AVANT-PROPOS
i^TNONTBiE est un mot dont la si^ification a varié dans la langue française, et qui ne présente pas encore aujourd'hui une idée bien déterminée.
Ce mot vient du grec, eï est composé de la préposition s^n, avec, et onuiruiy nom. Il signifie littéralement qui sert à signifier une même chose que le nom.
On a appelé synonymes les mots divers qui servaient dans l'origine à nommer la même chose, sans indiquer aucune différence entre leurs significations.
Lorsque les langues se sont formées , il y eut pendant long-temps dans chacune d^elles un grand nombre de mots de cette espèce. Alors ce qui forme aujourd'hui une nation était divisé en petites troupes qui n'avaient que peu de communications les unes avec les autres , ou qui n'en avaient point du tout, à cause de leur éloignement. Chacune de ces troupes avait donné arbitrairement des noms aux divers objets qui avaient frappé leurs sens ; mais l'usage de ces noms inventés et usités dans chaque troupe qui les avait adoptés , était borné au cercle d'individus qui en faisaient partie ; et le mot qu'avait inventé une troupe pour signifier , par exemple , un arbre ou une montagne, ne représentait pas les mêmes objets dans les autres troupes.
A mesure que le voisinage, le besoin, et mille autres circonstances , rapprochèrent quelques-unes de ces peuplades , elles se mêlèrent plus, ou moins entre elles, et adoptèrent peu à peu les noms généralement usités dans les plus considérables. La multitude des relations, et le besoin de comprendre et d'être compris, leur en faisaient une loi.
De ces adoptions successives naquit une langue commune^ distinguée de tous les langages particuliers.
VJ àVANT-PROPOS.
Maïs cette révolution ne put se faire assez rapidement pour quç les peuplades les moins considérables ne conservassent "pas un grand nombre de mots auxquels elles étaient accoutumées depuis longtemps y et qui ne ressemblaient pas encore à ceux par lesquels la langue générale désignait les mêmes objets. •
Ce sont ces mots qui furent appelés synonymes ^ c'est-à-dire représentant les mêmes objets, signifiant la même chose; mais avec des formes différentes.
Lorsque plusieurs troupes furent réunies , soit par le langage , soit par les mœurs , soit par une espèce de gouvernement , on sentit de plus en plus la nécessité d un langage commun , et l'on oublia peu à peu les noms particuliers créés par les troupes les moins considérables, pour adopter exclusivement ceux de la troupe la plus nombreuse et la plus inflnente.
Ainsi une multitude de noms différens qui représentaient tous le même objet , disparurent du langage , et se trouvèrent remplacés par des mots uniques qui représentèrent le même objet sous une forme unique et constante.
Dun autre côté, des mots anciens, que le caprice ou la raison faisaient abandonner peu à peu dans la langue générale , y étaient remplacés par des mots nouveaux; et, jusqu'à ce que ce remplacement fût entièrement opéré , ces mots , quoique moins usités , restèrent , dans plusieurs circonstances , synonymes de ceux qui les remplaçaient peu à peu.
C'est ainsi, par exemple, que, lorsqu'on admit dans notre langue le mot plusieurs f on en exclut le mot maint, qui signifiait exactement la même chose , et n'en était distingué par aucune nuance.
Mais enfin tous les mots que l'on appelait synonymes , ayant ainsi disparu, on appliqua cette dénomination aux mots qui^ ayant des formes différentes , offraient dans leurs significations des rapports de ressemblance qui semblaient tendre à les confondre en même temps qu'ils offraient des différences qui détruisaient cette ressemblance»
Alors on a dit que les mots sy^nymes sont ceux qui , ayant une ressemblance commune , ont des différences qui les distinguent, ce
▲VANT-PEOPOSU VÎj
qui signifie que les mots synonymes sont ceux dont la signification se ressemble «t ne se ressemble pas.
Voilà donc le mot synonyme qui a changé de signification; il ne se disait auparavant que des mots dont la signification était entièrement la même , et il signifia alors les mots dont la signification étant la même sous certains rapports , était différente sous d autres rapports. •
L'ancienne définition était juste ; la seconde est fautive et erronée. Oi\ avait raison d'appeler synonymes des mots dont la signification était exactement la même ; mais on avait tort d'appliquer cçtte dénomination à des mots dont les significations offrent en même temps des ressemblances et des différences qui se détruisent les unes les autres.
Cette nouvelle définition y loin de donner du mot synonyme ^une idée claire et distincte, en donne au contraire une. idée fs^usse et contradictoire. ; ,,j . ^
En effet, vous me dites d'un côté que les mots que vous apjielez synonymes se ressemblent ; si cela est , je puis donc les employer indifféremment l'un pour l'autre; mais d'un autre xîôté , vous me dites qu'ils présentent des différences qui détijuisentrcette synonymie, et ne pern^^ttent pas de les employer l'un pouï l'autre. Qu'est-ce donc que cette pré tçudue synonymie quiestenmême temps établie et détruite dans le même mot? Qu'est-ce donc que ces prétendus synonymes que vous établissez par votre nouvelle définition , sinon des mots dont la signification se: ressemble et ne se ressemble pas?
Voilà donc le même mot qui a deux significations différentes dans le même ordre de choses , et quand je dis que deux mots sont synonymes ^ je puis vouloir dire ou que leur signification est exactement la même , ou qu'ils ont des rapports d'un ordre différent dont les ims leur donnent une signification commune , et les autres une signification différente, distincte et séparée. Or, à quels signes pourrai -je , dans le discours , distinguer l'une ou l'autre de ces significations exprimées par le même mot ? Si je dis que deux mots sont synonymes , qui devinera si j'entends par là qu'ils ont la même
signification^ ou si je reux dire, qu'ayant la même signification sous un certain aspect, ils ont sous d'autres aspects des significatioiis différentes? Voilà une source d'équivoques et d'embarras qui rendent l'expression louche , et ne permettent pas d'y assigner un sens précis et déterminé. L'embarras est d'autant plus grand que dans le pre^ mier sens^nonyme se dit des mots qui se ressemblent parfaitement* et dans le second des mots dont, sous certains rapports, les sigm« ficatîons ne se ressemblent pas.
Je puis dire, par exemple, que maint et plusieurs sont des mots qui étaient autrefois synonyme^ ^ parce qu'ils avaient exactement la même signification, et tout le monde me comprendra. Mais si je ditf qvL accompagner et escorter sont deux mots synonymes , parce que l'un signifie une action que l'on fait pour faire honneur à quelqu'un , et l'autre une action que l'on fait pour défendre quelqu'un en cas de besoin , je vois dans ces deux mots deux actions différentes. Je puis^d'autant moins en découvrir la synonymie que l'une a un objet totalement différent de l'autre. ''
C'est ce qu'ont senti la plupart de nos grammairiens philosophes qui n'admettent point de sytionymes dans notre langue.
« S'il y avait des synonymes parfaits dans notre langue , dit Dumarsais , il y aurait deux langues dans une même langue j quand on a trouvé le signe exact d'une idée, on n'en cherche pas un autre. »
La Bruyère pensait de même. Il remarque qu'entre toutes les différentes expressions qui peuvent rendre nos pensées, il n'y en a qu'une seule qui soit bonne , que tout ce qui ne l'est point est faible et ne satisfait pas un homme d'esprit qui veut se faire entendre.
S'il n'y a qu'une seule expression qui soit bonne pour exprimer telle ou telle pen^e , cette expression ne peut donc avoir de synonymes y car les synonymes diraient plus ou moins; aucun d'eux ne serait la bonne expression. '
Enfin , Voltaire convient qu'il n'y a presque point de synonymes dans la langue française.
« Blasphème , dit-il dans son Dictionnaire philosophique , est un mot qui signifie atteinte à la réputation ; Blasphemia se trouve dans
Bémosthâne ; de là vient , dUt Mënage , le mot de blâmer. Blasphmie ne fîit employé dans l'église grecque que pour signifier injure faite à Dieu ; les Romains n'employèrent jamais cette expression, ne croyant pas apparemment qu'on put jamais offenser l'honneur de Dieu, comme on offense celui des hommes, n'y a presque point de synonymes. Blasphème n'emporte pas tout-à-fait l'idée de sacrilège. On dira d'un homme qui aura pris le nom de Dieu en vain, qui, dans l'empor* tement de la colère, aura ce qu'on appelle juré le nom de Dieu , c'est un blasphémateur ; mais on ne dira pas c'est un sacrilège. L'homme sacrilège est un homme qui se parjure sur l'Evangile , tjpx étend sa rapacité sur les choses sacrées, qui détruit les autels , qui trempe sa . main dans le sang des prêtres.
» Les grands sacrilèges ont toujours été punis de mort chez toutes les nations , et sur-tout les sacrilèges avec effiision de sang.
» L'auteur des Instituts au droit criminel compte , parmi les crimes de lèse-majesté divine au second chef , l'inobservation des fêtes et dimanches. H devait ajouter : L'inobservatibn accompagnée d'un mépris marqué \ car une simple négligence est un péché , mais non pas un sacril^ , comme il le dit. »
Ainsi nos meilleurs grammairiens nous disent avec raison qu'il n'y a point de synonymes dans notre langue , et que la synonymie n'y est point exactement dans les mots les plus ressemblans.
Que voulez-vous donc dire quand vous m'annoncez l'explication des synonyme français? Touvre votre livre, et j'y trouve au contraire l'exposé des différences de la signification des mots qui semblent se rapprocher , c'est-à-dîre des preuves que les prétendus synonymes que vous voulez m^expllquèr n'existent point } vous m'annoncez des recherches sur la ressemblance dèsr mots, et vous ne m'offrez que des observations sur letirs dîIFéirences.
Ces considérations embarrassèrent sans douteGirard lorsqu'il donna au pubBc son ouvrage sur ce qu'on appeUe aujourd'hui les synonymes de la langue française. Il paraît qu'il n'avait pas alors du mot synonyme ridée qu'on, a appliquée depuis à ce niot. S'il eût entendu par syno^ nymes les ihots dont la signification se ressemble sous quelques rapports, il tf àiirait ikit aucune ' difficulté dé donùer à son ouvrage le
X JLYÀHT-P&OPOS.
titre de synonymes français. Mais , loin que cet ouvrage tendît à faire connaître les mots de la langue dont la signification se ressemble, il avait pour but au contraire de prouver que tous les mots que l'on regardait comme synonymes diffèrent réellement dans leur signification , et que par conséquent il n'y a point de synonymes dans notre langue. Ce titre aurait été en contradiction avec l'ouvrage. Il a préféré d'intituler sa première édition : Justesse de la langue française y titre simple et clair qui annonçait sans équivoque le but de l'auteur, et qu'il a expliqué lui-même dans sa préface.
« Pour acquérir la justesse, dit-il, il faut se rendre un peu difficile sur les mots , ne point s'imaginer que ceux qu'on nomme synonymes le soient dans toute la rigueur d'une ressemblance parfaite , en sorte que le sens soit aussi uniforme entre eux que l'est la saveur entre les gouttes d'eau d'une même source ; car en les considérant de près on verra que cette ressemblance n'embrasse pas toute l'étendue et la force de la signification , qu'elle ne consiste que dans une idée principale que- tous énoncent , mais que chacun diversifie à sa manière par une idée accessoire qui lui constitue 'un caractère propre et singulier. La ressemblance que produit l'idée générale fait donc les mots synonymes ^ et la différence qui vient de l'idée particulière qui accompagne la générale fait qu'ils ne le sont pas parfaitement , et qu'on les distingue comme les diverses nuancés d'une même couleur. »
On voit par cette explication que Girard pensait comme les littérateurs philosophes qu'il n'y a point réellement de mots synonymes.
Si les mots que l'on nomme synonymes ne le sont pas dans toute la rigueur d'une ressemblance parfaite, c'est donc à tort qu'on lés appelle synonymes^ car ce mot signifie ressemblance parfaite, et dès que cette ressemblance n'existe. pas entièrement, il n'y a point de synonymie, mais seulement des rapports particuliers, des. ressemblances partielles qui ne peuvent constituer une synonymie proprement dite.
Si cette ressemblance n'embrasse pas toute l'étendue et la force de la signification , la synonymie n'existe point par rapport à la partie de l'étendue et de la force qu'elle n'atteint pas , die ne constitue pas
AVAnT-P&OPOS. ly
une Teritable synonymie; et dire de deux mots de cette espèce qu'ils sont synonymes , c*est dire en même temps que leurs significations se ressemblent et ne se ressemblent pas , c'est dire qu'ils sont syno» nymes et qu'ils ne le sont pas.
Si cette prétendue synonymie ne consiste que dans une idée principale, que tous énoncent^ mais que chacun diversifie à sa manière par une idée accessoire qui lui constitue un caractère propre et singulier, la ressemblance de Tidée principale disparaît par les modifications qui ont chacune un caractère .propre et singuUer , et il n y a plus de synonymie.
Si , conune le dit Girard , la ressemblance que produit lidée générale fait que les mots sont synonymes y et que la différence qui vient de ridée particulière qui accompagne Tidéc générale fait qu ils ne le sont pas , la différence détruit la ressemblance , et on cherche en vain la synonymie.
On dit que les mots colère^ courroux ^ emportement ^ sont synonymes ;'ûs ne le sont point d'après l'explication de Girard, car chacun a son caractère propre et singulier qui le distingue clairement des autres. Aucun des trois ne peut être employé pour l'autre, et les li^es qui les séparent sont sensibles.
La colère est une passion intérieure de l'ame qui est durable , qui souvent dissimule et se cache ; le courroux. est une passion qui éclate hautement au-dehors , et qui demande avec hauteur ou fierté vengeance ou punition. L'emportement est un mouvement extérieur qui éclate avec bruit. Le cœur est piqué dans la colère, mais il pardonne à la fin ; la vanité et l'orgueil éclatent dans le courroux ; ils demandent satisfaction. L'aigreur et l'impatience éclatent dans l'emportement; c'est une colère bruyante, mais qui ne dure pas.
Or, qu*y a«t-il dans ces trois choses qui se ressemble au point de pouvoir les déclarer synonymes!^ Est-ce j comme le dit Girard, une inipatience contre quelqu'un qui nous obstine, qui nous offense ou qui nous manque dans l'occasion ? Mais cette impatience n'est pas' également applicable à ces trois mots. Dans la colère elle est souvent couverte et dissimulée; dans le courroux elle est violente et arro- S^ute; dans l'emportement impétueuse , bruyante et excessive. Aucun
de oeg caractères particuliers ne peut être applique aux trois mots* aucun n a quelque chose de commun avec ces trois mots } ce n'est donc pas cette prétendue idée commune qui fait leur synonymie.
La synonymie consiste moins encore dans les caractères propres et singuliers de chaque expression ; car si chacune a un caractère propre et singulier , elle n a donc rien de commun avec les autres. Au contraire, ce caractère propre et singulier détruit et fait disparaître toute idée commune, de manière que lune ne peut pas être dite pom* l'autre , et quelles ont chacune leur objet distinct et séparé.
On pourra appliquer ce raisonnement à tous les mots que Ion donne pour synonymes les uns des autres , et l'on trouvera que leur prétendue synonymie n'est qu'un être de raison.
Adoptant donc l'opinion des grammairiens philosophes, nous dirons' qu'il n'y a point de synonymes dans notre langue ; mais qu'il s'y trouve fréquemment dès mots qui ont entre eux des ressemblances partielles.
Nous n'avons point intitulé notre dictionnaire Dictionnaire des synonymes français , parce que nous croyons , comme nous venons de le dire , qu'il n'y a point de synonymes dans la langue française, mais nous l'avons intitulé Dictionnaire synonymique de la iangue française , parce qu'il a particulièrement pour . objet non les mots synonymes y qui en effet n'existent pas, mais ceux dont les significations ont des ressemblances partielles , qui, sans contribuer à une synonymie parfaite , ont quelque rapport avec cette synonymie. ■ Nous croyons avoir évité parla le reproche d'avoir expliqué dan3 notre ouvrage plusieurs mots qui ne sont pas vraiment synonymes dans l'opinion commune , mais qui sont synonymiques dans celle que nous embrassons ; et plusieurs mots qui, sans être synonymes j nous ont paru avoir quelque ressemblance entre eux, ont été recueillis dans notre ouvrage.
•Les ressemblances des objets auxquels nous donnons le nom de synonymes ou de rapports synonymiques, sont ou dans la nature, ou dans notre esprit. Dans le premier cas, elles sont rares <m quelquefois nulles , parce que la manière d'exister de chaque objet de
la nature est nette et distincte , et que ; par conséquent , ils sont distingués par eux-mêmes de tous les autres objets. Ainsi le mot terre, considéré comme le nom dun objet physique, n'a point de synonyme j parce qu'il présente dune manière claire et distincte tout ce qui le fait être tel , et en même temps tout ce qui le distingue des autres objets de la nature. Le caractère de la chose existe dans la chose même , dans la nature ; il est inhérent à la nature.
Mais si nous considérons la terre sous divers aspects, relatifs à nous, à nos besoins, à nos usages, et que sous ces aspects nous lui donnions différens noms , alors , comme l'esprit la considère à sa manière , il naît dans l'esprit une multitude de différences qui, ayant chacune un rapport conmiun avec la terre prise dans le pre* mler sens , en diffère par chacune de ces différences , et prendra , selon ces différences , une multitude de noms divers.
Mais toutes ces différences ne forment point des synonymies ,* puisqu'aucune ne ressemble parfaitement à l'autre ; elles étabUront seulement des différences partielles.
Ain^i terre , qui ne signifiera dans le premier sens que le globe terrestre et la matière dont il est composé, signifiera dans le second une multitude de choses diverses qui auront chacune leur nom distinctifi
Sous ce point de vue, terre se dira des champs, des vignes, des jardins , des différens terreins , etc. ; et nous aurons dans l'esprit une multitude de mots qui , ayant des rapports de ressemblance avec le mot terre considéré . dans la nature, en différeront par les rapports que nous avons créés. Voilà la principale source de ce qu'on a appelé synonymes.
D'après cela on est surpris de voir certains auteurs prétendre donner au public des dictionnaires universels des synonymes de la langue française ^ sans songer que les synonymes se multipUent a mesure que la langue s'épure, et que la source qui les produit est intarissable.
Un dictionnaire universel des synonymes de la langue française serait un ouvrage ou tous les mots de la langue sans exception seraient comparés les uns avec les autres, où leur signification
ziv avant-propos;
précise serait, développée , sous tous les aspects possibles ; où les limites de leurs différences seraient exactement tracées , en un mot où chaque mot de la langue serait présenté non-seulement avec sa signification exacte, mais encore avec tous les rapports qu'il a ou qu'il peut avoir avec chacun des autres mots de la langue.
Mais ce dictionnaire ne serait plus un dictionnaire de synonymes , ce serait un dictionnaire de la langue aussi parfait qu'il peut être. Nous sommes encore loin d'un pareil ouvrage; et, avant de pouvoir levcomposer, il faudra que tous les mots de la langue aient été analysés et comparés entre eux d'une manière exacte.
SYNONYMIQUE
DE
%%ivv%f%^%/vvv\f^%f%fv%fyy%/yvy\iv%/\/%/%/yv%fyx\v%v%r^^
À. APRÈS. On dit arracher trîn à brin, et arracher les brins Tun après Fantre. Dans la première phrase , à indique que lorsqn^on a arraché nn brin, un autre brin devient le but d'une nouvelle action semblable; dans la seconde, après signifie qu'on n'arrache pas plusieurs brins à la fois, mais qu'à l'action d'en arracher un, succède l'action d'en arracher un autre. L'un marque la succession de la tendance à des termes ; l'antre , la succession des actions dans l'ordre du temps. — Brin à brin semble avoir rapport à la conservation des brins, aux précautions nécessaires pour ne pas les endommager; l'un après l'autre semble avoir rapport à la difficulté de l'action. Pour ne pas endommager le chanvre, il faut le cueillir brin à brin. Si vous ne pouvez pas arracher ces plantes à la fois, arrachez les hrins Vnn après l'autre, et non pas arrachezles brin à brin.
A, AVEC. Il y a de la différence entre se battre à l'épée et se battre ai^ec une épée. La première phrase suppose le choix d'nne arme particulière parmi celles dont on se sert ordinairement pour se battre , à l'exclusion de toutes les autres ; la seconde indique seidement l'usage que l'on fait d'une aiTne particulière , abstraction faite de tout choix et de toute exclusion. Ainsi l'on dirait nous décidâmes que nous nous battrions à l'épée ; c'est le choix d'une arme à l'exclusion de toute autre ; mais comme je ^ï'^vais poiiit 4'«P^» j*» we battis
avec celle de mon frère ; ici le mot épée lest considéré abstraction faite de tout choix , d« tbute exclusion. On ^ dît se battre avec une fourche, et non pas se battre à la fourche, parce qu'une fourche n'est pas une arme dont on se serve ordinairement pour se battre; que l'idée de se battre n'a pas un rapport de terme avec l'idée de fourche , et qu'on ne saurait par conséquent lier ces deux idées par une préposition qui indique ce rapport. — On charge un fusil a balles, un canon à mitraille, et non pas avec des balles, avec de la mitraille, parce que cette manière de charger est une de celles dont on fait ordinairement usage pour ces sortes d'armes, et que la préposition à indique comme terme le choix qu'on en a fait. Mais on dirait charger un fusil auec des boules de liège, charger un canon avec des pierres, et non pas à boules de liège, à pierres, parce que les boules de liège et les pierres n'étant pas des choses destinées à ces chargemens,on ne peut en avoir fait choix entre ces choses , ce qu'indiquerait la préposition à.
À,DANS, EN. Dans Pierre va àRome,Pierre est à Rome, etc., à indique que le terme est considéré comme un point fixe, déterminé, indivisible. Mais lorsqu'un lieu est considéré comme ayant de l'étendue , le rapport à ce terme considéréainsi est indiquépar la préposition dans ou en. On ne dit pas aller à l'Italie ou être à l'Italie ; mais aller en Italie, être en Italie, parc? aue ritalie n'est pas \xtk lif n c^ue l'on puisse 8^
figurer comme im poiat indlvîi&Lle , «nais on pays étendu dans ie^el on |)eut entuer jpar divers points très éloignés les uns des antres. Par la même raison, on dit monter à cheval, être h cheval, parce que l'endroit par où Ton touche un cheval peut être considéré comme ob point fixe , déterminé et indivisible. Mais on ne dit
pas
monter a voiture , être a voiture , mais
monter en voiture , être en voiture , parce qu'une voiture ne peut être considérée comme un point auquel on atteint en s'y plaçant , et que l'idée qu'elle présente est nécessairement Hée à celle d'un espace dans lequel ou est contenu. Si l'on dit aller aux Indes , au Pérou , au Mexique, à la Ghine , c'iest pafce que lorsque ces pays furent découverts, l'éloignement ne les fit considérer que comme des points; et ces façons de parler se sont conservées après qu'on a su que ces lieux étaient des empires ott diS8 royaumes. L'Amérique n'ayant reçu son nom que dans le temps où l'on c0niiaissait déjà plusieurs des pays dont elle est composée , on a dit aller en Amérique , comme on disait aller en Asie. Dans être à Paris, vivre à Paris, Paris est considéré comme un point où l'on e^ fixé; dans être dans Paris, vivre dans Paris , Paris est considéré comme un espace dans lequel on est contenu/ Un homme qui est à Paris n'est pas à Marseille ou à 'J['4»ulonse ; un homme qui est dans Paris n'est pas hors de Paris. Voyez Exr, Dazts.
A , PAR. On dit , on voit à sa mine qu'il n'est pas content, et on juge par sa mine qu'il n'est pas content. Dans le premier exemple , à indique que la mine est regardée comme un signe certain de mécontentement , c'est une chose à laquelle on voit , on remarque le mécontentement comme attaché; dans la seconde, par indique que la mine n'offre qu'un signe probable de mécontentement, un si|[ne par lequel on juge que le mécontentement doit exister. Dans le nremler cas , on voit le mécontentement sur la mine ; dans le second , par la mine on juge l'existence du mécontentement.
' À , POUB.. On eut bien de la peine à le persuader y on a bien de la peine pour le persuader. Dans la première phrase, la peine tombe sur les efïbrts tendant à le persuader ; dans la seconde , elle tombe sur les moyens employés pour parvenir k ce but. On a bien de la peine à persuader quelqu'un qui ne veut pas écouter les raisons qu'on lui donne : on a bien de la peine /h>w persuader quelqu'un qui réfute tous Iqs raisoimemens qu'on lui iait.
À, SELON, SUIVANT. Celui qui vit à sa fantaisie a pris sa fantaisie pour but de toutes ses actions; toutes ses actions tendent à la satisfaire. Celui qui vit selon ou suivant sa fan-
taisie a fris sa fantaisie p<mr règle;' il la consulte t<ygours, et la suit ordinairement. — Je bâtis à la manière d'Italie, lorsque, connaissant bien cette manière , je la regarde comme un but que je veux atteindre ; je bâtis selon ou suivant la manière d'Italie , \orsque je considère cette manière comme une règle que je veux suivre.
À, SUR. Monter à cheval, c'est se placer sur un cheval dans le dessein de le faire marcher ou manœuvrer. Monter sur un cheval n'a rapport qu'à la position où l'on était auparavant. On monte à cheval pour partir, pomaller au combat, pour s'enfuir. On monte sur un cheval pour ne pas rester à terre ; je faisais cette routiB tantôt à pied, tantôt à cheval; quand j'étais fatigué d'aller à pied, je montais sur mon cheval. La foule m'empêchait de voir le cortège; je montai sur mon cheval pour voir par-dessus la foule. On" ne pourrait pas dire ici je montai à cheval. On met un cadavre, un sac sur un cheval; on ne les met pas à cheval.
À , VERS. Venez à moi indique la personne qui parle comme le terme , le. but du mouvement qu'elle commande; venez 'vers moi n'indique qu'un rai^oolvement. A moi, solda tsl signifie soldats, venez à moi, à ma personne , pour la défendre , ^our la soutenir.
Venez i>ers moi signifie venez près de moi , approchez-vous de moi.
À , OU. Cela coûte dix à douze francs , c'est-à-dire le prix de cette chose peut aller depuis dix francs jusqu'à dou£e francs. U y avait dixà onze personnes dans cette chambre signifie que le nombra des personnes était de dix, ou tout au plus de onze. Il y avait dix où onze personnes dans cette chambre veut dire, le nombre des personnes était de dix ou de onze , je n'affirme ni l'un ni l'autre. Dans la première phrase, on. assure que le nombre ne passait pas once, et à indique le ra|>port à ce terme ; dans la seconde , oh veut diw qu'on n'est pas sûr s'il éuit de dix ou d« onze , et ou marque cette alternative.
À, DE. On dit commencer à faire Une chose et commencer de faire une chose. Bans la première phrase, à indique un rapport au terme, au but, à la fin de l'action; dans la seconde, de indique un rapport au commencement de l'action. Un enfant commence à marcher lorsque , par un u^ge réitéré de ses jambes , il tend à contracter l'habitude de marcher, à laquelle il est destiné par la nature. Un homme qui veut aller d'an Heu à un autre conunence de marcher lorsqu'il fait les premiers pas , lorsqu'il franchit le commencement de l'espace qu'il doit parcourir; mais il ne commence pas
ABÂ
ABA
à marcher. tJn convalescent commence à mai^ cher lorsqu'il reprend la force de marcher. Les antres différences de ces prépositions seront expliquées à Tarticle de chaque verhe qni prend Iniie on l'antre. Il suffit de remarquer ici qu'après ces verbes, à indique totijours un rapport à an terme, à un but, à une fin.
ABAISSEMENT, BAISSE. Vahaissement sappose toujours la descente, la chute, Téloignement qui a lieu Ou qui a eu lieu d'un degré oa d'un point élevé à un point ou à un degré moins élevé ; c'est ce que marque la préposition à. La baisse suppose seulement la diminution de la chose , sans rapport à ce mouvement. Ce (pi t&t tii baisse diminue, devient moindre; ce qui est dans Vahaissement est au-dessous.
La bcdsse des efièts publics.
ABAISSEMENT , CHUTE. Ces deux mots se disent au propre et au figuré du passage des personnes Ou des choses d'un état supérieur à on état inférieur ; mais abaissement indique une action lente, modérée, successive, et chute nne action subite , violente , précipitée^ L'«hcùssement des eaux d'une rivière se fait successivement; la chute des eaux d'une cascade se &it avec rapidité. — L'humeur dure et fière de ce courtisan aniena son tUfoissement ; une inapradencë accéléra sa chute,
ABAISSEMENT , AFFAISSEMENT. Vahaissement indique l'action d'abaisser ou l'état de ce qui est abaissé, sans aucun rapport particulier à la manière dont se fait l'action, ou dont s'est établi l'état. Affaissement ajoute à 1 idée di abaissement celle dte plusieui*s choses on de plusieurs parties'd'une chose , posées les unes sur les autres, qui, parleur propre poids, causent l'action ou ont causé l'état.
ABAISSEMENT , BASSESSE. Le premier indique également une action et un état ; le second n'indique qu'un état. Rabaissement se dit au propre et au figuré. Eu ce sens, abais' sentent a toujours rapport a un état plus élevé ; bassesse n'indique qu'un état bas et avili, soit '"eellement, soit par l'opinion. — Abaissement ^ «"niporte pas nécessairement l'idée d'aviUsse- 'nent et de mépris; bassesse emporte toujours cette idée. On peut être dans Vabaissement et jouir encore de quelque estime, de quelque considération^ la bassesse exclut l'une et l'au-
fe. Une ame fière peut conserver de la dignité
ans Vahaissement et dans la bassesse d'opi-
^ûï^ *. dans >a bassesse réelle, l'ame avilie n'est J^apal)le d'aucune élévation, d'aucun sentiment
nnete.Il faut eu sortir pour mériter quelque ^^"ne , et Ton en sort rarement. — La bas- ^^«e d opinion a cela de commun avec Vabais- ^nient qu'on peut dans cet état conserver
« sentimens élevés. Le mendiant volontaire
est dans une bassesse réelle; mais Homère et Bélisaire , forcés de mendier, n'étaient que dans une bassesse d'opinion, oa plutôt ils n'é-talent que dans Vahaissement» Bassesse en c6 sens tient du jargoïi de forgneil. Une basse naissance ne produit pas toujours une bassesse réelle. — On dit état d^abaissement pour signifier un état déchu , on simplement infé^ rieur ; et bassesse d'état pour signifier une prétendue bassesse qu^ tient à la nature de l'état. On a comimencé par avilir l'état pour être autorisé à avilir ceux qui s'y trouvent placés.
ABAISSER, AFFAISSEE. Ces deux mois sont synonymes au propre ; le premier ex« prime ^seulement l'action de diriger vers tui point bas, sans rapport à la manière; le second ajoute à cette idée celle d'une manière particulière, savoir, la pression de plusieurs choses on des parties d'une diose qui ^ étant l'une snr l'antre , se foulent par leur prbpre poids, et tiennent moins de placé en haiit^nr*
ABAISSER, BAISSER, Abaisser a toujours rapport à un point élevé, baisser à un point bas. On abaisse une chose pour qu'elle n$ soi| pas si haute , on la baisse ponr qu'elle soit basse. Si un mur m'empêche, par^ hauteur, d'avoir la vue sur la campagne, je le (ais abaisser; si je veux pouvoir m'appuyer dessus , je le fais baisser jusqu'à hauteur d'appui. Si une femme , développant entièrement son voile^ le fait descendre aussi bas qu'il peut s'étendre* elle le baisse parce qu'elle veut qu'il soit bas , pour cacher ce qu'elle ne veut pas laisser voir* S'il était fixé sur le haut de sa tête et qu^elle voulut le fixer sur son front , elle Vaèaisseraitg parce qu'elle voudrait le placer moins haut.
On baisse le dessus d'une cassette qui est entièrement levé, afin qu'étant bat , il coavre l'ouverture qu'il doit couvrir ; on abaisse le dessus d'une cassette , lorsque n'étant baissé
3 n'en partie, il est trop haat^ponr rei^p^r se estination. C'est dans le même sens ^'on baisse ou qu'on abaisse un pont-levis, la visière d'un casque, etc. On baisse la tête^ les bras , les yeux , les paupières , lorsqu'oj^ les dirige en Las ; mais dans le langage des arts^ on abaisse la tête, les bras, les yenz^ les paupières d'une figure, lorsqu'on veut les pûcar dans une position moins élevée, soit po^r se conformer aux règles génép^ales de l^art , «soit pour mieux exprimer la' passion que l'on f^\est vue. Baisser ses regards sur un objet, c'est les diriger en bas pour veir cet ol^et ; abai^pf ses regards sur un objet suppose une éléTajtM^ de laquelle on descend en portant sas r^arda sur un objet très inférieur et comme iad^BA de jto^?. 11 n'imite pas ces esprilts pu^ri)çiB|^
AfiA
ABA
Aaperbes qui iHosent abaisser leurs regards sur un insecte. (Barth.)
'ABAISSER , RABAISSER. La particule re, qui entre dans la composition du verbe rabaiss^r, indique un redoublement d'action ,' un effort , quelque chose de plus fort que dans le verbe abaisser. On abaisse ce qui est élevé ; on rabaisse ce qui est trop élevé , beaucoup trop élevé. Vous abaissez un tableau qui est nn peu plus haut que son pendant ; vous le rabaissez s'il est beaucoup plus haut ; après l'avoir abaissé, s'il est encore trop haut, vous le rabaissez, — Abaisser exprime une action simple et modérée, rabaisser une action forte ou redoublée. — ^'Lès mêmes nuances qai distinguent ces deux mots dans le sens propre les distinguent aussi dans- le sens figuré. Rabaisser dit plus ^vCabaisser. Lé second ne suppose qu'une élévation que l'on veut diminner. Le premier suppose une élévation présomptueuse ou que l'on 'croit être telle , une tendance à s'élever et des efforts dans l'action qui s'oppose, à cette tendance. Il se dit particulièrement dé l'orgueil , de" l'arrogance , de la présom'ption , des prétentions exagérées ou que l'on croit telles. — Rabaisser signifie aussi au figuré abaisser trop ou abaisser injustement , avec envie, avec jalousie, avec dépit. Le mépris h'umaih ne se rencontre d'ordinaire qu'en certaines gens qui , ne pouvant satisfaire leur ambition en se faisant grands, tâchent de satisfaire leur malignité en rabaissant ceux qui le font. (Nicole.) V. Rabaisser.
ABAISSER, RAVALER. Ravaler ajoute a l'idée à*abaisser un abaissement profond , un chahgement',' ou plutôt iine opposition d'état, de condition , de sentiment. II met entre la hauteur dont l'objet déchoit et la sorte.de bassesse dans laquelle il tombe un grand intei^yallèj ce qui suppose naturellement qu'il était daiis une' assez grande élévation. On ne peut pas ra/a/er titi homme du bas peuple, mais on "peniVéibaisser ^î\ est orgueilleux ou insolent. jâbâisser est susceptible de différens degrés ; ravaler suppose le degré le plus bas au-dessous d'un degré très élevé. On peut abaisser un grand sans le ravaler. On Vabaisse en diminuant plus ou moins son autorité, son pouvoir, son crédit; on le ravale en le précipitant du faite des grandeurs dans l'état le plus bas. La' critique abaisse les auteurs en diminuant lettr* réputation ; la satire les ravale en leur tefhsant toute espèce de mérite et de talent. '^ ABAISSER, AVILIR. Avilir ajoute à l^iètion à^abaisser celle de rendre vil, mépHkaMe , d'imprimer la flétrissure. Il dit plus que ravaler et humilier. Avec de la vertu, on ikmt étv^ rt^v^fé, humilie', mais non pas avili.
ABAISSER , HUMILIER. Humilier ajoute à l'idée d*abaisser celle de faii'e éprouver à. celui qu'on abaisse, un sentiment fâcheux ^ à le jeter dans tui état de honte et de confusion. S'ABAISSER, SE RABAISSER, SE RAVA- LER, S'AVILIR, S'HUMILIER. On s'abaisse souvent par modestie, par amour de la paix»
par le besoin de se mettre à la portée des autres; on se rabaisse par ignorance, par simplicité ; on se ravale par faiblesse ; on s'auilic par lâcheté; on s'htanilie par dévotion.