‹ Dictionnaire universel d'histoire naturelle résumant et complétant tous les faits présentés par les encyclopédiesChapitre 160 sur 192 · Nickel antimoni- sulfuré. Disomose · texte numérisé non relu

Nickel antimoni- sulfuré. Disomose

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Beudant. Nickel gris; isomorphe avec le Cobalt gris, et composé d'un atome de bisulfure et d'un atome de bi arséniure. D'un blanc d'argent tirant sur le gris d'acier; pesanteur spécifique, 6,12. A Loos, enHelsingland , Suède.

6. Nickel arséniaté. Nickelocre. Substance verte, pulvérulente, faible sur le charbon, avec dégagement de vapeur arsenicale, attaquable par l'acide azotique ; solution précipitant en vert par les alcalis fixes. On la rencontre, sous forme de poussière, à la surface du Nickel arsenical. Ces deux espèces sont, de tous les minerais de Nickel, celles qui se rencontrent le plus souvent dans la nature, et qui servent à la préparation du Nickel pur.

Indépendamment des modes de gisements qui précèdent, nous devons encore indiquer une manière d'être fort remarquable du Nickel, qui montre que peut-être il appartient à d'autres mondes que le nôtre ; il se trouve constamment avec le fer dans les météorites, ces masses métalliques ou pierreuses qui tombent du ciel. Le Nickel est presque sans usages; cependant, comme il peut s'allier avec une forte proportion de cuivre sans perdre sa couleur blanche, on a imaginé de tirer parti de cette propriété pour faire des alliages destinés à remplacer l'argenterie. Ils sont connus sous le nom de Maillechort d'argent de Berlin. (Del.)

*NICOLETIA. (nom propre), puys. — C'est un genre de l'ordre des Thysanures, établi par M. P. Gervais et dont les caractères peuvent être ainsi exprimés : Corps suballongé, aplati, sans écailles; thorax à peine plus large que l'abdomen, les trois segments subégaux; antennes longues, sétacéo-moniliformes ; yeux (1) au nombre de sept de chaque côté ; trois filets terminaux moyennement longs; fausses pattes branchiales de l'abdomen très apparentes. Ce genre, que M. P. Gervais a dédié à M. Nicolet, ne comprend encore que deux espèces que nous avons quelquefois rencontrées dans les bois des environs de Paris, et dans les jardins ou dans les serres du Muséum. LaNicoLÉTiE botaniste , Nicoletia phytophila Gerv. {Hist. nat. des Ins. apt., tom. III, pag. 4*4, n. 2) peut être considérée comme le type de ce nouveau

(i) C'est à tort que M. P. Gervais ne donne pas d'yeux aux ipèces qui composent cette nouvelle coupe générique.

genre. Elle a été particulièrement trouvée dans les serres chaudes du Muséum, sous les pots et dans la tannée qui sert à les placer. (H. L.)

MCOLSONIA (nom propre), bot. pu. — Genre de la famille des Légumineuses- ?apilionacées, tribu des Hédysarées, établi par De Candolle ( Mém. Légum. , VII , t. 51 ; Prodr., II, 325). Herbes de l'Amérique tropicale. Voy. LÉGUMINEUSES.

* NICOUfBAR. ois. — Division du groupe des Pigeons {voy. ce mot) d'après M. Lesson (Traité d'or nith., 1831). Voy. pigeon.

NÏCOTHOÉ (nom mythologique), crust.

— Genre de l'ordre des Siphonostomes, établi par MM. Audouin et Milne Edwards, et rangé par ce dernier savant dans la famille des Pachycéphales , et dans la tribu des Ergasiliens. Les Nicothoés ressemblent aux Ergasilus et Bolomocus (voy. ces mots) par la conformation de la plupart des anneaux de leurs corps, mais se distinguent de ces animaux ainsi que de tous les Crustacés connus par l'énorme développement de la portion postérieure de leur thorax, qui se prolonge de chaque côté, en forme de lobes arrondis, dont la grosseur dépasse de beaucoup celle de tout le reste du corps, et donne à celui-ci l'apparence d'un fer à cheval, entre les deux branches duquel se trouve un petit prolongement conique donnant attache à deux gros sacs ovifères.

Dans ce singulier genre, la tête est arrondie; la bouche occupe la face inférieure de cet organe, et paraît avoir la forme d'un suçoir court et obtus. On distingue, près du bord frontal de la tête , deux yeux circulaires, et au-dessous de ce bord une paire de petites antennes sétacées et multiarticu- Iées. En arrière du bouclier céphalique, sur la face dors'ale de l'animal, on aperçoit trois petites bandes transversales, qui sont les représentants d'autant d'anneaux tboraciques. Le troisième anneau est arrondi et représente de chaque côté l'orifice des organes de la génération. Quant à l'abdomen, il est conique , composé de trois anneaux bien distincts , et terminé par deux petits lobes sétifères. Les pattes proprement dites sont très petites, au nombre de quatre paires, dont les trois premières sont situées très près de la tête, et la dernière beaucoup plus en arrière. Les sacs ovifères qui nais-

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sent du dernier segment thoracique au-dessous d'une petite pièce sétifère, sont ovoïdes et si gros , qu'ils égalent presque les lobes thoraciques.

On ne connaît pas les mâles de ces Crustacés singuliers. Les jeunes, en sortant de s l'œuf, ressemblent à de petits Gyclopes , et tn'ont pas encore les lobes thoraciques qui, à l'âge adulte, donnent à ces animaux un aspect si bizarre.

On ne connaît encore qu'une seule espèce de ce genre : c'est le Nicothoé du homard, Nicolhoe Astaci Aud. et Edw. Cette espèce, longue de 2 millimètres, est d'une couleur rosée, et habite sur les branchies du Homard, où elle est quelquefois fort commune. (H. L.)

NICOTIANE. Nicotiana (du nom de Jean Nicot , l'introducteur du Tabac en France). bot. ph. — Genre de plantes de la famille des Solanées , de la Pentandrie monogynie dans le système de Linné. Établi d'abord par Tournefort, il avait été adopté par Linné et les botanistes postérieurs qui avaient quelque peu étendu sa circonscription; mais, dans ces derniers temps, on l'a rendu plus homogène en en détachant quelques espèces, dont les unes sont devenues les types des deux genres Pétunia [voy. pétunie) et Lehmannia; dont les autres ont été reportées dans d'autres genres , savoir : le Nicotiana minima Molina, parmi les Nierembergia ; et le JV. urens Lin., parmi les Wigandia Kunth , genre de la famille des Hydroléacées. Malgré ces suppressions, peu nombreuses , il est vrai, le genre Nicotiane renferme encore aujourd'hui environ 40 espèces connues. Ce sont des plantes herbacées , quelquefois sous-frutescentes, souvent de haute taille, revêtues pour la plupart d'une villosité gluante, qui croissent généralement dans les parties tropicales de l'Amérique, et dont un petit nombre habitent les contrées .chaudes de l'Asie. Leurs feuilles sont alternes, entières; leurs fleurs, blanchâtres, verdàtresou purpurines, forment des grappes ou des panicules terminales ; elles présentent les caractères suivants : Calice tubuleux-campanulé , à 5 lobes peu profonds ; corolle infundibuliforme ou hypocratérimorphe, à limbe plissé, 5-lobé; Sétamines insérées sur le tube de la corolle , incluses, égales ; anthères à déhiscence longitudinale;

ovaire à 2 loges multi-ovulées , surmonté d'un style simple que termine un stigmate en tête. Le fruit est une capsule entourée par le calice persistant, 2-Ioculaire, s'ouvrant au sommet en deux valves qui se fendent elles-mêmes en deux; graines très petites et très nombreuses. Les feuilles de plusieurs espèces de ce genre donnent diverses sortes de Tabacs; telles sont: la Nicotiane Tabac , la plus importante de toutes ;

les NlCOTIANES RUSTIQUE , PANICULÉE , GLUTI- NEUSE, QUADR1VALVE, FRUTESCENTE, etc. NOUS

nous arrêterons sur les principales de ces espèces, en les rapportant aux divisions qui ont été établies par G. Don dans le genre entier.

a. Tabacnm. Feuilles grandes ; corolle en entonnoir, rouge, à limbe étalé, acuminé ou aigu, à gorge renflée-ventrue. Herbes glutineuses. Fleurs disposées en grappes courtes, réunies elles - mêmes en panicule terminale.

1 . Nicotiane Tabac , Nicotiana Tabacum Lin. Cette espèce croît naturellement dans l'Amérique méridionale; on sait toute l'importance que sa culture et sa préparation ont acquise en Europe depuis environ deux siècles. C'est une grande et belle plante qui atteint, à l'état cultivé, jusqu'à 2 mètres et même plus de hauteur; elle est pubescente et glutineusedans toutes ses parties. Sa tige est droite, arrondie, épaisse, rameuse dans sa partie supérieure; ses feuilles , de grandeur et de forme un peu variables par l'effet de la culture , sont dans le type oblongueslancéolées, acuminées, très entières, sessiles, embrassantes et décurrentes; ses fleurs sont pédicellées, accompagnées d'une bractée linéaire-lancéolée, grandes et d'un assez bel effet; leur calice est oblong, à divisions droites, inégales, aiguës ; leur corolle est trois fois environ plus longue que le calice , à tube verdâtre, pubescent, à limbe rosé étalé, divisé en 5 lobes ovales, aigus, marqués d'un pli ; les filets de leurs étamines portent à leur base des poils réfléchis. La capsule est ovoïde, longue de 2-3 centimètres, de même longueur que le calice qui l'enveloppe, ou plus longue.

La culture a obtenu de cette plante plusieurs variétés qu'il est bon de connaître, et pour lesquelles nous suivrons un mémoire deSchrank [Bolan. Bcobachtungcn, dans le

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Botanische Zeitung de Hoppe, 6e an., 1807, p. 260).

a. N. T. attenuatum Schrank. Lobes de la corolle aigus; feuilles lancéolées, aiguës, presque décurrentes, atténuées à leur base , les inférieures grandes; corolle rouge-clair. /S- N. T. macrophyllum Schrank. Corolle à lobes obtus , d'un rose-rouge pâle, à contour général presque arrondi ou faiblement pentagonal, avec une pointe courte dans \es angles ; pétiole très court , ailé , dilaté à sa base qui embrasse la tige. C'est une des variétés les plus avantageuses pour la culture à cause de la grandeur de ses feuilles.

y. N. T. pallescens Schrank. Lobes de la corolle aigus; feuilles ovales, légèrement acuminées , atténuées à la base, sessiles , presque décurrentes. Le nom de cette variété tient à ce que sa fleur est presque blanche, à peine colorée en rose- rouge aux angles, très pâle à sa face externe.

S. N. T. alipes Schrank. Lobes de la corolle acuminés; feuilles ovales, très légèrement acuminées, atténuées à leur base en un pétiole largement ailé, à ailes réfléchies, demi-embrassantes et un peu décurrentes ; fleurs rose-rouge pâle. Cette variété paraît être la plus avantageuse pour la culture, ses feuilles étant encore plus grandes que celles de la seconde, malgré le nom, légitime d'ailleurs, que porte celle-ci.

e. N. T. serotinum Schrank. Feuilles ovales , très brièvement acuminées , presque pétiolées, auriculées-amplexicaules, à peine décurrentes. Cette variété se distingue particulièrement en ce que sa floraison n'a lieu que lorsque les autres sont presque toutes déjà défleuries.

Ç. N. T. gracilipes Schrank. Lobes de la corolle aigus : feuilles lancéolées-aiguës, très atténuées à leur base où elles forment un pétiole court, ailé, à peine décurrent. La fleur ressemble à celle de la première variété , la plante a celle de la précédente.

vj. N. T. Verdon Schrank. Feuilles pétiolées , ovales-lancéolées , à sommet aigu un peu allongé; pétiole demi-cylindrique, un peu décurrent à sa base. Cette variété a la fleur grande et tardive.

0. N. T. lingua Schrank. Lobes de la corolle aigus allongés ; feuilles pétiolées, ovales, à extrémité aiguë, un peu longue; pétiole égalant en longueur 1/8 de toute la feuille,

très légèrement bordé et auriculé seulement à sa base.

Ces diverses variétés, simple produit de la culture , présentent assez souvent des transitions de l'une à l'autre pour que leur distinction ne soit pas toujours facile. Il en est encore quelques autres moins marquées et plus difficiles à distinguer , que nous passerons sous silence.

Quelle que soit la variété de Nicotiane Tabac qu'on examine, les diverses parties de la plante , et particulièrement ses feuilles , exhalent une odeur forte , vireuse et désagréable, qui se modifie plus tard par la fermentation , et devient ainsi celle du Tabac préparé, qui est aujourd'hui bien connue de tout le monde. Cette odeur de la plante fraîche , plus forte que celle de beaucoup d'autres espèces de la même famille , et même de plusieurs de ses congénères , peut être regardée comme une indication des principes actifs et énergiques qui entrent dans sa composition chimique. Malgré les travaux de plusieurs chimistes de nos jours, ces principes sont loin d'être tous bien connus. Le plus remarquable d'entre eux est la Nicotine, qui a été signalée en premier lieu par Vauquelin , mais qui n'a été isolée à l'état de pureté que récemment par M. Barrai , dont les belles recherches ont beaucoup avancé la connaissance chimique du Tabac, et, après lui, par MM. Ortigosa, Melsens, etc. C'est une substance d'une grande énergie, qui détermine en un temps très court l'empoisonnement des animaux, mais dont l'activité est considérablement amoindrie dans la plante même par son mélange avec d'autres substances beaucoup moins actives ou entièrement inactives, et avec l'eau de végétation. On l'obtient par la distillation de l'essence du Tabac ou de la Nicoliane avec la Potasse. Cette dernière substance ou la Nicotianine , analysée par M. Barrai , lui a donné les résultats suivants : Carbone , 71 ,52 ; Hydrogène , 8,23 ; Azote, 7,12; Oxygène 13,13 sur 100. Cette matière azotée joue un grand rôle dans la fabrication duTabac manufacturé. On trouve encore dans le Tabac des acides, comme l'acide malique, et particulièrement l'acide nicotique qui a été découvert par M. Barrai , et qui, d'après lui, se présenterait sous la forme de lamelles micacées solublcs dans

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l'eau , et serait représenté par la formule C6H203-f H20 (voy. Compt. rend, de l'Acad., t. XXI, décembre 1845, p. 1374). Toujours d'après le même chimiste , la Nicotiane Tabac est la plante qui renferme le plus de cendres , et celles-ci se trouvent en proportions variables dans ses diverses parties : 7 pour 100 dans les racines, 10 dans les tiges, 22 dans les côtes des feuilles , 23 dans la portion membraneuse des feuilles , et seulement 4 dans les graines. Elle est aussi celle des plantes analysées jusqu'à ce jour qui renferme le plus d'azote. La proportion de cette substance s'y élève à 5 ou 6 pour 100 dans la portion membraneuse des feuilles. Les racines renferment une forte proportion de Silice , qui est au moins huit fois plus grande que dans toutes les autres parties de la plante. Enfin les graines renferment une huile grasse incolore dans la proportion de 10 pour 100.

L'introduction du Tabac du Nouveau- Monde en Europe remonte déjà assez haut; mais l'immense extension qu'a prise son emploi est plus récente. Avant la découverte de l'Amérique, les Indiens le considéraient principalement comme plante médicinale; cependant ils faisaient également de ses feuilles, séchées et préparées, un usage analogue à celui qui est devenu si général parmi nous. Ainsi, leurs prêtres en respiraient la fumée pour se procurer une sorte d'ivresse, pendant laquelle ils rendaient, dit-on , leurs oracles ; d'un autre côté s lorsque Christophe Colomb aborda à l'île de San-Salvador, les deux matelots qu'il envoya à la découverte « trouvèrent en chemin un grand nombre de naturels qui se rendaient àleurshameaux, etqui tenaient à la main, tant les hommes que les femmes , un tison formé d'herbes , dont ils aspiraient le parfum. » Or, ce tison était, d'après Las Cases, « une espèce de mousqueton bourré d'une feuille sèche que les Indiens appellent Tabacos,et qu'ils allument par un bout, tandis qu'ils hument par l'autre extrémité , en aspirant entièrement sa fumée avec leur haleine. « (Las Cases, Hist. génér. des Indes, cité par Barrai; Dict. des arts et manufactures , art. Tabac. ) On voit, d'après cette citation, que le mot indien Tabacos serait la source de notre mot Tabac, tandis que généralement on dit que

ce dernier vient de ce que les Espagnols observèrent d'abord la plante elle-même dans l'île de Tabago, l'une des Antilles.

Peu après la découverte de l'Amérique , et en 1518 , la graine du Tabac fut envoyée en Europe par Colomb; dès lors, la plante commença d'y être cultivée; mais ce ne fut d'abord , et pendant assez longtemps, qu'en qualité de plante médicinale, à laquelle on attribuait un grand nombre de vertus, dont plusieurs fort singulières, comme le prouve le curieux article d'Olivier de Serres, relatif à cette espèce. En 1560, Jean Nicot, dont le genre de plantes qui nous occupe porte aujourd'hui le nom, étant ambassadeur de France en Portugal , crut reconnaître l'existence des nombreuses et importantes propriétés qu'on attribuait à la nouvelle plante, et il en envoya à la reine Marie de Médicis, qui la mit en grande faveur en France ; de là sont venus les noms d'Herbe à l'ambassadeur , Herbe à la reine , Herbe médicée , sous lesquels on l'a désignée. Presque à la même époque, elle fut aussi introduite en Italie, et bientôt l'usage commença à s'en répandre. D'abord, les Européens suivirent l'exemple des Indiens, et fumèrent le Tabac ; mais peu après aussi ils imaginèrent une nouvelle manière de s'en servir et se mirent à le priser. Ce nouvel usage devint même peu à peu le plus habituel et conduisit à une exagération telle , que , comme nous l'apprend Molière, les élégants seigneurs de la cour de Louis XIV ne se contentaient pas d'introduire la poudre deTabac dans leur nez, mais qu'ils s'en montraient constamment barbouillés. Cependant, à mesure que le Tabac se popularisait en Europe , les gouvernements commencèrent à S'effrayer des progrès que faisait son emploi et des fâcheux effets qu'il leur semblait devoir produire. Aussi, en 1604, Jacques 1er, roi d'Angleterre, et en 1624, le pape Urbain VIII , en défendirent l'usage dans leurs États, sous quelque forme que ce fût; la plupart des autres gouvernements européens suivirent cet exemple; mais celui de France en ayant permis la vente , et ayant su trouver dans ce nouveau commerce une source de revenus considérables , l'intérêt triompha des scrupules , et peu à peu l'interdiction fut levée dans toute l'Europe. Dès cet instant , la mode du Tabac fit par-

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tout des progrès rapides, et Ton sait jusqu'à quel énorme chiffre elle en a élevé la consommation depuis un ou deux siècles.

En France, la préparation et la vente du Tabac sont aujourd'hui le privilège du gouvernement, et constituent l'une deses principales sources de revenu ; par suite , la culture de la plante est soumise à des règlements sévères et à une surveillance de tous les instants; mais ce mode d'exploitation par l'État a passé successivement par une suite de modifications diverses. 11 fut d'abord concédé à des fermiers spéciaux , que des ordonnances et des lois d'une extrême sévérité défendaient contre la concurrence et la fraude; alors la culture du Tabac était prohibée, si ce n'est dans trois provinces : la Franche-Comté , la Flandre et l'Alsace , qui en avaient le privilège, et la fabrication en était concentrée dans les seules manufactures de Paris , Dieppe , Morlaix . Tonneins, Cette, le Havre, Toulouse etValenciennes. Un régime de liberté entière pour la culture, la fabrication et la vente du Tabac fut décrété par l'Assemblée constituante, le 24 février 1791, et succéda au monopole exclusif qui avait régné jusqu'alors. Mais bientôt, la culture restant encore libre , la vente du Tabac fabriqué fut soumise à un droit qui s'accrut peu à peu, suivant une progression rapide; quelques années après , la culture elle-même fut grevée d'un impôt et soumise à des formalités gênantes. Enfin, sous l'empire, ces mesures successives n'ayant pas eu encore pour effet de faire rendre à la consommation du Tabac tout ce qu'il avait produit autrefois ni tout ce qu'on se croyait en droit d'en attendre , un décret, en date du 29 décembre 1810 , arrêta que désormais la fabrication du Tabac ; aurait lieu par l'industrie au profit du trésor, mais que, dans le but de protéger la culture de cette plante, la régie ne mettrait en œuvre que des produits du sol français. C'est là le régime qui règne encore aujourd'hui, et qui, depuis son établissement, n'a encore subi que des modifications de faible importance.

Dans l'état actuel des choses, la culture du Tabac en France n'est autorisée que dans les six départements où elle avait acquis la plus grande extension à l'époque où elle était entièrement libre ; ce sont les départe-

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ments du Nord, du Pas-de-Calais, du Bas- Rhin, du Lot, de Lot-et-Garonne, de l'IUeet- Vilaine. Même dans ce petit nombre de départements, l'autorisation n'existe que pour certains arrondissements et cantons. De plus, le privilège de culture est uniquement personnel ; son exercice est soumis à un grand nombre de formalités , et il entraîne une surveillance incessante; les planteurs sont dans une dépendance absolue de la régie, dont ils doivent accepter toutes les décisions , de même que les prix déterminés par elle. Ainsi chaque année la régie fixe la quantité de Tabac dont elle a besoin , et elle répartit cette quantité entre les six départements producteurs , se réglant presque uniquement sur les qualités produites par chacun d'eux, et sur les besoins de la fabrication. Le nombre des pieds de Tabac par hectare , et celui des feuilles par pied , varie selon les variétés cultivées dans les diverses localités ; c'est ainsi que l'on accorde 40,000 pieds par hectare et jusqu'à 1 5 feuilles par pied , pour certains départements , tandis que pour d'autres, ces nombres sont limités à 10,000 pieds par hectare et à 8 feuilles par pied. Les agents de la régie veillent à ce que les semis et les plantations soient faits conformément aux autorisations accordées; ils comptent les pieds dans les champs , les feuilles sur chaque pied , constatent les dégâts éprouvés par les plantations , surveillent l'écimage , la destruction des tiges et des racines après la récolte ; enfin, ils assistent à la réception des Tabacs par des experts nommés à cet effet,

Quoique originaire des contrées chaudes du Nouveau- Monde , le Tabac, en qualité de plante annuelle, réussit très bien dans nos climats tempérés , ou même un peu froids , à la condition que les semis en soient faits sur couche bien abritée, que le jeune plant soit garanti avec soin de la gelée et qu'il soit mis en place seulement lorsque les froids ont cessé, Toute terre convient à cette plante pourvu qu'elle ne soit ni humide ni trop forte ; néanmoins la qualité du sol influe beaucoup sur celle des produits qu'elle donne; de plus pour sa réussite complète et pour son parfait développement, elle exige que le terrain qui doit la recevoir soit parfaitement préparé au moyen de trois labours à la charrue et bien fumé. Les semis se font

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en février, ou au plus tard dans la première quinzaine de mars; lorsque le jeune plant a pris un peu de force et que les gelées ne paraissent plus à redouter, on repique en place en espaçant les pieds d'après le nombre déterminé pour chaque hectare par la régie; cet espacement varie de 7 à 10 décimètres environ. La croissance de la plante est rapide; pendant son développement on donne un nouveau labour à la bêche , on rapproche la terre des pieds, on sarcle avec soin, enfin l'on enlève les feuilles voisines du sol qui sont presque toujours jaunies et terreuses , on enlève la cime des plantes , enfin Ton abat les rejets ; ces dernières opérations ont pour objet de porter toute la force végétative sur les feuilles conservées en nombre déterminé qui seules doivent servir à la préparation du Tabac. La récolte de ces feuilles a lieu dans les mois d'août et de septembre, six ou sept mois après la germination. Lors delà récolte, les feuillessont détachées de la plante et portées au séchoir ; on nomme ainsi des hangars ou des bâtiments très aérés dans lesquels on les suspend ; on en fait ensuite le triage , après quoi on les réunit en manoques, c'est-à-dire en paquets ou poignées de grosseur variable, selon les usages locaux, et liées par la tête au moyen d'une feuille tordue en corde. Ce n'est guère qu'après quinze mois de soins assidus depuis l'époque des semis, c'est-àdire vers le mois de mai de l'année suivante, que les manoques sont livrées à la régie, qui les paie à des prix déterminés par des experts nommés par elle. Après cela commence la préparation.

LapréparationduTabacsefaitaujourd'hui dans dix manufactures situées à Paris, Lille, le Havre, Morlaix, Bordeaux, Tonneins, Toulouse, Lyon , Strasbourg et Marseille. Elle a lieu d'après des procédés pour lesquels nous trouvons des détails nombreux et à plusieurs égards nouveaux dans l'excellent article Tabac que M. Barrai vient de publier, il y a un mois à peine, dans le Dictionnaire des arts et manufactures , auquel nous emprunterons la marche générale de l'opération.

Les feuilles de Tabac arrivent dans les manufactures, renfermées dans des boucauts, des nattes ou des ballots de grosse toile. Immédiatement après leur arrivée, ces bou-

cauts sont ouverts et séparés en plusieurs fragments cylindriques qui passentàl'atelier d'époulardage. L'opération désignée sous ce nom est l'une des plus essentielles de la fabrication, et consiste à délier les manoques, à les secouer de manière à faire tomber le sable et la poussière, à détacher les feuilles, à les trier et les diviser suivantla destination à laquelle elles paraissent propres. On procède ensuite à la mouillade; celle-ci consiste à arroser les feuilles avec une solution de dix kilogrammes de sel marin pour 100 litres d'eau ; elle a pour effet de leur rendre la souplesse qu'elles avaient perdue par la dessiccation et qui est nécessaire pour qu'elles ne se déchirent pas pendant les opérations subséquentes. Enfin des femmes écôtent ces feuilles, c'est-à-dire leur enlèvent la côte médiane et les grosses nervures; après quoi les feuilles passent dans les divers ateliers, où elles doivent subir des préparations diverses. Ces préparations sont de quatre sortes et donnen t ainsi les quatre sortes de Tabacs préparés que la régie fournit à la consommation; ce sont : 1° les cigares, formés de débris longitudinaux de feuilles que des femmes roulent entre leurs doigts et qu'elles revêtent ensuite d'une robe ou d'une feuille sans déchirure, dont elles fixent le bord avec de la colle de pâte ; 2° les rôles, ou Tabacs à mâcher ou à chiquer, dont la fabrication plus compliquée comprend cinq opérations successives : le filage ou la disposition des feuilles en boudin continuet tordu qu'on enroule sur un cylindre de bois à l'aide d'un rouet; le rôlage ou la mise en rôles, c'est-à-dire l'enroulement de ces boudins sur des bobines; le pressage, le ficelage et la mise à l'étuve; 3° le scaferlati, ou Tabac à fumer, pour lequel ont lieu successivement les opérations du hachage par des machinesà vapeur ou hydrauliques; de la torréfaction sur des tuyaux chauffés fortement à la vapeur ou sur de la tôle presque rouge > dans le but de rendre impossible toute fermentation dont l'effet serait de détruire l'arôme du Tabac; du séchage par des courants d'air chaud à 16-20°; enfin de l'empaquetage; 4° le Tabac en poudre ou à priser. La fabrication de celui-ci se distingue des précédentes parce qu'elle a pour principal objet de déterminer la fermentation, que l'on éviteaveesoin dans les autres; or le petit nombre de manufac-

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tures qui existent en Fiance et l'énorme quantité de Tabac qu'elles fabriquent chaque année permettent d'opérer à la fois sur des masses considérables, ce qui facilite la fermentation et donne une 'qualité supérieure au Tabac en poudre fourni par elles à la consommation. Les opérations successives que subit le Tabac en poudre sont : le hacbage cinq ou six fois plus menu que pour le Tabac à fumer; la fermentation en masses ou tas de 20,000 à 40,000 kilogrammes dans de grandes cases à plancher et parois en bois de chêne; elle a lieu hors de l'influence de l'air, dont l'accès amènerait la formation d'acide acétique et détériorerait la qualitéde la matière, et elle dure de 10 à 15 semaines; l'effet en est de dégager une très grande quantité de carbonate d'ammoniaque et de carbonate de nicotine, et de faire disparaître presque tout l'acide qui existait dans la plante fraîche. Après cette première fermentation, le Tabac est soumis aumoulinage ou à la pulvérisation dans des moulins, au tamisage, aune seconde fermentation en cases qui dure sept ou huit mois et qui développé son arôme; après quoi, il est propre à être mis en tonneaux ou en paquets et à être livré à la consommation.

Pour donner une idée exacte de l'importance que le Tabac a acquise dans ces dernières années , nous emprunterons encore au même travail quelques relevés généraux relatifs à la consommation de cette substance. Pour la France, la quantité consommée annuellement ne s'élève pas à moins de 17 millions de kilogrammes, qui ont donné à l'État , en 1844 , la somme énorme de 79,499,379 fr. en impôt; or, ce produit annuel n'a pas cessé de s'accroître depuis plusieurs années, indiquant ainsi un accroissement progressif dans la consommation ; la consommation individuelle est, comme on le voit, de 511 grammes par an. Comparée à celle des autres États européens, ;:ette consommation individuelle est plus forte relativement aux uns, plus faible eu égard aux autres. On trouve ainsi qu'un Français consomme autant de Tabac qu'un Russe, deux fois plus qu'un Italien, et, d'un autre côté, trois fois moins qu'un Allemand ou un Hollandais , et quatre fois moins qu'un Belge. Un autre résultat curieux à noter, c'est que, en France, sur 511 grammes ab-

sorbés en moyenne par la consommation individuelle, on trouve 198 grammes de Tabac à priser et 313 grammes de Tabac à fumer, c'est-à-dire que ce dernier est, par rapport au premier, comme 158 à 100. On voit, dès lors, que les choses ont bien changé depuis 1783, puisque, à cette époque, le tabac à fumer ne formait que 1/12° delà consommation totale.

Quoique l'introduction du Tabac en Eu ropeaitété principalement amenée dans l'origine par les nombreuses propriétés dont on le croyait doué, il ne joue plus aujourd'hui qu'un rôle très secondaire dans notre matière médicale. A l'intérieur, sa grande activité le rend rarement utile et toujours dangereux; il irrite fortement l'estomac, occasionne des nausées, des vomissements et même l'empoisonnement, à des doses un peu fortes. Les expériences de M. Orfila ont prouvé que, dans ce dernier cas, il agit à la manière des poisons narcotico-âcres. Néanmoins on l'a employé quelquefois avec succès, soit comme émétique , soit dans l'hydropisie , ou dans quelques autres cas. A l'extérieur, il produit de bons effets contre quelques maladies cutanées ; mais au total, son emploi, surtout à l'intérieur, ne saurait être entouré de trop de précautions. Nous renverrons aux ouvrages de médecine, pour les effets que produit, sur le physique et le moral des individus, son usage habituel sous les formes diverses , sous lesquelles les manufactures le livrent à la consommation.

b. Ruslica. Corolle jaune, infundibuliforme, hypocratérimorphe ou tubuleuse; divisions du limbe aiguës ou obtuses.

2. Nicotiane paniculée , Nicotiana parti' culata Linn. Cette espèce appartient comme la précédente à l'Amérique du Sud. Elle est herbacée, annuelle, pubescente, visqueuse; ses feuilles sont pétiolées, ovales, en cœur, entières ; ses fleurs, verdâtres ou vert-jaunâtre, forment une panicule terminale, et se distinguent par leur corolle hypocratérimorphe , à tube en massue , très glabre , dépassant plusieurs fois le calice, à limbe divisé en 5 lobes très courts, aigus.

3. Nicotiane glauque , Nicotiana glauca Grah. Cette grande et belle plante, originaire de Buénos-Ayres , mérite d'être mentionnée, non pas comme servante la fabri-

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cation du Tabac, mais comme plante d'ornement. Elle forme un arbrisseau droit, de haute taille et d'un développement très rapide, glabre dans toutes ses parties, et d'une teinte glauque très prononcée. Ses feuilles longuement pétiolées, sont inégalement cordées-ovales, entières, quelquefois légèrement sinuolées ; ses fleurs forment une panicule terminale; leur calice est à 5 angles peu prononcés et à 5 dents aiguës, inégales; leur corolle, d'un vert jaunâtre, est longuement tubulée, un peu renflée à la gorge, resserrée à l'orifice, à limbe très petit. On multiplie facilement cette espèce de graines et de boutures. Les horticulteurs ajoutent à son effet en greffant sur elle des Pétunia.

4. Nicotiane rustique, Nicotiana rustica Linn. Cette espèce annuelle, originaire d'Amérique , est cultivée fréquemment dans le midi de la France; elle donne un Tabac peu fort , mais parfumé. C'est une belle plante herbacée , d'un port analogue à celui de la Nicotiane Tabac, mais moins haute, velue et visqueuse dans toutes ses parties ; ses feuilles sont épaisses , presque charnues , ovales , obtuses , munies d'un court pétiole. Ses fleurs sont en grappes terminales réunies elles-mêmes en panicule; leur corolle est jaune , à lobes obtus. Cette plante justifie parfaitement son nom par sa rusticité ; elle réussit très bien dans une terre légère; sa multiplication est tellement facile qu'elle se ressème d'elle-même dans les lieux où on la cultive; elle s'est ainsi à peu près naturalisée dans plusieurs points de nos départements méridionaux autour des habitations rurales , et dans les jardins des paysans.

On regarde cette espèce comme purgative et détersive.

c. Petunioides. Corolle hypocratérimorphe, blanche, à tube presque cylindrique, à segments du limbe obtus ou aigus.

5. Nicotiane odorante, Nicotiana suaveolens Lehm. {N. undulata Vent. ). Cette espèce , originaire de la Nouvelle-Hollande, est aujourd'hui répandue dans les jardins; elle se fait remarquer parmi ses congénères par l'odeur de Jasmin de ses jolies fleurs blanches. C'est une plante herbacée annuelle, qui s'élève à environ 6-7 décim. ; ses feuilles ovales-oblongues sont ondulées

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sur leurs bords, légèrement velues, décurrentes sur leur pétiole ; les supérieures embrassantes. Pendant la fin de l'été et l'automne, elle donne un grand nombre de fleurs d'un blanc de lait, dont le tube est très long et grêle, dont le limbe a ses lobes un peu inégaux, obtus. On la multiplie de graines semées sur couche.

d. Polydiclia. Corolle tubuleuse, ventrue à la base ou hypocratérimorphe livide; capsule à quatre ou plusieurs valves; fleurs axillaires solitaires ou en panicule terminale.

A ce sous-genre appartiennent les Nicotiana quadrivalvis Pursh. , et mullivalvis Lindl. , que nous nous contenterons de nommer. (P. D.)

MCOTIANÉES. Nicotiancœ. bot. ph. — Tribu de la famille des Solanacées. Voy. ce mot.

NICOTINE, chim.— Principe produit par l'analyse du Tabac. Voy. nicotiane.

NID. zool. — Ce nom, principalement employé en ornithologie pour désigner ces sortes de loges que la plupart des oiseaux construisent pour y déposer leurs œufs et y élever, pendant un certain temps, leurs petits, doit s'étendre également à tout travail exécuté par divers animaux des autres classes , à cette fin de fournir un abri aux petits qu'ils mettront bas ou aux œufs qu'ils pondront. On se tromperait donc si l'on pensait que les oiseaux seuls construisent un nid proprement dit. Cependant, autant l'acte de la nidification est chez eux un fait général, autant chez les autres animaux, et surtout chez ceux des classes supérieures , on doit considérer ce fait comme peu commun. En effet, les exemples de ce genre, que l'on peut tirer de ces classes, ne sont pas très nombreux. Nous nous bornerons à en signaler ici quelques uns que nous fourniront les Mammifères et les Poissons. Quant au mode particulier dont les oiseaux construisent leur nid, aux formes variées qu'ils leur donnent, il en sera spécialement question à l'article général qui les concerne.

Les Mammifères, quoique très soucieux de la conservation de leurs petits, ne se montrent pas tous industrieux à ce point de construire tout exprès pour eux un logement capable de protéger leur premier âge. Vivant pour la plupart dans des trous d'arbres,

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dans des creux de rochers , dans des tanières qu'ils se sont creusées, ou dont ils se sont rendus possesseurs , ils mettent bas sur le sol nu et sans prendre la peine de préparer une couche. Cependant quelques espèces dérogent à cette habitude. On trouve des Insectivores et des Rongeurs qui font un vrai nid. Parmi ces derniers, ceux qui terrent, mais surtout les Campagnols , destinent presque tous à leur progéniture à venir, un coin de leurs galeries souterraines, assez spacieux et convenablement garni de matières molles empruntées au règne végétal. Le Lapin, au contraire, creuse dans 3e sol , loin de ses terriers, et tout exprès pour y déposer ses petits, un boyau profond et ordinairement coudé. L'extrémité de ce boyau , évasée sous forme d'ampoule , est tapissée de brins d'herbes sèches , au-dessus desquels se trouve une forte couche de poils provenant du possesseur même de l'édifice. Une particularité remarquable de ce nid, c'est que rien ne décèle sa présence , la femelle ayant soin, lorsqu'elle a mis basf d'en boucher l'entrée avec de la terre qu'elle entasse en s'y roulant dessus. Parmi les Rongeurs, qui ne terrent pas : quelques uns nichent dans des broussailles, sur les arbustes, et même sur les arbres très élevés. Ainsil'Écureuilgrimpejusqu'au sommet des Pins ou des Chênes pour y poser son Nid , qui consiste en bûchettes étroitement et solidement liées ensemble , et dont la forme rappelle beaucoup celle du nid de la Pie ; quelquefois même il se rend possesseur de celui qu'avait construit cet oiseau. Mais les plus habiles ouvriers, parmi les Mammifères, sont sans contredit le Muscardin et le Rat nain. Ces deux espèces entrelacent , avec un art dont on îescroiraitpeu capables, des brins d'herbes, des filaments déliés et souples provenant de Técorce de quelques arbustes , et en composent un Nid à une seule ouverture latérale, et dont la forme en boule a la plus grande analogie avec celle qu'affecte le Nid du Pouillot véloce. L'Ornithorhynque, au dire des voyageurs, prépare aussi un logement à ses petits.

Si l'industrie des Mammifères que nous venons de citer a lieu de surprendre, surtout lorsqu'on considère combien sont peu propices les instruments que ces animaux emploient pour élever l'édifice qu'ils desti-

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nent à leur jeune famille, à plus forte raison doit-on être étonné lorsqu'on voit des espèces d'un ordre inférieur, tel que celui des Poissons , construire, avec des instruments plus ingrats encore que ceux que possèdent les Mammifères, des Nids qui atteignent la perfection de ceux des Oiseaux les plus habiles. Jusqu'à ce jour , on n'avait pu croire sérieusement que ces animaux fussent aptes à se livrer à l'acte de la nidification. On avait pour ainsi dire oublié qu'Aristote eût parlé d'un petit Poisson qui nichait. On avait presque laissé passer inaperçue l'observation faite par Olivi , au sujet du mode de nidification de la Gobie noire (Gobius niger), espèce que quelques auteurs ont reconnue pour celle dont avait fait mention Aristote, enfin , cet autre fait avancé par le major Hardwig , que le Gourami de l'Inde se livraitàlamême industrie, n'avait pas été reçu par les ichthyologistes avec plus d'empressement. Il fallait, pour que les observations rapportées par ces auteurs eussent quelque valeur et fussent acceptées , qu'un fait nouveau , fourni par de petites espèces de nos eaux douces , vînt leur donner une sorte de consécration. Il est aujourd'hui certain que quelques Poissons (beaucoup plus peut-être qu'on ne pense) construisent un Nid destiné à recevoir les œufs. M. Coste, en nous faisant le récit du mode de nidification des Épinoches (G aster , Trachurus, Leiurus et Pungilius), a enlevé tous les doutes à cet égard. Nous emprunterons à ce récit les détails curieux qui se rapportent directement à notre sujet, et ces détails, >otre position auprès de M. Coste nous permet d'en garantir d'avance l'authenticité.

Chez les Mammifères et chez les Oiseaux, c'est toujours la femelle qui , pressée par le besoin de mettre bas ou de pondre, travaille au berceau qui recouvre ses petits ou ses œufs. Le mâle peut bien, comme cela arrive pour beaucoup d'espèces, lui venir en aide, en lui apportant les matériaux qu'elle mettra en œuvre , mais celui-ci ne choisit jamais le lieu où s'élèvera le Nid, et jamais il ne travaille seul à la construction de ceNid. Chez les Poissons, les Épinoches du moins, le contraire a lieu. C'est exclusivement au mâle qu'est dévolu le soin d'élever la loge où les œufs seront déposés ; et c'est également lui qui fait élection du point sur lequel il éta-

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blira son travail. La femelle ou plutôt les femelles ne participent en rien à ce travail, n'en prennent nui souci. Lorsque, pour les Poissons dont il est question, le moment de la reproduction est venu, on voit chaque mâle déployer alors une grande activité, choisir pour séjour permanent un endroit déterminé du ruisseau qu'ils habitent, et entasser dans ce lieu des brins d'herbe de toute nature qu'il va souvent chercher fort loin, qu'il saisit avec sa bouche et à l'aide desquels il commence à former une sorte de tapis. « Mais, comme les matériaux qui constituent cette première partie de son édifice pourraient être entraînés par les mouvements ou les oscillations de Peau, il a la prévoyance d'aller chercher du sable dont il remplit sa bouche et qu'il vient déposer sur le Nid pour le contraindre à rester en place. Puis , pour donner à tous ces éléments réunis une cohésion qui les tienne enchaînés les uns aux autres, il applique sur eux sa face ventrale, glisse lentement comme par une sorte de reptation vibratoire, et les agglutine en essuyant sur eux le mucus qui suinte de sa peau. Il résulte de là que les premiers matériaux assemblés forment une espèce de fondement ou de plancher sur lequel peut s'élever désormais le reste de l'édifice.

» Quand les choses en sont venues à ce point, il choisit des matériaux plus solides : on le voit prendre tantôt de petits morceaux de bois, tantôt des pailles, qu'il saisit toujours avec sa bouche et qu'il vient ficher dans l'épaisseur ou placer à la surface de sa première construction. Si, pendant qu'il fait ainsi effort pour les introduire, il trouve que la position qu'il leur donne ne remplit pas suffisamment le but, il les retire, les saisit par un autre point de leur longueur, les retourne, les pousse, les enfonce davantage, jusqu'à ce qu'il juge qu'il en a fait le meilleur usage possible. Quelquefois cependant, malgré tous ses soins, il y a des parties qui, à cause même de leur configuration, ne peuvent pas entrer dans le plan général de l'édifice. Alors il les retire, les emporte loin du Nid, les abandonne et va en choisir d'autres pour les remplacer. Il finit par se creuser un lit solide dont il a toujours la précaution de lier les divers éléments au moyen de la matière visqueuse dont il les englue. » Lorsqu'il est ainsi parvenu à construire

le plancher et les parois latérales de son édifice, il s'occupe alors d'en organiser la toiture; et pour cela, il continue à y apporter des matériaux semblables à ceux, dont il s'est servi pour en jeter les fondements. Mais tout en poursuivant l'accomplissement de son entreprise, il travaille toujours à en obtenir la consolidation, et, pour la lui donner, il se livre sans relâche à la manœuvre fatigante de la reptation vibratoire, à l'aide de laquelle, il agglutine les divers éléments dont son nid se compose. Cependant, à mesure qu'il s'applique à consolider son établissement, il faut qu'il le dispose convenablement pour l'usage auquel il le destine. Aussi ne manque-t-il jamais de réserver une ouverture très nettement et très régulièrement circonscrite, par laquelle il plonge souvent sa tête et même une grande partie de son corps, afin d'en écarter les parois et de maintenir la moitié intérieure du nid assez dilatée pour que la femelle puisse s'y engager et y pondre les œufs. »

Les manœuvres auxquelles l'Épinoche mâle se livre après que son nid est fait, soit pour appeler et introduire dans ce nid les femelles, soit pour le préserver des envahissements dont il est trop fréquemment l'objet de la part des autres individus de son espèce, soit pour fournir aux œufs qu'il renferme, toutes les conditions nécessaires à leur développement, etc. , n'ayant pas un rapport assez direct avec notre sujet, nous renvoyons les personnes qui seraient désireuses de connaître ces détails vraiment intéressants, aux divers mémoires que M. Coste a adressés à l'Académie des sciences, et qui sont en partie insérés dans les comptes-rendus de cette Académie. La seule observation que nous ajouterons pour compléter ce que nous avions à dire du mode de nidification des Épinoches , est que les vraies Épinoches (Gast. trachurus et leiurus) ont pour habitude constante de poser leur nid sur la vase qui recouvre le lit des ruisseaux qu'ils habitent, tandis que i'Épinochette (Gast. pungitius) construit invariablement le sien sur les plantes aquatiques ou entre leurs racines ; que les unes lui donnent une forme qui rappelle beaucoup celle de ces monticules de terre qu'on connaît sous le nom de taupinières, pen-

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