‹ Dictionnaire raisonné des difficultés grammaticales et littéraires de la langue françaiseChapitre 107 sur 453 · CRO · texte numérisé non relu

CRO

raison, et sur cette loj^iquc naturelle avec laquelle naissent tous les lioinnics bien organisés. »

11 y a une uhservation à faire sur ce principe de Vollaire, c'est que croyez-vous n'ex|)rimc pas toujours le doute, et que dans ce cas il doit être suivi de l'indicatif. Ouand je dis croyez-vous qu'elle ait de l'esprit? Croyez-vous qu'elle soit belle? Je doute en effet si elle a de l'esprit, je doute si elle est belle; et je doute aussi si celui à qui je parle lui croit de l'esprit, de la beauté; et ma tiucstion tend à m'en éclaircir. Mais si je suis persuadé d'un côte qu'une femme n'a pas d'esprit et qu'elle est laide, et si de l'autre une personne m'a dit des choses qui m'assurent qu'elle croit que cette femme a de l'esprit et qu'elle est belle, je dirai à cette personne croyezvous que celte femme a de l'esprit? croyez-vous qu'elle est heVc? parce qu'il n'y a rien dans ces phrases qui annonce le doute ou l'incertitude, que jo ne veux m'éclaircir de rien, et que je ne fais ces questions que comme une espèce de reproche a une personne qui croit positivement une chose qui n'est pas vraie. Cruyez-vous qu'elle a de l'esprit, vt]}vè-i avoir lu toutes les sottises qu'elle a écrites? Cruyez-vous qu'elle est ôeZ/e avec un nez écrasé, une taille contrefaite, etc.

On dit aussi croyez-vous qu'il partira, qu'il reviendra, etc., avec l'indicatif, (juand on est persuadé qu'il ne partira pas, qu'il ne reviendra pas; et croyez-vous qu'il parte, qu'il revienne, avec le subjonctif, quand on doute s'il partira, s'il reviendra.

Croissant , Croissante. Adj. verbal tiré du v. croître. 11 suit toujours son subst. : Sédition croissante, taxe croissante.

Croître V. n. de la 4" conj. Voici comment il se conjugue.

Indicatif. — Présent. Je croîs, tu crois, il croit ; nous ''roissons, vous croissez, ils croissent. — Imparfait. Je croissais, tu croissais, il croissait ; nous croissions , vous croissiez, ils croissaient. — Passé simple. Je crûs, tu crûs, il crût; nous crûmes, vous crûtes, ils crûrent. — Futur. Je croîtrai, lu croîtras, il croîtra; nous croîtrons, vous croîtrez, ils croîtront.

Conditionnel. — Présent. Je croîtrais, tu croîtrais, il croîtrait; nous croîtrions, vous croîtriez, ils croîtraient.

Impératif. Présent. Crois, qu'il croisse; croîssons, croissez; qu'ils croissent.

Subjonctif. — Présent. Que je croisse, que lu croisses, qu'il crorsse; que nous croissions, que vous croissiez, qu'ils croissent. — Imparfait. Que je crusse, que tu crusses, qu'il crût; que nous crussions, que vous crussiez, qu'ils crussent.

Participe. — Présent. Croissant. — Passé. Crû, crue.

Les grammairiens disent que ce verbe se conjugue indifféremment avec l'auxiliaire être ou l'au.xdiaire avoir. Cela n'est i)as vraisemblable. Ces deux auxiliaires exprimant des idées différentes, il doit y avoir de la différence entre les phrases où on les emploie. Quand on dit la rivière a crû depuis hier, on veut exprimer par la l'action des eaux qui se sont élevées au-dessus des eaux de la veille. Mais si l'on dit la rivière est crue, on veut dire seulement que les eaux sont dans un état d'élévation supérieure à celui où elles étaient auparavant. En deux jours, la rivière a crû de deux pieds ; depuis hier, la rivière est crue de deux pieds.

Page 1