‹ Dictionnaire raisonné du mobilier français de l'époque carlovingienne à la renaissance (volume 2)Chapitre 19 sur 165 · II · texte numérisé non relu

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pas une destioation religieuse. Us peuvent, comme les médailles, aider à expliquer certains faits historiques. Aussi a-t-on voulu voir, dans le chandelier que nous donnons ici, un monument rappelant le déû porté par Charles d'Anjou au roi d'Aragon, Pierre III, et le tournoi projeté à Bordeaux à cette occasion. Mais le cavalier qui

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porte fascé d'argent et d'azur ne peut être un roi d'Aragon, puisque les armes d'Aragon sont d'or aux quatre pals de gueules. Peut-être le cavalier (troisième) est-il Arthur II, vicomte de Limoges et de Bretagne. Quel que soit le fait auquel se rattache la fabrication de ce chandelier, il peut passer pour un des ustensiles les plus curieux du xiii* siècle, d'autant que la gravure en est d'un très-bon style.

Il ne faut pas omettre les flambeaux à pieds tournants qu'on pouvait ranger facilement dans les bagages. Voici (fig. à) un de ces objets qui se trouve aujourd'hui dans le musée de Nevers. La bague est émaillée ; les trois pieds gravés se repUent les uns sous les autres, ainsi que le fait voir notre gravure. Au xiii' siècle encore, les sei-

gneors emportaient en voyage tout un mobilier, sièges pliants, lits de camp, flambeaux, batterie de cuisine ; or, il était facile de ranger dans un coffre plusieurs de ces flambeaux à pieds tournants, et qui tenaient ainsi peu de place. En A est figuré le dessous de la bobèche, en B la bague, et en G l'un des trois pieds vu sur son plat.

On observera que les cierges étaient fichés sur les bobèches au moyen d'une pointe qui entrait dans la partie inférieure du cylindre de cire. Ce n'est guère qu'au xiv* siècle que la pointe est remplacée par une douille dans laquelle entre le pied de la bougie, comme cela est encore pratiqué aujourd'hui. Alors (au xiv* siècle) on fabrique des flambeaux simplement cylindriques, ou à pans, ou en lobes, ou carrés, avec large pied. Voici (fig. 5) un de ces flambeaux, dont la tige donne, en section horizontale, la forme tracée en A. Le cylindre de cire entrait plus aisément dans des tubes prismatiques ou lobés que dans des tubes cylindriques, car les parois de la cire ne touchaient ainsi que sur certains points, et comme les cierges

n'étaient pas parfaitement réguliers, puisqu'ils n'étaient point encore moulés, mais simplement roulés j en forçant un peu, leur souche

pouvait être introduite dans la douille; tandis que lorsque celle-ci était cylindrique, ou le cierge ballottait, s'il ne la remplissait pas très-exactement, ou il ne pouvait entrer, s'il avait un diamètre un

peu plus fort que celui de la douille. Ce n'était donc pas sans motif que Ton donnait aux tiges des flambeaux des formes prismatiques ou à quatre ou six lobes. Les cierges destinés à ces flambeaux étaient gros et devaient donner beaucoup de lumière. Ils étaient munis d'un

petit cornet de parchemin ou de bois léger peint, qui tenait lieu de nos bobèches de verre. Le pied de ces sortes de flambeaux est trèslarge et souvent plaqué d'un écu armoyé émaillé, ainsi que le fait voir la figure 5. Les tiges sont percées de part en part de manière à pouvoir repousser en dehors la souche du cierge lorsqu'il a brûlé jusqu'au ras de la douille.

Nous donnons dans I'Orfévrerie un très-beau chandelier de cette époque, d'argent doré.

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Ce n'est que vers le milieu du xv' siècle que cette forme de flambeaux est abandonnée pour une nouvelle, se rapprochant beaucoup plus de celles en usage aujourd'hui.

La figure 6 * donne un de ces chandeliers si fréquents à dater du règne de Charles VII jusqu'au moment de la renaissance. Cette nouvelle forme était une importation vénitienne. Venise fabriquait alors un très-grand nombre de ces objets imités des formes orientales *. La douille pour recevoir la bougie est portée sur une tige et munie d'ajours, afin de permettre Textraction de la souche de cire lorsque la bougie est brûlée. Le pied, relevé, possède un rebord qui empêche la cire de couler en dehors du flambeau ; un trou A est pratiqué dans le bord de ce pied pour recevoir la chaînette à laquelle est attachée une paire de mouchettes, déposée dans le plateau. Alors aussi on fabriquait des chandeliers à deux douilles (fig. 7), qui pouvaient être placés sur un pied ou sur une potence de fer fixée à la boiserie ou scellée à la muraille. Notre figure 7 • montre un de ces chandeliers. Le collet A est élégi en B, pour entrer dans la douille du pied G, et est percé pour pouvoir être fiché, si on le préfère, sur un goujon D d'un bras fixé au mur. Ici les douilles E des bougies sont percées de part en part, afin de permettre l'extraction des bouts de cire.

Nous ne devons pas omettre de mentionner les chandeliers à deux bougies qu'on pouvait hausser ou baisser à volonté, et qu'on fabriquait communément à la fin du xiv® siècle et au commencement du XV". Voici (fig. 1 bis) un de ces flambeaux, de laiton fondu, qui fait partie du musée de Cluny. Sa hauteur est de 25 centimètres. La tige est en forme de vis, et la douille A est taraudée de manière à pouvoir monter ou descendre le long de cette tige, selon qu'on tourne les bras dans un sens ou dans l'autre. Mais comme on risquerait de faire tomber de la cire brûlante sur les doigts en tournant les bras, un animal est embroché à l'extrémité de la tige et pivote facilementsanspouvoir s'engager dans la vis. Si l'on prétend hausser ou baisser les bougies, on prend cet animal par la queue et on le fait pivoter à droite ou à gauche ; le corps de la bête touche les bougies ou même les douilles et les fait tourner dans un sens ou dans Tautre,

> Musée des fouilles du château de Pierrefonds.

3 II existe un grand nombre de ces flambeaux vénitiens qui datent d#6 xv^ et xti* sièdes et qui sont décorés de gravures imitées des dessins orientaux, ou niellés.

' Musée des fouilles du château de Pierrefonds. Le tracé est à moitié de l'exécution. La section a' est faite sur ah.

c*est-à-dire monter ou descendre, sans que la cire fondue puisse couler sur les doigts.

Vers la fin du xv* siècle on se servait, chez les particuliers riches.

7 bis

de flambeaux à plusieurs bougies posées sur une seule ligne. Ces sortes de candélabres étaient spécialement destinés à la table, et ils étaient souvent fabriqués en argent, d'après ce que rapportent les inventaires. La collection de M. Arondel possédait un de ces ftam^

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beaux datant de la fin du xv^ siècle (ûg. 8), d'une bonne exécution et de laiton fondu et ciselé.

Les jours de gala, ces candélabres étaient garnis de fleurs ou de

boules de cristal. Dans l'exemple que nous donnons ici, il est à croire que la petite coupelle réservée en A était destinée à recevoir une de ces boules.

On se servait aussi, pour éclairer les salles, de grands candélabres qui portaient plusieurs lumières étagées. Le musée de Cluny possède un de ces candélabres de fer forgé qui appartient à la fabrication de la lin du xiV siècle. Sa tige (fig. 9) se compose de quatre verges de fer rondes (voy. en A), réunies de distance en distance par

des bagues soudées à chaud. Le sommet du candélabre porte un large plateau avec pointe, pour recevoir un gros cierge ; puis, de

chacune des deux bagues supérieures de la tige sortent deux douilles carrôes, dans lesquelles on fichait des bouts de bras avec bobèches, comme on peut le voir en C et C. Ainsi, obtenait-on un éclairage

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