CRISE COMMERCIALE — CRI SEDITIEUX
‘au’enfin les plus faibles, les plus malheureux, les plus imprudents , se trouvent hors d'état de faire face à leurs affaires. Alors les faillites éclatent et s’engendrent, jusqu’au moment où la liquidation s'opère, où, la perte définitive du plus grand nombre et parfois le scandaleux enrichissement de quelques-uns se trouvant consommés, le mouvement commercial reprend un nouvel élan si la cause perturbatrice n'existe plus , ou se traîne maigre et languissant si elle persiste,
Le résultat universel et général de toute crise commerciale étant de restreindre à la fois la production et la consommation, c'est-à-dire d'allanguir momentanément la vie éconornique des nations, s’il était possible de prévoir avant d'en ressentir les premiers eflets l'approche de ces crises; si l'on pouvait d'avance et simultanément enrayer graduellement la production et la consommation, diminuer l'oftre aussi promptement que la demande, et répartir aussi proportionnellement sur tous les individus la gène universelle, on warriverait pas sans doute à supprimer les crises indus trielles que l’état général de nos sociétés rend pour longtemps encore inévitables, mais on diminuerait beaucoup leurs effets désastreux. En effet, prise en masse et vue de haut, une crise commerciale n’est autre chose qu’un temps d’arrêt dans le développement industriel d’un peuple; temps d'arrêt favorable souvent aux progrès futurs de ce peuple, et qui ne marque dans son histoire que par un ralentissement el une gêne passagère, Mais dans l’état d’inassociation où se trouvent toutes les parties de l’industrie, dans ignorance forcée où elle vit dés conditions générales de sa prospérité et de ses ressources actuelles, les crises commerciales , au lieu de frapper solidairement tous les industriels, tombent d'abord tout entières sur quelques-uns, qu’elles écrasent, et dont la ruine immédiate entraîne une série de désastres qui s'arrête plus ou moins loin, selon les forces et le nombre de ceux que rencontre cette espèce d’avalanche.
On peut ramener à deux les causes générales des crises commerciales : ou bien elles proviennent d’un changement brusque ét imprévu soit dans les conditions et les procédés de la production, soit dans les besoins de la consommation ; ou bien elles naissent de la perturbation générale qu'amènent ordinairement les révolutions politiques ou sociales dont l'histoire présente de nombreux exemples.
Un perfectionnement subit dans les procédés de la production ruine de fond en comble et jette dans une gère inomentanée sans doute, mais effroyable et souvent imortelle, les producteurs dont la fortune ou l'existence dépendaient des procédés anciens : ainsi, l'invention de limprimerie mit la détresse parmi les copistes de manuscrits; ainsi, les machines à filer le coton furent une cause de souffrance pour ceux et celles qui vivaient de la filature à la main; ainsi, les chemins de fer ont ruiné les maîtres de postes. Nous avons vu en France un exemple frappant de cette sorte de crise. Lebiocus continental, en fermant nos ports et ceux de l’Europe continentale à lous les produits non continentaux, avait placé toutes nos industries dans un état d'isolement et de concentration factice qui ne devait évidemment durer que jusqu’à la défaite de l'un ou de l’autre des deux adversaires qui venaient ainsi de se prendre corps à corps; tous nos efforts pour arracher à notre sol et à notre climat les produits qu’enfante sans peine la fécondité des régions tropicales devaient tourner à la ruiné de nos industriels le jour où le: monde rentrerait dans ses conditions naturelles d'équilibre : tout le commerce maritime et côtier que des corsaires faisaient à coups de canon et des contrebandiers à coups de fusil devait tomber avec sa causé. Aussi, dès les premières années de la Restauration, une grande gène commerciale se fit sentir; non-seulement les conditions générales de la production se trouvaient subitement changées, non-seulement la France s’épuisait à payèr les frais de linvasion et de l’occupation étrangère,
mais encore les débouchés qu'assuraient à plusieurs grandes industries l'équipement et la fourniture des armées vinrent à se fermer brusquement. ‘elles furent les causes de la crise commerciale qui en 1819 se manifesta par 8,333 faillites déclarées au tribunal de commerce de Paris. Les crises industrielles que nous avons vues se succéder depuis 1827 jusqu’en 1830 ont eu leur cause à la fois dans l’'application illimitée à l’intérieur du principe de la concurrence et dans le maintien d’un système douanier absurde, qui étoufait nos forces et paralysait nos relations extérieures, Quant à la crise qui suivit immédiatement là révolution de Juillet 1830, elle a sans doute eu sa cause principale dans la mauvaise gestion des années précédentes, mais elle fut accrue et prolongée par la gène et la panique que firent naître alors l'attitude politique de l’Europe et la crainte d’une guerre que l'on crut imminente.
Les révolutions politiques et sociales produisent presque toujours des crises commerciales : 1° d’abord parce qu’elles déplacent les fortunes et les existences; 2° parce qu'elles mettent souvent en hostilité avec les nations voisines Le peuple qui en est le théâtre ; 3° parce qu’elles détournent, soit par la voie de l’impôt, soit par celle de l'emprunt, les capitaux vers des emplois improductifs, tels, par exemple, que l'organisation et l'entretien d’une force armée considérable ; 4° parce que souvent elles font éclater un désaccord et une lutte entre les diverses classes de producteurs,
Quant à la dernière des causes que nous avons assignées aux crises commerciales nées des révolutions sociales, elle agit constamment au sein de notre propre société. Les affreux désastres de Lyon sont encore présents à la mémoire de tous les citoyens. Or, quelle est la cause de ces douloureuses convulsions? N'est-ce pas, en définitive, les efforts que renouvelle chaque année ia classe la plus nombreuse pour conquérir dans les cadres sociaux une place plus digne, pour obtenir par la coalition une répartition des fruits du fravail plus avantageuse à cette portion de la grande famille des travailleurs ? |
L’énumération précédente et le détail des causes principales qui engendrent les crises commerciales suffisent à montrér combien il est difficile de garantir contre elles l’industrie des nations. Organiser l’industrie, créer entre la consommation et la production des moyens constants de relations, d'équilibre, ee assurer lecrédit sur des bases assez larges pour que la société en recueille {ous les fruits sans être exposée aux catastrophes qu’entrainé son assiette inconsistante et imparfaite, c’est déjà une œuvre immense, et que de longs et prudents essais doivent préparer. Quant aux crises qui ont leur cause moins dans le défaut d'organisalion industrielle que dans les révolutions politiques et sociales qui semblent destinées à marquer par de grandes douleurs et de grands bienfaits le siècle dans lequel nous vivons, personne ne peut dire comment ni à quel terme finira cette série d'épreuves initiatrices. Charles LEMONNIER.
CRI SEDITIEUX. La loi du 17 mai 1819 contenait deux dispositions, aujourd’hui abrogées, qui s’appliquaient aux individus coupables d’avoir proféré des cris séditieux. Ils étaient punis de peines correctionnelles plus ou moins fortes selon la nature et le caractère de ces cris. Mais le paragraphe 1° de l’article 5° de cette loi a été remplacé par l’article 8 de la loi du 25 mars 1822, qui punit d’un emprisonnement de six jours à deux ans et d’une amehde de 6 francs à 4,000 francs tous cris séditieux publiquement proférés. Aucune de ces lois n’a défini d’ailleurs ce qu'on devait entendre par cris Séditieux. Elles ont donc laissé à Ja conscience des juges la mission d'apprécier si la clameurproférée peut recevoir la qualification de sédi/ieuse. En vertu de l'article 1*° de la loi du 8 octobre 1830 et, en tant que délits de la parole, les cris séditieux devaient être jugés par la cour d'assises ; un décret du 31 décembre 1851 a fait rentrer ces délits dans la compétence des tribunaux correctionnels.
CRISPATION (du latin crispare, rider, crèper, resserrer, friser, boucler). Dans son sens propre, ce mot signifie resserrement des choses qui se replient sur elles-mêmes et se raccornissent quand on les approche du feu. Tous les tissus animaux combinés avec de grandes proportions d’eau se crispent , se resserrent, lorsque pendant la vie ou après la mort on les soumet à l’action énergique des agents physiques qui vaporisent l'eau très-rapiderñent et à celle des agents chimiques qui ont une très-grande affinité pour ce liquide. L'action de l'air sec et chaud et celle de l'alcool plus où moins concentré et des dissolutions salines produisent aussi, d’une manière plus ou moins lente, cette sorte de resserrement des tissus souples et flexibles. Les arts anatomiques tirent un parli très-avantageux de ces divers agents de crispation des solides organiques, soit pour mettre en évidence les fibres les plus déliées, soit pour en obtenir la conservation, qui exige une soustraction lente et graduelle de l’eau des tissus, surtout lorsqu'on veut ménager et respecter les formes. Quoique le sens propre du mot crispalion s'applique exactement au phénomène physique que nous venons d'indiquer, cependant les anatomistes qui s'occupent plus spécialement de l'étude des tissus se servent plus habituellement du terme raccornissement, qui dans le langage usuel signifie état des parlies qui deviennent dures comme de la corne. Il est vrai de dire que la densité des tissus crispés auginente beauconp ; maïs, attendu qu’elle n’atteint point dans fous les cas la dureté de la corne, l'emploi du mot crispation devrait être préféré. Les mêmes agents qui crispent les solides coagulent les liquides des corps organisés. Mais il ne faut pas confondre la crispation avec la coagulation.
En pathologie, dans toutes ces locutions, crispation des vaisseaux capillaires d’une plaie, vaisseaux crispés, peau crispée (vulgairementratatinée),crispation de nerfs, on désigne sous ce terme commun le resserrement spasmodique qui se manifeste dans ces parties, soit spontanément, soit sous l'influence d'une cause morbifique ou dm agent thérapeutique (voyez Srasme). Quoiqu’on observe fréquemment dans les maladies la crispation des traits de la face, l’usege, qui ne permet point de dire face crispée, a consacré l'expression face grippée.
En langage usuel, le verbe actif crisper signifie au propre causer des crispations de nerfs, et au figuré inquiéter, vexer, tourmenter. L. LAURENT.
CRISPIN (Rôles de). Sur notre scène, Crispin est un valet qui par ses finesses vient en aide aux amours de son maître, ou bien qui les contrecarre par ses balourdises et ses maladresses.
Coiffe d’un léger chapeau noir, à calotte ronde et à petits bords; pourvu d’une énorme paire de moustaches et parfois d’une impériale menaçante; le cou nu, sortant d'une fraise ou collerette blanche, plissée; “tout vêtu de noir, essayant de se draper dans un petit manteau court, de même couleur, dont tout récemment hommes et femmes ont tenté de faire prendre la mode en France; chaussé de grandes bottes molles et la taille serrée par une large ceinture de cuir à grande boucle, ceinture, dans laquelle est passée une de ces râpières traditionnelles incompréhensibles aujourd’hui. voilà Orispin. Que vous en semble? A tort on a prétendu que ce personnage fantastique, qui rappelle les matlamores et les capitans espagnols, a été créé par Raymond Poisson, dont es débuts au tliéâtre de l'Hôtel de Bourgogne remontent à 1660; et qu'il l'aurait découvert en cherchant à transplanter sur la scène française l’Arlequin de la Comédie-Italienne. Crispin, ne vous en déplaise, est bien plus ancien chez nous que Poisson; de nombreuses gravures l’attestent, Le seul mérite de cet habile comédien fut de remettre en vogue ce type oublié et de repopulariser un vieux rôle, dont le bredouillement qui lui était partieuer fil longtemps partie intégrante, Le grand succès des