‹ Dictionnaire raisonné du mobilier français de l'époque carlovingienne à la renaissance (volume 2)Chapitre 51 sur 165 · OSTENSOIR · texte numérisé non relu

OSTENSOIR

ORINAL, s. m. {pot de ntdt). La forme de ces vases ne diffère pas de celle qui leur est donnée encore, aiyourd'hui et qui est bien connue. Les vignettes des manuscrits des xiv* et xv' siècles nous montrent sous les lits, ou à côté des lits, des urinais pareils aux nôtres :

« Aporles moi un orinal

« Et si verrai dedenz le mal. «

dit Renarl, qui fait le docteur * .

On en fabriquait en verre : « Un petit orinal de voirre garni et € pendant à quatre chaiennes d'or *. j>

Celui dont parle le Roman du Renart était évidemment de verre, car :

« Lors le prent et au soleiLva, a L'orinal sus en haut leva ; « Moult le regarde apertement, « Tome et retorne moult souvent.

OSTENSOIR, s. m. (monsirance^ remonstrance) . Pièce d'orfèvrerie au milieu de laquelle on place une hostie consacrée, pendant l'adoration du saint-sacrement, afin de la laisser voir aux fidèles.

L'usage de l'ostensoir, tel que nous le connaissons aujourd'hui, n'est pas très-ancien et ne remonte pas au delà du xv* siècle. Jusqu'à œtte époque, le saint-sacrement était déposé dans une tour ou tabernacle placé près de l'autel...*. L'hostie consacrée n'était point apparente. Nous ne saurions dire les motifs qui déterminèrent le clergé, en France, à exposer le saint-sacrement; peut-être était-ce pour réchauffer la foi chancelante des fidèles.

Jamais l'Église grecque, gardienne des traditions, n'adopta cet usage.

Il est question de l'exposition du saint-sacrement dans des mom-

1 Roman du Renart, vers 19509 et sulv., xiu* siècle. ' Invent, du duc de Berry (1416).

3 Voyez l'article autel, Dictionnaire raisonné de f architecture ; voye* Tabernacle et SUSPEHSION, Dict. du mobilier, t. I«

[ OYIER ] — 138 —

trances, pour la première fois, dans les décisions du concile provincial de Cologne, tenu en 1A52. Mais la forme de ces ostensoirs n'est point décrite, et le texte même indiquerait qu'elle était arbitraire'. Cependant l'inventaire du trésor de Notre-Dame de Paris, fait en 1438, signale un véritable ostensoir en forme de croix d'argent doré, soutenue par deux anges. Thiers ' rapporte qu'il en existait un en lA9â dans l'église paroissiale de Sainte-Menehould en Champagne : « C'est, dit-il, une image de saint Jean-Baptiste, d'un pied et demi un peu plus de hauteur, y compris le pied d'estal. Il a le bras gauche un peu étendu et la main ouverte, sur laquelle il y a un livre, et sur ce livre un petit agneau de la tête duquel sort un soleil où l'on met la sainte Hostie, et de la main droite il montre ce qu'il tient dans sa gauche, comme s'il disait : Ecce Agnvs Deiy etc. Au bas du pied d'estal l'on y voit ces mots : « Sébille la Moque a donné ce présent vaissel l'an MCCCCLXXXXIV. Priez Dieu pour elle, » D'un coté, il y a les armes de France ; de l'autre, les mêmes armes de France parties de Bretagne. > Le même auteur rapporte avoir vu la représentation d'un ostensoir dans une vignette d'un manuscrit de 1374, faisant partie de la bibliothèque des Célestins de Marcoussis. c Cet ostensoir représentait un évêque accompagné de deux acolytes, et portant le saint-sacrement dans une tourelle d'or percée en quatre endroits *. > Quant aux ostensoirs en forme de soleils, avec une boîte centrale ou lunelle de cristal, ils sont d'une date postérieure au xvi" siècle. Nous n'avons donc pas à nous en occuper ici.

OULE, ^. m. (cruche). —Voyez Poterie.

OTIER, s. m. (coquetier). On trouve de très-anciens oviers ou coquetiers de terre cuite, ou du moins de petits vases qui semblent avoir été destinés à cet usage. Ces vaisselets étaient en forme de cône avec pied, ou bien à deux lins, c'est-à-dire composés de deux cônes réunis à leurs sommets tronqués (fig. 1) *. Les inventaires ne mentionnent qu'assez tard des oviers de métal, et encore ne les désignent-ils pas habituellement par un nom particulier. € Un vais- « selet d'argent à mangier œufs que donna, à monseigneur, monsei-

I « In quibuBCumque monslrautiis. »

* De Vexpotitûm du sainUsacrement^ 1. 1, p. 230.

3 Piganiol de la Force parle de cet ostensoir dans sa Description de la France^ i. I, p. 171.

* Fouilles de la forêt de Gompiègne, parties mérovingiennes.

Page 1