CAUTÈRE
corps organiques, parce qu'en eux tout est réciproquement fin et moyen, et ce principe ainsi obtenu peut s'étendre par analogie à tout l'univers ; mais il croit qu'on enlève aux sciences naturelles tout ce que, dans leur domaine, on donne à la Providence. Il confond ainsi, avec beaucoup de philosophes, l'usage légitime des causes finales avec l'abus qu'on en a fait. Pour éviter toute erreur à cet égard, il faut allier clans une juste mesure l'expérience et la spéculation, donner pour base aux sciences naturelles la recherche des causes physiques et de leurs luis, puis constater la convenance et l'utilité là où elles se trouvent, sans aucune idée préconçue, en allant du monde à Dieu, et jamais de Dieu au monde. Faite avec méthode et avec les précautions convenables, l'étude des causes finales aide à comprendre la valeur d'une loi déjà connue, ou suggère d'heureuses hypothèses qui amènent des découvertes. Elle est indispensable en physiologie pour déterminer les rapports des organes avec les fonctions. — Consulter : Maine de Biran, Œuvres philosophiques, t. iv; Kant, Critique de la raison pure; Herschel, Discours sur l'étude de la philosophie naturelle ; H. Martin, Philosophie spiritualiste de la nature; Biot, Mélanges (t. n, p. 231); P. Janet, le Matérialisme contemporain; Bénard, Questions de philosophie ; Bavaisson, la Philosophie ou mx* siècle.
Les âmes humaines et les forces physiques, étant relatives et contingentes, constituent des causes secondes; pour nous expliquer leur existence, la raison nous fait concevoir au-dessus d'elles une cause nécessaire et absolue, véritablement universelle et infinie, par conséquent cause première, créatrice, en qui se trouvent au plus haut degré les caractères de la personnalité, la force, la liberté et l'intelligence. Voy. Création.
II. Dans la philosophie grecque, le mot cause, employé pour traduire le terme grec avnov, signifie principe. Ainsi, dans le Timée, Platon compare Dieu à un artiste qui produit une statue en façonnant de l'argile d'après une idée préconçue, et il enseigne que le monde suppose trois causes : 1° la matière, espèce de substance indéterminée; 2° le Créateur (en grec, 8r|U.io\jpy6;, démiurge, c.-à-d. l'artisan qui a façonné la matière à l'image des id 'es) ; 3° les idées, conçues par l'Intelligence divine comme modèles des êtres matériels et immatériels. Dans sa Métaphysique, Aristote distingue quatre causes : 1° la matière, substance indéterminée qui est l'être en vuissance ; 2° la forme ou essence, ensemble des caractères constitutifs de l'être en acte ; 3° la cause motrice fou cause efficiente), par l'action de laquelle l'être en puissance devient l'être en acte: 4° la fin (ou cause finale) qui détermine l'action de la cause motrice et qui, par conséquent, est le bien. Plotin a combiné la théorie de Platon et celle d'Aristote (Ennéade II, livres k, 5, 6). La scolastique s'est bornée à commenter la doctrine d'Aristote. — Dans les temps modernes, Hume, dont M. Stuart Mill a repris de nos jours et développé la doctrine, a essayé de ramener l'idée de cause h celle de succession: en voyant deux phénomènes qui se suivent toujours dans le même ordre, nous les associons dans notre esprit; de telle manière qu'en apercevant le premier nous attendons constamment le second(Fo?/. Association des idées). Une telle doctrine, comme l'a démontré Maine de Biran, est en contradiction complète avec les faits volontaires dont nous avons donné plus haut l'analyse. La même réfutation s'applique à l'hypothèse des causes occasionnelles, à celle de V harmonie préétablie (Voy. ces mots), enfin au système de Kant qui prétend que le principe de causalité n'a qu'une valeur subjective .-—Consulter : J. Simon, Théodicée de Platon et d'Aristote; Bavaisson, Essai sur la M >'■taphysique d'Aristote, t. I, livre 3, ch. 1 ; Ch. Jourdain, Philosophie de St Thomas d'Aquin.
iso efficiente, Cause finale. Voy. ci-dessus Cau-
Causes occasionnelles. Dans l'histoire de la philosophie, on désigne sous ce nom une hypothèse qui consiste à expliquer L'action de l'âme sur le corp6 et du corps sur l'âme par l'intervention directe et incessante de Dieu : à l'occasion des phénomènes de l'âme, il excite dans le corps les mouvements qui y correspondent, et, à l'occasion des mouvements du corps, il fait naître dans l'âme des idées ou des passions. En germe dans Descartes, cette hypothèse a été' développée par Clauberg, Malebranche, Régis et surtout par Geulinx. Elle est suffisamment réfutée par la conscience, que nous avons de produire nousmêmes tous nos actes et nos mouvements volontaires. Voy. ci-dessus Causalité.
Cause première, Causes secondes. Voy. ci-dessus Causalité.
Fausse cause (Non causa pro causa), sophisme qui consiste à supposer une cause imaginaire, soit, une qualité occulte (Voy. Qualité), comme l'horreur du vide, soit une cause finale arbitraire (Voy. ci-dessus Causalité), comme la croyance qu'une éclipse de soleil ou l'apparition d'une comète annonce un grand événement (Virgile, Géorgiques, I, ZiO.")). Toutes les hypothèses de l'Astrologie et de la Magie étaient fondées sur ce genre de sophisme. Voy. Sophisme.
cause (Droit). Dans les Obligations, la Cause est ce qui détermine une partie à s'obliger. L'obligation sanscause, ou sur une fausse cause, ou sur cause illicite, ne peut avoir aucun effet. La cause est illicite quand elle est prohibée par la loi, ou quand elle est contraire aux bonnes mœurs ou à l'ordre public (C Nap., art. 1030-33).
Au Palais, on appelle Cause toute affaire litigieuse soumise aux tribunaux ; on distingue : C. civile, C. criminelle, C. principale, C. incidente, C. d'appel, etc. Il a été publié divers recueils de Causes célèbres, dont quelques-uns ont pour but de donner un aliment à l'amour du scandale plutôt que de fournir des modèles à l'avocat: les plus complets sont : Causes célèbres et arrêts qui les ont décidées, de Méjan, 1808-li, 20 vol. in-8 ; Répertoire des Causes célèbres, de St- Edme, 1836-37, 15 vol. in-8, etc.
CAUSERIE. Voy. Conversation.
CAUSTIQUE (du gr. xauoTtxôç, qui brûle). En Chimie, un corps est dit caustique quand il agit à la façon des alcalis, tels que la potasse et la soude, c.-à-d. quand il bleuit fortement le tournesol et déplace certaines bases. — En Médecine et en Pharmacie, on nomme caustiques les composés employés pour produire des désorganisations de la peau ou des tissus et qui font l'effet d'une brûlure. Les caustiques plus actifs sont nommés escharotiques, parce qu'ils produisent une escarre, p. ex. la. piéride h cautère ou potasse caustique; d'autres moins violents portent le nom de cat hérétiques(c. -à-d. purifiants) : tel est le nitrate d'argent ou pierre infernale. Parmi les préparations de ce genre on emploie surtout: le C. ammoniacal ou pommade de Gondret, le C. arsenicaldu Frère Came, le C. argentique de Cazenave, le C. de Viorne (mélange de potasse et de chaux), le C. de Cunquvin, de Landolfi et de Récamier(chlorures), etc.
En Optique, la Caustique est une courbe formée par les intersections successives de rayons partant d'un point rayonnant, et réfléchis ou réfractés par une autre courbe. Chaque courbe a ses deux caustiques: l'une produit'' par la réflexion, la catt tique; l'autre, produite par la réfraction, la diacaustique. — Ces courbes ont été déterminées par Tschirnbausen en 1682.
CAUSUS (du gr. xoôkxoç, de xat'w, brûler), nom donné par Hippocrate à la fièvre ardente. V. Fièvre.
CAUTÈIIE (du gr xa\jTY]piov), mot dont on se sert en Médecine pour désigner et la cause et l'effet:
1° On nomme cautère tout agent employé pour brûler ou désorganiser une portion des tissus organiques. On distingue les C. potentiels, qui d< rusent lentement les tissus en vertu de leurs propriétés chimiques: le cautère de ce genre le plus