ACTE l, Sck.NE IV. i
DIDIER
Eh bien î tu as déjà cinq cents francs que tu as placés chez moi... car lui qui se plaint toujours fait des économies... lia un capital de cinq cents francs.
CANIGOU
Auprès de vous et de tant d'autres... qui en avez mille fois plus !... voilà où le ciel n'est pas juste!... DIDIER, avec impatience .
Eh bien ?
BLANCHE
Eh bien ! mon père, vous ne devinez pas?... Canigou veut que vous lui donniez les cinq cents francs qui lui manquent et qui lui sont nécessaires...
CANIGOU
Je ne dis pas non! ça m'en fera quinze cents... car j'en ai déjà mille.
DIDIER, avec colère.
Tu les as?
CANIGOU
Oui, monsieur.
Eh bien ! alors, que viens-tu me demander?
CANIGOU
Je vous l'ai dit, monsieur, un bon conseil, c'est là que je veux arriver.
DIDIER
Tu peux te vanter d'avoir pris le plus long.
CANIGOU
Ça m|adéjà réussi... car c'est justement en revenant à la maison par la grande promenade... que j'ai vu sous mes pas... ce petit portefeuille vert qui ne contenait rien qu'un chiffon de papier de la banque, et commit c'est moi tout seul qui Tai trouvé, je viens vous demander si je peux le garder.
DIDIER
Garder le bien d'autrui!
CANIGOU
11 n'a plus de propriétaire... il luicn faut un, autant
que ce soit moi !... à moins que ça ne me procure du dësagrément; voilà pourquoi je viens vous consulter.
DIDIER
Est-ce là seulement ce qui t'effraie?... tu priverais un pauvre diable de tout son avoir peut-être, sans en éprouver des regrets, sans en avoir des remords ! CANIGOU, un peu troublé.
Si vraiment... j'en aurais... Pour cinq cents francs ! il y en a de plus heureux qui en ont pour bien davantage.
La somme n'y fait rien!... Un million ou cinq cents francs qu'on a dérobés pèsent autant sur la conscience!.,, il n'y a pas de bonheurpossible avec une méchante action, tu te la reprocherais sans cesse, tuserais malheureux, et dans ton intérêt même, crois-moi, reste honnête homme.
CANlGOU.
Je ne demanderais pas mieux, si j'avais de quoi!...
Mais cet argent-là m'est nécessaire pour mon mariage.
DIDIER, qui pendant ce temps a ouvert son bureau et y
prend wi billet de banque.
Tiens donc !... le voilà !..,
CANIGOU
Est-il possible?... ^
DIDIER
Garde celui-ci sans remords !,.. (Lui arrachant le portefeuille des mains.) Quant à l'autre... j'écrirai... je m'entendrai avec Montmorin pour découvrir le propriétaire.
CANIGOU
Merci, monsieur, je n'ai plus rien à désirer.
liLANGTIE.
C'est bien heureux!
DIDIER, consultant sa montre.
JNt'uf heures, le courrier doit être arrivé, et ces mestieursqui m'attendent, je vais les rejoindre... (A Canrcfou.) Toi, apportes-moi mes lettres dans mou cabinet.
AdTE I, SCÈNE VI. 15
CÀMGOU.
Oui, monsieur!...
Il sort par le fond et Didier par la porte de gauche.