‹ Dictionnaire universel d'histoire naturelle (volume 4)Chapitre 30 sur 123 · I. — PÉRIODE CARBONIFÈRE · texte numérisé non relu

I. — PÉRIODE CARBONIFÈRE

Cette longue période commence avec l'apparition des premiers Végétaux terrestres déposés dans quelques couches des terrains de transition, et s'étend jusqu'au nouveau grès rouge qui recouvre la formation houillère. En effet, dans toute cette période, il n'y a aucune différence importante entre les formes végétales : ce sont les mêmes familles, les mêmes genres et souvent les mêmes espèces; et, dans l'état actuel de nos connaissances sur ce sujet, une Oore des Végétaux du terrain de transition ne différerait pas plus de celle d'un vrai terrain houiller que ne diffèrent entre elles les flores de couches diverses d'un même bassin houiller ou celles de divers bassins houillers très rapprochés.

Je ferai, en outre, observer que l'époque réelle de plusieurs des terrains considérés comme de transition, qui renferment des couches charbonneuses avec empreintes de Végétaux, est souvent mal déterminée et reste un objet de doute ou de discussion pour les géologues; que plusieurs ne sont peutêtre que de vrais terrains houillers accompagnés de roches modifiées par des phénomènes métamorphiques, et que tant qu'on

VEG

n'aura pas rapporté avec certitude ces lorrains aux forniaiions bien définies sous les noms de terrains dévoniens, siluriens ou tambriens, la comparaison spécifique de leurs Végétaux fossiles avec ceux des terrains Loniliers ne fournirait aucun résultat utile.

Les seuls terrains houillers, considérés par plusieurs géologues distingués comme plus anciens que la formation houillère ordinaire, qui soient très riches en Végétaux fossiles, sont ceux des bords de la Loire inférieure, entre Angers et Nantes. Or les empreintes qtj'ils renferment se rapportent à tous les genres des terrains houillers ordinaires sans cxieplion, et ne fournissent, da/is leur ensemble, aucun caractère propre à les distinguer de ceux-ci.

Je puis ajouter que tout récemment des observations faites sur un terrain carbonifère fort ancien, puisqu'il est recouvert par des couches renfermant des animaux fossiles caractéristiques du terrain silurien, viennent de confirmer cette opinion sur l'extension de la végétation houillère jusqu'à l'origine des terrains de transition. En effet, dans un mémoire de M. Sharpe sur la géologie des environs d'Oporto, je trouve que des couches assez puissantes et nombreuses de charbon que recouvrent des schistes avec trilobites, orthis, orthocères, grapiolithes, etc., contiennent quelques empreintes de plantes, et ces empreintes , toutes de Fougères, quoique assez imparfaites, paraissent, d'après M. Bunbury, identiques ou extrêmement voisines d'espèces bien connues du terrain houiller ordinaire. Ce sont les Pecopteris ryathea et muricala, et le Nevropteris lenuifolia.

Ce que je viens de dire pour les terrains qui paraissent plus anciens que la formation houillère s'applique également au grès rouge qui le recouvre; les fossiles que j'ai vus ven.int de ce terrain ne diffèrent aucunement de ceux des couches supérieures du terrain houiller proprement dit.

Mais, si la végétation de notre globe s'est maintenue sans subir de grands changements pendant toute cette période de temps, il n'en c.-;i i)as moins certain qu'il y a eu souvent des changements très prononcés dans les espèces durant le dépôt de ces diverses couches. Ainsi, dans un môme bassin houiller. chaque couche renferme souvent quelques espèces caracté-

VEG

ristiques qui ne se retrouvent pas dans les couches plus anciennes ou plus récentes, et que les mineurs ont reconnues comme signe distinctif de ces couches.

M. Grœser, à Eschweiler, avait bien remarqué ce fait et me l'avait signalé. A Saint- Étienne également, je l'ai constaté pour plusieurs des couches exploitées dans ce bassin. Et, pour en citer un exemple, je dirai que les couches qui paraissent les plus inférieures de ce bassin, renferment abondamment VCM,onlopteris Urardii, à très larges pinnules, sans trace d'autres Odontopteiis; tandis que les couches supérieures des carrières du Treuil présentent très fréquement VOdonlopleris minor, sans mélange de l'autre espèce. En général, chaque couche de houille n'est accompagnée que par les «lébrisd'un nombre assez limité de Végétaux. Quelquefois ce nombre, surtout dans les couches les plus anciennes, est extrêmement borné et paraît à peine atteindre huit à dix. Dans d'autres cas, et plus généralement dans les couches moyennes et supérieures, ce nombre devient plus considérable, mais je crois qu'il dépasse bien rarement trente à quarante espèces. On voit que chacune de ces petites flores locales et temporaires qui ont donné naissance à une couche de houille est extrêmement limitée. C'est , du reste, ce que nous voyons encore de nos jours dans les grandes forêts, et surtout dans celles composées de Conifères, où une ou deux espèces d'arbres ne recouvrent de leur ombrage que quatre ou cinq plantes phanérogames différentes et quelques mousses.

Mais, pour savoir si ces petites flores, ainsi bornées quant au temps et à l'espace, caractérisent autant d'époques spéciales de la végétation du globe, il faudrait déterminer leur succession dans plusieurs des principaux bassins houillers de l'Europe, et voir si la nature de la végétation s'est modifiée de la même manière dans ces divers bassins ; si, en un mot, dans les diverses contrées, la végétation était la même partout à la même époque, ou si elle était soumise à des varialions locales, analogues à celles qui différencient actuellement la végétation d'une forêt de Pinus sylveslris d'Allemagne d'une forêt d'Abies taxifolia des Vosges, de Picea cxrelsa <lii Jura ou de Pinus pinasler des Landes.

Je suis persuadé que cette étude, si elle

VEG

était faite d'une manière assez complète, montrerait qu'il y a quelques changements généraux dus à la succession des temps, tels que la prédominance de certains genres ou de certaines formes spécifiq'Ues, combinés avec d'autres difTérences toutes locales ou dues à une influence de la position géographique.

Ainsi il me paraît résulter de beaucoup d'observations locales que les Lepldodendron seraient plus abondants dans les couches anciennes que dans les couches supérieures de la plupart des terrains houillers; que les vraies Calamités seraient souvent dans le même cas; que les Sigillaires paraîtraient prédominer dans les couches moyennes et supérieures; que les Astérophyllites, et surtout les Annularia, se trouveraient beaucoup plus abondamment dans les couches supérieures; qu'il en serait de même des Conifères ; et ce n'est même que dans les couches supérieures de Saint-Étienne, d'Autun, etc., qu'on en a trouvé des rameaux , en France du moins.

Mais ces faits que j'indique avec beaucoup de réserve, d'après les observations que j'ai faites dans divers bassins houillers de la France.ont d'autant plus besoin d'être généralisés par des observations recueillies dans d'autres localités que souvent la position des couches estenvironnée de beaucoup d obscurité etdiversement indiquée par lesgéologues les plus distingués.

Ainsi rénumération des genres, avec l'indication approximative du nombre des espèces qui va suivre, représente l'ensemble des Végétaux qui ont vécu sur toute la surface du globe explorée par les géologues pendant celte longue suite de siècles que comprend la période houillère, et non pas les Végétaux qui croissaient en même temps et dans le même lieu.

On remarquera, en outre, que l'obligation de distinguer souvent comme gejires et espèces diiïéren tes les divers organes d'une même plante augmente quelquefois en .ipparence le nombre des espèces dune farîiiile dont il ne faudrait, dans ce cas, déterminer le nombre des espèces que par l'étude de l'organe le plus fréquent et présentant les différences spécifiques les plus claires.

VÉG 145

PLORE DE LA PÉRIODE CARBONIFÎ RE.

A. Fégélalion marine (propre aux lÉrrains de transition).

Algues,

Chondrifes 2

Ainansites 2

B. Végélation terrestre ou d'eau douce.

Cryptogames amphigènes.

HyroxYLÉEs.

Excipulites . 1

Champignons.

Polyporites 1

Cryptogames acrogènes.

Fougères.

* Frondes.

Cyclopterls 5

Nephro|Ueris 4

Neuropteris 52

Odontopteris. . 10

Dictyopteris. . 3

Sagenopteris 1

Adiantites a

Spheuoptcris 50

Hyrnenophyllites 8

Trichonianiies 4

Taenioptcris 2

Desmophlebis 3

Alethopteris i3

Calhpieris 4

Pecopteris 80

Coniopteris 7

Cladophlebis. g

Oligocarpia i

Scolecopteris j

Chorionopteris i

Asterocarpus 5

Hawlea 5

Senftenbergia i

Woodwardites i

Lonciiopteris 2

Glossupteris 2

Schizopteris 1

?Aphlebia 2

** Pétioles.

Zygopteris 1

Selenopteris a

Gyropteris 1

Anachoropteris 2

Ptiloracliis I

Diplophacelus l

Calopteris 1

Tempskia 4

Uf> VEG

*»* Tiges.

ranlopteris

prolopicris 2

311'pea '

Asterochlaena '

Karsleuia 2

LïCOPODIACÉES.

Lépiilcndrécs.

Lepidodpndron 40

Lepidostrobiis 8

Le|)iiloiihylliim 8

Cloclrnilroii. -^

Mfgai'liylnii'- .,.••• ■*

Ilaloiiia ^

Lepidophloios 3

tuoiria 2

Tsaroaiees.

Psaronius 50

Heleraiigiiini <

Diplotegiiim i

ÉQOISÉTACÉKS.

Equi>etiles 2

Calamités 10

Dicotylédones gymnospermes.

ASTÉROPHYLLITÉES.

Calamocleiidi-oii 6

Asterophyllites 20

Ilippurites 1

Pliylloiheca 1

Annuinria , . . . 8

Sphenophylluin. ...... 8

SlGILLARlÉES.

Sigillaria ôS

Sligtnaria G

Syringodendron 2

Dii'loxylon 1

PAncistrophylliim 1

? Didymo|ihyllum i

NOEGGÉRATHIÉRS.

Nœggerailiia 10

Pychiioptiyllum 2

Ctcadées.

?Ci)lpoxylon 1

PMedullosa 2

Conifères.

W.ilrhia 4

Pciice f

Da<loxylon 7

Pa'£Ei)xylon 2

Pissadeiidron 2

Dicotylédones angiospermes.

Aucune.

Monocotylédones.

Très douteuseset imparfaitement connues.

Miisœites priiiicEvus 1

Cioniyodendron radicans. . . I Palmacites carbonigeiius)

— leptoxylon y ' Myeloxylon (.Medullosa elfgans). t

Musocarpum 2

Trigoiiocarpum. ...... 7

En résumant ces nombres, et en évitant, autant que possible, les doubles emplois résultant de la répétition d'organes différents appartenant probablement aux mêmes, plantes, tels que les feuilles, pétioles et tiges des Fougères, etc., on a les chillres suivants pour les diverses familles :

Cryplogames amphlgèiies. ... 6

Algues 4

Champignons. , . 2

Cnjptogiimes acrogèiies 346

Fougères 230

Lycopodiacées. . . 83 Éijuiséîaci'es. ... 13

Dicotylédones gymnospermes. . . 153 Astérophyllitées. . . 44 Sigillariées. ... 60 Nœggeralhiées. . . 12 Cycadées? .... 3

Conifèrps 16

Dicotylédones aiigiospermes. . , 0

Slonocoiylédones très douteuses. . 13

Le premier fait qui frappe dans ce tableau , c'est le petit nombre des Végétaux qui constituaient cetie flore de l'ancien monde. 11 est vrai que ce relevé des Végétaux fossiles de la période carbonifère ne comprend presque que des espèces des terrains houillers de l'Europe ; mais cependant ceux de l'Amérique du Nord ont fourni déjà un contingent assez considérable, et les observations faites jusqu'à ce jour suffisent pour établir que la plupart des espèces sont identiques avec celles d'Europe.

Ainsi , tandis que cette énumération ne comprend que 500 espèces, la flore actuelle de l'Europe comprend plus de 6,000 pbanérogames , celle d'Allemagne , ou plutôt de l'Europe centrale seule, plus de 5,000; et en y comprenant les cryptogames, ces nombres s'élèveraient au moins à 11,000, et à 9,000 pour l'Europe centrale seule.

La flore de la période carbonifère coni-

VEG

prenait donc au plus un vingtième du nombre des Végétaux qui croissent actuellement sur le sol de l'Europe, et encore ce nombre d'espèces correspond à toute une longue période pendant laquelle diverses espèces se sont succédé ; de sorte qu'on peut admettre, avec beaucoup de probabilité, que jamais plus de 100 espèces n'ont existé simultanément. On voit quelle était la pauvreté, et surtout l'uniformité de cette végétation, eu égard principalement au nombre des espèces, comparée à l'abondance et à la variété des formes de la période actuelle.

L'absence complète des Dicotylédones ordinaires ou Angiospermes , celle presque aussi complète des Munocotylédoncs, expliquent, du reste, cette réduction de la flore ancienne; car actuellement ces deux embranchements du règne végétai forment au moins les quatre cinquièmes de la totalité des espèces vivantes connues. Mais aussi les familles, si peu nombreuses, existant à cette époque , renferment d'une manière absolue beaucoup plus d'espèces qu'elles n'en offrent maintenant sur le sol de l'Europe. Ainsi les Fougères du terrain houiller en Europe comprennent environ 250 espèces difTérentes, et l'Europe entière n'en produit actuellement que 50 espèces.

De même les Gymnospermes, qui maintenant ne comprennent en Europe qu'environ 2o espèces de Conifères et d'Éphédrées, renfermaient alors plus de 120 espèces de formes 1res différentes.

Ces familles , seules existantes et bien plus nombreuses alors qu'elles ne le sont maintenant dans les mêmes climats, si l'on embrasse la période carbonifère entière, étaient encore plus remarquables par les formes si différentes sous lesquelles elles se présentaient. Ainsi, parmi les Cryptogames, nous remarquons des genres de Fougères actuellement complètement détruits et plusieurs espèces arborescentes; des Prèles ou des Végétaux voisins presque arborescents; des Lycopodiacées formant des arbres gigantesques, toutes formes actuellement inconnues, soit dans le monde entier, soit du moins dans les zones tempérées.

Parmi les Végétaux que nous rangeons dans ,les Dicotylédones gymnospermes, les différences sont encore plus tranchées , car ils constituaient des familles complètement

VEG

anéanties depuis cette époque : telles sont les Sigillariées,les Nœggérathiées et les Astérophyllilées.

Les caractères de la végétation pendant la période carbonifère peuvent se résumer ainsi :

Absence complète des Dicotylédones angiospermes ;

Absence complète ou presque complète des Monocolylédones;

Prédominance des Cryptogames acrogènes et formes insolites et actuellement détruites dans les familles des Fougères, des Lycopodiacées et des Équisétacées ;

Grand développement des Dicotylédones gymnospermes, mais résultant de l'existence de familles complètement détruites, non seulement actuellement, mais dès la fin de cette période.

Cette végétation, ainsi réduite aux formes que nous sommes porté à considérer comme les plus simples et les moins parfaites, devait-elle cette nature spéciale à une première phase du développement de l'organisation du règne végétal qui n'avait pas encore atteint la perfection à laquelle il est arrivé plus tard , ou est-el!e due à une influence des conditions physiques dans lesquelles la surface terrestre se trouvait alors? C'est ce que nous ne saurions décider.

Je rappellerai seulement que j'ai déjà signalé l'analogie que cette prédominance des Cryptogames acrogènes établit entre la végétation de cette première période et celle des îles peu étendues de la zone équatoriale et de la zone tempérée australe , dans lesquelles le climat maritime est porté au plus haut degré.

Cependant cette prédominance n'est pas telle qu'elle entraîne, comme pendant la période carbonifère, l'exclusion des végétaux phanérogames, et cette exclusion conifilèle semblerait plus favorable à l'idée d'un développement graduel du règne végétal.

Enfin, nous ne connaissons pas assez l'influence de la nature de l'atmosphère sur la vie des Végétaux, lorsqu'elle doit se prolonger pendant toute leur existence, pour savoir si des différences notables dans la composition de cette atmosphère, et surtout la présence fort probable d'une plus forte proportion d'acide carbonique, ne pouvaient pas favoriser l'existence de certaines classes du

VEG

règne végélal, et s'opposer à celle d'autres groupes.

Je terminerai cet aperçu de la végétatio ■ de la période carbonifère en faisant remarquer que la formation houillère, qui presque seule en renferme les débris, est évidenmient une formation terrestre et d'eau douic; que les couches de charbon qu'elle renferme sont le résultat de raccumulation sur place des restes des Végétaux qui couvraient le sol à la manière des couches de t urbe ou du terreau des grandes forêls ; que ce n'est que dans certaines circonstances exrepiionnellesqueces couches alternent avec des couches contenant des débris d'animaux marins, et pourraient être considérées comme résultant du transport dans la mer des Végétaux terrestres qui s'y trouvent.

Cette végétation de la grande période carbonifère disparaît presque complètement avec elle; la période perniienne qui lui succède n'en présente qu'une sorte de résidu déjà privée de la plupart de ses genres les plus caractéristiques; et pendant la période vosgiennc ou du grès bigarré, nous o'en trouvons plus aucune trace.

Je ne puis pas terminer cet exposé de la végétation de la période carbonifère sans dire quelques mots de l'exception incompréhensible qu'apporteraient à celte distribution régulière et uniforme des Végétaux fossiles les terrains anthraxifères des Alpes, s'ils appartiennent réellement à l'époque du-lias, comme l'admet M. Elle de Deaumont, ainsi que plusieurs autres géologues distingués, quise sont rangés de son opinion. Jencpuis pas discuter ici les motifs tirés des observations géologiques proprement dites qui ont conduit M. deBeaumontà celte conclusion; je sais tout le poids qu'ont dansia science les observations si précises et si bien dirigées de mon savantaini. Maisquand on voit que les recherches entreprises par tant desavants et de collecteurs ont montré que les Végétaux contenus dans ces couches sont, sans aucune exception, ceux de l'époque houillère, sans mélange d'un seul fragment des Végétaux fjssiles du lias, de l'éiioque jurassique, du keiipcr ou du grès bigarré, on se demande en vain quelle explication donnera ce fait unique, et si les coquilles si peu nombreuses (lui out surtout contribué à faire ranger

ces terrains dans l'époque jurassique sont une preuve bien positive de cette position géologique. Leur petit nombre, leur état de conservation si imparfait que leur détermination spécifique est, ou impossible, ou fort douteuse, permettent-ils de leur donner plus de valeur qu'à cet ensemble de végétaux nombreux , et la plupart bien déterminables spécifiquement, qui se trouvent dans les couches d'anthracites? En 1828, j'ai donné une liste de ces fossiles comprenant 25 espèces, dont 20 déterminées spécifiquement et toutes identiques avec des espèces du terrain houiller. M. Bunbury vient de faire un travail semblable sur les collections déposées dans le Musée de Turin; il est arrivé au même résultat : et j'ajouterai que, depuis plusieurs années , j'ai reçu de M. Scipion-Gras, ingénieur en chef des mines à Grenoble, des collections des fossiles des mines de Lamure et de la Tarentaise, qui comprennent plus de 40 espèces parmi lesquelles un grand nombre appartiennent aux genresles plus caracltristiques du terrain houiller. Telles sont les Sigillaires, au nombre de 8 eu 9, dont 5 bien déterminées, le Sligmaria ficoides^ 3 Lcpidodendron, un Lepidophloios , les Annularia longifolia et brevifolia , en un mot tout l'ensemble de la végétation houillère telle qu'elle se présente à Suint Etienne ou à Mais.

Quant à l'explication tirée d'un transport de régions éloignées, où cette végétation se serait maintenue , elle devient chaque jour riioins admissible à mesure que le nombre des échantillons augmente et qu'on voit qu'il ne se trouve pas un seul échantillon des Végétaux propres a la période liasique mêlé avec eux.

PÉRIODE PERMIENNE.

La nature des Végétaux qui paraissent propres à cette époque est loin d'être déterminée d'une manière bien positive, car les localités peu nombreuses où l'on a trouvé jusqu'à ce jour les fossiles que nous considérons comme appartenant à cette période ne sont peut-être pas réellement d'une formation bien identique et réellement contemporaine. Ainsi, les schistes bitumineux et cuivreux du pays de Mansfeld , rangés par tous les géologues dans le zecb-

VEG

stein et les grès de la Russie, classés par MM. Murchison et de Verneuil dans leur terrain permien, sont-ils réellement contemporains? Enfin, les ardoises de Lodève, considérées par MM. Dufresnoy etElie de Beaumont comme dépendant du grès bigarré, mais si différentes du grès bigarré des Vosges par leur flore, soi>t-elles classées avec plus de raison dans celte période, qui serait ainsi une sorte de passage de la période houillère, si bien caraciérisée, à la période vosgienne ou du grès bigarré, qui en diffère d'une manière si tranchée?

Ces doutes sur l'identité d'époque de formation des trois principales localités qui pourraient fournir les matériaux d'une flore de cette période m'engagent à indiquer séparément ces trois flores locales.

• «o FLORE DES SCHISTES BITUMliNEUX DE LA THURINGE.

Algues.

Caulerpiles selaginoides, Sternb.

— peclinaluSf Slernb.

— sphœricus, Slernb.

Zonariles digilalus, Sternb.

Chondriles virgatus, Munst.

Fougères.

Tœniopleris Eckardli, Germ.

Sphenoplcris dichoioma, Al th.

— AUhausii, Brong. [Caulerp. pctens et dichototoma, Allh).

— Gœpperli, Geiniiz.

— bipinnata, Geiuitz {Cajulerpiles, Munst.). Pecopleris crenulata, Brong. {Caulerp. cre-

nulalus, Allh.).

— Marlinsii , Brong. ( Alelhop. Martinsii , Germ.).

— Schwedesiana, Dunk. — Frankenberg.

Conifères.

Cryplomcrites Ulmanni, Brong. {Cupressus

Uhnanni, Bronn.). — Frankenberg.

Walchia (indéterminables spécifiquement).

2» FLORE DES GRÈS PERMIENS DE RUSSiS.

Fougères.

Odontopieris permiensis, Brong.

— Slrogonovii, Morris.

— Fischeri, Brong.

Nevropleris salicifoUa, Fiscb.

— tenuifolia, Brong.

— fkxuosa, Brong.?

«— macrophylla, Brong.?

VÉG 149

Sphenopteriserosa, Morris.

— lobata, Morris.

— incerta, Brong.

Alelhopleris Grandini, Brong.?

Callipleris Gœpperti, Brong.

— Wangenheimii, Brong.

Équisétackes.

Calamités g ig as, Brong.

— Suckowii, vai'. major, Brong.

Lycopodiacées.

— Lepidodendron elongalum, Brong.

— espèce douteuse.

NOLiGERATHlÉES.

Nœggeralhia cuneifolia, Brong.

— expansa, Brong.

|3o FLORE DES SCHISTES ARDOISES DE LOUÈVE.

Fougères.

Nevropleris Dufresnoyi, Brong.

Sphenopteris artemisiœfolia , Brong.

— tridactyliles, Brong.

— plalyrachis, Brong.

Alelhopleris ChrisloUi, Brong. Callipteris heleromorpha, Brong.

— Carronii, Brong.

Pecopleris hemilelioides, Brong.

— oreopteridius, Brong.

— plumosa, Brong,

— abbreviata, Brong.

— dentala, Brong.

— Lodevensis, Brong.

ASTÉROPUYLLITÉÉS.

Annularia floribunda. Sternb.

Conifères. '

Walchia Schlolheimii, Brong.

— piniformis, Sternb.

— Slernbergii, Brong.

— Eulassœformis, Brong,

— hypnoides, Brong.

On trouvera plus de détails sur les espèces que nous venons d'énumérer, pour celles du terrain permien, dans l'ouvrage déjà cité de MM. Murchison, de Verneuil et Kayserling (t. Il, p. 1), sur la géologie de la Russie; pour celles des ardoisières de Lodève, dans la description géologique de la France, par MM. Dufresnoy et Éliede Beaumont (t, II, p. 145).

On voit qu'il y a de grandes différence» spécifiques entre les plantes de ces localités, et que jusqu'à ce jour on ne peut y reconnaître aucune espèce commune. Doit-on

VEG

.iiiribiier ces différences à rinnnence de la grande diversité de position géographiiiue , ou ya-t-il, en outre, entre ces terrains une différence d'é|)oque de formation? Le seul caractère qui tend à rapprocher ces deux dernières Hores, c'est le rapport que toutes deux ont avec celle des terrains houillers dont elles sembleraient être une sorte d'extrait, et dont elles rappellent surtout les couches les plus récentes.

Quant aux plantes des schisles bitumineux du pays de Mansfeld, elles sont si peu nombreuses et paraissent avoir été déposées dans des conditions si différentes , qu'on peut difficilement les comparer aux deux autres flores. Cependant les espèces de Sphenopteris se ressemblentexlrêmement dans ces trois terrains, et une comparaison exacte établirait peut-être l'identité de plusieurs d'entre elles. Le Pecopleris aemilala, d'ilmenau, n'est peut-être qu'un état imparfait du Pecopleris abbreviata de Lodèvc; enfin, les Calltpleris du terrain permien et de Lodève ont entre eux et avec les Callipleris du terrain houiller des rapports très intimes.

Nous ajouterons, relativement auxscliistes bitumineux de la Thuringe, que plusieurs de leurs fossiles paraissenlêlre des plantes marines dont le nombre deviendrait bien plus considérable, si l'on ne supprimait toutes les empreintes imparfaites qu'on a décrites comme telles, et qui ne sont que des fragments de Fougères ou de Conifères altérées.

RÈGIVE DES GYiHIV'OSPERlMEl^.

Pendant les périodes précédentes, et surtout pendant la période carbonifère, les Cryptogames acrogènes prédominaient, et les Dicotylédones gymnospermes, moins nombreuses, se montraient surtout sous des formes insolites et quelquefois tellement anomales, qu'on hésite à les placer dans cet embranchement ou dans le précédent : telles sont les Astérophyllitées. Plus tard, au contraire, ces formes anomales, ambiguës, et dont la classification est souvent obscure, disparaissent : les Cryptogames acrogènes et les Dicotylédones gymnospermes rentrent d'une manière évidente dans des familles encore existantes dont elles ne diffèrent que comme formes génériques ; les Fougères et les

VEG

Équisétacées, qui représententles Acrogènes, sont moins nombreuses; les ('onifères et les Cycadées les égalent presque en nombre , et les surpassent ordinairement en fréquence, surtout dans la seconde période , elles deviennent par leur abondance et leur dimension le caractère essentiel de tous ces terrains; enfin, les Dicotylédones angiospermes manquent encore complètement et les Monocolylédones sont très peu nombreuses.

Ce règne des Dicotylédones gymnospermes se divise en deux périodes: la première, dans laquelle prédominent les Conifères et où les Cycadées apparaissent à peine; la seconde, où cette famille devient prédominante par le nombre des espèces , leur fréquence et la variété des formes génériques. Celle-ci peut se diviser en plusieurs époques ayant des caractères particuliers.

Page 1