‹ Dieu, l'homme et la béatitudeChapitre 59 sur 96 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Après avoir parlé dans la première partie de Dieu et des choses générales et infinies, nous aborderons dans cette seconde partie Tétude des choses particulières et finies, non pas de toutes, parce qu'elles sont en nombre infini, mais seulement de celles qui concernent rhomme ; et nous traiterons de la nature de l'homme, en tant qu'il se compose de certains modes compris dans les deux attributs que nous avons reconnus en Dieu. Je dis de quelques modes, parce que je ne pense en aucune façon que l'homme, en tant qu'il se compose de corps et d'âme, soit une substance, car nous avons montré dans la première partie : l"* qu'aucune substance ne peut commencer d'exister; 2^ qu'une substance ne peut en produire une autre; 3® enfin qu'il ne peut pas y avoir deux substances égales. Maintenant, comme l'homme n'a pas été de toute éternité, qu'il est fini et égal à la multitude des hommes, il ne peut pas être une substance, de telle sorte que tout ce qu'il a de pensée ne sont que des modes de l'attribut de la pensée que nous avons reconnu en Dieu; et tout ce qu'il a de

figure, mouvement et autres choses semblables, sont également des modes de l'autre attribut que nous avons reconnu en Dieu.

Quelques-uns, à la vérité, de ce que la nature humaine ne peut ni subsister ni être comprise sans les propriétés, qui, d'après nous-mêmes, sont substance, essayent d'en ëdnolairè qûë i'hdmrâê est une substance; mais cette conséquence n'a d'autre fondement que de fausses suppositions; car, puisque la nature de la matière ou du corps existait avant que la forme du corps humain existât, il est impossible que cette nature fût un mode du corps humain, et il est clair que dans le tetnpâ où l'homme n'était pas, elle ne pouvait appartenir à la nature de l'homme. Et, quant à la règle fondamentale qu'ils invoquent, à savoir ! que ce âatis quoi tiiie chose ne peut ni subsister tii être Comprise appartient à la nature do cette chose, hous ne la tiidtig pas^ car nous avons déjà prouvé qUe^ sans Dieti, aucune chose ne peut ni subsister ni ôtt*e comprise ; c'est-à-dire que Dieu doit exister et être compris avant quô lôs choses particu^ liêres existent et soient comprisesi Nous avons aussi montré que ce qui appartient à la nature de la déÛ-> nition, ce ne sont pas les Concepts génériques {gunuê et speciés), mais oe sont les choses qui peuvent exister sans d'autres et être conçues sans elles. Cela étant, quelle règle poserons-nous pour savoir oe qui appartient à là nature d'une ohose? Celle-ci : nous disons appartenir à la nature d'une chose ce sans quoi cette chose ne peut ni exister ni être comprise, mais de telle façon que la réciproque soit vraie, c'e8t*à*dire dé telle sorte que le prédicat ne puisse lui-môme ni exister ni être conçu sans cette chose.

Commençons donc à traiter des modes qui constituent la nature humaine l ce sera l'objet du I" cha^ pitre de oette seconde partie.

PËÉfACÊ fifi U SËCOMÔÈ PARTIE âl

1. Kôtfô âm^ éâi ou utië substance ou un mode. Elle u*êât psis une Substanee, t&t nous avons prouvé (}u'ii n'y a |)ftà dé substance finie dans la nature ; donc elle est un nlbde.

2. Si rame est un mode, elle doit être un inode de i'èten*due substantielle, ou un mode de la penisée âubslantielle \ or elle n^e&i pas Un mode de retendue ; donc elle eiit un mode dé là pensée.

3. La pensée substÀntielle, ne pouvant êire Unie, est infinie, parfaite en ôon genre, et est un attribut de Dieu.

I. Une pensée parfaite doit avoir une cônnàiâsftbcê (mode de la pensée) de toutes les chosêà qUi existent, tant ëUbstancê que modes, sans aucune eiteéption.

5. Nous dlâônd k (tul ëliëtênt )», parce qUë nou§ n^entén-: dons bas parler d'une eonnaissancè OU idée qui aurait poUf objet 1& nature de tous les êtres dâUâ léur ensemble, teii

qu'ils sont compris dans leur essence, abstraction faite de leur

existence particulière, mais seulement de la connaissance ou

idée dés choâed partiCuUèred, êU tant qu'elleâ Viennent à l'existence.

6. Cette connaid&ancô ou idée dé toute chôSé particulière, en tant qu'elle arrive à Texistence rêeUe, est Tàme de cette chose.

1 Toute chose particulière qui arrivé à reiisterice réelle, devient telle par lé mouvement où par le répoâ ; et C'est ainâi (c'est-à-dire par le mouvement et le repos) tlue se produisent tous les modes dans la substance étendue que noUis nom« mons des corps.

8. La différence entre les corps résulte seulement d'une proportion différente de repos et de mouvement : d'où vient que les uns sont d'une manière, les autres d'une autre, les uns ceci, les autres cela.

9. De telle proportion de repos et de mouvement provient l'existence de notre propre corps : et à ce corps, ainsi qu'à toute autre chose doit correspondre une connaissance ou idée dans la substance pensante ; et c'est cette idée qui est notre àme.

iO. Cependant ce corps était dans un autre rapport de repos et de mouvement, quand il était un enfant non encore né, et il sera plus tard dans un autre rapport quand nous serons morts; et cependant il n'y en avait pas moins alors, et il n'y en aura pas moins dans la suite, une idée ou connaissance de notre corps dans la chose pensante, mais non pas la môme, parce que le corps, dans ces deux cas, consiste dans une autre proportion de repos et de mouvement.

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