INTELLIGIBLE
tiennent l'inimitié; elle ne finit que lorsque, fatigué de chercher à nuire , on se raccommode , ou que , persuadé par des amis communs , on se réconcilie. Le souvenir d'un tort ou d'un aflfront reçu conserve la rancune dans le cteur ; elle n'en sort que lorsqu'on n'a plus aucun désir de vengeance , ou qu'on pardonne sincèrement.
L'inimitié n'empêche pas toujours d'estimer son ennemi, ni de lui rendre justice ; mais elle empêche de le caresser et de lui faire du bien autrement que par certains mouvements d'honneur et de grandeur d'âme, auxquels on sacrifie quelquefois sa vengeance. La rancune fait toujours embrasser avec plaisir l'occasion de se venger; mais elle sait se couvrir de l'extérieur de l'amitié jusqu'au moment qu'elle trouve à se satisfaire.
Il y a quelquefois de la noblesse dans Vinimitié; et il seroit honteux de n'en point avoir pour certaines personnes : mais la rancune a toujours quelque chose de bas; un cojirage fier refuse nettement le pardon, ou l'accorde de bonne grâce.
On a vu les sentiments être héréditaires , et l'inimitié se perpétuer dans les familles : les mœurs sont changées : le fils ne veut du père que la succession des biens. Les réconciliations parfaites sont rares : il reste souvent bien de la rancune après celles qui paroissent être les plus sincères ; et la façon de pardonner qu'on attribue aux Italiens est assez celle de toutes les nations.
Je crois qu'il n'y a que les perturbateurs du repos public qui doivent être l'objet de l'inimitié d'un philosophe. S'il y a un cas où la rancune so^t excusable, c'est à l'égard des traîtres; leur crime est trop noir pour qu'on puisse penser à eux sans indignation. (G.)