ACTE II. SCfeNK If
El la voilà Irisle comme son père, Sombre, et n'osant sur moi lever les yeux.
BLÀlfCfiB.
A mes regards s'oifrait un sort prospère ; Pour moi brillait un ciel si radieux ! Tout change, hélas I la fortune contraire En un instant a renversé mes vœux.
(Canigou sort sur un second geste de Bliincho ) BLANCHE, le regardant s'éloigner, Ali! M, Daubray, si vous saviez?...
DAUBRAT.
Je sais tout... j'ai appris la fortune qui de nouveau nous sépare... mon rêve n'aura pas durëlongteinps !... n'importe!... il vous assure ma reconnaissance éternitlio, puisqu'il n'a pas dépendu de vous d'en faire une réalité!...
BLANCHE
Et maintenant encore, si je le pouvais...
DAUBRAT./
0 ciel î
BLANCHE
Mais c'est impossible... apprenez qu'à l'instant même où nous étions ruinés, M. de lVfontmorin,dont jedevais épouser le fils, est venu réclamer notre alliance et la foi promise... et aujourd'hui que la fortune nous est revenue... comment rompre ce mariage?... mon père n'a jamais manqiié à sa parole, et maintenant surtout, il se croirait déshonoré, s'il en avait seulement la pensée... comment alors l'y décider?.. .comment oser même le lui proposer?
DAUBRAT.
Vous aviez raison, c'est impossible.
BLANCHE
Je l'ai tenté, pourtant!
DAUBRAT.
Vous ?...
blaaciie.
Oui, moi!...jfi ne sais comment je vous raconte (ont cela... je ne le devrais pas peut-être... mais enfin...
DAUBUAY.
Achevez !... achevez, de grâce !..
BLAÎSCHE.
Deux fois j'ai voulu lui j^arlerde vous... mars mon embarras... et puis, Pair sombre et sévère... qu'il n'avait peut-être pas, et que je croyais lui voir... toula retenu sur mes lèvres l'aveu (jue j'allais lui faire... j'ai eu peur !... alors, j*ai pensé qu'il vallaitmieux lui écrire... et j'ai glissé sur son bureau... sous sa main... une petite lettre... dont je ne me rappelle pas les phrases, mais « malgré sa parole donnée, je le suppliais de « trouver quelque moyen de se dégager... car tout en tt rendant justice à mon fiancé... je ne croyais pas Tai- « mer... que bien au contraire, j'étais sûre d'enairaer-yjiin autre... »
DAUBRAT.
Oh î bonheur î...
BLANCHE, vivement.
Ce n'est pas à vous que je disais cela, monsieur, c'esî à mon père !
DAUBRAY
FJi bien !
BLANCHE
il entrait en ce moment rêveur et les yeux baissés, dans son cabinet... Je me suis retirée en silence... sur la poiiUe du pied, et à l'instant où je fermais la porte... il venait, sans m'avoir vue, de se jeter dans son fauteuil, juste en face de mon petit billet.
DAUBRAY
De sorte que vous ne savez pas encore...
BLANCHE
Eh! mon Dieu! si!... je crains de savoir... Je m'étais éloignée j l'inquiétude m'a ramenée près de cette porte..! oii le cœur me battait de crainte, et oii, l'oreille attentive, j'écoutai longtemps sans rien entendre... Il
«. ACTF. n, SCÈNE IH. 41
hie semblait que mon père s'était lové... puis ilmarciiait 'à grands p«>.,. puis son agitation devenait telle qu'il prononçait tout haut des mots entrecoupés... qui tous n'arrivaient pas jusqu'à moi!... Mais tout me prouvait que, dans le cœur do mon pauvre père, il selivraitcom- ))io une lutte, comme un combat... M oi, hésiter ! à\s^\Kil... hésiter.,* oser seulement m* arrêter à cette pensée,., NoUy non, jamais !... Api es quelques instans de silence, et comme cliangeanl do ton, il a dit : Ah ! ce n^est pas pour moi, c'est pour ma fille, ma pauvre enfant,., car enfin! api^ès tout... Puis il a poussé un cri : Ah ! c'est indigne!... Et d'une voix forte, il s'est écrié :iVb«^ jn ne céderai pas!.,, je ne céderai pas!.,.
DAUBRAY
Il a raison... un honnête homme tel que lui ne peut manquer à sa parole.
Air '. Qu'il tienne sa promesse. (Serment.) Qu'il tienne la promesse Qu'il fit à ses amis !
Mais moi, moi que l'on blesse, Moi, je n'ai rien promis ; Je sais ce qu'il me reste à faire, Adieu !
BLIIHCBB
Vous me quittez, hélas !
DAUBRAY, à part.
Mais du sort un marin jamais ne désespère, Tant qu'il lui reste encor son épée et son bras.
ENSEMBLE
DACVRAT.
Qu'il tienne sa promesse, etc.
BLAIVCHB.
0 fatale promesse 1 Rêve qui m'a souri ; 0 bonheur ! ô tendresse !
Tout s'éloigne avec lui 1
(Daubray sort.)
^2 DIDIER l'hONNÊTR HOMME.