‹ Dictionnaire universel d'histoire naturelle (volume 4)Chapitre 64 sur 123 · GENRES · texte numérisé non relu

GENRES

Tribu 1. — Violées.

Fleurs irrégulières dont le pétale extérieur prend un grand développement, ou presque régulières avec des pétales longuement onguiculés.

Viola , L. (Erpelion , DC. — Mnemion , Spach. ) — Jonidium , Vent. ( Pombalia , Vand. — Calceolar, Lœfl. — Hybanihus , Jacq. . — Solea, Spreng. — Pigea, DG.) — Noisellia , Kth. ( Bigelonia , DC. — Violœuides , Michx. ) — Anchielea , St.-Ilil. (Glossarhen , Mart. Zucc. — Corinoslylis , Mart. Zucc. {Calyplrison, G\ng.)—Amphirrhox , Spreng. (Amphirrhoge , Reich. — Spalhularia, St.-Hil.— Dradleia, FI. fl.)

Tribu. 2. — Alsodinées.

Fleurs régulières, à pétales à peine onguiculés.

Alsodcia, Pet, Th. {Alsodea, Mart. Zucc. — Dripax, Norh. — Physiphora et Passalia, Sol. — Conohoria, Riatm, Passoura et liinorea, Aubl. — Ceranthera, Beauv. — ?P)-os</iesia, Bl.) — Telralliylacium , Pœpp.

Un genre mal connu, le l'enlaluba, Lour. {? Vareca, Roxb. ) , est placé avec doute à la suite des précédents. Un autre parfaitement décrit, mais anomal, se rapproche des Alsodinées par la structure de sa fleur et de ses étamines, mais plutôt des Polygalées par son ovaire à deux loges, retifermant chacune deux ovules pendants, et qui devient plus tard une baie : c'est VHymenan-

VIO

VIO

thera, R. Br. , dont les espèces sont des arbrisseaux habitant l'Australasie. (Ad. J.)

*VIOL.«OIDES. BOT. PH. — Mich.-mx désignait sous ce nom un genre qui rentre parmi les Noisetlia, H. B. K. , de la famille des Violacées. (D. G.)

*VI0LA1VE, Breithaupt. min. — Substance vitreuse, translucide, d'un bleu violet foncé, clivable en prismes rhombiques, dont la composition n'est pas encore bien connue, et qui accompagne l'Épidote manganésifère à Saint-Marcel en Piémont. C'est un silicate alumineux de chaux, fer et manganèse, et qui parait contenir un peu de soude. (Del.)

VIOLAIIIÉES. Violarieœ. bot. puan. — De Candolle employait ce nom au lieu de celui de Violacées {voy. ce mot), et cet exemple est suivi par plusieurs auteurs. ( Ad. J. )

VIOLETTE Viola. — bot. ph. —Grand genre de la famille des Violacées et de la tribu des Violées, auxquelles il donne son nom. Linné le rangeait dans la Syngénésie Monogamie de son système; mais cet ordre n'ayant pas été conservé par les borlanistes qui, tout en adoptant le système linnéen , ont cru devoir lui faire subir quelques modiGcations, le genre Violette est venu se ranger dans la pentandrie-monogynie, oii il est mieux à sa place. Formé primitivement par Tonrnefort. il a été adopté par Linné et enrichi successivement d'un grand nombre d'espèces dont certaines ont dû en être ensuite retranchées par les botanistes modernes. C'est ainsi que Ventenat en a détaché, pour en former son genre Jonidium, les espèces à corolle non éperonnée, remarquable par la grandeur disproportionnée d'un de ses pétales. Néanmoins , malgré les réductions qu'il a subies, le genre Violette renferme près de 200 espèces, qu'on rencontre surtout dans les parties tempérées de Ihémisphère boréal , beaucoup plus rarement dans les régions intertropicales et dans l'hémisphère austral. Ce sont des plantes herbacées, caulescentes ou dont la tige est tellement réduite, qu'on les décrit comme acaules , très rarement sons-frutescentes; leurs feuilles alternes, pétiolées , de formes très variées, sont accompagnées de stipules persistantes; leurs fleurs irrépulières sont solitaires sur des pédoncules axillaires courbés au sommet et munies de deux petites

bractées. Les caractères de ces fleurs consistent : dans un calice à cinq divisions très profondes, peu inégales , prolongées à leur base, qui semble comme cernée; dans une corolle de cinq pétales inégaux, dont l'un, plus grand que les autres, se prolonge à sa base en sac ou en éperon ; dans cinq étamines hypogynes ou périgynes , dont les anthères inirorses, biloculaires, se terminent en appendice membraneux , et dont deux ont leur conneciif prolongé par sa base en deux appendices qui se logent dans la cavité de l'éperon; les anthères de ces étamines ont entre elles une adhérence assez forte pour avoir déterminé Linné à ranger ce genre dans sa Syngénésie; dans un pistil dont l'ovaire ovoïde-lrigone , uniloculaire , renferme de nombreux ovules anatropes , portés sur trois placentaires pariétaux, et dont le style terminal, souvent épaissi en massue, se termine par un stigmate de formes diverses et souvent très bizarres. Le fruit des Violettes est une capsule uniloculaire, accompagnée par le calice persistant, et s'ouvrant en trois valves qui portent les graines sur leur ligne médiane.

Dans son travail monographique sur les Violacées (in DC. Prodrom., vol. I, p. 291) M. Gingins a divisé ce genre en cinq sections, dont voici les noms : a. Nominium, Ging.; b. Dischidium, Ging.; c. Chamœmelanium, Ging.; d. Melanium, DC; e. Seplidium, Ging. C'est à la première, la seconde et la quatrième de ces sections, surtout à la première et la quatrième, qu'appartiennent toutes nos espèces indigènes ou cultivées , les seules parmi lesquelles certaines méritent de nous occuper quelques instants.

La Violette odorante. Viola odora'a, L.

se montre communément, dès le premier printemps, dans les baies, le long des bois. Elle est légèrement pubescente , acaule; de sa souche partent de longs stolons qui prennent racine et qui fleurissent la seconde année; ses feuilles sont ovales élargies, ou réniformes, profondément en cœur à leur base, crénelées, accompagnées de stipules ovales-acuminées, entières, ciliées. Tout le monde aime ses fleurs violettes ou blanches, dont l'odeur est si suave et si pénétrante. C'est pour elles qu'on cultive partout cette plante dans les jardins. Les horticulteurs en ont obtenu plusieurs variétés re-

VIO

cherchées , les unes à fleurs simples , mais remarquables parce qu'elles fleurissent à plusieurs époques différentes , ce qui leur fait donner le nom de Violette des quatre saisons ; les autres à fleurs doubles, parmi lesquelles la plus connue est la Violette de Parme, à fleurs d'un bleu trèspûle, très doubles, dont la culture ne se fait nulle part peut-être sur une aussi grande échelle et avec des soins aussi assidus qu'à Toulouse ; d'autres variétés doubles ont la fleur violet foncé, purpurine, ou enfin violette à l'extérieur et panachée au centre de blanc, de rouge et de violet. Cette dernière porte le nom de Violette de Bruneau. Toutes ces plantes se multiplient facilement par la division des pieds ; elles demandent une terre douce et légère et la demi-ombre. L'odeur de la Violette, tout agréable qu'elle est, agit fortement sur certaines personnes très nerveuses. On rapporte même des accidents fâcheux qu'auraient déterminés des bouquets de violettes conservés pendant la nuit dans des chambres bien closes. En médecine, on emploie journellement la fleur de violette comme pectorale, en infusion dans les rhumes, catarrhes, etc. On prépare, avec les pétales de ces fleurs dont on a supprimé l'onglet, un sirop dont on se sert pour édulcorer les boissons dans les mêmes circonstances. On sait que ce sirop de violette est continuellement employé par les chimistes pour manifester la présence des substances alcalines, sa couleur violette passant alors au vert.

On trouve très communément dans les bois, dans les pelouses, etc., les Viola hirta, Lin., canina, Lin., sylvestris, Lam., etc., toutes appartenant à la section Nominium, Ging., la plus considérable du genre.

LeViolabiflora, Lin., jolie petite espèce à euilles réniformes, très obtuses, crénelées; à petites fleurs jaunes, rayées de brun , qui croit assez communément dans les Pyrénées, les Alpes, le Jura, etc., est la seule de nos espèces indigènes qui représente la section Dischidium, Ging.

C'est dans la section ilManium , DC, distinguée par ses fleurs dont les quatre pétales supérieurs sont redressés, et dont le singulier stigmate, terminant un style en massue, est urcéolé, avec deux faisceaux de poils à sa base, qu'appartient une espèce

VIO

très intéressante, mais aussi très polymor* phe, et qui a été envisagée de manières fort diverses. C'est la Violette tricolore, Viola iricolor. Lin., dont les nombreuses variétés sont répandues dans les champs de toute l'Europe, de la Sibérie, de l'Amérique septentrionale. Cette plante est annuelle, glabre ou légèrement velue; sa tige anguleuse, souvent rameuse, dressée ou ascendante, s'élève de 2 ou 3 décimètres; ses feuilles crénelées sont plus ou moins allongées, tantôt lancéolées, tantôt au contraire presque réniformes, accompagnées de stipules foliacées , pinnatifides , à lobes latéraux étroits, le terminal étant grand-et crénelé. Ses fleurs varient presque à l'infini de dimensions et de couleurs ; mais la base de leur coloration est le jaune et le violet. — Récemment M. Jordan a proposé de former aux dépens de la Violette tricolore une nombreuse série d'espèces , pour chacune desquelles il a donné une description étendue et une figure (Al. Jordan , Observ. sur plus, plan, nouvel, rares ou critiq. de la France; Annal, delà Soc. Unn. de Lyon, juill.1346; tirage à part, 2*fragm.), pour lesquelles il adopte les noms de Viola pallescens, V. segetahs, V.agrestis, V.nemausensis, V.gracilescens, V. vivariensis, V. Sagoli, V. Paillouxi , V. alpeslris. Mais ces plantes ne paraissent pas posséder des caractères assez fixes ni assez marqués pour être regardées autrement que comme de simples variétés.

C'est de la Violette tricolore que sont sorties les nombreuses et magnifiques fleurs si connues et si fréquemment cultivées sous le nom de Pensées. La plupart des botanistes, rattachant toutes les variétés spontanées de l'espèce en une race qu'ils nomment V.tricolor arvensis , réunissent de même toutes les Pensées sous la dénomination commune de V. tricolorhortensis. Ces dernières plantes se distinguent toutes par la grandeur et la coloration de leurs pétales qui réunissent un beau violet foncé et velouté à un jaune doré; mais la culture a déterminé des variations infinies dans la disposition et l'extension relatives de ces couleurs et de leurs nuances.

Il est peu exact d'attribuer au Viola tricolor. Lin. seul les Pensées de nos jardins : ce sont uniquement des hybrides résultant du croisement de cette espèce avec le Fiola

VIO

VIO

allaïcà, Ker. En effet, bien que les horticulteurs anglais eussent déjà obtenu quelques résultats heureux, au commencement de ce siècle, dans la culture de la Violette tricolore, leurs gains les plus importants ne datent que de l'introduction dans leurs jardins, en 1805, de la Violette de TAtlaï. Celle-ci se distingue de la première par sa tige plus courte et son feuillage plus épais, par son pédoncule dressé, par ses fleurs grandes, belles, jaunes, avec du bleu pâle ou du blanc, dans lesquelles la corolle tend à prendre un contour arrondi. On ne sait à qui faire remonter l'heureuse idée de demander le perfectionnement de la Pensée des jardins à des semis après croisement des Viola tricolor et aUàica. Mais on sait que lady Mary Tettes, fille du comte Tankerwill, fut la première qui forma une grande collection de Pensées à Walton, sur la Tamise. Richard, jardinier de Walton, fut bientôt frappé des perfectionnements rapides qu'il obtenait dans ces fleurs par des semis successifs. Il communiqua ses remarques au célèbre Lee, qui dès lors s'occupa activement de cette nouvelle culture. Bientôt l'attention des horticulteurs, des amateurs de la Grande Bretagne, se porta sur ces Pensées déjà si belles, qui promettaient tant encore pour l'avenir, et quelques années suffirent pour placer les Pensées anglaises, au premier rang.

La Belgique et l'Allemagne suivirent l'exemple de l'Angleterre; la France, restée d'abord en arrière, se mit enfin en ligne, et M. Lemon lui donna le premier une belle collection de Pensées égales, mais non encore supérieures à ce que l'Angleterre et la Belgique possédaient déjà de plus beau.

Bientôt M. Boursault s'adonna à son tour à cette culture, et ce fut chez lui qu'on vit, en 1835, les premières Pensées regardées comme parfaites par les connaisseurs. M. Ragonot-Godefroy vint à son tour, et, grâce à lui, les Pensées anglaises furent irrévocablement détrônées. Aujourd'hui, le nom même de Pensées anglaises a été laissé de côté, et les horticulteurs ne connaissent plus que des Pensées à grandes fleurs.

Il est bien reconnu que c'est à son croisement avec la Violette de l'Altaï que la Pensée a dû la faculté de produire des fleurs d'un grand diamètre et arrondies dans leur

contour : or ce sont là les qualités fondamentales qui font rechercher ces belles fleurs dans les jardins. On doit ajouter que, pour qu'une Pensée ait tout le mérite possible, il faut que sa fleur soit plane, avec des pétales qui se recouvrent par leurs bords, sans laisser de vide entre eux; que ses couleurs soient belles et bien harmonisées, per-5 sistantes et bien disposées; enfin qu'elle se tienne bien droite sur sa tige, et se dégage bien du feuillage. La coloration de ces fleurs varie aujourd'hui presque à l'infini. Leurs cinq pétales sont tantôt d'une seule couleur comme violet pourpre ou violet bleu , brun rouge brillant, bleu noir, bleu de roi, bleu clair, vert olivâtre, gris verdâtre, jaune vif ou tendre, blanc, etc.; en outre, cette couleur unique de la fleur est pure ou marquée de lignes, etc.; ailleurs elle est bordée de teintes plus claires, occupant une largeur plus ou moins grande; tantôt aussi les deux pétales supérieurs ont une couleur qui se reproduit sur les bords des deux pétales latéraux et de l'inférieur, en y dessinant quelquefois des figures bizarres, ou en se fondant avec la couleur centrale; les trois pétales inférieurs présentent parfois des flammes, des rayons , des taches , etc. On conçoit dès lors quelle variété presque infinie doit présenter une belle collection de Pensées, telles que les soins intelligents des horticulteurs les ont faites de nos jours.

En médecine, le Viola tricolor, Lin., particulièrement dans ses variétés sauvages, a joui longtemps d'une grande réputation comme dépurative. On a vanté ses effets dans le traitement des maladies de la peau, surtout contre les croûtes laiteuses des enfants. On employait la plante fraîche, et principalement son suc. Mais aujourd'hui beaucoup de médecins accordent peu de confiance à son action, et il en résulte que son emploi n'est pas, à beaucoup près, aussi étendu. P. D

VIOLETTE MARIIVE. bot. ph. — Nom vulgaire sous lequel on désigne quelquefois dans les jardins leCampanula médium, Lin. (D. G.)

VIOLIER. BOT. PH. — Nom vulgaire sous lequel on désigne les Giroflées , principalementdans nos départements méridionaux.

VIOLOX. MAM.— En Guiane, on a quelquefois nommé ainsi les Tatous. (E. Ba.

VIO

VfORIVE. Viburnum. bot. ph. — Genre important de la famille des Lonicérées ou Caprifuliacées, sous-ordre des Sambucées , de la penlandrie- trigynie dans le système de Linné. Le célèbre botaniste suédois a réuni, pour le former, ks trois genres Viburnum, Opulus et Tinus de Tournefort.

Considéré avec celte circonscription , il comprend aujourd'hui environ 70 espèces, toutes frutescentes, qui croissent, pour la plupart, dans les parties tempérées ou montueuses de l'hémisphère boréal, et plus rarement dans l'Asie et l'Amérique intertropicales. Les feuilles de ces arbriseaun sont opposées, généralement dentées en scie ou divisées plus profondément, ordinairement puhescentes ou velues; leurs fleurs blanches ou légèrement rosées forment des corymbes terminaux et présentent les caractères suivants : Calice à tube adhérent, à limbe supère, petit, quinquéGde, persistant; corolle en roue ou campanulée, ou brièvement tubulée, à limbe quinquéfîde, étalé; cinq étamines égales, saillantes; ovaire adhérent, à trois loges renfermant chacune un seul ovule suspendu, portant trois stigmates sessiles. Le fruit est une baie surmontée du limbe calycinal , devenue , par l'effet d'un avortement, uniloculaire et monosperme.

Les espèces de Viornes ont été réparties par De GandolIe(Pjodrom., vol. IV, p. 323) dans trois sous-gsnres , qui ont reçu les noms de : a. Lenlago, DG. , correspondant aux genres Viburnum et Tinus, Tourn. ;

b. Opulus, DC. , analogue au genre que Tournefort admettait sous le même nom ;

c. SoJenoliniis, DC. , dont le nom rappelle le tube de sa corolle plus allongé que dans les deux autres, et dont le type est le Viburnum dahuricum, Pall. {Lonicera Mangolica, Pall.).

C'est au premier de ces sous-genres qu'appartient la VIORNE LAURIER-TIN, Fibuvnum Tinus, Lin. très jolie espèce qui croît spontanément dans les parties pierreuses et couvertes du midi de la France et de l'Europe, du nord de l'Afrique, et qu'on cultive communément dans les jardins comme espèce d'ornement. C'est un grand arbrisseau toujours vert qui s'élève dans son pays natal jusqu'à cinq et six mètres, mais qui dépasse rarement trois mètres sous le

VIO

climat de Paris. On en obtient même des pieds nains pour les élever en pots dans les appartements. Ses feuilles entières, ovalesaiguës, marquées en dessous d'un réseau de veines velues, ont une verdure foncée ; dès l'hiver dans le Midi , dès le premier printemps sous le climat de Paris , il donne de nombreux corymbes, de petites fleurs blanches, auxquelles la rareté des fleurs, à l'époque où elles se montrent, donne beaucoup de prix. On cultive cet arbuste soit en pleine terre, dans un sol léger, à une exposition ombragée , soit en orangerie. Il redoute l'excès d'humidité. — C'est encore dans le même sous-genreque rentrent: i" plusieurs autres espèces originaires de l'Amérique du Nord et cultivées dans les jardins d'Europe, tels que le Viburnum Lenlago, Lin., F. nudum, Lin., etc. ; 2° une espèce indigène très commune dans les haies et sur les coteaux de toute l'Europe jusqu'au Caucase. Celleci est la Viorne Mancienne , Viburnum lantana. Lin., vulgairement désignée sous les noms de Mancienne, Mantiane, Maussane, Bardeau, etc. C'est un arbrisseau de deux ou trois mètres, à feuilles ovales en cœur ou oblongues, dentées en scie, cotonneuses en dessous ; à baies comprimées , d'abord rouges, enfin noires. Son nom spécifique de Lanlanay'ient, dit-on, de ce que ses rameaux sont assez flexibles {rami lenci) pour qu'on les emploie pour liens et, en guise d'osier, à la confection de paniers. F^'écorce qui les recouvre est grisâtre, vésicante. Celle des racines, pilée et macérée, donne de la glu. Les feuilles et les fruits de cette espèce sont regardés comme rafraîchissants et astringents. On la cultive assez souvent pour l'ornement des jardins. On en a même obtenu une variété à feuilles panachées.

Le type du sous-genre Opulus, DG. est h Viorne Obier, Viburnum Opulus, L\n., qui, à l'état spontané, porte le nom vulgaire de Sureau d'eau, tandis que ses belles variéiéi cultivées sont connues sous les noms vulgaires de Rose de Gueldre , Boule de neige^ Obier à [leurs doubles, etc. Cette Viorne croît spontanément dans les haies fraîches, les taillis, dans les lieux couverts et humides. Elle s'élève d'un à trois mètres. Ses rameaux cassants portent des feuilles glabres ou à peu près en dessus, plus ou moins pubescentes en dessous , à trois graiids lobes

VIP

aigus et dentés. Ses corymbes sont formés de (leurs blanches de deux sortes, celles du centre fertiles, à petite corolle campanulce, avec le limbe plan , peu développé; celles de la circiinférence stériles, à grande corolle rolacée. Par l'elTet de la culture, toutes les fleiirs de cette plante prennent, en devenant stériles, le développemeiil exagéré de celles qui n'occupent, dans l'état normal, que la portion extérieure des corymbes. En outre, leur nombre s'accroît considérablement ; il résulte de là ces belles et grosses boules de fleurs blanches qui produisent, au printemps, un si brillant elTet dans les jardins. Cette belle espèce demande une terre fraîche. On la niuliiplie par rejetons et par marcottes. On en possède une jolie variété à feuilles panachées. (P. D.)

VIPÈRE. Vipera {vivipara , vivipare). iiEPT. — La plupart des espèces de ce grand genre d'Ophidiens étaient confondues par Linné avec les Couleuvres, comme ayant aussi les plaques subcaudales doubles.

Daudin les en retira pour former un genre spécial sous le nom de Vipera, adopté par tous les zoologistes et que l'auteur caractérisait par des plaques entières sous le corps ; de doubles plaques sous la queue, qui est cylindrique; un anus simple et sans ergots; des crochets venimeux. Il en comptait cinquante quatre espèces. Le caractère fondamental sur lequel s'appuie celte distinction est, comme l'on voit, l'existence de crochets à venin à la mâchoire supérieure des Vipères, crochets qui manquent complètement chez les Ophidiens du genre des Couleuvres. Ces crochets venimeux constituent la particularité organique qui a servi de point de départ aux classifK;ateurs pour distinguer les Serpents en deux groupes: celui des Serpents non venimeux, auquel appartient le genre Couleuvre; et celui des Serpents venimeux, dont le genre Vipère fait partie. Une tribu de ce dernier groupe comprend les Serpents venimeux à crochets isolés et mobiles, les plus redoutables de tous les Ophidiens par la gravité des accidents que cause leur morsure : on y trouve les Vipères à côté des Crotales, des Trigonocéphales , des Najas, des Elaps. Quelques auteurs méthodistes ont même donné aux Ophidiens de cette tribu le nom général de Vi/ières, et considéré les genres que nous

VIP

venons de citer et d'autres encore, comme des sous genres.

MM. Duniéril et Bibron o;it pris le genre Vipère comme type de leur section des Vipériformes {voy. ce mot). Nous regrettons que le volume où ce genre doit être étudié n'ait pas encore paru, et que ce retard nous empêche de mettre notre article en harmonie avec ceux qui ont été publiés dans ce Dictionnaire, où la classiGcalion de ces habiles erpétologistes a été suivie. Nous emprunterons la caractéristique générale du genre et ses subdivisions au fièâ'Jîe a?ii»]aJ deCuvier, en isolant toutefois comme genres distincts les Najas, Elaps, Micrures, Platures, etc., considérés par Cuvier comme sousgenres et auxquels des articles spéciaux sont déjà consacrés. Ces distinctions génériques sont aujourd'hui généralement admises par les zoologistes, qui dilTerentseuIementde vue dans le groupement des genres.

Les principaux caractères du genre Vipera peuvent être résumés de la manièresuivante: Corps cylindrique, écailleux ; tête raccourcie, obtuse en avant, élargie postérieurement etcommecordiforme;queuecourteetobtuse, garnie en dessous d'une double rangée de plaquesdisposéespar paires, ou plus rarement de plaques simples en tout ou en partie; plaques de l'abdomen entières et en nombre variable; anus transversal, simple et sans ergots cornés; dessus du crâne garni d'écaillés granulées ou de plaques ; dents aiguës aux deux mâchoires ; les sus-maxillaires antérieurs portant des crochets venimeux, recourbés et mobiles, parcourus longitudinalement par un canal qui verse dans la plaie mordue un venin sécrété par une glande spéciale dont ce canal continue le conduit excréteur; pas de fossettes derrière les narines.

Parmi les nombreuses classifications, autres que celle de Cuvier, qui ont cherché à exprimer les affinités des Vipères, nous devons citer celle deM. Schlegel,qui divise les Serpents venimeux en trois familles: les Colubriformes, comprenant les trois genres Elaps, Bongare et Naja; les Serpents de mer, formés par l'unique genre Hijdrophis; elles Serpents venimeux proprement dits, auxquels se rapportent les trois genres Trigonocéphale. Crotale et Vipère. Ce dernier genre ne présente pas, comme les deux

VIP

autres genres de la même famille, des fossettes ou enfoncements auprès des narines ; les espèces qui le composent n'atteignent pas de grandes dimensions et semblent appartenir exclusivement à l'ancien monde. M. Fitzinger, après avoir formé, parmi les Ophidiens, la série des Chalinophidia pour ceux dont la mâchoire est armée de crochets, divise cette série en cinq familles dont une, celle des Cliersophis, comprend le genre Vipera avec les genres Acanlophis, Pelias, Minechis, Gongechis, Echidne et Ecliis. Le même erpéloiogiste place les Couleuvres dans la série des Teleophidia, famille des Dendrophis.

Outre le caractère spécial qu'elles tirent de la présence de crochets mobiles venimeux, les Vipères se distinguent encore des Couleuvres par la forme plus obtuse de leur tête, plus élargie en arrière, et par leur portion caudale plus courte et plus obtuse.

La désignation àea-ochets mobiles, appliquée aux dents venimeuses des Vipères et autres Serpents venimeux, renferme tine épithète qui conviendrait plus justement à l'os sus-maxillaire lui-même. Celui-ci est fort petit, porté sur un long- pédicule et très facilement mobile. La dent fine, aiguë, se fixe sur cet os et est percée du petit canal que nous avons indiqué en traçant la caractéristique. Quand l'animal ne veut pas se servir de son arme, il la couche en arrière et la cache dans un repli de la gencive; quand il attaque sa proie, il redresse ce terrible crochet et verse ainsi, dans la plaie, le venin distillé par la glande volumineuse située au-dessous de l'œil. Derrière chaque crochet se montrent plusieurs germes destinés à le remplacer, s'il vient à se casser dans l'acte de la morsure.

Le crochet de la Vipère constitue un petit appareil vraiment typique, un modèle d'instrument propre à l'inoculation d'un virus. Au devant de la pointe de cette aiguille acérée est creusée une petite rainure qui continue le canal pratiqué dans sa longueur et qui porte ainsi jusqu'au fond de la blessure l'humeur vénéneuse que verse la glande, Cette humeur, injectée avec force dans la plaie, est bientôt absorbée et portée dans le torrent de la circulation; l'économie en est plus ou moins infectée, suivant les circonstances que nous indiquerons plus loin, et

VIP

son action délétère se manifeste par différents symptômes. Il estdémontréquelachaird'un animal empoisonné peut être impunément avalée et digérée; qu'on peut, sans accident, présenter à l'action de l'estomac une chair imprégnée de venin ou le venin luimême, quand la dose n'en est pas trop forte; qu'il n'y a point danger d'absorption quand on l'applique seulement sur une membrane muqueuse ou sur la peau qui n'est point entamée par une piqûre, une écorchure ou toute autre cause. Le venin, pour agir, doit être directement introduit dans l'économie vivante, et des expériences récentes de M. Bernard ont jeté un grand jour sur ce phénomène remarquable. Ces expériences tendent à démontrer l'existence, dans les membranes muqueuses , de la singulière propriété de se refuser à l'absorption de certaines substances et, en particulier, du venin des Serpents. Des appareils endosmiques construits avec des muqueuses intactes ne donnent point lieu à l'absorption; construits avec des muqueuses altérées, ils obéissent aux lois de l'endosmose. Cette résistance à l'action toxique est donc le résultat d'une propriété inhérente aux muqueuses, et elle s'exerce, non seulement sur les venins, mais aussi sur les produits destinés à concourir à l'acte de la digestion, le suc gastrique, le suc pancréatique, etc. Des voyageurs dignes de foi assurent que la chair du Serpent à sonnettes est servie sur la table des plus riches planteurs de l'Amérique.

Le venin de la Vipère, au moment où il vient d'être sécrété, est une substance visqueuse, transparente, de couleur jaunâtre; ne présentant de réaction ni alcaline, ni acide, presque sans saveur ni odeur ; se dissolvant dans l'eau dont il trouble légèrement la transparence; ne brûlant pas avec flamme quand on l'expose à l'action d'un corps en ignition ; ne laissant dégager aucun gaz quand on le traite par les acides. Ces propriétés sont d'ailleurs celles de- tous les venins des Serpents en général, et l'on voit que la chimie n'a encore rien trouvé de bien positif sur leurs principes propres. L'étude microscopique n'y découvre qu'une dissolution gommiforme qui se dessèche facilement et devient luisante comme du vernis, sans perdre sa transparence; quelques

VIP

observateurs l'ont vue se fendiller de minière à laisser croire qu'il s'y forme des cristaux.

Les expériences physiologiques ne nous ont guère mieux jipjjris en quoi consistent les altérations produites par le venin. Plusieurs observateurs s'accordent à lui attribuer une action septique, c'est-à-dire délerininaiit la corruption des chairs et la décornposition des tissus organiques, comme s'ils étaient subitement privés de vie. Il ne paraît pas probable que son effet se borne, comme le voulait Fontana, à la coagulation du sang; car il se développe, après l'inoculation, des phénomènes qui ne sauraient s'expliquer par ce seul fait. En général, on peut, avec M. le docteur Achille Richard, indiquer de la manière suivante les symptômes particuliers de l'empoisonnement par le venin de la Vipère. Quelquefois la douleur de la morsure est faible ou nulle au moment même où elle vient d'être faite; souvent, au contraire, elle est vive et très aiguë. La piqûre produite par un des crochets ou par les deux crochets ensemble ne se découvre pasd'abord facilement; mais bienlôtce point se trahit par la rougeur et le gonflementqui l'environne. La douleur devient plus cuisante; les parties voisines enflent et prennent une teinte jaune et rouge livide. Cependant le malaise du blessé augmente; il éprouve des maux de cœur suivis de vomissements bilieux, une douleur de tète insupportable; ses yeux se gonflent et rougissent; des larmes abondantes s'en échappent. De l'espace circonscrit d'abord auiour de la plaie , le gonflement gagne de proche en proche , et envahit la totalité du membre attaqué. Le mal a dès lors acquis sa plus grande intensité; une fièvre adynamique violente s'empare du malade que fatiguent encore des sueurs froides, comme visqueuses; l'haleine devient fétide; les muscles se relâchent; les sphincters se paralysent; la mort termine bientôt ces souffrances, si les ressources de la nature ou des médicaments énergiques ne combattent pas ses progrès.

Ces symptômes de l'empoisonnement par le venin de la Vipère sont à peu près les mêmes pour l'action délétère des venins des autres Serpents; les accidents généraux se compliquent quelquefois d'un état gangreneux local, de vertiges, de syncopes fréquen- T. xui.

VIP

tes, d'une gêne très grande delà respiration, d'une sorte de strangulation, d'ëblouissements, de troubles intellectuels, de convulsions et de crampes; la bouche se sèche, s'enflamme; la soif devient intense; la langue se gonfle et sort de la bouche; le mal semble éteindre la vitalité en suspendant les mouvements du cœur et en amenant le froid de la mort et même la décomposition putride.

Toutefois pour la morsure de la Vipère, même pour celle du Serpent à sonnettes, dont nous venons d'indiquer la terrible influence, les effets ne sont pas toujours aussi épouvantables; le blessé éprouvequelquefois de graves accidents qui cependant ne se terminent pas fatalement. L'énergie toxique du venin varie avec les espèces: les Crotales, les Najas, les Trigonocéphales sont les plus dangereux Serpents par la subtilité de leur poison et la grande quantité qu'ils en possèdent en raison de leur taille. La rapidité de la mort etsa cerlitudesontd'ailleurs, pour une même espèce, proportionnelles à la violence, à la profondeur, au nombre des morsures, et, par conséquent, à la quantité de venin inoculé; l'âge, la taille du Serpent, le climat, la température, la saison exercent aussi une influence dont il est facile de se rendre compte. Le temps qui s'est écoulé depuis que les réservoirs du venin se sont vidés par une dernière morsure est aussi, suivant sa durée, une condition favorableou nuisible. La grosseur de l'animal mordu , l'impression de frayeur qu'il éprouve, rendent aussi les en"ets de la blessure plus ou moins funestes, et l'on comprend facilement que la nature plus ou moins vasculaire de la partie attaquée, aussi bien que l'importance des vaisseaux lésés, entre comme élément essentiel dans l'action du poison. Fontana a prouvé que les piqûres à l'oreille, au nez, étaient souvent sans danger, tandis que celles de la langue étaient fréquemment mortelles. Il semble aussi exister une sorte d'idiosyncrasie de l'espèce qui est victime du Serpent ou même de l'individu blessé. La Vipère n'est point sensible à l'action de son propre venin; l'Orvet, les Sangsues, les Limaçons n'en éprouvent pas de fâcheux effets. On dit que le Crotale meurt de sa propre blessure; le Chien y résiste mieux que le Cheval , le Cocbon mieux encore, et l'on

VIP

assure même que ce dernier Mammifère dévore !e Crotale.

Il est assez rare que la Vipère tue l'homme; il semble même, d'après Fontana, que cerésullatsoit impossible. Ce savant expérimentateur a, en effet, reconnu quelmilligr. du venin de la Vipère introduit dans l'un des muscles d'un Moineau suffit pour le tuer, et qu'il en faut six fois plus pour faire périr un Pigeon; le calcul lui fait supposer que 15 centigrammes seraient nécessaires pour amener la mort de l'homme. Or, comme la Vipère possède à peine 10 centigrammes d'humeur vénéneuse qui ne peu vent naême être exprimés que par plusieurs morsures successives, il faudrait cinq ou six morsures de ce Serpent pour que l'homme succombât. Cependant il existe desexemples de terminaisons mortelles : on en trouve plusieurs dans les observations publiées en 1823 par le docteur Paulet qui exerçai!, à Fontainebleau : Un enfant de sept ans et demi, mordu au-dessous de la malléole interne, mourutau bout dedix-sept heures ; un autre enfant, mordu à la joue, expira deux jours après l'accident. Même quand il n'est pas mortel, le poison de la Vipère laisse souvent après lui des suites fâcheuses et durables : la jaunisse, l'aridité de la gorge et de la bouche, une soif intense, des coliques, de la difficulté dans l'émission de l'urine, des frissons, des hoquets, des faiblesses instantanées, des sueurs froides, des fièvres, etc.

Les effets du venin se produisent également lorsqu'on l'inocule avec un instrument, soit en le faisant jaillir des dents de l'animal, soit en le recueillant sur le mort, soit même après l'avoir laissé sécher à l'air. Toutefois il n'est pas probable qu'il résiste au lessivage des linges qui en portent des traces, et les expériences tentées sur les animaux, soit avec le venin d'un Crotale conservé dans l'alcool, soit avec celui d'un Naja coagulé en pulpe grisâtre, ont démontré l'innocuité de ces poisons dans ces divers états. Il faut, sans doute, placer parmi les contes celte histoire d'une botte fatale à ceux qui la possédèrent successivement, parce qu'un crochet de Crotale était resté engagé dans le cuir. Dugès n'éprouva aucun résultat fâcheux après avoir cautérisé seulement avec le nitrate d'argent une piqûre qu'il s'était faite en disséquant un grand

VIP

Naja à lunettes dont l'un des crochets avait pénétré profondément dans la pulpe du doigt indicateur.

On a tour à tour indiqué et préconisé une foule de remèdes comme antidotes efficaces contre les effets de la morsure vénéneuse des Serpents ; l'effroi même que causaient ces Reptiles fut exploité de tout temps par les charlatans qui cherchaient à capter la confiance par des combinaisons d'autant plus propres à paraître souveraines qu'elles étaient plus merveilleuses. Sans parler des Psylles, peuples d'Afrique, qui se disaient invulnérables contre la morsure des Serpents; des jongleurs et des sorciers de toutes les époques et de tous les pays qui prétendaient ou prétendent encore charmer les Serpents les plus dangereux; il existe encore en Europe, parmi les praticiens, des traditions qui datent d'une époque oîi l'ignorance s'abusaitelle-même, ou était dupe de la mauvaise foi. Il est des gens qui croient encore à l'existence de végétaux propres à détruire tout effet délétère d'une morsure de Serpent, et il nous faudrait plusieurs pages pour donner seulement le nom de toutes les plaines indiquées pour cette merveilleuse propriété dans les ouvrages d'histoire naturelle ou de matière médicale. Gessner en a dressé par ordre alphabétique une liste qui en contient plus de cent. Si les indigènes de certains pays trouvent à telle ou telle plante une valeur spéciale contre l'action du venin des Serpents, il faut sans doute attribuer cet heureux résultat à l'administration de ces substances en décoctions chaudes et en grande quantité ; elles agiraient alors comme de puissants sudorifiques.

Depuis les belles et nombreuses expériences de Redi et de Fontana , et après des observations souvent répétées, on est en général d'accord aujourd'hui pour considérer la succion de la blessure à l'instant même où on la sent comme le moyen le plus efficace de combattre les effets du venin de la Vipère. Cette succion peut être faite sans danger avec les lèvres, si elles ne présentent aucune plaie, puisque, comme nous l'avons dit plus haut, le venin n'est point absorbé par les surfaces qui ne sont point dénudées ni entamées, et qu'il peut être introduit sans crainte dans l'estomac. Pour aider l'action de ce moyen si rationnel et si expé-

VIP

(litif, on pratique au-dessus de la plaie une ligature convenablement serrée qui s'oppose aussi à l'absorption et borne ou arrête l'enflure de la partie attaquée. Dans le même but, on applique une ventouse sur l'orifice de la piqûre, après l'avoir légèrement élargi. En plaçant sur la plaie le goulot d'une bouteille à parois minces qu'on a préalablement chaufféeet alorsque l'airinlérieurestencore dilaté, on remplit convenablementcet objet, La cautérisation à l'aide du feu, d'un fer rouge, du nitrate d'argent fondu, d'une goutte d'acide sulfurique (huile de vitriol) ou d'acide azotique (eau-forte), peut utilement être employée pour neutraliser ou détruire le venin avant qu'il soit absorbé. On a proposéaussi délaver toutdesuitel'endroit piqué et de malaxer la peau sous un filet d'eau tiède ou, à son défaut, avec l'urine encore chaude que la vessie tient en réserve.

Les moyens que nous venons de signaler sont les plus propres à empêcher l'action du venin ; leur emploi a presque toujours un heureux résultat, quand la blessure vient d'être faite; il est encore utile d'y recourir, quand les symplômes d'empoisonnement se sont manifestés. Des frictions pratiquées avec l'ammoniaque liquide et plusieurs de ses composés, tels que l'eau de Luce, le savon de Starkey, sont, d'après des observalions nombreuses, d'excellents moyens à employer contre la morsure de la Vipère. L'ammoniaque doit aussi être administrée à l'intérieur, cinq ou six gouttes dans une infusion chaude; on donne avec succès des sudoriGques alcooliques. Le docteur Mortimer se guérit d'une morsure de Vipère en se frictionnant seulement avec de l'huile d'olive, et cette substance, ainsi que le chlore et une foule d'autres, a été vantée pour son heureuse influence; mais nous ne voulons pas tracer ici l'histoire du charlatanisme.

M. de Casteinau a rapporté un singulier procédé, appliqué avec succès en Amérique, pour obtenir la guérison des animaux mordus par le Serpenta sonnettes. Ce voyageur dit même avoir vu un jeune homme sauvé par ce moyen. Comme l'effet funeste du venin de ce terrible Serpent se manifeste, dès que la blessure est faite, par des convulsions de plus en plus violentes qui se terminent promptement par la mort, on pratique une

VIP

forte ligature au-dessus de la partie mordue. Une convulsion survient indiquant que le venin a pénétré dans l'économie, mais elle est faible parce que la ligature n'a permis l'absorption que d'une très petite quantité. Dès que le premier accident a cessé, on lâche un peu le lien; on laisse ainsi passer une nouvelle portion très petite du venin versé dans la blessure, et l'on produit une nouvelle convulsion. Le même procédé est suivi jusqu'à ce qu'il ne sa manifeste plus d'accidents, et le malade, qui aurait succombé à l'absorption totale du venin, est sauvé par ce fractionnement qui en atténue la puissance délétère.

L'ancienne thérapeutique tirait de la Vipère une foule décomposés pharmaceutiques qui ne sont plus en usage aujourd'hui, pas même ce bouillon tonique et fortifiant fait avec une Vipère dont on retranchait la léte et les intestins.

Le genre Vipère est nombreux en espèces; nous indiquerons les principales seulement, en les rapportant aux quatre subdivisions établies par Cuvier.

L Espèces qui n'ont sur la tête que des écailles imbriquées et carénées comme celles du dos.

Nous citerons, dans ce groupe, la Vipèue A COURTE QUEUE, dite la Minute, Vipera brachyura, Cuv., l'une des plus terribles par son venin. — L'Aspic de Lacépède, Vipera Qcellala, Latr., grande espèce qu'il ne faut pas confondre avec l'Aspic de Linné, qui n'est qu'une simple variété de la Vipère commune. — La Vipère Clotho, Séb. {Coluber Clotho, Linn. ) qui habite la Caroline et la Virginie , et rampe assez lentement pour qu'on en puisse facilement éviter la morsure.

n. Espèces qui ont la tête couverte de petites écailles granulées.

C'est à cette subdivision qu'appartient la Vipère commuke, Vipera Berus, Daud. {Coluber Berus, Linn, ; Berus subrufus, Laur.). Cette espèce est répandue dans toutes les parties chaudes et tempérées de l'Europe, dans les cantons boisés, monlueux et pierreux; aussi la rencontre-t-on aux environs de Paris, dans les bois de Montmorency et surtout dans ceux de Fontainebleau ; et dans

VIP

cette dernière localité les accidents sont assez fréquents et quelquefois graves. C'est principalement sur la lisière des taillis secs et au soleil que la Vipère se rencontre. Sa taille dépasse rarement 6 ou 7 décitriètres; elle est généralement brune, quelquefois roussâlrc ou gris cendré dans certaines variétés, avec une double rangée de taches transversales, noires sur le dos, et une autre rangée de taches noires ou noirâtres sur chaque fl;iiic. Souvent les taches du dos s'unissent en bandes transversales; quelquefois elles forment toutes ensemble une bande ployée en zigzag, et, dans ce dernier cas, c'est le Coluber Aspis (le Linné, l'Aspic de nos environs, assez multiplié dans la forêt de Fontainebleau, et qu'il ne faut pas confondre avec l'Aspic d'Egypte, l'Aspic des anciens, qui est l'Haje, espèce de Naja. On trouve aussi des individus presque entièrement noirs.

La tête de la Vii)ère commune est obtuse, amincie vers le museau, comme tronquée en avant, plus large en arrière que le cor|is qu'elle dépasse en formant une base cordiforme; le museau porte six petites plaques dont deux sont percées par les narines et marquées d'une tache noire; deux bandes noires se réunissent à sa partie supérieure de manière à Ggurer la lettre V. Les yeux, bordés de noir, sont petits, mais vifs et saillants; l'iris, d'un rouge plus ou moins doré, se contracte sous l'influence de la lumière; la pupille, ronde dans l'obscurité, devient verticalement linéaire sous l'action d'une lumière vive. La langue est noire ou grisâtre, longue, molle, protraciile, fourchue à son extrémité; nous n'avons pas besoin de dire qu'elle est entièrement iuolTensive et qu'elle ne mérite à au(;un égard le nom de dard qu'on lui donne vulgairement.

Pendant l'hiver et lantque la température n'est pas douce, la Vipère reste engourdie dans des trous profonds; en général, plusieurs de ces Reptiles se réunissent, s'enlacent intimement les uns les autres, et forment ainsi une masse commune dans laquelle leurs plis se confondent d'une manière en quelque sorte inextricable. Réveillées au retour du printemps, les Vipères quittent leurs retraites et s'accouplent Le rapprochement du mâle et de la femelle est si intime que les deux animaux semblent ne plus former qu'un seul corps à deux têtes. On sait que

VIP

cette espèce, comme les autres du même genre et comme d'autres Reptiles, ne pond pas ses œufs ; que ces œufs édosent dans le ventre de la mère, qui donne ainsi naissance à des petits vivants : de là le nom générique. Nous nous rappelons avoir rencontré, dans la forêt de Fontainebleau, sur un rocher exposé aux rayons ardents du soleil, une Vipère qui laissait sortir les petits de son sein; soit qu'elle n'ait pas deviné noire approche, soit que cette sorte de travail d'enfantement paralysât ses forces, elle demeura immobile, malgré notre présence; d'un coup de pierre vigoureusement asséné, nous écrasâmes la mère et sa progéniture. La gestation dure environ huit mois; le nombre des petits Vipéreaux d'une même portée varie de douze à vingt-cinq. Quand le temps des chaleurs n'est pas passé, après une première mise bas, la Vipère peut s'accoupler une seconde fois dans l'année.

Tous les animaux redoutent la Vijièreet la fuient; on dit cependant que le Sanglier s'en approche impunément; le Faucon et les Hérons l'attaquent et la mangent. Partout oij la superstition n'inspire pas un respect ou une crainte ridicule pour ces Reptiles , l'Homme cherche à les détruire , et, dans beaucoup de localités, notamment à Fontainebleau, on donne une prime par tête de Vipère.

Les Insectes, les Vers, de petits Mammifères, tels que les Mulots, les Taupes, et de petits Oiseaux, forment la proie ordinaire qu'attaquent les Vipères. En disséquant dernièrement un de ces animaux, nous avons trouvé dans son estomac une grosse Taupe engloutie parla tête et dont toutes les parties musculeuses antérieures étaient détruites, tandis que le corps avec ses poils, les pattes avec leurs ongles, étaient encore intacts.

C'est surtout à cette espèce que se rapportent les détails que nous avons donnés sur le danger de la morsure et sur les moyens propres à en combattre les effets.

La Vipère a muse.'\u cornu ou I'Ammodytr, Vipera Ammochjtcs, Daud. {Coluber Auimochjles, Linn.; Vipera Il'yrica^ Aldrov.), est à peu près semblable à la Vipère commune, mais s'en distingue éminemment par la petite corne molle et couverte d'écailles qui surmonte l'extrémité de son museau. Elle

VIP

est aussi très venimeuse, et se trouve en Illyrie, en Italie, en Grèce et, à ce qu'il paraît, dans les parties chaudes de l'Allemagne et de la France.

La Vipère cornue ou le Céraste (y.epa?» corne), T'/pe?'a Cerasles, Daud. {Coluber Cera5/e5, Linn.), sedistingue par la petite corne pointue qu'elle porte sur chaque sourcil; elle est d'un gris jaunâtre, marqué de taches noirâtres, irrégulières. On la trouve dans la vallée du Nil et dans les contrées chaudes de l'Afrique septentrionale, où elle se lient cachée dans le sable brûlant. C'est cette espèce que les Égyptiens ont représentée sur les obélisques et leurs autres monuments, et dont les anciens ont souvent parlé. Elle possède les propriétés venimeuses des autres Vipères.

La Vipère a panache , Vipera lophophrys ()o(po;, aigrette; è-^pv;, sourcil) vit aux environs du cap de Donne Espérance. Comme son nom l'indique, elle porte sur chaque sourcil un petit pinceau de fllets courts et cornés.

III. Espèces présentant au milieu du dessus de la lêle trois plaques un pfiu plus grandes que les écailles qui les entourent.

La PKTITE Vipère, Vipère rouge des Français, jEsping des Suédois, Vipera chersea, Diiud. {Coluber chersea. Lin.; Coluber Derus, Laur.), est assez semblable à la Vipère communeet s'en distingue principalement par le caractère spécial de cette troisième subdivision. Sa taille varie beaucoup, et elle devient en général moins grande que celle de la Vipère commune; on prétend qu'elle est plus venimeuse que celle-ci. Son dos est d'un gris rougeâire, ce qui explique un des noms vulgaires sous lesquels elle est connue; il est marqué d'une bande longitudinale brune, dont les borJs sont accompagnés de petites taches noirâtres, semi-lunaires. Sur sa tête se montrent deux lignes divergentes qui figurent la lettre Y. Cette Vipère paraît plus commune dans le nord de l'Europe, aux environs d'Upsal , par exemple; on l'a rencontrée en France, dans les Pyrénées. Une variété, presque entièrement noire, est nommée vulgairement Vipère noire, Vipera Presler {Coluber Presler, Linné).

Page 1