‹ Dieu, l'homme et la béatitudeChapitre 66 sur 96 · JAMET · texte numérisé non relu

JAMET

gj Dl^U, It'HOMMË ET LA BÉATITUDE

tuellement \q^ choses qui sont hors de nous, et non en nous,

Le troisième effet est qu'elle nous donne la eon*n^issanoe du bien et du mal et nous fait connaître les passions que nous devons réprimer. Et, oomme nous avons montré déjà précédemment que les passions qui naissent de Topinion peuvent faire beaucoup de mal , il est bon de voir comment le second mode do connaissance nous sert è. discerner ce qu'il y a dans ces sortes de passions de bon ou de mauvais. Pour faire ce travail d'une manière convenable, conaidérons^les, comme nous l'avons déjà fait, mais de plus près, pour pouvoir reconnaître par \k quelles sont celles qui doivent être choisies et celles qui doivent être rejetéea. Avant d'arriver lèt, résumons brièvement oe qu'il y a de bon et de mauvais dans Thomma.

Nous avons déjà dit que toutes choses sont néces-i saires , et que dans la nature il n^y a ni bien ni mal; aussi, lorsque nous parlons de Thomme, noui entendons parler de l'idée générale de Thomme, laquelle n'est autre chose qu'un être de raison {Enê rationU), L'idée d'un homme parfait, oonçue par notre esprit, nous est un motif, quand nous nous observons nous-mêmes, de chercher si nous avons quelque moyen d'atteindre à cette perfection. C'est pourquoi tout ce qui peut nous conduire à ce but, nous rappelons bien ; tout ce qui nous en éloigne ou n'y conduit pas, mal. Il faut donc, pour traiter du bien et du mal dans l'homme, connaître d'abord Thomme parfait; car, si je traitais du bien et du mal dans un homme particulier, par exemple Adam, je confondrais l'être réel avec l'être de raison, ce que le philosophe doit soigneusement éviter, pour des raisons que nous dirons plus loin. En outre, comme la fin d'Adam ou de toute autre créature particuUère ne peut nous être connue que par révénement, il s^en-

DU i&lÉJi fiT DU MAL DE! t*âOMltË 63

suit que tout ce que nous disons de la fin de l'homme doit être fondé sur la conception de l'homme parfait * : or, comme il s'agit ici d'un pur être de raison (ens rationis)^ nous pouvons en connaître la fin, comme aussi ce qui est bien ou mal pour lui, puisque ce ne sont là que des modes de la pensée.

Pour arriver graduellement à la question, rappelons-nous que les émotions, les affections, les actions de notre âme naiâssent de noft penséed, et que nous âvohs ditidénos penftôes en quatre espèces : l» le ouïdii»e; S" rexpériencô; 8«» la foi; 4* la connalssancô claire.

Nôuô âVons vu, en étudiant les effets de ces quatre degrési de connaiââànce, que la connaissance claire est la plus parfaite de toutes, puisque l'opinion noua induit souvent en erreur, et que la foi vraie ti'est bonne que parce qu'elle est le chemin de la connaissance claire et qu'elle nous excite aut choses qui sont vraiment aimables ; de telle sorte que notre der-» nîère fin, le principal objet de notre science, est la connaissance claire, qui est diverse selon la diversité des objets qui se présentent : meilleur est l'objet avee lequel elle s'unit, meilleure est la connaissance ellemême; et ainsi, l'homme le plus parfait est celui qui s*unit à Dieu, le plus parfait des êtres, et qui jouit de lui.

Pour chercher ce qu'il y a de bon et de mal dans les passions, nous les étudierons donc séparément, et d'abord l'admiration, qui,néô^du préjugé et de l'igno» rance, est une imperfection dans l'homme livré à cette passion; je dis une imperfection, parce que l'admiration ne oontieût en soi aucun mal positif.

1. Nous ne pouvons avoir d'aucune créature partiduliôre une idée qui soit parfaite, car U perfection de cette idée (c'est-à-dire la question de savoir si eUe est vraiment parfaite ou non) ne peut se déduire que d^une idée parfaite, générale, ou être de raison. (Ma)

M DIKL'. L SBBK 3T lA BKlTlTrDK

CHAPITBE V

L'smoar caasxaia à jouir (Taiie cbose et à sTvw à eDe : nous le dL^tseroas donc d'agrès la nature d» son objet, objet dont Fhoaime cbercbe à jouir eu s*nBi&sant avec loi.

Certains ol^ts sont comiptihies en soi ; fanlres sont incorraptibles par leur caose ; on troisèflie enfim est éternel et incorni|ilibie par Imnooéme ^ par sa propre Terta. Les corruptibles sont Les choses particulières qui n'exiàtent pas de toute éternité et qui ont eu un coRunencemeat. Les incorruptibles par leur cause» sont les modes universels, dont nous arons déjà dit qu'ils sont les causes des modes particuliers. L'incormptîble par soi est Dieu, ou, ce qui est la même chose, la vérité.

L'amoar naît donc de la représentation et te la connaissance que nous avons d'un objet; et plus Tobjet se montre grand et imposant, plus l'amour est grand et imppsant en nous.

Nous pouvons nous affranchir de l'amour de deux manières : ou bien par la connaissance d'une chose meilleure, ou bien par l'expérience qui nous apprend que Tobjet aimé que nous avons pris pour quelque choHO de grand et de magnifique nous apporte beaucoup de douleur, de peine et de dommage.

C'est encore un caractère de l'amour, que nous ne voulons jamais nous affranchir de cette passion absolument (comme nous pouvons le faire pour l'admiration et pour les autres passions) : 1* parce que cela est

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impossible ; 2*^ parce qu'il est nécessaire de ne pas nous en affranchir. 1*^ Impossible ; car cela ne dépend pas seulement de nous, mais encore de l'objet; et, pour que nous puissions ne pas vouloir aimer et ne pas aimer en effet un objet, il faudrait que cet objet ne nous fût pas préalablement connu. 2o II est nécessaire de ne pas nous affranchir tout à fait de l'amour, parce que, à cause de notre faiblesse, nous ne pourrions ei^ister sans la jouissance de quelque bien auquel nous sommes unis et par lequel nous sommes fortifiés.

De ces trois espèces d'objets, lesquels doivent être recherchés, lesquels rejetés?

Pour ce qui est des choses corruptibles, quoiqu'il soit nécessaire, avons-nous dit, à cause de la faiblesse de notre nature, que nous aimions quelque bien et que nous nous unissions à lui pour exister, il est certain néanmoins que par l'amour et le commerce de ces choses, nous ne sommes en aucune façon fortifiés, puisqu'elles sont elles-mêmes fragiles, et qu'un boiteux ne peut pas en supporter un autre. Nonseulement elles ne nous sont pas utiles, mais elles nous nuisent : en effet, on sait que l'amour est une union avec un objet que l'entendement nous présente comme bon et imposant; et nous entendons par union ce qui fait de Tamour et de l'objet aimé une seule et même chose et un seul tout. Celui-là donc est certainement à plaindre qui s'unit avec des choses périssables, car ces choses étant en dehors de sa puissance, et sujettes à beaucoup d'accidents,il est impossible que, lorsqu'elles sont atteintes, luimême demeure libre. En conséquence, si ceux-là sont misérables qui aiment les choses périssables, même lorsqu'elles ont encore une sorte d'essence, que devons-nous penser de ceux qui aiment les honneurs, le pouvoir, la volupté, qui n'en ont aucune?

68 DIEU, l'hOBIMË feï LÀ BÉATITUDE

C'est aSâeZ pôUf montrei* que là raison nous ap* pi^efld à flous séparer de ôôs biens pèrisâàblêis, car, par eé que nous vènôifiâ de dire, on voit le vice et le pôiSôii caôhés dânâ Pattlour de ôêë choseii , oe que nous Verrons avec encore pluâ de clarté, en remarquâht cotnbiôn grand et magnifique est le bien que leur jouiëââncé nouâ fait perdre.

Nôuâ avons dit déjà précédemment que les chosei corruptibles sont en dehors de notre puissance; cependant, qu*ott noUâ comprenne bien : nous n'avons pas

voulu faire entendre par là en aucune manière que

nous Sommes une eâuse libre qui ne dépend de rien autre chose que d'elle*mêmô ; mais, lorsque nous

disons que certaines ehoses sont ou ne sont pas en notre puissance, voici ce que nous entendons par là î celles qui sont en notre puissance sont celles que nous effectuons conformément à Tordre de la nature dont nous faisons partie, et conjointement avec elle : celles

2ui né Sont pas en notre puissance sont celles qui, tant en dehors de nous, ne sont sujettes à aucun changement par notre fait, parce qu'elles sont absô'» lument séparées de notre essence réelle, telle qu'elle a été déterminée par la nature.

Passons à la seconde classe d'objets, cent qui, quoique étemels et incorruptibles, ne le sont pas cependant par leur propre vertu. Le plus simple examen nous apprend que ces objets ne sont autres que les modes qui dépendent immédiatement de Dieu : leur nature étant telle, ils ne peuvent être compris par nous sans que nous ayons en même temps un concept de Dieu , dans lequel aussitôt, puisqu'il est parfit, notre amour doit nécessairement se reposer; en un mot, il est impossible, si nous usons bien de notre entendement, que nous négligions d'aimer Dieu, ce dont les raisons sont assez claires. En effet t

i^Noud savons par expérience que Diôu seul a une

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essence et que les autres choses n'en ont pas, mais ne sont que des modes; or les modes ne peuvent être bien compris sans Tessence dont ils dépendent immédiatement, et nous avons montré plus haut que si, pendant que nous aimons quelque chose, nous venons à rencontrer une autre chose meilleure, nous nous tournons vers celle-ci et abandonnons la première; d'où il suit de toute évidence que lorsque nôii§ âpprenonâ à connaître î)ieu, qui à en lui seul toute perfection, nous àôvôhs l*almôr nécessairement.

â<* Si nôUâ usons bien de nôtre entendement dans Id cotinâisgance dès choses, nous devons les connaîtra dans leurs causes ; et, comme Dieu èâl la première cause de toutes chômes , la connaissance de Dieu doit précéder logiquement la Connaissance de toutes lêâ autres choses, parce que là Connaissance des autres choses doit résulter de la connaissance de la première cause. Maintenant, comme Tamour vrai naît toujours de l'opinion que nous avons de la bonté et de l'excellence de l'objet, sur quel autre objet l'amour peut-U se porter avec plus de force que sur le Seigneur notre Dieu\ puisqu'il est sôul un bien eicellent et parfait*?

Nous voyons donc comment ncus devons fcrtlfief notre amour, et comment il doit se reposer en Dieu.

Ce qu'il nous resté â dire sur Tamôur Viendra mieux à sa place quand nous traiterons de la dernière espèce de connaissance.

Passons à la recherche que hôUs avons promise, k savoir quelles passions doivent être recherchées, quelles rejetées.

1. Cette expréëêion peUt paraître étfânge de la paft de Spinoza. Elle est cepeudatit textuelle : De BeêfÉ onte Chdi N*ou« blions pas, comm« nous TaVèaB fait déjà remarquer^ que le traducteur hollandais était chrétien. (P. X.\

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