BACO
sous Élisabeth, quoiqu’il eût, pour se concilier la faveur de cette princesse, consenti à justifier la condamnation du malheureux Essex, qui avait été son protecteur; il ne reçut d’elle que le titre honorifique de conseil ou avocat extraordinaire de la reine. Il se consola de cet oubli par la culture des sciences et commença dès lors les travaux qui l’ont immortalisé. Après la mort d’Élisabeth, Jacques I, qui aimait les savants, éleva rapidement Bacon aux honneurs ; il fut successivement nommé solliciteur général (1607), puis attorney général (1613), membre du conseil privé (1616), garde des sceaux (1617), et enfin grand-chancelier (1618); il fut en outre nommé baron de Vérulam et vicomte de Saint- Alban. Pendant son administration, il seconda puissamment les efforts du roi pour unir les royaumes d’Angleterre et d’Ecosse, et fit d’utiles réformes. Mais il avait à peine exercé pendant deux ans les fonctions de grand-chancelier, qu’il fut accusé par les communes de s’être laissé corrompre, en acceptant de l’argent pour des concessions de places et de privilèges; il fut en conséquence condamné par la cour des pairs à être emprisonné dans la tour de Londres, à payer une amende de 40,000 Iiv. sterling ; il fut en outre privé de toutes ses dignités, et exclu des fonctions publiques (1621). Par cette sentence sévère, le parlement ne voulait pas tant frapper Bacon, dont le crime était loin d’être aussi grand qu’on l’a fait, qu’atteindre le favori de Jacques, Buckingham, dont le faible chancelier était la créature, et dont il avait trop facilement approuvé les malversations ( Voy . Buckingham). Au bout de peu de jours, le roi lui rendit la liberté, et lui fit remise de l’amende; quelques années après, il le releva de toutes les incapacités prononcées contre lui (1624). Cependant, Bacon resta depuis sa disgrâce éloigné des affaires, et consacra les dernières années de sa vie à ses travaux philosophiques. Il mourut en 1626, à la suite d’expériences de physique qu’il avait faites avec trop d’ardeur. Bacon a laissé des écrits sur la jurisprudence, la politique, l’histoire, la morale, et sur la philosophie. Ce sont surtout ces derniers qui l’ont rendu célèbre. Ils sont tous compris dans un vaste ouvrage que l’auteur nomme Instaurait magna, et qui se compose de six parties : la revue des sciences, la méthode nouvelle, le recueil des faits et des observations, l’art d’appliquer la méthode aux faits recueillis, les résultats provisoires de la méthode, les résultats définitifs ou philosophie seconde. De Ces six parties, trois seulement ont été exécutées: la lre, dans le traité De dignitate et augmenlis scientiarum (qui parut d’abord en anglais, 1605, puis en latin, 1623); la 2e, dans le Novum Ôrganum (1620, lat.), où l’auteur oppose une logique nouvelle à l’antique logique d’Aristote ; la 3e, dans divers traités qui portent le titre d 'Histoire naturelle, tels que le Sylva Sylvarum (1627, en anglais, posthume), YHistoria vitce et mortis (1622), YHistoria ventorum (1622), Y Historia densi et rari (1658, posthume). 11 ne reste sur les autres parties que des ébauches incomplètes. L’idée fondamentale de tous les travaux philosophiques de Bacon est de faire, comme il le dit, une restauration des sciences, particulièrement des sciences naturelles, et de substituer aux vaines hypothèses et aux subtiles argumentations qui étaient alors en usage dans l’école, l’observation, les expériences, qui découvrent les faits , et une induction légitime, qui découvre les lois de la nature, en se fondant sur le plus grand nombre possible de comparaisons et d’exclusions : il est le père de la philosophie expérimentale. Outre Y Instauratio, Bacon a écrit des Essais de morale et de politique qui jouissent d’une grande réputation pour le style et pour les pensées (publiés d’abord en anglais, 1597, 1623, puis en latin sous le titre de Sermones fideles, (1638, posthume) ; un petit traité De sapientia veterum
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(1609); Y Histoire de Henri VII (1622, en anglais; 1638, en latin). 11 a aussi laissé quelques opuscules philosophiques, qui ont été publiés en 1663 par Isidore Gruter, sous le titre de Scriptainnaturali et universali philosophia, 1 vol. in-1 8, Amsterdam ; des Discours, qu’il avait prononcés, soit comme solliciteur et attorney général, soit comme membre du parlement, et enfin un grand nombre de Lettres qui jettent beaucoup de jour sur sa vie et son caractère. Dans les écrits de Bacon on admire autant le style que les pensées. Ils sont remplis d’images neuves, sublimes, et de comparaisons heureuses. Les meilleures éditions de ses Œuvres complètes sont celle de Londres, 1740, 4 vol. in-fol.; celle de 1766, 6 vol. in-4, et celle que vient d’achever M. Basil Montaigu, 17 vol. in-8, Londres, 182S-1835, la plus belle de toutes. M. Bouillet a récemment publié toutes les œuvres philosophiques, en les accompagnant d’introductions et de notes en français, 3 vol. in-8, Paris 1834-1836, chez Hachette. Les œuvres de Bacon ont été traduites en français par A. Lasalle, 16 vol. in- 8, Paris, 1800-1803; malheureusement, cette traduction n’est ni complète, ni fidèle. M. Lorquet a donné une traduction nouvelle du Novum Organum , Paris , 1840, in-1 2. La vie de Bacon a été écrite en latin parW. Rawley, son secrétaire (1638), en anglais par Mallet (1740), et en français par P. de Yauzelles (1833, 2 vol. in-8). Deleyre a publié en 1766 une Analyse de la philosophie de Bacon, ouvrage souvent réimprimé, et cependant peu propre à faire bien connaître l’auteur anglais. Le savant Deluc a donné un Précis de la philosophie de Bacon, et M. Joseph de Maistre un Examen de la philosophie cle Bacon, ouvr. posthume (1837) , fort sévère pour ce philosophe.
BACQUEV1LLE. Voy. basqueville.
BACS, comitat de Hongrie, dans le cercle en-deçà du Danube, entre ceux de Pesth, Csongrad, Torontal , Syrmie , Baranya ; 1 13 kil. sur 97 ; 297,000 hab. — Ch.-l. du comitat de même nom, à 44 kil. S. de Zombor; 7,000 hab. Évêché du rit grec.
BACTRES, Bactra, primitivement Zariaspa , auj. Balk, capit. de la Bactriane, prov. de Perse, et des deux empires de Bactriane ; sur le Bactrus, petite riv. qui se jette dans l’Oxus. Elle fut prise par Ninus, qui, dit-on, dut cette conquête à l’habileté de Sémiramis.
BACTRIANE, contrée d’Asie, qui répond auj. au kanat de Balk , dans le Turkestan indépendant, était beaucoup plus grande autrefois. Elle avait pour bornes au S. les monts Paropamisus et l’Inde; au N., la Sogdiane ; à l’E., la Scythie, et contenait, entre autres contrées principales, la Margiane, la Curie, la Bubacène, le pays des Tochares et des Marucéens. Montagnes très hautes ; climat varié , froid en général plutôt que chaud; habitants' belliqueux, de races mêlées, mais où sans doute prédominait l’élément scythe. La Bactriane formait une des grandes satrapies de la monarchie persane. Au temps d’Alexandre, Bessus, satrape de Bactriane, assassina Darius son maître, afin de se 6aisir de Ja souveraineté dans sa satrapie, et d’en faire un état indépendant; mais il n’y réussit pas ; Alexandre joignit ce pays à ses conquêtes. Les Séleucides le gardèrent jusqu’au règne d'Antiochus Théos, en 266 av. J.-C. A celte époque, la Bactriane reprit son indépendance et eut successivement six rois grecs: Théodote 1 (256); Théodote II (243); Euthydème (221); Ménandre (195); Eucratide 1 (181); Eucralide II (147-141): c’est ce qu’on nomme l’empire grec de la Bactriane. Pendant ce laps de temps de plus d'un siècle, les rois gréco-bact riens avaient beaucoup étendu les limites de leur empire aux dépens de l’Inde d’une part, de la Sogdiane et des Scythes de l’autre, mais surtout aux dépens des Séleucides. A leur chute , les Arsacides de la Par- Ubiène s’emparèrent de toutes leurs conquêtes à PO.;
les Scythes en 121 prirent possession du reste, et ils fondèrent un nouveau royaume de Bactres , dont les dimensions varièrent souvent.
BACULARD (Arnaud). Voy. Arnaud.
BADAJOZ, Pax Auyusta, ville d’Espagne, ch.-l. de l’intendance de Badajoz , sur la Guadiana , à 293 kil. S. O. de Madrid ; 14,500 hab. Evêché. C’est un des boulevards de l’Espagne du côté du Portugal. Citadelle, 2 forts, arsenal; pont de 620 mètres, construit, dit-on, par les Romains. Commerce assez actif avec le Portugal. Le roi d’Espagne et le régent de Portugal y signèrent en 1801 un traité qui fut le préliminaire de la paix de Madrid et par lequel l’Espagne et le Portugal abandonnèrent l’alliance de l’Angleterre pour celle de la France. En 1811-12, Badajoz soutint trois sièges successifs ; prise sur les Espagnols par le maréchal Soult (8 mars 1811), elle ne fut reprise par les Anglais (6 avril 1812) qu’après deux sièges meurtriers.
— L’intendance de Badajoz et celle de Cacerès forai, la capitainerie-générale de l’Estramadure.
BADAKCIIAN, contrée d’Asie dans le sud de la Grande-Boukharie, séparée du Turkestan chinois par le mont Belour et arrosée par le Djihoun. — Capitale de cette contrée, sur le Djihoun, par 66° 25’ long. E., 37° 18’ lat. N., au N.-E. de Balk. Ville forte et peuplée.
BADE ( grand-duché de ) , un des états de la Confédération germanique, entre 5° 11’ et 7° 32’ long. E., 47o 32’ et 49° 49’ lat. N., est borné à l’O. par la France , dont le Rhin le sépare , au N. par la Hesse , à F E. par le Wurtemberg, au S. par la Suisse et le lac de Constance ; il a 280 kil. de long sur une largeur qui varie de 20 à 130 kil., et compte environ 2,000,000 d’hab. ; capitale, Carlsruhe. Le grand-duché avait été divisé en 1819 en 6 cercles- Murg-et-Pfinz, Lac, Treysam, Kinzig, Necker, Meinet-Tauber. Depuis 1832 le nombre des cercles est réduit à 4 : cercle du Lac, ch.-l. Constance ; du Haut- Rhin, ch.-l. Freyburg (Fribourg en Brisgau); du Rhin-Moyen, ch.-l. Carlsruhe; du Bas-Rhin, ch.-l. Manlieim. Les villes principales, après les précédentes, sont Bade, Dourlach, Kehl, Rastadt, Reichnau, Zæhringen et surtout Heidelberg, célèbre par son université. Au N. sont des plaines vastes et fertiles : au S., de hautes montagnes; une grande partie dh pays est couverte par la forêt Noire. Climat tempéré ; vignobles estimés; mines assez riches en argent, cuivre, plomb, fer, cobalt, houille. Le culte catholique et les cultes réformés se partagent la population. Le grand-duché de Bade jouit du gouv. constitutionnel depuis 1818. Il n’en a pas moins été agité en 1848 par une sanglante insurrection.
— Il ne faut pas confondre le grand-duché avec le margraviat de Bade dont les limites étaient assez différentes. Le margraviat, noyau du grand-duché actuel de Bade, faisait partie du cercle de Souabe, et était renfermé entre les riv. de Pfinz et de Schwarzbach. Il eut longtemps pour ch.-l. Bade, qui lui donna son nom. On le divisait en 7 parties : 1° H.margraviat de Bade, ou margraviat de Bade-Baden (villes principales, Rastadt, Bade, Ettlingen, Kehl, Mahlberg); 2° B.-margraviat de Bade, ou margraviat de Bade-Dourlach (villes principales, Carlsruhe, Dourlach, Pforzheim, Stein, Munzesheim); 3° margraviat de Hochberg (ch.-l., Hochberg); 4° bailliage de Saltzbourg (ch.-l., Saltzbourg); 5° landgraviat de Sausenbcrg (ch.-l., Sausenberg); 6® seigneurie de Rœteln (ch.-l., Schopfheim) ; 7° seigneurie de Badenweiler (ch.-l., Badenweiler) . Le margraviat diffère du duché en ce qu’il avait neaucoup de possessions en Alsace. Il contenait des villes impériales (Uberlingen, Gegenbach, Offenbourg, Zell, Pfüllendorf), des principautés et seigneuries immédiates (Bruchsal, etc.).
Histoire. La maison de Bade est une 'igné cadette