DE LA PLACE QUE DOIVENT OCCUPER LES CHAMPIGNONS DANS L'ORDRE NATUREL
Cette place n'est pas encore déterminée. Si l'on consulte les auteurs , on voit que les Champignons sont tantôt entre les Algues et les Lichens , tantôt avant ou après l'une ou l'autre de ces deux familles. Lorsque M. Decaisne soutint sa thèse de docteur à la Faculté des sciences de Paris, il eut à répondre à quelques questions que M. deJussieu lui fit sur ce sujet. Dans ses réponses, il chercha à démontrer que les Champignons forment un groupe parallèle aux Algues , mais que ceux-ci sont supérieurs à ces dernières , tandis qu'ils se fondent avec les Lichens par certains caractères de fructification. D'après les recherches de cet habile observateur, les Algues sont les végétaux qui s'éloignent le plus de tous les autres par la simplicité de leur organisation, puisque chaque utricule, en se séparant, est susceptible de reproduire l'espèce , phénomène qui ne s'observe parmi les Champignons que dans les Arthrosporés. Ce point surtout, et quelques autres, établissent une ressemblance entre ces deux familles, mais seulement entre quelques groupes , comme ceux des Conferves et des Byssoidés. L'un et l'autre sont simples ou rameux, composés de cellules articulées bout à bout, fistuleuses et cloisonnées. Cette ressemblance est même tellement frappante dans quelques cas, que l'on a décrit comme des Algues les filaments confervoides que produisent les spores des Champignons quand ils végètent dans les liquides : la germination des mousses, d'après
les observations de MM. Bruch et Schimper, a donné lieu à la même méprise quand leurs spores se développent dans l'eau ou dans des lieux humides. Une disposition filamenteuse et une grande simplicité dans la structure sont donc les seuls caractères communs aux Algues et aux Champignons.
Si maintenant on veut pousser plus loin la comparaison , on voit ces deux groupes s'éloigner et revêtir chacun des caractères particuliers. Les Algues vivent dans les eaux; les Champignons sur la terre, les débris de végétaux, d'animaux , etc. ; ils ont besoin du contact de l'air et de l'humidité pour végéter. La fronde des premières est généralement arrondie ou comprimée , de couleur verte ou rouge; le réceptacle des Champignons présente des formes extrêmement variées et toutes les couleurs imaginables. Les unes, dans toutes les époques de la vie, sont toujours en contact immédiat avec le liquide ambiant; les autres , au contraire, sont toujours recouverts, dans le premier âge, d'un voile membraneux, filamenteux, plus ou moins persistant. Relativement à la composition chimique , outre la cellulose et une gelée végétale, les Algues contiennent de la silice , du brome , de l'iode , des sels de chaux, de soude, de magnésie, etc., qu'elles ont puisés dans l'eau; la mannitc, que quelques espèces fournissent en se desséchant, semble plutôt être le résultat de leur décomposition qu'un principe immédiat. Les Champignons donnent à l'analyse un plus grand nombre de produits; on y rencontre de la cellulose , de la fungine , de l'osmazome, de l'adipocire , de l'huile, de l'albumine, une espèce particulière de sucre, de l'acide oxalique, fongique, et dans plusieurs espèces un principe vénéneux , que M. Letellier désigne sous le nom d'amanitine. Ces différences sont certainement assez marquées pour que l'on ne confonde pas ces deux familles de plantes; mais la plus grande repose sur les organes de la reproduction.
D'après les observations de M. Decaisne , on est autorisé à regarder les spores des Algues inférieures comme dépourvues de membranes, et quand elles se localisent, leur dernier terme de développement s'éloigne moins de la forme utriculaire que celles des Champignons, dans lesquelles on observe
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toujours une et souvent deux ou trois membranes distinctes et colorées.
En outre, elles sont douées d'un mouvement manifeste, et celui que Linné et d'autres auteurs ont observé dans les Champignons ne peut être rapporté qu'au mouvement moléculaire ou brownien. Enfin , MM. Decaisne et Thuret ont découvert dans les Algues de véritables anthéridies avec des animalcules; les Champignons et les Lichens n'ont rien présenté de semblable jusqu'à ce jour. Quoique les végétaux qui appartiennent à ces deux familles aient une structure celluleuse et très simple, ils diffèrent encore parce qu'ils n'ont pas le même mode d'évolution. Les spores des Algues , en vertu des organes de locomotion dont elles sont pourvues, se fixent, se cramponnent à un corps quelconque dans l'eau, donnent parfois naissance à des filaments sur lesquels la fronde se développe plus tard d'une manière continue et uniforme; cette fronde n'éprouve pas de changements manifestes, et lorsqu'elle vient à fructifier, les spores résultent de la transformation de l'endochrome. Dans les Champignons, au contraire, on observe le mycélium, résultat de la végétation des spores, sur lequel se montre un tubercule dont la surface, dans les cas les plus simples, porte les spores , ou qui, dans d'autres cas , s'allonge sous la forme d'un pédicule dont l'extrémité supérieure se dilate, prend des formes variées, et se couvre , arrivé au dernier terme de son évolution en tout ou en partie, d'organes reproducteurs nus ou renfermés dans des conceptacles particuliers. Si l'on pouvait adopter l'idée de M. Corda, qui prétend avoir vu dans les Champignons lactescents des vaisseaux semblables à ceux du latex, et des élatères dans le réceptacle des Trichiacées comparables aux trachées des végétaux supérieurs , les Champignons présenteraient une organisation beaucoup plus compliquée; malheureusement, jusqu'à ce jour , M. Corda est le seul qui ait vu les vaisseaux des Agarics , et les élatères des Trichiacées ne sont que des moyens de dissémination des spores analogues à ceux que l'on observe dans les Hépatiques.
Les Algues et les Lichens n'ont aucun rapport, si ce n'est dans le développement des spores , qui émettent aussi dans ceux-
ci des filaments, ordinairement peu visibles , et auxquels on a donné le nom (THypothallus;\<k structure du thallus est formée également de cellules simples, mais beaucoup plus enchevêtrées que dans la fronde des Algues. Les éléments constitutifs des Lichens sont plus nombreux, et la matière verte qu'ils présentent, ainsi que les spores, renfermées dans des thèques mélangées ou non avec de nombreuses paraphyses, établissent des différences qui ne permettent pas de rapprochement, pas même avec le Cœnogonium Linkii, dont ie thallus est formé de fibres aussi ténues que celles de quelques conferves.
Les Champignons et les Lichens, outre quelques ressemblances de thallus et de réceptacles qui existent dans la forme, la structure et la consistance, présentent, sous le rapport de la fructification thécasporée qui leur est commune, une plus grande affinité. C'est pourquoi De Candolle avait formé des Hypoxylés une famille intermédiaire. Ces végétaux sont pourvus de spores simples ou composées avec ou sans parapbysjes, et placées à l'extérieur ou dans l'intérieur d'un réceptacle ou d'un conceptacle. Ces organes , cependant , offrent encore des différences remarquables. Dans les Champignons, que les thèques soient placées à l'intérieur ou à l'extérieur, leur surface est toujours nue, au lieu que, dans les Lichens, elle est constamment recouverte d'une croûte granuleuse, amorphe , assez compacte, qui les garantit des injures de l'atmosphère , et qui donne la couleur au disque des scutelles. De plus, comme je l'ai observé dans plusieurs espèces de Lichens, et notamment dans les Lecanora Villarsii etventosa, l'apothecium n'est pas annuel, mais bien vivace; toutes les thèques, comme dans les Champignons, n'arrivent pas à maturité à la même époque , elles se succèdent, et pendant deux ou trois ans ; ce n'est que quand il n'existe plus d'éléments pour en produire de nouvelles, que la lame proligère disparaît de l'apothecium et le laisse à nu. Les Lichens, en raison des Gonidies ou de la matière verte qu'ils possèdent , et qui n'existent pas dans les Champignons , paraissent avoir un degré d'organisation plus élevé que ceuxci ; c'est donc ajuste titre que M. Decaisne, avec MM. Ad. de Jussieu , Endlicher, J.
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Lindley et Ach. Richard , commence la série des familles naturelles par les Algues, les Champignons et les Lichens , etc.