‹ Dieu, l'homme et la béatitudeChapitre 81 sur 96 · LA VOLONTÉ ET LE DÉSIR · texte numérisé non relu

LA VOLONTÉ ET LE DÉSIR

nous voyons chez un autre homme une inclination pour un objet réellement mauvais) , c'est ce qu'il nomme alors volupté ou mauvaise volonté : de telle sorte que l'inclination de Tâme n'est pas une tendance à affirmer ou à nier, mais un désir d'acquérir quelque chose, sous l'apparence du bien, ou d'éviter le mal.

Maintenant, il nous reste à rechercher si ce désir est hbre ou n'est pas libre. La conclusion résulte déjà de ce que nous avons dit, à savoir que le désir dépend de la représentation, et que cette représentation doit avoir une cause extérieure ; c'est ce qui résulte encore de ce que nous avons dit de la volonté : mais il nous reste à montrer que le désiren lui-même n'est pas libre.

Quoique la plupart des hommes voient bien que la connaissance qu'ils ont des choses est un intermédiaire par lequel leur appétit passe d'un objet à un autre, ils ne remarquent pas cependant quelle cause détermine ainsi ce changement d'objet. Mais, pour faire voir que Finclination en nous n'est pas libre, et nous mettre devant les yeux d'une manière vive ce que peut être le penchant qui nous entraine et nous fait passer d'objet en objet, représentons'-nous un enfant qui, pour la première fois, est saisi de la perception d'un objet : par exemple, je lui montre une sonnette qui produit un son agréable à son oreille et lui inspire le désir de la posséder; voyez s'il peut s'affranchir de cette passion et de ce désir ? Si vous dites : Oui, je vous demande pour quelle cause il le ferait? Ce n'est pas certainement pour quelque autre objet qu'il connaisse mieux, puisque c*est encore le seul qu'il connaisse, puisqu'il n'a en ce moment devant lui aucun autre objet de perception, et que le plaisir est le plus grand qui s'offre à lui. Peut-être dira-t-on qu'il a la liberté d'écarter ce désir, que si le désfr à la vérité commence en nous sans hberté de notre part, nous avons néanmoins ensuite le pou-

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voir de nous en dégager? mais non, une telle liberté ne peut apporter en sa faveur la moindre preuve. C'est ce que Ton voit clairement, car quelle serait donc la cause qui pourrait ainsi détruire le désir? Serait-ce le désir lui-môme? Certainement non, car il n'est rien qui par sa nature aspire à sa propre destruction. Quelle cause donc pourrait supprimer le désir? Rien sans doute, si ce n'est que, suivant Tordre et le cours de la nature, l'enfant soit affecté par quel^ que objet qui lui paraîtra plus agréable que le premier. C'est pourquoi, de même que nous avons dit de la volonté qu'elle n'est rien autre chose dans l'homme que telle et telle volonté particulière, de môme nous dirons ici que le désir n'est rien autre que tel et tel désir, causé par telle ou telle perception; le désir pris en général n'est rien de réel, mais il est abstrait de tel ou tel désir particulier; n*étant rien de réel, il ne peut rien causer réellement. Si donc nous disons que le désir est hbre, c'est comme si nous disions que tel ou tel désir est cause de lui-même, c'est-à-dire qu il a été cause de sa propre existence avant d'exister^ ce qui est l'absurdité môme et d'une absolue impossibilité.

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