‹ Dictionnaire raisonné des onomatopées françoisesChapitre 66 sur 169 · HAR · texte numérisé non relu

HAR

n y a de certaines terres et de certains métaux qui happent la langue dès qu'on l'applique sur leur surface, et, par exemple, l'argile et toutes les agrégations alumineuses. Cet eflEet est produit par une absorption rapide de la salive, qui met en contact plus parfait la peau de la langue et la terre qu'elle essaie. Ce mot semble spécialement fait pour représenter la sensation tenace et subite dont je parle, quoique la rapidité monosyllabique de sa racine le rende d'ailleurs très-pittoresque dans grand nombre d'occasions.

HARO. Mimologisme des deux voyelles les plus pleines, des deux sons les plus emphatiques de la langue. Clameur de guerre, d'équîtation , de vénerie , et , par extension , cri de justice et de force a la loi. Ce mot, très-analogue a hurry^ huzza j anglois , et au hourra des peuples du Nord, est fort mal dérivé, par quelques étymologistes, d'un appel ou protestation contre un acte injuste , que les Normands exprimoient , dit-on , par l'exclamation aA / Raoul! ou ahl Roui qui équivaut , comme on voit , a notre locution nationale : si le roi le sauoit ! J'aimerois beaucoup à trouver ici l'élan d'un peuple reconnoissant , et le monument de la sagesse d'un prince équitable; mais il m'est impossible d'y découvrir autre chose qu'une de ces onomatopées de seconde formation qu'on appelle mimologismeSy parce qu'elles ont été £iites à l'imitation de la parole même , et je

il7B / HAK

suisebli^é de repousser l'étymologie reçu9 dans les termes 4e Mézeray : nonobstant clameur Ab hafo.

HuRO ; HuRi.u ou HuRAULT^ est le mîmologisme très-voisin de celui-ci, d'un cri ordinaire aux charretiers. Molière l'a employé dans le Dè^ pit amoureux.

HARPE. Je conjecture que ce mot est (ait par onomatopée du son des cordes de la harpe ^ rassemblées en grand nombre sous les doigts, et ébranlées simultanément.

Quoi qu il en soit y le nom de la harpe a trèspeu varié dans les langues modernes. Les Anglo- Sa:^ons Tout appelée hearpa^ les Allemands herp et haffy les Anglois arp^ et les Italiens arpa.

Hârpbr f est un vieux terme en<x>re employé par Molière et par Sarrazin , pour prendre, saisir , dérober. Il semble que le peuple , dont toutes le^ expressions présentent d'ordinaire des images vives et singulières , s'est emparé de cette racine pour l'appliquer aux actions qui exigent un grand développement de la main, comme dans les exemples qui suivent. Uapna^ (arpax) des Grecs, dont le rapax des Latins est le parfait équivalent , à ime petite transposition près , et tous les mots qui en dérivent, n'ont pas dû ètare autrement con«> struits , quel que soit rinstrument ou l'objet qui en a fourni le son radical.

On disoit harpmlle en vieux langage^ d'une troupe de brigands et de. maraudeurs ^ «omme dans ces vers tirés des Vigiles de Charles VU :

Jlleo^iies et à saipete Ennim Appartenant à feu Tremouille , Avoit grande harpaille et vermine , Ne n*y démetifoit 6oq ne (lOùle.

.Raf£a est une ihéiatlièse de Harpet, Cest l'ao* tion de froisser avec violence un corps qui résonne ou qui bruit sons Finsti'ttmetit qui le broie.

B.APT, qui est tout latin ^ reconnolt la même origine dans un sens figuré.

Nous attachons certainement peu d'importance à ces affiliations de mots^ que la médiocre portée de notre savoir ne nous autorise pas a disposer dans leur ordre le plus philosophique ; mais nous sommes bien convaincus qu'on ne fera jamais un excellent Dictionnaire^ dans aucune langue, sans remonter à la langue radicale.

On a vu a ce sujet, dans la préfece de cet ouvrage , ce que j'ai dit de la lettre H , considérée comme signe figuré d'une rapacité avide etimpatiente« Ces applications particulières sont à l'appui de mon opinion.

U y en a d'ailleurs de* exemples innombrables dans le latin , où la valeur de cette aspiration énergique étoti «d^k fwesqiAe eflf^oée.

Halosis, pillage, dilapidation.

iU HAR

ffama, un croc.

Hamare^ harponner.

Humus, nn hameçon.

Harpa, un vautour.

Harpaga ou Harpagp, un hérisson , un grappin , uu avare.

Harpagare, prendre de force.

Harpastum, un ballon qu on cherchoit a s^arracher en jouant , et dont il est <]uestion dans Martial.

Harpax^yd^tilave, qui attire la paille.

Harpe, un oiseau de proie.

Harpia, la harpie aux mains crochues.

Haurire, avaler, engloutir.

Haustrum, instrument à puiser de Tean.

Helluo, un glouton.

Helluarij absorber, avaler, dévorer.

Helueus, qui a la bouche ouverte et prête k saisir sa proie.

Hera, la fortune qu'il feut saisir au passage.

Hères, le hérisson , Tanimal hérissé de pointes qui saisissent et déchirent.

Hiare, ouvrir la bouche , comme pour saisir , pour dévorer.

Hieraj Tépilepsie, mal qui envahit , qui saisit , qui absorbe.

Hippœ, les cancres , les écrevisses aux pâtes armées de crochets.

Hirudo, la sangsue. Non missura cutem nisi plena cruoris.

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