‹ Diderot et la société du baron d'HolbachChapitre 29 sur 118 · LIVRE PREMIER '/•S · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER '/•S

financier (V. Cette dame avait subi le charme de la conversation de Diderot, et elle s'aperçut trop tard qu'une de ses filles, Sophie, était éprise du Philosophe.

Diderot avait alors un peu plus de quarante ans, il était par conséquent dans toute la force de fàge et s'il n'avait pas, comme Helvétius, le genre de beauté qui tourne la tête aux femmes de théâtre, il portait sur son visage le signe d'un grand esprit uni à un grand cœur, ensemble bien séduisant pour une femme intelligente et cultivée. D'ailleurs ses traits étaient nobles, sa physionomie très-expressive : « Son front large, découvert et noblement arrondi portait, nous dit Meister, l'empreinte imposante d'un esprit vaste, lumineux et fécond, l'ensemble du profil se distinguait par un caractère de beauté mâle et sublime; le contour de la paupière supérieure était plein de délicatesse; l'expression habituelle de ses yeux, sensible et douce; mais lorsque sa tête commençait â s'échauffer, on les trouvait étincelants de feu. Sa bouche respirait un mélange intéressant de finesse, de grâce et de bonhomie. »

Madame Voland, dès qu'elle se fut aperçue que sa fille nimait Diderot, chercha, par tous les moyens, à les empêcher de se voir; mais l'amour a bien des ruses, et puis Sophie avait pour confidente sa

,*) Dans l' Almanarh royal de 17^(1. on trouve M. Volami demeurant rue de Toulouse, préposé pour lea fournissements des sels.

sœur, madame Legendre (*), qui ne se lassait pas d'entendre le Philosophe. Trompant la vigilance de leur mère, elles allaient toutes deux au Palais-Royal, où elles étaient sûres de rencontrer Diderot sur un banc de la belle allée d'Argenson '2 . Quand on ne pouvait se voir, on s'écrivait. Mais la juste sévérité de madame Voland ne put pas tenir longtemps contre une passion réelle et profonde, bien éloignée de ces goûts passagers qui formaient tant de liaisons éphémères à cette époque. Il fallut bien tolérer ce qu'elle ne pouvait empêcher.

Nous ne connaissons aucun portrait de Sophie; mais dans toutes les qualités que Diderot reconnaît à son amie, il n'est jamais question de sa beauté, tandis qu'il vante à tout propos les charmes de madame Legendre. Mademoiselle Voland n'était plus jeune quand elle se lia avec le Philosophe, elle avait trente-trois ans, et par conséquent ne pensait plus à se marier. Sa famille était dans l'aisance, elle vivait habituellement à Paris; mais tous les ans, vers l'automne, madame Voland allait,

('; M. Legendre figure dans YAlmanaeh royal de 1767 comme inspecteur des Ponts et Chaussées et demeurant rue Neuve des-Bons-Eufants-Richelieu. Il est mort trois ans après, en 1770.

(*) Le Palais-Royal n'était pas alors tel que nous le voyons aujourd'hui : les maisons d'alentour formaient la rue Richelieu et la rue des Bons-Enfants (ni la rue de Montpensier ni la rue de Valois n'existaient encore). Les propriétaires de ces maisons avaient tous des escaliers ou des terrasses sur le jardin. Ils firent, mais inutilement, des représentations très-vives lorsque, quelques années avant la révolution, le duc d'Orléans transforma son Palais.

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