‹ Dictionnaire synonymique de la langue françaiseChapitre 238 sur 253 · DIMINUTION. V. DÉCHET · texte numérisé non relu

DIMINUTION. V. DÉCHET

DIRE UN MENSONGE, FAIRE UN MENSONGE. Natarellemcnt parlant , on dit un mensonge et on ne le /ait pas; car mentir; c'est parler contre sa pensée dans le dessein de tromper. Cependant yàiVe un mensonge est d*nn nsage constant dans le discours ordinaire. On peut iiussi remarquer que nous distinguons des mensonges d'action et des mensonges de paroles. Dire et/aire des mensonges se trouvent dans les dictionnaires les plus modernes. Vous voyez dans un de ces ouvrages le men" songe officieux défini celui qui se fait pour faire plaisir à quelqu'un sans nuire à un autre. Le mensonge est un espèce de songe , de rêve, d'invention , de chose imaginée, controuvée on faite à plaisir. Ces différentes observations prouvent qu'on peut dire également dire ou faire un mensonge,

Bonhours croit que dire des mensonges peut signifier quelquefois, rapporter des mensonges dont on n'est pas l'auteur ^ au lien que faire des mensonges , signifie toujours qu'on en est l'auteur , et qu'ainsi un diseur de mensonges y tels que defauxbrnits, ne ment pas en les contant, à moins qu'il ne les ait inventés ; tandis qu'un faiseur de mensonges est proprement un menteur.

Les Latins semblent avoir fait cette distinction; ils disaient, en manière de proverbe, l'homme de bien se garde avec soin de faûe des mensonges , l'homme sage , d'en dire. Cependant dire des mensonges devient alors une expression équivoque, car on ne sait pas s'il s'agit de mensonges de la personne même ou de mensonges d'autrui.

La difficulté est de spécifier la différence entre Mre et faire des mensonges , lorsqu'il est question de vrais mensonges dont on est soi-même l'auteur. Dire , c'est, proférer ; faire, c'est composer. Un oui ou un non proféré contre sa conscience est un mensonge qu'on dit , une histoire controuvée ; une fable arrangée est un mensonge qn^on fait.

Dire un mensonge , c'est donc simplement avancer, proférer , débiter comme vraie i^ne chose qu'on sait être fausse , dans l'intention de tromper. Faire un mensonge, c'est fabriquer, combiner , composer un conte faux qu'on dobne pour vrai , dans le dessein d'abuser.

Les Latins disaient en ce sens , accommodare, eomponere , confiare mendacium. A dire un mensonge il n'y a que de la fausseté ; il n'y

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a que de l'artifice à faire un meniôn^e. Un mensonge simple et vulgaire , on le dit ; un mensonge adroit et insidieux, on \e fait.Sïxxn homme ne veut pas avouer un tort sur lequel vous rinterrogez , il nie , et dit un mensonge ; votLs êtes facilement en garde contre sa fausseté. Si un accusé invente, pour se défendre , une histoire qu'il revêt des couleurs de la vérité , il fait plus que nier, il fait un mensonge ; vous avez à vous garantir de l'artifice. A force de dire des tnensonges , on s'accoutume k en faire ; l'exercice aiguise l'esprit d'invention.

On dit des mensonges , et l'on fait cent mensonges ; car la grande multiplicité suppose une volonté opiniâtre , une contention d'esprit , des efforts soutenus pour en imposer.

Dans la comédie du Menteur , Dorante , lorisqu'il parle pour la première fois à dos étrangers , dit des mensonges ; c'est un menteur. Dans la suite, iUfait sans cesse à plsiisir de nouveaux mensonges et des contes , c'est \e Menteur. ( Extrait de Roub\ud. )

DIRECTION. V. Admisistratiow.

DISCERNEMENT , JUGEMENT. Ces deux termes indiquent des facultés de l!ame qui servent à faire connaître les choses et à apprécier exactement leur valeur et leurs conséquences.

Le discernement est proprement la faculté de discerner , c'est-à-dire de séparer une chose de celles qui en approchent le plus , et de découvrir et reconnaiti'e les signes qui empêchent de la confondre avec une autre.

Le jugement est une faculté qui fait connaître les rapports des choses, leur convenance ou leur disconvenance ayec d'autres choses.

U faut du discernement dans les recherches philosophiques, et du. jugement dans la conduite de la vie; du discernement pour ne pas confondre le vrai avec le faux, da jugement pour se faire une idée juste des rapports des principes avec les actions.

Le discernement n'a rapport qu'à la spéculation; il ne s'occupe que de ce qu'il faut connaître et distinguer. Le jugement a rapport à la pratique; il s'occupe des conséquences de la chose , et voit ce qu'il faut faire.

Le discernement suppose des lumières qui font connaître et distinguer; le jugement, des lumières qui font prévoir.

Lorsqu'il est question de choisir ou de juger de la bonté et de la beauté des objets, il faut s'en rapporter aux gens qui ont du discernement; lorsqu'il s'agit de fau:e quelque démar-

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