CALICE
terre prêcher le christianisme se nommait Joséphe. A ces époques d'ignorance et de foi crédule, il ne fallut pas beaucoup de temps et beaucoup de peine pour faire de cet apôtre de la Grande-Bretagije le fils du personnage de F Évangile *. »
Le cycle des épopées bretonnes fit de ce Joseph, supposé fils de Joseph d'Arimathie, l'ancêtre d'Artus et des chevaliers de la Table ronde. Au xii*" siècle, un roman fut écrit en latin par Gautier Map, chapelain du roi d'Angleterre Henri II, sur le saint Graâl, c'est-àdire sur les aventures des chevaliers en quête du saint Graâl. Cet écrit fut mis en français par Robert de Borron.
La conquête de ce calice type, divin talisman, fut pendant le moyen âge le sujet de maintes légendes, de romans, de peintures et tapisseries. C'est ainsi, d'après le roman français du saint Graàl^^ que s'exprime Jésus lui-même, apparaissant à Joseph d'Arimathie :
« Cist veissiaus où men sanc méis,
« Quant de men corps le requeillis,
« Calices apelez sera^
« La platine ki sus girra
« lert la pierre senefîée
« Qui fîi deseur moi seelée^
« Quant ou sepulchre m*éus mis ^. »
Dès les premiers siècles du christianisme, le calice était adopté dans la célébration des saints mystères. Le testament de Perpetuus, évêque de Tours, mort en 474, lègue à son église « deux calices d'or » .
A Gourdon, près de Ghâlon-sur-Saône, on trouva en 1846 un vase d'or qui était certainement un calice de chapelle privée {singularis), et qui est orné de turquoises et de grenats. Ce calice est muni de deux anses. Ainsi est souvent représenté le calice dans lequel l'Église personnifiée recueille le sang de Jésus sur la croix. Telle était probablement la forme donnée aux calices de la primitive Église (fig. 1), forme à laquelle on substitua celle d'un cratère avec pied, et qui fut conservée jusqu'au xv** siècle. Un des plus beaux calices de ce genre, de style français, est le célèbre calice de saint
* \o^ez la Notice publiée par M. Francisque Michel en tête du Roman du saint GraàL Bordeaux^ 18âl.
2 Voyez la publ. de ce roman par M. Fr Michel. « Vers 907 et suiv.
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Rémi, qui date du xiii* siècle. Cette coupe est d'or (fig. 2) et est ornée d'émaux et de pierres fines. Faisant autrefois partie du trésor de Notre-Dame à Reims, ce calice passa dans celui de Saint-Denis.
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En 1792, il fut déposé à la Bibliothèque nationale, où il resta jusqu'en ces derniers temps. Aujourd'hui, ce précieux objet a été confié au trésor de la cathédrale de Reims.
La forme de cratère fut remplacée, vers la fin du xv® siècle, par une coupe en manière de tulipe (voy. TOrfévrerie) '.
On ne se sert plus aujourd'hui que de calices d'argent ou de vermeil ; mais, dans les premiers siècles du moyen âge, on en fabriquait de toutes matières, bois, verre, ivoire, cuivre, étain. En Angleterre, après le payement de la rançon du roi Richard, le clergé ne se servait plus que de calices de bois ^. L'abbé Lebeuf parle, dans son Histoire du diocèse de Paris *, d'un calice de cuivre rouge qui aurait appartenu à saint Grodegand, évoque de Séez, et qui était déposé dans le trésor de l'abbàye de Saint-Martin des Champs à Paris. Ce calice avait été doré, ainsi que la patène, et datait du VIII'' siècle. La coupe était étroite et profonde, comme celle des calices primitifs; il n'était orné que par une inscription et une colombe gravées sur ses parois.
Nous n'avons pu découvrir exactement à quelle époque la patène fut jointe au calice. L'usage de la patène dut être admis au moment où le culte, en ce qui concerne la manière de communier à l'autel, fut réglé par l'Église en Occident.
CANIF, s. m. (kenivet). — Voy. Couteau.
' Voyez la Notice très- développée de M. Tabbé Barraud, sur les calices, insérée dans le tome VIII du Bulletin monumental publ. par M. de Caumont, p. 385. '^ André Pottier. Guillaume Durand parle de calices de bois et de verre. 3 Tome 1", p. 310.