PARTIE LOGIQUE ET ENCYCLOPEDIQUE
les IV. Il mourut d'apoplexie à la chasse, l'année suivante.
Charles IV, né en 1316, fils de Jean de Luxembourg, roi de Bohême, et petit-fils de l'empereur Henri VII, avait été élevé à Paris. Il devint roi de Bohème en 1346 et empereur l'année suivante. Voulant faire de la Bohême le centre de son empire, il embellit Prague, y fonda un archevêché et une Université sur le modèle de celle de Paris. Dans la Bulle d'Or, promulguée en 1356, il fixa la constitution de l'empire, le pouvoir et les prérogatives des sept électeurs. Il mourut en 1378.
Venceslas VI le Fainéant ou l'Ivrogne, néen 135U et mort en 1419, était fils de l'empereur Charles IV. Il lui succéda à l'empire et sur le trône de Bohème, se fit détester par ses cruautés, son amour du plaisir, et perdit toute autorité. Ce fut lui qui fit périr Nêpomucène. Son frère Sigismond et son cousin Josse de Moravie, avec l'archevêque de Prague, le firent enfermer (1394), puis le relâchèrent sur les observations des Etats. Mais ceuxci se révoltèrent ;ï leur tour et Venceslas fut déposé (1400) ; il conserva néanmoins la Bohême, qui fut ensanglantée bientôt par la guerre des Hussites (v. Huss. Ziska.)
Robert de Bavière, dit le Bref et le Débonnaire, fils du comte palatin de Bavière, né en 1352, lut élu empereur à la déposition de Venceslas. Il ne put reconquérir le Milanais sur les Visconti. Avec Urbain VI, il avait créé l'Université de Heidelberg (1386). Sigismond (v. ce nom, au siècle suivant), roi de Hongrie depuis 1386, lui succéda en 1410 et fit décider la convocation du concile de Constance, où Jean Huss fut condamné.
(Suisse.)
Guillaume Tell. — D'après la légende, ce libérateur de la Suisse était du canton d'Uri et gendre de Walter Furst. 11 refusa de saluer le chapeau que le tyran Gessler (v. ce nom), gouverneur pour le duc d'Autriche, avait fait élever sur la place d'Altorf. Il fut condamné pour ce fait à mourir ou à abattre avec une flèche une pomme placée sur la tête de son fils. Ayant réussi à faire ce coup d'adresse, il fut néanmoins retenu prisonnier et embarqué sur le lac de Lucerne. Mais on dut le délier pendant une tempête qui survint et lui confier le gouvernail de la barque. Arrivé au bord il s'enfuit et alla s'embusquer dans un chemin, où il attendit Gessler et le tua. Tell aurait assisté à la bataille de Morgarten (1315) et serait mort à Burglen, en 1354. 11 est le héros d'un drame de Schiller, d'un roman de Florian, d'un opéra de Rossini.
Arnold de Melchthal, né dans le canton d'Unterwald, fut, d'après la légende, l'un des fondateurs de la liberté suisse. Pour venger son père, à qui le tyran Gessler avait fait crever les yeux, il se concerta avec ses amis Furst et Stauffacher. Chacun d'eux s'adjoignit dix hommes déterminés et ensemble il s'engagèrent par un serment solennel, prêté dans la prairie de Grutli où il se réunirent, à rendre à la Suisse sa liberté (1307). L'exploit de Guillaume Tell hâta l'exécution de leur projet. {Hongrie, Pologne, etc.)
Louis I de Hongrie, né en 1326, fut roi de Hongrie après son père Charobert, en 1342, et plus tard aussi roi de Pologne (1370). Voulant venger la mort de son frère André, assassiné par Jeanne de Naples (v. ce nom), il s'empara du royaume de celle-ci (1347), mais il en fut chassé par la pesle (1348). Il fit une seconde expédition en Italie, en 1350, enleva Zara et la Dalmatie aux Vénitiens (1356-57). Il mourut en 1382, laissant deux fillesqui lui succédèrent : Marie en Hongrie et Hedioige en Pologne.
Charles de Duras ou Durazzo, petit-fils de Jean de Durazzo, frère du roi de Naples Robert, fut adopté, puis rejeté par Jeanne I, reine de Naples.
Soutenu par Louis de Hongrie, il prit Jeanne et la fit périr (1382) et repoussa son rival, Louis, duc d'Anjou. 11 fut couronné roi de Hongrie en 1385, mais assassiné à Bude.
Jagellons. — Cette famille de princes lithuaniens a donné des souverains à la Lithuanie et à la Pologne, et aussi à la Hongrie et à la Bohême. Le premier, Jagellon, épousa Hedioige, fille de Louis de Hongrie, et devint roi de Pologne.
(Russie.)
Ivan ou Jean. — C'est le nom de 6 souverains russes. Ivan I, prit le titre de Grand prince de toutes les Russies et força le chef de l'Eglise russe de transporter son siège de Vladimir à Moscou. Après un règnede 12 ans (1328-1340), il prit l'habit monastique — Ivan. II| fils d'Ivan I, né en 1326, succéda à son frère Siméon, en 1353, et mourut en
Démétrius ou Dmitri. — C'est le nom de 5 princes de Russie. Démétrius IV fit de Moscou sa capitale, bâtit le Kremlin, mérita le nom de Dovs/ii, par une victoire sur les Tartares, remportée aux bords du Don (1380).
( hient.)
Andronic III, petit-fils d'Andronic II Paléologue, lui succéda et combattit les Turcs avec l'aide de Cantacuzène. Il mourut en 1341. Cantacuzène prit toute l'autorité pendant la minorité du fils d'Andronic, et régna conjointement avec lui sous le nom de Jean VI Cantacuzène. 11 battit les Bulgares, les Turcs, les Génois, qui étaient venus assiéger Constantinople. Sans cesse attaqué par Jean V Palèologue, il abdiqua en 1355 et se retira dans un monastère. 11 a laissé Quatre Livres de Mémoires.
Jean V Palèologue, fils et successeur d'Andronic III, régna seul à partir de 1355. 11 ne put résister aux Turcs, qui s'emparèrent d'Andrinople (1361) et le forcèrent à traiter. Il implora vainement le secours des Vénitiens. Il mourut en 1391.
M a nui 1 II Palèologue, succéda à son père Jean (1391), après s'être évadé de la cour du sultan Bayezid ou Bajazet, où il était en qualité d'otage. 11 mourut en 1425. Sous son règne eut lieu la croisade de Nicopolis, où les chevaliers chrétiens venus â son secours (v. Jean sans Peur) furent défaits (13>96) par Bajazet. Celui-ci aurait pris Constantinople, qu'il bloqua pendant 7 ans, sans l'arrivée de Tamerlan.
(Turcs.)
Orkhan, fils d'Osman I, fut le 2e sultan des Turcs ( 1326-1360). 11 s'empara de Brousse, dont il fit sa capitale, de Nicomédie (1328), de Nicée (1333) et de la Bithynie. Diplomate, il s'allia avec Cantacuzène, dont'il épousa la fille (1347). Il donna des lois à sa nation et institua les janissaires.
Bajazet I, 4e sultan des Turcs, surnommé Ildèrim (l'Eclair), succéda à son pèreAmurat I, en 1389, et soumit les pays jusqu'au Danube, l'Asie Mineure, l'Arménie ; il vainquit Sigismond et les croisés à Nicopolis, et aurait pris Constantinople sans l'arrivée de Tamerlan, qui le vainquit et le fit prisonnier à Angora, ancienne Ancyre (1402). Bajazet mourut prisonnier l'année suivante.
(Mongols.)
Tamerlan ou Timour-Leng (Timour le Boiteux) descendait de Gengis-Khan par les femmes. Né en 1336, il se rendit maître de la Transoxiane, après de nombreux combats, où il reçut une blessure, qui le rendit boiteux. Proclamé chef par l'assemblée générale des Tartares, en 1369, il choisit Samarcande pour capitale, commença ses conquêtes en 1380, saccageant les villes, bâtissant des tours avec des briques, du mortier et des prisonniers vivants ; il pénétra jusqu'aux environs de Moscou et détruisit Astrakhan. Sous prétexte de propager l'islamisme, il envahit l'Inde (1398), arriva jusqu'à
HISTOIRE : XIV1- SIECLE
Delhi ; puis il se tourna contre les Turcs et remporta sur Bajazet la sanglante victoire d'Ancyre (1402), imposa un tribut à l'empereur grec, reçut la soumission des Mamelouks d'Egypte. 11 mourut en marchant à la conquête de la Chine (1405). On possède sous son nom un traité de politique et de tactique, écrit en mongol, traduit en persan et en français. (V. Cahun, Introduction à l'histoire de l'Asie, Turcs et Mongols, 1890).
[Philosophes, savants, etc.)
Occam. — (iuillaume d'Occam, surnommé le Prince des nominaux, naquit en Angleterre (Surrey), et mourut probablement à Munich (1280- 1347). 11 étudia à Paris sous Duns Scot, dont il partagea, en les exagérant, les tendances critiques et sceptiques. Téméraire en philosophie, il fut insubordonné en religion. Condamné (1328) et chassé de l'ordre francisain, auquel il appartenait, repoussé par les universités, il chercha la protection du pouvoir civil : d'abord, de Philippe le Bel, dont il défendit la cause contre Boniface VIII ; puis de Louis de Bavière, auprès duquel il se retira en 1328, après avoir refusé de comparaître à Avignon, avec Michel de Césène et ses autres complices. L'alliance du franciscain insoumis avec le prince séculier contre le pouvoir pontifical se résume en ce mot célèbre, qu'il aurait adressé à son protecteur : « Défendez-moi par l'épée, je vous défendrai par la plume ». Parmi ses ouvrages, qui portent généralement sur la logique, se distinguent ses Questions sur les Sentences.
Jean Buridan (mort vers 1358), né à Béthune, vers la fin du XIIIe siècle, suivit, à Paris, les leçons d'Occam et devint l'un des partisans les plus ardents du nominalisme. Il était recteur de l'Université en 1328. Vainement le nominalisme fut proscrit par la Faculté des arts, en 1339 et l'année suivante ; vainemeut la défense de l'enseigner fut renouvelée par Clément VI six ans plus tard : Buridan n'en persista pas moins dans son attitude et il n'en fut que plus remarqué. Nous le voyons, en 1358, procureur de la nation de Picardie à l'Université. Buridan est l'auteur de Commentaires sur Aristote et d'une Somme de dialectique, où il explique la valeur, l'usage et les applications des termes qui, dans le nominalisme, ont une importance particulière, puisqu'ils se substituent complètement aux idées et aux réalités universelles. De là le nom de terministes donné à Buridan et à ses successeurs. Mais ce qu'il y a peut-être de plus remarquable, ce sont ses idées sur la liberté. Selon lui, et avec raison, la question de la liberté ne se borne pas à savoir s'il y a des biens particuliers qui ne nécessitent pas la volonté, mais elle se réduit plutôt à savoir si, placé entre des motifs opposés et objectivement égaux, nous pouvons nous déterminer par l'un plutôt que par l'autre. Buridan a donc saisi l'objection du déterminisme intellectuel, que Leibniz devait formuler plus tard avec force. Quant à la fable de l'âne (l'âne de Buridan) mourant de faim et de soif et restant indécis entre deux mesures d'avoine placées à égale distance, ou bien entre une mesure d'avoine et un seau d'eau, elle paraît avoir été inventée par ses adversaires pour le ridiculiser.
(Jurisconsultes.
Barthole ou Bariole, jurisconsulte italien (1315-56), né à Sasso-Ferrato (Ombrie), professa à Pise, à Pérouse, et devint le chef d'une grande école. Ses œuvres imprimées à Lyon (1544) remplissent 10 vol. in-folio.
Bouteiller ou Boutillier (Jean), jurisconsulte français, né à Tournai et conseiller au Parlement, rédigea, de 1380 à 1417, la Somme rurale, recueil le plus complet des coutumes de la France du Nord. Cet ouvrage, favorable à l'absolutisme monarchique, exerça une influence extraordinaire sur le droit et sur la jurisprudence, au XVe et au XVIe siècle.
(Lettres, poètes.)
Planude — C'est le nom d'un moine grec, qui fut chargé par l'empereur Andronie d'une mission à Venise, en 1327, et mourut à un âge avancé. Il est l'auteur d'une Anthologie grecque, d'un recueil de Fables d'Esope et d'une Vie d'Esope pleine de légendes, de traités sur la grammaire, d'une traduction grecque des Métamorphoses d'Ovide.
Le Dante (1265-1321), né à Florence, ne fut pas seulement le plus grand poète de l'Italie, mais encore un philosophe et un théologien. A 25 ans, ayant perdu Béatrix, qu'il devait revoir et illustrer dans ses visions poétiques, il s'éprit de la philosophie. La Consola (ion de Boëce et le traité de Cicéron sur VA mitié, lui inspirèrent le goût de cette science. Il étudia à Bologne, à Florence, à Padoue, à Paris et composa, avec des traités scientifiques, des poésies inspirées toujours par des idées philosophiques, particulièrement la Divine Comédie. On a pu dire de ce poème, qui a fait sa gloire, que « les doctrines philosophiques en sont le sang et la sève ». El'es coïncident assez exactement avec celles d'Aristote, « le maître de ceux qui savent », et celles du « bon frère Thomas ». Sur les lèvres de Béatrix, qui personnifie la théologie, et sur celles de Virgile, qui personnifie la raison naturelle, Dante met le plus pur enseignement de l'école; il ne craint pas de s'inspirer des plus hautes spéculations, qu'il sait toujours égaler parla sublimité de sa poésie. Citons, parmi ses autres ouvrages : son Traité de la langue vulgaire, où il regarde le langage comme révélé de Dieu; le Banquet ; le Traité de la Monarchie. Dante était un ardent gibelin et passa une grande partie de sa vie en exil. 11 mourut à Ravenne. Il n'est pas de poète sur lequel on ait plus écrit. (V. Fauriel, Dante elles origines de la littérature italienne, 1854, etc., etc.)
Pétrarque est un précurseur de la Renaissance. Il naquit à Arezzo (1304-1374). Son père, ami de Dante, était comme lui gibelin ; il fut banni de Florence et s'établit à Avignon auprès de Clément V. Pétrarque étudia à Carpentras, à Montpellier, à Bologne, se prit d'un amour platonique' pour l'immortelle Laure, épouse de Hugues de Sade i 1327), qu'il célébra désormais dans ses chants, parcourut une partie de l'Europe, se retira à Vaucluse pour composer un poème épique, VAfrica, dont Scipion était le héros. Ses sonnets, ses canzones l'avaient rendu célèbre de bonne heure et populaire dans toute l'Italie, où tous les partis l'acclamaient à l'envi ; il fut couronné poète à Rome, le jour de Pâques 1341. Remarquons encore que Pétrarque fut chanoine de Lombez en 1335, archidiacre de Parme en 1350, puis chanoine de Padoue. Il voulut apprendre le grec, paraît-il, du moine Barlaam et de Léonce Pilate de Thessalonique ; il avait réuni une belle bilbliotlièque de manuscrits grecs et latins, qu'il légua à la republique de Venise.
Pétrarque exerça, au XIVe siècle, une sorte de dictature littéraire et il personnifia l'opposition déjà marquée et grandissante faite à la scolastique. Ce n'est pas qu'il ne se flattât de briller dans les sciences philosophiques ; mais il ne sut pas allier, comme l'avait fait Dante, une poésie sublime à une théologie profonde, et il opposa, outre mesure, la culture de l'imagination et de l'art à celle de la raison, à la dialectique. (V. Mézières, Pétrarque, 1S95; Voigt, Pétrarque, Bocace et les débuts de l'humanisme en Italie, traduit par Le Monnier, 1894 et suiv.)
Boccace (1313-1375), né à Paris ou près de Florence, était fils d'un marchand. 11 fut chargé par les Florentins de plusieurs missions diplomatiques, mais se distingua surtout par ses poésies et ses romans, surtout le Décamèron. Ami de Pétrarque et admirateur de Dante, dont il a écrit la Vie, il