‹ Dictionnaire universel des synonymes de la langue franseChapitre 134 sur 494 · SE MÉFIER, SE DEFIER · texte numérisé non relu

SE MÉFIER, SE DEFIER

Ces deux mots marquent en général le défaut de confiance en quelqu'un ou en quelque chose, avec les difFe'rences suirantes :

I " Se méfier exprime un sentiment plus foible que se défier. Exemple : cet homme ne me paroîî pas franc , je m'en méfie : cet autre est un fourbe avéré , je m'en défie.

2" Se méfier marque une disposition passagère et qui pourra cesser. Se défier marque une disposition habituelle et constante. Exemple : il faut se méfier de ceux: qu'on ne connoît pas encore , et se défier de ceux dont on a été une fois trompé.

3" Se méfier appartient plus au sentiment dont on est affecté actuellement; se défier tient plus au caractère. Exemple : il est presque également dangereux dans la société de n'être jamais méfiant, et d'avoir le caractère défiant; de ne se méfier de personne , et de se défier de tout le monde,

4" On se méfie des choses qu'on croit; on se défie des choses qu'on ne croit pas. Je me méfie que cet homme est un fripon , et je me défie de la vertu qu'il affecte. Je me méfie qu'un tel dit du mal de moi ; mais quand il en diroit du bien , je me défierais de ses louanges.

5* On se méfiie des défauts, on se défie des vices. Exemple : il faut se méfier de la légèreté des hommes , et se défier de leur perfidie,

ti" On se méfie des qualités de l'esprit, on se défie de celles du cœur. Exemple : je me méfie de la capacité de mon intendant , et je me défie de sa probité.

7° On se méfie dans les autres d'une bonne qualité qui est re'ellement en eux, mais dont on n'attend pas l'effet quelle semble promettre ; on se défie d'une bonne qualité qui n'est qu'appai'ente. Exemple: un général d'armée dira. Je n'ai point donné de bataille cette campagne , parce que je me méfiais de l'ardeur que mes troupes témoignoient, et qui n'auroit pas duré long-temps , et je me défiais de la bonne volonté apparente de ceux qui dévoient exécuter mes ordres.

8" Au contraire , quand il s'agit de soi-même , on se méfie d une mauvaise qualité qu'on a ; on se défie d'une bonne qua-

MÉLANCOLIQUE. i23

lité dont on n'attend pas tout l'effet qu'elle semble promettie: il faut se méfier de sa foiblesse , et se défier quelquefois de ses forces mêmes.

9"» La m^'/ia;j ce suppose qu'on fait peu de cas de celui qui en est l'objet; la défiance suppose quelquefois de l'estime. Exemple : un général doit quelquefois se méfier de l'habileté de ses lieutenants , et se défier toujours des mouvements qu'un en^ nemi actif et rusé fait en sa présence. ( Encijcl. )

^^3. MÉLANCOllQCE , ATRABILAIRE.

Le métancoliciue et VatrabUaïre sont tourmentés dune bile noire et tenace, qui, adhérente aux viscères, trouble les digestions, envoie des vapeurs épaisses au cerveau, arrête et vicie les humeurs , et cause enfin le pluy grand désordre dans toute l'économie animale.

Il y a une mélancolie douce , agréable même : Vatrabile est toujours cruelle et terrible. Une simple tristesse vous donne l'air mélancolique qui intéresse; mais l'habitude de l'ùmc et la férocité des traits donnent cet air atrabilaire qui effraie.

Le mélancolique est dans un état de langueur et d'anxiété ; sa tristesse est morne et inquiète. "L" atrabilaire est dans un état de fermentation et d'angoisse; sa tristesse est sombre et farouche. Le mélancolique évite le monde , il veut être seul : l'atrabilaire repousse l^s hommes, et il ne peut vivre avec luimême. La mélancolie attendrit d'abord le cœur que Vatrnùile endurcit.. Le mélancolique , sensible à l'intérêt que vous lui témoignez, l'est encore aux peines de ses semblables : l'atrabilaire, ennemi des autres et de lui-même, voudroit ne voir que des êtres plus malheureux que lui.

On est d'un tempérament mélancolique, on a l'humeur atrabilaire. Le mélancolique meurt lentement , c'est l'atrabilaire qui se tue. (R.) ^

77/j. MitER, MÉLANGER, MIXTI O NNER.

Mêler est le verbe simple et le genre : mélanger et mlxlionner sont des dérivés ; ils modifient et restreignent l'idée simple.

Mêler, c'est mettre ensemble, avec, dans, entï-e , etc., à d'sscin ou sans dessein, avec art or. àâns art, avec une sorte

É~»î MEMOIRE.

de confusion quelconque, toute sorte de choses de quelque manière que ce soit, en brouillant , en joignant, en incorporant, en déplaçant, en alliant, etc. Mélanger ^ c'est assembler, ■assortir ou composer , combiner à dessein et avec art , des choses qui doivent naturellement se convenir , pour obtenir par leur allégation et leur variété , un résultat avantageux et un nouveau tout. Mixtionner , c'est mélanger^ fondre les drogues dans des liqueurs ,de manière quelles restent incorporées, et que la composition produise des effets particuliers.

On méie^ on incox'pore ensemble des liqueurs ; on mêle^ on bat les cartes : on méle^ on brouille maladroitement des écheveaux. Le peintre mélange habilement ses couleurs : le méiange industrieux des couleurs fait la peinture. L'on mixlionnt artificiellement des substances étrangères les unes aux autres , que l'on fond ou confond ensemble , et c'est proprement la drogue qui distingue la mixtion. Un breuvage mixtionné est -dénaturé.

Vous mêlez le vin avec l'eau pour le boire , vous mélangez différentes sortes de vins pour les corriger ou améliorer l'un par l'autre et en faire un autre vin : vous mixtionneriez le vin que vous frelateriez avec des drogues. (R.)

ryS» MÉMOIRE, SOUVENIR, RESSOUVENIR, RÉMINISCENCE.

Ces quatre mots expriment également l'attention renouvelée de l'esprit à des idées qu'il a déjà aperçues. Mais la différence des points de vue accessoires qu'ils ajoutent à cette idée commune, assigne à ces mots des caractères distinclifs , qui n'échappent point à la justesse des bons écrivains , dans le temps même qu'ils s'en doutent le moins.

La mémoire et le souvenir expriment une attention libre de lesprit à des idées qu'il n'a point oubliées , quoiqu'il ait discontinué de s'en occuper. Les idées avoient fait des impressions durables , on y a jeté par choix un nouveau coup-d'œil ; c'est une action de l'âme.

Le ressouvenir et la rtmin-scence expiûment une attention foituite à des idées que l'esprit avoit entièrement oubliées et perdues de vue : ces idées n'avoient fait qu'une impression légère , qui avoit été étouffée , ou totalement effacée par de plus fortes ou de plus récentes; elles se présentent d'elles-

MÉMOIRE. i?,5

mêmes , ou du moins sans aucun concours de notre part; c'est un événement où l'âme est purement passive.

On se rappelle donc la méiruoire ou le souvenir des choses quand on veut; cela dépend uniquement de la liberté de l'àme. Mais la mémoire ne 'concerne que les idées de l'esprit ; c'est l'acte d'une faculté subordonnée à l'intelligence, elle sort à l'éclairer; au lira que le souvenir regarde les idées qui intéressent le cœur , c'est l'acte d'une faculté nécessaire à la sensibilité, elle sert à l'échauffer.

C ^-:t dans ce sens que l'auteur du Père de Famille a écrit : .( Rapportez tout au dernier moment , où la mémoire des faits les plus éclatants ne vaudra pas le souvenir d'un verre d'eau présenté à celui qui a soif. » On peut dire aussi dans le même sens , qu'une âme bienfaisante ne conserve aucun souvenir de l'ingratitude de ceux à qui elle a fait du bien ; ce seroit se déchirer elle-même, et détruire son penchant favori : cependant elle en garde la mémoire , pour apprendre à faire le bien; c'est le plus précieux et le plus négligé de tous les arts.

On a le ressouvenir ou la réminiscence des choses quand on peut; cela tient à des causes indépendantes de notre liberté. Mais le ressouvenir ramène tout à la foi» les idées effacées et la conviction de leur préexistence; l'esprit les reconnoît ; au lieu que la réminiscence ne fait que réveiller les idées anciennes , sans rappeler aucune trace de cette préexistence : l'esprit croit les connoître pouu la première fois.

L'attention que nous donnons à certaines idées, soit par notre choix, soit par quelque autre cause, nous porte souvent vers des idées toutes différentes , qui tiennent aux premières par des liens très-délicats , et quelquefois même imperceptibles : s'il n'j a entre ces idées que la liaison accidentelle qui peut venir de notre manière de voir, ou si cette liaison est encore sensible , nonobstant les auti-es liens qui peuvent les attacher l'une à l'autre, nous avons alors, par les unes, le ressouvenir des autres ; nsus reconnoissons les premières traces. Mais si la liaison que notre ancienne manière de voir a mise entre ces idées, n'a pas fait sur nous une impression sensible , et que nous ny distinguions que le lien apparent de l'analogie, nous pouvons n'avoir alors des idées postérieures qu'une réminiscence , jouir sans scrupule du plaisiï de l'ip-

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