‹ Dieu, l'homme et la béatitudeChapitre 7 sur 96 · INTRODUCTION XI · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XI

lious ne pourrions pas penser Dieu, mais nous ne pourrions rien penser du tout. En effet, les choses connaissablés sont infinies : or rentendement, étant fini, ne peut penser l'infini; ne pouvant connaître Tinflni, c'està-dire le tout, il n*y a pas de raison pour qu'il puisse connaître ceci plutôt que cela. Donc il ne connaîtra rien, s'il n'y est déterminé par une cause ; et cette cause ne peut être que Têtre formel lui-même de nos idées, et ainsi la cause de Tidée de Dieu doit être Têtre formel de Dieu.

En outre, Tidée de Dieu ne peut pas être une création de l'esprit humain. En effet, il y a trois sortes d'idées (division analogue, sinon tout à fait semblable, à celle de Descartes) : l© les iilées factices, créées par l'homme, mais dont les éléments ne sont pas créés par lui ; 2" les idées qui ne sont pas nécessaires dans leurs existence, mais qui le sont dans leur essence : telles que le triangle, Tamour dans Vanne sans le corps, etc. Ces essences subsisteraient encore quand même leurs objets n'existeraient pas : il leur faut cependant un sujet d'inhérence ; et ce n'est pas l'esprit fini qui peut être ce sujet : ce doit être un substratum éternel comme elles: ce substratum est Dieu. On reconnaît ici la preuve des vérités éternelles^ si admirablement exprimée par Bossuet. 3** Enfin, il y a une troisième classe d'idées; et il n'y en a qu'une seule de ce genre : c'est celle où l'existence et l'essence sont également nécessaires et qui par conséquent ne peut être créée par moi. Ici Spinoza entremêle la première preuve avec la seconde et il rend celle-ci inutile, car, si en Dieu l'existence est nécessaire aussi bien que l'essence, cela même est la preuve de l'existence de Dieu, et je n'ai pas besoin d en chercher une autre.

On peut voir que, dans VÉthique^ Spinoza a lui-môme beaucoup perfectionné toute cette partie de son œuvre , ce qui nous dispense de montrer à quel point cette première forme est imparfaite et confuse.

L'observation la plus importante qu*elle provoque, c^est qu'elle est une preuve frappante de l'influence de Descaries sur Spinoza, influence qui a été beaucoup

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