POISON, vxsis
On désigne par-là certaines choses qui peuvent attaquer les principes de la vie par quelque qualité maligne ; c'est le sens propre et primitif : dans le sens figuré , on le dit des choses qui tendent à ruiner les principes de la religion , de la morale , de la .subordination politique , de la société , ou de l'honnêteté civile.
Poison, dans le sens propre, se dit des plantes ou des préparations dont l'usage est dangereux pour la vie : venin se dit * spécialement du suc de ces plantes , ou de certaine liqueur qui sort du corps de quelques animaux.
La ciguë est un poison, le suc qu'on en exprime en est le venin.
Le sublimé est un poison violent ; il renferme un venin corrosif qui donne la mort avec des doulem-s cruelles.
Tout poison produit son effet par le venin qu'il renferme ; mais on ne peut pas dire qu'il y ait poison partout où il y a au
LE POINT DU JOUR. aâc,
i'enln : et jamais on ne dira, par exemple , le poison de la vipère et du scorpion.
Le mot poison suppose une contexture naturelle ou artificielle dans les parties propres à contenir et à cacher le venin qui s'y trouve ; et le mot de venin désigne plus particulièrement le suc , ou la liqueur qui attaque les principes de la vie.
C'est avec cette différence que ces deux termes s'emploient dans le sens figuré ^ et il faut peut-être ajouter que le terme de poison y désigne une malignité préparée avec art , ou cachée du moins sous des apparences trompeuses; au lieu que le terme de venin ne réveille que l'idée de malignité subtile et dangereuse, sans aucune attention aux apparences extérieures.
Certains philosophes modernes affectent de répandre dans leurs écrits un poison d'autant plus séduisant, qu'ils font continuellement l'éloge de Ihumanité , de la raison, de l'équité , des lois : mais aux yeux de la saine raison , qu'ils outragent en l'invoquant , rien n'est plus subtil que le venin de cette audacieuse philosophie , qui attaque en effet les fondements de la société même. (B.)
Le poison, de sa nature, est mortel; quelquefois le venin n'est que malfaisant. Le poison se forme d'un venin mortel. Le venin est dans la chose , et la chose elle-même est un poison f considérée relativement aux ravages qu'elle produit dans le corps, quand on l'a avalée. On dit qu'une plante est un poison, pour exprimer sa propriété destructive à l'égard de l'animal qui la mangeroit comme une autre plante. On ne dit pas qu'un animal est un poison, il n'a que du venin; car sa propriété n'est pas d'empoisonner comme aliment. Le venin est la qualité maligne de la chose : le poison est le contraire de l'aliment , quant à l'effet. La nature donne seule le venin ; l'art emploie , extrait, prépare les poisons. (R.)