RECEVOIR
tance, coupable sans doute et punissable , mais sans de grands troubles et de gi-ands dangers. Ainsi ,un particulier fait rebettion à la justice, quand il s'oppose à l'exécution de ses décrets: jnais lorsqu'un peuple en fiirie trouble, par une suite d'attentats , l'ordre essentiel de la société , il y a révolte. (R.)
1 97^-. RECEVOin, ACCEPTEn.
Nous recevons ce qu'on nous donne ou ce qu'on nous eu- Toie. îsovis acceptons ce qu'on nous offre.
On reçoit des grâces ; on accepte des services.,
Recevoir^ exclut simplement le refiis. Accepter^ semble marquer un consentement ou une approbation plus expresse.
Il faut toujours être reconnoissant des bienfaits qu'on a reçus. Il ne faut jamais rejeter ce qu'on a accepté. G.)
9y6. HECHIGNER^ REFROGNER,
Rechigner^ marqtier de la répugnance, du dégoût, du mécontentement par un air rude et des grimaces repoussantes. Refrogner ou renfrogner, contracter ou plisser son front de manière à marquei de -la rêverie, de l'humeuiv, de la tristesse, liorel dit que reciner, le m.ême que rechigner, vient de canis , cbien ; parce que c'est faire comme un chien qu'on fâche. Refrogner vient de pont; et il exprime le froncement , les plis , les vides multipliées. Le refrognement est donc proprement sui. le front; le rechignement est plus sur la bouche.
Le rechignement et le refrognement marquent la mauvaise humeur : mais le rechignement est fait pour la témoigner, et le refrognement la décèle en la concentrant. Lorsqu'on fait une chose à contre-cœur, on rechigne pour manifester sa répugnance : lors même qu'on veut cacher la peine qu'on éprouve , on se renfrongne. Je veux diie que le rechignement est plutôt un acte fait à dessein , que le refrognement.
La vieillesse est assez renfrognée et laide par elle-même, sans être encore rechignée et dégoûtante , selon la pensée de Molière.
Les enfants sont sujets à n'obéir qu'en rechignant : n'acceptez pas cette fausse obéissance. Mais si , pour leur faire l'humeur, vous vous refrognez le yisage, vous ne leur appren-
HECHUTE. 293
tirez pas à se corriger; vous leur ferez peut-ctre peur; cela ne vaut pas mieux.
Je voudrois que les beautés dédaigneuses considérassent dans leur miroir combien une figure est laide et repoussanite avec un air rechigné ; et que les prudes renfrognées considérassent dans le leur combien elles ont l'air d'ctre cbagrines eX, souffrantes de leur vertu.
Pourquoi rechigner à faire ce que vous faisiez avec tant dc plaisir? Ah! j'entends, on vient de vous l'ordonner. On fait une censure générale, et votre visage se refrogne! prenez-^ donc garde , vous vous trahissez.
Celui qui vous donne une chose en rechignant, vous la jette au visage. Celui qui prend un air renfrogné pour paroitr© grave , prend un masque pour un visage. (H.)
9^7. RECHUTE, naÉCIDIVE.
La rechute et la récidi\'e marquent l'action de retomber .•mais la rechute est de retomber dans un état funeste ; et la récidive f de retomber dans un mauvais cas.
Mais 1 idée de tomber est essentielle et rigoureuse dans la rechute , et non dans la récidÏK'e. On dit se re/ei'er d'une chute: après qu'on s'en est relevé, on retombe par la recAafe. Mais on dit se mettre dans un mauvais cas; et après qu'on s'en est tiré, on s'y remet par la récidive. Il i^é^ulte de-là que la rechute, marque la foiblesse ou la légcveîé : et la récidive, l'opiniâtreté ou l'imprudencf. C'est parce qu'on n'est pas assez ferme ou assez constant qu'on fait une rechute : c'est parce qu'on ne veut pas se corriger ou s'ob*erver, qu'on passe à la récidive.. Guéri ou rétabli , jusqu'à un cex'tain point, dans son premier état, on retombe : ■çvLXii ou pardonné vainement, on récidive, on recommence. Il y a donc , en général , plus de malice dans la récidive que dans la rechute, et plus de malheur dans la rechute c^ne dans la récidive.
Cependant ces termes , quoiqu'ils aient à peu près le même sens, ne se confondent point, parce qu'ils sont exclusivement consacrés à quelque ordre particulier de choses. Rechute est un terme de médecine et de morale : un malade ou un pécheur fait une rechute. Récidive est un terme de jurisprudence et de lois pénales : un coupable , un délinquant , fait une récidive,
a94 RÉCEAMER.
La rechute est donc une maladie funeste , ou du corps, ou de l'âme ; la récidive est un délit ou une faute punissable selon la loi. La rechute est plus dangereuse que la première maladie : la. récidive est plus sévèrement punie que le premier délit. Leur sjnonjmie consiste donc à désigner le retour dans la même faute ou dans le même mal. (R.)
9^8. UÉCLAMEU, REVENDIQTJEn.
Réclamer, se récrier contre, s'opposer en criant, appeler hautement ou à grands cris , protester ou revenir contre. Revendiquer , réclamer, répéter sa chose, son bien, sa propriété; réclamer \a force, la vengeance, l'autorité, la justice, pour ravoir sa chose ; en poursuivre le recouvrement par les voies de droit et de fait contre celui qui l'a usurpée ou qui la retient.
Vous réclamez en vous opposant à toute sorte de prétentions : vous revendiquez en vous opposant à l'usurpation. La réclamation est une demande, un appel. La revendication est une action, une poursuite, ha. réclamation conserve vos droits : la revendication poursuit la restitution d'un bien.
Un effet perdu dont on ne connoît pas le maître, vous le réclamez : un effet volé qu'on ne veut pas vous rendre , vous le revendiquez.
Il y a des gens habiles à réclamer ces petits mots , ces petits riens qui courent le monde s^ans que leur auteur les réclame : tant pis pour eux, car sans doute ils n'ont guère d'autres titres de gloire.
Un auteur mal accueilli ne manque pas de réclamer conti'C le jugement du public; et il en appelle à lui dont il est bien sûr, et à la postérité qui ne l'entend pas. Un petit auteur, vain de quelques petites pensées, est tout prêt à revendiquer ce que d'autres ont pensé , bien ou mal , comme lui : ainsi Boileau parle , au nom de Longin , d'un de ces sots esprits qui ne pouvoit voir la plus froide pensée dans Xénophon sans la revendiquer.
L'homme est toujours mineur àcertains égards, et la nature réclame toujours pour lui les droits inaliénables qu'il n'a pu céder qu'à la violence ou dans le délire. Les Romains , en donnant le nom de vindicte à la baguette dont ils frappoient