BAHUT
style; les meubles, parfaits comme travail, perdirent cet aspect monumental, simple, qui, dans les belles époques de Part, se retrouve jusque dans les objets les plus vulgaires de la vie domestique.
Au xiv’ siécle, on plagait des bahuts servant de bancs dans presque toutes les piéces des appartements. Mais il en ¢tait un plus riche que les autres, mieux fermé, auquel on donnait de préférence le nom de huche, et qui était destiné 4 contenir les bijoux, Pargent et les objets les plus précieux du maitre ou de la maitresse de la maison. Du Guesclin ne se fait pas scrupule d’enfoncer la huche de sa mere pour s’emparer de Vargent dont il a besoin pour payer ses compaenons darmes :
« Quant argent i faloit, et petit argent a,
« En la chambre sa mére, privéement entra,
« Une huche rompi, ou escrin trouva
« Ou les joiaux sa mére, sachiez (cachés) estoient 1a, « Et argent et or fin que la dame garda.
« Bertrand mist tout a fin, a ses gens en donna:
« Et quant la dame sceut comment Bertran ouvra
« A démenter se prist, son argent regreta 1,»
Au xv’ siécle, la menuiserie fut traitée dune maniére remarquable comme construction et exécution; les bahuts, ou plutét les huches, se couvrirent de riches panneaux présentant de ces arcatures et combinaisons de courbes si fréquentes 4 cette époque*, ou des simulacres de parchemins pliés. Voici un exemple (fig. 7) dun de ces bahuts servant de table, copié sur l'un des petits bas-reliefs qui décorent les soubassements de la cloture du chceur de la cathédrale d’Amiens*, Le personnage est assis sur un de ces pliants faudesteuils, fort en usage pendant le xv° siécle et le commencement du xvi’.
Lorsque des habitudes de comfort se furent introduites dans Pameublement, les bahuts servant de bancs furent souvent garnis d’appuis, de dossiers et méme de dais (voy. Banc) ; leur abattant fut couvert de coussins ou de tapis mobiles, au lieu de ces toiles peintes ou cuirs gaufrés collés sur leur surface.
Pendant les xvi° et xvi’ siécles, le bahut fit encore partie du mo-
1 Chron. de du Guesclin, vers 657 et suiv.
2 Les exemples de ces sortes de meubles se rencontrent si fréquemment dans les collections publiques ou particuliéres, que nous ne croyons pas nécessaire d’en donner ici; nous renyerrons nos lecteurs aux ouvrages qui ont reproduit ces meubles.
3 Hist, de saint Jean-Baptiste.
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bilier domestique, et il en existe un grand nombre qui datent de cette époque. L’usage @envoyer les présents de noce a la mariée dans de riches bahuts se conserva jusque vers le milieu du dernier siécle. Au Louvre, sous Louis XIII, les salles des gardes étaient encore
garnies de coffres ou bahuts qui servaient de bancs. Lorsque Vitry attend le maréchal d’Ancre, « il demeure longtemps dans la salle des « Suisses, assis sur un coflre, ne faisant semblant de rien » *:
Aujourd’hui, la huche du paysan, qui sert 4 faire le pain, et les banquettes-coffres de nos antichambres, sont un dernier souvenir de ce meuble du moyen age.
BANG, s. m. Meuble composé d’une planche assemblée dans deux montants servant de pied. Dans les premiers siécles de la monarchie francaise, le banc était autant une table qu’un siége. « arrive », dit
1 Relat. de ce qui s’est passé & la mort du maréchal d@’Ancre (Journ. de Pierre Dupuy, - 1659, Leyde, Elzevier).
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Grégoire de Tours’, « mandé par Chilpéric; le roi était debout, pres « @un pavillon formé de branches darbres. A sa droite était levéque « Bertrand; 4sa gauche, Raguemod. Devant eux un banc* chargé de « pain et de mets divers.... »
Il était @usage de couvrir de tapis les hanes posés autour des salles, du temps de Grégoire de Tours. « Waddon arrive, entre aus- « sitot dans la maison, et dit : — Pourquoi ces bancs ne sont-ils pas « couverts de tapis? Pourquoi cette maison n’est-elle pas balayée?...* » Lorsque Robert, duc de Normandie, entreprend d’aller en pélerinage 4 Jérusalem, passant 4 Constantinople, il est admis, avec les Normands de sa suite, 4 une audience de ’empereur d’Orient. La salle dans laquelle les seigneurs normands sont recus était dépourvue de siéges; ceux-ci se dépouillent de leurs manteaux, les jettent a terre, s’asseyent dessus et dédaignent de les reprendre en partant. Le duc répond au Gree qui veut lui rattacher son manteau :
« Jo ne port pas mun banc od mei. »
« Pur la noblesce des Normanz,
« Ki de lur manteals firent bancz,
« Fist ?Emperor el paleiz faire
« Banez a siege envirun l’aire ;
« Ainz a cel tems a terre séeient,
« Ki el paleiz séer voleient 4. »
A Constantinople, usage des siéges était donc inconnu au x1’ siécle, et les Grecs s’asseyaient a terre sur des tapis, comme les Orientaux de nos jours. Par courtoisie, ’empereur fait faire des bancs autour de la salle du palais, afin que les Normands puissent s’asseoir conformément a leurs habitudes, pendant leur séjour 4 Byzance.
Guillaume, due de Normandie, apprend la mort. d’Edouard et le couronnement de Harold, étant 4 la chasse; il devient pensif, rentre dans son palais, et:
« Al chief d’un bane s’est acotez,
« D’ores en altre s’est tornez,
« De sun mantel covri-sun vis,
« Sor un pecol (appui) sun chief a mis ; « Issi pensa li Dus grant pose,
« Ke V’en parler a li n’en ose 5. »
1 Lib VY.
2 «... Et erat ante scamnum pane desuper plenum, cum diversis ferculis,... » 3 [bid., lib, IX.
4 Le Roman de Rou, 1°° partie, vers 8273 et suiv.
5 Le Roman de Rou, 2° partie, vers 1109 et suiv.
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Les bancs étaient donc munis d’appuis au x1° siécle; ces appuis nétaient que ja prolongation des deux montants servant de pieds )
avec une barre pour dossier (fig. 1)*. Dans les églises, des Pépoque romane, on faisait habituellement régner une assise de pierre sail-
lante A Pintérieur des bas cétés ou chapelles, formant un bane con-
1 Manuscr. de saint Cuthbert, University college Library, Oxford. — Voyez d’autres exemples donnés dans Some Account of domestic Architecture in England, T. Hudson Turner. H. Parker, Oxford, 1851..— Voyez aussi la tapisserie de Bayeux, dile de
la reine Mathilde.
an)
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tinu. Cet usage se perpétua pendant la période ogivale, car alors on wétablissait pas, comme aujourd'hui, des bancs en menuiserle ou des chaises pour les fidéles. Mais dans les dépendances des églises, dans les salles capitulaires, les bibliothéques et les sacristies, on placait des banes de bois; les bahuts (voy. ce mot) en tenaient souvent lieu. Ges banes furent alors garnis d’appuis, de dossiers et méme de dais. Ils étaient d’une forme trés-simple jusqu’au x1v° siécle, composés de forts madriers, ornés seulement de quelques gravures. Nous avons encore vu des débris de bancs de ce genre, qui paraissent dater du commencement du xi’ siécle, dans des salles voisines des églises pauvres dont le mobilier n’avait pas été renouvele (fig. 2). Dans les habitations, les bancs étaient recouverts de coussins ou
Cras ED) ——
dune étoffe rembourrée non fixée aprés la tablette. Les montants latéraux étaient souvent ornés de sculptures, et se recourbaient pour offrir un appui plus commode (fig. 8)*. Si Pon s’en rapporte aux vignettes des manuscrits, aux peintures et descriptions, les bois de ces meubles étaient rehaussés de couleurs, de dorures, d’incrustations dor, dargent et divoire?. Au xut° siécle, on ne se contenta pas de tablettes assemblées dans des montants; les bancs affectérent souvent la forme d’un coffre long, c’est-a-dire que le devant fut garni de planches ornées d’a-jour, @areatures et de peintures; ils pouvaient alors étre considérés comme de véritables bahuts, bien qwils fussent plus longs que n’étaient ces derniers meubles. Ce qui distingue particuliérement le banc, avec ou sans dossier, de la forme, par exemple (voy. ce mot), c'est que le banc est transportable, qu'il
! Tapisserie de Bayeux.
2s « Déjoste lui les assist sor un banc « Qwiert entaillez a or et a argent... »
(Roms de Guill. d’Orange, prise d’Orange.)
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peut étre déplacé, Ainsi, pendant le moyen age, on garnissait habi-
tuellement les tables-4 manger de bancs iobites sur lesquels on jetait des coussins.
Voici deux exemples de ces sortes de bancs, tirés @’un manuscrit
(fig. 4)*; le dessus de ces siéges se relevait, et, étant fermé par une
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serrure, permettait de serrer des objets. Pendant les x1v° et xv‘ siécles, les bancs, comme tous les autres meubles domestiques, furent décorés de riches étoffes, de cuirs dorés et gaufrés, ou de tapisseries. « Le due de Bourgogne fut en celle journée assis sur un banc paré « de tapis, de carreaux et de palles; et fut environné de sa noblesse « et accompaigné et adextré de son conseil qui estoyent derriére la perche (le dossier) du banc, tous en pié, et prests pour conseiller le duc si besoing en avoit, et dont les plus prochains de sa personne furent le chancelier et le premier chambellan; et ceux-la estoyent au plus prés du prince, un a dextre et lautre a sénestre?. »
Pendant les xv° et xvi° siécles, beaucoup de familles nobles firent construire des chapelles particuliéres attenantes aux églises. L’intérieur de ces chapelles était meublé comme un oratoire privé; les murs étaient garnis de bancs de bois 4 dossier ; on y plagait des prie- Dieu, des pupitres, des tapis, des carreaux, etc. Voici un bane (fig. 5)