RESPIRER
de la considération pour la naissance , de la déférence pour un avis. On doit du respect à soi-même , des égards à ses égaux, de la considération à ses supérieurs , de la déférence à ses amis. Le malheur mérite du respect; le repentir, des égards; les grandes places , de la considération ; les pricies , de la déférence. On dit, j'ai du respect , des égards, de la déférence pour M. un tel : et on dit passivement, M. un tel a beaucoup de considérationi^our moi. {Encijcl. IV, 43-)
lOII. RESPIRER, S0T7PIRER APUks.
On dit respirer la chose et soupirer pour une chose. Ces mots désignent figurément le désir, l'ardeur, la passion dont le cœur est si plein qu'il semble l'exhaler , ou par une respiration forte, ou par des soupirs répétés. Cette explication seule donne la difFe'rence des deux expressions. La respiration forte marque la force du désir , et le soupir exprime la peine du cœur. La même passion', dans son impatience, ne respire qu'après l'objet après lequel elle soupire dans son affliction. Respirer annonce un désir plus ardent et plus énergique ; et soupirer . un désir plus tendre et plus touchant.
La colère , la vengeance , la férocité ne respirent que la destruction et le crime ; elles ne soupirent pas ces passions fougueuses. Des passions dovices et timides soupirent pour leur objet plutôt qu'elles ne respirent, jusqu'à ce qu'exaltées par une vive effervescence , elles sorcent ,'pour ainsi dire , de leur caractère
Vous qui aimez la guerre, vous respirez donc le malheur et îe sang de vos semblables, de vos amis, de vos frères. Ah I vous soupirerez bientôt pour la paix, quand des coups sensibles auront amorti, dans votre cœur, cette ambition de gloire , ou plutôt de rang, qui vous aveugle et vous emporte.
Le loup affamé ne respire qu'après la proie : la biche altérée ne soupire qu'après les eaux de la fontaine. Les passions prennent le caractère du sujet passionné.
Un courage mâle respire la liberté ; il brise vos chaînes ou vous brise contre elles. Une âme douce et timide soupire pour la liberté ; elle montre ses chaînes pour attendrir un libé- Vateur.
Il est donc-vfai qu'un roi qui ne respire que le bonheur do
33o lîESSEMBLANGE.
«es sujets, est quelquefois réduit à soupirer long-temps en vain pour leur soulagement.
Une bonne mère, entourée de ses enfants, ne respire que leur félicité : ce sont là toutes ses pensées , tous ses soins , toutes ses jouissances ; elle vit pour eux et en eux. Une mère tendre , éloignée de son fils bien-aimé , ne soupire que pour «on i*etour : sa joie est loin d'elle ; elle n'a que des vœux pour le rappeler, et ils sont étouffés par ses soupirs.
Soupirer marque ainsi l'intérêt tendre et la sensibilité touchante. Mais quelle énergie que celle de l'expression (une des plus belles de nos expressions figurées), respirer Le carnage, respirer la joie! Ce que nous re^piroH* , c'est ce qui nous anime , - c'est ce que nous attirons et répandons sans cesse , c'est ce qui meut toutes nos facultés , c'est notre vie.
Convenons que respirer après une chose n'a pas la même force , et se rapproche davantage de soupirer après. Cependant , avec moins d'énergie , cette locution a le même caractère distinctif . Respirer après marque un désir plus vif , plus impatient , plus empressé ; et soupirer après marque un désir ou un regi'et plus inquiet, plus triste, plus, affectueux.
Le malade , dont le courage renaît avec les forces, ne respire qu'après la santé : un malade , trop débile encore et abattu , ne fait que soupirer après elle.
Il me reste à observer que respirer après n'exprime propremeïit que le désir d'un bien qu'on youdroit posséder : tandis que soupirer après exprime fréquemment le regret d'un bien qu'on a eu le malheur de perdre.
Vous respiriez après votre ami vivant : cet ami mort , vous soupirez en vain après l«i. (R.)
1012. RESSEMBLANCE, C0NF0HMITE.
Termes qui désignent l'existence des mêmes qualités dans plusieurs sujets différents ; mais ressemblance se dit des sujets intellectuels, et des sujets corporels; au lieu que conformité n^ s'applique qu'aux objets intellectuels, et même plus souvent aux puissances qu'aux actes.
Il semble qu'il ne faille que la présence dune seule et même qualité dans deux sujets pour faire de la ressemblance; au lieu qu'il faut la présence de plusieurs qualités pour faire coufor-
RESSEMBLANT. 33i
^ité: ainsi ressemblance peut s'emplojer presque partout où l'on peut se servir de conformité^ mais il n'en est pas de mêm€ de celui-ci. (Encyct., III , SSq. )
Plus il 7 a de ressemblance entre deux objets , plus ils appi'ochent de la conformité ; ainsi la conformité est une ressemblance parfaite.
La ressemblance est donc susceptible de plus et de moins^ et ce mot peut en conséquence servir de complément à tous ceux qui expriment la quantité : peu ou beaucoup de ressemblance , assez ou trop de ressemblance , plus ou moins ou autant àc ressemblance. Mais la conformité étant une reiiem6/a« ce parfaite , ce mot se construit moins souvent de la mèijie manière. Si l'on veut marquer qu'il manque peu de traits , ou qu'il ne manque aucun trait à la pléni^de de \^ •conformité , on l'indique plutôt par quelque adjectif d'une signification ampliative : une grande ou très-grande conformité , une parfaite ou une entière conformité.
Quelques traits àe ressemblance entre la doctrine de l'Église catholique et celle des hérétiques des premiers siècles, autorisèrent les païens à condamner absolument le christianisme : leurs préventions les empêchoient de remarquer le défaut de conformité des uns avec les autres, et l'exacte conformité de la doctrine évangélique. (B.)
IOl3. RESSEMBLANT, SEMBLABLE.
Deux objets ressemblants ont la même apparence , la même forme, la même ligure, les mêmes rapports sensibles : deux objets semblables sent seulement propres à être comparés , dignes d'être assimilés, faits pour aller ensemble ou de pair, à cause des rapports communs qu'ils ont également. Un portrait est en lui-même ressemblant ; et quand vous comparez deux choses ensemble , vous les trouvez semblablt^.
Nous appliquons' le mot ressemblant à des objets qui semblent faits sur le même modèk, jetés dans le même moule , formés sur le même dessein, copiés l'un sur l'autre; tandis qu'il suffit de certaines apparences , de quelques traits marqués , de divers rapports sensibles , pour que cette sorte de conformité imparfaite rende des objets semblables ou comparables. Aiugi un ]yovtT2iiitst ressemblant j qui rend bien la
33a ÎIÉTABLIR.
figure : deux jumeaux sont ressemblants , dont on reconnoît l'un quand on connoît l'autre : deux étoffes sont si ressemblantesycpie l'on prendroit l'une pour l'autre. Mais un homme, quoique semblable à un autre , ne lui est pas toujours ressemblant : Achille n'est pas ressemblant a un lion , quoiqu'on dise qu'il lui est semblable : nos semblables , non-seulement ne nous sont pas toujours ressemblants , mais il j a de très-grandes différences entre eux et nous.
Le mot re55e;n6/art/ désigne plutôt une ressemblance physique de figure , de forme , d'ordonnance , d'ensemble qui frappe les yeux de la même manière ; au lieu que semblable sert également à désigner des rapports métaphysiques, moraux, géométriques , l'espèce , le nombre , la qualité , la valeur, la propriété uniforme ou commune de tout genre. Les malheureux ont des semblables , et non des gens ressemblants : des figures géométriques ont des propriétés , non ressemblantes ;, mais sem-^ blables , etc. Il faut pourtant dire que ces choses se ressemblent:, ©u qu'elles ont plus ou moins de ressemblance ; ce qui induit naturellement à de fausses applications de l'adjectif ressemblant. (R.)
IO14. "RÉTABLin, HESTAURER, RÉPAREIlr
Ces verbes expriment l'idée commune de refaire , renouveler, mettre de nouveau en état.
Rétablir signifie proprement mettre de nouveau sur pied . remettre une chose en état , en bon état , dans son premier état : restaurer, remettre à neuf , restituer une chose dans soi» intégrité , dans sa force , dans son éclat : réparer, raccommoder, redonner à une chose sa forme , sa première apparence , son ancien aspect.
Le travail de rétablir est relativement plus grand que celui de restaurer- et le travail de restaurer, plus grand que celui de réparer. On rétablit ce qui est renversé , ruiné, détruit ; on restaure ce qui est dégradé , défiguré , déchu ; on répare ce qui est gâté , endommagé , détérioré.
On rétablit un édifice ruiné; on rétablit des fortifications détruites ; on rétablit un article oublié dans un compte. On restaure un bâtiment qui dépérit; on restaure de vieux tableaux; on restaure une statue mutilée. On répare une maison négligée^