PROMENADE
grandeur; car souvent la pratique ne s'accorde pas avec la spéculation. L'ordre admirable d'un système , et l'idée avantageuse qu'on s'en est formée, n'empêchent pas quelquefois que les projets n'échouent, et qu'on ne se trouve dans l'impossibilité de venir à bout de- son dessein.
iîL'expérience de tous les siècles nous apprend que les têtes à grands desseins et les esprits féconds en beaux projets sont sujets à donner dans la chimèi'e.
Le mot de projet se prend aussi pour la chose même qu'on veut exécuter, ainsi que celui de dessein. Mais quoique ces mots soient alors encore plus synonymes, on ne laisse pas d'y trouver une différence qui se fait sentir à ceux qui ont le goût fin et délicat, La voici telle que j'ai pu la développer. Il me semble que le projet regarde alors quelque chose de plus éloigné , et le dessein quelque chose de plus près. On fait des projets pour l'avenir : on forme des desseins pour le temps présent. Le premier est plus vague ; l'autre est plus dé-^ terminé.
Le projet d'un avare est de s'enrichir ; son dessein est d'amasser.
Un bon ministre d'État n'a d'autre projet que la gloire du prince et le bonheur des sujets. Un bon général d'armée a autant d'attention à cacher ses desseins qu'à découvrir ceux de l'ennemi.
L'union de tous les États de l'Europe dans un corps de république, pour le gouvernement général ou la discrétion des intérêts , sans rien changer néanmoins dans le gouvernement intérieur et particulier de chacun d'eux, étoit un projet digne tle Henri IV, plus noble , mais peut-ctie plus diflScile à exécuter que le dessein de la monarchie universelle, dont l'Espagne étoit alors occupée. (G.)