‹ Dictionnaire raisonné du mobilier français de l'époque Carlovingienne à la Renaissance (volume 5)Chapitre 62 sur 80 · A AY A · texte numérisé non relu

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«feuille est d’abord forgée et étampée a part, puis on soude ces « petites piéces ensemble de fagon a en composer les bouquets ; puis enfin, lorsque ces bouquets ont regu leur contour, on les soude ensemble pour composer le panneau par leur réunion. Ainsi, dans un panneau, il y a environ quarante fleurettes ou feuilles, ou tétes, qui, pour étre étampées et fagonnées de maniére a pouvoir étre soudées, ont passé chacune au moins quatre fois au feu, ce qui fait déja cent soixante passages dans la braise. Pour souder et contourner ces petites piéces de maniére a former les bouquets et leur donner le contour convenable, il faut compter au moins dix passages au feu en moyenne par bouquet, ce qui fait cinquante, puisqu’il y a cing bouquets par panneau. Pour les souder ensemble, faire les embrasses et entrelacs, il faut compter pour le moins trente passages au feu, ce qui fait pour un panneau deux cent quarante ou deux cent cinquante chauffages, et pour les trois panneaux sept cent cinquante environ. Si nous comptons quarante chauffages par pied ou branche, vingt pour la bague et le plateau, nous aurons en tout bien prés de mille passages au feu pour forger ce candélabre. Ajoutons a cela les retouches et les gravures au burin, les piéces manquées qu’il faut recommencer, vous comprendrez qu’aujourd’hui on n’estime pas un pareil travail ce qu’il cotite de temps, de sueurs et de charbon. Les habiles forgerons qui fagonnaient autrefois ces piéces, ne gagnant plus leur vie ici, se sont établis ou en Angleterre ou dans les villes de l’Allemagne, car dans ces pays on estime et l’on paye encore ces sortes d’ouvrages. A Paris, vous voyez quantité de serruriers, ou de gens se disant tels, n’ayant d’autre souci que de découper de petites plaques de fer aminci, de les river les unes sur les autres, d’y graver quelque dessin au burin, et de faire ainsi des ouvrages qui séduisent les ignorants par leur apparence délicate, mais qui-ne sont ni solides ni beaux, et devraient étre laissés aux chaudronniers ou & ceux qui fabriquent des bossettes pour les selles et pour les chariots, ou des plaques de ceintures et de hauberts. » Ayant dit; maitre Hugues nous laissa

admirer le candélabre fabriqué par son grand-pére, et se remit a sa forge. « Mais », reprit-il aprés avoir plongé le fer dans la braise et pendant que son gargon soufflait, «nous ne devons pas nous

«plaindre; en somme, je gagne deux fois plus que mon pére « chaque année, et lui-méme gagnait plus que son pére:. les sei- « gneurs et les riches hommes recherchent moins ce quiest bon et « bien fait qu’autrefois, mais ils dépensent plus d’argent pour re-

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DICTIONNAIRE DU MOBILIER FRANCAIS

Meubles, P. xxvt.

CANDELABRE EN FER, XIVe SIECLE.

DICTIONNAIRE DU MOBILIER FRANGAIS

Meubles, P. xxv.

VERTEVELLE, XIVe SIECLE.

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FABRIGATION DES MEUBLES. 393.

nouveler leurs meubles et leurs maisons; les gens de métier sont plus heureux, moms foulés; ils mangent du pain et de la viande tous les jours, et s’ils sont moins habiles, ils se font mieux payer. Moi aussi je m’accommode au temps. Tenez, voici une vertevelle que je viens de finir (pl. XXV); cela ne donne pas grand’peine a faconuer, ce n’est que de la tole découpée, quelque peu relevée a froid et burinée. Cependant j’ai soudé dessus ces grappelettes faites 4 la forge pour recevoir les tétes des clous, alin que celles-ci appuient pas sur la tole a cru, ce qui ne vaut rien. C’est pour une armoire servant de librairie. Vous voyez que j’ai orné le moraillon d’un petit clerc assis tenant un livre ouvert ; j'ai conservé Vhabitude de placer ainsi quelques piéces de forge trés-fines, méme sur les objets les plus vulgaires ; il faut-s’entretenir la main, et montrer aux apprentis 4 ne jamais laisser perdre le métier. Voici encore une piéce de serrurerie comme nous en fabriquons chaque jour pour les églises et les chateaux: cest un grand chandelier 4 couronne; cela ne demande ni beaucoup de peine, ni beaucoup de soin. Vous voyez au centre une tige de fer, ronde au sommet, a six pans dans la partie inférieure (pl. XXVI)', puis des traverses plates posées en croix, soulagées par des potences qui maintiennent les trois cercles auxquels sont fixées des pointes pour les grands cierges et des viroles pour les petits cierges. Le candélabre est porté sur trois pieds, et ne peut ainsi vaciller, quelle que soit inégalité dusol. Jefais de ces grands porte-lumiéres par douzaine, et cela ne cotite pas cher ; mais aussi n’est-ce ni long ni difficile 4 fabriquer. Les branches soutenant les cercles sont assemblées avec ceux-ci au moyen de rivets, et leur extrémité inférieure passe a travers les petits plateaux circulaires qui sont enfilés par la tige de fer. Les cercles peuvent ainsi tourner sur l’arbre central, afin que ’allumeur de cierges ne soit pas obligé de faire le tour du porte-lumiéres. Les petils ornements qui égayent les supports des cercles sont euxmémes rivés. Ainsi, dans ces grandes piéces, les difficultés de forge sont évitées ; il n’y a point de soudures; les piéces sont tournées a chaud, quelque peu gravées par des coups de burin et rivées les unes aux autres. De pareilles oeuvres déplaisent a un vrai forgeron; elles gatent la main. Cependant, ces piéces ne cotitant pas cher et ayant de l’apparence, quelques-uns les font dorer et les placent dans les salles de banquet. A distance, on peut croire que ce sont ld des porte-lumiéres d’un beau travail. .«. Que voulez-

1 Gandélabre de fer tiré du cabinet de M. A. Gérente. 1. — 50

« vous? Si nous passions notre temps 4 ne faire que des ouvrages re- « cherchés par les amateurs, nous ne pourrions gagner assez pour « donner du pain 4 nos enfants. Mon voisin, Jacques Blin, qui était « bon serrurier et faconnait ces beaux ouvrages tant prisés, est mort « dans la misére, sans laisser de quoi l’enterrer. Quand il venait me « voir, et si j’avais sur ma forge une piéce comme celle-ci, j’étais « honteux; il ne disait rien, et se sauvait. Ce sont ces ouvrages de « peu de valeur qui nous rapportent les plus gros bénéfices. » Maitre Hugues reprit alors sa boite de serrure, et nous le quittames.

« Avant que le soleil soit couché, nous avons encore le temps, sl « vous voulez, nous dit Jacques le huchier, d’aller visiter atelier de « mon compére le lampier, Alain Le Grant. C’est un habile et riche « homme qui a voyagé longtemps et qui sait bien son métier; il est « fort considéré par les seigneurs, qui lui confient l’exécution de leurs « sceaux, bien que ces ouvrages ne dépendent pas de son état: c’est, « comme vous savez, une besogne délicate, car on doit craindre les « faux; sil gagne beaucoup a faire ces petits ouvrages, ce n’est pas « 1A ce que je vous ferai voir chez lui, mais de belles ceuvres de fonte « darchal et de cuivre. Il a des secrets pour jeter en moule de « grandes piéces d’un seul jet, et il est rare qu'il les manque. »

Le Lampier.

Nous allames donc chez Alain Le Grant. Son atelier est au fond dune allée, prés d’une cour assez spacieuse autour de laquelle sont batis des hangars renfermant des fourneaux et des provisions de sable, de terre grasse, du bois sec, des lingots de cuivre jaune et rouge, des pots de terre et des creusets de toutes dimensions. Sur larue, Alain Le Grant ne posséde qu'une boutique étroite, sur la devanture de laquelle on voit de petits chandeliers, des anneaux, des plaques de chariots, de harnais, et quantité de petits objets qui se vendent habituellement. Maitre Alain était occupé a faconner un grand lampier en cire brune, car il est bon modeleur*. « Voici, dit « Jacques, des élrangers de mes amis qui demandent la permission

1 « Premierement, que nulle ne pourra ouvrer ou dit mestier de nuys, fors tant seu- « lement come il verra du jour, se ce n’est puur fondre.... Item, que nus chandelliers « de cuivre ne soient faiz de pieces soudées pour métre sus table, ne lampes ne soient « faites que d’une piece, se ils ne sont a clavail (piéces retenues par des clavettes).... « Item, que nuls ne puisse nulles vielles euvres réparer ne brunir, ne vendre pour neuves, « sus paine de perdre les, et de paier l’amende, etc..... » (Registres des mét. et marchand. @ Et. Boileau.)

« de visiter vos ateliers, et qui voudraient bien voir quelques-unes « de ces belles pieces de fonte que vous avez chez vous. — Soyez «les bienvenus, messieurs, dit Alain, vous me faites honneur; je « vous ferai voir ce que j’ai de meilleur, et si vous restez A Paris, vous « pourrez, si bon vous semble, voir couler cette piéce que je termine « et qui sera préte a fondre dans un mois environ. On dit que j’ai des « secrets, mais ce sont la des contes; mon secret est de savoir mon « métier et de ne jamais rien négliger. Siles fondeurs, mes confréres, « ne réussissent pas comme moi, c’est quwils ne mettent pas 4 leur « travail le temps et la patience qu’il faut y apporter, ou qu’ils craignent la dépense. A Paris, on veut aller trop vite en besogne, et « pour un fondeur le temps et le soin font les trois quarts du travail. « Pai été longtemps en Brabant, en Bourgogne, en Allemagne et en « Italie, ot il se trouve de bons fondeurs, que l’on paye bien, parce « que, dans ces pays, on estime leur travail, et si l’on me trouve habile « ici, c’est que je n’ai pas perdu mon temps en chemin et ne me suis « pas amusé , comme tant d’autres, 4 blamer ce qu’ils voient chez les « étrangers, sans songer a profiter de ce quwils savent et pratiquent « mieux que nous. C’est 4 Milan et & Venise que j’ai appris 4 mélan- « ger les métaux, chose d’une grande importance pour nous; que « Jai vu comment on préparait de grands modéles et comment on — « fait pénétrer le métal en fusion jusque dans les parties les plus dé- « licates du moule. Ne croyez pas qu’en France on ne sit pas fondre « autrefois; il y a un siécle et demi, nos devanciers savaient bien « leur métier, et vous en aurez la preuve si vous allez 4 Saint-Remi « de Reims, par exemple’. Vous verrez dans le chceur des religieux « un candélabre qui est aussi beau comme fonte que le grand chan- « delier 4 sept branches de Milan’. J’ai recueilli dans mes voyages « quelques belles piéces que je conserve comme modeéles ; je voudrais « les vendre que je ne pourrais en tirer un bon prix, car cela est « passé de mode, et aujourd’hui on ne veut plus que des piéces de « fonte toutes remplies de petites figures, de niches, de colonnettes, « de feuillages, de clochetons : cela est surprenant, mais c’est, entre

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1 Un fragment du candélabre de Saint-Remi de Reims se voit encore dans le musée de cette ville ; c’est une des plus belles piéces de fonte que nous connaissions : ce candélabre fut fabriqué vers la fin du xu° siécle. Mais l’une des piéces de fonte de cuivre les plus remarquables que l’on puisse voir est le grand chandelier qui apparlient 4 M. Espaular, au Mans. Il est fondu sur cire perdue, et date du xu® siécle. (Voy les Mélang. archéol., t. IV, des RR. PP. Martin et Cahier, et le Dictionnaire, partie USTENSILES.)

2 Ce chandelier existe encore dans le trésor de la cathédrale; il a été publié dans les

' Ann. archéol, de M. Didron.

« nous, bien moins difficile 4 fabriquer que les anciens meubles, car «on dissimule les défauts sous la multiplicité des détails. On attache « les piéces les unes aux autres par des goupilles, on les retaille, on « les couvre de ciselures; s’il se trouve une soufflure, on la remplit « @étain, Mais les gens d’église et les seigneurs n’y connaissent «rien, et veulent avoir beaucoup pour peu @argent ; il faut bien les « satisfaire. Toutefois j'aime mon meétier, j’ai de quoi vivre, et n’en- « treprends que les travaux qui me plaisent. Le grand lampesier « dont je termine le modéle en ce moment est pour notre sire le roi; « il doit étre suspendu dans sa chambre, au Louvre. Il sera fondu en « sept piéces. Mais tout 4 ’heure, quand les apprentis auront dine, «je vous ferai voir les modéles déja terminés. Entrez dans cette « chambre, ou je conserve les objets que j’al pu me procurer pen- « dant mes voyages. » Maitre Alain nous ouvrit une petite porte basse, et nous nous trouvames dans une assez belle chambre toute tendue de vieilles tapisseries, contre lesquelles sont rangés des débris de meubles de métal et aussi quelques meubles entiers; de grands chandeliers, des suspensions pour les autels; des bra~ siers et des plateaux 4 jour de cuivre comme nos drageoirs, mais plus grands; des lampiers de toute forme, des bras pour recevoir des cierges, et quantité d’objets d'une finesse extréme de travail, tels qu’encensoirs, navettes, crosses, fermaux, piéces de harnais, etc. Il eit fallu une journée entiére pour examiner toutes ces choses 4 loisir, car dans le nombre il y en avait qui me parurent d’une singuliére délicatesse. « C’est ici, nous dit maitre Alain, que je viens me « reposer de mon travail et chercher les moyens de perfectionner « mes modéles et ma fonte. Voici, par exemple, des ouvrages sar- « rasinois que j’ai achetés & Venise : ce sont de petits vases d’argent « faits pour contenir des boissons chaudes, enveloppés d’un réseau « ajouré de fonte de cuivre, afin @éloigner les mains du vase et de «ne point briler les doigts. Voyez comme ces ornements sont dé- « liés, regardez ce métal comme il est beau. J’ai bien des fois cher- « ché 4 obtenir une fonte pareille, mais je n’ai pu encore y parvenir. « De ce cété est une de mes plus belles piéces : c’est une table de « campagne, comme les. grands seigneurs en faisaient mettre dans «leurs bagages et sur lesquelles on servait un repas. Lorsqu’on « campait, on apportait les mets sur ce plateau garni de rebords, « chacun s’asseyait autour sur des tapis, de la paille ou du foin, « et on posait les assiettes sur des escabeaux ou méme a terre’.

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1 Bien que dés le 1x° siécle usage des tables hautes et des siéges fut généralement

« Deux hommes pouvaient facilement porter le plateau au moyen « de deux batons que l’on passait dans les anneaux (fig. 6). Aujour- « @hui nos seigneurs, 4 la guerre, veulent étre servis comme dans «leurs ehateaux : au camp, on met des tables et des nappes, on

« plave des siéges autour, et il faut de nombreux serviteurs ; mais, « autrefois, un connétable, ou méme un roi en campagne se con- « tentait dun plateau comme celui-ci pour son souper. Ce plateau « peut se démonter ; les quatre pieds ne sont que des boulons qui « passent a travers des ceils ménagés aux extrémités des rebords, « qui portent en dessous un repos sur lequel pose le panneau du « fond de bois, que l’on couvrait d’une nappe débordant par-des- « sous des deux cdtés, de facon 4 faire deux nappes pour poser les « assiettes, le pain et le sel. En apportant la table et lorsqu’on la « desservait, les deux pans de la nappe étaient reployés sur le pla- « teau et on emportait la table avec son service en un moment?, Il

adopté en France, méme en campagne, cependant il est question parfois, pendant les x1° et x1I® siécles, de tapis étendus 4 terre pour manger, (Voy. la Vie de saint Arnould, évéque de Soissons; voy. Legrand d’Aussy, Hist. de la vie privée des Francois, t. Ill, p. 153.)

1 Au xiI® siécle encore, les tables étaient souvent munies de rebords (voy. TABLE). Quant aux meubles transportables, nous avons expliqué ailleurs qu’ils étaient fort en usage jusque vers la fin du moyen age. Le métal se prétait mieux que toute autre matiére a la fabrication de ces meubles, qu’il fallait démonter souvent, qui devaient occuper peu de place et peser le moins possible. Nons savons par expérience, de nos jours, comment des meubles de métal, adroitement composés et exécutés, ont moins de poids que des meubles de bois. Lord Londesborough posséde, dans sa magnifique collection d’objets du moyen Age, un /audesteuil (pliant 4 dossier) de fabrication espagnole, qui date probablement du xvi° siécle et qui est entiérement de fer, travaillé avec une délicatesse rare, composé de panneaux ajourés pouvant se démonter, se plier et se placer facilement parmi les bagages (voy. Miscell. Graphica : represent. of ancient, medieval, and renaissance remains ; London, 1857). Il est 4 croire que les Maures possédaient beaucoup de ces meubles portatifs ; ils excellaient dans les ouvrages de métal. La table de dom Pédre de Castille était d’origine mauresque.

« fallait que ces tables fussent légéres; aussi les quatre galeries a « jour, @une fonte si fine, les quatre boulons et l’ais de bois qui « forme le plateau, ne pésent ensemble plus de vingt-cinq livres, « bien que le tout soit assez grand pour contenir plusieurs plats *

1 Nous ne possédons sur ces tables portatives que des données assez vagues, et l’exemple que nous donnons ici ne s’appuie (quant 4 la forme et aux détails de l’ornementation) que sur un calque fait sur les dessins de la collection Garnerey, vendue il y a vingt- cing ans, et malheureusement dispersée. Jusqu’a nos jours, les personnes souveraines avaient pour habilude de manger seules. Leur repas était apporlé dans des barquettes couvertes, et les mets étaient déposés couverts sur la table (d’ou le mot cowvert pour désigner une table servie). Ces usages s’étaient conservés encore sous les rois Louis XVIII et Charles X. Le diner du roi était porté des cuisines 4 la salle 4 manger, dans une ou deux barquettes, par des valets, et précédé d’un quartier-maitre en uniforme et de gardes du corps. De temps 4 autre le quartier-maitre criait : « Messieurs ! la viande du roi!» Et chacun de se découvrir. Notre table peut bien avoir servi de barquette. Mais alors (au x1® siécle) le cérémonial n’était pas réglé comme il le fut plus tard. Pour prendre une idée de ce qu’ était le cérémonial de table au xv° siécle, il faut voir ’ Etat de la maison de Charles le Hardy, par Olivier de la Marche. Cet auteur dit (chap. du Tiers estat): « Or il est besoin « que je déclare comment l’escuyer trenchant sert, ne en quelle maniére, quand les estats « sont appointés, et la table parée, l’escuyer trenchant qui doit servir doit mettre son « chapperon ou chappeau sur le buffet, és mains du somellier, et en doit le somellier « prendre garde, et doit bailler a l’escuyer a laver, qui essuie ses mains a la nappe du « buffet, et ces choses ne doit-on souffrir ne laisser faire a autre que a l’escuyer tren- « chant; et le prince assis, l’escuyer trenchant va devant luy, puis desveloppe le pain, « et baise la petite servielte qu’il trouve enveloppée (avec le pain), et la mect entre les « mains du prince, et puis prend celle ot estoit le pain enveloppé, il l’escout (la secoue) « et la mect sur son col, et y mect les deux bouts d’icelle devant luy, et la cause est telle, « car Pescuyer trenchant doit tousjours veoir toutes les choses qui doivent toucher au « pain, a la viande et aux cousteaux, dont il doit trencher, et doit toucher a ses mains et « 4 sa bouche. » Ce passage doit s’entendre ainsi : L’écuyer tranchant examinera avec soin tous les ustensiles qui doivent toucher au pain et aux mets; il les prendra en sa main et les approchera de sa bouche, pour faire l’essai, et s’assurera si ces ustensiles ne sont point empoisonnés. « Puis il prend le pain et le mect en la main sénestre, qui doit estre « couverte de la serviette (attachée a son col), et du plus grand cousteau le doit partir « en deux (partager le pain en deux), et en doit prendre l'une, et la bailler au vallet ser- « vant pour faire son essay, puis prend l’épreuve de la oe en la petite nef, et touche « le pain tout 4 ’entour, et puis trenche devant le prince, et quand il a servi le pain, il la « remet sur la table (la petite nef), entre luy et le panetier, et puis prend un petit cous- « teau, et baise le manche, et puis le mect devant le prince, et tous les mects et toute « la viande qui est sur la table, illa doibt descouvrir l'un aprés Pautre, et mettre devant « le prince, soit fruict ou autrement, et quant le prince a mangé de l'un, il luy baille de « Pautre, selon son appétit, et doit avoir discrétion de présenter au prince les mets comme « ils doivent aller, c’est 4 scavoir, les potages premiers que le plat, et les ceufs avant le « poisson, et quand il a mis a chascun plat devant le prince, il le doibt descouvrir, et « puis faire espreuve de la licorne, et aprés faire son essay avant que le prince en mange, « et si c’est viande qu’il faille eenchen, i) doit prendre un trenchoir d’argent (plat propre « a découper), et mectre dessus quatre trenchoirs de pain et les mettre devant le prince,

DICTIONNAIRE DU MOBILIER FRANCAIS

Meubles, P. Xxvil.

FAUDESTEUIL EN BRONZE, XIl® SIECLE.

« Dans ces ouvrages de fonte anciens on enchassait volontiers des « cabochons de cristal de roche !. Cela n’est plus de mode depuis « longtemps; je le regrette, car ces pierres transparentes et bril- « lantes donnent quelque chose de précieux aux ouvrages de fonte, « surtout lorsqwils ne sont pas destinés 4 étre dorés. Cependant ce « que Je possede de plus riche, c’est ce faudestewil, fondu en Flandre « ily a plus de cent ans; car alors il faut dire que ces fondeurs en « Cuivre étaient plus habiles qwils ne le sont aujourd'hui. Ce slége « pl. XXVII) se démonte, afin de pouvoir étre transporté avec le « bagage du seigneur. Aprés avoir retiré les clavettes 4 ressort D, « on enléye les quatre montants A, B, qui passent a travers les ceils « réservés aux extrémités supérieures du pliant, dans les accoudoirs « et le dossier ; les quatre pieds croisés, & t¢te de compas, se plient ; « les plaques d’appui et celle du dossier ne sont alors que des pan- « neaux légers que l'on met dans un coffre. Les deux tétes tenant « aux montants du devant sont de cristal de roche, ce qui est fort « sain, parce que cette matiére, étant toujours froide, entretient la « fraicheur des mains..... Mais les apprentis? ont fini de diner, et «si vous voulez, messieurs, nous allons rentrer dans l’atelier ; ils « m’aideront 4 vous faire voir le lampier du roi notre sire. » En effet, plusieurs apprentis s’élaient remis au travail : les plus agés battaient des piéces sur des modéles, d’autres enduisaient de terre des objets de cire; nous en vimes deux qui étaient occupés a fondre de lor dans une coupelle de terre au milieu d’un réchaud muni d’un soufflet (fig. 7)*. Auprés d’eux se trouvait le moule d'une croix

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« et devant soy doit mettre quatre trenchoirs de pain, et sur iceux un autre qui font le « cinquiesme trenchoir de la crouste, pour soustenir le fais du trenchoir et du cousteau, et « doit l’escuyer prendre la chair sur son cousteau, et le mettre devant le prince; et s’il « est bon compaignon, il doit trés-bien manger, et son droit est de manger ce que luy « demeure en Ja main en trenchant, et certes s’il mange bien, le prince luy en scgay bon « gré, car en ce faisant il lui montre seureté et appétit, il peut aller boire au buffet, et ne « luy peut-on refuser le vin de bouche, toute la viande qui est devant le prince est sienne, « pour en faire son plaisir, pourveu que le prince mange publiquement, car si le prince « mangeoit en sa chambre a privé, en ce cas la viande est 4 ceux de la chambre, et n’en « alleroit l’escuyer trenchant que par portion. »

1 Comme on peut le voir encore dans le fragment du candélabre de Saint-Remi de Reims. (Bibl. de Reims.) j

2 Les fondeurs en métaux a Paris pouvaient avoir autant d’apprentis qu’ils voulaient. (Et. Boileau.)

3 Biblioth. impér. , ms. ancien fonds Saint-Germain, n° 37, x1I° siécle. On voit, dans cette vignette, le boisseau dans lequel est la provision de charbon; puis, par derriére, le moule d’une croix que le fundeur s’appréte 4 remplir. Comme aujourd’hui, le fondeur a la téte

hOO VIE PRIVEE DE LA NOBLESSE FEODALE.

dont le pied reposait au fond dune sorte d’auge de terre destinée a recevoir le surplus du métal. Maitre Alain, voyant que j examinais le soufflet avec attention, nous dit : « Vous voyez la un de ces soufflets « que jemploie de préférence a tout autre pour obtenir un courant

« d@air égal et continu. Il se compose de trois cellules, de fagon « qu’en poussant et en tirant le fond comme le. fait lapprenti, au « moyen de soupapes intérieures de peau, l’air est toujours chassé « par le tuyau. Je fais presque tous mes outils moi-méme, et vous « yoyez que le conduit de métal du soufflet s’attache 4 la peau par «une téte de béte. Soyez assuré que ce luxe n’est pas inutile; il « porte les apprentis 4 soigner et a respecter les ustensiles dont ils « se servent journellement. La petite téte d’animal n’ajoyte rien a la « bonté du soufflet, mais elle le fait durer plus longtemps, parce « que les jeunes gens sont naturellement disposés 4 ménager des « objets qui paraissent précieux par le travail : je me trouve ainsi « largement dédommagé de la peine que j'ai prise de mettre de « Part dans un objet vulgaire. Maintenant ’apprenti a monte la tige « principale de mon lampesier et Pune de ses six branches; vous « pouvez vous figurer ce que deviendra l’ensemble du travail lors- « qwil sera terminé (pl. XXVIII). Les six cavaliers seront variés, les « ornements seuls se répétent a toutes les branches. Chacune de ces « branches sera fondue d’un seul jet, sauf les plateaux des cierges

garnie dun bonnet feutré dont la visiére peut se rabattre sur ses yeux lorsqu’il coule les métaux.

DICTIONNAIRE DU MOBILIER FRANCAIS

Meubles, P. XXVIII.

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