CRAVATE — CRAVEN
appropriés aux saisons et aux climats, disposé sous forme de ceinture ou de bande, que les hommes mettent autour du cou, et dont les.geux bouts s’attachent et pendent par devant. Indépendamment de leur utilité contre l’action du froid humide et toutes les vicissitudes du chaud au froid, les cravates défendent le cou contre le choc des corps vulnérants ; mais il faut se garder d’en porter de trop volumineuses. Il est facile en effet de reconnaître les inconvénients d’une cravate qui gène par sa construction les mouvements du cou et de la tête, l’action des organes vocaux et de ceux de la déglutition, et la libre circulation du sang dans la tête.
Les cravates ordinaires sont des carrés pliés triangulairement ou des triangles de tissus de soie , de laine, de coton, de’toile de batiste, On les plie en cachant le sommet du triangle ; on leur donne une largeur en rapport avec la longueur du cou; le milieu est appliqué le plus ordinairement sur la gorge, et les deux bouts, se croisant à la nuque, sont ramenés en avant, où on les noue, soit au milieu, soit un peu à côté; d’autres fois les bouts sont engagés dans une agrafe ou dans une bague, et ramenés de nouveau en arrière, où on les noue négligemment; d’autres fois encore les bouts, ramenés en avant, sont fixés avec des épingles-bijoux, et croisés sur la poitrine. On porte aussi des cravates longues, dont la forme rappelle celle d’une écharpe. Enfin on à fait des cols-cravates, qui offrent aux maladroits l'avantage d’avoir leur nœud tout fait; cette dernière confection, dont les formes varient sans cesse, occupe de nombreuses ouvrières, et plusieurs maisons de Paris en font un commerce considérable. Pendant la saison des chaleurs, le villageois, endimanché, noue négligemment sa cravate,
. en faisant une rosette qui tombe sur la poitrine : cette ma-
nière de porter sa cravate a été quelque temps à la mode sous le nom de cravate à la Colin. L. LAURENT.
Le nom de cravate ou cravate, considérée comme ornement du cou, vient, suivant Furetière, d’une mode des Croates. Si l’on en croit Ménage, cravate serait une corruplien de carabate, ce qui semblerait autoriser à croire que c’était un collet à l’usage des carabins, comme le rise était un collet à l'usage des reîtres; mais nous m’oserions prononcer si la cravate qui accompagnait le juste-au-corps a donné son nom à l’écharpe des étendards, ou si l’häbitude qu’avaient les croates, les carabins, les reîtres , d’attacher une écharpe à leurs enseignes ou leur enseigne par une
écharpe, fit, par allusion, appeler carabate ou cravate
l'étoffe qui se porte autour du cou. Furetière affirme que la cravate d’habillement est d'invention allemande et date de 1636. L’autre genre de cravate est plus moderne : il n’y a pas beaucoup plus d’un siècle que son nom est en usage; mais s’il n’y avait pas nominalement de cravate d’enseigne, il y en avait par le fait, et leur histoire ne peut s’éclaircir que par celle des écharpes,
Dans le quinzième et le seizième siècle, quand l’écharpe était un accompagnement de l’habit militaire , il était d’usage dans la cavalerie que les porte-cornette à l'instant d’une action attachassent à leur buste avec une écharpe
de taffetas leur cornette, afin d’en être inséparables, de
combattre plus commodément, de la défendre mieux. Les grands et ridicules drapeaux que l'infanterie adopta étaient une imitation des petites cornettes de la cavalerie, Ce mot drapeau était naissant en 1583, comme le déclare et s’en plaint Henri Estienne. Les porte-drapeau eurent l’écharpe à double fin, comme les porte-cornette. Les colonels généraux, et non le gouvernement ou l’officier porte-enseigne, faisaient la dépense de l’écharpe, parce que ces grands dignitaires regardaient comme à eux l’enseigne, et comme leur mandataire le porte-enseigne. Ils donnaient blanche cette écharpe , parce que le blanc était la couleur de colonel général. Audouin prétend qu’en 1668 Louvois distribua, au nom du roi, les premières cravates aux corps d'infanterie ; ais ce ne furent pas les premières cravates, ce furent les IUT, DE LA CONYERS. — T. vi.
dernières écharpes. Louis XIV venait d’abolir la charge de colonel général de l'infanterie, s’en attribuant personnellement les fonctions et les prérogatives. L'écharpe que les offi-
ciers portaient commesigne distinctif ayant été abolie au com-
mencement du dix-septième siècle, le porte-enseigne cessa, en même temps que ses camarades , de la porter; mais il attacha la sienne, ou plutôt celle que le roi lui avait confiée, à la lance du drapeau, dont elle devint inséparable; et c’est depuis lors que le mot écharpe tombant en oubli, le mot. cravale lui succéda.
Les ordonnances de 1767 et 1779 chargeaient les colonels des corps de la fourniture des cravates. En 1790 l’émigration emporta le plus qu’elle put de cravates, parce que le préjugé militaire, ou des souvenirs dont on se rendait mal compte, faisaient considérer cet insigne comme un palladium ou une relique. C’eût été l’instant d'en abolir l’usage, parce que sa broderie, ses franges, son cordon, ses glands, ses flocs, son nœud bouffant, sont une dépense en pure perte, allourdissent un drapeau déjà trop lourd, et contrarient les opérations de l'alignement; mais, quoique ces chiffons ne rappelassent que des idées de galanterie ou'de févdalité, qui avaient donné naissance aux écharpes, les cravates furent conservées à une époque de tant de sages réformes : la puissance des habitudes l’emporta; personne ne se doutait d’où venait et à quoi servait la cravate, tant sont fugitifs les souvenirs qu'aucune publicité n’enregistre. L’ordonnance de 1790 établissait que les cravates seraient tricolores; et pourtant, que siënifiait sur un drapeau aux couleurs nationales une cravate de même nuance? Un décret de 1791 dispensa les colonels de faire les frais des cravates. La Resfauratjon rattacha aux insignes la cravate blanche; la mesure était conséquente au système du temps : c'était la résurrection des cravates emportées en 1790. Mais l’année 1830 renouvela les cravates tricolores qui existent encore : c'était aussi peu plausible qu’en 1790. G*! Bari.
CRAVATE, pièce d'artifice. Voyez BRULOT.
CRAVEN (Éuzageru BERKELEY, lady), devenue plus tard margrave d’Anspach, était la plus jeune des filles du comte de Berkeley.Née en 1750, elle épousa en 1767 le dernier comte de Craven, dont elle eut sept enfants, mais dont, après quatorze ans de mariage, elle se sépara à l’amiable pour cause d’incompatibilité d’humewr et de mauvais traitements. Lady Craven visita alors successivement les cours de Versailles, de Madrid, de Lisbonne, de Vienne, de Berlin, de Constantinople, de Varsovie, de Saint-Pétersbourg, de Rome, de Florence et de Naples , puis elle finit par se fixer à Anspach, où le margrave Christian-Frédéric-Charles- Guillaume, neveu du grand Frédéric, prince très-ennuyé d’une épouse maladive qu’il n’aimart guère, et qui jusque alors s’en dédommageait par les amours illégitimes , s’éprit pour elle d’une vive passion, et noua avec elle une liaison toute platonique. C’est elle du moins qui, dans ses mémoires, prend grand soin de nous le dire. Ce qu'il y a de plus certain, c'est qu’elle fit quitter la partie à notre célèbre tragédienne, Mlle Clairon, qui depuis longues années trônait à cette petite cour.
Lord Craven étant venu à mourir en 1791, et le margrave, de son côté , ayant perdu sa femme, un mariage en forme unit bientôt les deux amants, et quelque temps après on vit ce prince abandonner ses États, qu’il avait vendus au roi de Prusse moyennant une pension annuelle, pour venir vivre avec sa nouvelle épouse en Angleterre, où il acheta le domaine de Brandenburg, situé pres de Hammersmith. Quoique l’empereur François II eût créé lady Craven, tout exprès en vue de son mariage avec le margrave, princesse de Berkeley, la reine d'Angleterre refusa de la recevoir à sa cour comme princesse, et ce fut là une bien rude mortification pour l'orgueil de la nouvelle margrave.
Après la mort de son second mari, arrivée en 1806, lady Craven, qu’il avait instituée son héritière universelle, vécut
tantôt en Angleterre, tantôt à Naples, où elle mourut, le 13 janvier 1828. Le récit de son voyage en Crimée et à Constantinople parut en formede lettres, sous ce titre : Journey through the Crimato Constantinople (Londres, 1789). Ses Memoirs of the margravine of Anspach, formerly lady Craven, offrent un vif intérêt, à cause des rapports intimes que l’auteur eut avec Catherine II, Joseph II et d’autres monarques.
. CRAWFORD (Wizcrau-Henry), l’un des hommes d’État les plus distingués des États-Unis, naquit le 24 février 1772 à Nelson-County, en Virginie. Son père, à la suite des guerres de l'indépendance, s’établit en Géorgie, et mourut après avoir perdu la plus grande partie de son patrimoine. Pour nourrir sa mère, le jeune Crawford fut obligé de se faire maître d’école, ce qui ne l’empêcha cependant pas d'étudier en même temps le droit ; et en 1799 il débuta dans la pratique de cette science à Oglethorp. En 1804 il fut élu membre de la législature de la Géorgie, et en 1807 nommé pour la première fois sénateur au congrès. Sans être un orateur éminent,‘il fit preuve de tant de tact et d'habileté comme homme d’État, qu’en 1811 sa réélection eut lieu sans opposition. Il se montra l’un des plus déterminés partisans de la guerre avec l'Angleterre; ce qui ne l’empécha pas de voter contre la fameuse loi d’embargo et en faveur du projet de constitution d’une banque nationale, deux questions sur lesquelles il se trouva en désaccord avec la majorité du parti démocratique. En 1813 il fut nommé ambassadeur des États-Unis près le cabinet des Tuileries, et il occupa ce poste jusqu’en 1815, époque où le président Madison l’appela aux fonctions de ministre,des finances, Il remplit ces fonctions si importantes tellement à la satisfaction générale, que Monroe, qui succéda, en 1817, à Madison, crut devoir l'y maintenir. Il les conserva même usqu’à l’arrivée à la présidence de John Quincy Adams, en 1825. Le nouveau président de l’Union américaine voulut alors qu’il continuât à gérer les finances du pays; mais Crawford , qui avait refusé même la présidence, donna sa démission pour se retirer dans un domaine rural dont il était devenu propriétaire, II mourut le 15 septembre 1834. C'était un homme de mérite, joignant à toutes les vertus civiques celles qui font l’honnête homme, le bon père, le bon mari, Il était beaucoup plus versé dans les questions financières que la plupart des hommes qui l'avaient précédé ou qui lui ont succédé depuis dans les hautes fonctions dont il fut pendant si longtemps investi.
CRAWEFORD (Wiziam), ministre de la guerre de l’Union américaine pendant la présidence du général Taylor, neveu du précédent, né dans l’État de Géorgie, fut élevé dans un collége de la Virginie, alla ensuite étudier le droit au Yale-college de Newhaven, et ne fut pas plus tôt admis au nombre des avocats que, grâce au crédit de son oncle et de sa famille, il fut élu membre de la législature de la Géorgie, En 1845 les suffrages de ses concitoyens lui conférèrent les fonctions de gouverneur de cet État ; et en 1849 le président Taylor le choisit pour son ministre de la guerre, C’est dans ce poste qu’une honte ineffaçable est venue s’attacher à son nom. Déjà sous l’administration du président Pclk, il avait réussi à faire admettre comme valable et liquide par le trésor de l'Union une créance d’environ -0,000 dollars au nom des héritiers d’un certain Galphin. Le ministre des finances Walker consentit au payement de cette dette peu importante sans doute, mais rien moins que prouvée, et rejeta la partie de là réclamation qui avait pour but d’obtenir en même temps le payement des intérêts de cette somme échus depuis un siècle. Quand Crawford, avec l'assistance de ses amis, fut parvenu au ministève de la guerre, il fit de nouveau valoir auprès de son collègue des finances sa réclamation relative aux intérêts, et qui ne s'élevait pas à moins de 234,000 dollars, et il la fit liquider à 194,000. Mais plus tard on découvrit que les prétendus héritiers