INADVERTANCE, INATTENTION
J'aurois négligé d'assignerla différence de ces termes, si je ik'avois vu des vocabiilistes définir Vinadvertance un défaut d'attention , une action commise sans attention aux suites qu'elle peut avoir. Il me semble que c'est là précisément Vinattention , et nullement Vinadvertance.
Selon la valeur propre des mots, Vinadvertance désigne le défaut ou la faute de n'avoir pas tourné ou porté ses regards sur un objet , de manière qu'on n'a pu traiter la chose comme elle l'exigeoit; et Vinattention^ le défaut ou la faute de n'avoir pas tendu ^ et fixé «a pensée sur un objet, de manière à pouvoir traiter la chose comme on le devoit. Vous vojez une personne , et vous n attendez pas à savoir les égards que vous devez observer; si vous la heurtez, c'est une inattention. Vous n'apercevez pas cette personne, et vous n'êtes pas averti de l'attention que vous devez y faire; si vous la choquez, c'est une inadvertance.
Dans Vinadvertance, vous n'avez pas pris garde , mais vous n'étiez point averti; dans Vinattention, vous étiez averti de prendre garde , et tous ne l'avez pas fait. Dans le prem-iercas, vous auriez pu; vous auriez du, dans le second, éviter la faute, h' inadvertance est un accident involontaire ; Vinattention est une négligence repréhensible : cependant Vinadvertance, si vous avez pu et dû la prévenir , est un tort comme Vinattention. Il j aura un défaut de prévoyance dans Vinadvertance; il y a dans Vinattention un défaut de soin.
Un homme abstrait, absorbé dans ses abstractions, est sujet à de grandes inadvertances ; il ne voit ni n'entend. Un homme distrait, emporté par ses distractions, est sujet à de grandes inattentions; il voit sans remarquer, il entend sans distinguer.
Les gens vifs tombent dans des inadvertances ; ils vont à leur but sans regarder autour d'eux. Les esprits légers tombent dans des inattentions ; ils sont à peine tournés vers un objet , qu'ils en regardent un autre.
Avec de fréquentes inadvertances, vous passerez pour étourdi dans la société : avec de fréquentes inattentions , vous passerez pour impoli.,
INAPTITUDE. i-j
G4l. IBAPlirUDE, INCAPACITÉ, INSUFFISANCE, INHABILETÉ.
On désigne par ces mots le manque de dispositions nécessaires pour réussir dans ce qu'on se propose, mais avec de» différences.
'L'insuffisance vient du d«faut de proportion entre les moyens et la fin ; ïincapac'tté , de la privation des moyens ; et Vïnaptllude , de l'imposoibilité d'acquérir aucun moyen.
On peut souvent suppléer à l'insuffisance •on peut quelquefois réparer l'incapacité ; mais l'inapt'itude est sans remède.
C'est une faute, que d'engager les jeunes gens dans leâ fonctions du ministère ecclésiastique , quand on connoît leur insuffisance ; c'est un crime , que de les y porter quand on connoît leur incapacité; c'est un mépris sacrilège de la religion, que de les y forcer par la l'aison même de leur inaptitude : rien de plus commun néanmoins que ces vocations scandaleuses à un état qui exige les dispositions les plus grandes, les plus décidéf'S et les plus saintes. (B.)
Au lieu d'inhabilité , terme de jurisprudence consacré uniquement à désigner un défaut qui vous prive d'un droit, vous exclut d'une possession, vous interdit un exercice, je voudrois dire inhabileté, pour exprimer le contraire à'habitctt dans toute la force et l'étendue de ce dernier mot. Mal-habileté dit plus , car il exprime l'idée de mal faire. Sans avoir la prétention de former des mots nouveaux ou de changer les mots établis , et sans tiver à conséquence , je risqvierai , dans cet article, inhabileté, selon l'esprit de l'orthographe française, pour exprimer un défaut particulier qui n'est point l'infitibtleté proprement dite, et qui n'est pas tout-à^fait la mathabileté. D'ailleurs, en expliquant l'inhabileté, c'est au fond l'habileté que j'expliquerai.
lu'iuaptitude est le contraire de l'aptitude; et V aptitude est une disposition naturelle et particulière qui rend fort propr» à une chose,
^incapacité est le contraire de la capacité ; et la capacité est une faculté assez grande pour pouvoir saisir, embrasser et contenir son objet ; et , par analogie , la faculté de concevoir , de comprendre, d'exécuter. C'est le sens propre du latift capax ^capable} , et de sa nombreuse famille.
iS liNCENDIE.
h' Insuffisance est le contraire tle la suffisance , prise dans son vrai sens; et la suffisance est le pouvoir proportionnel, ou la possession des mojens nécessaires pour réussir. De fac , faire, et de sub , les Latins ont formé sufficere.^ littéralement, faire assez, suffire, être au pair, avoir ou fournir ce qu il faut.
'L'inhabileté , ou, dune manière positive et plus forte, la tnalhabileté , est le contraire de Vhabileté : et l'habileté est cette qualité par laquelle une puissance exercée réunit à la supériorité d'intelligence la facilité de l'exécution.
^inaptitude exclut tout tak-nt , l'incapacité j tout pouvoii et tout espoir; l'insuffisance, des moyens proportionnés à la (in; l'inhabileté, le talent et l'art qui, dans les difficultés , font les bons et prompts succès.
Avec de l'inaptitude, il ne faut entreprendi-e que des choses aisées et simples. Avec de l'incapacité, il ne faut pas entreprendre. Avec de l'insuffisance, il faut peser avant que d'entreprendre. Avec de V inhabileté , il faut travailler et acquérir pour entreprendre des choses difficiles.
J'aurois pu ajouter à ces mots celui à'impéritle, qui désigne l'ignorance de l'art qu'on professe, ou le défaut des connoissances nécessaires pour la fonction publique qu'on exerce, la grande inhabileté de celui qui doit savoir. (R.)