‹ Dictionnaire raisonné des difficultés grammaticales et littéraires de la langue françaiseChapitre 384 sur 453 · ROY · texte numérisé non relu

ROY

RocGE. Adj. des deax genres. Il ne se met | qu'apios son subsl., si ce n'esl dans celle expression fainiiiéie, rovge bord, ([ui signilie un verre pU'iii de vin jusqu'au bord, et dans rouge trogne, qui se dit du gros visage rouge d'un ivrogne : Driip rouge, rose rouge, cuirre rouge, encre rouge , œu/s rouges. — Fer rouge , boulet rouge.

Bouge se prend aussi substnnlivcmcnt. Alors il n'a point de pluriel, à moins (lu'on ne parle de rouges de dillérenles nuances : Les différents

rougt'S.

RocGEATRE. Adj. dcs deux genres. Il ne se met qu'après son subst. : Couleur rougeâtre.

RoLGEAiD, RoDGEALDE. Adj. Il nc sc uiel qu'après son subst. : Un garçon rougeaud, vn visage rougeaud, une face rougeaude.

RoiGE-GORGE. Subst. m. L'Académie écrit au pluriel des rouges-gorges, mais la pluralité doit tomber sur le mot oiseau qui est sous-entendu. Il faut donc écrire des rouge-gorge. Voyez Composé.

RoLGiR. V. a. et n. de la 2^ conj. Ce verbe S'emi)loie au propre et au figuré : Rougir une porte, rougir la tranche d'un livre, rougir des roues de voiture, rougir la terre de sang, rougir ses mains de sang. [Acad.)

Mais silot que Séide Aura rougi ses mains de ce grand homicide.

(Volt., ilahom., ad. IV, sc. i, 17.)

RoLLANT, Roulante. Adj. verbal tiré du verbe rouler. Il ne se met guère qu'après son subst. : Chaise roulante.

Rouler. V. a. cl n. de la l^e conj. Voici quelques exemples de la manière dont les poëtes emploient ce mol :

Où le Xanle effrayé roule encor dans ses Ilots L«s casques et les dards, et les corps des héros. [Dblil., Enéide, I, 147.)

Son esprit (de Jupiter) des humains roulait la destinée. [Idem, I, 317.)

Elle dit; et, roulant son projet dans son âme. De ses jours odieux cherche à rompre la trame.

{Idem, IV, 923.)

Roulant en traits de feu ses prunelles sanglantes, etc. {Idem, IV, 943.)

Les étoiles roulaient dans un profond silence.

[Idem, IV, 776.)

RoossATBE. Adj. des deux genres. Il ne se met qu'après son subst. : Poil roussâtre, eau roussûtre.

Rouvrir. V. a. et irrégulier de la 2« conj. Il se conjugue comme ouvrir. Voyez Irrégulier.

Roux, Rousse. Adj. Il suit ordinairement son subst. : Poil roux, cheveux roux, barbe rousse. — Homme rou.v, femme rousse.

Royal, Royale. Adj. On peut le mettre avant son subst., en consullanl l'oreille et l'analogie: Famille royale, maison royale, sang royal. — • — Une si royale main. (Bossuct, Or.aisnn fun. de Marie-Thérèse d'Autriche, p. dl8.) Cette royale maison. (La Bruyère.) — Il fait royaux au pluriel masculin. — Précédé des substantifs lettres, ordonnances, quand on parle dos anciennes lettres, des anciennes ordonnances, il fait

RUl

royaux, quolcjuc ces substantifs soient au féminin pluriel : Des lettres royau.v, des ordonnances royaux. Aujourd'hui, en parlant des ordunnancci uouvellcs (jui émanent de l'autcirilé royale, oo dit des ordonnances royales. Voyez Adjectif.

Royalement. Adv. On peut le iiieiirc entre l'auxiliaire cl le participe : Il nous a traités royalement, ou // 710US a royalement traitt-s.

Royaliste. Adj. des deux genres. 11 ne se met guère iju'aprés son subsl. : // est royaliste. — Il se dit plus ordinairement comme subsl. : C'e.^t un royaliste. Ce mot emporte dans sa signilicalion une idée de parti : Les royalistes et les ligueurs, les royalistes et les républicains.

Rubicond, Rubiconde. Adj. Il ne se dit qu'co plaisantant, d'un visage dont la rougeur annonce une vie passée dans l'abundance, sans iniiuiclude et sans souci, ou dans le vice de l'ivrognerie. Il nc se met guère qu'après son subst. : Un visage rubicond, une face rubiconde. — On dit aussi «« nez rubicond.

Rude. Adj. des deux genres. On le met sourent avant son subst. : Peau rude, poil rude, brosse rude, visage rude, air rude. — De rudes coups, de rudes épreuves, de rudes combats, un truvail rude, un rude travail. Voyez Adjectif.

RuDCjiENT. Adv. On le met quelquefois entre l'auxiliaire et le participe : Il a été attaqué rudement, ou il a été rudement attaqué.

Rudesse. Subsl. f. Racine a dit : La rudesse des forets, pour dire la rudesse des mœurs (jue l'on contracte en vivant dans les forets :

Nourri dans les forêts, il en a la rudesse.

(Rac, Phèd., act. III, sc. i, 46.)

Ruelle, Subsl. f. On appelait autrefois ainsi une alcôve ou un lieu orné où les femmes recevaient des visites familières, soil au lit, soit debout, et l'on disait figurément d'un homme il passe sa vie dans les ruelles, il va de ruelle en ruelle, pour dire qu'il était souvent chez les dames, et qu'il se plaisait dans leur conversation.

« Boileau a eu beau dire dans son Art poétique (iv, l'J'J), en parlant de Louis xiv :

Que de son noni, chanté par la bouche des belles, Berîi^raiie en tous lieux amuse les ruelles,

il y a luiigienips qu'il n'esl plus question de ruelles. Aujourd'hui nos rimcurs galants, qui font l'amour dans nos almanachs, ne croiraient pas leurs vers du bon ton, s'ils n'y plaçaient pas un bmtdoir ; et peut-être dans cent ans, si la mode change encore, le boudoir aura passé comme leurs vers. » (La Harpe, Cours de littérature.)

Ruer. V. a. et n. delaTcconj. Auuefoison l'employait dans le style noble, ei Malhcrbea dit : rtier le tonnerre; aujourd'hui il en est banni. On peut même assurer qu'il n est plus admis dans aucun style, si ce n'esl avec le pronom personnel: Se ruer sur quelqu'un, on en parlant des chevau.x et des mulets qui jettent les pieds de derrière ea l'air avec force.

Rugissant, Rugissante. Adj. verbal tiré du v. rugir. Il suit son subst. : Un lion rugissant^ une limne rugissante.

Rlineux, Ruineuse. Adj. On peut le inellro avant son subsl., lorsque l'analogie cl l'harmonie le permettent : Édifice ruineux, fondement ruineux. — Dépense ruineuse, cette ruUteuse <W-

pense; emploi ruineux, ce ruineux emploi. Voyez adjectif.

Rlmsskau. Subst. m. L'Académio dil : ferser desritixseatix de larmes ; cUc iiC dit pas, verser des ruisseaux de pleurs.

Elle dit, et soudain D'un long ruitseau de pleurs elle inonde son sein. (Delil., Énéid., III, 409.)

Toycz Larmes.

RcissELANT, Rdisseunte. Adj. Verbal lire du V. rui.sseler. 11 ne se met qu'après son subst. : Des eaux ruisselantes, le sang ruisselant .

Rdm. Snlist. m. Voyez Rhutn.

Ri'MB. Subst. m. Ou prononce romh, en faisant sentir le h.

RuMi>ANT, Ruminante. Adj. qui se met ordinairement après son subst. : Les animaux ruminants.

Rdptcre. Subst. f. L'Académie dit : La rupture de la paix, la rupture d'une société, la rupture d'un mariage ; elle nc dit pas, la rupture des nœuds.

Après l'éclat et la Irista aventure

Qui de nos nœuds a causé la rupture.

(Volt., Enf. prod., acl. V, se. v, 7.)

Rural, Rurale. Adj. Il fait au pluriel masculin ruraux, et ne se met qu'après son subst. : Bien rural, bie?is rurau.v, vie rurale, commune rurale.

Rose. Subst. f.

Ah, ciel ! quelle est sa ruse ?

(Conw., Uéracl,, act. IV, se. IV,

Ce mot ?wi', dit Voltaire, ne doit point entrer dans le tragique, à moins qu'il ne soit relevé par une cpithètc noble. ( Remarques sur Corneille.)

RcsÉ, RcsÉE. Part, passé du v. ruser, et adj. Cet adjectif, contre l'ordinaire desadjectifs formés des participes passés, précède quelquefois son subst. On dit : Oest un rusé matois, c'est un rusé politique.

*RnsECiiv Subst. m. Mot nouveau que J.-J.

Rousseau a employé dans le passage suivant : u L'uhhi Truhlet voulait savoir comment cette impression .s'était pu faire, et, dans son tour d'esprit finet et jésuitique, me demandait mon avis sur la réimpression de cette lettre, sans vouloir me dire le sien. Comme je hais souverainement les ruscurs de cette espèce, je lui fis les remercîments que je lui devais; mais j'y mis un ion dur qu'il sentit, et qui ne l'empcclia pas de me patcltner encore en deux ou trois lettres, Jusqu'à ce qu'il sût tout ce qu'il avait voulu savoir.» [Confessions, 11'^ part., liv. k).

RussR. Adj. des deux genres. On disait autrefois russien. Aujourd'hui l'on ne dit plus que russe, soit adjectivement, soit suhslaiitivcuient : L'empire russe, lespmviuccs russes, tes Russes. Il ne se met qu'après son subst.

RcsTACD, Rustaude. Adj. Il suit toujours son Siil)St. ; Un air rustaud, des manières rustaudes. 11 s'emploie comme le mot rustre en parlant des gens qui ont des mœurs ou des manières grossières et opposées à celles des gens .^ui sont polis et bien élevés. Mais on en rustaud faule d'éducation, faute d'usage, par riiai)itudc de vivre toujours avec de grossiers campagnards ; on est rustre par caractéi-e, par humeur, par goût, par caprice, p;ir mécontentement.

Rustique. Adj. dos deux genres. On peut le mettre avant sdii subst., en consultant l'oieillc et l'analogie : f^ie rustique, danse i ûstique, paysage rustique, manières rustiques, ces rustiques manières.

Prêt à quitter pour toi la rustique musette.

(r.RESSKT, Éyl. VIII, ILI

Sous se? rustiques toits, mon père vertueux Fait le bien, suit les lois et ne craint q>ie les dieux. (Volt., lier., act. H, se. ii, 75.)

RusTiQur.MEST. Adv. On peut le mettre entre l'auxiliaire et le participe : Il a répondu rustiquemeiit, OU il a rusliguement répondu ; cet ouvrage est fait rusliquement, ou est rustiquemeni fu it .

Rustre. Adj. des deux genres. On le met ordinairement après son subst. : Un air rustre, des manières rustres. Voyez Rustaud.

s. Subst. m. On prononce se. C'est la dix-neuvième lettre de notre alphabet, et la quinzième des consonnes.

Le son propre de cette lettre est comme dans sage, séjour, silence, solitude, sucre. Elle a le son accidentel de se, comme dans user, oser, etc.

5 conserve au commencement des mots le son qui lui est propre, lorsqu'il est suivi d'une autre ronsonne, comme dans scorpion, statue, scandale, scorsonère, scuhac, scubieuse, squelette, stomacal. Mais dans la prononciation de ces mots, on passe si rapidement sur Ve muet du son propre de se, qu'on ne l'entend presque point,

Lorsque le j initial est suivi d'un c, et qu'il se trouve ensuite un e, un i, ou un h, comme dans sceau, scel, scélérat, scène, scie, schisme, sciure, le s ne se fait point sentir, et on prononce comme s'il y avait oeau, cel, célérat, cène, de, chisme, oiure.

Dans le corps des mots, le s conserve le son qui lui est propre, quand il est précédé ou suivi d'une autre consonne, comme dans absolu, converser, Conseil , bastonnade , disque , lorsque , puisque, etc.; et quand il est redoublé, comme dans passer, essai, missel, bossu, mousse. — Il faut excepter, 1° les mots transiger, transaction, transition, transit, transitoire , inirunsitif, transalpin, dans lcs(]uels la lettre * prend le son du z, quoique précédée d'une consonne. Celte exception est fondée sur ce ijue ces mots étant comiMjsés de la préposition latine trans, la lettre s y est considcrée comme finale, et se pronuncc, en conséquence avec le son accidentel. Celle exception n'a pas lieu pour les mois transir el Transylvanie.

2° Il faut excepter de la règle générale Alsace, Alsaciens, balsamine, balsamique, halsamite, ainsi que les mots où la lettre s est suivie d'un 6

ou d'un rf, dans lesquels celle lellre se prononce connue un s.

D;iiis le corps d'un mot, qu;ind « est seul entre deux voyelles, on le prononce comme un s, connue iJiins ruse, hésiter, misanthrope , misère, rose, vtsicaloire, etc.

On excepte de celte règle les mots désuétude, monosyllabe, 7nonasyllabigue, parasol, pnlysyl- Itibe, priséatice, prisuppnscr, présuppositioa. vraisemblance , vraisemblable, vraisemhluble- ■ment, et quelques autres qui sont soisneusemenl indiques dans ce Dictionnaire. .Mais, dans le fond, ce n'esl point une exception ; car ces mois étant composés des purliculcs dé, mono, paru, poly, pré, vriti, les qui commence les mots qui suivent ces particules est réellement un s initial. On pr(jnonie comme si l'on écrivail dé-suétude, mono-syllabe, para-sol, etc.

S final est muet dans les mots trépas, tamis, avis, os, alors, etc. Mais il rend la syllabe longue. H se fait sentir dans les mots ris, as, anus, iris, aloès, agmis, fœtus, lapis, laps, Mars, culus, rébus, orémus, chorus, bibiis, gratis, sinus, etc., et dans les noms propres étrangers, comme DéUs, Sentis, Bacchus, Pallas, Rvbens, etc. On ne le [jrononce cependant pas dans Thomas, Judas.

S final, quand on doit le faire entendre à cause de la voyelle (jui commence le mot suivant, se prononce counne un z : f^ousnvcs de bons avis, etc. Prononcez vou-zaves de bon-zavis, etc.

Dans les adjectifs pluriels terminés par un 5, ce s se lie toujours avec le substantif suivant qu' commence par une voyelle ou un h muet, et alors il a la prononciation du z, comme dans grandes actions, bonnes œuvres, grands hommes, que l'on prononcegrande-zactLons,bonne-sœuvres,grandzhommes. La raison de cette liaison, c'est que tout adjectif appelle un substantif avec lequel il est lié grammaticalement. Mais si ce substantif précède l'adjectif, ce substantif présentant une idée absolue qui n'exige pas nécessairement un adjectif, la liaison ne s'ojK're pas toujours, surtout dans la conversation. On ne la fait que dans le discours soutenu, ou ([uelquefols dans des conversations dont le ton est au-dessus de la familiarité. On peut donc prononcer, suivant les cas, des amis attentifs , et des passions effrénées; ou bien, des amis-zattcntifs, et des passionszeffrénées.

La lettre s se trouve double dans certains mots, ou parce que ces mots sont composés d'une particule cl de quelque autre mot, ou parce que les deux s rntrenl eux-mêmes dans la formation du mot. Ainsi, les mots desseri-er, desservir, dessouder, .sont compo^cs de la particule de ou dé qui marque exiraclion ou privation , et des mots serrer, servir, souder. Dans l'origine, on doil avoir dit en deux mots, dé-serrer, dé-servir, dé-souJer,ci l'on prononçait comme on prononce aujourd'hui, parce que les, étant initial, avait la prononciation forte (jue nous liii donnons; mais lorsque de ces mots doubles on en a fait un seul, on s'est aperçu que dans déserrer, déservir, désovder, 5, se trouvant entre deux voyelles, devait avoir la |)rononciation du s. En conséquence, on a ajouté un s à de <iu à dé, afin de rétablir la [irononciatioa primillve de ces mots, el de donner aux s de serrer, servir et souder, «ne prononciation forte qu'ils n'auraient point eue sans celle addition; cl on a écvil desserrer, desstrvir, dessouder. Dans ces sortes de mois,

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