‹ Dictionnaire raisonné du mobilier français de l'époque carlovingienne à la Renaissance (volume 3)Chapitre 25 sur 168 · CRÉMAILLÈRE · texte numérisé non relu

CRÉMAILLÈRE

24 marcs 6 onces avec les grils et le trépied. On voit des crémaillères figurées dans des vignettes de manuscrits du xiii siècle, qui se composent d'une tige de fer avec un anneau oblong, à travers lequel passe une lame de fer dentelée se terminant en crochet à son extrémité inférieure. Mais nous ne connaissons pas de crémaillères perfectionnées avant le xiv' siècle. Celle que nous donnons ici (fig. 1) date de cette époque ; elle est de fer forgé et très-complète * . Elle se compose d'une double tringle de fer A que l'on suspendait à un crochet tenant à une chaîne scellée dans le tuyau de la cheminée, au-dessus de l'âtre. A l'extrémité inférieure de ces tringles jumelles et terminées en boucle (voy. en B), passe un boulon libre, muni d'une large rondelle C sur le devant, et d'un morceau de fer plié DE qui se croise; il est traversé par un goujon F qu'on engage dans les dents de la crémaillère. Un guide G, fixé au sommet de celle-ci, coule sur l'une des tiges (voy. la section o). Lorsqu'on veut hausser ou baisser la crémaillère, on prend d'une main l'extrémité E, de l'autre la fleur de lis, en soulevant la lame dentelée, le goujon F échappe l'engrenage, et on le fait entrer dans le cran convenable, suivant le niveau qu'on veut donner au crochet* inférieur I. Quand le guide G vient toucher la rondelle C, le crochet I est aussi bas que possible ; quand le goujon F entre dans la dernière entaille K, le crochet I est au point le plus élevé. En H, est présentée la crémaillère de profil. Mais il fallait pouvoir suspendre à cette crémaillère une ou plusieurs marmites. A cet effet, était disposée la suspension L. L'anneau b entrait dans le crochet I de la crémaillère. A cet anneau, par un boulon, était attachée la tige plate M, terminée par une traverse N, munie de crochets n (voy. le profil n'). Deux tringles T, attachées librement à un piton p, étaient terminées par deux boucles avec crochets s. Suivant que les marmites étaient d'un diamètre plus ou moins grand, on arrêtait les tringles T aux deux premiers ou aux deux seconds crochets n. Si l'on ne mettait qu'une marmite au feu, on la suspendait à la tringle centrale R. Tous ces objets sont tracés au dixième de l'exécution. Le musée de Cluny conserve de belles crémaillères du xv;= siècle, de fer forgé. Ces objets, très-communs encore dans les petites villes et dans les campagnes, il y a quelques années, sont devenus fort rares ; la plupart ont été vendus comme vieille ferraille ; plusieurs ont été achetés par les brocanteurs et font aujourd'hui partie de collections particulières.

' Collect, des dessins de l'auteur, provenant de l'abbaye de Flavigny (Côte-d'Or).

CROSSE, s. f. {bâto7i pastoral). Après les notices étendues et savantes données sur les crosses épiscopales par M. l'abbé Barraud et le Rév. P. Artur Martin*, nous ne pourrions fournir sur cet ustensile symbolique, appartenant aux évêques, de nouveaux renseignements. Nous renvoyons nos lecteurs à ces articles et aux nombreuses planches qui les accompagnent. Nos musées sont très-riches en crosses épiscopales de matières variées : le bois, l'ivoire, le cristal de roche, le cuivre doré et l'or même, ont été employés dans la confection de ces objets, presque toujours d'un riche travail et parfois d'un beau style ^. (Voyez la partie de I'Orfévrerie.)

CRUCHE, s. f. — Voy. Buire.

CUILLER, s. f. {coilliers, cuilliers). Capsule de bois, de métal ou d'os avec manche, faite pour porter les mets liquides à la bouche :

« Cil prist li coilliers è bailla, (( En sa manche une en buta.

(( Cil ki out li coilliers livrées^

« Al recoillir les ad cuntées,

« Li coilliers par nombre coilli,

« Et quant il a une failli,

« Asez la quist (chercha) è demanda,

« E cil ki l'oust, mot ne suna 3. »

La cuiller se trouve mentionnée dans les plus anciens manuscrits du moyen âge; on la voit figurée dans les vignettes dès le ix'' siècle. Cet ustensile ne changea guère de forme depuis l'antiquité romaine jusqu'au xvf siècle. On se servait, pendant le moyen âge, de cuillers destinées à divers usages. Il y avait les cuillers propres à servir les mets liquides, les cuillers-passoires, les cuillers à manger. Sur des bas-reliefs du xif siècle, sont figurées des cuillers à pot absolument semblables aux nôtres * .

Les cuillers les plus anciennes, à l'usage de la table, sont à manche court et à capsule circulaire peu profonde. Ces objets étaient fabriqués en argent, pour les personnes riches ; le vulgaire se servait de cuiUers de cuivre ou d'étain, et souvent chacun portait sa

1 Mélanges d'archéologie , t. lY.

2 Voyez aussi les Annales archéologiques et VHist, des arts industriels de M. Laharte.

3 Le Roman de Rou, vers 7036 et suiv,

* Chapiteaux de l'église abbatiale de Vézelay,

cuiller sur lui, comme on porte de nos jours un couteau de poche. Les cuillers de métal précieux sont devenues très-rares, mais il en existe beaucoup de laiton et d'étain, ou môme do cuivre doré,

Les cuillers de cuisine étaient de fer, grandes et pesantes. Dans le Roman de Garin, Bègues appelle le cuisinier et ses aides, et tous s'arment de Ijroches, de crochets, de cuillers, pour combattre Fromont, Isoré et les comtes de leur parti ;

« La véissiez tant grant pestel (pilon) saisir, « Tantes cuilliers et tant crocliet tenir, « Que il vouront desor Fromont férir »

La cuiller que nous donnons ici (fig. J ) a 18 centimètres de lon-

gueur et est d'étain; elle est de forme ancienne, c'est-à-dire sem-

• Li Romans de Garin le Loherain, t. H, p. 19, édit. de M. Paulin Paris, Tecfiener.

l)lable à celle des cuillers figurées dans les vignettes du x\f siècle ^ La capsule est parfaitement circulaire et très-peu concave. Voici (lîg. 2) la forme des cuillers usitées pendant le xiif siècle ; l'exemple que nous présentons ici ^ est de cuivre fondu et retouché au marteau et au burin. Cet objet a 105 millimètres de longueur. En b', est tracée la section du manche sur ab. Vers le xiv" siècle, les cuillers sont garnies de manches plus courts; le cuilleron s'allonge, et le manche est façonné : l'exemple (fig. 3) ' présente une de ces

cuillers dont la longueur est de 13/i millimètres. Elle est de cuivre jaune fondu, marteîé et ciselé. Ces cuillers étant portées habituellement dans la poclie, on en fabriqua à manche pliant. Voici (fig. h) une de ces cuillers, qui date du xv'' siècle et qui provient du musée de Cluny : elle a 125 milUmètres de longueur; le manche se rephe dans le cuilleron, et, quand il est développé, l'arrêt a empêche ce manche de se renverser.

' Du musée des fouilles du château de Picrrefonds.

2 Idem.

3 Idem.

Chez les princes, on avait des cuillers de cuisine d'argent : « Pour rappareiller et ressouder une cuiller d'argent de cuisine... « Pour faire et forger tout de neuf une cuiller de cuisine, d'un autre « viex, dont le culleron estoit fondu à moitié... * » Il est fait mention

aussi, dans les inventaires, de cuillers à biberon, c'est-à-dire à goulot, pour verser les sauces, de cuillers-passoires, de cuillers de drageoirs ; de cuillers d'argent à trous pour passer le vin de la messe % dont le manche est muni d'un grand anneau ; on façonnait aussi des cuillers à ymaiges, c'est-à-dire dont les manches étaient ciselés et figuraient des animaux ou des personnages. A la fm du xv*^ siècle, on fabriquait beaucoup de cuillers à manches d'ivoire ou d'ébène sculptés, avec viroles et agréments d'argent. Nos musées possèdent quelques-uns de ces objets.

1 Comptes d'Étienne de la Fontaine: Argent, des rois de France au wy" siècle. ^ Trésor de la cathédrale de Laon, invent. -

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