DÉVOILER. V. DÉCELER
DEVOIR, OBLIGATION. Ces deux mot»
ont rapport à la source d'où dérivent les actions morales des hommes.
Obligation, du latin obUgare, lier tout autour, indique l'état d'une c-hose liée à une antre.
Or, en morale, les obligations des hommes naissent ou de leurs rapports avec Dieu, on de leur constitution et des facultés de leurs âmes, ou de leurs rapports avec les autres hommes.
De là naissent trois espèces à! obligations:
la première, qui lie les hommes à Dieu; la seconde , qui les lie à leur être considéré isolément ; la troisième, qui les lie à leurs semblables.
Mais ces diverses liaisons , ces «diverses ' obligations, ne sont point stériles et inactives,
teur.
Cette première relation ou obligation est la source propre de tous les devoirs de la loi naturelle qui ont Dieu pour objet, et qui sont compris sous le nom de religion naturelle.
La seconde relation ou obligation nous , fournit , avec le secours de la raison , tous les devoirs qui nous regardent nons-mémies, et que l'on peut rapporter à l'amour de soi-pméme. Le Créateur étant tout sage, tout bon, s'est proposé, sans contredit, en nous donnant certaines facultés du corps et de l'ame , une fin également digne de lui et conforme à notre propre bonheur. Jl vent donc que nous fassions de ces facultés un usage qui réponde à leur destination naturelle. De là nait le devoir de travailler à notre propre conservation, celui de cultiver et de perfectionner les facultés qui tendent à ce but.
La troisième relation ou obligation est le principe des devoirs de la loi naturelle qui se rapportent aux hommes. Quand je pense que Dieu a mis an monde des êtres semblables à moi , qu'il nous a tous faits égaux, qu'il nous a donné à tons une forte inclination de vivre •en société, et qu'il a disposé les choses de leUe manière qu'un homme ne peut se conserver ni subsister sans le secours de ses semblables, j'infère de là que Dieu notre créateur et notre père commun veut que chacun de nous observe tout ce qui est nécessaire pour •entretenir cette société et la rend également utile aux uns et aux autres. C'est ainsi que ma raison tire de cette troisième obligation
' tous les devoirs de la société.
Nous avons donc des obligations envers IDieu, envers nous-mêmes et envers les autres; «t de ces obligations naissent des règles ou
•des lois qui nous tracent nos devoirs relative-
; :ment à chacune d'elles.
On dit également manquer à ses obligations, et manquer à ses devoirs: mais la pre-
raison tire de leur nature, et elle trace la marche que l'homme doit suivre pour y parvenir. Cette marche, tracée par la raison et déduite de V obligation, indique les devoirs.
Ainsi Vobligadon est la liaison qui tient un objet lié à un antre objet pour quelque fin; le devoir est la conduite que doit tenir l'homme en conséquence de cette obligation'
elles ont divers objets, diverses fins que la ' mière phrase se rapporte au principe, et la
seconde à la conséquence. On dit rompre ses obligations, parce que les obligations sont un lien; et l'on ne dit pas rompre son devoir, parce que le devoir est une ligne qu'on ne rompt pas, mais dont on s'écarte.
Les obligations résultent de notre constitution, de notre natora; les devoirs découlent des obligations.
DEV
DIA
Obligation se cj^t ansn de toates les con« Tentions par lesquelles les hommes se lient les ans anx antres sons la condition de faire qnelqne action particnlière, de lenr rendre quelques services, etc. En ce sens V obligation est sonyent réciproque; elle est le lien, la convention qui oblige ; et le devoir est ce qu'on doit faire en vertu de la convention.
Nous sommes tenus par Vobligation, et nous sommes tenus à un devoir,
'Vobligation désigne Tantorité qui lie ; et le devoir le sujet qui est lié.
Partout on il y a devoir' ïi y a obligation; et partout où il y a obligation il y a devoir; mais Vobligation est toujours la source, le principe du devoir.
Ainsi Vobligation est le lien qui tiV^nt un homme lié à un autre ; et le devoir est la conduite qu'il doit tenir en conséquence de cette obligation.
Celui qui s'oblige à Quelque cbosu envers quelqu'un, contracte une obligation ; celui qui a contracté une obligation , s'est soumis & un devoir,
DÉVOT, DÉVOTIEUX. Ces deux mots ont rapport aux pratiques extérieures de la religion.
Dévot se dit proprement de celui qui est sincèrement attaché anx pratiques de la religion.
Ce mot ne se dit plus guère en bonne part que par ceux qui font leur principale occupation de ces pratiques , et qui y mettent nne 'grande importance.
Dans le langage commun, on entend par ce mot un homme qui affecte l'exercice des moindres pratiques religieuses , et on y joint un accessoire de fausseté et d'hypocrisie , on de simplicité. Cela est*si vrai que quand on dit de quelqu'un , c'est un dévot, cette expression est prise en mauvaise part par tons ceux qui l'entendent. Pour indiquer ce qu'on entendait autrefois par dévot , il faut éviter ce mot , et dire , par exemple , c'est un homme pieux , c'est un homme dont la conduite est vraiment chrétienne.
Il en est de même de dévote; et quand on dit dlune femme, c'est nne dévote, ce mot est pris en mauvaise part par le plus grand nombre.
Dévotieux est vieux. Lorsqu'il était en nsage, il ajoutait à l'idée que l'on exprimait alors par dévot, l'attention à une multitude de perits objets, de petites pratiques de la dévotion et du culte.
Mais comme dans la suite on a appliqué à dévot toates les petites pratiques qu'on at-
tribuait a dévotieux , ce dernier mot est devenu inutile, et s'est trouvé remplacé par dévot.
On ne dit pliu guère dévotiettx qn'en parlant des peuples et des sociétés rdigieuses, qni sont adonnés à nne multitude de petites pratiques religieuses , pour les distinguer des peuplÀ et des sociétés religieuses qui n'ont que des pratiques et an culte simples. Montaigne a dit que les Egyptiens étoient un peuple dévotieux f et on le dirait encore aujourd'hui. On ne peut pas dire que les calvinistes sont dévotieux, car ils n'ont presque point de pratiques et de cérémonies religieuses ; on le peut dire des catholiques , parce qu'ils en ont un grand nombre.