‹ Dictionnaire raisonné des difficultés grammaticales et littéraires de la langue françaiseChapitre 401 sur 453 · SIN · texte numérisé non relu

SIN

On met quelquefois le singulier pourle pluriel Le soldat, le matelot, le paysan, le pauvre, le riche, l'homme, la femme, etc., pour les soldats, les matelots, les paysans, les pauvres, les riches, les hommes, les femmes , eU\ Le soldat murmurait, le vialelol commençait à prier, le paysan s'était 'révolté, le riche méprise souvent le pauvre, le Français est brave et léger.

Vn même nom avec la même signification ne laisse pas très-souvent de recevoir des sens fort différents, selon iju'il est employé au nombre singulier ou au nombre pluriel. Par exemple, donner la main, c'est présenter la main à (pielqu'un |)ar politesse, pour l'aider à marcher, à descendre, à monter, etc. Donner les mains, n'est plus qu'une expression figurée qui veut dire consentir à une proposition.

L'usage a introduit dans notre langue une manière de p;irler qui mérite d'être remarquée; c'est celle où l'on emploie, par synecdoque, le nombre pluriel au lieu du nombre singulier, quand on adresse la parole à une personne : Monsieur, vous m'avez ordonné, je vouspr/e, etc. La poiilcssc française fait que l'on traite la personne à qui l'on parle, comme si elle en valait plusieurs; et c'est pour cela que l'on n'emploie que le singulier, quand on parle d'une personne à qui l'on doit plus de franchise ou moins d'égards. 0.1 lui dit, tu m'as donné, je t'ordonne, sur tes avis, etc. Cette dernière façon de parler s'appelle tutoyer. Ainsi, l'on ne tutoie que ceux avec qui l'on est très-familier ou ceux peur qui l'on a peu d'égards.

On demande si un nom substantif, suivi de plusieurs adjectifs qui expriment différentes espèces du même genre, doit être mis au singulier ou au pluriel. Les uns veulent qu'on mette le substantif ;!U pluriel, et que les adjectifs qui le suivent reslentau singulier. Les autres, au contraire, veulent que le substantif, ainsi que les adjectifs qui l'accompagnent, soient mis au singulier. Selon les premiers , on dira les cotes personnelle , somptuaire et mobilière. Un cours de langues française, italienne et espagnole. Selon les seconds, la cote personnelle, la mobilière et la somptuaire ; un cou7's de langue française, italienne et espagnole.

Pour savoir la(iuelle de ces deux constructions on doit adopter, il suffil de remanjucr que le substantif impose ses accidents, sa forme à tous les adjectifs qui le déterminent, mais que ce droit n'est pas réciproque, car plusieurs adjectifs réunis ne sauraient forcer un substantif a l'accord. Or, dans le cas où l'on admettrait la première construction, c'esl-à-dire où l'on admettrait que le substantif fût mis au pluriel, tandis que chacun des adjoGtirs resterait au singulier, ce serait les adjectifs qui régleraient l'accord, ce (jui no peut être toléré en grammaire. On doit donc dire : la cote personnelle, la Mobilière el la somptuaire; un cours de langue française, italienne et espagnole. De cette manière,' les lois de la syntaxe ne sont pas violées, cl l'on peut rendre raison de ces phrases au moyen de l'ellipse, c'est-à-dire que c'est comme s'il y avait, la cote personnelle, la cote mobilière , la cote somptuaire ; un cours de langue française, de langue italienne, de longue espagnole. Voltaire a dit .• Corneille a réformé lu scène tragique et la scène comique par d'heureuses imilalioif;. '^Préface des Remarques sur le Menteur.) Fénelon :Je vous ai montré, par des cvpéricnccs sensibles, les vraies et les fausses maximes par lesquelles on peut régner

Page 1