‹ Dictionnaire universel des synonymes de la langue franseChapitre 70 sur 494 · LAINE, TOISON · texte numérisé non relu

LAINE, TOISON

Une toison est la totalité de la laine dont l'animal est revêtu; on distingue diflférentes sortes de /a/nei dans une toison.

Quoi qu'on en dise, il est infiniment plus avantageux de bien soigner les troupeaux du pays et leurs laines , c^ue d'y établir des races plus parfaites , tii'ées de loin. L'introduction des meilleures brebis étrangères procure à peine deux ou trois belles toisons à grands frais.

On coupe , on enlève , on lave , on vend la toison; mais c'est la laine que l'industrie prépare et travaille de mille manières. La toison n'est qu'un objet de vente ; la laine est la matière mise en œuvre par différents arts. Je veux dire que la toison redevient laine, ou qu'elle en reprend le nom dans les mains de divers fabricants. (R.)

€95. LAMINTABLE, DÉPLORABLE.

Lamentable, qui mérite, qui excite des lamentations , c'està-dire des cris plaintifs , longs et immodérés. Déplorable, qui mérite, qui tire des pleurs, c'est-ù-dire des larnits accompagnées de ci'is.

Les lamentations ne sont pas de simples gémissements.

Le gémissement est une voix plaintive , tendre , pitoyable .. inarticulée'; il échappe d'un cœur serré ou oppressé : la lannntation est l'effusion d'un cœur qui ne peut ni se contenir ni s'arrêter ; elle est grande , sombre , lugubre , opiniâtre. La colombe et la tourterelle gémissent et ne se lamentent pas. Cicé' ron définit la lamentation, une douleur exprimée par des cris immodérés et lugubres , ejulatus : le gémissement, dit le même philosophe , est quelquefois permis aux hommes ; les lamentalions ue le sont pas même aux femmes. La lamentation se rap-

LAMENTATION. 6i

pioche du liurlement, cri élevé , îrainant eteffi ayant, propre aux loups et aux chiens c[ui semblent se désoler. Le gémissenuiiil ne rilarqne que 'la sensibilité : la lamentation marqtie en général une sorte defoiblesse; mais dans de grandes calamités publiques , les lamentations paroîtront justes , naturelles , convenables : il faudroit que , comme celles de Jérémie , elles égalassent les calamités.

Il nous reste les pleurs et les cris mêlés de plaintes , qu'on auroit pu appeler déptoration. Je dem'ande la permission de me servir de ce mot, pour la commodité du discours. La déploratlon est plus vive et plus pathétique que la lamentation, plus lugubre et plus traînée elle-même que la lamentation. La dtiploration est d'un homme qui se désole , qui se désespère ; la lamentation , d'un homme qui ne peut se modérer, se consoler. Celui qui déplore son sort vous touche et vous attache ; celui qui lamente sur le sien vous attriste et' vous alllige.

L'objet lamentable est donc fait pour exciter en vous , par de fortes impressions, des sentiments si douloureux, qu'ils éclatent par des cris , et s'exhalent par de longues plaintes et de longs regrets. L'objet déplorable est fait pour exciter en nous, par des impressions touchantes , une sensibilité si vive, qu'il faut non -seulement des cris , mais encore des larmes amères pour exprimer notre douleur.

La situation des personnes est déplorable ■ leurs cris mêmes sont lamentables. (R.)

Page 1