idéalistes les proscrivent, les mystiques veulent les anéantir; les saints Simoniens au contraire en venaient presque à les sanctifier ; Fourrier en fait Tunique ressort de son organisation sociale... Il ne faut pas plus les extirper que les déifier, mais le premier devoir de l'homme est de maintenir en lui-même l'équilibre moral et de préserver sa liberté de tout entraînement irréfléchi. (Artaud).

— La passion commence par demander, puis elle exige, ensuite elle contraint. (Docteur Descaut).

Patience. — Égalité d'âme, constance dans les travaux et dans les douleurs physiques et morales.

La patience est surtout la vertu qui fait que l'homme supporte doucement et sans murmurer les adversités, les douleurs, les injures.

Celui qui pense que tout finit avec nous est pressé de jouir, de profiter des courts instants qui lui sont accordés ici-bas ; il s'émeut et se dépite à chaque contrariété qui lui enlève un de ces plaisirs après lesquels il court incessamment.

Le chrétien, convaincu que cette vie est une épreuve et que l'éternité lui appartient, supporte avec résignation, avec patience, le présent, en vue de l'avenir :

c La patience, dit Vauvenargues, n'est souvent que l'art d'espérer... « Mais, à son point de vue, qu'est-ce donc que l'art d'espérer quand chaque phase de la vie amène une déception?..

Il semble que La Rodiefoucauld ait voulu corriger cette pensée ett disant « que l'espérance, toute trompeuse qu'elle eBi, sert m moins à nous mener à la fin de la vie par un chemin agréable. » Mais, hëlasl quelle vie ! quelle fin I et quelle singulière espérance! Quand on est à un point de vue faux, l'esprit a beau s'agiter, se tourner dans tous les sens, on arrive toujours à une ooncloei<m absurde.

— Les croix qu'on rencontre dans la rue sont bonnes, maib celles qu'on trouve à la maison valent beaucoup mieux. La patioice, au milieu de Ces croix est plus agréable à Dieu que les ciliées, les disciplines et les jeûnes. (Saint François de Sales).

— Qui souffre impatiemment souffre deux fois. (Boiste).

Pntriotlame. — Palrio/ùine semble, au premier abord, être un synonyme d'amour du Pays (V. ce mot). Mais il a d'autres acceptions dont nous devons parler.

A un certain point de vue :

• ... Rien n'est plus commun que le nom, > Rien n'est plus rare que la chose... »

Sous le beau nom de patriotisme se cache parfois, en effet, l'intérêt personnel et sous cette vertu si rare, qu'on appelle désiiUèressèment, on découvre souvent l'égolsme et la cupidité :

« La raison humaine, dit Malebranche (1), ne comprend pas facilement que l'on puisse aimer autrement que par rapport à soi et avoir d'autre fin que sa propre satisfaction. » Sans fouiller dans l'histoire ancienne, sans demander aux chroniques du moyen-âge le secret de tant de Curtius, peut être trop vantés, essayons de porter nos souvenirs sur une époque plus récente.

Parlons d'abord du patriotisme des poètes. Il est en entier dans leur amour-propre : combien de fois les plus illustres, abandonnant la lyre pour la tribune, n'ont-ils pas changé d'opinion, selon que le vent de la louange, du blâme ou de la popularité soufflait de tel ou toi côté ! Un applaudissement ou un sifflet ont quelquefois suffi pour faire tourner la girouette politique : lëgiti-

(1) Rrrherche de la vérité.

mistes, led hymnes les plus ardentes sortaient de leur lyre; Pbilippistes, ils ont célébré les vertus du roi et des princes; Républicains, ils ont été d^abord modérés, puis, ils ont gravi tous les degrés de la montagne.

On en a vu dont la verve et la faconde se soldaient en beaux écus comptant.

D'autres, moins avides ou plus riches, plus riches de fiel et de haines surtout, se sont tournés contre tous les pouvoirs établis, et, toujours au nom du pays, ont démoli la royauté et la république à coups de brochures, de discours et de banquets I

D'autres, avides et haineux à la fois, ont écrit contre tous les gouvernements qui ne voulaient ni les acheter, ni se servir d'eux gratuitement. On les voyait tour à tour obséquieux et enragés, élever ou démolir, adorer ou lapider.

Knfin (et ici Todieux le cède au burlesque), nous avons vu des hommes se plaçant en deçà ou en delà des barricades, suivant leur date, dire à ce bon peuple, pour lequel ils combattaient : € Peuple, lève-toi contre les tyrans ; tu souffres, tu n*as pas de pain^ mais tu as le nombre et le droit ; renverse ce hideux despotisme, je marche à tes côtés... »

Et quelques mois plus tard, ils s'écriaient :

« Peuple, on t*égare, que fais-tu ? n* es-tu pas satisfait? n'astu pas la république, objet de tes vœux ? ne suis-je pas représentant pour défendre tes droits ? La belle devise :Lt6et*té, Égalité^ Fr€UemUé, n'est-elle pas écrite sur tous les murs ? Pourquoi donc te révolter? »

Ce tableau est triste, mais il est vrai. Tous les contemporains le reconnaîtront.

Que deviennent, au milieu de tout cela, le patriotisme et le désintéressement ?

Paul (i^^.). ^ Apôtre, né Tan 2 de J.-C.

Il porta d'abord le nom de Satil et fut au nombre des persécuteurs des chrétiens avant d'être l'un des ardents apôtres de la religion nouvelle. Il prêcha l'évangile aux païens dans l'Asie, la Grèce et la Judée. Assailli à Jérusalem par la populace juive, il fut traduit devant le tribun Lysias et incarcéré, pendant deux ans, par le gouverneur de la Judée. Il en appela à jÇésar, fut

envoyé à Rome el acquitté. Il retourna alors dans TOrient et revint, en 64, à Rome où son austère franchise attira sur lui de nouveaux orages.

Saint Paul fut décapité avec saint Pierre, en 66.

La vie, la conversion et les prédications de saint Paul sont trop connues pour les reproduire ici avec plus de détails. Ses écrits font reconnaître en lui, sous le triple rapport de Tintelligence, du cœur et de la volonté, fun des plus grands propagateurs de la religion.

Ses épitres aux chrétiens de Rome el de Gorinthe, à Thimotée, à l'église d'Ëphèse, aux Hébreux, contiennent des pages de la plus sublime éloquence, c Ses discours, dit saint Chrisostome, ne sont point préparés avec art, il n'assujélit pas l'Évangile aux lois de la grammaire ou de la dialectique, mais il raisonne avec justesse, en employant une vérité connue pour conduire à des conséquences inconnues. Il sait étendre ou resserrer son discours, adoucir ou exciter ses mouvements, presser, enc-ourager, captiver, étonner à son gré ses auditeurs. On peut dire que saint Paul possédait le fonds, la moêUe de Téloquence et qu*il ne lui manquait que Vécorce, la superficie du langage.

Accablé comme il Tétait de travaux et fatigué par les voyages, comment aurait-il trouvé le loisir de choisir, de ranger et polir ses paroles ? D'ailleurs, dans le langage humain, il ne trouvait point de terme qui put exprimer la hauteur de ses pensées. Il dictait rapidement suivant l'impétuosité de l'esprit divin qui ranimait.

Pauvreté. — C'est une chose bien tri$te que la pauvreté ! Tous les raisonnements de la philosophie et de l'économie sociale n'ont pu la détruire; la religion n'y parvient guères mieux.

Elle n'y parvient pas, parce que les causes qui la produisent ne peuvent être supprimées.

c La première de ces causes, dit très bien M^' de Ségur (1 ), Oit l'inégalité des forces physiques, des santés, des talents, de l'intelligence, de l'activité parmi les hommes : si, par suite d'un accidentou parle seul fait de la vieillesse Je viens à perdre la force

(1) Réponses : P. 38.

nécessaire pour remplir mon état, ne iomberai-je pas dans la misère? — Si, malgré mes efforts, je suis tellement inepte que je travaille moins bien que mes confrères, mes pratiques n'irontelles pas s'adresser de préférence aux plus habiles ; et ne tombe* rai-je pas dans la misère ? — Et cependant, qui peut garantir de la maladie, des accidents, de la vieillesse ? Qui peut donner de Tesprit à celui qui n'en a pas ? Qui peut rendre tous les hommes égaux en forces, en intelligence, en bonne volonté ?... Voici donc une cause de pauvreté bien féconde et qu'il est impossible, même à la Religion, de détruire.

La seconde cause de la misère, non moins profonde que l'autre, ce sont les vices de notre pauvre nature : la paresse, la débauche, l'ivrognerie, l'amour du plaisir.

Parmi les pauvres, combien sont malheureux par leur faute î Dix-neuf sur vingt. Ils accusent Dieu et ne devraient accuser qu'eux-mêmes. Mais, ce qui est possible, et ce que la Religion fait admirablement, c'est de diminuer la misère, de la soulager, de l'adoucir, de la rendre supportable.

Partout où sa voix est écoutée, le riche devient l'ami, le frère, souvent le serviteur du pauvre. Il verse avec joie son superflu dans le sein des malheureux. Le pauvre, à son tour, apprend à espérer. Il apprend à supporter patiemment ses souffrances.

-* Une pauvreté mâle, active, vigilante

Est, parmi les travaux, moins lasse et plus contente,

Que la richesse oisive au sein des voluptés.

(Boileau).

P^cbé originel. ^ Le mol Péché est synonyme de FaïuU. Pris généralement, le péché est une transgression volontaire de la loi divine.

Le dogme du Pédkè originel affirme que Dieu a créé l'homme moral, libre et faillible ; que par un acte de cette libre volonté, il a manqué sciemment à la volonté de Dieu, c'est-à-dire à son devoir; que l'homme libre est responsable et que sa désobéissance ajustement entraîné pour lui le châtiment; enfin, que la peine de la faute est héréditaire.

Cette transmission a été un sujet d'étonnement et de doute pour

beaucoup de gens. . . Mais ii*en avons-nous pas tous les jours le speclacle devant les yeux? — Les penchants naturels, de rhomme ne détruisent pas sa liberté, mais ils lui en rendent Texercice plus laborieux et plus difficile. Ce n'est pas une chaîne qu*il subit, c'est un poids qu'il porte. C'est un fait incontestable que les dispositions naturelles de l'individu lui viennent, dans une certaine mesure, de son origine, et que les parents transmettent à leurs enfants tels penchants moraux, comme tels tempéraments, comme tels traits du visage. L'hérédité prend place dans l'ordre moral, aussi bien que dans l'ordre matériel.

Or, elle a dû y prendre place dès le premier jour de l'existence de l'homme sur la terre, puisqu'il a été créé faillible.

Si l'on se plaint du péché originel , qu'on se plaigne donc aussi des liens qui unissent l'enfant à ses parents, le font hériter de leurs mauvaises dispositions et le font souffrir de leurs fautes t

Le fait du péché originel n'a donc rien d'étrange ni d'obscur; il réside dans la désobéissance de l'homme à la volonté de Dieu. Cette désobéissance est un acte qui se commet partout avec les mêmes conséquences. Cet acte a pour cause la soif de l'indépendance, la curiosité, l'orgueil et la faiblesse devant la tentation. L'acte qui produit ce changement engage et entraîne la responsabilité de son auteur et de ses descendants. Le péché est contagieux dans le temps comme dans l'espace ; il se transmet comme il se répand. Tout cet engrenage part du premier homme, il a sa source dans le premier homme et le Christianisme, en même temps qu*il le signale, offre à l'homme le remède et la guérison (4).

— Est-il juste que nous soyons puni pour la fautedu premier de nos ancêtres? — Ne remontons pas si haut : N'existe-t-il pas même au sein de la famille, dans les temps modernes, un principe d'unité qui a sa source dans la transmission du sang et pour conséquence une solidarité d'autant plus forte que l'on est plus près du tronc d'où elle s'épand ?

Toute famille compte dans son patrimoine l'honneur qu'elle a

(1) V. Guizol: Méditations sur l'essence de la religion chrétienne.

reçu de ses areux^ et cet booneur ombrage la tète de l'enfant qui vient de naître, avant mémo qu'il soit capable de nommer la gloire en nommant son père. En vain réclaœerez-vous contre cette dispensation du mérite, en vain la traiterez>vous de préjugé sans fondement, le préjugé vous subjuguera vous môme, et lorsqu'il s'agira d'unir votre sang à un autre sang, votre race à une autre race, vous n'estimerez rien plus que cet incompréhensible héritage de l'honneur, comme vous ne redouterez rien plus qu'une souillure hériditaire, fut-ce dans l'objet le plus aimé et le plus digne de l'être. Je vous le demande, épouseriez-vous la fille d'un misérable ? Y a-t-il un amour qui vous persuadât de faire à votre postérité ce douloureux présent ? Vous épouserez le malheur, jamais la honte et ce jugement de votre âme me suffit contre votre raison... Votfe âme n'a pas tort : le fils est lé sang, la vie, l'image, la continuation du père. Il perpétue, quoiqu'imparfaitement, la cause qui a fait le mal et trouvé l'opprobre dans le mal. (Lacordaire).

Le dogme du péché originel, qui date de la création, est arrivé jusqu'à nous avec des appréciations diverses. Je viens de donner le résumé de l'opinion de deux des plus illustres écrivains chrétiens do notre siède, l'un protestant, l'autre catholique ; ils sont à peu près d'accord sur ce sujet qui sort un peu de notro cadre, le lecteur appréciera.

Pédantlvine* — Érudition lourde et indigeste dont on aime à faire parade. Le PèdaniUme n'est pas tout à fait la pédaniêrie. Ce dernier mot s'applique plutôt à la profession de mettre d'école, mais on confond souvent les deux acceptions : Le pédant est en général pointilleux, opiniâtre. Il s*étend sur les choses inutiles et manque de jugement. Il a, comme le dit Montaigne, lasauvenafice pleine et U jugement creux, c Les Pédants, ajoute-t-il, après avoir pilloté avec grande estade et science par les livres, en font monstre avec ostentation, la dégorgent et mettent au vent. Y a-t-il gens pins ineptes aux affaires, plus impertinens à toutes choses et ensemble plus présomptueux et opiniâtres ? En toute langue et nation, pédant, clerc, magister sont mots de reproche. Ce sont gens qui ont la mémoire pleine du savoir d'au-

tniy et n'ont rien de propre. Leur jugement ne vaut guères mieux, tellement qu'il semble que la science ne leur serve qu'à les rendre plus sots, plus arrogants et coquetteurs, ravalant leur esprit et abâtardissant leur entendement, mais enflant leur mémoire (1). >

— - Si le pëdantisme est insupportable dans Thomme, il l'est bien plus encore dans la femme. (P. Janet).

i^énétration. — Heureux don qui fait distinguer dans chaque circonstance ce qu'il faut faire.

Sagacité et vivacité d*e.sprit — faculté de découvrir ce qui est obscur.

Les esprits vulgaires manquent de cette pénétration qui est la principale qualité des hommes d'État, des diplomates et des directeurs de conscience.

Pénltencse* — Vertu chrétienne qui consiste dans un sincère regret d*avoir mal agi.

Toutefois, faire pénitence n'est pas seulement se repentir d'une faute, mais Texpier par une juste réparation : « J'ai parlé comme un insensé, dit Job, je me condamne donc et ferai pénitence. » Combien de gens à ce compte devraient faire pénitence I mais nous ne sommes pas maintenant aussi sévères pour nous-mômes.

K — Mouvement intérieur de rinlelligence.

Voir que le soleil brille, éclaire et réchauffe, ce n'est pas penser. L'animal le voit comme l'homme et ne pense pas. Tel homme a beaucoup vu et fort peu pensé. Tel autre, au contraire, absorbé par sa pensée, ne voit plus aucun des objets extérieurs.

La pensée, si active, si absorbante chez l'homme instruit, cesse dans le sommeil profond, dans la folie, dans l'idiotisme, dans l'évanouissement et la léthargie, dans tous les états enfin où la conscience de soi est absente. Les Cartésiens ont cependant

(1) Et$aù de Montaigne.

exprimé l'opinion, défendue par Jouffroy, que la pensée ne s'arrête jamais.

Les anciens disaient : Notée ie iptum, connais-toi toi-même ; c'est en effet un bon système de morale, mais si l'homme veut étudier sa pensée, il est arrêté au premier pas.

On s'est quelquefois étonné de ce que la religion nous apprend à regarder de simples pensées comme des péchés. Il ne dépend pas de nous, dit-on, de ne pas les avoir, puisque souvent elles nous viennent malgré nous et nous affligent, mais il est en notre pouvoir de nous y arrêter ou de les rejeter, d'y acquiescer ou d'y résister et elles ne deviennent des péchés que quand elles sont délibérées et que nous nous y arrêtons volontairement.

Les animaux sont capables de connaître, mais incapables de penser ; aussi ne sont-ils pas, comme l'homme, responsables de leurs actions. Ils ne conçoivent pas le vrai, le beau et le bien et leur intelligence ou leur instinct est au service de leurs appétits ou de leur bien-être matériel.

(V. les mots inteUigenee, instinct, idée, comeience, etc.).

— La conformité et la communauté d'idées et de pensées doublent la vie de l'âme ; sans elles il n'y a que la solitude.

(Philarète Chastes).

— L'imprimerie est l'artillerie de la pensée. (Rivarol).

— La volonté est la détermination de la pensée .

(De Donald).

Rerrectiblllté. — Développement progressif de l'homme, — marche de l'humanité, si non vers le bien absolu, du moins vers le mieux. Quelles que soient les fautes et les ruines du passé, la tradition se perpétue et l'expérience des siècles écoulés sert à l'éducation des siècles à venir.

La perfectibilité est irréfutable au point de vue matériel. L'estelle autant au point de vue moral ? nous n'oserions l'affirmer... Ce qui tendrait à y faire croire, c'est celte ardeur de recherches, cette soif du vrai qui agite l'humanité. Quel espoir la soutient T quel mobile l'excite, si ce n'est une noble confiance dans la bonté de Dieu, qui lui découvre sans cesse de nouveaux horizons et de nouveaux aspects ?

362 t>ICTIONNAIRB RAISONNÉ

— La perfectibilité est rinstrument donné à rhomme pour atteindre la dernière limite de son développement intellectuel et moral. (Portalis).

Perfection. — - La perfection, au point de vue moral,

eat la réunion de toutes les qualités et Tabsence des défauts, fille est à peu près impossible à trouver ici-bas et n*y existe même pas d'une manière absolue.

Le dernier degré où il est permis à l'homme d*atteindre est dans le renoncement complet à soi-même.

Si la vie était seulement une succession d'années et de dou* leurs morales et physiques, elle n'aurait pas de raison d'être ; on oe pourrait en comprendre l'utilité. Dieu a eu un but en nous la donnant ; l'important est de connaître ce qu il désire que nous en fassions. On y parvient en le cherchant avec un cœur pur et droit qui combat sincèrement toutes les duplicités et les ruses de l'amour-propre à mesure qu'il les découvre. Nous sommes fort ingénieux à nous cherAer nout^mêmeê perpétuellement et ce que les hommes du monde font à découvert, les hommes pieux le font souvent sans s'en douter.

Pour nous mettre dans une bonne voie, rien n*est meilleur que la lecture, non la lecture de curiosité sur les questions de métaphysique et de controverse (4), mais des lectures simples, sans subtilités, toutes bonnes à nourrir le cœur. Quand nous nous apercevrons que dans ces lectures ou dans la méditation, l'esprit se distrait et s'égare, ramenons-le doucement sans nous inquiéter et nous décourager de l'importunité de ces distractions opiniâtres.

Ce n*est point la multitude des pratiques dures qui fait le véritable avancement ; il faut, au contraire, aller galment au jour le jour, comme la providence nous mène.

Un excellent moyen de se conserver dans cet état de liberté d'esprit, c'est de résister également à la vaine joie, à la tristesse

(I) Quand nous saurions toute la Bible et toutes les sentences des philosophes, que nous servirait tout cela sans la charité ? Un humble paysan qui sert Dieu est fort au-dessus du philosophe qui néglige l'étude de lui-même pour suivre le cours des astres.

(Imitation de J.-C.).

et surtout aux assauts de l'amour-propre : tranquillisons notre cœur dès que nous le voyons agité.

Ce n'est |M)int en paroles que consiste la pratique de la vertu» c'est dans le courage, dans la violence que l'on se fait pour résister au torrent du monde qui nous empêche de faire le bien; violence quand il faut renoncer au nécessaire, violence enfin pour se résigner à tout et se trouver toujours bien dans l'état où l'on est.

Il est (les impressions de tristesse involontaires, il faut les supporter avec patience. Les découragements intérieurs nous font aller plus vite dans la bonne voie, pourvu qu'ils ne nous arrêtent point : un pas fait dans cet état est toujours un pas de géani; il vaut mieux que mille, faits dans une disposition plus douce et plus consolante. Il n'y a donc qu'à méprise^ notre découragement et à aller toujours.

L4I pensée de la mort est la meilleure règle que nous puissions prendre pour toutes nos actions et nosprojets. On peut la désirer, mais il la faut attendre avec soumission.

Dira-t-on encore, après avoir lu ces conseils que nous donne la morale chrétienne, qu'elle n'est que la réunion des maximes de Thaïes, Pythagore, Socrate, Platon, Aristote, Êpictète, Sénèque, Marc Aurèle, Gicéron, ou de leurs disciples des temps modemesT Il nous semble qu'il y a tout un monde entre les deux I

Perfidie. — Manque de loyauté, trahison, abus de con* Gance.

La perfidie est l'un des actes les plus odieux, en ce sens qu'il y a, pour le commettre, réflexion, préméditation et mensonge. La perfidie est une dégradation morale dont l'homme se relève bien rarement.

Persévérance. — Courage et constance d'une âme qui persiste dans la pratique de la vertu, malgré toutes les tentations et les obtacles qui s'y opposent.

— La persévérance est une vertu nécessaire à la pratique de toutes les autres et elle remplace parfois le talent.

(De Jussieu).

364 DICTIONNAIRB RAISONNÉ

Peralffla^e. — Moquerie de mauvais ton, qui s'attaque à tout, sans respect et sans dignité. Amas fatigant de paroles sans idées, qui font rire les sots, déconcertent les gens honoéles ou timides, et rendent la société insupportable. Ce mauvais genre est quelquefois moins extravagant, et alors il n'en est que plus dangereux - c'est lorsqu'on immole quelqu'un, sans qu'il s'en doute, à la malignité d'une assemblée, en le rendant à la fois instrument et victime de la plaisanterie commune par les choses qu'on lui suggère, et les aveux qu'on en tire. Les gens qui font trop d'usage de cette gaité oublient que lorsqu'ils donnent un ridicule, ils acquièrent un vice ; ce qui tue la gatté, c'est l'esprit de dénigrement, la malignité des propos, l'usage cmel et plat des mystiûcations ; après ces explosions de la méchanceté, tout languit, tout pahlt froid et insipide.

— Quel que soit l'avantage que les bons mots attirent à lenrs auteurs, nous ne les louons que comme de certains mets, qui, en flattant notre palais, arrachent des larmes de nos yeux. Ce trafic est bien peu généreux ; comme il ne demande pas de grands fonds beaucoup de personnes s'y livrent, et, tant que les méchants seront caressés et que de mauvaises tètes seront juges des cercles, ce ton perfide passera pour de l'esprit. (Sterne).

PeAsimiaine. — Système d'un homme qui voit tout en mal.

Manie des esprits chagrins, qui, à force de s'appesantir sur les maux dont ils ont été les témoins ou les victimes, s*exagèrent ce qu'il y a de trop réel dans nos misères, s'habituent à voir tout en noir, ne croient plus à la probité, à la bonté, à la vertu et ne savent que prédire des malheurs ou des crimes. — C'est le contraire de l'optimisme.

Peuple. — Ce mot a plusieurs acceptions : On dit le peuple Français, le peuple Allemand, le peuple Anglais. . . Le peuple est, dans ce sens, la nation entière. Mais dans cette nation, quelle qu'elle soit, en Europe surtout, le peuple, c'est la classe pauvre, sans instruction, la classe infime.

Cet état de choses s'améliore cependant, grâce au progrès

des lumières. Jetons, pour nous en convaincre, un regard sur le passé :

Sous les deux premières races de nos rois, la France était partagée entre un petit nombre de familles qui possédaient, avec la terre, le droit de commander, qui se transmettait avec les héritages.

Le clergé, en ouvrant ses rangs aux pauvres comme aux riches, y fit pénétrer un semblant d'égalité ; le fils du serf prit place, comme prêtre, à c6té du seigneur. C'était un pas.

Les rapports entre les diverses classes devinrent bientôt plus nombreux ; les lois furent nécessaires et, à leur tour, les légistes prirent un rang plus élevé que les artisans et les laboureurs. Le commerce s'étendit, les industriels s'enrichirent et se firent une place dans la société. Plus tard, les travaux de Tintelligence élevèrent quelques hommes de génie; l'éloquence, la poésie prirent un rang honorable. Les événements aidèrent à établir l'égalité, l'institution des communes introduisit des éléments de démocratie et de liberté. Ce développement s'accentua chaque jour davantage depuis l'époque de la féodalité jusqu'à la révolution de 4789, qui établit l'égalité devant la loi.

Depuis lors, il y a eu dans la nation des tiraillements nombreux et trop souvent sanglants. On a beaucoup fait pour le bonheur du peuple, mais il y a encore beaucoup à faire, et d'abord il faudrait l'instruire, l'initier à la science des affaires, lui faire connaître ses vrais intérêts en l'enlevant à ses grossiers et aveugles instincts ; car, ainsi que le dit avec tant de raison M. de Tocqueville (1 ), « la grossièreté des hommes du peuple dans les pays policés, ne vient pas seulement de ce qu'ils sont ignorants et pauvres, mais de ce qu'étant tels, ils se trouvent en contact avec des hommes éclairés et riches : la vue de leur infortune et de leur faiblesse qui contraste avec le bonheur et la puissance de leurs semblables, excite en même temps dans leur cœur de la colère et de la crainte ; le sentiment de leur infériorité et de leur dépendance les irrite et les humilie. Cet état intérieur de l'àme se reproduit dans leurs mœurs ainsi que dans leur langage ; ils sont à la fois insolents et bas. »

(1) De la démocratie en Amérique.

366 DlCTIONIfAÎRB RAISONNÉ

L'ebservaiion pftmve en effet que le peuple est plus grossier dans les cités opulentes que dans les campagnes. Dans les lien tfk se rencontrent tant d'hommes riches, les pauvres se sentent comme accablés de leur bassesse ; ils désespèrent d'eux-mêmes et se laissent tomber au-dessous de la dignité humaine.

Les effbrts des hommes éclairés et puissants doivent donc fendre à instraire les populations et surtout à les moraliser.

— Un peuple calme et froid pem seul supporter la liberté.

(SaintarBeuve).

Peur. — Vive et subite appréhension, mouvement de Vi qui lui fait éviter un objet qu'elle croit nuisible.

Les anciens représentaient la peur avec des cheveux hérissés. Un visage étonné, la bouche ouverte et un regard qui marque répouvante.

La peur a pour résultat d'affaiblir et même d'annihiler toutes nos fîMsultés. Elle dégrade l'homme.

— De tous les dangers, le plus grand c'est la peur, qui presque toujours les augmente. (E. de Girardin).

Plitlantrople. — Amour des hommes. — La pbilantropie, qui n'était dansson principe qu'un penchant de notre âme, est devenue, avec le temps, une sorte de science dont la pratique s^est étendue de l'homme à la société, aux gouvernements et qui a besoin d'être édairée.

La philantropie a changé de forme avec le Christianisme et elle est devenue la charité, ou piutôtelles existent à côté l'une de l'autre et bien des esprits superficiels les confondent. Il y a cependant entr'elles une différence immense.

La philantropie s'adresse au corps, la charité à l'âme ; la philantropie marche au bruit retentissant de la publicité et de la renommée, la charité se cache. La philantropie console l'infortune en riant, elle quête pour elle dans les bals, les spectacles et les frivolités du monde ; la charité, assise sur le grabat du pauvre, le console autant de sa douce patience à l'écouler, de ses larmes mêmes que de son or. Une larme est si douce au cœur de l'in-

fortuné I C'est son langage, le seul qu*il connaisse et qu'il apprécie.

Non que je veuille pour cela réduire à rien le mérite dn philantrope : Au milieu du monde corrompu qui nous entoure c'est encore un homme honorable, car il soulage quelques misères et songe aux autres en songeant à lui. Un esprit chagrin dirait peut-être qu'il n*a que lui en vue en s'occupent de Thumanité ; je ne vais pas si loin, car se serait de Tégolsme et un tel être ne mériteraîi pas le nom de philantrope, mais le moi qui vient se mêler, dans quelque proportion que ce soit, à la bonne action, en diminue le mérite. Il faut aimer pour n'être pas charitable à demi, et le met détruit l'amour : le chrétien aime le malheureux, le malade, le pauvre ; ils les aime comme le Christ nous a aimés quand il s'est dévoué pour nous à l'ignominie et au supplice.

La philantropie redoute et évite le mal que cause la sensibilité: < Je fais le bien, dit une femme du monde accoutumée à fuir les impressions pénibles et à n'en recevoir que d'agréables, je fais le bien, mais je ne saurais voir souffrir... > Il y a en effet quelque chose de poignant et de profondément triste à considérer tant de misères réelles, mais ce spectacle n'a-t-il pas son utilité et n*épargne-t-il pas plus de maux qu'il n'en donne? ne détruitil pas nos misères factices, nos chagrins nés de la vanité, de l'oisiveté ou de l'ennui T

Mais ce n'est pas toujours une sensibilité exagérée qui engage le philantrope à faire le bien de son comptoir, de son salon doré» c'est un peu aussi la paresse, ce sont les affaires, les plaisirs, l'iiH différence, et ce qu'on appelé le Reipeet hnnuiin « Pourvu, dit-il, que le bien soit fait n'est-ce pas l'essentiel î qu'importe la main qui donne pourvu que la bourse où elle puise soit toujours ouverte? » Il importe beaucoup, et la pratique des bonnes œuvres peut seule nous l'apprendre. Aussi le chrétien tient-il à faire lui-même le bien qu'il peut faire, à visiter la mansarde du malheureux, l'atelier de l'artisan sans travail et à opérer ainsi la difficile réconciliation du pauvre avec le riche, à veiller au chevet de l'homme auquel il apprend à mourir en lui disant combien la mort est douce quand elle n'est que le repos au sein de Dieu.

N'a-t-on pas trop restreint le mot de charité en ne l'appliquant

qu'à l'aumône d'un peu d*or ? — La charité, c'est le secours spirituel dussi bien et mieux encore que le secours temporel ; la charité, c'est l'amour qui donne, avec le pain, la résignation et l'espérance... Qui ne sait que chez les pauvres, les oaiaères matérielles spnt le plus souvent les moindres ? Ce vieillard qui n'a point de famille, cet enfant qui n'a plus de père, ils souffrent sans doute du froid, de la faim, et cependant ce malheur est celui qu'ils redoutent le moins, puisque la commisération publique peut y porter plus facilement remède ; mais ce qui les attriste, c'est qu'ils n'ont pas une main amie qui presse leur main, pas un cœur qui s'ouvre au leur. De là pour eux un vide affreux. — C'est ce vide que les charitables émules de saint Vincent de Paul ont surtout en vue de combler. Ils ne vont pas seulement chez le pauvre avec quelques offrandes, ils y vont avec une âme vivement touchée et d'où sortent sans efforts quelques-unes de ces paroles qui sont aussi des bienfaits, car elles lui prouvent qu'on fait plus que le secourir, qu'on l'aime. Ils ne se bornent pas à entrer en courant dans son domicile, ils y prennent possession de sa seule chaise ; là, ils écoutent le récit du malheur de cet infortuné, et, à force de patience, de relations affectueuses et de temps, ils font naître dans ce cœur desséché le retour de l'amitié qu'on lui a montrée. Trop souvent ce pauvre est incrédule ou ignorant. Il ne sait pas qu'il y a, après celle vie de douleurs et d'expiations, une éternité; que, dans les cieux, règne un Dieu miséricordieux et clément qui ne châtie ses enfants que pour les éprouver ou les rendre meilleurs et qui, pour les peines qu'ils ont patiemment souffertes, ici-bas, leur promet des récompenses qui n'auront ni fin, ni mesure. Ces vérités si consolantes lui sont étrangères ei au lieu d'en tirer un sujet d'espérances il blasphème, il maudit le jour qui Ta vu naître et se livre au désespoir.

Combien alors, dans cet état de son âme, le secours spirituel ne lui est-il pas utile? En lui révélant ces immortelles destinées, en lui présentant des félicités infinies comme une immense compensation de maux passagers, la charité ouvre de nouveau ce cœur à l'espérance et prépare au monde ce spectacle si admirable de la pauvreté acceptée avec douceur et portée avec dignité.

La philaniropie n'est souvent qu'une transaction avec l'amour de soi, elle se délivre plutôt des malheureux qu'elle ne les délivre.

La charité est, au contraire, une vertu de réflexion et de volonté, fondée sur Texclusion de soi ; elle s'exhale incessamment du cœur et laisse après elle la résignation et le courage. Elle remet les offenses, défend les absents et sourit à la haine. Enfin, comme le dit saint Paul, elle souffre et elle est douce ; elle n*est pas orgueilleuse et ne blesse pas les bienséances ; elle ne cherche pas son propre intérêt et ne s*offense pas aisément ; elle ne se réjouit pas de l'iniquité, mais elle se plaît dans la vérité, elle endure tout, elle espère tout (4)...

Peut-on en dire autant de la philantropie avec laquelle un monde superficiel la confond trop souvent ?

— Les conventionnels aussi se piquaient de philantropie. N'étaient-ils pas les plus bénins des hommes ? Bons pères, bons fils, bons maris, ils menaient promener les petits enfants ; ils leur servaient de nourrice ; ils pleuraient de tendresse à leurs simples jeux ; ils prenaient doucement dans leurs bras ces petits agneaux, afin de leur montrer le dada des charettes qui conduisaient leurs victimes au supplice. Ils chantaient la nature, la paix, la pitié, la bienfaisance, la candeur, les vertus domestiques. Ces béats de philantropie faisaient couper le cou à leurs voisins avec une extrême sensibilité, pour le plus grand bonheur de l'espèce humaine . . . (ChAteaubriand) .

Phllosoplile. — La philosophie, dit Jouffroy, est une science dont l'idée n'est pas encore fixée, car si elle Tétait il n'y aurait pas autant de philosophies que de philosophes, il n'y en aurait qu'une... »

J'ajouterai qu'il y a autant de définitions que d'écoles :

Selon Pythagore, la philosophie est la Contemplation réfléchie et rationnée de Vunivere.

Selon Socrate, elle est Vamour de la sagesse.

D'après Hegel, c'est la pensée de la pensée.

(1) Première aux Corinthiens ^ XIII. 4.

Eo&n, d'après Cousio, la philosophie est la réflexion élevée au rang et à ^autorité d'une méthode.

Si chaque école a eu sa définition, elle a eu aussi son système; examinon^les très rapidement en commençant par Je3 plus anciens :

40 Les Hébreux : leur doctrine se confond avec la doctrine religieuse, révélée par Moïse. Ils reconnaissent un sea] Dieu, créateur du monde, rémunérateur du bien et vengeur du mal ; ils admettent l'immortalité de Tâme.

2^ Les Indiens : leur doctrine philosophique se trouve aussi mêlée à leur doctrine religieuse qui n*est elle-même qu'une altération grossière de la révélation primitive.

Tous les excès, toutes les contradictions se rencontrent dans le chaos des systèmes indiens. On y voit l'idéalisme et le matérialisme, Fathéisme et le panthéisme. C'est ce dernier qui domine dans la philosophie indienne : Brahma seul existe et tout ce qui n'est pas Brahma n'est que pure illusion.

La philosophie indienne ne nous est guères connue que par les ouvrages de Colobrooke qui a résidé de longues années dans rinde ; nous ne pouvons que renvoyer à ses Essais^ publiés à Londres en 4837.

3^ Les Chinois : on cite en Chine deux noms célèbres : Lao- tsen et Confucius. Le premier est plus métaphysicien. Il enseigne l'existence et l'unité de Dieu, la providence, la spiritualité de l'àme, la liberté, et traite surtout des devoirs de l'homme, dont le principal, selon lui, est l'honneur dû aux parents et surtout au prince.

La philosophie des Chinois est encore à l'état de problême ; le plus ancien monument que nous possédions est le livre des transformations d'Y-King; la seconde période se résume dans Lao-'tsen et Confucius.

4^ Les Perses : Zoroastre enseigne un premier principe qui en a produit deux autres : l'un nommé Ormutz (oromaze) a créé tout ce qui est bien ; l'autre nommé Ahriman (arimane) a créé tout co qui est mal.

Rien n'est plus contesté que l'antiquité et l'originalité des systèmes philosophiques de la Perse, mais on peut jusqu'à un certain point admettre l'authenticité de ses doctrines religieuses,

son dualisme mitigé, ses idées sur la liberté et l'uniié du genre humain, la régénération du monde, la résurrection des corps et l'avènement futur du Paradis sur la terre.

L'homme émincnt de la Perso est Zoroastre, et le fond de sa religion est le monothéisme.Maiscependant le dogme le plus connu et le plus caractéristique de la Perso s'éloigne de cette croyance, c'est celui qui reconnaît deux principes : Oromaze principe du bien et Arbimane principe du mal. Le Zend-Avesta était le code de celte religion, que nous nous contentons d'indiquer (1).

50 Les Égyptiens : la philosophie de l'Egypte ne peut guères se distinguer de sa religion. C'est encore un premier principe qui en produit deux autres, et ceux-ci sont : l'un le père, l'autre la mère de tout ce qui est créé.

6® Les G recs : c'est le premier peuple chez lequel la philosophie se sépare de la religion. Le grand philosophe de la Grèce est Socrate. On peut donc diviser l'histoire de la philosophie grecque en deux époques : avant et après Socrate.

Avant Socrate, on connaît trois écoles : celle d'Ionie, celle d'Italie, celle d'Ëlée. La première a pour chef Thaïes. Elle recherche surtout le principe et la nature du monde et Gnit par reconnaître un Dieu distinct de l'univers.

L'école d'Italie a pour chef Pythagore. Tout sort de l'unité, tout doit y retourner : tel est, avec la métempsycose, le point fondamental de la doctrine pythagoricienne.

L'école d'Élée eut pour chef Xénophane qui niait la possibilité de la création. Cette école, toute sophistique, enseigne un panthéisme matérialiste.

Du conflit de ces trois écoles natt le scepticisme. La philosophie n'était plus qu'un manège de sophistes, s'efforçant de renverser tous les principes et toutes les notions du vrai et du juste, lorsque parut Socrate.

Celui-ci entreprit de confondre les sophistes. Sa méthode consiste à leur demander la déGnition des choses qu'ils avancent et à faire ressortir la contradiction de leurs assertions. Non content de réfuter l'erreur, il établit la vérité et enseigne ce qu'il y a de

(1) y. J. Ménaut: Zoroastre, Essai sur la philosophie religieuse de la Perse.

vrai dans la doctrine des sages qui l'ont précédé. Nous connaissons la doctrine de Socrate par Xénophon qui la rapporte telle qu'il Ta recueillie et par Platon qui l'embellit et la poétise en y mêlant ses propres idées.

Après Socrate, surgissent plusieurs écoles qui procèdent de sa doctrine.

Ces écoles sont l'Académie, le Lycée, d'où sortirent le stofcisme, Tépicuréisme, et le mégarisme qui enfanta de nouveau le scepticisme.

L'Académie eut pour chef Platon, elle finit par dégénërer en une sorte de scepticisme consistant à soutenir que le sage n'aflBrme rien et qu'il ne peut avoir que des opinions probables.

Le Lycée ou Péripatétisme eut pour chef Aristote.

Le cynisme eut pour auteur Antistbène. Le plus célèbre philosophe de cette école est Diogène. Sa doctrine se résume dans le mépris de tout : plaisirs, honneurs et sciences.

Le stoïcisme a pour père Zenon dont la doctrine est qu'il n'y a de bonheur que dans la vertu, de mal que dans le vice.

Le cyrénalsme, dont le chef est Aristippe, met le bonheur dans la volupté sensible.

L'épicuréisme explique l'origine du monde par la rencontre fortuite d'atomes étemels. Gomme Aristippe, il met le bonheur dans la volupté.

L'école de Mégare eut pour chef Euclide, qui enseignait le vrai et le faux; elle n'eut aucune autorité.

Le scepticisme enfin fut renouvelé par Pyrrhon, qui soutenait qu'il faut douter de tout.

Les Romains n'ont pas de philosophie à eux : Gicéron résume ce qu'il y a de mieux dans l'enseignement des philosophes grecs. Après lui viennent Sénèque, Ëpictète, Marc-Aurèle, moralistes stoïciens.

Après Jésus-Ghrist, l'histoire de la philosophie se divise en trois époques :

La première est la philosophie greco-orientale.

La deuxième commence après Tinvasion des barbares et se continue jusqu'à la prise de Gonstantinople, c'est la scholastique. La troisième est la philosophie moderne.

La philosophie greco-orientale, dont le siège était à Alexandrie, eut pour chefâ Plotin, Porphire, Jamblique et une école chrétienne dont les principaux docteurs sont Clément et Origène.

Le but des philosophes payons d*AIexandrie est d'arriver à voir Dieu par les seules forces de la raison ; la méthode est Tecclectisme, qui consiste à faire un choix des doctrines enseignées jusques- là.

Celui des philosophes chrétiens est d'expliquer, par la raison, ce qui ne dépasse pas la portée de l'esprit humain et par la révélation, les vérités que la raison, livrée à elle seule, ne peut qu'entrevoir.

Après les ecclecliques chrétiens on voit au sein de l'église d'Occident, saint Augustin, qui, avec saint Thomas, est le plus beau génie du Christianisme. On le considère comme le créateur delà scholastique qui n'est guères autre choseque l'enseignement méthodique de la théologie unie à la philosophie.

Les scbolastiques n'inventent pas. Ils mettent en ordre et ils démontrent ce que leurs prédécesseurs ont recueilli.

Saint Anselme, saint Thomas d'Aquin, saint Bonaventure et Scott sont les plus célèbres maîtres de la philosophie du moyenâge. Saint Thomas, VAnge de l'école, le Docteur angélique est le prince de la scholastique. Sa Somme de la théologie est en même temps le résumé complet de la philosophie.

Mentionnons aussi la querelle des réalistes et des nominaux, l'incident le plus considérable de l'époque de la scholastique, qui rendit célèbres Rosalin au xi® siècle et Guillaume de Champeaux au XII*.

Le nominalisme mène au pur idéalisme, le réalisme au panthéisme.

Nous arrivons à la philosophie moderne.

A partir du xvi« siècle, Bacon, Descartes, Pascal, Spinoza, Bossuet, Locke, Malebranche, Fénelon, Leibnitz, occupent le premier rang pendant le xvii* siècle.

D*après Bacon, l'entendement ne peut opérer que par les sujets fournis par les sens et l'unique méthode est l'observation et l'induction.

Les problèmes delà philosophie morale reçurent en Angleterre

des solutions opposées, aussi ne peut-on pas dire qu*il y ait eu une ëcoie anglaise. La philosophie écossaise est plus homogène : ses représentants s*entendent entre eux et forment un corps ; on compte parmi les plus célèbres Reid, Hudeheson, Bealtie, Oswald, Smith Ferguson et Dugald-Stewart.

£n France toute la philosophie de cette époque se trouve dans le Discours sur la méthode de Descartes. Elle se réduit à ceci :

» Je ne dois admettre que ce qui est évident.

» Je puis douter de tout, excepté de ce fait : Je pense, donc je suis ; je pense l'infini, donc l'infini existe.

» L*infini ou Dieu étant la vérité, ne peut permettre l'illusion perpétuelle des sens, donc le monde sensible existe. »

D'après Pascal, Thomme est incapable de se connaître et il ne peut savoir par lui-même que ce que Dieu lui en apprend. « Apprenez, dit-il, de votre maître votre condition véritable que vous ignorez. »

La philosophie allemande moderne est celle qui commence avec Kant, qui opéra dans les sciences morales de son pays la même révolution que Klopstock, Goethe et Schiller en littérature. Il fonda cette école nationale de penseurs qui compte dans ses rangs Jacobi, Fichte, Schelling et Hegel. N'oublions pas, en Allemagne, Leibnitz, génie universel qui a laisî^é sous le nom de Tkéodicée une justification de Dieu contre Bay le et, dans ses Essais sur V entendement humain^ une réfutation des Essais de Locke sur le même sujet. On lui reproche trois erreurs graves : L'optimisme, la monadologie et l'harmonie préétablie qui détruit la liberté humaine.

Enfin au xviii* siècle, nous trouvons J.-J. Rous^seau, Voltaire ennemi déclaré du Christianisme, Gondillac qui ne voit dans les idées que des sensations, Reid qui place le Critérium de la vérité dans le sens commun, Fichte, disciple de Kant, qui pousse les principes de son maître jusqu'à la dernière conséquence et déclare que, hors du moi^ il n'y a rien de réel. Schelling, qui met le premier principe de tout êtreetde toute connaissance dans l'^fre absolu, c'est le panthéisme ; Hegel, autre panthéiste ; enfin M. de Ronald qui dit que l'homme ne peut avoir d'idées sans la parole et que nous ne savons que ce qui nous a été transmis par ce moyen. C'est le traditionalisme.

Le xi^° siècle n*a produit en France qu'un petit nombre de philosophes de quelque valeur, parmi lesquels Droz, Auguste Nicolas, JoufTroy, J. Simon et Cousin ; ce dernier a remis en lumière et préconisé le spiritualisme et Tecclectisme qui consiste, ainsi que nous l'avons dit, à reconnaître et à choisir ce qu'il y a de mieux. Ce n'est, dit-il, ni un système ni une école spéciale, c tout philosophe sérieux est ecclectique ; un homme seul, quel que soit son génie, ne peut prétendre à recommencer, sans s'aider des travaux de ses devanciers, l'édifice de la science philosophique (4). •

— L'homme est si faible qu'il faut craindre de lui enlever aucun secours. Près de la lumière vive et pure de l'Évangile, les meilleurs ouvrages de la philosophie antique n'offrent que des lueurs pâles et vacillantes, et cependant Dieu permit que saint Augustin reçut d*un livre payen la première impression salutaire.

(J. Droz).

— - Comment peut-on être sceptique par système ? Le doute sur les choses qu'il nous importe de connaître est un état trop violent pour l'esprit humain ; il n'y résiste pas longtemps... Je consultai les philosophes, je feuilletai leurs livres, j'examinai leurs opinions. Je les trouvai tous fiers, affirmatifs, dogmatiques même dans leur scepticisme prétendu, n'ignorant rien, ne prouvant rien, se moquant les uns des autres... et ce point, commun à tous, me parut le seul sur lequel ils ont tous raison : triomphants quand il attaquent, ils sont sans vigueur en se défendant. Si vous pesez leurs raisons , ils n'en ont que pour détruire ; si vous comptez les voix, chacun est réduit à la sienne. Ils ne s'accordent que pour disputer... Chacun d'eux sait bien que son système n'est pas mieux fondé que les autres ; mais il le soutient parce qu'il est à lui. 11 n'y en a pas un seul qui. venant à connaître le vrai et le faux, ne préférât le mensonge qu'il a trouvé à la vérité découverte par un autre. Où est le philosophe qui, pour sa gloire, ne tromperait pas le genre humain? Où est celui qui, dans le secret de son cœur, se propose un autre but que de

(I) Précis de Philosophie, 1865.

86 distinguer? Pouvu qu'il efface l'éclat de ses concurreDto, que demande-t-il de plus (4)? ... (J.-J. Rousseau).

— Qui a renouvelé la face du inonde Y estK^ la philosophie ou le Christianisme ?

Il ne peut y avoir de doute là-dessus : c'est du Christianisme qu'émane l'esprit nouveau qui vivifie les sociétés modernes. Si la somme des vérités morales s'est accrue, ce n'est point en vertu d'un mouvement philosophique. Depuis dix-huit siècles, aucune philosophie n'a fait sérieusement concurrence à l'Évangile.

Prenez un moraliste parmi les modernes, non pas un homme dégénéré, mais un esprit droit, honnête et sensé ; comparez-le à qui vous voudrez des moralistes anciens, à Epictète, à Cicëron, à Platon. Sur les points essentiels, vous le trouverez plus complet, plus élevé, plus vrai, plus logique et plus ferme qu'aucun d'entr'euz. Cette expérience vous donnera toujours le même résultat. La lumière qui luit aux consciences modernes ne vient donc pas des écoles, car les écoles sont divisées entr' elles et cette lumière est partout la même. C'est dans une sphère beaucoup plus vaste que le changement s'est opéré, et aucun homme n'a pu encore attacher son nom à cette grande révolution morale.

(Les P. P. Daniel et Gagarin).

— Qu'est-ce qu'un philosophe ? — C'est un homme qui a tout juste autant d'autorité que lui donne son talent. Il n'a de rôle officiel nulle part. Il écrit une page sans savoir qui la lira, ni si elle sera lue. Il traite les sujets les plus difficiles, les plus ingrats et ne peut être compris que par des intelligences très exercées. Il n'échappe ni à la calomnie ni au dédain. Il s'estime heureux s'il obtient d'un petit nombre d'oisifs une attention distraite. Le public l'ignore, les lettres le raillent, les autres philosophes le discutent sans justice. Presque personne ne le comprend, lui même travaille sans relâche pour édifier un système dont il n'est jamais complètement satisfait. Tantôt il ne trouve pas la vérité ; tantôt, l'ayant trouvée, il ne peut l'exprimer clairement.

(1) Cette opinion de Rousseau, bien qu'un peu exagérée, a quelque chose de vrai en ce qui touche la philosophie spéculative, métaphysique et dogmatique, mais ne saurait être appliquée à la philosophie morale.

La vie n*est qu'une lutte pénible ; plus il aime rbumanitë et la vërilë, plus il souffre de son impuissance. (Jules Simon).

— La philosophie ne va pas plus loin que de nous apprendre à souffrir les maui; la religion chrétienne en fait jouir.

(Saint Evremont) — La philosophie, si elle aperçoit clairement ce qu'elle saisit, n'aperçoit que des points — le sens commun qui n*a rien vu clairement a tout vu. — La philosophie, qui rTaperçoit que des points, dénature leurs proportions — le sens commun qui voit tout laisse à chaque chose ses proportions. — Les portions de la vérité que la philosophie met en lumière, le sens commun les reconnaît, mais le jour où le philosophe fatigué a la présomption de proclamer que la partie qu'il a mise en lumière est le tout, le sens commun qui a le sentiment du tout, ne le reconnaît pas dans cette image mutilée et renie la philosophie.

(Jouffroy).

— Les systèmes humains les plus heureusement conçus ont leur côté faible ; ainsi Platon a sa Républi^^ Descartes ses Tourbillons, Leibnitz ses Monades, Malebranche sa Vision en Dieu, etc. Quand ces systèmes paraissent, ils font fureur, précisément par leur côté chimérique parce qu'il pique les imaginations par la singularité. Mais le temps vient marquer du doigt le ridicule et le vice qu'il renferme et la postérité refroidie n'y voit plus qu'un tribut payé à la faiblesse de l'humaine raison.

(Auguste Nicolas).

Plurénolo^le. — Nom donné au système de Gali sur les fonctions du cerveau. Étude sur les rapports de la construction du cerveau et de ses facultés intellectuelles.

La réalité do cette science a été très vivement contestée. Cependant la phrénologie a trouvé des croyants parmi les spiritualistes, bien qu'en moins grand nombre que parmi les matérialistes.

Cette idée, à son apparition, a semblé un peu excentrique et a été accueillie par le sarcasme ; puis, elle a trouvé des partisans actifs et des sociétés phrénologiques se sont formées en Angleterre, en Allemagne, en France et en Amérique ; des enseigne-

menu publics ont été institues ; mais elle a ensuite perdu du terrain et elle compte peu d'adeptes aujourd'hui. >

Piété. — Sentiment religieux, disposition de l'âme qui porte à remplir avec zèle les devoirs envers Dieu.

Piété n'est pas tout à fait synonyme de dévotion. Il ne peut y avoir de fausse piëtë, parce que cette vertu est toute intérieure. La dévotion au contraire est extérieure ; elle a se? pratiques vues de tous et peut devenir un masque.

La piété peut aussi s'appliquer à un père, à une mère ; elle devient alors de la reconnaissance, du respect, un culte du cœur et se nomme piété filiale.

— Le meilleur culte que nous puissions rendre à la divinité, le plus chaste, le plus saint et le plus rempli d'une véritable piété est de l'adorer toujours d'une bouche et d'un cœur pur, sincère et incorruptible. (Cicéron).

— La piété adoucit tout ce que le courage supporte. Ses joies ne sont comprises que par ceux qui les goûtent.

(M"^« Swetchinê).

— La piété est différente de la superstition : Pousser la piété jusqu'à la superstition, c'est la détruire. (Pascal).

— Il ne faut pas confondre la piété raisonnable avec les excès d'un zèle indiscret. (Bossuet).

— La piété véritable est l'ordre de la société : elle laisse chacun à sa place, fait de l'état où Dieu nous a placés l'unique voie de notre salut, ne met pas une perfection chimérique dans des œuvres que Dieu ne demande pas de nous, ne sort pas de l'ordre de ses devoirs pour s'en faire d'étrangers, et regarde comme des vices les vertus qui ne sont pas de notre état.

Tout ce qui trouble l'harmonie est un excès de l'homme, et non un zèle et une perfection de la vertu. La religion désavoue les œuvres les plus saintes qu'on substitue aux devoirs et l'on n'est rien devant Dieu quand on n'est pas ce qu'on doit être.

Il y a donc une piété, pour ainsi dire, propre à chaque état. L'homme public n'est point vertueux s'il n'a que les vertus de l'homme privé ; le prince s'égare et se perd par la même voie qui

aurait sauvé le sujet ; et le souverain peut devenir très criminel, tandis que Thomme est irréprochable

L'homme vertueux tout seul a le droit d'aller tôte levée et de défier la prudence timide et incertaine de l'homme trompeur ; une sainte fierté sied bien à la vérité.

Aussi c'est se faire une fausse idée que de se la figurer toujours faible, indécise, scrupuleuse, bornée, se faisant un crime de ses devoirs, et une vertu de ses faiblesses ; obligée d'agir et n'osant entreprendre ; toujours suspendue entre les intérêts publics et ses pieuses frayeurs, et ne faisant usage de Fa religion que pour mettre le trouble et la confusion où elle aurait dû mettre Tordre et la règle. Ce sont là les défauts que les hommes mêlent souvent à la piété ; mais ce ne sont pas ceux de la piété même, c'est le caractère d'un esprit faible et borné ; mais ce n'est pas une suite de l'élévation et de la sagesse de la religion, en un mot c'est l'excès de la vertu ; mais la vertu finit où l'excès commence.

(Massillon).

Pitié. — La pitié est plus qu'une vertu, c'est un des plus doux sentiments ; il est doux surtout pour celui qui l'exerce, mais quand il n'est pas délicatement exprimé, il est bien amer pour celui qui en est l'objet. Ce dernier ne pardonne à celui qui l'oblige que lorsque la cause qui l'excite n'est pas dénaturée riiumilier.

La pitié est un devoir ; mais, semblable à la reconnaissance, elle existe en nous comme sentiment avant d'exister comme devoir. Elle s'allie intimement aux pensées religieuses ; les bienfaits que nous recevons et ceux que nous répandons autour de nous, nous rendent plus reconnaissants envers Dieu en ouvrant notre cœur aux bons sentiments. Au sortir d'une action charitable, nous jetons sur l'univers un œil plus ravi , plus satisfait ; nous en admirons davantage les magnificences et nous reportons sur le Créateur le bonheur que nous éprouvons. Il nous semble que nous devenons moins indignes de lui ; nous nous surprenons alors à résoudre les grands problèmes du monde moral avec une clarté supérieure à celle des démonstrations savantes et avec des tressaillements de joie qui nous étaient inconnus. Nous sommes

plus persuades que l'Être infini qui nous a placés sur cette terre, nous a donné une lâche à remplir : le bien ; et après raccompiissèment, une récompense étemelle dont nous partageons le bienfait avec ceux que nous avons secourus.

Les malheurs qu'on éprouve apprennent à secourir les malheureux, c'est ce qui faisait dire à Virgile :

c Non ignara mali, misons succurere disco ».

Plaisanterie* — La plaisanterie est une bonne chose en société. Elle égaie, elle anime la conversation, mais elle doit rester dans de certaines limites. L'homme qui sait garder un milieu délicat est un homme gai ; celui qui l'excède n'est qu'un bouffon.

« Il y a, dit Aristote (4), des gens qui, poussant à l'excès la manie de faire rire, passent pour des bouffons accablants, cherchant à tout propos des plaisanteries et visant plus à exciter les rires qu'à dire des choses convenables et décentes. Au contraire, il y en a qui, ne trouvant jamais eux-mêmes rien de plaisant à dire, en veulent à ceux qui ont plus d'esprit qu'eux. Mais ceux qui savent plaisanter avec goût sont des hommes d'un commerce aimable ». En cela, comme en tout, il faut du tact ; celui qui en manque et qui est grossier et d'humeur farouche est étranger aux relations de société, car c'est une chose nécessaire dans la vie que des moments de relâche et d'amusement.

— Les plaisanteries que se permet notre frivolité font souvent des plaies profondes. (D'Alembert).

Plaisir. — Sentiment ou sensation agréable des sens, de l'esprit et du cœur.

Peut-il y avoir un état entièrement vide de plaisir et de peine? Socrate incline pour la négative.

Tout plaisir est môIé de peine dans notre nature humaine faible et incomplète : il y a souvent dans les plaisirs quelque chose d'inégal et de douloureux ; on en jouit avec inquiétude.

Il y a une sympathie intime entre la pureté, la vérité et la

{}) Morale à Nicomaquc, v. Aristote..

beauté, ce qui est le plus pur est aussi ce qu'il y a de plus vrai et de plus beau.

Plaisir n'esl pas synonyme de bonheur ; ce dernier est plus complet et plus durable. Le plaisir est transitoire et passager, bien que parfois plus vif. Le bonheur tient davantage à Tàme et le plaisir aux sens.

— Le plaisir ne nous rend vraiment heureux que lorsqu'il est le résultat d*une satisfaction, d'un besoin légitime et qu'il ne nuit ni aux autres ni à nousHonéme. (V. Sabran).

— Le plaisir est une excellente chose, mais il ne peut être un état habituel et constant ; le bonheur, c'est-à-dire un état doux et calme, voilà le but où doit tendre un être sensible et raisonnable . (Marmontel) .

Platon. — Platon, disciple de Socrate et, après lui, le plus célèbre des philosophes grecs, naquit dans Tile d'Ëgine, l'an 430 avant Jésus-Christ, et mourut à 83 ans.

Sa jeunesse fut celle des grecs lettrés de son âge ; la poésie l'attira surtout. Jusqu'au jour où il connut Socrate. Cet instant décida de sa vie.

Après la mort du maitrej qui fit sur lui une profonde impression, il s'éloigna de sa ville natale et se fixa à Mëgare où il se lia avec Euclide, puis il voyagea longtemps, sans cesser d'étudier et de méditer.

Socrate avait borné son enseignement à la morale, Platon sortit de ce cercle trop étroit pour son ambition philosophique et il embrassa à la fois la dialectique, la physique et l'éthique. Il a donné à la plupart de ses ouvrages la forme de dialogues dans lesquels figure toujours Socrate.

Fixé à Athènes, il se voua sans réserve à l'étude de la philosophie et y ouvrit, dans son modeste jardin, cette école célèbre qui prit dès lors, et a conservé depuis vingt -deux siècles, le nom iïAeadèmie,

La morale étant notre but spécial, nous ne nous occuperons ici que de ce qui s'y rapporte dans son enseignement.

Contrairement à Socrate, Platon ne la fait pas reposer sur le principe de l'obligation, sur la loi du devoir, mais il la fait con-

sister dans la tendance à la perfection, comme constituant le bien suprême. Il la fait naître de Tamour et distingue deux sortes de biens : les uns humains, les autres divins ; les uns passagers, périssables, trompeurs et dépendant des sens ; les autres pernaanents et se suffisant à eux-mêmes. Ces derniers appartiennent à Tordre des idées ; la divinité en est le siège, la source; elle est le type et la règle des actions qui y conduisent, a Le culte de la divinité, dit-il, est identique avec la pratique de la morale ; c*est en se rapprochant de Dieu qu'on s'élève à la vertu, c'est en se dévouant à la vertu qu'on honore Dieu d'une manière digne de lui; l'avenir qui attend l'homme au-delà du tombeau est la récompense des bons et la punition des méchants ; la mort n'est que la délivrance de l'&me, qu'elle rend à sa céleste origine ...»

On croirait lire un résumé de la doctrine chrétienne et Ton comprend l'admiration de saint Augustin pour celui quil appelle, comme l'a fait la postérité : Le divin Platon,

— Platon est un élève direct de Socrate ; il est tout pénétré de son esprit et de sa méthode ; il s'est comme consacré à sa mémoire; il s'est fait son historien, son interprète, et par une piété touchante il s'efface lui-même, il rapporte tous ses travaux, toutes ses découvertes à son maître chéri et vénéré : il a l'air de n'être que son secrétaire. Mais jamais homme peut-être n'a été plus original, en prenant toutes les précautions pour ne le pas paraître. Il unissait les qualités les plus dissemblables ; il avait le génie de la métaphysique et le génie de la morale, l'étendue et la hauteur des conceptions avec le sentiment exquis de la vertu, la finesse à la fois, et l'élévation, un talent de polémique que nul n'a surpassé avec une aménité charmante, de profondes convictions sur les points essentiels avec un parfait bon sens.

Son Dieu est intelligence, puissance et amour. Le principe suprême de la morale platonicienne est donc de tendre de toutes ses forces à se rapprocher de ce Dieu et à lui ressembler par la pensée et par les actes. Mais Platon ne s'en est pas tenu là : il a embrassé la morale dans toute son étendue, et il l'a d'abord censtituée, grâce à cette division fameuse qui a duré bien longtemps dans les écoles païennes et même dans les écoles chrétiennes, la

division en quatre vertus, depuis nommées cardinales, le courage ou la constance, la tempérance ou la modération, la justice avec la vertu spéciale et générale.

En résumé, le caractère de la philosophie platonicienne est en toutes choses une tendance idéale. (Cousin).

Plotin. — L'un des philosophes les plus distingués de Técole néo-platonicienne, né à Nycopolis, sur les bords du Nil, en SOS, mort vers la fin du lu*^ siècle.

Intelligence originale, puissante, mais un peu excentrique, Plotin essaya de transporter dans l'Occident les subtilités de la philosophie d'Orient, en même temps qu'un ascétisme inconnu à la Rome sensualiste du ni® siècle.

Phorpbire, son disciple le plus fervent, nous a transmis ce qu'il appelait ses dogmes, peut-être y a-t-il ajouté un peu du sien. Nous donnnerons sa dernière parole comme l'expression la plus fidèle de sa philosophie : a Je fais, dit-il en expirant, un dernier effort pour ramener ce qu'il y a de divin en moi à ce qu'il y a de divin dans l'univers. »

Rapprocher l'homme de Tesprit qui anime le monde, isoler l'âme du corps, l'élever jusqu'à la contemplation de la divinité, voilà ce qu'il recherchait par dessus tout. Comme Platon, il admettait l'âme du monde, c'est-à-dire une substance spirituelle répandue dans l'univers et communiquant à chacun l'esprit et le mouvement. Mais, contrairement au platonisme, il n'admettait pas que les passions eussent leur source ailleurs que dans le corps.

« La philosophie de Plotin, dit Walter, n'a besoin que d'être connue pour être admirée ; peu de mystiques anciens ont été plus sages et plus éloquents que lui » .

Cette opinion est fort controversée : la vérité est que, par son mysticisme et son obscurité, Plotin a échappé aux investigations des plus savants commentateurs. U avouait lui-même que Textase était la première condition de la philosophie.

Les six Ennèadei sont son principal ouvrage.

Le savoir de Plotin était vaste et son esprit capable de suivre et de coordonner les idées les plus abstraites. Fidèle i sorvaleur d'une morale élevée, il pratiquait la plus étroite

bienveillance et donnait Texemple de la tempérance; ses vertus austères, ses mœurs douces, son commerce facile le faisaient chérir du peuple.

Plotin s'abandonnait à tous les rêves du mysticisme. Plongé dans de longues extases, il s'imaginait entendre des révélations et croyait jouir de la vue de Dieu ; le grand objet de ses leçons était de faire parvenir ses disciples à cet état de ravissement qui est, d'après lui, le plus parfait où les âmes vertueuses puissent s*élever sur la terre.

II était dans ces temps anciens ce qu'a été M°*® Guyon au xvii« siècle.

Plutarcfue. — Philosophe grec, né en Béotie. On ignore la date précise de sa naissance et de sa mort ; on sait seulement qu'il vivait dans le premier siècle de l'ère chrétienne.

Plutarque a laissé un assez grand nombre d'écrits et notamment la Vie des hommee célèbres que la postérité a adoptée et qai a fait sa renommée ; mais nous citerons plus particulièrement ici ses Œuvres morales et philosophiques dans lesquelles il attribue à l'âme plusieurs faculté qu'il divise ainsi : l'âme végétative, la sensitive, l'appétitive, l'irascible, la raisonnable... En Théodicée, il admet, comme Platon, une intelligence souveraine qui a ordonné le monde dans un plan empreint de sagesse et de bonté; et, au dessousy des puissances intermédiaires qui veillent sur tous les êtres et principalement sur l'homme.

On voit qu'il fait bon marché, bien que grec, de la mythologie païenne. Ainsi, c'est en y faisant allusion qu'il démontre le danger de la superstition et qu'il ajoute qu'il préférerait l'absence de religion à une religion fausse.

Plutarque a la réputation d'un moraliste plus que d'un philosophe. Il blâme également les Épicuriens et les Stoïciens. Il condamne l'exagération des uns et le relâchement des autres, mais il n'a pas lui-même de prétentions systématiques ; il se plait à discourir sur toute sorte de sujets au point de vue platonicien qu'il môle parfois au système d'Aristote et les conseils qu'il donne à la jeunesse de son époque sont aussi aimables que sensés. Si le paradoxe y trouve parfois une place, c'est plutôt la faute de son époque que la sienne.

On connaît de Plutarque un grand nombre d'écrits, parmi lesquels nous citerons de préférence le Traité sur V éducation^ où, dans ce court espace, il a rassemblé tout ce qu'on peut dire de plus judicieux sur cette importante matière, le Traité iur le discernement entre l'ami et le flatteur, celui qui a pour objet de juger les progrès qu'on fait dans la vertu et les règles sévères qu'il établit pour se connaître soi-même ; enfin une multitude d'autres ouvrages sur la colère, la démangeaison de parler, la curiosité, Vavarice, la fausse honte^ Venvie, Vusure, eic, contiennent des préceptes toujours ramenés à la pratique de nos devoirs, le seul but que la morale doive se proposer et dont il s'est bien rarement écarté lui-môme dans sa longue vie.

PolIteiMie. — Pratique des égards que les hommes se doivent entre eux, dans la société.

La politesse est la forme visible de la bienveillance ; mais gardons-nous de cette politesse d'usage qui n'est qu'un fade jargon, plein d'expressions exagérées, souvent aussi vide de sens que de sentiment. Il faut très peu de fonds pour la politesse dans les mots, mais il en faut beaucoup pour celle de l'esprit. Cette dernière exige toute notre attention ; par nos paroles, nos manières et notre accent, les autres doivent être contents de nous et d'euxmêmes.

La politesse, dit M"*® Swetchine, adoucit plus qu'elle ne dissimule. Elle doit être surtout dans la douceur des formes, dans la modération, dans l'absence d'âpreté.

La politesse est l'un des signes d'une bonne éducation. Il faut cependant distinguer : la politesse est un rempart contre la familiarité ; soit ! mais il faut y joindre la bonté, sans cela, elle est blessante. Les grands qui écartent les hommes à force de politesse sans bonté, ne sont bons, dit avec raison Duclos, qu*à être écartés eux-mêmes, par des respects sans attachement. Il ne faut pas surtout que la politesse aille jusqu'à la fausseté, c'est ce sentiment qui pousse certaines gens à la brusquerie et à la grossièreté, comme pour prouver leur franchise.

La politesse doit, si elle est réelle et non factice et hypocrite, nous inspirer du respect pour nos supérieurs, de la bienveillance pour nos égaux, de l'indulgence pour nos inférieurs. Elle ne doit

386 DICTIONNAIKE RAISONNÉ

regarder comme vraiment ulile que ce qui est hoiméle ; elle veut que nous subordonnions nos intérêts personnels à celui des autres et que nous nous empressions de rendre à chacun ce que nous lui devons d'égards ; que nous ayons de la bonté dans nos sentiments, de la sincérité, de la douceur, de la modestie dans nos formes. En un mot, la vraie politesse ne doit point être une grimace sociale.

— La politesse est le charme des relations sociales.

(Latena).

Polythéisme. — Le polythéisme est Tune des foraies auxquelles se rattache la, variété des systèmes religieux ; ainsi le panthéiste dit que la nature entière est ce qu'on appelle Dieu, le monothéiste n'admet qu'un Créateur, tout-puissant et bon, et le polythéiste en crée autant qu'il se reconnaît de passions bonnes ou mauvaises.

La Grèce a été la patrie du polythéisme ; mais ce système religieux ne supportait pas l'examen ; aussi Socrate, Platon, Aristote, et tous les moralistes les plus éminents i'ont-ils répudié.

Porphire. — Philosophe, né à Tyr, en 242, l'un des chefs de l'école néo-platonicienne. Il a laissé de nombreux ouvrages, parmi lesquels la vie de Plotin son maître et son ami, dont il adopta la méthode, notamment en psychologie.

La morale de Porphire est pure et élevée ; il admet, à côté du libre-arbitre, une intervention particulière de Dieu sur la volonté pour nous porter au bien. C'est, en germe, l'idée de la Grâce, Il recommande la prière et dit que la vie entière doit tendre à amplifier, à dompter le corps, tuer les passions et puriûer l'âme.

Pouvoir. ^ Le pouvoir est l'une des choses que les hommes envient le plus et surtout celle qu'ils quittent avec le plus de regrets. Dans le sentiment qui nous fait aimer le pouvoir, il entre de l'amour-propre, de la vanité, de Fégolsme et cette passion de la domination quo chacun porte en soi..., et, cepen-

dant, comme le fait observer le chancelier Bacon, « la condition de ceux qui ont le pouvoir commande le respect et bannit le repos, » mais qu'importe le repos? C'est précisément là ce qui fait le supplice du ministre déchu : il ne se croit plus bon à rien et no sait plus que faire de sa personne ; c'est alors que les lettres sont un soulagement... Heureux celui qui sait en goûter les charmes.

Préju§^4* — Ce que nous croyons avant que la raison Tait jugé.

Les préjugés naissent souvent des dispositions de notre esprit, de la tradition des souvenirs d'enfance, des habitudes de notre vie» du pays ou de la famille.

Du préjugé nait souvent une sympathie ou une antipathie que la raison ne sanctionne pas ; le préjugé est stationnaire, entêté et se rend difficilement au raisonnement d'autrui.

Les préjugés dans les sciences se détruisent par les progràs ; ce ne sont donc pas les plus funestes. Il en est autrement dans le monde moral : Thistoire de la philosophie est pleine de préjugés et de contradictions que Tétude ne détruit pas. L'opinion publique gouverne la société et nous conduit d'erreurs en erreurs. Le meilleur remède à ce mal est de prendre l'habitude de la réflexion et de ne juger des choses qu'après un mûr examen.

Préoccupation. — Disposition de l'esprit dans laquelle nous sommes tellement absorbés que nous ne pouvons donner une attention sérieuse à tout ce qui se passe autour de nous.

La préoccupation entraine presque toujours la distraction et un certain vague qui ne laisse plus de liberté; elle n'altère pas précisément le jugement, mais elle en suspend l'exercice.

La préoccupation n'a qu'un bon côté : elle sert au savant en concentrant toutes ses facultés sur un seul objet et doublant ainsi sa puissance d'attention et de réflexion.

»• — Signe par lequel on juge de l'avenir : « l'humilité, dit Fléchier, est un présage do la gloire de l'avenir ».

Mais ces présages moraux, parfaitement admissibles, ne sont malheureusement pas les seuls ; les présages ont eu, dans un temps reculé, une grande importance dans Thistoire des nations et des hommes : les plus grands génies n'ont pas été exempts de ces terreurs d^enfant. Bien des âmes fortes sont faibles en ce point, inaccessibles à la crainte de la mort sur le champ de bataille, leur volonté, si puissante et si ferme, cède devant une volonté surnaturelle qui n'a pas de raison d'être, mais qui inquiète leur vie et leur fait commettre des fautes que rien ne justiBe.

— Connaissance de l'avenir.

Il est impossible de concevoir Dieu, à moins qu'on ne lui suppose une connaissance parfaite de Tavenir et des actions libres de toutes les créatures ; sans cela, la Providence serait à tout moment déconcertée dans ses desseins et arrêtée dans l'exécution de ses volontés par les actions imprévues des honunes, on ne pourrait plus lui attribuer la toute -puissance et moins encore l'immutabilité. Dieu serait continuellement obligé de changer ses décrets et d'en former de contraires parce qu'il se rencontrerait des obstacles qu'il n'aurait pas prévus.

La prescience ne nuit en rien à la liberté de l'homme : Dieu a voulu que l'homme fut libre afin qu'il fut capable de mérite et de démérite et digne de récompense. On doit, dit Malebranche, admirer la profondeur de la prescience et la sagesse de Dieu qui, en imprimant le premier mouvement à la matière, a prévu toutes les combinaisons possibles que pouvait avoir cette première impression pour des siècles infinis (1).

— Pré-voir, c'est voir d'avance, voir ce qui sera ; prévoir suppose un avenir non existant encore. Or, il n'y a point de futur, ni de succession de temps pour Dieu, mais un éternel et immuable présent. Le passé et l'avenir ne sont que pour les créatures finies et changeantes. Nous prévoyons, nous autres, mais c'est une imperfection de notre être. Dieu, l'être parfait,

(1) y. saint Augustin : Traité de l'esprit et de la lettre, — Bossuet : Traite' du libre arbitre. — Pénelon : Existence de Dieu, etc.

voit et ne prévoit pa», il nous voit agir. Or, personne n*a jamais dit que la connaissance actuelle que Dieu a de nos actions gène notre liberté. {M«^ de Ségur) .

Présomption* — Opinion de soi-même trop avantageuse.

Le sage doit 8*éloigner autant de la présomption que de la faiblesse. La présomption se pare le plus souvent des talents et des vertus qu'elle n'a pas. Elle engendre la suffisance et la pédanterie.

— Cause apparente ou simulée dont on se sert pour cacher le vrai motif d'un dessein, d'une action.

— Acte religieux par lequel on s'adresse à Dieu pour lui demander les grâces dont on a besoin. On a étendu la signiGcation de ce mot à la glorification du Créateur.

Depuis les temps les plus reculés, la prière a été regardée comme un puissant moyen d'élever l'âme, de raffermir dans les bonnes résolutions et de la consoler dans le malheur.

Homère nous peint les prières boiteuses, ridées, à l'air ram- ()ant et humilié... Bien autre est la prière chrétienne.

La nature humaine est faible ; la vérité ne se montre à elle que par éclairs qu'il faut saisir et comme une flamme que la prière allume et que l'orgueil éteint. Aussi la bonne prière estelle cette prière d'effusion que le langage impuissant de l'homme essayerait inutilement d'exprimer par des mots ; communication vive, affectueuse avec Dieu, épanchement de résignation et de confiance qui, dans son humilité, nous place au-dessus de toutes les grandeurs du monde; révélation intime d'une âme qui cherche et qui pressent son immortalité.

Pour bien définir la prière, il faut une pensée qui vienne du cœur. Vainement, dira-t-on en effet, que c'est l'acte par lequel on s'adresse à Dieu, si l'on ne sent pas qu'en se mettant en communication avec celui qui peut tout, on ne le fait jamais sans consolation. Un des plus beaux privilèges que Dieu se soit réservé, un de ceux qui sont le plus dignes de lui, c'est de rester notre dernier, notre seul ami quand le malheur nous enlève tous les

autres. C'est alors que quelques paroles dites au bon Dieu, à qui Ton confie sa peine, résonnent délicieusement dans Tâme et pénètrent le cœur.

-~ Quand vous priez, peut-être Texpression n'arrive-t-ellepas. N'importe : Dieu sait interpréter vos désirs, alors même qu'ils ne sont point habillés ; il voit la lumière avant qu'elle soit allumëe.

(Spurgeon).

— Toute âme doit savoir que, quoique Dieu n'exauce pad toujours promptement ses prières, il ne laissera pas d'accourir quand il sera à propos, si toutefois elle ne manque pas elle-même de courage et de persévérance. (Saint- Jean de la Croix).

— Je ne sais si je me trompe, mais puisque par une faveur particulière de la bonté divine, certaine prière nous a été prescrite et dictée mot à mot par la bouche de Dieu, il m'a toujours semblé que nous en devions avoir l'usage plus ordinaire que nous en avons, et si j'en étais cru, à l'entrée et à l'issue de nos tables, à notre lever et à notre coucher, je voudrais que ce fut le Paier que les chrétiens employassent, car il est certain qu'il dit tout ce qu'il faut et est propre à toutes les occasions. C'est l'unique prière de quoi je me sers partout au lieu d'en changer (4).

(Montaigne).

Principe. — Dans la philosophie on nomme Principes les premières et les plus évidentes vérités dont le raisonnement tire les conséquences.

En morale, un principe est une maxime, une règle de conduite.

On appelle, dans le monde, un homme sans principes, celui qui, n'admettant aucune règle de morale ou de religion, se laisse aller au courant de ses impressions, de ses désirs et de ses passions.

— L'homme a en lui même un principe de droiture que Ton ne choque pas impunément. (Chateaubriand).

(I) Quand Montaigne éorivait cette page si vraie, il oubliait un peu son scepticisme habituel.

ProbaMlIfAine. — Vraisemblance , apparence de vérité. Doctrine qui admet toutes les opinions et s*en tient à la vraisemblance, considérant la certitude comme une chose presque impossible.

En morale, le probabilisme enseigne à suivre les principes qui nous paraissent les plus raisonnables et qui ont un motif louable.

ProMtô. — La fidélité aux lois, aux mœurs, à la conscience fait l'exacte probité, qu'on confond trop souvent avec la vertu. Cette dernière, supérieure à la probité, exige qu*on fasse le bien et y détermine.

La probité défend et il faut obéir. La vertu commande, mais l'obéissance est libre. La probité consiste souvent dans l'inaction, la vertu agit. La probité fait la sûreté des transactions ; elle n'admet pas de nuances et de degrés : comme l'équité, elle est une et invariable.

L'observation des lois est sans doute le premier degré de la probité, mais tout n'est pas dans les lois : Il y a encore les sentiments et les procédés qui font la sûreté et la douceur de la société dans laquelle on vit; il n'y a pas d'autre punition, pour ceux qui ne s'y conforment pas, que le mépris ou la honte ; mais s'ils ne sont pas passibles des tribunaux, l'opinion publique en fait justice, et souvent le remords.

— La probité reconnue est le plus sûr de tous les serments.

(M""» Necker).

k — Tendance de l'homme à s'instruire, s'élever ou s'améliorer. Expression de sa nature, ascension continue dans le bien.

L'humanité est faite pour le progrès, qui ne peut exister qu'à deux conditions : un principe qui le détermine, et une loi qui le dirige et qui lui serve de mesure.

La philosophie rationaliste, en plaçant dans l'homme lui-même ce principe, et cette loi le conduit logiquement è Tégolsme, au fatalisme; ne lui laisse rien connaître, rien ai(ner, rien produire hors de soi, et le condamne à l'immobilité.

— Le Christianisme place hors de l'homme et dans le sein de Dieu, le principe et la loi du progrès. Ce principe et cette loi sont révélés : une autorité immuable en est dépositaire. Cette autorité initie l'homme par la foi, par respérance et par la charité à la vérité, à la beauté et à la bonté infinies, elle le fait progresser vers ce monde invisible qu*ii doit habiter un jour.

Dans le monde visible, le Christianisme permet à Thomme de marcher au gré de sa liberté, et cependant il l'accompagne encore, vivifiant son intelligence, fécondant son amour par la charité, multipliant sa puissance par l'espérance; et assurant ainsi son progrès dans la science, dans la vie sociale et dans les arts : cette action bienfaisante s'étend même sur le travail matériel et sur l'industrie dont elle encourage la prospérité (4).

(Frédéric Ozanam).

— Le progrès de la civilisation veut la liberté et la paix.

(Guizot).

Protestantisme. — Ce mot représente les doctrines d'une société religieuse ; elle est divisée en fractions infinies. Parmi les plus connues nous citerons le Luthérianismej le CcUoinisme, le PresbytérianisîM, la Confession d'Ausbourg, le MéUuhdisme, etc. Le principe de toutes ces sectes est le libre-examen des vérités religieuses.

L'origine du mot protestant est dans une protestation contre {es décisions de la dièle de Spire en 4 529. Cette protestation établissait les principes suivants :

\^ L'église catholique n'a pas le droit de se poser en juge de l'église évangélique.

20 L'autorité de la bible est souveraine et supérieure à celle des conciles et des évoques.

30 La bible ne doit pas s'interpréter par la tradition, mais par elle-même.

Les protestants de Suisse, d'Angleterre, d'AIIemagne,d'Écosse, de Hollande, etc., ont adopté les principes de celte protestation.

il) Du proQrèt par le Christianisme.

Les protestants croient, comme les catholiques, que le Christianisme a ëtë la suite d'une révélation et d'un enseignement divin et que ce dernier est contenu dans TÉcriture sainte ; mais les premiers considèrent celte révélation comme terminée, tandis que les catholiques croient qu'elle n'est pas contenue tout entière dans la bible, qu'elle a été complétée par la tradition.

Proverl>e« — Le proverbe est une sorte d'avertissement moral, exprimé d'une manière figurée brève et saisissante. Il ne faut pas le confondre avec la sentence qui contient aussi une doctrine morale. Pour en donner un exemple la sentence dira :

L'abondance engendre la satiété.

Et le proverbe :

Quand la souris est rassasiée ^ le grain de blé lui semble amer.

Le proverbe offre un attrait particulier en faisant connaître le caractère et le degré de civilisation d'un peuple ; il explique ses mœurs, ses usages, ses fêtes et ses occupations ; il se distingue de la maxime par le piquant de la forme.

Quelquefois, pour mieux se fixer dans la mémoire, il adopte la rime ; ainsi dit-on :

Aujourd'hui mari, Demain marri Qui terre a.

Guerre a.

Les proverbes ont encore pour eux l'ancienneté, car ils datent de Salomon. Chaque peuple leur a imprimé son genre d'esprit : les Italiens s'y montrent rusés et gracieux, les Anglais mordants, mais toujours graves, les Russes aristocrates, les Français malins, goguenards et insouciants, mais c'est aux Espagnols qu'appartient le vrai style des proverbes dont Sancho Pança semble la personnification.

En voici quelques exemples :

En Espagne on dit :

Pour se faire comprendre, l'épée est la meilleure langue.

Cette maison est mal en train, oà la quenouille commande à l'épée

En Allemagne :

Une femme et un poêle ne doivent peu bouger de la maison. Le Parisien noie tes chagrins dans la chanson, et l^Àllemand la boisson»

Ce dernier s'est vu là dans un miroir peu flatteur. J*en dirai autant de TAnglais si l'on en croit ses proverbes :

L'argent est toujours le bienvenu, même qttand il arrive dans un torchon sale.

Veux-tu savoir ce que vatit Vargent, essaye d'en emprunter. Un marchand qui ne sait pas metUir doit fermer boutique.

En Ecosse on est plus vrai :

L'argent perd plus d^dmes que le fer ne tue de corps. Un paresseux est le frère d'un mendiant.

En France :

iéCs femmes ont des souris sur les lèvres et des rats dans la tête. Ce que diable ne peut, femme le fait. *

Les proverbes français, on le voit, sont peu galants pour le beau sexe.

En Russie, pays de Taristocratie :

Mets un paysan à table, il mettra les pieds dessus.

En Italie :

Les hommes de Gênes sont sans foi, les femmes sans pudeur, les montagnes sans bois, la mer sans poisson.

L'éloge est complet ;

En Bretagne, on trouve la religion :

Si tu veux apprendre à prier, vas sur la mer.

En Turquie, le fatalisme s'affirme :

Si tu vois brûler ta maison, approches-toi pour t'y chauffer. Quand la flèche de la fatalité est lancée, le bouclier de la prudence ne peut en garantir.

En Perse :

Quand le ventre est vide, le corps devient esprit ; quand il est bien rempli, l'esprit devient corps.

En Chine :

La langue des femmes est leur épée... et elles ne la laissent jamais rouiller.

Tigre enchaîné se laisse conduire par un enfant; le peuple est de même.

Les proverbes ne peignent passeulemenl les mœurs des nalions, ils s'appliquent à tout. Nous en donnerons quelques exemples pris au hasard parmi les plus caractëristiques :

Piété, bonté, charité, Changent l'hiver en été.

L'excès des plaisirs mine à la satiété et à la maladie ; l'excès de la boisson à la perte de la raison.

Le bon sens est à l'esprit ce que la santé est au corps.

Qui trop embrasse mal étreint.

On veut avoir ce qu'on n'a pas et ce qu'on a cesse de plaire.

Qui veut la fin veut les moyens.

Comme on fait son lit on se couche.

Un tiens vaut mieux que deux, tu l*auras.

L'homme propose et Dieu dispose.

Àides'toi, le ciel t* aidera.

Bonne renommée vaut mieux que ceinture dorée.

La lettre tue, l'esprit vivifie,

La raison du plus fort est toujours la meilleure.

S'estimer grand par le rang et les richesses, c'est s^imaginer que le piédestal fait le héros.

Le fruit du travail est le pltis doux des plaisirs.

Heurettx ou VMlheureux l'homme a besoin d^autrui, Il ne vit qu'à moitié s'il ne vit que pour lui.

Chaque âge a ses plaisirs, son esprit et ses mœurs.

L excès en tout est un défaut,..

Mais voilà bien des proverbes, et ce dernier m'engage à ne pas pousser plus loin cette nomenclature.

Providence. — C'est la suprême sagesse de Dieu, c'est son action permanente qui gouverne le monde. Le bon sens nous le dit, et l'instinct universel qui porte Thomme à la prière nous le prouve... et cependant le mal existe I

Comment cela peutr-il être ? n'est-ce pas une contradiction ?

C'est en effet par des lois générales et permanentes que la providence préside à l'ordre matériel, mais quand Dieu a créé

Thomme il Ta créé libre. De là dëcoale cette apparente contradiction.

Prenons un exemple :

Que se passe-t-il dans la famille humaine? le père et la mère assistent, en le dirigeant, au développement de Tenfant ; ils veillent sur lui avec tendresse, ils donnent des règles à la liberté sans la détruire; ils écoutent ses prières, tantôt en les exauçant, tantôt en les refusant, selon leur raison et en vue de son intérêt futur. L'enfant reconnaît Tautorité et la tendresse de ses parents ; à mesure qu'il se développe, il leur obéit ou leur résiste ; mais il demande et prie avec conOance, joyeux et reconnaissant quand il obtient ce qu'il désire, prêt à demander et à prier encore, toujours avec conQance, quand il a été refusé. Tels sont les faits dans le gouvernement de la famille humaine. Ils sont l'image, imparfaite, mais vraie, de la providence divine.

La religion montre Dieu toujours présent et accessible à l'homme, comme le pèreà l'enfant. Elle invite l'homme à demander, à se conGer, à prier Dieu. Elle réserve la réponse de Dieu à la prière. Il exaucera ou refusera ; mais, à la prière, le Christianisme lie constamment l'espérance qui est déjà un grand bien.

— Si Diev avait fait les couleurs et n'eut pas fait les yeux capables de les voir, à quoi auraient-elles servi ? S* il avait fait les couleurs et les yeux sans créer la lumière, de quelle utilité auraient été les couleurs et les yeux? Qui est-ce donc qui a fait ces trois choses les unes pour les autres? Qui est Tauleur de cette alliance merveilleuse ? — C'est Dieu. — Il y a donc une Providence. . . (Epictète) .

Prudence» — La prudence est la vertu qui fait discerner le bien d'avec le mal, le vrai d'avec le faux, et qui aide à user avec sagesse des choses de la vie : c Bien que la prudence ne soit pas, à elle seule, toutes les vertus, a dit Socrate, il n'y a pas sans elle de vertu cpmplète. i

— La prudence ne marche pas seule ; la prévoyance, la circonspection dirigent ses actes et inspirent ses paroles.

(Saint Thomas d'Aquin).

— La prudence s'applique aux mêmes choses que le bon sens, c'est-à-dire aux actions et aux paroles que nous pouvons, à notre choix, rechercher ou fuir. Ils sont inséparables : c'est le bon sens qui nous découvre le parti le meilleur à prendre dans toutes les circonstances de la vie et la prudence qui nous fait agir dans cette voie.

Toutes les fois qu'il n'y a pas eu intervention du bon sens et de la raison pour discerner le parti le meilleur à prendre, on ne peut appeler homme de sens celui qui réussit de cette façon. Quel que soit le succès, il n'est qu'heureux, car les succès obtenus sans le bon sens qui juge sainement les choses ne sont que du bonheur. La prudence est la vertu de la partie rationnelle de l'âme.

(Aristote).

Pruderie. — Affectation de sagesse, de décence, de délicatesse dans le lanf^age et le maintien, dictée par le désir d'obtenir une bonne réputation plutôt que de la mériter. La pruderie est surlout le défaut des femmes ; elle joue les vertus morales comme Thypocrisie joue les vertus religieuses ; la première est plus ridicule, la seconde plus coupable.

Une femme prude paye de maintien et de paroles; une femme sage paye de conduite ; l'une a les apparences du sérieux et de l'austérité, l'autre est précisément ce qu'il faut qu'elle soit.

-— La pruderie est la caricature de la sagesse.

(Beaumarchais) .

Pftyeliologle. — Science de l'âme, de son principe, de ses facultés, de ses aspirations et des phénomènes qu'elle présente.

La psychologie se divise en deux parties : la partie rationnelle et la partie expérimentale ; ses relations avec la philosophie et la morale sont si étroites qu'on l'a appelée le point de départ et la base de toutes les théories philosophiques : la logique, l'esthétique, la morale n'en sont que des corollaires ou des applications (4 ).

(Ij V. Schinidt : Hist. de la conscience. — Heoniog : HûL de Vdme de l'homme et de la bêle.

La psychologie s'applique aussi à tous les phteomèoes intérieurs qui n*ont avec le corps qu*un rapport éloigné el qu'on appelle désirs, passions, idées, souvenirs, jugements, volonl^ ; les autres phénomènes de la vie sont du domaine de la physiologie : les premiers s'appellent phénomènes intellectuels, les seconds phénomènes animaux.

La conscience est le seul moyen de connaître les phénomènes psychologiques : on ne peut nier qu'on souffre moralement, qa*on aime, qu'on est jaloux, inquiet, etc.

La psychologie est donc comme la physiologie, une science d'observation, mais son objet est cette partie de la vie intérieure de l'homme insaisissable aux sens ; les philosophes l'ont divisée en deux branches: 4^ l'analyse, la description, la classification des phénomènes de la conscience ; S^ la recherche des lois suivant lesquelles opèrent ces facultés.

Cette science est d'une date récente, on la confondait autrefois avec la théodocie el l'ontologie dans la métaphysique, science très obscure.

Pudeur. — Sentiment délicat composé de modestie et de honte. Il y a une pudeur morale et une pudeur physique. Cette dernière se confond avec la décence.

La pudeur est surtout l'apanage des femmes, aux grâces desquelles elle prèle un attrait de plus. La femme qui a perdu la pudeur s'est dépouillée de son charme le plus puissant, aussi, doit-elle la conserver, même dans les liens du mariage.

— La pudeur sied surtout à la jeunesse : vivant presque exclusivement de la passion, elle est exposée à commettre beaucoup de fautes graves que la pudeur lui épargne.

(Arislote).

— La pudeur conserve les illusions de l'amour.

Dans le beau idéal de Tari, la nudité a sa pudeur et, chose extraordinaire, la statuaire grecque l'avait mieux comprise que la statuaire moderne. Comparez, si vous voulez vous en convaincre, la Diane et la Vénus antiques avec les statuettes de Pradier, de Clesinger el de Carpeaux. (Massias).

— On a comparé la pudeur d'une jeune fille à la fleur d'un

arbrisseau qui promet d'excellents fruits. Chercher à la blesser, c'est vouloir détruire le germe de mille vertus... L'esprit du monde est un soufQe brûlant qui, chaque jour, moissonne ou détruit cette fleur précieuse. (Ch. Malo).

Punition. — La punition est la suite d*une faute et on des résultats du libre-arbitre.

L*amour de nous-roéme est flétri du nom d'égolsme; le législateur punit ceux de ses concitoyens qui troublent l'ordre ; Diea nous éprouve pour racheter nos fautes en ce monde, et c'est justice.

— La punition, pour être juste, ne doit jamais être une vengeance. (Bautain).

Pureté. — Il y a, dit saint Thomas d'Aquin, trois sortes de pureté : celle du corps, celle de l'esprit et celle du cœur ; les trois réunies constituent la pureté absolue, la parfaite chasteté.

Cette vertu ne peut exister dans Tàme sans la modestie, la pudeur, la retenue, qui en sont comme les parties intégrales et qui, la gardant comme de fidèles compagnes, révèlent toujours sa présence en nous. Mais qu'il est difficile de la conserver en ce monde, quand tout ce qu'on voit, tout ce qu'on entend, quand Pair même qu'on respire est imprégné de ce poison du mal et souillé par un vice impur 1 C'est là qu'il faut surtout lutter.

— La pureté des mœurs est plus estimable que la pureté du sang. (Fléchier).

Pyrrlion. •— Philosophe grec, né à Elis, au commencement du iv^ siècle avant J.-C.

Pyrrhon a donné son nom à l'une des écoles les plus célèbres de l'antiquité. Ce qu'on sait de plus positif dans sa vie, c'est qu'il voyagea pendant sa jeunesse avec son maître Ânaxarque et qu'il accepta, à son retour, les fonctions du sacerdoce.

Démocrite fut son premier modèle ; il suivit ensuite les enseignements de l'école de Mégare et celle des Sophistes ; puis,

fatigué de controverses, il résolut de s'affraDchir de toute espèce de joug et de direction, il médita dans la solitude et ne recueillit de ses méditations qu'un doute absolu.

D'après Pyrrhon, la raison ne peut percer les ténèbres qui l'environnent ; elle flotte entre des assertions contradictoires et il serait téméraire de décider entr'elles, surtout dans les matières métaphysiques. Que faut-il faire alors? — S'abstenir... C'est là le fond de sa doctrine, dont Bayle et Montaigne ont été, plus tard, les continuateurs.

Pytlia§^ore. — Philosophe, fondateur de Véa^ d*Ualie^ né environ six cents ans avant Jésus-Christ, dans Tlle de Samos.

Doué d'une éloquence naturelle et d'une grande passion pour la vérité et la vertu, il entreprit un long voyage dans les contrées les plus civilisées du globe, pour y observer les institutions, les mœurs et se pénétrer des leçons de la sagesse antique.

L'école qu'il fonda au retour de ses voyages ne ressemblait pas à toutes celles qui l'avaient précédée ; c'était plutôt un myêtare qu'une école ; on y voyait des initiations, des épreuves, un langage symbolique et une obéissance passive à la parole du maître, qui imposait à ses disciples la loi du silence.

La philosophie n'était pas le seul but de l'école pythagoricienne; on y apprenait aussi les mathématiques, la musique, Tharmonie. Pythagore reconnaissait l'existence d'un Être suprême, qu'il confond avec ce qu'il appelle le nombre, a C'est, dit-il. Dieu ou le nombre qui apporte la clarté, la vérité et l'harmonie dans les choses ; sans cette deinoière, il serait impossible à des principes de nature et d'origine diverses de se réunir et de revêtir les belles formes que nous présente l'univers... Dieu donne aux choses de ce monde, clarté, harmonie et beauté : mais qu'estrii en lui-même?... le nombre ; c'est-à-dire Vunité. Dieu commande à tout, toujours un, seul, immobile, différent de tout ce qui existe hors de lui. Ce premier principe contient en germe tout ce qu'on voit dans l'univers. »

Nous sommes bien loin du paganisme I et il est curieux d'observer que les grands génies de l'antiquité se sont entendus sur U principe d'un Dieu unique, créateur et régulateur de l'univers.

Quiétlsme. — Doctrine religieuse, qui s'est produite sous différents noms, mais qui, en raison de son exagération et malgré la sainteté de son principe, a été plusieurs fois condamnée par rËglise.

On a beaucoup parlé du quiétisme deFénelon parce que ce nom vénéré donnait du poids à ses croyances et à cet enseignement, mais blâmé parle pape Innocent XII, il se soumit; M™® Guyoo, dont nous avons déjà parlé, allait plus loin que lui, elle prétendait qu*un acte de contemplation et d'amour dispensait de tout autre acte de religion...

Ces exagérations se condamnent elles-mêmes, mais peut-être ne méritaient-elles pas les rigueurs dont elles ont été frappées au xvn® siècle. Le quiétisme fut tombé avec les progrès de la raison.

— Le quiétisme endort Tactivité de l'homme et éteint son intelligence. (Cousin).

Raison. — Attribut qui distingue Thomme des autres espèces de créatures.

Puissance régulatrice des opérations de Pâme. Faculté de coordonner ses affections et ses intérêts avec les vertus et le bon sens. Le jugement établit des rapports entre les objets dont les notions lui sont fournies, la raison les applique.

La raison est impersonnelle ; ce n'est pas nous qui la faisons, son caractère est le contraire de l'individualité.... Si elle était personnelle, elle serait de nulle valeur et sans autoriié... Elleqst une révélation nécessaire qui éclaire l'homme à sa venue en

ce monde ; elle est un médiateur nécessaire entre lui et Dieu (4).

Kanl en a fait une pure forme de Tentendement.

— A Taide de la raison, Tbomme discerne le vrai du faux. Je juste de Tinjuste ; il règle ses passions, étend ses afiTectioos et les rend sociales, universelles. (Marc-Aurèle).

— Encore que nous ayons donné à la raison des principes certains, encore que nous éclairions ses pas par la lampe de la vérité qu'il a plu à Dieu de nous communiquer, nous voyons pourtant, pour peu qu'elle se démeuve du sentier ordinaire et qu'elle se détourne de la voie tracée par TÊglise, comme tout aussitôt elle se perd, s'embarrasse et s'entrave, tournoyant et flottant dans cette mer vaste, trouble et ondoyante des opinions humaines sans bride et sans but. Aussitôt qu'elle perd ce grand et commun chemin, elle va, se divisant en mille routes diverses. (Montaigne : Esmù).

— Les passions entraînent et font le mal, la raison juge et fait le bien. (J. Droz).

Rcdeoiinemeot. — Opération de l'esprit par laquelle un ou plusieurs jugements étant donnés, on fait sortir un autre jugemenf.

Le raisonnement est le résultat de l'éducation, de l'instruction ; la faculté de raisonner est presque nulle chez le sauvage, bien que ses sens soient devenus, par l'usage, supérieurs à ceux de l'homme civilisé ; chez lui, le raisonnement se réduit presque à l'instinct.

Le raisonnement est employé pour découvrir la vérité ; on s'en sert dans les sciences, comme moyen de démonstration ; les philosophes, les scholastiques surtout, en ont abusé ; les esprits les plus vigoureux des xii* et xiii® siècles en ont usé dans les exercices stériles de l'argumentation.

Hatlonallsme. — Ce mot indique l'emploi du raisonnement ou de la raison dans l'élude des questions philosophiques,

(1) V. Cousin : Fragm, philosophiques ; — Féneloo : Traité de l'existence de Dieu ; — Malebranche : Méditatiom, etc.

morales et religieuses ; ce n*est point une école. On est rationaliste lorsqu'on emprunte des arguments au raisonnement et à la logique.

Toutefois, on appelle rationalistes, les philosophes qui admettent uniquement la raison comme principe de la connaissance, à l'exclusion de la tradition et de la révélation : Pourquoi, disent ces derniers, chercher la vérité hors de nous et de notre nature, quand nous la portons en nous, quand elle est gravée au fond de notre raison ? pourquoi la chercher dans des traditions obscures, quand notre âme, notre corps et Tunivers nous la montrent ?

Pourquoi ? -« Parce que les plus savants n'ont jamais réussi à se mettre d'accord entre eux, parce que l'homme simple ne peut choisir entre les Pères de l'Ëglise anciens ou modernes et les philosophes sceptiques ou sensualistes qui se contredisent sur tous les points, malgré Vexcelknee de leur raison.

A quoi ont abouti les efforts de la philosophie ? Le plus souvent au chaos.

Ravlftsement. — Ëtat de l'esprit qui résulte d'une exaltation momentanée, d'une émotion excessive, d'un amour ardent ou d'un plaisir délicieux.

' Cet état rend momentanément insensible à toute autre impression.

Reelierclie de soi. — Cette imperfection pourrait être prise à la rigueur, pour une des branches de l'égolsme, mais elle mérite cependant une place à part, car elle est d'une nature plus supportable.

Qu'est-ce en effet, que la recherche de soi t C'est cette tendance à nous plaire à nous-méme tout en paraissant nous sacrifier pour autrui. Ce n*est pas précisément un vice, mais une tache dans la vertu, c'est une sorte d'accommodement avec la conscience.

ReconaAlssance. — Souvenir affectueux des bienfaits reçus; la reconnaissance, si elle n'est pas le synonyme de gratitude, en est le complément. L'une reconnaît ce qu'elle doit,

elle s'acquitte quand elle le peut ; l'autre ne compte pas ei se reconnaît toujours comme débitrice. L'une et l'autre sont la mémoire du cœur.

— La reconnaissance est-elle un sentiment ou un devoir ? — Dans sa première explosion, la reconnaissance est un sentiment plus ou moins vif à proportion de la nécessité plus ou moins pressante du bienfait. Cette première explosion passée, la reconnaissance s'affaiblit comme sentiment et rentre alors dans la classe des devoirs.

La reconnaissance, considérée comme sentiment, appartient à la nature ; elle est commune à beaucoup d'animaux comme aux hommes. (Fiévée).

Recueillement. — Concentration volontaire de la pensée. — Action qui consiste à détacher son esprit de tous les objets de la terre.

II faut à tout être pensant ses heures de solitude et de recueillement.

Réflex^lon. — Faculté qu'a l'esprit humain de se replier sur lui-môme pour observer les faits intérieurs ou extérieurs c'est en quelque sorte, l'activité de la conscience. Elle agit, en général, avec deux aides: l'observation et l'attention.

La morale est, dit-on, la fille de la réflexion. Soit f mais encore faut-il que celte dernière soit bien dirigée. Dans ce sens, on peut dire, en effet, que c'est la réflexion qui révèle à l'homme les sentiments, généreux ou mauvais, que la nature lui a donnés et qui l'aide à encourager les premiers ou à déraciner les autres.

Le meilleur usage que l'homme peut faire de cette faculté est de consulter sa conscience et de ne se livrer à aucune passion des sens avant d'avoir sa réponse ; la réflexion devient alors on quelque sorte, la conscience active,

— La prudence est le fruit de la réflexion aidée par Texpéricncc. (de Ségur).

R^gfle* — Principe, maxime, loi servant à conduire et à diriger lecœuretla raison. Le devoir, la morale, la politesse ont leurs règles.

— Le désordre dans l'emploi des journées en entraine nécessairement la perte, fait manquer à bien des devoirs et indique un caractère sans énergie, incapable de maîtriser les variations du goût, les caprices de Thumeur.

La vie chrétienne est, au contraire, une vie réglée. Cet ordre qui préside à tous les moments du jour, qui fait faire chaque chose en son temps et en son lieu, est une source de paix, de calme et de bonheur, une garantie pour l'accomplissement de tous ses devoirs. (De Cheverus).

Reld. — Philosophe écossais né en 4740.

La vie de Reid, toute consacrée aux sciences morales et philosophiques, n*offre rien de remarquable. Étranger aux agitations du monde, dans une retraite absolue et ne s'occupant pas même de la gloire qui devait être un jour la juste récompense de ses travaux, il ne vécut que pour l'étude.

Son premier ouvrage parut sous ce titre assez singulier : Essai sur r application des mathématiques à la morale,

D'Âlembert a traité, depuis lors, le même sujet.

Son second ouvrage est une analyse de la logique d'Aristote, mais le plus considérable et le plus important est celui qu*il publia en 4764, sous le titre de Recherche de V esprit humain. Ce volume très controversé, est une attaque contre le scepticisme de Hume et sa théorie idéale.

Tous les ouvrages que Reid a écrits depuis 4785 ont été réunis par Dugald-Steward et publiés sous le titre de Philosophie de Reid. Cet illustre disciple du philosophe écossais a complété ce volume par ses propres observations.

Un essai sur les facultés de Vhomme termina la carrière littéraire et philosophique de Reid. Il mourut en 4796, à Tâge de 86 ans, dans la plénitude de ses facultés intellectuelles ; sa mémoire seule laissait à désirer dans les dernières années. C'est presque toujours par là que se fait sentir la décadence do l'homme.

Relif^ion. — Lîeii qui nous unit et nous relie k Dieu.

Culte rendu à Ja divinité. Sentiment des rapports intimes entre l'homme et son Créateur.

Les bienfaits de la religion chrétienne se rapportent à tout:

A Dieu» — Nous le connaissons et l'aimons comme ie seul vrai bien, et cette certitude nous allège le cœur et le reposa, en le déchargeant du poids des inquiétudes attachées à la poursuite des faux biens.

A nous-méme. — Nous voyons notre faiblesse et nous la dominons.

Aux biens de ce monde, — Nous les possédons sans en être possédés, nous en avons la jouissance, sans les soucis.

Aux maux. — Nous en adoucissons Ta merlu me en les acceptant avec résignation et comme renfermant des biens véritables, puisqu'ils ne nous viennent que de la main d'un Dieu qui nous aime et qui prend soin lui-même de nous en consoler.

A la Société. — Nous sommes bien avec elle par l'accomplissement de tous nos devoirs et l'exercice de la charité qui nous fait voir partout des frères.

A la mort. — Cetle grande épouvante de la nature — nous la voyons venir comme délivrance.

A l'autre vie. — Cetle mystérieuse élernité qui ofifraye les âmes les plus intrépides — nous y entrons, dès ici-bas, par notre union avec Dieu.

On ne saurait exprimer tout ce qu'il y a de bien-être dans cet état, bien-être qui s'attache à l'âme chrétienne, malgré les privations et les sacrifices qu'elle s'impose ; comme le dégoût s'attache à l'âme mondaine malgré la jouissance et les plaisirs qu'elle poursuit. La liberté, la certitude, la paix s'y font sentir à la fois, avec une profondeur qui tient de l'infini.

Et ce n'est pas seulement le cœur qui ressent ce bien>étre, mais toutes les facultés et surtout Tintelligence par son émanci-. pation de tous les préjugés qui viennent des passions et par la rectitude de vue qui la place en dehors et au-dessus des choses humaines.

Ces considérations, résumées des excellentes éludes d'un auteur contemporain, ne sont données ici que comme complément à celles que nous avons présentées nous-mème au mot Ckristia^

nisme, S*il ëlail besoia de preuves nouvelles de rexcellence de la religion chrélienne, nous ajouterions qu'elle modère l*action trop vive des sens sur la volonté ; qu'elle soulage toutes les misères de la vie et tend à faire disparaître l'inëgalitë des conditions par sa sublime loi d'amour, de charité et d'abnégation.

Sans interdire d'une manière absolue les préoccupations de la vie commune, elle enseigne à l'homme à ne pas s'y livrer trop exclusivement, aGn de diminuer en lui les peines de toute sorte que pourraient lui causer les déceptions. Elle lui apprend à concilier les principes religieux avec ces devoirs de société, ces plaisirs du monde qui ne durent qu'un moment et laissent après eux tant de maux ; elle lui apprend que ces prétendus plaisirs ne doivent être pour lui qu'une distraction et jamais un aliment pour ses passions, et elle en double le prix en les lui faisant goûter sans remords ; enfin elle donne à Tâme le calme et la sérénité.

— Chose admirable I la religion chrétienne^ qui ne semble avoir d'autre objet que la félicité de l'autre vie, fait encore notre bonheur dans celle-ci. (Montesquieu).

Rellf^ion naturelle. — La religion naturelle est celle que tout homme un peu éclairé et dont les passions ou une vie abjecte n'ont pas faussé le jugement, trouve au fond de sa conscience.

Estrelle suffisante ? — Là est le problème.

Les rationalistes et ceux qu'on est convenu aujourd'hui d'appeler librei-penseurs disent oui.

Les chrétiens disent non.

Le père Félix, dans une des conférences de Notre-Dame, a traité ce sujet si intéressant, nous ne saurions mieux faire que de résumer ses idées :

« Le génie rationaliste, dit-il, passerait facilement condamnation sur toutes les religions positives. Toutes, à l'entendre, sont convaincues d'une égale impuissance et désormais condamnées par l'esprit humain. Les religions qui imposent tel symbole, prescrivent telle pratique, observent telles cérémonies, sont toutes

vraies et sont loutes fausses : vraies, si on les considère dans leur fond ; fausses, si on les regarde à leur surface. L'esprit et le sentiment religieux qui vivent sous ces cultes eitërieurs et ces formes symboliques, c'est le fond de la religion, la religioD universelle, qui doit rallier un jour toutes les intelligences affranchies des servitudes^ de la lettre et des superstitions de la forme, pour nous faire respirer dans une région plus élevée le grand air de la vie religieuse. En deux mots, à la surface il y a la Gclion des religions positives ; au fond, il y a la substance inaltérable de la religion naturelle...

Soit I mais il s*agit de savoir si cette religion est une religion su£Bsante ; il s'agit de savoir si elle peut prendre dans rhumanitë un ascendant assez profond et s'y faire un empire assez puissant pour y remplir la grande fonction que la Providence a faite à la religion : diriger l'humanité.

Eh bien I la religion naturelle ne suffît pas à gouverner le monde et à le pousser dans la voie du progrès.

Une religion, pour être vraiment efficace, doit pouvoir atteindre à la fois Vintelligence, la conscience et le cceur; quand la religion peut saisir les générations par cette triple attache, alors son action est vraiment efQcace et son ascendant vraiment souverain.

Et d*abord, où est sa puissance pour régner sur l'intelligence et produire dans les multitudes la vie intellectuelle? Pour que l'humanité vive intellectuellement, il lui faut le ressort de la croyance, et pour que le ressort de la croyance lui imprime le mouvement, il lui faut un symbole. Sans ce centre doctrinal qui fait converger les forces intellectuelles, ces forces sont condamnées à la divergence ; leur divergence engendre le scepticisme, et le scepticisme produit l'énervement des intelligences.

La religion doit créer, pour le gouvernement et la vie des consciences, une législation morale portant avec elle sa certiiudo et sa sanction ; une législation qui impose, précise et détermine tous les grands devoirs de la vie, et que les peuples acceptont sans les discuter, parce que, lorsque le devoir est discuté, lorsque le prétexte est contesté, lorsque la loi est incertaine, le devoir, le précepte, la loi, sont niés implicitement. Malheur aux nations, alors que le doute et la négation viennent à ébranler.

dans le sanctuaire de la conscience) les devoirs fondamentaux et les obligations souveraines ! Malheur aux nations, alors que les multitudes sentent chanceler au milieu d'elles les grandes bases de Tordre moral ! Si la force leur est donnée, un jour elles briseront tous les freins ; elles franchiront toutes les barrières que la conscience oppose aux passions qui débordent.

Où sont les religions purement naturelles qui puissent prendre sur les consciences cet empire efQcace ? Pourquoi, comment, et à quel titre le pourraient-elles prendre ? Indécises, vagues, flottantes lorsqu'il s*agit de déterminer le dogme, elles le sont bien plus encore alors qu'il s'agit de déterminer la morale, de créer les préceptes et de les faire accepter. Un homme peut-il se rencontrer qui trouve ces prescriptions assez claires et ces commandements assez précis?

Qui vaincra dans l'homme Tégolsme, cet éternel ennemi de tout progrès social ? A qui l'homme demandera-t-il cette expansion libérale qui le met en rapport et en commimion efBcace avec ses semblables? A la religion; elle seule en soulevant l'homme avec son cœur vers tout ce qui est pur, bon, sublime, généreux et vraiment désintéressé, peut l'arracher aux étreintes de cet égolsme sauvage qui enferme chaque hojime isolé des autres hommes dans la honteuse captivité du moi. Qui n'a pu aimer quelque chose de plus haut que la terre et de plus grand que l'homme, quels que soient les trésors de son âme, ne sortira jamais tout à fait de cette prison obscure et basse où l'égolsme tient enfermé le troupeau des hommes sans religion.

Et, à l'heure de ces grandes douleurs, sous le poids de ces tristesses qui submergent la vie, font ployer le courage et fléchir la tète, qui donc sait mêler à ces flots d'amertume quelques gouttes de joie? Qui sait rendre à la douleur, s'affaissant sous son propre poids, la force do relever la lôte, de sourire à l'infortune et de montrer, même à travers ses larmes, un rayon de joie? Qui vient vous trouver à l'heure sombre du découragement et du désespoir, pour essuyer les larmes de vos yeux en tuant la tristesse dans vos cœurs ? Qui ? la première et la dernière consolation de tout ce qui pleure en cette vallée de larmes, la religion, qui a un charme divin pour apaiser toutes les souff'rances humaines.

Oui, mais quelle religion sait faire cette double merveille,

410 OICXIONNIRE RAISONNÉ

arracher T homme à son égolsme, à sa tristesse pour le replacer dans la joie ou du moins dans la sérénité ? Est-ce la religion naturelle toute seule qui sait prendre le cœur à ce point et le transformer de cette manière? Non, ce qui guérit rhorome de Tégolsme et de la tristesse, c*est la religion qui a un autel, la religion qui a un sacerdoce. Et ce sacerdoce vient, portant sur ses lèvres une parole divine retentissant dans le temple c^unme un écho du ciel. Devant l'autel du sacrifice, il lui ordonne d'abdiquer sas égolsmes.

Vous semble-t-il que cette religion purement naturaliste et métaphysique, cette religion sans autel, sans temple, sans sacrifice, puisse prendre jamais sur le cœur des multitudes un pareil ascendant ? Cet ascendant, la religion soi-disant philosophique pourrait-elle l'obtenir même sur votre propre cœur ? Gomment dès lors Tobtiendrait-elle sur le cœur du peuple ?... Oh f non, ce qui peut enchaîner en vous par la puissance de l'amour la force de régolsme ; ce qui saura rouvrir, au fond de ce cœur ravagé par le malheur ou par les passions, les grandes sources de la joie, encore une fois, c'est la religion positive.

Il est une chose, en effet, qui parle ici plus éloquemment que la plus éloquente raison : c'est la voix triomphante du fait. Contestez, si vous voulez, l'argumentation que je viens d'appuyer sur la nature des choses ; essayez d'en ébranler les bases. Mais le fait, le fait palpable, certain, perpétuel et universel, comment le contester ? comment faire surtout pour essayer de l'ébranler ? Or, le fait immense qui s'élève contre vous et défie toute négation par le poids de sa certilude, le voici : c'est que nulle part, ni dans le passé ni dans le présent, la religion purement naturelle ne s'est fait dans l'humanité l'empire souverain et nécessaire dont nous venons de parler.

Dites-nous, en effet, quand cette religion et où celte religion a-t-elle assez possédé l'intelligence, la conscience et le cœur des hommes qui n'ont voulu s'inspirer que de ces oracles et relever que de son empire ?

Quand a-t-elle assez dominé les intelligences pour les serrer dans l'unilé de la croyance, et par là leur communiquer la puissante vie intellectuelle qui est la racine de toutes les autres ?

Et si la religion naturaliste n'a pu régner assez sur la pensée

humaine pour y créer ia vie des intelligences, a-t-ellepu y faire ré> gner le devoir? Non, mille fois ; j'en prends à témoin la vie même de ceux qui n'en veulent pas pratiquer d'autre. Quand venait l'heure des grandes luttes où la conscience est aux prises avec des passions qui se veulent satisfaire, la religion naturelle se taisait dans les profondeurs de son ciel métaphysique ; on lui supposait pour l'humaine faiblesse des complaisances qui touchent à la négation même de la vertu. Or, une fois placés sur cette pente, beaucoup arrivent à se faire, au nom de l'austère raison, cette morale facile qui ne demande rien ou qui demande peu à l'indépendance de nos volontés et de nos convoitises ; et, portés par cette religion commode sur le courant des passions séduisantes, ils s'en vont dérivant de plus en plus, et presque sans s'en apercevoir, jusqu'aux confins de la morale indépendante, extrême frontière du bien où la vertu s'arrête et meurt ensevelie dans le mensonge des mots et l'illusion des formules.

Et le cœur, qui est le centre, le moteur de la vie, la religion naturaliste a-t-elle pu jamais en prendre une possession assez souveraine pour y porter ces deux choses dont nous avons parlé : la défaite de l'égolsme par l'amour sincère de l'humanité, et la consolation personnelle par l'apaisement des tristesses et des désespoirs? Poser la question, n'est-ce pas l'avoir résolue ?

Où sont-ils ces hommes dont la religion naturelle prend et possède assez le cœur pour leur faire trouver, dans la puissance de ce culte abstrait, l'abnégation de leur égolsme et la consolation de leurs tristesses ?

Ah t je vois bien d'ici quelques héritiers de la pensée rationaliste et du sentimentalisme religieux du philosophe de Genève, comme lui, demander au grand Être qu'ils font profession d'adorer, le dévoAment à l'humanité ! U humanitarisme déborde dans leur prière philosophique comme dans leurs œuvres littéraires ; ils ont de vrais accès de passion et de tendresse humanitaire ; vous diriez qu'ils vont ouvrir leurs bras pour embrasser cette humanité idéale qu'ils aiment d'autant plus qu'ils ne la rencontrent jamais. Et volontiers ils se figurent que co culte de l'humanitarisme triomphe en eux de la tyrannie de l'égorsme...

Et dans la douleur, que font-ils pour retrouver la sérénité, la force, le courage, la joie dans la souffrance ? Ah I ce qu'ils font,

VOUS le savez bien ; vous l'avez assez lu dans vos poètes et dans vos romanciers. Ils s'en vont au bord des fleuves, au rivage des mers plaintives ou au fond des bois solitaires, ils versent des larmes philosophiques et font entendre les soupirs que leur arrache je ne sais quel amour platonique qu'ils ont voue à la nature, à ses spectacles, à ses chants, à ses harmonies, à son immortelle beauté.

Ainsi, les hommes qui ne s'inspirent que de la religion naturelle et de son culte solitaire jettent aux vents les cris de leur cœur humanitaire et le soupir de leur âme mélancolique. Mais mettez ces hommes en face d'un grand sacrifice à accomplir ou d'une grande douleur à supporter ; quel secours sauront-ils trouver dans cette religion abstraite qu'ils nomment si superbement la religion pure ?... Cette religion les laisse à leur naturelle impuissance. Au premier coup de foudre d'une grande infortune, au premier appel fait à une grande victoire sur soi-même, tout disparaît, le héros, le philosophe, le poëte, et de 'tout cela, que reste-t-il ? Vhomme, avec son incurable égoîsme, ses douleurs inconsolées et son irrémédiable impuissance !

La nature humaine fait violence aux systèmes ; elle fait éclater l'invincible besoin de la religion positive par impuissance de la religion naturelle. »

STATISTIQUE DBS RELIGIONS

Au moment où les puissances de l'Europe sont en conflit avec des Ëtats mahométans, on lira avec intérêt le tableau suivant, qui montre comment se répartissent dans le monde connu (comprenant 4,200,000,000 d'habitants) les diverses dénominations religieuses d'après les dernières statistiques :

Le Christianisme s'étend sur 398 millions d'habitants, dont 2H millions de catholiques, 406 millions de protestants et 84 millions de grecs ;

Le roahomélisme sur %0\ millions ;

Le bouddhisme, sur 340 millions ;

Le brahmanisme, sur 4 75 millions ;

La religion de Confucius, sur 84 millions ;

Le judaïsme, sur 7 millions.

L'Europe comprend 447 millions de catholiques, 72 millions de protestants, 69 millions de grecs.

Remords. — Le remords est une souffrance d'un caractère particulier : on ne souffre ni à caus6 de telle ou telle impression faite sur les sens, ni par les passions contrariées, ni dans un intérêt blessé, et cependant on souffre cruellement. — Pourquoi? par cette raison seule qu'on a la conscience d'avoir fait une mauvaise action qu'on pouvait ne pas faire et qui laisse un châtiment moral qu'on sait mérité.

Le remords renferme donc l'idée du bien et du mal, d'une loi obligatoire, de la liberté, du mérite et du démérite.

Prenons l'hypothèse contraire - au lieu de commettre une mauvaise action, on fait un bon usage de sa liberté contre son propre intérêt... on peut en souffrir un instant, mais on s'en estime davantage et Ton est heureux en pensant qu'on a plus de droita à l'estime des autres ; on a le sentiment de la dignité ; enfin à la place du remords on éprouve une grande jouissance morale et qui, tout le reste nous manqua-t-il, nous console et nous relève.

Ce sentiment, aussi profond que l'était le remords, témoigne, par le bonheur intérieur qu'il nous donne, de l'accord sublime de la vertu et du bonheur, tandis que le remords est le premier anneau de cette chaîne fatale qui, selon Platon, attache la peine à la faute, le trouble à la passion, la misère au désespoir, au vice et au crime (1).

— Le remords est la seule douleur de l'âme que le temps n'adoucisse pas. (de Staël).

Repentir. — Regret amer et réfléchi d*une âme qui a commis une faute et voudrait la réparer. Il vient quelquefois de suite après la faute, mais le plus souvent après le regret et le remords. (V. les mots Remords, Expiation, etc.).

Repi*oclie* — Le reproche est amer, il gâte le pardon et semble un regret d'avoir pardonné. En nous plaignant de quel-

(1) V. Cousin : Du Vrai, du Beau et du Bien.

qu*an avec humeur, nous Tacquittons en parlie des loris que nous lui reprochons el nous devenons son débiteur pour la salisfaction que nous nous donnons à ses dépens. L'homme qui rappelle le souvenir d'une injure qu'il a pardonnée perd un bienfait, el se met dans le cas d'avoir lui-môme besoin de pardon.

Mépu^naiM^e. — Sorte d'éioignement ou d'aversioa pour quelqu'un ou pour quelque chose. Tantôt la répugnance esl instinctive, tantôt elle est motivée.

c Quand une fois Toisiveté a produit en nous Tennai, dit Laurent de Jussieu, on y a gagné de la répugnance pour le seul remède à ce mal : le Travail. >

Répugnance est presque synonyme de répulsion ; cependant ce dernier mol s'applique plutôt aux personnes qu'aux choses.

Héputatloa. — Le mot réputation a le même sens que renommée, considération, célébrité.,. Mais, en exprimant le jugement, ou l'opinion du public sur le compte d'une personne, il est moins affirmatif : l'estime, la considéralion qu'on a pour un homme sont déjà un éloge ; la réputation au contraire laisse un doute, car elle peut être bonne ou mauvaise.

L'amour de la célébrité est en général le mobile des grandes actions, le principal véhicule des créations du génie, mais elle était plus en honneur dans l'antiquité qu'aux temps modernes. Le Christianisme a détruit un peu de son prestige on faisant une vertu do l'humilité.

Quand le désir de la célébrité n'est qu'un sentiment honnôle, il peut être utile à la société, mais s'il devient une manie orgueilleuse, il perd son mérite et nous conduit souvent au mal. L'orgueil produit autant de bassesses que Tintérêt. Quand la répulation n'a pas des bases bien solides, bien pures» elle se délruii presque aussitôt qu'elle se forme et il arrive souvent que le public trompé est étonné des réputations qu'il a faites.

D'autres fois, elles sont pour nous une source de déboires el de chagrins en nous créant des envieux et des ennemis acharnés.

De nos jours, on voit dos réputations faites par la camara-

derie littéraire ou artistique. C'est une sorte d'association formée avec cette devise : « Nul n*aura de Tesprit, hors nous et nos amis. B Mais ces sortes de réputations sont éphémères et limitées. Les honnêtes gens en rient et le véritable public ne les prend pas au sérieux.

Une sorte d'indifférence pour son propre mérite est le plus sûr appui de la réputation : « La modestie, dit avec raison Ducios, est le seul éclat qu'il soit permis d'ajouter à la gloire. »

— Les réputations mal acquises se changent en mépris.

(Vauvenargues).

Méserve« — Discrétion, circonspection, retenue.

La réserve est une vertu, surtout chez les femmes ; c'est la compagne de la pudeur. Chez l'homme, la réserve est un devoir, chez la femme, un instinct qui la rend plus séduisante en ajoutant à sa beauté physique une beauté morale.

— La réserve est une bonne chose, mais poussée trop loin elle devient un mensonge déguisé. (Delord).

ftAsIf^natlon. — Sacrifice de sa volonté à celle d*un supérieur.

Cette vertu est surtout chrétienne.

Le chrétien se résigne à la volonté de Dieu, parce qu'il envisage les événements de la vie comme dirigés par une providence paternelle et bienfaisante, et qu'il accepte sans murmures les afflictions comme un moyen de satisfaire à la justice divine et de mériter un bonheur éternel.

— La résignation n'éteint pas la volonté; elle la captive.

(Bossuet).

— Tout être qui souffre, ^'il supporte avec résignation sa douleur, sent qu'il marche dans une voie bénie. Il éprouve dans toute son âme un apaisement subit, un bien-être secret et profond... C'est qu'il reçoit la visite de celui qui n'a oublié aucune dos angoisses do la chair. (P. de Molènes].

— Ah I qu'heureuse et grande serait l'humanité si elle pou-

vait traduire en action persévérante ses vagaes instincts, ses aspirations fugitives vers la patrie céleste 1 . . . Cette félicité n'est pas la nôtre, cependant nous pouvons encore la concevoir sans la regretter ; elle se trouve tout entière dans la complète union de notre volonté avec celle de Dieu. Ne sentez-vous pas qaelle douceur infinie renferme cette douce parole : La volonté divine? — Qu*est-ce en effet que se résigner? C'est mettre Dieu entre la douleur et soi. (M*°* Swetcbine).

— La résignation, au point de vue chrétien, est la disposition qui envisage tous les événements de la vie comme dirigés par une providence paternelle.

Le chrétien en effet sait qu'il n'est aucun malheur auquel Dieu ne puisse remédier; que, quand il nous afflige, il nous donne aussi la force de souffrir et que s'il ne nous délivre pas de tous nos maux en ce monde, il nous en dédommage dans une autre vie. Quand le Christianisme n'aurait produit d'autre bien que de nous consoler dans nos souffrances, il serait encore le plus grand bienfait que Dieu ait pu accorder à l'humanité.

(Bergier).

— Jeter le passé et ses présents souvenirs dans l'abtme infini de l'indulgence et de la miséricorde de Dieu ; pour le présent et pour l'avenir n'en concevoir aucune crainte, c'est la paix et la joie. (De Ravignan).

— La résignation est facile quand elle a pour compagne la foi, l'espérance et la charité. (Marie Guerrier de Haupt).

He«pect. — Déférence, vénération, égards qu'on a pour quelqu'un à cause de son ftge ou de sa supériorité morale on sociale. Sentiment de notre infériorité que nous traduisons par un hommage rendu à tout ce qui parait supérieur.

Ce sentiment est plus rare qu'autrefois : le défaut de respect est un mal de notre époque ; il désole la famille, trouble l'école, inquiète l'état, déprécie l'individu.

Otez le respect de la famille, elle manque aussitôt de charme ; privée do son organisme essentiel, elle est condamnée à une dissolution imminente.

Dans nos sociétés démocratiques, travaillées par un sentiment exagéré de l'égalité, le respect s'impose plus nécessaire que

jamais. Le véritable respect, celui qui relève Findivido et consolide la société, a la religion pour fondement et soutien. Un homme n^est pas grand parce qu*il est riche et heureux, mais parce qo*il est fidèle à sa conscience et à son devoir. Une nation n'est pas supérieure aux autres parce qu'elle a plus de soldats et de canons, mais parce qu'elle aime la justice, parce qu'elle respecte le droit et le devoir.

Restriction mentale* — Réserve qu'on fait d'une partie de ce qu*on pense, pour induire en erreur ceux à qui l'on parle. Dans un certain milieu, on peut l'appeler fineêse, mais ce n'est, en réalité, que mensonge.

Révélation. — Un grand nombre de philosophes nient toute révélation, qui, disent-ils, était inutile, puisqu'on peut l'éclairer par la lumière naturelle et les mouvements de sa conscience, injuste puisqu'elle n'a pas été donnée à tous, pemieieuse enfin, puisqu'elle serait un sujet de damnation pour ceux qui ne seraient pas à portée de la connaître, comme les sauvages des deux Amériques, etc.

Autant de points à examiner.

En venant au monde, nous n'avons aucune notion de vérité absolue, mais seulement des facultés pour les recevoir et les cultiver.

La société nous offre les idées, les connaissances qu'elle recèle déjà, nous les aspirons avec facilité, nous les assimilons à notre intelligence, nous les fécondons et en versons le fruit autour de nous. Mais ce travail de fécondation n'aurait pas lieu si la société ne nous avait préalablement fourni l'élément premier de la vérité que nous n'aurions pu trouver en nous-mêmes. C'est donc déjà une révélation qui se fait de la société à nous.

Maintenant, comment la société se trouve-t-elle avoir la vérité t — £lle ne se Test pas donnée en principe ; elle Ta reçue de ses devanciers comme ceux-ci l'ont reçue eux-mêmes. De telle sorte que la vérité, ainsi que le dit Auguste Nicolas, f nous apparaît comme une céleste voyageuse qui se révèle aux peuples et aux individus, mais qui ne prend pas naissance dans leur sein (4) ».

(1) Etudes philosophiques sur U Christianisme,

418 DICTIONNAIRE RAISOMNJ^

Comment celte première société, qui a transmis la lumière de la vérité à celles qui l'ont suivie, a-t-elle pu la recevoir ellemême?

U est impossible de Texpliquer autrement qu'en disant qu'il a dû y avoir originairement une première révélation.

La question est de savoir si les vérités néeeuairei sont innées dans chacun de nous, car si elles ne le sont pas, elles sont révélées. Or, le système des idées innées, généralement abandonné, n'a consisté que dans quelques notions si confuses qu'elles se confondent avec nos facultés.

S'il demeure prouvé que la connaissance des vérités nécessaires est dans la société et non dans l'homme, il en résulte qua ces vérités que possède la société, ne lui venant pas des hommes, qe peuvent lui venir que de Dieu.

Il y a plus : l'origine du langage, de la parole humaine, est inexplicable sans une première révélation. Qu'est-ce que la parole ? c'est l'expression sensible de la pensée ; celle-ci doit donc préexister à la parole ; il faut savoir déjà penser pour pouvoir parler.

Mais cette pensée, qu'est-elle elle-même, sinon une paroU intérieure de l'esprit conversant avec lui-même? et, si cela est, comment a-t-on pu penser, si on ne savait déjà parler ? la parole aurait donc précédé la pensée ? mais la parole est inexplicable sans le secours de la pensée... Cercle fatal dans lequel l'humanité est enfermée et d'où elle ne peut sortir que, comme l'enfant, en recevant tout à la fois la parole et le mouvement, d'une autorité antérieure à lui (4).

Cette conséquence est inévitable et tout dépend donc de ce point.

Une preuve expérimentale rend cette vérité plus saisissante encore: les sourds-muets, tant qu'ils sont livrés à eux-mêmes, n'ont pas plus de pensée que de parole ; ils sont privés de la vie intellectuelle et morale (S).

Revenons à la révélation.

(1) V. M. de Bonald.

(2) Les sourds-muets sont réduits à la conditioo des bétes, tant qu'on ne travaille pas à les retirer des ténèbres épaisses dans lesquelles ils sonl ensevelis. (L'abbé de l'Epée).

S'il existe un monde sopériear à celui que nous habitons, il a fallu une parole suraaturelle pour nous en annoncer l*existence ; la raison existe sans doute et pouvait nous mettre sur la voie. Elle est Tœil de l'esprit et le regard de l'âme, mais la révélation est la lumière qui tombe sur les objets et les rend visibles ; l'œil tout seul ne voit pas, il faut qu'il soit averti de l'existence des objets par la lumière ; la lumière seule ne fait pas voir si l'œil ne s'ouvre, ne fixe et ne pénètre les objets de son regard. Voilà l'image de la raison et de la foi. La vérité religieuse étant faite ainsi pour l'âme, toutes les facultés de celle-ci étant prêtes à la recevoir, dès l'instant où elle arrive, où elle touche notre intelligence, celle-ci la reconnaît et la saisit. La raison qui ne se doutait de rien auparavant, dès qu'elle est frappée de la vérité, s'écrie : « C'est cela! il faut que cela soit ainsi. » Dieu nous a ouvert la route et nous l'avons vue et suivie.

Ainsi, tout converge autour de la nécessité d'une révélation primitive.

C'est là une vérité religieuse, mais controversée, car souvent la vérité perd à être soumise au raisonnement ; quand cela arrive, Tintelligence retombe dans le cercle des choses sensibles et descend par tous les degrés du doute au fond de ses ténèbres ordinaires, elle en vient à nier Dieu et à se nier ellemême par cette raison, juste à son point de vue : t que Dieu et l'âme ne sont ni visibles ni palpables. » Aussi Malebranche disait-il avec raison : < Je me trouve court à tout moment quand je veux philosopher sans le secours de la foi. i

La décadence de l'Empire romain, le polythéisme et la dissolution générale des mœurs qui suivirent, amenèrent la nécessité d'une seconde révélation, que nous avons déjà longuement racontée et expliquée. (V. le mot Christianisme).

— La révélation est le plus beau présent que Dieu ait pu faire aux hommes. (Montesquieu).

Rêverie. — État de l'esprit occupé d'idées vagues, pensées tristes ou riantes, auxquelles se laisse aller l'imagination.

(V. Imagination).

— Pour trouver du charme dans la rêverie il faut être en paix avec soi-même. (de Stafil).

Ricliesse. — Acquise ou reçue par héritage^ la richesse peut ôtre un bien ou un mal selon Tusage qu'on en fait. Elle est, pour la plupart des hommes, un grand obstacle à la pratique des vertus moraloj, à leurs progrès dans la recherche de la vérité ; elle peut être aussi la source de continuelles inquiétudes...

Tout le monde considère cependant les riches comme des gens heureux ; il en est, en effet, mais c'est l'exception : « Il est si difficile, disait Platon, d^être tout ensemble riche et honnête. Or, comme il n*y a point de véritable et solide bonheur sans la vertu, les riches ne peuvent être réellement heureux. »

En effet, tant de soins, d'inquiétudes, de chagrins, tant d'intérêts à sauvegarder, tant de duretés (conséquence inévitable des demandes incessantes auxquelles les riches sont en butte}, l 'oubli des devoirs les plus sacrés et des affections les plus chères... tout cela éloigne de la rectitude morale sans laquelle le vrai bonheur ne peut exister.

— Voici tout le secret des richesses : la peine de les conserver, le soin de les dépenser, le plaisir de les étaler... La seule bonne manière d'en proffter est de les faire tourner au bien commun. (Bacon).

Ridicule. — Le ridicule a pour objet ces légères bizarreries dans le caractère et les manières qui ne soulèvent point Tindignation, ou ne jettent pas l'âme dans cette mélancolie qu'inspire la dépravation humaine.

Le monde fait un amusement des imperfections de nos semblables; la morale y trouve un enseignement qui nous excite à nous corriger nous-mêmes des défauts qui pourraient nous rendre ridicules.

Nous supportons le ridicule avec plus d'impatience que la haine parce qu'il blesse notre amour-propre, et cependant l'amour-propre exagéré est la source la plus féconde du ridicule.

D*un autre côté, la crainte du ridicule nous fait souvent commettre de lourdes fautes : quand Timagination en est une fois frappée, elle n'obéit plus qu*à sa voix et on lui sacrifie sa fortune et jusqu'à son honneur... C'est qu'en France le ridicule est mortel ; le monde y pardonne les vices, le ridicule jamais. Aussi estce l'arme que l'envie emploie le plus volontiers pour discréditer un ennemi et en triompher après.

Rlf^orisme. — Affectation d'embrasser, en morale, les opinions les plus rigoureuses. Sévérité dans Tappréciation des actions de la vie humaine.

Le rigorisme est ordinairement le travers des hommes sans expérience ou des théologiens qui ont passé leur vie dans leur cabinet. Il se trouve rarement parmi les ecclésiastiques et les missionnaires blanchis dans les travaux du saint ministère. Le zèle de ceux-ci est doux, charitable, indulgent, parce qu'ils sentent la nécessité d'encourager, de soutenir les faibles, au lieu de les laisser se jeter dans le découragement et le désespoir.

Le rigorisme insensé des novatiens fut l'avant-coureur de ïarianisme. On n'en trouve aucune trace dans les Pères de TËglise, non plus que dans la vie de Saint François de Sales, de Saint Vincent de Paul qui connaissaient la faiblesse humaine et savaient y compatir.

Roman. — Récit d*un événement imaginaire présenté comme une réalité.

Ce genre de littérature a pris naissance dans les temps de chevalerie et s'est développé dans le xviii® siècle.

Ce sujet semble sortir du cadre que nous nous sommes tracé. Cependant nous en dirons quelques mots, parce qu'il a eu et peut avoir encore une grande influence sur la morale publique et privée.

Notre vie n'est qu'une succession d'épreuves destinées à nous préparer à une vie meilleure : nous désirons toujours un état de choses antre que celui au milieu duquel nous sommes condamnés à vivre; aussi, dans notre faiblesse, et souvent sans songer au but, aimons-nous à nous soustraire par l'imagination au cours des événements, et à nous créer un monde en rapport

422 DICTIOI^NAIIIE RAISONNÉ

avec nos désirs, avec dos rêves. II n'est {Msd'inteiligence sî grossière qa'un rêve passager n'ait transportée de la vie réelle au sein d'un monde idéal.

De là le roman et ses fictions, sinon recueillies et ingëoieusement exprimées sur le papier, au moins écrites dans le cceur de l'homme.

L'art dramatique et l'épopée ont dee règles, le roman n'en a pas ; on ne lui demande que deux choses : l'intérêt, et la vérité dans la peinture du cœur humain qui est toujours et partout le même. Un roman, incolore et monotone dans sa fable ou faux dans ses caractères, serait une œuvre médiocre et bientôt délaissée. Il est permis au romancier de prendre ses sujets au pied des trônes ou dans cette multitude sans nom qui se perd au milieu de la grande famille humaine, dans la nuit de nos chroniques les plus anciennes ou dans l'événement qui se passe sous nos yeux ; mais à deux conditions : variété et fidélité. Il peut donner carrière à son imagination pour animer et colorer ses récits, mais quels que soient les mœurs et les usages qu'il décrit, il ne doit jamais oublier les traits inaltérables de la nature.

Entendons-nous cependant : cette nature a aussi son côté mobile. Ainsi l'Espagnol, le Français, l'Américain ou l'Arabe, s'ils ont, comme les autres hommes, leur orgueil, leur égolsme, leur amour-propre et leur penchant au mal, l'ont d'une manière différente ; mais dissemblable en apparence, la nature reste la même en réalité. Allez au fond, vous y retrouverez des éléments identiques ; la matière première est la môme.

Dans le drame ou l'épopée, la forme est brillante et elle tient une grande place ; dans le roman, réduit à la simplicité du langage ordinaire, il faut donner davantage au fond. Mais aussi, son théâtre est vaste et sa latitude immense ; n'étant pas circonscrit par les unités de temps et de lieu, ne recevant de règles que de lui-même, il peut, s'il reste fidèle à son principe, se laisser aller à tous les écarts de l'imagination : tel auteur fait voyager ses personnages sur tous les points du globe ; tel autre se réduit à une mansarde, et ce n'est pas celui-là qui est le moins intéressant, car c'est l'étude intime du coour qu'il a surtout en vue.

Le grand art da romancier n'est pas de donner à pleines mains les vérités dont son cœur est rempli, mais de forcer son lecteur à les apercevoir, en lui persuadant que c'est lui qui les a trouvées; elles ne doivent pas être, dans son récit, en toutes lettres, mais se faire deviner. Et, en cela, les fictions ont un avantage sur la réalité ; elles attirent notre attention, la captivent et laissent son indépendance à notre jugement, souvent aveuglé et faussé par noa passions. Je pourrais citer des exemples qui prouveraient, jusqu'à révidence, que tel homme qui se croyait dans son droit en nourrissant une violente animosité, a vu tomber sa haine tout à coup en découvrant, dans une œuvre d'imagination, une situation semblable à la sienne, où le héros, avec lequel il pouvait s'identifier, était complètement dans son tort. C'est que dans une lecture, la contradiction n*a pas lieu, l 'amour-propre n'est pas froissé : on voit le monde tel qu'il est, et la justice se fait jour avec la vérité.

Le roman est donc un genre utile. Malheureusement, il a été souvent faussé dans son but et dans ses moyens. C'est une arène où viennent tour à tour combattre les champions les plus opposés de principes, et malheureusement encore, grâce à la tendance faible et mauvaise de notre nature, ce ne sont pas les bons principes qui sentie plus appréciés; le mal, enjolivé des couleurs les plus séductrices, l'emporte trop souvent sur le bien.

Depuis quelques années surtout, la peinture animée du cœur a fait place à la peinture violente des passions fausses et bizarres ; l'analyse délicate de l'âme a disparu devant d'interminablea récits d'aventures impossibles, de descriptions immorales et de sophismes. Espérons qu'un jour le public en aura assez, et reviendra au simple, au naturel, au vrai ; espérons surtout que nous ne verrons plus se reproduire les écarts de ces écrivains trop célèbres qui, en préconisant des systèmes subversifs, ont abdiqué la plus belle mission du talent, qui est d'agir d'une manière bienfaisante par l'inOuence incontestable de la pensée.

Rousseau (J.-JI.). — Né à Genève en 474 S, mort en 4778.

Peu d'écrivains ont eu, autant que Rousseau, le privilège d'occuper d'eux le public. C'est que tout est étrange dans sa vie,

même sa mort, attribuée, selon les uns, à la folie» selon d'aatres aa chagrin et au suicide.

Le père de Rousseau, citoyen de Genève, était horloger. Sa mère, Suzanne Bernard, était belle et avait de Tesprii. Si Jeao- Jacques eût été élevé par elle, il eût probablement été préservé des fautes et des chagrins qui proviennent d'une éducation négligée, mais elle était morte en lui donnant le jour. Mis en pension chez Tun de ses oncles, puis en apprentissage chez un maître grossier, avec une nature exaltée mais faible, Rouaseau montra des inclinations que la tendresse maternelle eût saos doute amoindries.

Nous n'avons pas à raconter sa vie ; ses œuvres seules ont, ici, quelqu'intérét. Par la réhabilitation du spiritualisme contre les philosophes de son époque, il a repris la tradition de IXescartes, mais il Ta faussée par une application impossible. Il en résulte qu'une partie de son génie incontestable dépose contre l'autre. Gela explique ses contradictions et ses nombreux paradoxes. L'homme, ses passions et ses faiblesses ont tué le philosophe. Il exagère le sentiment, et la raison lui fait défaut. Sa vie n*est qu'un perpétuel contraste entre une grande supériorité intellectuelle, mêlée au sentiment du bien et une destinée misérable et ravalée...

Parlons maintenant de ses ouvrages.

Le Discours sur Vorigine dé l'inégalité parmi les hommes est le roman d'un état primitif antérieur à la famille et le contrepied de toute vérité sociale. Il écrit en faveur du progrès et il le condamne ; il montre tout ce que l'humanité peut et doit acquérir, et il regrette la vie sauvage, qu'il appelle Vâge d'ort

Dans le Contrat social se retrouvent les mêmes contradictions, les mêmes impossibilités, et dans la Nouvelle HéloUse^ publiée en 4759, il n'y a d'irréprochable que le style et le paysage; la fable en est languissante, les mœurs aussi étranges que dissolues, les caractères outrés, et la belle morale qui la termine ne peut en faire oublier le dévergondage.

Le plus important des ouvrages de Rousseau est V Emile ; et dès les premières pages, on sent que, là encore, il est dans le faux ! Le procédé d'éducation qu'il offre est impraticable, et c'est malheureux ; car, il y a dans ce livre singulier deux bonnes

choses : le retour au spiritualisme, que semblait oublier la philosophie de l'époque et un excellent conseil aux mères : celui d*allaiter elles-mêmes leurs enfants...

La Profession de foi du vicaire savoyard est dans la même voie : c*est une leçon de religion naturelle placée dans un beau cadre, mais elle ne va pas au-delà. C'est cependant le titre de gloire le plus réel de cet auteur : on y trouve du Leibnitz, du Descartes et quelquefois même du Fénelon. On se dit en le lisant : • Rousseau aspirait au vrai, pourquoi n'a-t-il pu Tatteindre ? »

Terminons cet aperçu par deux phrases de cet ouvrage qui absoudront peut-être Tauteur de bien des sophismes : « Trop souvent la raison nous trompe, mais la conscience éclairée ne nous trompe jamais : elle est le vrai guide de l'âme... » c Les méchants triomphent parfois ici-bas, mais si l'âme est immatérielle, elle doit survivre au corps, et si elle lui survit, la providence est justifiée. »

En résumé, la vie de Rousseau a été mêlée de bien et de mai, et on peut en dire autant de ses œuvres philosophiques, mais ce n'est pas une raison pour oublier ce qu'il a écrit dans les moments où la vérité et le bon sens l'ont emporté dans cet esprit versatile. Cela justifie les citations que nous avons puisées dans ses bons ouvrages.

Saadi. — Célèbre poète persan, né en 4 494, mort à Tâge de 4 OS ans.

Saadi s'était fait hermite vers la fin de sa vie ; mais « à en juger par ses écrits, dit M. de Sacy, ce n'était point un de ces Sofis hypocrites qui embrassent la vie spirituelle pour vivre dans la fainéantise aux dépens de la crédulité des Musulmans, car il traite sans ménagement ceux qui déshonorent, par une semblable conduite, la profession religieuse. Sa morale est pure et ne peut être accusée ni de relâchement ni de rigorisme. »

Tous les ouvrages de Saadi ne soot cependant pas exempts de reproches.

Bcàcriflee. — Privation que Ton s'impose ou à iaquelle on se résigne pour l'amour de Dieu ou d'une personne.

Le représentant le plus fidèle de la morale de l'intëréi est Hobbes. Résumons les principaux points de sa doctrine.

Le bien-être personnel étant l'unique mesure du droit, chacun a droit à ce qui lui donne une jouissance et tout objet pouvant être agréable à tout individu, chacun a naturellement droit à tout.

Il n'y a ni mérite, ni démérite, ni remords, ni satisfaction morale, ni désintéressement, ni sacrifice, ces mots n'ont plus de sens : le désintéressement est une chose absurde, car oublier son intérêt, c'est méconnaître le principe fondamental de la morale. Celui qui se sacrifie est un fou. Un contrat est an acte raisonnable, mais du moment où il nous gêne, il est permis de n'en tenir aucun compte.

Aucune prescription morale n'est obligatoire, car chacun est juge de la moralité de sa conduite. Les commandements de Dieu : Tu ne tueras poinU honore ton père et tamère^ eic.^ n'obligent qu'autant que la puissance civile le juge convenable (4).

Voyons maintenant Yolney son disciple : Qu'esl-ce que l'amour filial ? — C'est, de la part des enfants, la pratique des actions utiles à eux et à leurs parents.

Toute action qui n'a pas de suite pour le bien-être est absolument indifférente.

La vertu et le vice n'ont-ils pas un objet purement spirituel et abstrait des sens? — Non, c'est toujours à un but physique qu'ils se rapportent, et ce but est de détruire ou de conserver le corps (2).

Après les philosophes les poètes : puisqu'il faut mourir et dès demain peut-être, fuyez tristes soucis ; qu'il n'y ait rien de commun entre vous et moi. Avant que ce funeste jour arrive enivrons-nous, noyons nos chagrins dans les libations (3)...

(1) Hobbes : De la nature humaine, etc.

(2) Volney : La loi naturelle»

(3) Anacréon : Ode XXIY.

De tout ce que je possède il n'échappera rien aux mains avides de mon héritier que ce dont j*aurai joui moi-même (4] ; hâtonsnous donc, dérobons à la Parque ce moment précieux ; le temps entraîne tout, la mort viendra trop tôt couvrir de son voile terrible nos jeux et nos amours (2).

Anacréon, Horace, Tibulle, apôtres du plaisir, vous devez être bénis par l'humanité, car votre douce philosophie lui a donné des leçons de bonheur 1

Rien de plus logique en effet : l'art de vivre ne peut être que celui de multiplier ses plaisirs et rien de plus licite aussi : les sens ne nous ont-ils pas été donnés avec un but 6nal ? Chacun d'eux appelle une jouissance ; est-ce à Thomme à la répudier? la peinture nait de la vue, la musique de l'ouïe, la gastronomie du goût, et l'amour, de tous les sens réunis. Quel obstacle peut nous retenir ? quelle réflexion chagrine peut nous arrêter ? un père, une mère ? ^- Ils ont eu leur temps ; la fin est arrivée pour eux comme elle arrivera pour nous ; laissons-les s'engourdir et s'éteindre, n'anticipons pas sur notre mort pour éloigner la leur; une femme, des enfants ? mais pourquoi s'imposer une telle géno pour des êtres dont, à la rigueur, on peut se passer ? Et si notre inexpérience nous a fait contracter un lien que la sagesse nous commandait d'éviter , si l'intérieur de notre ménage nous déplaît, vivons ailleurs et que chacun soit libre.

Que sont en effet ces liens prétendus ? une véritable déception que l'absurde tyrannie des lois a rendue insupportable. La nature n'a voulu qu'une chose : la conservation de l'espèce. Voyez les animaux dont le raisonnement n'a pas faussé l'instinct: la lionne défend ses lionceaux, mais elle les abandonne dès qu'ils sont forts, leur dispute un lambeau de chair et les déchire plutôt que de céder.

Malheureusement, dans notre état de civilisation, tous les plaisirs coûtent; Torestau milieu de toutes les jouissances ; il en faut à tout prix et si le hasard n'en a pas mis dans nos coffres

(1) Cuncta manus avida fugient heredit amieo

Quœ dederit animo...

(Horace).

{2) Tibulle.

OU ceux de nos pères, le travail seul peut nous en donner. — Mais le travail est si long et la vie si courte i Après le travail, la vieillesse, les infirmités, la mort ; et à quoi sert la richesse alors? — Jouissons vite, c*est le plus sûr. Si nous avons de l'or, usons-en, nos enfants se pourvoiront ; si nous n'en avons pas, pourquoi ne prendrions-nous pas celui que notre ruse, notre intelligence peuvent nous donner ? La terre a été au plus fort, elle est au plus fin aujourd'hui, et nos facultés ne doivent pas rester inertes. Un homme nous embarrasse, il est si aisé de s'en défaire! Peut-être lui épargnerons- nous une douloureuse vieillesse, tout en nous ménageant des jours pleins et heureux...

Heureux!... Mais pourquoi cette horreur involontaire en écoutant un raisonnement si logique ? Pourquoi Tanimal jouit-il sans remords de la vie qui lui est donnée, tandis que l'homme souffre intérieurement des actions les plus naturelles ? Un tigre se jette sur sa victime, la déchire, s*en repaît et s'endort plus calme ; il n'est pas un animal qui ne satisfasse ses appétits sensuels sans s'embarrasser des suites et des résultats. Pourquoi ce remords chez l'homme ? Est-ce un défaut de son organisation faible ou maladive ? L'animal a des instincts, des appétits, des sens ; il en use et il jouit ; l'homme a des instincts aussi développés, des appétits plus nobles, des sens plus parfaits ; il en useetil souffre... Il y a là-dessous un impénétrable mystère.

Un mystère ! mais le raisonnement seul ne nous dit-il pas que cette souffrance est le résultat d'un principe d'équité que nous portons dans notre cœur ; que la violation de ce principe, de cette loi de la nature, entraîne des reproches amers qu'un sen timent intime élève en nous, contre nous et malgré nous. L'âme souffre parce qu'elle est sortie de l'ordre et qu'une voix plus forte encore que celle des passions lui crie d'y rentrer.

L'homme, entraîné parles sens, peut rester sourd à cette voix intérieure ; mais l'ivresse passée, il souffre ; il se méprise de sa lâcheté. Il a eu un instant de plaisir, il a répudié des années de bonheur, de ce bonheur que l'âme seule peut offrir, et s'il a laissé prendre à ses sens un empire trop grand, sa vie entière s'écoule entre les déceptions et les remords.

La nature est admirable : depuis le ciron jusqu'à la baleine, depuis le grain de sable jusqu'aux mondes innombrables qui

entourent notre globe et aux innombrables soleils qui les éclairent, tout chante la gloire du Créateur, mais rien, dans cette nature matérielle j n'indique [ce principe qui porte avec lui l'idée de devoir, de sacrifice et d'immortalité.

Au milieu de cette nature qu'il voit, qu'il sent, qu'il touche, rhomme se reconnaît seul responsable de ses actes. Tout ce qui l'entoure nait, vit et meurt en vertu d'une loi fatale ; lui seul est libre ; il peut faire le bien ou le mal, perdre son âme ou la sauver ; la perdre par la jouissance, la sauver par le sacrifice. Le sacrifice est donc la loi morale, la loi gravée au fond de la conscience.

Le bonheur n'est donc pas dans les sens, dans la jeunesse, dans l'ivresse de Tamour humain ; il est dans le sacrifice que le corps repousse, que l'âme éclairée recherche et que Dieu bénit...

Le sacrifice, disons-nous, est ordonné et béni de Dieu ; l'âme généreuse, l'âme purifiée, qui se sent capable de ce sublime efibrt trouve dans ce besoin de l'infini une existence plus complète, un sentiment de la vie plus pénétrant, une jouissance plus douce et plus vive que celle dont la terre pourrait être la source pour elle.

N'allons pas cependant, abusant de cette pensée, nous isoler de la terre où Dieu nous a placés pour y vivre, y subir l'épreuve commune. Soyons y pauvre ou riche, infime ou puissant, soyons fils, père, époux, ami ; aimons, puisque c'est une loi de notre nature, mais aimons d'un amour pur ; élevons, glorifions l'âme dans toutes les phases de la vie qui nous est faite et sur cette terre nous trouverons déjà le ciel. Au lieu du passager, du périssable, du borné, nous trouverons l'infini ; au lieu de l'égolsme, l'amour ; au lieu de l'intérêt et du désordre nous trouverons l'ordre et le devoir ; au lieu du temps, l'éternité ! Tout change ; tout s'élève ; la nature prend un autre langage, les devoirs une autre importance ; l'Ëvangile a trouvé dans notre cœur un écho pour lui répondre.

— Il faut marcher dans la voie du sacrifice, et fixer le but; tout le reste n'est rien, que moyen, pour arriver au Ciel. 11 faut s'en servir comme d'un pont jeté sur le torrent de la vie... Le rivage, le port, c*est Dieu, Dieu seul ! (Le P. de Ravignan).

430 DIGTIONNAIRB RAISONNÉ

— Pour que la vie soit toajourd et parfaitement belle, i! faut que le dévouement et le sacrifice soient au nombre de ses joies, que rimmensitë du but réagisse sur chaque point de l'espace qui doit être parcouru et que nos efforts sur nous-mômes, les prodiges de la grâce, les illusions détruites, les vrais biens appréciés, viennent composer une réalité de douceurs incoonaes au monde et qui n'ont été à l'usage que des âmes qui peuplent les parvis célestes. (M"*® Swetchine).

-^ Toute la société repose sur le sacrifice ; voilà pourquoi dans les sociétés chrétiennes les emplois prirent le nom décharges. Aujourd'hui nous avons celui de sinécures. Il y a des mots qui marquent toute une situation. (Reboul).

u — Pénétration d'esprit, perspicacité qui fait découvrir promptement ce qu'il y a de plus caché et de plus difficile dans la science ou les affaires, c'est, dans ce sens, presqu'un synonyme de finesse et de discernement. La différence de la sagacité à la pénétration, c'est que la dernière plonge plus profondément et que l'autre démôle avec justesse.

— - La sagacité est le tact de l'esprit, la délicatesse le tact de l'âme. (Marmontel).

— On peut définir la sagesse : la raison, éclairée par la science. Elle suppose dans l'esprit des lumières naturelles ou acquises. Son objet est do diriger l'homme par les meilleures voies.

La philosophie, ainsi que l'indique son nom, n'était autrefois que l'amour de la sagesse, mais elle a perdu cette voie et cette dénomination, depuis qu'elle s'est lancée dans la scholastique et le vide des abstractions métaphysiques.

La vie d'un vrai sage s'écoule paisiblement dans l'exercice des vertus, au sein de la famille et de l'amitié. On le rencontre peu sur la route qui conduit aux faveurs, aucune ambition ne l'agite. Il se dévoue au service du pays quand le pays a besoin de sa tète ou de son bras, mais il revient ensuite sans peine au foyer domestique.

La modération, le aentimont des convenances, Tamour du vrai et da bien sont les principales qualités qui distinguent rhomme vraimmit sage .

— Heureux Thomme qui peut, ne fût-ce que dans sa vieillesse, parvenir à être sage et à penser sainement. (Platon).

— Qu'y a-t-il de plus désirable que la sagesse ? Qu'y a-t-il de meilleur, de plus utile aux hommes et qui soit plus digne d'eux ? On donne le nom de philosophes à ceux qui la recherchent : et ce mot Philosophie veut dire précisément amour de la sagesge. Or, la sagesse est la connaissance des choses divines et humaines et de ce qui constitue leur nature. Un homme qui mépriserait cette étude, je ne vois pas ce qu'il peut estimer; car elle tend à nous rendre gens de bien et heureux. (Cicéron).

— La sagesse n'est pas encore la vertu, mais elle en est la route. Si nous avions une vie sage et régulière, nous aurions rarement besoin d'appeler la vertu à notre secours. Des penchants faciles à surmonter nous entraînent sans résistance ; nous cédons à des tentations légères dont nous méprisons le danger. Insensiblement nous tombons dans des situations périlleuses dont nous pourrions aisément nous garantir, mais dont nous ne pou* vous plus nous tirer sans des efforts héroïques qui nous effrayent et nous sombrons enfin dans l'abime en disant à Dieu : Pourquoi m'avez-vous fait si faible? mais notre conscience nous répond : Dieu.t'a fait si faible pour sortir du gouffre, parce qu'il t'avait fait assez fort pour n'y pas tomber. (J.-J. Rousseau).

— La prospérité est la plus forte épreuve de la sagesse.

^La Harpe).

». — La santé est Tordre dans le corps.

La maladie provient de bien des causes qu'il est en notre pouvoir d'éloigner, et cela est d'autant plus important que Tétat du corps influe puissamment sur l'état de l'âme.

Les organes ont été donnés à l'homme pour en user dans une certaine mesure qu'il ne doit pas dépasser : s il laisse son cerveau dans l'inaction, il s'abrutit ; s'il le fatigue, Tintelligence lui fait défaut; enfin, s il le surexcite par des causes physiques ou morales, l'exaltation arrive et puis la folie. S'il surcharge l'eslO'

mac, il perd la netteté de ses idées ; les humeurs s'accumulent et produisent des maladies; s*il le laisse sans aliments, Ténergie manque... Il lui faut donc une nourriture réglée selon sa capacité ' et ses forces.

Ainsi de la vue ; ainsi de tous les organes, de tous tes membres : Tusage réglé et pas d*excès. Les maladies sont presque toujours la suite des infractions aux lois générales dont Thomme a Tintuilion, comme les animaux. Si elles arrivent, malgré notre prudence, par suite des infirmités léguées par nos pères, la sobriété, Texercice ou la diète suffisent le plus souvent pour les guérir.

Gardons-nous cependant, là aussi, 'de Fexcès : les soins perpétuels qu'on prend pour sa santé, dit fiacon avec raison, dégradent souvent l'âme en Tassujétissant trop au corps.

— Éclat que fait une action honteuse.

L'un des symptômes de démoralisation d'un peuple ou d'un homme est l'indifférence pour le scandale, qui devient alors un simple aliment de curiosité.

Les diverses circonstances qui accompagnent le scandale augmentent la gravité de la faute : plus un honmie est obligé par son rang, son âge, sa dignité ou la sainteté de son état à donner un bon exemple, plus le scandale est criminel, c II y a, dit Nicole, des personnes dont la conversation est scandaleuse, sans qu'elles y pensent ; ce sont celles qui se laissent aller à des propos relâchés dans la société. » Souvent, elles ne font pas ce qu'elles disent, mais les auditeurs croient pouvoir se permettre dans la vie, ce qu'elles se permettent dans des causeries intimes et c'est là qu'est le danger, car Tesprit a, en général, plus de pente à se relâcher que de dispositions à profiter du bon exemple.

Scepticisme. — Le scepticisme est cet état de doute où se trouve l'esprit quand, après avoir examiné une question philosophique, il se sent encore indécis sur ce qu'il est bon de croire.

La vérité absolue ne peut être vue par l'intelligence bornée de Thomme. De là, le scepticisme qui ne conduit pas nécessairement

à la négation, s'il allait jusque là, ce ne serait plus le scepticisme.

Le scepticisme ancien, celui de Pyrrhon surtout, niait la certitude des notions qui nous sont transmises par les 'sens ; les sceptiques modernes s'attachent à révoquer en doute que nous percevions réellement tout ce que nous croyons percevoir.

Parmi ces derniers, on distingue deux genres do scepticisme : celui de Bayle, sorte de scepticisme critique composé d'arguments contradictoires que ce philosophe produit dans les questions les plus importantes, pour en attaquer la certitude. Celui de Hume basé sur ce principe : que les idées ne sont que des sensations transformées et affaiblies.

Les encyclopédistes et les philosophes du xviii^' siècle ont fait du scepticisme un moyen : doutant de tout, même de la morale, ils se croient tout permis.

Scblsme. — Division en matière religieuse, provenant du refus d'un certain nombre d'individus ou de corps religieux de rester dans la communion à laquelle ils appartiennent. — Rupture de l'unité de l'Ëgiise.

Il y a beaucoup de schismes. On compte parmi les principaux ceux des ariens, des novatiens et des donatistes. Le plus long schisme de l'Ëgiise est connu sous le nom de Schisme d'Occident qui dura pendant 39 ans : de 4 378 à 4 417.

Les schismes des Grecs et des Luthériens durent encore.

L'appréciation de ces différents schismes appartient plus directement à un ouvrage dQ théologie ou d'histoire qu'à un dictionnaire de philosophie morale.

Science. -» Il y a à notre époque deux opinions contradictoires qui divisent le monde savant et le monde religieux * l'une donne tout à la science, l'autre tout à la foi.

C'est une des folies de notre temps do tout attendre de la science et de méconnaître les vues de Dieu et ses bienfaits, mais ce serait une autre folie, folie rétrograde, que de prétendre diriger la société actuelle en dehors de la science.

A toutes les époques, l'intelligence, unie au caractère, a gouverné le monde ; seulement, l'étude de la nature a fait depuis

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cenl ans d'inconteslables progrès ; Thistoire aussi a réalisé des prodiges de sagacité pour surprendre les progrès du passé; connaissant mieux l'univers, se connaissant mieux elle-même, l'humanité csf en droit do beaucoup compter sur Tessor intelleclael pour les porter plus loin encore ; mais la science a beau élargir indéfiniment le champ de robsorvuUon, si loin qu*elle arrive, elle s'arrête fatalement devant Tinfini qui est au-delà de Tatômo, qui est au-delà de Tespace. Tinfini qui est en nous et qui est hors de nous. Sur le bord de ce gouffre insondable, frère de rËternité, autre abime sans fond, la science recule impuissante, éperdue. Elle ne peut rien pénétrer, elle ne peut rien connaître des secrets de la création ; elle n'a rien à offrir à Thomme pour le soutenir dans ses douleurs et ses épreuves terrestres, en face du double mystère de rÉterncl et de l'Infini.

Alors, à ce point extrême où la t>cience finit son œuvre, la foi commence la sienne. La foi arrive les mains pleines de consolations et d'espérances ; elle apporte les croyances fortifiantes ; elle ranime les courages défaillants; elle panse les blessures du cœur et de l'àme ; elle affirme, elle définit cette cause première que la science n'a pu découvrir et elle l'appelle Dieu.

Dieu, c'est-à-dire la source de la vie éternelle, le créateur de tout ce qui est, le père bienfaisant, la providence de tous les êtres, le soutien de tous ceux qui faiblissent, le protecteur de tous ceux qui sont opprimés, le juge équitable de tous les mortels; elle fait entrevoir, au-delà de la tombe, une vie nouvelle, où seront redrossées les erreurs elles iniquités de ce monde.

Voilà les grandes et saintes espérances dont le matérialisme voudrait priver Thumanilé. Il n'y parviendra point. En vain quelques savants, no pouvant saisir les causes premières, ni les causes finales, écartent purement et simplement l'idée de Dieu, comme un problème importun qu'ils ne sauraient résoudre, l'idéo de Dieu les envahit et les domine malgré eux.

I^crupule. — Inquiétude de conscience qui fait considérer comme une faute ce qui n'en esi pas une, ou pour une grande faute ce qui n'en est qu'une légère.

Le scrupule est un sentiment honnête, mais l'excès est insupportable à soi-même et aux autres. L'homme qui en est atteint

se tourmente sans cesse et s'alarme de tout. Ce travers a sa source dans l'ignorance, la faiblesse d'esprit et le défaut de confîancc en Dieu.

Dans une autre acception, on nomme scrupule une grande exactitude à remplir ses devoirs, à observer une règle morale ; il n'est point alors un défaut, mais une qualité.

— La sécheresse du cœur tient plus du tempérament que do la morale. Cependant la réflexion et Tétude de la religion peuvent influer sur nos sentiments et nous rendre cette pitié pour les malheureux et cette charité si douce aux nobles cœurs. Mais malheureusement, la sécheresse est un état de rame dans lequel on tire rarement des consolations, môme dans la pratique des exercices de piété.

Sénècf ue. — Philosophe romain né fan II, sous le règne d'Auguste, mort à Rome en 65.

Aucun personnage de l'antiquité n'a été l'objet de plus dejugements contradictoires. Il est malheureusement certain qu'il a mérité autant de blâmes que d'éloges. La vie de Néron, son élève, suffirait seule pour l'accuser; mais son talent et l'usage qu'il en a fait dans ses écrits excusent] usqu'à un certain point ses défauts. Ils attestent un génie facile, perfectionné par l'étude des sciences morales et physiques. Il avait approfondi le cœur humain jusque dans ses derniers replis. Ses ouvrages contiennent une véritable richesse d'observations. Stolque, mais occlectique, le ressort qu'il emploie le plus souvent pour porter l'homme au bien est l'orgueil ; triste mobile qu'on lui a justement reproché.

« Il y a, dit avec raison un de ses biographes, il y a dans Sénèque deux hommes qui ont passé leur vie à s'infliger les plus tristes démentis : l'un est le pythagoricien exalté qui se refuse le nécessaire et incline à l'ascétisme; l'autre, l'ambitieux qui recherche les succès, la réputation, les honneurs, les richesses et l'amitié des grands ; l'un qui remplit ses écrits des plus pures maximes, l'autre qui fait Tapologie du parricide ; l'un qui enseigne le mépris des biens, l'autre qui possède une fortune énorme et... prête à usure ! l'un est enthousiaste de la vertu, l'autre vit

dans une cour où les vices, les crimes et les infamies s'étalent au grand jour ; chez Tun, toutes les élévations de l'âme trouvent leur expression, chez l'autre se rencontrent toutes les faiblesses d'une vie mal ordonnée et mal conduite. . . » Triste amalgame chez un moraliste f c'est qu'il lui manque toujours de savoir mettre d'accord ses principes et sa conduite ; Sénèque eût toute sa vie l'amour du bien, mais cet amour était trop platonique. U le sentait du reste, et s'en occupait quelquefois, on ajoutant : c Quand je le pourrai, je vivrai comme il faut vivre... » Il a peu vécu comme il faut vivre^ mais lorsqu'il reçut Tordre de s'ouvrir les veines, il mourut comme il faut mourir avec courage et résignation. Sans être aussi belle que celle de Socrate, cette mort lui ressemble par quelques côtés.

La morale de Sénèque est douce, humaine, élevée, la tendresse de l'accent lui manque seule ; il résume lui-même cette morale en une phrase :

a La philosophie nous apprend à adorer Dieu, à aimer les hommes et à penser qu'ils forment une seule famille... C'est peu d'être homme do bien selon la loi ; que de devoirs obligent l'homme, qui ne sont pas écrits dans les codes 1 »

Enfm, Sénèque semble conseiller à chacun de faire tous les soirs son examen de conscience, do repasser sa journée et de se juger au tribunal de son for intérieur.

Ceux des ouvrages de Sénèque qui se rapportent le plus à notre œuvre sont Les Lettres, dans lesquelles il disserte sur toutes les parties de la morale, de la Sérénité de Vàme^ de la Constance d» sage, de la Manière de vivre heureux, etc. Nous ne citerons pas, dans le nombre, V Apologie du suicide, bien que ce fut dans l'esprit philosophique des Romains de son époque.

cominuii* — D'après Aristole, le sons commun est la faculté qui réunit nos sensations, c'est un sens génëral dans lequel viennent se confondre nos sens particuliers.

Fénelon ne l'entend pas ainsi : d'après lui, le sens commun est la notion que tous les hommes ont des mêmes choses ; il prévient l'examen et le rend inutile, il réduit Thomme à ne pouvoir douter malgré ses efforts, il se montre au premier coup d'œil... Cette déHnition, qu'on pourrait appliquer au bon sens, est à peu près

DK riilLOSOPHlE MORALK 437

celle dos philosophes les plus modornes et chacun aime à se l'appliquer, mémo les sceptiques.

Sens (Bon). — Le bon sens ressemble beaucoup au sens commun, mais n'en est pas cependant un synonyme : le sens commun, c'est le fait; ce sont les jugemenU spontanés et tout formés, les notions claires, les principes évidents par eux-mêmes. Le bon sens, c*est la faculté do juger et de raisonner, conformément aux notions reçues.

Entre la science des philosophes et le bon sens qui dirige les hommes dans les affaires de la vie, il n'y a pas do différence de nature, elle est toute dans le degré. Si la science surpasse le bon sens, c'est que le philosophe a, pour apprendre, des procédés qui manquent au vulgaire.

— Le bon sens est une faible lumière qui éclaire un horizon borné et qui suffit pour conduire celui qui n'étend pas plus loin sa vue. (Marmontcl).

Seusiblllté» — La sensibilité est, on philosophie, la faculté de sentir.

Au point de vue moral, c'est le sentiment qui nous porto à ressentir plus vivement les impressions do l'amour, de la tendresse et nous rend plus humains pour les misères d'autrui.

L'amitié, le respect, l'estime, la pitié, l'amour palernol ou filial ne dépendent pas des qualités physiques, dos objets ou des impressions que nous recevons par les sens; ce qui excite ces sentiments dans notre âme, ce n'est rien do corporel, mais quelque chose qui est imprimé dans noire conscience, \insi, chez l'enfant, la jeune mère voit déjà toute les qualités qui répondent à sa tendresse.

La sensibilité est bien souvent indépendante de nos sensations physiques : nos sens oe sont pas affectes de la même manière quand notre esprit est libre et quand il est dominé par une grande préoccupation : un homme est malade, supposez-le en proie à de vives souffrances... Qu'on lui annonce la mort d'un être qu'il aime, la perte de sa fortune, vous verrez la douleur morale faire oublier au môme instant la douleur physique. J'ai

VU souvent, chez les femmes surtoul, une conversation iDtéressanté produire des résultats semblables. Quelle est Texplication de ces faits ? — C'est que Tattention, sans laquelle ii n*y a pas de conscience, ni de véritable sensation, a passé d*un objet à un autre.

D'après M. de Gérando (4), a la sensibilité est un principe secret, caché au plus profond de notre cœur, que souvent nous n'y soupçonnons pas et qu'il faut aller y découvrir. Elle ne se fait jour que dans le recueillement : elle a besoin de se replier sur elle-même, de se nourrir de ses propres émotions, do s'y arréter, de s'y reposer en liberté. De là vient qu'elle se conoplaît dans la retraite et le silence. C'est une plante délicate qui veut naître à l'écart et à l'ombre. C'est un parfum suave qui s'évapore s'il est exposé au grand air. »

De toutes les distractions les plus fatales à la sensibilité sont celles qu'entraîne une excessive préoccupation des aifaires, des affaires matérielles surtout, qui ramènent constamment à la distinction du tien et du mien. La sensibilité redoute en générai tout ce qui présente l'apparence d'un calcul.

C'est dans le sein des affections de famille que la sensibilité semble destinée à naître, à croître, à se fortifier : aussi se déGe-lon avec raison de ces sentiments exaltés qu'affectent certaines personnes, hors de leur propre intérieur. En général, on no conserve cette précieuse faculté de cœur que lorsqu'on est dans le vrai et qu'on se garantit de tout ce qui est exagéré, affecté, factice.

Quelquefois, so faisant illusion à elle-même, la sensibilité semble se complaire dans une sorte d'immobilité voluptueuse. Cet état a pour elle un attrait trompeur; elle se perdrait dans un repos trop prolongé, elle se perfectionne dans re.\ercice de la charité.

— Une grande sensibilité est souvent la cause d'une grande souffrance. (M'"^ Guizot).

(1) Du perfectionnement moral.

Sensuallitiiie* — Doclriiio philosophique opposée au spiritualisme ou à l'idéalisme ; elle Tail dériver nos idées des sens et donne pour unique but à notre existence les jouissances sensuelles. Le plus souvent elle s'allie au matérialisme, à Tathoisme ou au scepticisme. Si toute idée se résout dans une sensation, il nous est impossible de rien découvrir de la nature des êtres, nous ne savons point s'il y a quelque chose en dehors de nos sens.

Les chefs de l'école sensua liste sont Aristippe, Épicure, Lucrèce, Hobbes, Hcivétius, Condillac, Gassendi et la plupart des encyclopédistes du xviiie siècle. (V. Spiritualisme).

Sentiment. — Faculté que nous avons de connaître, de comprendre, d'apprécier certaines choses sans le secours du raisonnement, do l'observation ou de l'expérience et qui est en nous une sorte d'instinct naturel.

Dans une autre acception, le sentiment est prosijue synonyme d'alîei'lion, passion, mouvement de là me.

Transportée dans la sphère intellectuelle et morale, la sensibi; lité devient le sentiment.

Le sentiment est la \ie de Tâme. 11 se mêle toujours à Taclion do nos autres facultés. L'intelligence et la volonté peuvent diflicilemont se soustraire à l'influence de ce puissant mobile. Les stoïciens ont en vain essavé de le nier ou de l'annuler. Il jouera toujours un rôle important dans la morale où il devance parfois les conseils de la raison.

On a souvent comparé la morale du sentiment à celle de l'intérêt. Examinons-les de près : les sentiments tiennent à la sensibilité et lui empruntent quehpie chose de sa nature relative et changeante. Il va des natures grossières et des natures d*élile : l'état de l'atmosphère, la santé, la maladie émoussent ou ravivent notre sensibilité morale ; le monde, le bruit, l'entraînement, l'habitude, l'étourdissent. L'esprit souille à son heure, le couratfo lui-môme a ses intermittences, l'humeur ses vicissitudes, qui influent sur nos sentiments les plus intimes. Est-ce dans ces fluctuations du sentiment que nous pouvons asseoir une législation égale pour tous? — Évidemment non : la morale du sentiment, (|uoique bien supérieure à celle de l'intérêt, est encore-

insufiBsante. « La règle, dit Cousin, est trop mobile pour être obligatoire. »

Cela est vrai jusqu^à un certain point, mais ces sentiments, dans leur mobilité même, sont d'heureux auxiliaires de la vertu et du bonheur. Le sentiment est une sorte de grâce naturelle qui nous a été donnée pour suppléer à la lumière incertaine de la raison et secourir la volonté chancelante, en présence d'un devoir obscur et pénible. Dieu a mis dans notre a me, à côté de la loi sévère du devoir, la douce et aimable force du sentiment ; il a attaché le bonheur à la vertu, et, pour les exceptions, au terme de la route il a placé l'espérance.

Mlvio-Pellico. — Homme de lettres et moraliste italien, né à Saluces en 4789, mort en 1834.

Silvio-Peilico était à 21 ans professeur de langue française à Milan, où il se lia avec Ugo-Foscolo, Blonti et Pindemonle, qui le présentèrent au comte Lamberthenghi. Il devint plus tard précepteur de ses enfants et se trouva en relation avec beaucoup d'étrangers de distinction, notamment Schlegel, Byron, M*"^ de Staël et lord Brougham.

Après avoir composé plusieurs ouvrages do littérature, il fonda un journal politique qui moliva son arrestation en 4 820, au moment où éclatèrent les troubles du Piémont.

Détenu d'abord dans la prison de Santa Margkerita, il fut mis plus tard sous les plombs de Venise. Cette peine fut commuée en quinze années de Carcere dtiro au Spielborg.

Cette détention l'a rendu longtemps martyr, mais elle a contribué à sa gloire en lui donnant lidéo de composer doux beaux ouvrages de philosophie morale : / doveri deyli uomini et le mie prigioni.

Réduit à une nourriture insuffisante, dans un lieu malsain, sous un climat humide, privé des meubles les plus nécessaires et des relations d'amilié que son cœur aimant regrettait plus encore que la liberté, Pellico supporta celte infortune morale et matérielle avec une résignation douce qui avait sa principale source dans les sentiments religieux.

Le courage de Pellico fut soutenu par le travail : son premier livre, qui n*est que la relation do sa captivité, fut accueilli avec

cnlhousiasme en Italie et en France. On y cherchait des paroles acerbes contre ses tyrans, on n*y trouva que la mansuétude d'un chrétien martyr.

Gracié en 4 830, Pcliico rentra au sein de sa famille et reprit ses travaux littéraires, mais aucun ne surpassa, n'égala même ces deux chefs-d'œuvre de morale quo François do Sales et Fénelon n'eussent pas désavoués et qui sont maintenant traduits dans toutes les langues.

Simplicité. — La simplicité n'est pas de l'ignorance, elle s'allie, chez beaucoup de savants, à l'esprit et à l'instruction. L'homme vraiment simple s'occupo peu de ce qui se passe autour de lui. Si on s'étonne, si on admire, si on blâme, si on rit, peu lui importe, car il demeure aussi inaccessible à la vainc gloire qu'au blâme.

Se mettre on vue, faire auprès des autres un certain effet, attirer sur soi les regards des contemporains ou de la postérité, sont les mobiles les plus féconds de la plupart des hommes puissants : Alexandre, César, Napoléon, songea ion t-ils au bonheur d« leurs peuples en multipliant leurs conquêtes dans les régions les plus éloignées? Non, ils obéissaient au besoin de poser en face du monde, et ce mobile, qu'ils entouraient de tant d'éclat, nous le découvrons tous les jours en des hommes moins grands par l'intelligence, mais pétris du même limon. Non que nous le reconnaissions en nous-mêmes, hélas I car nous n'apercevons pas la paille dans notre <pi7, mais c'est un spectacle que nous donnons à toute heure du jour.

Le défaut de simplicité, ce besoin d'occuper de soi, qui se traduit en singularités, en manies, a élé de tous les temps et de tous les peuples. C'est ainsi que nous voyons Cujas étudier étendu sur un tapis, seul moyen, selon lui, de le faire d'une manière fructueuse ; l'historien Mezoray, ne travailler qu'à la lueur de la chandelle, en plein jour ; Varillas s'emprisonner pendant trente ans dans sa chambre pour y méditer sur la grammaire et déshériter son neveu parce qu'il recevait de lui une lettre sans orthographe ; Baylc,au contraire, abandonner ses méditations au bruit du tambour qui lui annonçait un baladin ou des marionnettes et se poser au milieu du peuple étonné, après avoir fait le

coup do poing pour conquérir une moiiloure place dans Ja foule , Maglabecchi manger, boire, dormir sur ses livres cl no sortir de cet excès d^étude que pour soigner des araignées...

Mais laissons cette nomenclature qui pourrait se {)rolonger à rinfini : ces excentricités sont une inGrmitë morale, non seulement en ce sens qu'elles ridiculisent Tliomme qui en est atteint, mais encore on ce qu'elles dénotent en lui le besoin d'attirer Tattenlion, fut-ce au détriment de sa dignité. Nous pourrions citer des exemples plus forts, plus concluantî^, mais si nous n'aimons pas ces portraits qui font grimacer riuimanité, nous goûtons moins encore ceux qui la montrent dépravée ou hideuse.

Comment, après cela, ne pas apprécier cette simplicité qui nous fait agir et marcher sans craindre la médisance ou la calomnie, sans regarder autour de nous s'agiter la foule envieuse, sans rechercher l'éloge, la flatterie et les applaudissements.

La simplicité ne s'arrête point pour se composer avec art. Elle ne peut être que le fruit du détachement de soi-même. Le trop grand retour sur soi produit dans les âmes faibles un scrupule dangereux et dans les âmes fortes une sagesse présomptueuse. Tout cela est contraire à la simplicité qui est naïve, droite et généreuse.

Avec la vraie simplicité, avec la pureté de cœur qu'elle donne, on ne se met plus en peine de ce que les autres croiront de nous. On agit do son mieux, avec une attention douce, libre, gaie ; une âme ainsi formée n'a plus que sa candeur ; elle va toujours s'élargissant à rinfmi, à mesure que son oubli d'elle-même augmente, et sa paix est profonde au milieu de ses peines.

— La simplicité est comme l'innocence : perdue, on ne la retrouve plus. Elle ne s'imite point ; qui veut se faire simple n'est que maladroit et accuse seulement une prétention do plus, en voulant déguiser les autres.

La simplicité est à la vertu ce que le bon sens est à la raison. Dans le langage, dans les manières, elle trouve dans le monde une juste approbation et y est considérée comme la compagne naturelle de ce qui est noble et distingué.

L'homme simple passe souvent inaperçu et s'en réjouit parce qu'il demeure plus libre. Ouelle surprise n'excite-t-il pas quand

il vient à exécuter de grandes choses comme si elles lui étaient naturelles ! On a vécu avec lui sans le remarquer ; on Tavait dédaigné peut-être, on est contraint de l'admirer et on se demande où il a puisé des forces si merveilleuses. — Où il les a puisées? — Dans celte simplicité même qui lui permettait de recueillir en silence toutes les facultés de son âme. Un cœur simple trouve dans la vertu Taliment qui lui convient ; il se concentre dans le sentiment qu'elle inspire ; il s*y livre avec franchise et 8*y repose avec sécurité. (De Gérando).

— La simplicité est un résultat de l'innocence et de la bonté.

(Azals).

Sincérité. — La sincérité est l'enseigne do Thonnéte homme ; elle est bannie des cours, où elle est regardée comme une marchandise dangereuse.

Sobriété. — La sobriété, dit Franklin, est le premier médecin de l'homme, ou, pour mieux dire, elle rend la science inutile.

Si l'habitude de boire des vins capiteux et démanger des mets succulents engendre la maladie, l'habitude do boire et do manger beaucoup rend l'homme brute et vicieux. C'est en ce sons que la sobriété a sur la moralo une grande influence. Les anachorètes en étaient arrivés, par suite de cette croyance, à un degré d'abstinence vraiment incroyable.

La sobriété, au moral, s'appelle modération, discrétion et retenue. (V. ces mots).

— Combien est préjudiciable à l'esprit et au corps la réplétion des viandes, la diversité, l'exquis et artificiol appr<>l. Chacun le peut sentir en soi-même ; la gourmandise et l'ivrognerie sont vices lâches et grossiers ; ils se décrient assez d^cux-mêmcs par les gestes et contenances de ceux qui en sont atteints. Jamais homme aimant son ventre ne fit belle œuvre.

La sobriété étouffe les vices au berceau, c'est la meilleure et plus sûre médecine contre toute maladie. Tous les grands hommes ont été sobres, jusqu'à Êpicure, le grand docteur de volupté !...

(Charron).

Sociabilité* — L'homme a été fait pour vivre en société. Si rintention de Dieu eût été qu'il vécut seul il lui aurait doDoé des aptitudes, des organes et des qualités afférentes à ce genre de vie solitaire. C'est le contraire qu'il a fait : ses inclinations, sa faiblesse, les besoins de son cœur en sont autant de preuves.

Gomment, en effet, Tenfant eût-il pu vivre, se développer, se fortifier et s'instruire sans la famille 1 Comment eût-il pu utiliser tousses moyens intellectuels et moraux dans l'âge mûr et préserver sa vieillesse de l'atteinte des in6rmités T Le plus intelligent des animaux, réduit à l'isolement, en eût été le plus faible, et n'aurait môme pu se défendre. A quoi lui eût servi la faculté de parler, de raisonner et d'étendre ses connaissances ? a Otez la sociabilité, dit Sénèque, vous détruisez l'union des familles etdes peuples d'où dépendent la conservation et le bonheur de la vie. » Aussi lisons-nous dans V Écriture : « Il n'est pas bon que l'homme soit seul... » Cela est tellement vrai que rien n'est étrangère Thomme (1), et qu'il vit de la vie de ses semblables : si quelqu'un nous aborde avec la joie peinte sur le visage, il excite un sentiment identique ; les larmes d'un ami, d'un inconnu môme, nous touchent avant que nous en connaissions la cause ; les cris d'un ôtre blessé ou en danger nous font courir à son secours par un mouvement de l'âme qui précède toute délibération. Il n'y a pas jusqu'à la diversité des aptitudes et des talents qui lient les hommes les uns aux autres ; aussi la sociabilité n'a-t-elle pas de plus grand ennemi que l'égolsme.

Quelle conséquence entraîne ce principe ? Celle-ci : le bien commun doit ôtre la règle suprême de notre conduite et nous ne devons jamais chercher notre avantage particulier, au préjudice de l'avantage public.

Toute une série de préceptes suit ce principe général : la bienveillance, la justice, l'amour du prochain, etc. Nous les retrouverons à chacun de ces mots en particulier.

— La sociabilité est un attrait réciproque, une affection mutuelle qui a pour objet le bien général. (Laboulaye).

(1) Homo xum, et nihil a me alienum puto, (Tércnce).

— Nous devons à Socrale, le père de la philosophie morale, un examen plus complet que ceux dont les philosophes vulgaires sont l'objet.

Socrate est né en 470 avant J.-G. Il était fils d'un sculpteur ; il contracta dans Tatelier de son père des habitudes de simplicité et de frugalité qu il n'a jamais abandonnées. Par contre, ne se sentant pas de goût pour les arts, il abandonna le ciseau pour se vouer aux sciences.

Un sens moral exquis, sa tempérance, l'application qu'il portait à l'étude et son esprit d'observation lui firent faire de rapides progrès dans la connaissance des sciences philosophiques. Ses principaux biographes racontent qu'il se croyait placé sous une influence particulière de la divinité et destiné à opérer la réforme morale de ses concitoyens. De là sa sévérité pour lui-môme et l'attention qu'il portait aux moindres mouvements de son âme. Il commença par débarrasser la morale de cette métaphysique obscure et stérile, alors en honneur, et porta ensuite la philosophie sur une scène nouvelle, où Dieu et l'homme apparurent dans des rapports de bienfaisance et de gratitude, de protection et de confiance, de justice et de soumission inconnues à ses contemporains, encore sous la pression du polythéisme.

Cette doctrine, toute nouvelle, souleva contre lui un peuple de sophistes, d'ambitieux, d'épicuriens et la jeunesse dorée de son époque habituée aux jouissances do toute nature.

Socrate eut recours pour les combattre, à un moyen qu'on a appelé depuis la méthode socratique et qui consistait à avoir l'air de ne rien savoir et d'interroger ces docteurs dans le but de s'instruire. Il les amenait, de question en question, à se condamner par leurs propres réponses ; l'ironie était son arme familière, et il s'en servait avec un art infini. Mais, celte méthode et cette ironie, souvent mordante, devaient lui attirer de nombreux ennemis. « J'en étais affligé, avouo-t-il lui-même, mais je sentais que je devais préférer jà toute chose la voix de Dieu (1 ). »

Quels que soient les prétextes donnés pour le mettre en jugement, raccomplissemont de la mission qu'il s'était donnée, la doctrine d'un Dieu unique et la forme de son enseignement furent

il) Platon : Tht:eu\

les principales causes de la condamnation qui vinl Je frapper. Il le savait et n*en persévéra pas moins jusqu'au dernier jour. Au moment de subir sa peine, il disait encore aux Athëoieos : « je ne vous ai rien caché ni déguisé, quoique je n'ignore pas qif en en agissant ainsi, je n'ai fait qu'envenimer la plaie; c'est cela même qui doit vous prouver que je vous ai dit la vérité, o La force avec laquelle il s'attachait à celte intuition se manifestait souvent d'une manière qui'pouvait faire croire à un état extatique. « Son âme, dit Gavorinus, semblait alors séparée de son corps, i Socrate était laid ; sa figure ressemblait à celle de Silène ; aussi un physionomiste lui dit-il un jour qu'il devait être né avec le naturel le plus vicieux : « II a raison, dit Socrate à ses élèves qui riaient de cette réponse, je suis né avec de fort mauvaises inclinations. • La vie entière de Socrate montre en effet une attention continuelle pour vaincre sa nature et ses passions. Le caractère de Xantippe, sa femme, contribua à cet exercice de la patience en la mettant très souvent à l'épreuve ; aussi, vers ses dernières années, sa douceur était-elle inaltérable. Sa moralité, bien que souvent attaquée par Aristophane, fut toujours irréprochable et les soupçons répandus sur ses relations avec de jeunes Athéniens d'assez mauvaise réputation sont réfutés par son existence entière, que notre cadre restreint ne nous permet pas de retracer. Aussi, quand, au moment de le juger, on l'invita à préparer sa défense, put-il répondre avec autant de vérité que de noblesse: c Je m'en suis occupé toute ma vie... la postérité jugera entre mes juges et moi ; si vous me renvoyez absous, à la condition que je cesserai do philosopher, je vous répondrai sans balancer : J'obéirai plutôt à Dieu qu*à vous. »

Sur 556 votants, 281 le déclarèrent coupable. « Mourir dès à présent, dit-il quand il connut la sentence, être délivré des soucis de cette vie, était ce qui me convenait le mieux, aussi n'ai-je aucun ressentiment envers ceux qui m'ont condamné. »

L'un de ses disciples, en lui annonçant la fatale nouvelle, le conjurait de sortir de sa prison dont les portes lui étaient ouvertes par ses soins et d'accepter une retraite on Thcssalie ; Socrate lui demanda s'il connaissait un lieu où l'on ne mourut pas et, le voyant désespéré de ce refus, il s'engagea entr'eux uu

entrelien que Platon nous a conservé et dans lequel Socrate s'altacho à prouver qu'en se dérobant à une peine légale, il se soustrairait à une obligation morale : celle d'obéir aux lois de son pays. II conserva le môiue calme jusqu'au moment do prendre le poison.

Socrate, le premier en date et en renommée des philosophes anciens, n'eut point d'école et ne publia point de livres. Son enscignomcnl fut une perpétuelle conversation qui avait lieu sur les places publiques, dans le» {^ mnases, sous les portiques, partout où se trouvait le peuple. Il causait avec tout le monde et sur toute sorte de sujets, mais il excellait dans l'art de donner à la conversation un tour intéressant. Il aimait surtout les jeunes gens auxquels il enseignait une morale et une religion plus simples et plus pures que celles de la république. Il avait conquis à Athènes la sympathie générale : a C'est surtout à cette sympathie, dit Platon, que Socrate dût les merveilles de son enseignement, n II est dilTicile aujourd'hui de se rendre compte do ceUe parole évanouie. Toutefois Xénophon nons a conservé quelque chose de sa grâce et do sa simplicité ; on sent que cette bonhomie devait toucher et conquérir les jeunes âmes, a Ses paroles, disait Alcibiade, m'agitent et font couler mes larmes. *

Le fond du génie de Socrate est le bon sens, mais un bon sens à la fois aiguisé et passionné, armé de l'ironie et ochaufTé par Fenlhousiasme. Si on n'a rien trouvé écrit de su main, en revanche on pourrait composer une bibliothèque de ce qui a été écrit sur lui. Contentons-nous d'indiquer les ouvrages do Xénophon, Platon, Plutarque, Uiogène-Laérce, Tennemann, Ritter, Stoppfer, Cousin, Janet, etc.

Sommeil. — Le sommeil est-il du domaine de la philosophie morale ? — Nous répondrions non, s'il n'était que cet état de repos dont les animaux et les plantes ressentent le besoin comme l'homme. Mais sous le sommeil, il y a le rôve qui constitue un nouvel état de l'âme.

Il est des états de sommeil qui ne laissent après eux aucune trace. Il en est d'autres qui, non-seulement laissent un souvenir, mais un souvenir qui nous poursuit et influe sur nos détermina-

lions. Certains rêves ofiFirent les mômes éléments intellectuels que rétat de veille.

Nous ne pousserons pas plus loin ces investigations pour ne pas sortir de notre cadre. Il nous sufiQt d*avoir appelé l'attention et d'indiquer les sources où pourront puiser les lecteurs, curienx d'approfondir ce sujet intéressant.

Ces sources sont les suivantes : Aristote : du sommeil et de la veiUe ; Formey : Essai sur les songes ; Maine de Biran : Considérations sur le sommeil et les songes; Jouffroy : Mélanges philosophiques ; Charma : du Sommeil, etc.

Soptiiame. — Raisonnement spécieux dont on sent la fausseté, bien qu'on puisse être embarrassé de dire pourquoi il est faux et captieux.

L'étymologie de ce mot, qui dérive do sagesse, prouve qu'il ' n'a pas toujours eu le même sens. Les premiers sophistes étaient d'abord en effet les sages de la nation ; mais, avec le temps, leurs raisonnements dégénérèrent en arguments subtils, on vaine rhétorique, en discours pleins de mots et ayant un sens contraire à la vérité. De ce moment, le nom de sophiste, cessa d'être synonyme de sage.

SopUisle». — Le nom de Sophiste n'avait pas dans l'ancienne Grèce le sens défavorable qu'il a aujourd'hui. On nommait ainsi les maîtres de la sagesse et de l'éloquence ; mais quand on vil se répandre en Grèce des hommes se piquant de tout savoir et offrant do tout enseigner, rhéteurs habiles, mais qui mettaient leur éloquence au service de toutes les causes, dialecticiens subtils, mais qui soutenaient le pour et le contre, capables de tout nier, même l'évidence, et de tout affirmer, même Tabsurde; hommes, avides d'ailleurs, affamés do richesses, de pouvoir, et de renommée et faisant servir indifféremment le vrai et le faux, le juste et l'injuste, aux intérêts de leur fortune ; en présence d'un tel abus de l'esprit et de la parole, la conscience publique s'alarma, le nom de sophiste commença à être suspect et Gnit par être injurieux.

Codifie. — L'académie définit ce mot : Défaut d*espril

et de jugement. Nous ne sommes pas tout à fait de cet avis : Si la sottise exclut le jugement, elle n'exclut pas l'esprit ; loin de là : il n'y a pas de sots si incommodes que ceux qui ont de l'esprik L'ignorant qui ëcoute et se tait, bien qu'un peu nul, est mille fois préférable en société. Du moins, il ne fait pas souffrir.

Parler à tort et à travers est, en général, le cachet de la sottise.

SouArance. — Impression pénible qu'éprouve le corps ou Tâme.

La souffrance, d'après les Stoïciens, n'est pas un mal. Cette maxime pompeuse, qui a un moment séduit les philosophes, n'a pu séduire l'humanité et l'empêcher de gémir et de se plaindre. Il appartenait au Christ de la montrer sous son véritable jour, a Heureux ceux qui souffrent, a-t-il dit, parce que le royaume des cieux est à eux. » Cette maxime, soutenue par son exemple, a rendu bien des hommes capables, non seulement de souffrir sans faiblesse, mais d'en remercier Dieu, car les souffrances purifient l'âme et la rendent digne d'une récompense dans une autre vie.

Supportons donc nos souffrances avec douceur, avec résignation, mais ne les aggravons pas par des macérations cruelles ou des austérités excessives qui peuvent amener la mort. Rappelons-nous que si Dieu permet la souffrance et conseille l'abstinence, les veilles, le silence et d'autres austérités, il nous défend le suicide, qu'il soit lent ou instantané : la secte des Flagellant qui croyaient à ces macérations plus de vertu qu'aux sacrements a été réprouvée par l'Ëglise.

— La souffrance acceptée n'est-elle pas la prière en action ?

(Schouvalov).

e^oumlBalon. — c II faut toujours désirer de connaître la volonté de Dieu, dit Nicole (1), parce que notre ignorance nous la cache trop souvent. Il faut désirer de la suivre, parce

(I) Œuvres philosophiques et morales,

que notre concupiscence ne cesse pas de nous en éloigner pour nous porter à ce qu'elle aime... » Mais il faut méditer sérieusement ce que c'est que suivre la volonté de Dieu et de quelle sorte il faut pratiquer ce devoir essentiel.

On a donné divers noms à Texpression de cette volonté :

La loi éternelle^ qui défend de troubler Tordre de la nature.

Les préceptes divins, qu'il faut avoir toujours devant les yeux et dans notre cœur.

La lumière intérieure qui éclaire les hommes qui veulent le bien.

Ces divers noms, ne sont en réalité, que la volonté de Dieu.

C'est en aimant celte volonté, en la désirant et la suivant que les hommes croissent en justice et en bonheur, c'est en s'en éloignant qu'ils sont injustes, corrompus et malheureux.

Dieu, en effet, n'a-t-il pas tout créé et tout disposé pour notre bonheur ? Si nous sommes malheureux c'est que nous ne comprenons pas ses vues et que nousf ne nous conformons pas à la loi morale qu'il a gravée dans notre conscience.

Cette soumission, c'est pour nous qu'il la veut, elle est tout entière dans notre intérêt ; si nos fautes incessantes n'épaississaient pas les ombres autour de nous, les motifs d'une complète soumission ressorti raient de la raison môme des choses. Comment la faiblesse ne se confierait-elle pas à la puissance, Y ignorance profonde à la sagesse, pour laquelle rien n'est caché 1

Réfléchissons et soyons sincères : cette volonté, devant laquelle nous devons fléchir, nous impose-t-elle jamais rien de déraisonnable, d'impossible? elle n'a jamais nié non plus les droits de la sensibilité humaine ; elle ne combat que l*excès d'une douleur légitime.

— Ne nous tourmentons jamais au sujet des malheurs et calamités qui surviennent. Laissons tout à la Providence. Dieu sait mieux que nous ce qui nous convient et pourvu que nous observions ses commandements, tout nous tournera à bien. Il faut avoir une grande éi^alité de cœur parmi la si grande inégalité des événements. (Saint François de Sales).

Spinosa. — Célèbre philosophe hollandais, né à Amsterdam en <632, mort à La Havc en 1677.

Issu d*uQe famille juive, Spinosa fut élevé dans la religion de ses pères, qu'il abandonna par conviclion. Proscrit par sescorréligionnaires, il vécut dans une retraite profonde où Tétude fut sa seule consolation. Il avait à peine 45 ans, quand il mourut d*une phtysie.

La philosophie de Descartes a été longtemps sa seule nourriture intellectuelle ; plus tard, il pensa et médita pour son propre compte : « Tout est extraordinaire dans Spinosa, dit Saisset, sa personne, son style, sa philosophie ; mais ce qui est plus étrange encore, c'est la destinée de cette philosophie. Mal connu, méprisé de ses contemporains, Spinosa meurt dans l'obscurité et y demeure enseveli pendant un siècle. Tout à coup son nom reparaît avec éclat : on lit VÉthique avec passion, on croit y découvrir des horizons inconnus à nos pères. Ce penseur inoffensif que Malebranche appelle un misérable parait àTAllemagne le plus religieux des hommes. Dans ce système si monstrueux , Jacobi voit le dernier mot du rationalisme et Schelling la véritable philosophie, i

Qu'y a-t-il de vrai dans ces appréciations ?

Spinosa a inventé un système philosophique ou religieux, dans lequel il n'admettait qu'une substance infinie, Dieu, auquel il donnait deux attributs essentiels : l'étendue et la pensée. Les Êtres finis ne sont que des parties, des manifestations de cette substance, les corps n'étant que des modes de l'étendue et les esprits des modes de la pensée divine. Tout est l'effet d'une nécessité absolue ; il n'y a de liberté ni dans l'homme, ni en Dieu...

Tel est le résumé sec et succinct de celte doctrine qui a fait tant de bruit. Méritait-elle cette réputation ?

Dire que le monde est Dieu ; c'est n'admettre que le monde et c'est nier Dieu.

Donnez à cela le nom qu'il vous plaira, au fond c'est l'athéisme.

Spiritualisme. — Système de philosophie qui établit la supériorité de l'esprit sur le corps. C'est l'opposé du matérialisme qui donne tout aux sens et à la matière.

On entend, en philosophie, par spiritualisme la croyance à l'existence d'un être distinct du monde matériel et duquel tout émane.

Le spiritualisme commence avec Socrate et PlalOD ; Descartes l'a mis sous les formes sévères du génie moderne.

Son caractère est de tendre, par tous les moyens que la raison avoue, à élever et agrandir Thomme. II enseigne la liberté et Ja responsabilité des actions humaines, Fobligation morale, Ja vertu désintéressée, la dignité de la justice, la beauté de la charité et, par de là les limites du monde, il montre un Dieu, qui, après avoir fait l'humanité pour une fin excellente, ne rabandonnera pas dans le développement mystérieux de sa destinée.

Descartes, Locke et Loibnitz sont les représentants du spiritualisme moderne, mais Leibnitz est le seul qui ait tiré la conséquence de son principe. Le principe contraire a été soutenu avec conviction, sinon avec la même autorité, par Gassendi, Hobbes etCondillac. (V. ces noms).

e^toTcIsme. — Système philosophique fondé par Zéoon et développé par Ëpictète.

Le stoïcisme combine le matérialisme avec une morale sévère fondée sur la notion de la justice et du devoir. Il enseignait à être insensible à tous les maux. On lui reprochait de faire naître Torgueil et la sécheresse de Tâme.

En effet, la vertu ayant une valeur absolus on doit la cultiver pour elle-même et non dans Tespoir d'une récompense, pas même celle du plaisir que donne une sage conduite. De là suit que tout ce qui n*est ni moral ni immoral est indifférent, comme la santé, la fortune, les honneurs, le plaisir, la douleur, la maladie, etc.

Cicéron, Sénèque et Marc-Aurèle penchaient vers celte doctrine, sans être précisément stoïciens, et chez nous, Montesquieu dit « que s'il n'était pas chétien, il ne pourrait s'empêcher de mettre la destruction de la secte de Zenon au nombre des malheurs du genre humain. » C'est faire beaucoup d'honneur au stoïcisme !

Subtilité. — Pénétration vive, finesse et promptitude de l'esprit.

Dans une acception philosophique, la subtilité est une distinction sans valeur qui échappe à l'intelligence. On en a fait un synonyme de paradoxe et de sophisme, t Toutes les subtilités de

la métaphysique, dit Rousseau, ne peuvent faire douter de l'immortalité de l'âme et d'une providence bienfaisante. »

< Les subtilités des dialecticiens, dit Bayle, ne peuvent rien contre les notions d*un esprit juste. »

Ce sont là des aveux à recueillir.

Suicide. — Le suicide est une horrible chose, puisqu'il amène la décomposition de ce qui avait mouvement, force et liberté d'action... Cependant le matérialiste Tadmet, car il est aussi le terme de la souffrance : les stoïciens considéraient comme une prérogative du sage de sortir tranquillement de la vie quand il le voudrait, comme on sort d'une chambre pleine dé fumée (4)...

Pour le spiritualisle, le suicide est un contre sens ; pour le chrétien, c'est un crime.

Si, comme tout le prouve, Tâme est non seulement distincte du corps, mais supérieure à lui, le suicide est un bien terrible abus de sa domination : Tâme tue le corps cause de sa douleur, mais qui lui dit que, les organes détruits, l'âme survivante ne souffrira plus ? N'est-il de souffrance que la souffrance physique ? Si les nerfs, les muscles, le sang, la bile, les humeurs sont des causes de souffrance, l'imagination n'a*t-elle pas les siennes aussi ? A moins d*ètre matérialiste, peut-on avancer que c'est le cerveau qui est la cause de notre douleur?

Dira-t-on que le corps et l'âme sont une seule et même chose ? — Mais la volonté, la puissance qui tue peuUelle être la même que celle qui est tuée ?

Si l'âme et le corps étaient une même chose, comment explipliquer cette force, cette vivacité, cette jeunesse d'intelligence dont Théophraste, Fontenelle, Voltaire, De la Haye et de nos jours Thiers, Yiennet, Guizot ont donné des preuves à l'âge de la décrépitude {%) ?

(1) Hobbes : De la nature humaine.

(2) Théophraste a écrit les Caractères à 99 ans ; FonteDclle était centenaire ; Voltaire faisait jouer Irène, sa dernière tragédie, à 84 ans ; lo voyageur Do La Haye est mort à 130 ans, en écrivant ses voyages ; Vicnnet composait et récitait le soir, de mémoire, des satires de 3 à 400 vers, étincelantcs de verve cl d'esprit, à 90 ans; enOn Guizot.

Pascal D*a-t-il pas été admirable de lucidité et de génie, au milieu de la précoce décomposition de ses organes?

Il est de pauvres fous, spiritualistes peut-être, mais non chrétiens, qui, fatigués de rêves et de déceptions, se réfugient dans le suicide en disant : puisquMl n'est pas de bonheur réel ici -bas, cherchons-le plus haut...

Ils supposent donc que ce bien supérieur et complet, que notre cœur cherche sans jamais le trouver, ils Tatteindront en se dépouillant de l'enveloppe qui retient l'âme captive. Mais est-ce en allant contre la volonté du Créateur, qui les a unis dans sa sagesse, qu'ils trouveront le bonheur qui les AiitTSi Dieu a voula répreuve, donnera-t-il le bonheur à celui qui la refuse T — Pas plus que le général d'armée ne donnera la décoration à celui qui abaidonne le champ de bataille.

S'il y a un Dieu, il y a une justice, et une justice qu'on peut violer impunément n'existe pas. Donc, puisqu'il y a une justice, il faut qu'elle s'exerce avant ou après la mort. Si notre liberté nous enlève les moyens de l'exercer dans le temps, nous la subirons dans r éternité... Choisissez maintenant 1

— L'absolue justice ne s'exerce pas dans cette vie. Elle laisse flotter les rênes du monde moral au gré de nos volontés. Il le faut, sans quoi nous ne serions pas libres et nous ne mériterions pas l'avenir réservée la vertu par l'épreuve. (Aug. Nicolas).

-— Il y a autant de courage à souffrir avec constance les peines de l'âme qu'à rester fixe sur la muraille d'une batterie ; se tuer pour se soustraire au chagrin, c'est déserter...

(Ordre du jour du général Bonaparte).

— Le suicide est la plus grave de toutes les maladies morales de l'époquo. (D** Ebrard) (4 ).

Superstition. — Altération ou corruption du sentiment

religieux; foi sans raison, croyance aveugle qui n'est basée sur aucun examen.

octogénaire, nous donnait chaque année un volume de morale religieuse, dernier et magnifique travail de sa vieillesse.

(1} Voir l'excellent ouvrage de ce docteur, médecin en chef de ThApital général de Nlmcs (1870).

Rien n'est plus opposé à la véritable religion que la superstition, qui attribue à des causes surnaturelles les choses dont rignorance ne permet pas de se rendre compte.

A mesure que les lumières se répandent, le besoin d'une certitude raisonnée et raisonnable remplace les croyances superstitieuses.

L*homme religieui craint la justice de Dieu et cherche à calmer sa crainte en pratiquant la loi morale ; le superstitieux 8*imagine apaiser le courroux céleste en ayant recours à des pratiques qui n'ont le plus souvent aucun rapport à cette loi.

La croyance aux présages, aux nombres, aux jours néfastes, aux accidents qui portent malheur, est répandue dans le peuple. Cela a-t-il une raison d'être? qu'est-ce qui a pu donner lieu à ces superstitions ? «.

Dans l'enfance de la civilisation, l'homme éprouvait déjà le besoin de croire à l'existence d* êtres iupérieurs auxquels il attribuait le gouvernement du monde et qu'il invoquait dans ses moments de crainte ou de danger. Il inventait alors un culte quelconque, qu'il croyait être agréable à ces ôtres supérieurs, pour s*allirer leur bienveillance.

La superstition a pris un autre caractère avec le polythéisme, accepté même par les philosophes. La difficulté de concevoir le mécanisme du monde, la liaison des causes physiques avec leurs effets avait fait admettre, en Grèce et à Rome, dos Dieux présidant à chaque acte de la nature ; peu à peu le sensualisme a rabaissé ces divinités au niveau de l'homme et cet état a duré jusqu'à la naissance du Christianisme qui a sa base dans la loi morale, dans le cœur et la conscience.

La superstition existe encore chez les nations que l'ignorance abiiitit : on ne peut donc s'étonner de voir un paysan russe demander à saint Nicolas de protéger ses vols, un Italien faire bénir le poignard qui va lui servir à commettre un crime ou un bandit Espagnol, le mousquet à la main, forcer un prêtre à lui donner l'absolution... La religion chrétienne ne peut être solidaire de pareilles aberrations.

— La superstition nait du besoin de croire et de l'ignorance.

(Latena).

^Susceptibilité. — Disposition à se blesser trop aisé* ment.

Ce travers consiste à se fâcher sans raison d'un procédé quelconque. C*est une erreur ou un excès de délicatesse qui nous rend insupportables aux autres et enlève à la société tout son plaisir. C*est surtout dans les petites villes qu'elle se rencontre ; les hommes y sont trop en présence les uns des autres et en perpétuelle rivalité de naissance, de fortune, de position sociale. Us s'observent, sont sur le qui vir>e, et tirent des inductions fâcheuses des moindres circonstances. Aussi la vie s'y écoule-telle en brouilleries et en raccomodements, ridicules aux yeux des gens sensés.

Dans les capitales, au contraire (où Ton trouve, il est vrai, d'autres défauts), il y a plus do largeur dans les idées et on y comprend moins la susceptibilité.

Chez un simple particulier, la susceptibilité n'est qu'un travers ; dans l'homme public elle devient un défaut grave.

S'wret.cliine. — Anne-Sophie Sogmonof, née en Russie

en 4782, morte à Paris en 4 857, était la fille de l'un des fondateurs de r Académie de Moscou, secrétaire de l'Impératrice Catherine. Elle était elle-même, à seize ans, dame d'honneur de rimpératrico Marie.

Son éducation fut très soignée ; sa figure, sans être belle, était sympathique ; elle épousa, encore fort jeune, le général Swetchine qui avait 25 ans de plus qu'elle.

Un caprice de l'Empereur de Russie ayant éloigné Sogmonof de Moscou, ce dernier mourut de chagrin. M°^° Sw^elchine adorait son père, mais cette première épreuve, au lieu de l'abattre, éleva son âme à Dieu et dès ce moment elle appliqua toutes ses facultés à l'étude et à la religion, un peu négligées jusque-là.

Sa position élovée lui donna l'occasion de connaître plusieurs personnages de distinction et notamment le comte de Maistre dont la conversation influa beaucoup sur ses idées, sans la subjuguer cependant entièrement, car elle trouvait son dogmatisme trop absolu. Quand elle donna à ce vieil ami l'immense joie do son entrée dans Tcglise catholique, en 4 815, ello y pénétra par d'autres voies que celles qu'il lui avait tracées.

L'Empereur Alexandre lui témoignait, malgré cette conversion au catholicisme romain, une estime toute particulière et trouvait un grand charme à s*entrolenir avec elle.

Des circonstances politiques ramenèrent à Paris en 4 84 6 et elle s'y trouva naturellement placée au milieu de la société la plus distinguée. Le salon de la duchesse de Duras fut celui où on la trouvait le plus souvent et elle y fit la connaissance de M™« de Staël.

Après de longues péripéties dans son existenceet les fréquents voyagos qu'elles amenèrent, M'"^ Swetcbine revint se fixer à Paris et y prit un appartement dans la rue Saintr-Dominique. Son salon devint en 4 825 Tun des centres littéraires les plus attrayants. L'ascendant qu'elle exerçait sur un grand nombre d'esprits d'élite était immense et l'attachait encore plus à cette résidence. C'est là qu'elle connut le comte de Falloux, à qui nous devons de connaître sa vie et l'abbé Lacordaire. Quand la faveur de demeurer en France fut retirée, en 4 834, au général Swetcbine, ce coup fut terrible pour elle ; elle partit pour Saint-Pétersbourg, vit l'Empereur et en obtint l'autorisation de rester à Paris; mais, avec son organisation si impressionnable, sa santé avait reçu une secousse dont elle ne devait jamais se remettre. On vit alors dans cette âme d'élite un long combat entre le moral et le physique : les souffrances et les épreuves semblaient retremper son âme à mesure que son corps s'affaiblissait.

Le salon de la rue Saint-Dominique était rempli do visiteurs illustres qui semblaient venir s'instruire à ces leçons d'une âme d'élite, luttant avec la mort, et toujours douce, sereine et résignée. On remarquait parmi eux MM. do Montalembert, d'Eckstein, Auguste Nicolas, de Carné, Cazalès, de Champagny, de Corcel- Ics, Rio, Turquetti, etc., etc.

C'est à cette époque qu'elle perdit le général, frappé, sous ses yeux, d'une apoplexie foudroyante à l'âge de 92 ans. La vie de la pauvre veuve devint dès lors plus retirée. Une dernière tristesse vint à cette époque s'ajouter à toutes les autres : la guerre qui éclata en 4 856 entre la France et la Russie: « Pour tout le monde, disait-elle, c'est une guerre nationale, pour moi, c'est la guerre civile ; tous ceux qui tombent des deux côtés sont les miens, »

M"^* Swetchine mourut comme une sainte, léguant ses biens à sa famille et ses manuscrits à M. de Falloux. Parmi ces manuscrits on remarque surtout sa correspondance avec le Père Lacordaire et ses pensées sublimes sur Dieu, Tâme, Tintelligence, le monde, le vieillesse et la résignation.

Sympatlile. — Penchant instinctif qui attire deux personnes Tune vers Tautre. — Rapports d*incIination et de caractère. — Faculté que nous avons de participer aux peines et aux plaisirs les uns des autres.

La sympathie est ce doux lien des âmes qui nous fait vivre dans le cœur d*un ami, d'une épouse, d*un 6ls, qui soutient notre existence au milieu des ennuis de la vie.

— La sympathie est entée sur la bienveillance. C'est un plaisir exquis pour nous de voir les autres hommes sympathiser avec nos joies, nos chagrins, nos opinions, nos goûts et nos humeurs.

(Dugald-Stewart).

Xempérance. — Vertu morale qui règle, modère les passions et les désirs et, en particulier, les désirs sensuels. Auss^ en a-t-on fait un synonyme'de sobriété; seulement cette dernière est plus spéciale et ne s'applique qu'à la table.

La tempérance est une vertu, en ce sons qu'elle est une résistance à nos instincts physiques et qu'elle maintient l'ordre et la régularité dans le jeu de nos organes, qu'elle assujétit la chair à l'esprit et assure en nous l'exercice du libre arbitre.

L'expérience nous prouve que l'usage immodéré des plaisirs accélère la destruction de nos organes, nous rend bientôt insipides ces plaisirs tant souhaités et que l'abus des jouissances innocentes nous conduit souvent à rechercher les plaisirs criminels.

— La tempérance est un milieu entre la débauche et l'insensibilité en fait de^ plaisirs, c'est une excellente disposition morale. Le propre de la tempérance est de savoir dompter, par la raison, le désir fougueux qui nous porte aux jouissances physiques.

(Aristote).

— Il y a une foule de vertus qui dépendent de la tempérance : ainsi Tabitinence, la sobriété, la retenue, la décence, la pudeur, la modestie, etc. Toutes ces qualités qui composent l'ensemble d'une vie chrétienne ont des nuances particulières qui en sont les fidèles compagnes.

Par opposition, on compte, parmi les vices qui lui sont contraires, l'abus ou Texcès en tout, le luxe immodéré dans la toilette, dans l'ameublement, les grands repas, les mets rares, lee fruits exotiques, le nombre des vins qui les suivent et l'ivresse qui en est trop souvent la conséquence.

(Saint Thomas d'Aquin).

— Cicéron fait consister la tempérance dans l'ordre et la mesure qu'on doit garder dans tout ce que l'on fait et ce que l'on dit. Interprétée dans ce sens, la tempérance n'est plus seulement une vertu corporelle, elle est encore et surtout une vertu morale, puisqu'elle consiste à renfermer en de justes bornes nos sentiments, nos désirs et nos affections, et à régler tous nos actes d'après la loi de l'ordre. (G. Mallet).

— Tous les extrêmes nuisent , la tempérance régénère et améliore. (Virey).

Xentation. — Dans le monde, la tentation est cet attrait qu'ont les choses défendues et qui porte les hommes à s'en emparer ou à en jouir.

La morale religieuse et les livres saints lui donnent un autre sens : lorsqu'il est dit dans l'^'crilttre que Dieu tente les hommes, cela ne signifie point qu'il les séduit ou leur tend des pièges pour les faire pécher, mais qu'il met leur vertu à l'épreuve, soit par de grandes afflictions, soit par des commandements difficiles; lorsqu'il est dit dans la Genèse : a Dieu tenta Abraham » cela signifie qu'il mit son obéissance à la plus rude épreuve en lui ordonnant d*immoler son fils.

— II faut veiller surtout au commencement de Ja tentalion : on triomphe plus facilement de Tennemi si on ne le laisse pas pénétrer dans rame et si on le repousse à l'instant même où il se présente. D'abord une simple pensée s'offre à l'esprit, puis le plaisir, ensuite le mouvement déréglé et enfin le consentement. Ainsi pea à peu, Tennemi envahit Pâme lorsqu'on ne lui résiste pas dès le commencement. (Imit. de J.<C.).

TliéAtre. — Le mot théâtre doit-il avoir sa place dans

un dictionnaire de philosophie morale ?

La tragédie est, il est vrai, une œuvre purement littéraire, mais la comédie n'est-elle pas la représentation sur la scèoe, de nos mœurs, de nos vices, de nos ridicules? S' identifiant avec le pays, les hommes et l'époque, elle corrige, a-t-on dit les mœurs en riant... castigal ridendo mores. Gela peut être exact jusqu'à an certain point, mais ce rire n'est-il pas dangereux pour la morale ?

L'influence des mœurs sur les lois et des lois sur les mœars est également vraie ; nous n*en dirons pas autant de la comédie qui est plutôt le reflet des mœurs d'une époque que le principe moteur. Il est des exceptions, mais elles sont dues au génie. Qui nierait, par exemple, que Molière ait corrigé les ridicules et, dans une certaine mesure, modifié les mœurs de son siècle ?

Il faut convenir que ces mœurs élégantes, mais singulières, tranchées, originales, ont beaucoup aidé le peintre réformateur ; ses successeurs n'ont pas trouvé les mêmes ressources dans nos habitudes bourgeoises. Cette réflexion devient encore plus vraie si Ton entre dans la révolution, pendant laquelle une vulgarité révoltante se trouvait réunie à Texercice de Tautorité. Aussi les pièces qui peignent cotte époque sont-elles tristes, repoussantes et n'ont-eiles produit aucun bien.

Il y a plus : Sous les monarchies absolues, le besoin de dégui« ser une censure hardie, de voiler une opinion nouvelle et le goût qu'il faut apporter dans ces différentes tournures, exigent une finesse d'esprit singulièrement délicate.

L'époque et lo poète se prêtent un mutuel secours.

En résumé, si le génie d'un auteur comique peut influer sur les mœurs, et corriger en riant les vices ou les ridicules d'une

époque, les lois, les mœurs, la civilisation influent bien plus sur la comédie qui n*en est que le reflet.

Cela est si vrai qu'en supposant qu'un jour il ne nous restât plus d'autres annales des derniers siècles que les œuvres de nos auteurs comiques, on devinerait par ces œuvres, non certes les événements, mais les différentes phases morales de chaque période. On verrait que le temps où parut ^e Misanthrope était celui de la politesse, de l'esprit et de l'élégance ; que la cour où l'on s'exprimait avec cette pureté de langage était à la fois spirituelle, digne et gracieuse et que le pays qui produisait et goûtait ces chefs-d'œuvre était parvenu à un haut degré de civilisation. On verrait que la religion était honorée, puisque les malhonnêtes gens se couvraient du masque de Tartuffe pour usurper l'estime publique; que les lettres étaient honorées, car le faux savoir même était un moyen de fortune ; que la noblesse était considérée, car tout bourgeois tendait à devenir ou à se faire croire gentilhomme... On verrait plus tard, et toujours par la comédie, cette même noblesse, oubliant ses mœurs et sa dignité, rougir des liens de famille les plus sacrés et se faire gloire de ses dettes et de ses folies ; on verrait la fortune publique livrée à des Turcarets^ et, plus tard enfin, se montreraient des symptômes de décadence morale, religieuse et littéraire. L'édifice social, miné par une philosophie sensualiste, athée ou sceptique s'effondre et croule dans les saturnales de 4 793...

Si on pousse jusqu'à nos jours, quels sont les personnages que nous voyons sur la scène ? Les manieurs d'argent et la courtisane, née des bénéfices scandaleux des premiers, s'y montrant de toute part et sous toutes les faces...

Xliéolo^^le* — Science qui a pour objet les dogmes et les préceptes religieux.

La théologie a suivi les progrès du Christianisme ; elle s'est fortifiée de ses luttes et de ses revers et agrandie de ses triomphes.

Connattre Dieu dans tout ce que les hommes peuvent pénétrer de sa splendeur, de sa justice, de sa bonté ; le révéler à qui l'ignore, le rappeler à qui l'oublie, le faire toucher à l'incrédule, tel est le but de la théologie.

On croit, en général, que la théologie doit être exclusivement la science du clergé ; dans Tétat actuel de notre civilisation, en présence d'opinions si diverses et si contradictoires, il importe à chacun de se rendre compte des principes et des sources de sa foi ; d'étudier les principales erreurs qui Tont combattue de siècle en siècle et d'établir des preuves de sa croyance.

L'histoire des religions et en particulier de la religion chrétienne, a encore un autre attrait : au point de vue littéraire, l'étude des livres saints, celle des Pères de l'Église, offre des beautés qu'on ne retrouve pas ailleurs. Au point de vue philosophique et moral, l'histoire des religions n'est-elle pas un résumé de l'histoire de la civilisation ? n'offre-t-elle pas le tableau des égarements de l'esprit humain comme de ses plus sublimes aspirations? ne prouve-t-elle pas que Dieu n'a cessé de se manifester à l'homme depuis les peuplades sauvages de l'Amérique jusqu'aux pays les plus éclairés de l'Europe, depuis le premier âge du monde jusqu'à nos jours ?

Xliéoptiraste. — Philosophe qui vivait an iv^ siècle avant J.-C.

Thëophraste n'est guère connu que par son livre des Caractères qui offre des traits d'une ingénieuse vérité, soit dans les portraits, soit dans les maximes. Il essaya de peindre les mœurs de son époque d'après la morale d'Aristote, son maître, et chercha à corriger les hommes, les uns par les autres, en leur présentant on miroir fidèle de leurs défauts et de leurs vices. Ses portraits sont un peu languissants et on désirerait plus d'énergie, de hardiesse et de vivacité. Ce livre, qui n'est connu que par la traduction de La Bruyère, est l'œuvre d'un vieillard plein d'expérience des hommes et do la vie, mais déjà usé, car il écrivait encore, dit-on, à 99 ans... Les anciens le prisaient beaucoup et Cicéron lui-môme faisait ses délices de ses ouvrages qui, malheureusement, ne nous sont pas tous parvenus.

Xltomae d'AquIn (8^). — Célèbre théologien, ne en 1S27, dans le pays napolitain, mort on 1S74.

Thomas d*Aquin était do grande naissance. Après avoir fait des études sérieuses, les entretiens qu'il eût avec quelques

religieux de Saint-Dominique le déterminèrent à entrer dans cet ordre.

A celle nouvelle, sa mère, la comtesse d'Aquin se rendit à Naples et toute sa famille se joignit à elle pour le faire changer de résolution : Prières, menaces, séductions, tout fut inutile.

Pendant son noviciat, on remarqua qu'il renfermait en luimême ses connaissances et ses réflexions ; aussi ses condisciples l'appelaient-ils le bœuf muel^ mais Albert le Grand leur répondit que les doctes mugissements de ce bœuf retentiraient un jour dans le monde entier.

Il fut bientôt ordonné prêtre et pendant tout le cours de sa vie, sa douceur et sa modération ne se démentirent pas. Il s'exprimait sur toutes les matières philosophiques et religieuses avec tant de précision et de clarté qu'il ne laissait aucune incertitude dans Tesprit de ceux qui Técoutaient : point de rhétorique , point de digressions, point de confusion ; il avait perfectionné et agrandi la méthode scholastique.

Reçu docteur à Paris, on 4 257, il quitta cette ville pour se faire entendre dans les principales chaires d'Italie et revenait en France, quand une maladie l'emporta, à peine âgé de 48 ans.

Il fat canonisé sous le pontificat de Jean XII •

Saint Thomas a laissé de nombreux ouvrages, il n*est pas de problème que cet éminent théologien considère comme étranger à la philosophie. Parmi ceux qui se rapprochent plus particulièrement du sujet que nous traitons, nous citerons le Traité de Vâme et la morale; mais son plus grand titre de gloire est le livre connu dans tout l'Occident sous le nom de la Somme.

Saint Thomas est un moraliste sévère : « Quel est, dit-il, le but de toute considération morale ? — La recherche du souverain bien, unique Gn du désir moral, comme la science est la fin du désir intellectuel... Qu'est-ce que le bien absolu, si ce n'est Dieu lui-même? — L'amour des créatures ne sufQt pas à l'énergie de nos facultés affectives ; elles ne peuvent trouver qu'en Dieu cette satisfaction parfaite, cette plénitude de jouissances qui est le terme du désir. Le bonheur suprême n'est donc pas dans ce monde, mais dans les félicités de l'autre vie. Or, la raison nous

enseigne qu'elles ne peuvent être accordées graUiitement, nous devons donc travailler à les mériter. Ainsi, raccomplissemont du devoir a le bonheur pour but et pour récompense... >

« Mais si le souverain bien a le ciel pour patrie, il y a sur la terre un bien relatif : Tobjet du devoir est de le rechercher et de fuir le mal. — Pour nous aider dans cette recherche, Dieu nous apprend à distinguer le bien du mal.

f Cependant les erreurs sont fréquentes ; dans notre liberté nous ne savons pas toujours nous conduire, trompés par des apparences, nous courons vers le mal, croyant que c'est le bien. Mais puisque Dieu, qui est notre juge nous a donné le secours de sa grâce, écoutons avec respect et soumission cette voix intérieure et réglons notre conduite sur ses conseils... »

Ce rapide résumé de la morale de saint Thomas n*est autre chose que la conscience éclairée par la doctrine chrétienne. Nous avons déjà développé ailleurs cotte pensée.

(r. Conscience),

Ximldlté. — Sorte de crainte qui a sa source dans notre organisation, dans notre faiblesse ou dans Tignorance des usages du monde.

La timidité fait souvent un sot d'un homme do mérite, en lui étant la conGanco et la présence d'esprit nécessaires dans les salons. Elle suppose aussi la connaissance de nos défauts ; alors elle devient aimable et se rapproche de la modestie. D'autres fois, elle provient d'un défaut d'éducation. Ce sont autant de nuances qu'il faut savoir distinguer avant de repousser, de dédaigner ou de jeter le blâme sur un homme timide.

Xolérance* — Indulgence, condescendance qu*on a les uns pour les autres.

La tolérance grandit avec la civilisation : Dans la vieille Europe, elle s'est établie avec lenteur et difficulté ; dans la jeune Amérique, au contraire, elle a pris, dès l'abord, des racines profondes.

La raison humaine n'ayant pas une mesure précise et déterminée, ce qui est évident pour l'un est souvent obscur pour l'autre. Tel degré do lumière, suffisant pour convaincre l'un, est

insuffisant pour un autre dont Tesprit est moins vif ou différemment affecté ; d*où il suit que nul n'a droit de donner sa raison pour règle et moins encore d'asservir personne à ses opinions,

L'éducation, les préjugés, les objets qui nous environnent influent sur nos jugements et les modifient à l'infini. Les corps se ressemblent pou et les esprits moins encore que les corps. Qu'y a-t-il alors de plus naturel et do meilleur que do nous supporter mutuellement et de nous dire à nous-mômes : a Pour quoi celui qui se trompe cesserait- il de m'ètre cher ? Combien de fois j'ai cru voir le vrai où dans la suite j'ai reconnu le faux ! Je n'ai que trop acquis le droit de me méfier de moi-même et je me garderai de haïr mon frère, parce qu'il pense autrement que moi. 1

Ceci s'applique surtout aux opinions sociales et philosophiqnes; mais il n'en résulte pas qu'on doive considérer comme indifférents tous les systèmes religieux : Il n'y a pas deux morales ni deux vérités. Aussi ne parlons-nous (en ce qui touche les différents cultes] que d'une simple tolérance. Nous sommes dans le vrai, restons-y, mais ne forçons pas à croire ce que nous croyons nous-mêmes, celui qui n'a pas reçu les lumières nécessaires pour parvenir à la vérité.

L'intolérance et la violence des hommes ont toujours produit des résultats contraires à ceux que l'on attendait. L'histoire est là pour prouver que la persécution a centuplé le nombre des prosélytes d'une fausse religion, qui seraient probablement rentrés dans la bonne voie avec l'amour, la douceur et la tolérance.

— La persécution religieuse est le plus imbécile des crimes : Le Cirque romain, où l'on comptait tuer la religion chrétienne en jetant les croyants de la foi nouvelle en pâture aux botes féroces, n'a rien empêché ; la Saint-Barthélémy n'a pas éteint le protestantisme, et les massacres des juifs n'ont pas empêché la vieille foi judaïque de se maintenir à travers les égorgements. Si tant de sang versé, sans profit pour personne, tant do cruautés commises tour à tour par tous les fanatismes, si un si grand nombre do crimes, commis au nom d'une religion, nous avaient seulement affranchi de la possibilité de recommencer les sanguinaires sot-

lises d*autrefois, si dous en avions tiré un enseignement, on pourrait passer Téponge sur le passé en songeant au résultat acquis. Mais rien 1 On continue tranquillement à égor^r de temps en temps des êtres qui n*ont pas choisi leur religion à leur venue au monde, et dont le seul crime est de persévérer dans la croyance de leur enfance. (Wolff).

XrflMlItioii. — Faits historiques ou religieux, qui nous ont été transmis d*âge en âge, et se sont conservés en passant de bouche en bouche, de générations en générations.

Avant l'invention de récriture, la tradition orale était le seul moyen de conserver le souvenir d'un événement, mais c*ëtait un moyen bien incomplet.

Les traditions anciennes étaient enveloppées de mythes et d'obscurités qui les rendent bien incertaines. De là les fables du paganisme altérées ou embellies par Hésiode, Homère, etc.

Les préceptes de Jésus-Christ ne sont point une tradition purement orale ; ils ont été écrits, recueillis par quatre Êvangélistes contemporains du Christ et conservés dans l'Église.

Xrn vall. — Le travail est la source de toute production de la richesse commune ; il peut s'élever jusqu'à la vertu et devient Taccoroplissement d'un devoir universel ; c'est un tribut acquitté envers la société et un moyen d'éducation nécessaire à chacun de nous.

Une occupation fixe et régulière est indispensable à l'homme ; elle le soustrait au poids de l'ennui ; elle empoche ses forces de divaguer, de s'engourdir ; elle entretient Tactivité en la réglant, en la garantissant des écarts. Avec les habitudes régulières et sérieuses qu'il fait contracter, l'homme a plus de sécurité, il est mieux défendu contre les passions ; sa faiblesse y trouve un refuge ; sa mollesse un remède ; il y puise la patience, et par la patience, la vigueur. Aussi les hommes laborieux éprouvent-ils ordinairement une fierté intérieure, paisible, silencieuse, que le monde ne soupçonne pas toujours. 11 est de plus l'école de la résignation.

Chez les peuples de l'antiquité, l'esclave seul travaillait; en Chine on voit encore les grands laisser croître leurs ongl^ en

signe de noblesse ; ils se mettent ainsi dans Timpossibilité physique de se livrer à un travail manuel et se font gloire de cette incapacité qui les élève aux yeux du vulgaire. En Turquie, le riche fume tout le jour, accroupi sur de moelleux coussins, et laisse à Tesclave jusqu'au soin de garnir sa pipe et de chasser les mouches qui l'incommodent. Partout où il a pénétré, le Christianisme a réhabilité Tidée de travail que la société antique avait avilie en se corrompant ; puis, il a fini par réhabiliter le travail lui-même, en Taffranchissant. Avant TÈre chré-' tienne, le monde était partagé entre un petit nombre de privi-' légiés de la fortune et une multitude infinie d'esclaves condamnés par leur naissance aux plus rades labeurs. Le Christianisme a d'abord jeté Tanathème à Toisiveté ; puis, il a visité l'esclave, il Ta montré par son âme, Tégal du mattre. Il n'a pas, tout à coup et violemment, brisé ses fers, mais il lui a ap^riai être libre en les portant; il lui a dit que son abjection ne venait ni do travail, ni de la pauvreté, mais du vice et de la corruption, et que la grandeur et l'indépendance véritables ne consistaient ni dans l'oisiveté, ni dans les richesses, mais dans les vertus. Il a enseigné aux hommes qu'ils ne formaient qu'une même famille, que c'était une impiété des sociétés et des philosophies anciennes d'avoir cru que les uns étaient nés pour servir et les autres pour dominer ; il a ensuite pris à tâche de relever et d'anoblir le travail.

Le travail réhabilité a rendu à l'homme sa dignité dans quelque position qu'il se trouve ; l'oisiveté, la paresse sont devenues des vices au lieu d'être des obligations pour certaines classes ; le cultivateur, l'artisan, le serviteur lui-même se sont élevés. aux yeux de la société comme aux leurs, et la morale y a gagné. Le repos a été plus doux après le labeur, la famille plus unie; l'aotivité, l'ordre, la vigilance, la probité, inconnues à l'esclave abruti, sont devenus les vertus du cultivateur; content de sa. journée, satisfait de soi, il goûte avec bonheur les joies de famille au lieu de maudire le mattre, souvent impitoyable, qui inventait de nouvelles tortures pour obtenir plus de produit.

— Il est une joie ignorée de ceux à qui la vie n'a coûté que la peine de nattre; c*est cette joie, puérile si Ton veut,

mais enivrante, qae Ton éprouve à tenir dans sa main le premier argent qu'on a gagné par son labeur... Non, cette joie n*est pas puérile, car elle n'est autre chose que la conscience de notre valeur personnelle. La richesse créée par notre travail n*est-elle pas la plus légitime de toutes, celle dont nous sooimes le plus légitimement fiers ? L'héritier qui compte son or est moins riche aux yeux de Dieu que Touvrier qui reçoit son salaire.

(J. Sandeau).

—Parmi les grands esprits de notre époqne,il en est qui usent le meilleur de leur force et de leur temps à travailler à leur propre statue : au lieu de s'occuper à produire des œuvres dignes d'admiration, ils ne pensent qu'à se faire vanter pour des œuvres médiocres et s*enivront au bruit qu'ils ont euxmêmes préparé, croyant tromper les autres...

Quand les années ont donné Texpërience, quand la réflexion a fait connaître la vérité, comment peut-on courir après un vain bruit? La gloire ell&-méme perd son prix devant l'instabilité des choses de la terre : chercher la récompense de ce que l'on fait dans le sufflrage des autres, c'est se préparer des mécomptes... La meilleure, la plus belle joie du travail est dans le travail loiméme, dans la réalisation de son œuvre, la création I Estnce que le plaisir de rendre son idée, de l'exprimer, de la propager, ne devrait pas suffire à l'écrivain et à l'artiste, comme il suffit au rosier de produire de belles roses? Il remplit sa destinée, voilà tout, et celle de l'homme n'est-elle pas aussi de jeter incessamment autour de lui les fruits bienfaisants de son expérience et les inspirations salutaires de sa pensée ? (Virginie Ancelot).

— Le fruit du travail est le plus doux des plaisirs.

(Vauvenargues).

— Le désœuvrement inspire un dégoût profond de toute chose.

(Lacordaire) .

- — Une existence vide, sans but, sans luttes, est une chose monstrueuse et devrait être une exception ; tout ce qui nous entoure n'a-t-il pas sa raison d'être, son utilité? et l'être intelligent serait-il le seul à manquera cette nécessité de tendre à un but, d'être utile ? Dieu ne nous a-t-il donné la vie que pour satisfaire de vains caprices et chercher d'égoïstes jouissances ? Oui, la loi du travail est inscrite en tout lieu, il nous a été

imposé comme moyen de régénération ; la vie humaine ne 8*ëpanouit et ne trouve sa dignité que purifiée et fécondée par Je travail. Quiconque se soustrait à cette loi universelle 8*amoindrit comme une branche morte et inutile. A tous n'est pas réservé le travail manuel, mais tous doivent être utiles à leurs frères...

(Mary an).

Xribuiatioa. — La vie est pleine de tribulations et Tun des mérites de Thomme est de les supporter avec calme et résignation, même quand elles deviennent de véritables chagrins. L*un des plus beaux exemples de tribulations et de chagrins profonds, subis avec une douce et pieuse résignation, est celui de Louis XVI au Temple, au milieu des tortures morales qu*il a supportées pendant un an, lui, souverain presqu*absolu de Tun de» premiers royaumes de TEurope.

— La terre est un lieu de tribulations pour une conscience troublée. (Fénelon).

». — Abattement de Pâme causé par un accident fâcheux, par la mort d'un être qui nous est cher ou par la crainte de perdre un bien que l'on possède.

La tristesse peut provenir aussi d'une sorte de mélancolie de tempérament.

— La tristesse est un état pénible, mais, admis par la morale, sMl n*excède pas une certaine limite : lorsque la tristesse dégénère en une langueur mortelle, elle dégrade Thomme et montre la faiblesse de son esprit.

La tristesse est un découragement, une ennemie de notre repos qui flestrit notre âme si nous n'y prenons garde et nous ôto le moyen de pourvoir à nos affaires. Elle abâtardit l'homme et endort sa vertu.

Malheureusement elle se couvre de belles couleurs dénature, piété, bonté, et on en habille la sagesse, la vertu et la conscience. Mais cela n'est pas exact et elle est contre nature, puisque elle enlaidit et efface tout ce que nature a mis en nous d'aimable, qui se fond dans cotte i}assion comme la beauté d'une perle dans le

vinaigre. C'est pitië, lors, de nous voyr : Nous nous en allons, la télé baissée, les yeux fichés en terre, la bouche sans parolee, et les yeux ne nous servant que pour pleurer. Or, elle n'est pas seulement ennemie de nature, mais de Dieu, car qu'est-elle autre chose qu'une plainte contre le Seigneur de l'univers.

(Charron).

Xrouble. — Inquiétude, agitation de Tâme.

En morale, le trouble commence au moment où notre conscience nous reproche quelque chose.

En matière religieuse, le trouble est une peine intérieure, une sécheresse, un doute peut-être, éprouvé par les émes pieuses... C'est, dit-on, l'épreuve la plus rude qu*ait éprouvée M"^ de Chantai pendant son noviciat. La foi douce et candide des jeunes vierges qui se vouent au Seigneur, est plus exempte de trouble que celle des femmes qui ont connu le monde et vécu au milieu de ses plaisirs et de son scepticisme.

— Rien n'est plus propre que l'étude à dissiper les troubles du cœur. (Chateaubriand).

Xurgot. — Philosophe et économiste, né à Paris en 47)7, mort en 4781.

Destiné à l'état ecclésiastique, Turgot entra à Saint-Sulpice encore jeune ; mais son esprit positif fut effrayé de l'engagement étemel qu'il allait contracter et il se tourna du côté de la magistrature pour s'adonner plus tard, par suite des événements, à l'administration. Nous ne le suivrons pas dans ces diverses carrières, nous dirons seulement qu'il les a toutes honorées par la pureté de ses mœurs, l'élévation de son esprit et la profondeur de son intelligence.

Malgré ces mériles divers, qui ont fait de Turgot l'un des hommes les plus illustres du xviii^ siècle, nous n'en aurions pas parlé s'il n'avait laissé plusieurs écrits très recommandables, l'un sur les progrès de l'esprit humain, l'autre sur les avantages que le Christianisme a procurés au genre humain.

Dans le premier, il attaque l'opinion des hommes qui prétendent que lu religion chrétienne n'est utile qu'en ce qui touche

à la vie future, et prouve que la vraie destinée de rhomme étant toute morale, la vie présente en est la préparation ; qu*en conséquence, l'influence toute morale du Christianisme est utile, dans la plus haute acception du mot : c En mettant Fhomme sous les yeux d'un Dieu qui voit tout, dit-il expressément, il a donné aux passions le seul frein qui pût les contenir ; il a donné des lois intérieures et des mœurs plus fortes que les liens extérieurs des lois civiles ; les lois captivent, elles commandent... la religion chrétienne seule a pu affaiblir le despotisme ; ses limites sont celles de la douceur du gouvernement et de la félicité publique... 1

Turgot, avait, dit-on, conçu le plan d'un grand ouvrage sur Dieu, sur l'âme, le monde, les sociétés et les droits des hommes. Il est à regretter qu'il n'ait pu l'écrire.

UltramontAntouie* — Doctrine de Tinfaillibilité du Pape et de son pouvoir absolu. L'uUramontanwne est l'opposé du Gallicanisme^ formulé par Bossuet.

11 ne m'appartient pas do discuter cette grave question, tout à fait en dehors de la philosophie morale. Je n'ai voulu que Findiquer.

Unitô. — La notion d'unité est l'une des plus nécessaires à notre raison, car elle est la condition de la pensée et se môle à toutes ses opérations.

Percevoir, juger, classer, comparer, raisonner, méditer, c'est embrasser un seul acte, plus ou moins prolongé, au moyen de certains rapports, des idées, des faits, des jugements divers. Le mot unités pris philosophiquement, appartient plus spécialement à la métaphysique. Disons seulement qu'en l'écrivant, notre esprit s'élève malgré nous à l'unité qui rayonne en tout sens, unité absolue qui réside en Dieu seul.

Urbaalté. — Politesse que donne Tusage du moode.

L'urbanité des mœurs rend le commun des hommes plus doux et plus facile, mais malheureusement elle remplace trop souvent la franchise et la bonté réelle.

L*urbanité est plus que la politesse et la civilité ordinaires. Pour les Romains, elle était cette politesse élégante, exquise, qui ne se trouvait que dans la capitale et qui donnait une empreinte particulière aux habitudes sociales, plus de délicatesse et de Gnesse à Tesprit, plus de distinction et de grâce à l'expression de la pensée. L'urbanité est le contraire de la rusticité : urbs^ en effet, signifie ville, et rus, campagne.

Usa^e. — Coutume, habitude, pratique, reçue chez uo

peuple.

Si Thomme ondoyant et divers, suivant Texpression de Charron, offre l'expression de sa nature, c'est surtout dans la diversité de ses usages. Ces derniers varient, en effet, selon les climats, les siècles, la religion et le degré de civilisation. Les innovations et les péripéties de la mode se transforment parfois en usages.

c L'usage est le mépris du sage, » dit un moraliste et, en effet, si l'on considère la multiplicité des usages enracinés dans chacune des nations du globe et faisant partie de ses mœurs, on ne peut avoir pour eux du respect qu'autant qu'ils sont conformes à la loi morale. Nous en citerons quelques-uns à l'appui de cette assertion :

Les anciens prenaient leurs repas couchés et nous avons peine à concevoir aujourd'hui que cette position presqu'horizontale pût être commode pour manger. — Us saluaient les Grands en leur touchant le genou, tandis que, chez d'autres peuples, on tourne le dos à ceux qu'on salue. — 11 en est où, « quand le roi crache, une dame d'honneur tend la main et si elle n'est pas assez adroite pour y recevoir cette marque d'honneur, elle ramasse à terre le crachat (1) » — Chez certains peuples les bagues se portent au nez, aux lèvres et aux pieds. — Chez d'autres, on fête la mort des vieillards ; on fait cuire et réduire en bouillie le corps des

(1) Montaigne : Essais.

dëfuDts qu'on boit ensuite, en le mêlant au vin. — On a le droit de vendre à bas prix les femmes stériles ; on mange la chair fraîche et le poisson crûs ; on envoie de son sang en signe d'affection ; on tue les poux avec les dents ; on ne coupe, durant toute la vie, ni poils, ni ongles, ou bien on les rase d'un seul côté ; dans certains pays on mange non- seulement sans répugnance, mais avec plaisir, des araignées, des sauterelles, des lézards, des chauve- souris, des rats et des crapauds... « Ces exemples estrangiers, dit Montaigne, ne sont point estrangers, si Ton considère combien Faccoustumanco hébète nos sens ; aussi notre principal gouvernement est entre les mains des nourrices. La vraie semence de la cruauté chez un enfant est de voir sa mère tordre, tranquillement et sans desgoût, le col à un poulet. »

La loi chrétienne a aboli tous les usages des juifs qui n'étaient plus en rapport soit avec l'état de la civilisation, soit avec l'accroissement de la population.

— S'il est puéril do se soumettre à tous les usages, il est ridicule et mauvais de ne se soumeltre à aucun.

(A. Karr).

Valeur. •* Synonyme dç bravoure et de vaillance. — Sentiment né de l'amour delà gloire et qui, non content de faire affronter le danger, le fait désirer et chercher.

La valeur est ce délire de l'héroïsme que nous trouvons dans les chevaliers du moyen-âge et dans nos guerres de la révolution et de l'empire.

Bien différente de cette pointilleuse susceptibilité qui donne naissance aux duels, la vraie valeur est un germe heureux que la nature met en nous pour la défense de la patrie, et qui ne peut éclore, si l'éducation et les mœurs ne la fécondent.

Vanité. — La vanité procède de l'ansour-propre et se confond souvent avec Torgueil, dont die diffère cepeodant en ce que ce dernier cherche son aliment dans les grandes choses» tandis que la vanité se nourrit de futilités et de misère. « La vanité, dit Théopbraste, semble être une passkm inquiète de se faire valoir par les plus petites choses, ou de cbercher dans les sujets les plus frivoles un nom ou une distinction. »

La vanité est le cachet d'une âme rétrécie et qui n'a rien de solide. C'est dans ce sens que le sage s'écrie : wmitas vaniiaium, omnia vanitas.

— L'orgueil est une haute opinion de son mérite et de sa supériorité, la vanité n'est que Tenvie d'occuper les autres de soi. L'orgueilleux insulte aux autres hommes en se mettant au-dessus d'eux, le vaniteux les flatte, au contraire, puisqu'il les regarde comme ses juges et ambitionne leur suffrage.

La vanité est l'opposé de la fierté. Cette dernière grandit l'homme, l'autre le rapetisse. La fierté attire souvent l'admiration, la vanité rend ridicule ; elle est l'apanage de la médiocrité, le cachet de la sottise.

La vanité est, en général, une fausse opinion que l'homme prend des qualités dont il est dépourvu. L'orgueil heureux jouit de l'éclat de son rang, de rillustration de ses aïeux, de l'étendue de son crédit ; l'homme vain jouit d'un titre acheté, de la déférence d'un subalterne, des compliments d'un parasite. II se croit de l'esprit parce qu'il connaît dos hommes de lettres. L'œil de la vanité est une loupe qui grossit les plus petits des objets. De tous les flatteurs, la vanité est celui qui trompe le plus.

(DeSégur).

— On se déshonore souvent à force de vouloir être honoré.

(V'«. Ancelot).

— Nous désirons estre loués après nostre mort ; quelle plus grande vanité ! Si cette louange de notre nom peut servir à nos enfants, bien! soit! il y a de l'utilité. Mais, désirer comme bien une chose qui ne nous touche point et dont nous ne sentirons rien, c'est pure vanité.

Quelle vanité aussi aux visites, salutations, harangues, céré-

monies, promesses, louanges I combien d'hyperboles, de faussetés au vu et au sçu de tous, de qui les donne, les reçoit et les oyt ; tellement que c*est un marché faict ensemble de se moquer, et piper les uns les autres. Et faut que celuy-là qui sçait qu*on ment impudemment en dise grand merci ! et celuy-cy, qui scait que l'autre ne le croit pas, tienne bonne mine, s*attendant et se guettant Tun l'autre qui finira, bien que tous deux voudraient estre retirés. L'on se feint, Ton se contrefait et déguise; Ton trouble son repos pour ces vanités courtisannes et laisse-t-on des affaires de poids pour du vent... et le vent emporte Je corps, tant que l'on est esclave de la vanité... de quoy que l'on parle, nous nous y mestons toujours avec quelque advantage, nous vou* Ions qu'on nous trouve et nous sente partout et que l'on nous estime tout ce que nous nous estimons. (Charron).

— Les passions les plus violentes nous laissent quelquefois du relâche, la vanité nous agite toujours. Elle est si naturelle à l'homme que le plus souvent il ne la sent pas.

(La Rochefoucault).

— L'une des causes les plus communes de la vanité est la richesse. Quoiqu'elle n'ait rien de méprisable elle n'a rien non plus de glorieux en elle-même. Nouf% nous informons rarement de sa source, la seule chose qui pourrait nous rendre fiers en indiquant une grande capacité ; il suffit d'être riche pour être honoré et adulé. — En y réfléchissant nous verrions l'absurdité de ce sentiment : un homme riche n'a pas plus de droits qu'un autre à l'estime publique et il en a moins s'il fait un mauvais usage do la fortune que lui ont légué ses aïeux. En lui rendant hommage il risque d'encenser la fraude, la cupidité, l'infidélité, l'avarice ou le vol.

Une autre cause de la vanité est le luxe des appartements, des équipages, etc. ; qu'a de commun la considération avec cet appareil dû à un peu plus d'argent ? cependant cela est si commun que le riche fastueux, trompé par des adulations, se croit au-dessus de ses compatriotes et de ses égaux moins fortunés.

Vauvenar^ue». — Moraliste célèbre né à Aix en Provence en 474 5, mort en 4745

Vauvenargues entra à 4 7 ans dans le r^iment du Roi et fit ses premières armes en Italie dans la campagne de 4734 ; il prit part à celle de 4741, mais sa santé, trop faible pour le métier des armes, le força à donner sa démission. Après avoir essayé en vain d'entrer dans la diplomatie, il se tint dans une solitude absolue et c*est dans le recueillement et Tétude que son esprit s'éleva à cette hauteur de conceptions morales qui Ta placé à côté des La Bruyère et des Larochefoucault. Pauvre et toujours souffrant, il ne vécut dès lors que par la pensée et s'éteignit à trente ans.

Peu instruit en religion, cet écrivain, si convaincu de Texistence do Dieu, n'était pas persuadé de la vérité des dodrioet» chrétiennes. Il ne les attaqua dans aucun de ses écrits, mais il ne les affirma pas non plus. Sa religion était un pur déisme; ses maximes sont la partie de ses écrits qui a obtenu le plus de succès. G*est là quMl se montre tout entier. Le sentiment y tient la première place, sans exclure la raison. On le voit, en e£fét, se rapprocher sur certains points des doctrines du xviii^ siècle, mais il s'en sépare souvent : ainsi il repousse de toutes ses forces répicuréisme ; il croit que le savoir, quand il n'est pas uni au bon sens et dirigé vers un noble but, a plus de dangers que l'ignorance.

L'une des plus belles maximes de Vauvenargues : a Les grandes pensées viennent du cœur » est le reÛet de sa trop courte existence et de ses opinions en morale.

"Véliénieiice. — Impétuosité, caractère de l'homme qui se porte avec ardeur à tout ce qu'il fait et à ce qu'il dit. Ce mot s'applique surtout aux orateurs. On dit une éloquence véhémente^ mais l'on dit aussi des passions véhémentes.

La véhémence, qui aide souvent l'éloquence, la trahit quelquefois par l'excès.

'VénéraCion. -r- Respect pour les choses saintes. — Estime respectueuse pour les vieillards, les hommes vertueux, les grands princes et les grands citoyens.

Vengeance. — Sentiment instinctif qui nous porte à

punir une injure el à rendre le mai pour le mal. « La vengeance est le plaisir dos Dieux, » disaient les payens, et en cela ils se trompaient, car c*est l'instinct de Tanimal, un peu agrandi chez rbomme par Tinstruction.

Cette maxime payenne a été adoptée par la philosophie du XVIII*' siècle. Nous lisons dans TEncyclopëdie : « La vengeance est naturelle ; il est permis de repousser une injure pour se garantir des insultes, maintenir ses droits, punir les offenses. La vengeance est ainsi une espèce de justice. »

Cette morale fausse et contraire aux lois du Christianisme est fondée sur un abus des termes : 11 est sans doute permis de repousser une injure, de nous garantir d'une insulte quand cela est en notre pouvoir, mais user de représailles ne sert qu*à aigrir un ennemi et à le rendre plus furieux. Dans un pays civilisé, policé, la vengeance est dans les lois qui punissent l'offenseur, le provocateur et Tbomme méchant ou coupable. En effet, notre susceptibilité grandissant Toffense outre mesure, il ne nous appartient pas d*en apprécier la portée et de la punir. Animés, surexcités par la colère, nous tuerions souvent un homme pour une insulte légère. Cicéron, quoique payen, le sentait bien quand il disait : a II n'y a rien de plus louable et de plus digne d*une âme honnête que de n'avoir pas de ressentiment et de conserver sa douceur après une insulte (4). » Socrate et Platon, bien supérieurs à leur siècle, avaient exprimé les mômes sentiments, mais c'est dans les Évangiles qu'il faut chercher la condamnation de la vengeance : « Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous persécutent et vous calomnient (2). b

A mesure que la civilisation avance, la nécessité de la vengeance diminue. La loi punit les agresseurs et calme le ressentiment.

^Téraelté. — Il y a quelque chose d*aimable dans la sincérité et la franchise, quelque chose de très désagréable dans la duplicité, l'ambiguité et la fausseté.

Une disposition habituelle à mentir est un symptôme assuré de quelque mal plus profond, qui répand le désordre dans la consti-

(1) De officiis. L. !•'.

{i) Matthieu, c. 5, v. 41.

tution morale. Ce n*est qu*en découvrant et en extirpant ce défaut radical qu^on pourra détruire les conséquences funestes qui en découlent.

Ces remarques prouvent que chaque atteinte portée à la véracité indique quelque vice secret, quelqu'intention criminene, qu*on rougit d*avouer, et de là cet attrait singulier qu'exerce la sincérité, parce qu'elle réunit en elle les charmes dos autres qualités morales dont elle atteste Texistence.

ITérlté. — Ce mot est assez difficile à déûnir. Scbelling nous dit que c'est l'accord de nos représentations avec les choses représentées. D'après Balmez, « la vérité est, dans les choses, la réalité ; l'entendement, la connaissance des choses telles qu'elles sont. » Bacon n'essaye pas môme de la définir : il en exprime,' en quelques lignes, la grandeur et la beauté idéale. Voici ce qu'il dit : « La vérité, seule juge d'elle-même, nous apprend que la recherche, la connaissance et le sentiment de la vérité, qui en sont comme le désir, la vue et la puissance, forment le plus grand bien qui puisse être accordé à Thomme. Certes, tout mortel qui, animé du feu divin de la charité et reposant sur le sein de la Providence, n'a d'autre p6Ie et d'autre pivot que la vérité, a dès ce monde, un avant-goùt de la béatitude céleste. »

Posséder la vérité, dit un autre philosophe (4), c*est voir les choses sans illusion, sans mélange d'erreur... Mais est-ce possible à l'homme? nos connaissances sont imparfaites, notre vue est obscurcie par les passions.

La vérité pure, absolue, n'est ni dans la nature, ni dans l'intelligence ; elle suppose l'Être absolu ; Dieu, en effet, se montre partout où l'on découvre la vérité ; il en est la source première.

Il y a une vérité absolue en morale, en politique, dans les lettres et dans les arts, comme dans les sciences. Elle se noaime vérité malbémaliquo quand elle s'applique au nombre, et vérité morale quand elle s'applique aux actions de l'humanité. L'homoie la cherche dans l'enfance, dans l'âge mur, dans la vieillesse ; c'est en lui un besoin insatiable qui meten jeu toutes ses facultés ;

(1) Artaud.

mais sa nature bornée ne peut jamais la connaître tout entière. De là son développement intellectuel et moral. Celui qui en approche le plus s*ëlève au-dessus des autres, il est meilleur et plus beureux ; il rend aussi ceux qui Tentourent meilleurs et plus heureux. Socrate et Platon en sont des exemples frappants. Le bien immense qu'ils ont fait à l'humanité en est une preuve incontestable. La morale était connue avant eux, mais sous des noms qui la faisaient méconnaître : Zoroastre, Confucius, en consultant la nature et la raison, ont produit le bien, mais leurs successeurs ont bientôt altéré le dépôt précieux qu'ils avaient reçu. Socrate, Platon, Xénophon ont reconnu le vrai, en proclamant Tunité de Dieu, TËvangile a achevé leur œuvre, en l'améliorant, et après cet enseignement divin, nous trouvons les mêmes doctrines dans saint Augustin, Descartes, Malebranche, Fénelon, Bossuet, Leibnitz, les maîtres de l'enseignement chrétien.

Cela dit, voyons comment nous pouvons connaître le vrai : trois choses sont surtout nécessaires, l'instruction, l'observation et la raison. Ces bases obtenues, consultons la conscience, que chacun de nous porte en soi, elle nous répondra. Y a-t-il un homme éclairé qui ne reconnaisse que le bien est le but auquel il doit tendre ; que la raison doit commander aux passions ; qu'il faut garder la foi jurée, en un mot éloigner le mal et propager le bien ? Les sens n'aperçoivent que les qualités des corps et des étres^ la conscience voit le mal et le bien ; elle se révolte et nous rend malheureux après une faute ; elle est tranquille et nous rend heureux après une bonne action.

D'où vient donc qu'il y a tant do mal dans le monde ? C'est que les passions nous aveuglent et nous font méconnaître en môme temps le devoir et le bonheur qui en découle.

Le bonheur est l'union de l'âme avec Dieu et cette union se fait par la vérité et la vertu; toute autre union est une chimère, un péril, quelquefois un crime (4).

Mais là encore l'erreur est funeste; si, au lieu d'une religion sage et éclairée, c'est-à-dire vraie, on se livre à la superstition, à l'intolérance, on n'amène que le malheur de l'individu et de l'humanité, car on en arrive à des dérèglements ou à des

(1) y. Cousin : Du vrai, du beau et du bien.

cruautés. On a dépassé le but ; la vérité a disparu devant la passion.

^ertu. — Le mot vertu a chez les anciens et les modernes la môme acception : la vertu, dit le sage du Portique, n*est pas une action, mais un principe d'action : c Pour être vertueux, ajoute-t-il, mets le génie qui est en toi en harmonie avec le génie qui gouverne le monde. Alors tes actions, tes discours, tes pensées, dirigés vers un seul but, formeront un tout homogène et pur ; tu seras un agent de la divinité, occupé sans cesse à la seconder dans ses vues d'ordre général. >

La même idée se retrouve dans le traité de Halebranche : « L'amour de l'ordre, dit ce philosophe, est la vertu fondamentale qui renferme toutes les autres. Affaibli par le péché, cet amour peut être ranimé en partie par nos propres forces et surtout par le secours de Dieu. »

La plupart des philosophes donnent de la vertu la même définition ; la divergence est dans l'application.

a Userait imprudent, dit Charron, de juger de la vertu d'un homme par ses actions : il faut sonder au-dedans quels ressorts causent ce mouvement et donnent le bransle. Les méchants font souvent de bonnes et belles choses, mais c'est le masque; il faut pénétrer au-dedans et savoir le motif qui fait jouer les cordes... La vraie vertu est masle, généreuse, riante et joyeuse, égale, uniforme et constante, allant toujours son train, sans regarder de coté, ni derrière, sans arrêter son pas et ses allures, par le vent, le temps, les occasions. »

a La vertu, dit-il ailleurs, ne cherche point un plus ample théâtre pour se faire voir, que sa propre conscience : plus elle est grande, moins elle cherche de gloire ; le fruict des belles actions est de les avoir faites. La vertu ne saurait trouver hors de soy récompense digne d'elle (4). »

Tout cela est vrai, mais cette idée de la vertu se rattache un peu au stoïcisme.

— La vertu est la disposition la meilleure de l'âme. Bien (1) De la sagesse.

vivre, c'est vivre en pratiquant la vertu. C'est la vraie fin de la vie, le bonheur et le bien suprême ; elle dépend de l'homme, elle est volontaire comme le vice. (Àristote).

— Ce n'est point honorer suffisamment ce que l'homme a de plus divin en lui ; ce n'est point faire de son âme une estime assez grande que de croire la relever par de la richesse ou du pouvoir, même par des connaissances intellectuelles. Le véritable culte que nous lui devons, c'est d'augmenter sans cesse la vertu, de la défendre contre l'orgueil et les plaisirs, contre la mollesse qui suit lâchement les peines, contre les craintes de la mort et les séductions même du beau qui ne doi( jamais être préféré au bien. Ne pas s'attacher de toutes ses forces à ce qui est bien, c'est traiter son âme, cet être divin, de la manière la plus outrageante. (Platon).

— Plus la vertu s'élève d*un lieu bas, plus son mérite est grand. (Lacordaire).

ITlcse. — Défaut, imperfection, disposition au mal. L'ingratitude est un vice du cœur, l'ambition un vice de l'esprit. < Le vice, dit Sénèque, est infini dans ses variétés, mais uniforme dans son résultat qui est de se déplaire à soi-même et aux autres. »

« Qu'est-ce que le vice? dit un écrivain, il est bien difficile de le définir. »

La définition n'est pas aussi difficile qu'elle le parait : si la laideur provient au physique d'un vice de conformation, le vice, au moral, est un défaut d'intelligence, de conception, de raisonnement, un défaut de sentiment, de pureté, d'élévation, de droiture et, pour prendre des exemples, nous citerons la paresse (que la Sagesse des nations a nommée la mère de tous les vices) l'hypocrisie, la médisance, etc. Quelques philosophes ont soutenu qu'un vice de caractère, prenant sa source dans l'organisation physique, ne se corrige jamais entièrement. Ils étaient dans l'erreur : l'exemple de plusieurs saints comme François de Sales, qui avait une constitution portée à la colère et à la violence, prouve le contraire. Avec de la force, de la persévérance, l'homme vient à bout de se corriger complètement.

Vie. — L'homme a trois manières d'exister : ou il sacrifie

ai

tout au corps et vit d*une vie animale, n'ayant d'autres plaisirs que les plaisirs des sens, d'autre crainte que celle de la aialadie; ou il y a en lui lutte perpétuelle entre les besoins du corps et les besoins de l'âme ; ou, cette dernière l'emportant, il s'améliore et se puriGe.

La première est celle d'Épicure : si les appétits sensuels absorbent tout, si la lutte ne s'est pas établie, l'homme-béte, mange, boit, dort et jouit. Rejetant l'idée de Dieu qui, de temps en temps, se réveille en lui comme un remords, il la prend comme une mauvaise pensée et la chasse, car elle trouble sa quiétude...

L'homme qui lutte,^et c'est le plus grand nombre, a le sentiment de sa dignité, le sentiment de l'infini ; les besoins, les travaux, les contrariétés, les passions, les douleurs, arrêtent, troublent et dénaturent ces deux sentiments. Il combat et succombe pour se relever et succomber encore. Il s'en prend alors à ce qui l'entoure, ne comprenant pas qu'il ne dépend pas de lui que les personnes au milieu desquelles il vit, soient telles ou telles, qu'il n'a qu'une faible influence sur elles, qu'il ne peut les modifier ; il demande et n'obtient pas et jette sur autrui le tort qui lui appartient en entier, car c'est soi-même quMl importe de changer et non les autres.

Nous nous croyons souvent forts parce que nous savons beaucoup, notre orgueil nous dit que nous n'avons pas besoin des secours de la religion pour nous conduire dans le difficile chemin de la vie; mais pourquoi lorsque ce chemin nous semble raboteux et hérissé d'épines, levons-nous involontairement nos regards vers le ciel ? pourquoi laissons-nous de côté la science des philosophes et appelons-nous à notre aide la miséricorde divine ? C'est que, là seulement est la consolation, là est le bonheur réel et notre âme, tourmentée par les passions, voit la vérité et s'y attache, car la vérité a un attrait irrésistible et une grande puissance, liais, dira-t-on, comment saurez- vous que c'est là la vérité ? A quel critérium la reconnaître quand tous les philosophes anciens et modernes soutiennent des systèmes opposés et proclament qu'elle n'existe pas hors de leur doctrine ?

Oh I quand on est dans le vrai, ce n'est pas seulement notre raison qui le comprend, c'est notre cœur. Quand on est dans le vrai, on le sent au calme qu'on éprouve, à l'ordre qui s'éta-

blit partout, aux progrès que Ton fait, à la sûreté de la marche, à l'accord admirable qui s'établit entre le dehors et le dedans, entre les devoirs et la vie, entre les affections, les besoins, les plaisirs et le pressentiment de l'ordre invisible que la conscience nous révèle mieux et plus souvent... Tespérance alors est bie'b près de la réalité : ce que notre âme a désiré et entrevu, elle Ta autant qu'on peut l'avoir ici-bas, autant que le corps, auquel elle est liée, lui permet d'en jouir. Ils sont courts et peu fréquents ces moments où la vérité se montre à nous sans voile ; mais ils apportent avec eux une telle évidence, qu'il est impossible de les méconnaître.

Nous pouvons mourir alors si notre conscience éclairée ne nous reproche rien.

— La vie morale consiste tout entière dans les plaisirs et les peines que l'homme éprouve et dans le choix qu'il sait faire des uns et des autres. Le caractère moral est mauvais ou bon selon qu'on recherche ou qu'on fuit certains plaisirs ou certaines peines. (Aristole).

— La vie est la méditation de la mort. (Platon).

— Dans l'enfance, tout le monde se donne à nous ; dans la jeunesse, nous nous donnons aux autres ; dans la vieillesse, nous nous concentrons en nous-mêmes. Telle est la vie. (De Ségur).

— La vie est longue si elle est pleine. Qu'importe à un homme 80 années consommées dans l'inutilité? ne mesurons pas la vie au temps, mais aux bonnes et sages actions. Proclamons heureux l'homme qui a bien employé le temps qu'il a vécu, si court qu'il soit. (Rendu).

Vie Tuture. — C'est un fait acquis que des lois générales gouvernent les affaires humaines et que, même en ce monde, nous apercevons, entre la vertu et le bonheur, une connexion manifeste. Soit qu'on veuille reconnaître dans ce fait l'œuvre d'une intelligence souveraine , soit qu'on s'y refuse, aucun homme n'en peut nier la réalité. Or, pourquoi la nécessité ne prolongerait-elle pas une existence qui lui doit son origine? Pourquoi le rapport établi entre la vertu et le bonheur ne subsisterait-il pas toujours?

484 DICTIONNAIRE RAISONiNÉ

Parmi les preuves morales d*uDe autre vie, nous citerons celles^^i que nous trouvons dans un philosophe écossais : Dogald- Slewart :

t 40 Le désir inné en nous de Timmortalilë et ces rêves de Fespëranco qui prennent, dès cette vie, possession de l'avenir.

90 Les craintes qu'éprouve Tâme lorsqu'elle est sons Tinflaence du remords.

Z^ Les éléments d'un perfectionnement progressif et illimité, mis en réserve dans les principes de notre constitution.

io La tendance des inGrmités de la vieillesse et des donleors de la maladie à fortifier et à confirmer 00s habitudes morales et la difficulté, dans l'hypothèse de l'annihilation, de rendre compte de ces souffrances qui affligent une partie de la vie de l'homme.

5® Les désordres du monde moral, qui seraient inexplicables Sans la compensation, dans un autre monde.

6<* L'inconséquence qu'il y aurait à supposer que les lois morales qui règlent le cours des affaires humaines ne se rattachent à rien au-delà des limites de cette vie terrestre, en présence de l'enchaînement des rouages de l'univers. «

Il y a une chose certaine, c'est qu'à mesure que nos connaissances s'agrandissent, nos doutes, nos objections s'évanooissent et que de toute part rayonne une nouvelle lumière qui fait ressortir plus nettement l'ordre qui gouverne l'univers.

La religion est donc une sorte de loi souveraine, confirmée par la plus importante sanction et qui enveloppe dans sa dépendance nos pensées et nos actions. Chez les hommes des classes inférieures incapables de spéculations abstraites, si quelque chose garantit l'accomplissement des devoirs sociaux, c'est avant tont cette perspective religieuse, qui fait naître leurs craintes et lears espérances, en les consolant, par l'avenir, du malheur présent.

Ajoutons enfin que le sentiment religieux entraîne nécessairement une résignation complète ; il nous prouve que tous les événements, quelqu'affligoants qu'ils puissent être, ont une fin, que nous sommes incapables de concevoir, mais qui est bonne.

— La vie future est le couronnement de Tordre moral ; elle

est nécessaire, car l'homme mérite et souffre. Le mérite et la souffrance, voilà ce qui nous fait immortels, voilà Tévidenoe devant laquelle pâlissent tous les fantômes de l'abstraction.

La souffrance humaine, celle qu'on accepte dans toute son horreur, celle qui arrive, non seulement imméritée, mais comme infligée au mérite, dans ces conflits de la vie où le bon droit succombe, voilà les gages de Timmortalité. Que d'existences qui contiennent à elles seules une infaillible promesse de la vie future I N'allez pas dire que la vie future est un rêve, à cette jeune fille qui a donné à ce travail ingrat, dont elle meurt, chaque minute d'une existence déshéritée, dans un coin oublié d'une vaste et froide maison ; n'allez-pas le dire à ce pauvre infirme, sur ce grabat où la misère l'a jeté et où son âme poursuit l'espérance dans quelques mots divins... Ces douleurs, ces misères, ces cœurs glacés par une vie plus froide que la mort, ces courages trahis, tout cela forme un cri déchirant et sublime de l'humanité vers Dieu... Et qu'est-ce que tous nos théorèmes métaphysiques, nos abstractions laborieuses, nos efforts dialectiques, près de cette simple philosophie de la prière et de la douleur, de la résignation et de l'espérance ?

Dieu contemple ces pauvres créatures luttant et souffrant dans la vie. Lui outilles demandé l'existence ? Pourquoi leur a-t-il imposé cette lourde tâche de vivre en leur donnant l'intelligence pour en comprendre le poids ? Pourquoi a-t-il donné à notre cœur de si nobles désirs, pourquoi à notre raison un si vif élan vers le vrai ? Pourquoi a-t-il fait briller devant notre volonté un tel idéal de grandeur morale et de sainteté ? Tou^cela donne à l'homme un droit, si Dieu existe... et comment n'existerait-il pas ? (E. Caro}.

'Vieillesse. — L'intelligence, dans la vieillesse, subit les mêmes altérations que l'organisation physique : les perceptions sont plus lentes, l'attention se fatigue plus aisément, l'imagination s'éteint, la mémoire devient infidèle... Mais, au milieu de cette décadence générale une faculté survit : le jugement. Le vieillard, en effet, possède ce qu'il a acquis par l'étude et ce à quoi rien ne supplée, Texpérience. Le jeune homme, quelle que soit d'ailleurs sa capacité, ne peut avoir cette sûreté de coup

d'œil et cette sagesse* calme que donne le commerce long et habituel des hommes. Aussi si Ton comprend une limite d'âge pour les militaires et les hommes d'action, on la regarde comme une faute en ce qui concerne l'administration et la magistrature. Un magistrat peut rendre plus de services à 70 ans qu*à 25.

Une heureuse vieillesse est le fruit d'une jeunesse sage : moins on a abusé de ses facultés, plus on les conserve tard.

La gaité de la jeunesse est légère, étourdie, bruyante ; elle fatigue par ses éclats ; celle de la vieillesse est le soarire d'une bienveillante expérience et d'une conscience pure.

Une belle vieillesse couronne une belle vie ; elle ftiit mieux, elle en expie souvent une mauvaise. Dans rhomme qui a bien vécu, tout est vénérable et noble; le reflet de sa vertu se trouve dans sa chevelure blanche, dans la douce gravité de son maintien, dans la sérénité de son regard.

— L'âge le plus heureux de la vie est celui où, déjà sur le déclin, nous ne touchons pas encore à la tombe : parmi ses jouissances est surtout celle de n'en désirer aucune. Il est doux d'avoir lassé les passions, de les voir au loin derrière aoi. Mais, dira-t-on, il est triste d'avoir la mort devant les yeux. -—La morti elle menace la jeunesse comme la vieillesse, elle ne fait pas l'appel par rang d*âge. Celui-là est heureux qui attend le lendemain sans inquiétnde...

Rien n'est plus honteux qu'un homme avancé en âge, qui, pour prouver qu'il a longtemps vécu, n'a d'autres, témoins que ses années; il vaut mieux mourir que de vivre comme si l'on était mort. Faire le bien est la vie du vieillard. (Sénèque).

-— Quand l'homme vieillit, il est impuissant à se faire obéir ; il doit alors remplacer l'autorité par l'afTection. Il lui sied mal de se faire craindre et quand même il le pourrait, il doit plutôt songer à se faire aimer et honorer. (Charron).

— CKaque âge a une qualité qui porte son caractère propre : la docilité caractérise l'enfance pour qui toute morale est renfermée dans le précepte de l'obéissance ; le dévouement caractérise la jeunesse; la force, l'âge mur, la dignité, la vieillesse. C'est la statistique de la vie humaine.

Au premier aspect, la jeunesse a toute sorte d'avantages sur

]a vieillosse, mais elle n*a pas la conscience de son bonheur; elle n*a la raison de rien de ce qu'on lui fait faire ; de la valeur d'aucun moyen ; elle obéit à la raison comme on obéit à la force; ses joies sont vives, mais ses peines le sont plus encore ; c'est de rinsouciance, de la légèreté, ce n'est jamais du bonheur.

Le vieillard sait ; et c'est bien quelque chose ; avoir mesuré le néant que Ton quitte et entrevu les biens qu'on attend, n'est-ce pas aussi quelque chose ? Le malheur découvre à la jeunesse le néant de la vie, il révèle à la vieillesse la félicité du ciel. Le vieillard est comme suspendu entre la terre et le ciel ; il tient à l'une par ses devoirs, à l'autre par ses espérances...

« Le bonheur est quelque chose qu'on atteint plus aisément alors qu'on y a renoncé, » dit M^^ de Staël. En général c'est dans ces dispositions que la vieillesse nous prend. Tout en souffrant de le perte des illusions, je n'ai jamais pu comprendre comment celui qui possède la vérité peut les regretter. La vieillesse est le dernier mot de la vérité sur cette terre ; elle voit le néant de la richesse, des prospérités, de l'ambition, de tout ce qui ne se rattache pas aux promesses éternelles. Elle nous dit la sagesse des enseignements divins et comment Dieu seul est

tout

Prise du côté du monde, la vieillesse est un malheur, et, comme tous les malheurs, elle doit être portée avec dignité. Elle est une dégradation successive et serait humiliante si, avec le déchet du corps, l'âme ne gagnait pas en dignité. (M>°* Swetchine).

— Il n'y a de vieillesse paisible et sans amertume que pour les âmes d'élite, qui n'éprouvent ni les besoins inquiets de la vanité ni les ardeurs violentes de la passion et qui, satisfaites par le goût des arts et de l'étude, y trouvent une joie indépendante du succès. Ces bons et modestes esprits ne demandent à ce qu'ils produisent que le plaisir d'exprimer leurs idées et de faire un peu de bien par leurs ouvrages ; ils se laissent oublier sans regret... Mais il y a une vieillesse plus heureuse encore, partage de l'homme de bien, sincère dans sa foi religieuse et croyant fermement à une vie meilleure, où nous sont comptés nos sacrifices, nos douleurs et nos vertus. (Virginie Ancelot).

— La vieillesse, si hideuse pour beaucoup de gens, qui l'ont atteinte sans s'en douter, n'est pour le sage qu'un port tran-

quille où, se troavant à l'abri des orages et des përib, il aime à se reppeler ceux du voyage...

Une belle vieillesse, loin d'inspirer de Tefifroi ou d*exciter le dégoût, commande le respect.

La vieillesse de Thomme qai a mal vécu est l'état le plus déplorable : le présent le tourmente, le passé rimportane, l'avenir Teffraie. Cette vieillesse renferme tons les maux et ne conserve pas même Tespérance. (De Ségor).

— Prétendre que la vieillesse n'est bonne à rien, c'est dire que le pilote est inutile dans un vaisseau, sous prétexte que les uns montent au haut des mats, les autres pompent à fond de cale, tandis que le pilote qui tient le gouvernail est tranquillement assis sur la pouppe. (Gicéron).

Vincent de Paul (IS^. — Saint Yincrat de Paul n*a rien écrit, mais Thomme qui a accompli tant d'œovres morales ne pouvait être oublié ici. Sa vie entière est une oeavre autant au-dessus des livres, que la morale pratique est aa-dessas de la théorie et que l'exemple est au-dessus des préceptes.

Vincent de Paul naquit le Si avil 4576, dans un petit hameaa près de Dax, qui porte aujourd'hui le nom du saint. Ses parents, pauvres laboureurs, le chargèrent de la garde de leur troupeau, mais son intelligence hors ligne le fit bientôt remarquer, et sa famille se décida à le faire entrer chez les Cordeliers de Dax pour finir ses études. Ses progrès furent si rapides qu'il put être choisi, dès l'âge de 4 6 ans, pour servir de précepteur aux enfants d'an magistrat du pays. Il reçut la tonsure en 4596 et se rendît à Toulouse pour suivre, d'après son désir ardent, un cours de théologie.

Tour à tour maître et disciple, recevant des leçons pour acquérir Tinstruction nécessaire à un ecclésiastique et en donnant pour gagner sa vie , il arriva au sacerdoce dans la première année du xvii® siècle.

Un de ses amis lui ayant légué 4 500 livres, il partit pour recueillir cet héritage. A son retour, le bâtiment qui le portait fut attaqué par des pirates. Blessé et fait prisonnier, il fut vendu comme esclave, servit sous trois maîtres différents, convertit le dernier et s'enfuit avec lui. Le S8 juin 4 607, il aborda àÀygues-

Mortes et se dirigea sur Rome, où il reçnt une mission secrète poar Henri lY. Il avait alors trente ans. Cette mission accomplie, il devint le chapelain de Marguerite de Valois et plus tard curé de Clichy et précepteur des enfants du comte de Joigny.

Ce fut en 4 64 6 qu'il eût la pensée de ses deux grandes congrégations. En 464 8, il fondait à Cbâlillon la première confrérie des servantes et des gardes des pauvres, où il introduisit pour la première fois l'élément laïque.

Renonçant à la vie contemplative et ascétique qu'il avait rêvée pendant sa jeunesse, il se consacra à la charité pratique et mit sa religion au service de toutes les misères humaines.

Vincent de Paul visitait souvent les galériens détenus dans les prisons de Pans. Le changement qui s'opéra en eux fut si remarquable, que Louis XUi le nomma aumônier général des galères de France. On raconte à ce sujet que, touché du désespoir d'un forçat et ne pouvant réussir à le consoler, il demanda et (ce qui serait plus extraordinaire) obtint de prendre sa place, mais ce fait n'a pas été suffisamment prouvé. Ce qui est certain, c'est que la fondation d'un hôpital des galériens à Marseille est due à son zèle vraiment apostolique.

Il fonda, en 4625, la congrégation des LazarUtei ou prêtres de la mission, destinés à instruire le peuple des campagnes et à former des prêtres dans les séminaires.

Une œuvre, plus populaire encore, est celle dê$ ênfamU trouvée; pendant dix ans cette œuvre, si excellente, vécut avec beaucoup de peine ; mais en 4648, il réunit les dames de charité et dans une de ces improvisations touchantes, dont il possédait le secret, il recommanda ses protégés d'une manière si vive que l'œuvre fut reprise, continuée et autorisée par le Roi, qui lui accorda à cet effet les bâtiments de Bicétre. Le nombre des enfants trouvés, ainsi recueillis et assistés, s'élevait, sous Louis XVI, à plus de dix mille.

Vincent de Paul fonda plus tard, avec des secours inconnus, un hospice de 40 vieillards. Â côté de ces œuvres, il faut encore mentionner ses essais en faveur des aliénés et enfin cette créalion, si respectable et si populaire, des Filles de la CharUé.

L'importance des services rendus à l'humanité fut si bien

490 ' lÂCTIONNÀIRE RAISONNÉ

appréciée qu*une ordonnance Royale le mît, en 4 754 , à la tète de l'assistance publique.

Accablé d'infirmités, contractées dans cette vie d'abnégation, il trouva encore assez de force pour soutenir les travaux que lui imposèrent le rigoureux hiver de 4 659 et l'effroyable misère qui en fut la suite. Il s'éteignit enfin à l'âge de 85 ans.

Une vie pareille vaut bien de longs volumes de morale.

Violentée. — Défaut de caractère qu'on confond trop souvent avec la fermeté. — Force dont on use contre le droit commun, les lois ou les libertés publiques.

La violence morale a un tout autre sens : c'est celle qoi agit sur l'imagination, par la crainte de voir réaliser des menaces qui nous sont faites.

Dans la langue du Christianisme, on nomme violence morale celle qu'on se fait à soi-même, ou que le moral fait au physique pour résister à une passion ou à un vice enraciné. — Saint François de Sales avoue qu'il se faisait une violence morale pour rester doux, patient et humble, en présence d'adversaires hautains, colères et provocateurs. Il y réussissait, mais souvent aux dépens de sa santé.

Volonté. — La volonté est ce pouvoir dont nous disposons, en vertu de la liberté que Dieu nous a laissée pour choisir entre le bien et le mal (Y. le mot liberté). C'est cette énergie intelligente à laquelle notre esprit a consenti et avec laquelle nous nous portons vers un but que nous indiquent ou notre raison ou nos passions.

La volonté, disons-nous, est entièrement libre, et, en effet, si on peut nous contraindre à dire ou à faire ce que nous ne voulons pas, aucune puissance humaine ne peut nous contraindre à vouloir : les menaces, les tourments, les supplices, ne peuvent mettre en notre âme une croyance, un vouloir que nous n'avons pas. Tous ces mobiles n'ont de prise que sur nos actions extérieures, la faculté de vouloir ou de ne pas vouloir demeure invincible.

Dieu et les hommes peuvent agir sur nous par la persuasion

par les exemples; ils peuvent changer la direction de nos pensées et de nos volontés, mais ils ne les forcent pas. Le concile de Trente a corroboré cette opinion en disant : < Si quelqu'un affirme que le libre arbitre de l'homme n'opère rien en obéissant à Dieu, qu'il ne peut y résister s'il le veut, qu'il n'agit pas plus qu'un être inanimé et qu'il demeure purement passif... qu'il soit anathème. »

Nos fautes, en effet, ne seraient plus des fautes si elles n'étaient pas volontaires et si nous n'étions pas libres. On a pu discuter, cette question à l'époque où la métaphysique et la scholastique discutaient tout, mais cela ne fait plus un doute aujourd'hui.

L'influence des passions sur notre volonté est une autre question : elles obscurcissent nos idées, font dévier notre imagination, faussent notre raison et nous font trop souvent vouloir ce qui nous était odieux auparavant. Cependant il dépend de nous de leur résister, de les maîtriser; et c'est à cette condition que l'homme reste un être moral. C'est cet empire de l'homme sur les passions qui le distingue surtout des animaux. Si, au lieu de leur résister, il y cède, il s'avilit et finit par s'abrutir.

— La volonté peut tout I qui ne veut qu'à demi Sort du sommeil, se lève et retombe endormi t

(Frédéric le Grand).

Voltaire. — Le règne de Louis XIY avait mis les lettres en honneur, mais, à l'époque où naquit Voltaire, un regard du souverain ne décidait plus de la destinée d'un grand écrivain ; il se faisait à lui-même son piédestal.

Au XVII* siècle. Voltaire eût été illustre sans doute, mais son influence sur ses contemporains n'aurait pas été la môme ; il eût été, non pas effacé, mais amoindri par Louis-le-Grand, qui ne permettait près de lui aucune puissance rivale.

Au XVIII*, il trouva les armes sans éclat, la Cour sans dignité, l'État sans lois, la religion sans soutien, les mœurs dépravées et une philosophie érigeant en système le mépris du pouvoir ; il trouva enfm la liberté absolue de la pensée.

La royauté sentit un jour le tort immense que lui faisait un

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pareil ëtat de choses ; elle voulut le combattre, mais elle fut vaincue : Topinion publique était contre elle.

Dès lors la licence n'eût plus de frein et PhUotophis fat presque synonyme de Maièrialitme.

Tel est le milieu dans lequel grandit Voltaire ; tel est le siècle dont il a ëtë, pour ainsi dire, le représentant. Jamais homme, jamais écrivain ne fut en butte à plus de petites persécutions, et ne fut en même temps l'objet d'admirations plus ardentes et plus fanatiques. La vérité est au milieu. Les contemporains, aveuglés par des passions contradictoires, l'ont méconnue, la postérité peut la dire.

Si un talent hors ligne suffit pour obtenir l'immortalité. Voltaire vivra longtemps dans la mémoire des hommes ; mais si la dignité des caractères, Tauslérité, la pureté des mœurs sont nécessaires à un écrivain pour devenir un grand homaie dans toute Tacception du mot, il ne mérite pas ce titre : l'auteur de Mèrope, de Zaire, du Siècle de Limis XIV, est un illustre écrivain, mais de quel nom appeler celui qui n'a pas rougi d'écrire La PuceUe et de salir ainsi les pages de notre histoire nationale? (4).

II y a un certain courage aujourd'hui à soutenir cette thèse : c Voltaire ne mérite pas le titre de grand homme ! • Mais, puisqu'il faut des preuves multipliées et authentiques pour convaincre les hommes sérieux et sincères, n'hésitons pas à les donner.

Citons au hasard. On sait comment il caractérisait le Christianisme.

« J'embrasse les philosophes , disait-il , et je les prie d'inspirer pour TInfame toute l'horreur qu'on lui doit. » (8 mai 4764}.

c Dès que j'ai un moment de relâche, je songe à porter le dernier coup àriNFAMB. » (4^ juin 4764).

« Le temps viendra où nous mettrons les papes sur le théâtre, comme les Grecs y mettaient Atrëe et Thieste, qu'ils voulaient

(1) Le titre de grand homme ne doit ôtre donné qu'à la grandeur du caractère jointe au génie ; la véritable grandeur est dans l'àme et non dans le Ulent. . . (Lamartine) .

rendre odieux... Le plaisir doit être le but universel ; qui l'attrape a fait son salut... Le mensonge est une grande vertu quand il fait du bien ; soyez donc plus vertueux que jamais : il faut mentir comme un diable, non pas timidement, mais hardiment et toujours. D (Œuvres générales, tome 58).

a II y a une tragédie anglaise qui commence par ces mots : « Mets de V argent dans ta poche et moque~toi du reste, » Cela n'est pas tragique, mais cela est fort sensé. (Lettre au P. fifenoux, juillet 4760).

Voici ce qu'il écrivait à d*Àlembertle 8 août 4766. a Je mourrai bientôt et ce sera en détestant le pays des singes et des tigres, où la folie de ma mère me fit naitre, i!y a bientôt soixante et treize ans,

c Allez y mes Welches, Dieu vous bénisse I vous irES les RÉSIDUS DU GENRE HUMAIN. (Discours aux WeUhes) .

A Frédéric II roi de Prusse (mai 4775).

c L'uniforme prussien ne doit servir qn'à faire mettre A GENOUX LES Welghes » (los Wolcbcs, ce sont les Français!)

II écrivait à Damilaville le 4 9 mars 4766. « // est à propos que le peuple soit guidé et non pas qu'il soit instruit ; il n'est pas digne de Vêtre, i

Au comte d'Argenlal (23 mai 4769) : « J'édifie tous les habitants de mes terres et tous les voisins, en communiant. Je me fais lire publiquement l'histoire de VÉglise et tes sermons de MassiUon,.. «

Le 23 avril 4773 il écrivait à M'A* Necker : c Je n'ai point reçu cette fois^ei les Sacrements ; on s'était trop moqué à Paris de cette petite facétie, »

Voici ce que pensait de Voltaire, sa nièce, M°^ Denis ; on lit dans une lettre qu'elle lui adressait de Paris en 4754 :

» L'avarice vous poignarde ; l'amour de l'argent vous tourmente, ne me forcez pas à vous balr ; vous êtes le dernier des bommes. »

Quelques-uns de ses partisans fanatiques ont prétendu qu'il n'avait attaqué que la superstition et le fanatisme, et que c'est ce dernier qu'il appelait I'Inpame. Il sera facile de prouver le contraire, et sans citer les lettres innombrables dans lesquelles

il appelle le Chrislianisme le polissonûme^ il sufira de reproduire celle qu*il écrivait à d'Alembert le 24 mai 4769, après une maladie dans laquelle il avait fait un simulacre de communion.

c Je reçois dans mon lit le Saint-Yialique, que me porte mon curé devant tous les coqs de ma paroisse ; je déclare, ayant Dieu dans ma bouche, que TËvéque d'Annecy est un calomniateur.. . Cependant ce polisson d'Évéque^ à qui je n ai pas donné pour boire, jure qu'il me fera brûler dans ce monde ou dansi*autre. Je mets tout cela aux pieds de mon crucifix, et, pour n*étre pas brûlé, je fais provision d'eau béuile. •

Il y a, on le voit, quelque chose de profondément triste dans rétude de la vie de Voltaire. Sa correspondance est le reflet de sa vie : d'abord adulateur, puis frondeur et sarcastique, mais écrivant toujours avec cette clarté qui Ta rendu si populaire, il arriva à la vieillesse entouré d'une gloire immense et régna despotiquement sur les lettres qui, elles-mêmes, avaient pris le premier rang en France. Disons-le encore une fois, il est profondément regrettable que Voltaire n'ait pas senti combien il pouvait ennoblir une pareille position, en profitant des avantages qu'elle lui offrait et en suivant la conduite qu'elle semblait lui prescrire. On s'afflige que, se laissant entraîner aa torrent d'un siècle dégradé qu'il pouvait conduire dans une meilleure voie, il se soit plongé dans un cynisme qui forme un contraste pénible avec ses cheveux blancs.

Après ces préliminaires, donnons quelques détails sur sa vie :

François-Marie Arouët naquit à Châtenay, en 4 694.

Son père était trésorier de la chambre des comptes. Il reçut une éducation soignée au collège des Jésuites; le Père Porée et le Père Lejay furent ses professeurs.

Au sortir du collège, il retrouva, dans la maison paternelle, Tabbé de Cbâteauneuf, son parrain. Cet abbé, peu orthodoxe comme il y en avait beaucoup à cette époque, fut son premier maitre d'incrédulité. Il était très bien avec Ninon de Lenclos, il lui présenta son filleul. L'amitié de la célèbre courtisane valut à cet enfant un legs do 2000 fr. destiné à acheter des livres.

A cette époque, la cour de France, fatiguée de la sévérité des dernières années de Louis XIV, se laissait aller à la fougue des plaisirs et les sociétés plus brillantes portaient ce goût jusqu'à la licence. L'abbé de Ghâleauneuf introduisit Arouët dans ces sociétés; il vit là les Vendôme, les Richelieu et adopta leurs airs railleurs contre la religion, leur mépris pour les mœurs et leur goût pour le vice élégant. Il s'y préparait ainsi au rôle qu'il devait y jouer plus tard.

C'est à ce moment, que suivant un usage reçu, il prit le nom de Voltaire, tiré d'undomaine de sa famille.

Nous ne le suivrons pas dans les détails de sa longue vie. Il nous suffira d'en relater les épisodes qui se rattachent le plus à son caractère et à ses opinions sur la religion et la philosophie morale. Nous passerons donc sous silence ses premières compositions littéraires qui grandirent vite, trop vite peut-être, sa réputation, car cette réputation lui donna une confiance en luimême et un orgueil qui ne se démentirent jamais et qui lui enlevèrent tout esprit religieux.

À peine arrivé à sa trentième année, il avait vu son impor* tance s'accroître, et c'est au milieu de cette marche ascendante qu'il fut emprisonné, exilé, menacé... Ces événements eurent sur ses idées et ses sentiments une influence fâcheuse : exaspéré par l'exil, par la condamnation de ses livres, en devenant une puissance dans l'opinion publique, il devint une puissance hostile. Ses voyages hors de France, l'accueil qu'il reçut des étrangers, lui donnèrent de l'humeur contre sa patrie ; il fut le premier qui professa dans ses écrits de l'admiration pour l'Angleterre, et louer l'Angleterre c'était blâmer la France.

Cette opposition continuelle donna plus de vivacité encore à un caractère déjà irascible et lui fît perdre la modération qui devrait toujours être la compagne du talent.

Les Mires sur les Anglais, reflet de ses conversations avec Swift, Cx>lliot, Pope, Bolinbrocke et Warburton firent connaître à la France la philosophie, la littérature, les sectes de l'Angleterre ; Newton, Locke, qui n'avaient été lus que par an petit nombre de philosophes, Bacon, Shakespeare, Addison, \esqtêakers^ l'csprii de liberté, tels furent les principaux sujets traités dans cet ouvrage, qui fit naître en Franco un goût très vif pour ''^

philosophie et les lettres anglaises ; de nouvelles persécutions ne servirent qu'à Tirriter davantage. Au lieu de garder le silence, il composa la PueeUe d'Orléans t Le garde des sceaux, M. de Cbauvelin, irrité de tant de cynisme, menaça l'auteur de le faire c jeter dans un cul de basse-fosse, s'il paraissait un seul fragment de cet ouvrage immonde. »

Pendant ces orages, le lieutenant de police, Hérault, disait à Voltaire : « Quoique vous écriviez, vous ne parviendrez pas à détruire la religion chrétienne. » — « C'est ce que nous verrons » répondit-il...

Ces détails expliquent la haine de Voltaire contre le Christianisme et il est impossible de les nier : c'est Voltaire lui-même qui les raconte à d'Alembert et qui s'en fait gloire (4) i

Nous ne raconterons pas les circonstances qui lièrent plus tard Voltaire au roi de Prusse, Frédéric II, et les conséquences de cette amitié mêlée de beaucoup d'orages, non plus que celle qu'eut pour lui Stanislas, deux fois élu roi de Pologne et retiré à Lunéville, nous ne parlerons que des travaux philosophiques qu'il accomplit pendant cette longue période de sa vie qui dura jusqu'après la mort de Louis XV.

Le premier ouvrage de Voltaire date de 4706. C'est une Épitreà Monseigneur fils de Louis XIV, le dernier est de 4778, c'est La prière du curé de Fresnes, Il y a entre les deux un espace de 72 ans, pendant lesquels il n'a cessé d'écrire et son dernier mot est une profession de foi du plus pur déisme. À ce moment où Dieu va le rappeler, ignorant comme au premier jour des choses de la religion, il demande au Créateur de lui faire connaître la vérité et termine en exprimant la conviction que la raison seule doit nous guider, puisque Dieu nous l'a donnée pour cela, comme il a donné aux animaux l'instinct pour nourrir et sauvegarder leur corps.

Il serait fatiguant de suivre pas à pas cette longue marohe de Voltaire dans les différents genres qu'il a embrassée et qui peuvent se décomposer ainsi :

Dans la poésie : les œuvres dramatiques, les épopées, les contes, satires, odes et épitres.

(I) Lettre à d'Alembert du 20 juin 1760.

Dans la prose : Thistoire, les mémoires pour Calas, Sirven et Lally, le dictionnaire philosophique, le commentaire sur Corneille, enfin, la correspondance. Nous ne parlerons que desœuvres qui touchent à notre sujet spécial.

Dans le siècle de Louis XIV, Voltaire a entraîné l'opinion de son époque sur le souverain et son entourage et c*est au contraire son époque qui a dicté les pages de V Essai sur les mœurs. On y sent l'influence des doctrines de d*Alembert, de Diderot, de tous les encyclopédistes et celle de Frédéric II, qui Pencourageait dans cette voie. C'est l'histoire de la société qu'il a prétendu faire, mais il n'envisage l'humanité que sous ses vilains côtés ; aussi, dit-il au comte d*Ârgental : « J*ai pris les deux hémisphères en ridicule ; c'est un coup sûr (1 ] t > Et, en effet, il aggrave, il envenime tout ce qui a été dit contre le Christianisme, et présente le sacerdoce comme le mauvais génie de l'humanité ; il montre tous les malheurs et les crimes découlant de cette source (2). Son arme favorite est l'ironie, aussi écrit-il à d'Alembert : « le ridicule vient à bout de tout, c'est la plus forte des armes (3). » Une de ses lettres au marquis d'Ai^ens est signée : Chrisl-moque (4)...

Que dirons nous de Candide, de Zadig et de ses contes ou romans ? la fable en est assez faible. Le plus célèbre est Candide : il part d'un principe faux, puisqu'il tend à établir que tout est mal en ce monde et que la main d'un Dien puissant et bon ne s'y montre nulle part... Zadiy est une accusation contre la providence, un plaidoyer en faveur du fatalisme. Dans Microtnégas^ l'auteur ridiculise la petitesse de notre globe et de notre civilisation ; il injurie la nature et les hommes. Memnon ou la sagesse humaine, présente la môme thèse que Candide.., Voltaire, frondeur et léger, plus qu'observateur profond, ne voyait pas que lorsqu'une nation en est arrivée à saper tout ce qui existe, elle ne s'arrête pas dans son œuvre. Il préparait, sans le savoir, les saturnales de 4793.

(1) 15 octobre 1754.

(2) Cette Histoire des mœurx n'est qu'une longue injure au Christianisme. (Chateaubriand.)

(3) 26 juin 1766.

(4) 2 mars 1763.

Un mot encore avant de terminer le récit de cette vie si pleine.

Voltaire a-t-il eu, avant de mourir, quelques velléités de revenir à des sentiments chrétiens et de voir un ecclésiastique ? Gondorcet et les philosophes disent non, ses dernières lettres et sa profession de foi, données à Tabbé Gaultier, semblent dire : oui. Toujours est-il qu*il mourut avant d'avoir rempli aucun devoir religieux, quMi ne put élre inhumé à Paris et que son corps fut transporté à l'abbaye de Scellières dont Tabbé Miguot, son neveu, était commendataire.

En présence de ces éléments contradictoires nous nous abstiendrons de réflexions. Cette esquisse biographique, déjà trop longue pour un dictionnaire de morale, ne le comporte pas.

-— Une chose m*étonne toujours quand je pense à Voltaire : avec un esprit supérieur, raisonnable, éclairé, il est reste complètement étranger au Christianisme. Jamais il n*a vu ce que chacun voit : Que l'établissement de l'Ëvangile, à ne considérer que la morale et le rapport humain, est la plus grande révolu* tion qui se soit opérée sur la terre. Il est vrai dédire qu'au siècle de Voltaire, les théologiens défendaient le Christianisme comme une vérité fondée sur des lois émanées de Vautorite spirituelle et temporelle. Les philosophes l'attaquaient comme un abus venu des prêtres ; on n'allait pas plus loin que cela. Je ne doute pas que si on eût présenté à Voltaire l'autre côté de la question, son intelligence lucide et prompte n'en eût été frappée. On rougit de la manière mesquine et bornée dont il traitait un sujet qui n'embrasse rien moins que la transformation des peuples, Tintroduction d'une morale supérieure, un principe nouveau de société, enfin le changement total de l'humanité. (Chateaubriand).

Volupté. — La volupté est le dernier degré, la quintessence du plaisir ou du bonheur.

Il y a deux sortes de voluptés : la volupté physique et la volupté morale. A en croire Aristippe et Ëpicure, la première est la seule vraie ; mais la religion nous prouve que la seconde est autant au-dessus de la première que l'esprit et le cœur sont

au-dessas des sens. Le sceptique Montaigne lui-même partageait cette opinion.

— La rêverie est ia volupté des âmes aimantes. (Alibert).

Zèle. — Expression d'une volonté active et empressée. — Affection vive, ardente pour le succès de quelque chose ou les intérêts de quelqu'un. — Le zèle est trop souvent un excès nui» sible ou indiscret.

En religion, le zèle conduit à la sainteté, lorsqu'il est sage et bien entendu. Quels effets ce sentiment n'a-t-il pas opéré dans le monde ? Cependant ce zèle, si fécond en bons résultats, a été blâmé par la plupart des philosophes, mais les faits sont là pour répondre à leurs assertions. Le zèle a parfois, il est vrai, dépassé les bornes dans les guerres de religion et nous convenons volontiers que les persécutions ne convertissent pas... mais nous parlons ici des peuples encore barbares et civilisés par nos missionnaires. Peut-on nier que partout où ils ont fait connaître rËvangile , les esprits se sont éclairés, les mœurs se sont adoucies ?

Zenon. — Zenon, philosophe stoïcien, naquit dans rile de Chypre 362 ans avant J.-C. Il avait 4 5 ans à la mort de Platon.

Ruiné dans des spéculations commerciales, il se promenait un jour dans les rue d'Athènes, quand il entendit un homme lisant des mémoires sur Socrate. Il s'arrêta, écouta cette lecture nouvelle pour lui et frappé de ces belles pages sur la tempérance, la volupté et la vertu, il demanda où l'on enseignait de telles doctrines. On lui enseigna l'école do Cratès et il suivit ses leçons.

Il avait alors trente ans.

L'enseignement de Cratès tournait alors au cynisme. Dégoûté

de cette doctrine, il fonda lui-même la secte stoïcienne. Devenu célèbre, il fut adulé du peuple d* Athènes et reçut J«s hommages de plusieurs souverains.

Ses principaux ouvrages de morale sont : Du devoir ; De la vie selon la nature ; De la loi ; Des passions.

Il reprochait à Platon son mysticisme et pour échapper à ses illusions poétiques, il se rapprocha du panthéisme. En logique, il s'éloignait peu d'Aristote dont il rendit rargumentation plus serrée et plus sévère.

Juvénal a dit de lui qu'il ne différait de Diogène que par la tunique ; mais cette appréciation n'est pas juste puisqu'il prenait la morale pour guide, en l'exagérant. En effet son stofeisme défendait la douleur et les regrets, môme à la tendresse paternelle.

Zoroastre. — Législateur religieux des populations bactriennes et fondateur de la religion appelée le Pareisme, du nom des Perses qui l'adoptèrent. Platon l'a signalé le premier. S^roastre vivait environ cinq siècles avant i.-G.

La doctrine de Zoroastre est fondée sur l'existence de deux principes : Ormuzd ou Oromaze, principe du bien, et Ahrimane principe du mal. Selon lui, « le premier doit l'emporter à la longue, car il est le créateur de la pureté. »

Ormuzd a créé toutes choses parfaites ; Ahrimane pénètre dans celte œuvre pour la bouleverser.il y jette l'hiver, la paresse, les mauvaises pensées, la maladie, la mort, les animaux malfaisants, les plantes nuisibles, etc.

Zoroastre enseigne aux hommescomment ils peuvent combattre le mal et contribuer au bien. Il prescrit la prière, le travail, l'agriculture. « Après la lutte, dit-il, se trouvera le repos et la récompense dans la vie immortelle. »

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