‹ Dieu vous bénisse, comédie-vaudeville en un acteChapitre 1 sur 22 · AGATHE, ÉLISE · texte numérisé non relu

AGATHE, ÉLISE

ÉLISE, accourant avec joie de l'allée de droite, sans voir Agathe.

C'est lui 1 c'est lui !.. . le voilà !..

AGATHE, assise près de la table à gauche. Qu as-tu donc. Élise ?

ÉLISE, avec embarras.

Ahl ma sœur, je venais t'annonecr que ton

mari, que M. de Surgeon va rentrer dans l'instant.

AGATHE

Et c'est pour mon mari que tu es si émue ?

ÉLISE

Émue, moi?... je ne sais ce que tu veux dire.

AGATHE

Ni moi non plus. [Appuyant.) Et il est seul, mon mari?

MAGASIN THEATRAL

ÉLISE, avec une expression involontaire.

Oh ! non !

AGATUE.

Ah!

ÉLISE, se reprenant.

C'est-à-dire, je ne crois pas... de loin il m'a semblé voir, avec lui, sur la route...

Où tu étais en observation ?

ÉLISE, avec embarras.

Mon Dieu, du tout !... le hasard seul... ou plutôt, si fait!... j'aime tant à voir revenir mon cher beau-frère, avec toutes ces jolies plantes qu'il rapporte toujours, quand il est allé herboriser dans les environs 1...

AGATHE

Il faut, en effet, que ce soit un bien vif plaisir, car mon mari a fait encore un autre prosélyte que toi, M. le marquis de Rosambert(JB/^^e baisse les yeux), qui était venu passer vingt-quatre heures dans son château, voisin du nôtre, et qui déjà y est resté quinze jours, à cause de cette passion soudaine qui lui a pris pour la botanique.

ÉLISE

Oh ! oui !... ce sera un bien bon élève pour ton mari... car il a un zèle!... encore aujourd'hui, ils sont ensemble.

AGATHE

Ah! fort bien!... c'est lui que tu avais cru voir de loin.

ÉLISE

Oui^ ma sœur... il passera sans doute la journée ici...

AGATHE

Et tu n'en seras pas fâchée; car sa conversation paraît t'intércsser beaucoup.

Écoute donc, ma sœur, moi, je n'ai pas, comme toi, l'habitude du grand monde. Restée aucouvcnt jusqu'à seize ans, j'entendais vanter l'esprit, l'élégance, les manières charmantes de la cour de Louis XV, je cherchais en vain à m'en faire une idée, et j'aspirais à l'époque où je pourrais en juger par moi-même. Enfin, on me donne un mari ; je me dis : C'est bon, il me mènera à Versailles... pas du tout... Oh ! je suis bien malheureuse !

AGATHE

Plains-toi donc!

Air : Restez, restez, troupe jolie.

Ah ! voilîi Lien ton caractère!

Tournant sans cesse au moindre vent, Tu t'abandonnes toute entière A Timpression du moment, Qu'efface un nouvtîau changement.

^îJans sa vivacité mobile,

Ton ame cède au mal, au bien , Et, comme le miroir fragile, Eeçoittout, mais n^^arde rien.

Tu étais si contente du mari que nous t'avions donné, M. ^de Mérainville, jeune, aimable, spirituel...

ELISE

liaison de plus pour que je sois malheureuse de l'avoir perdu.

AGATHE

Pendant quelques mois.

ÉLISE

En voilà déjà quatre : c'est bien long !

Est-ce ma faute, si, presque aus^itôt après votre mariage, et par suite du changement de règne, il reçoit de M. de Vergennes une mission importante pour Saint-Pétersbourg? Comptant sur un retour prochain, et ne voulant pas t'exposer aux fatigues du voyage, il t'avait confiée à nous... depuis, le service du jeune roi a prolongé son absence, et...

ÉLISE

Et, aussi, je ne lui en veux pas, à mon mari... je me trouverais même heureuse auprès^^de vous si vous n'habitiez pas cette terre...

AGATHE

OÙ nous recevons toute la noblesse de Touraine.

ÉLISE

De braves gens, sans doute, mais des provinciaux, chez qui les ridicules abondent... et le ridicule, vois-tu, c'est mon antipathie... quiconque

en est frappé, n'existe ^& ^^i^oi Quelle

différence avec Paris, %^A^K^nonde si brillant que je me faisais une lete^JfiS^jnaître ! Et quand il nous en arrive un représentant aussi aimable que M. le marquis, n'est-il pas tout simple que je l'observe, que je l'étudié.... {mouvement d'Agathe ; Élise se reprend) par curiosité ?

AGATHE

Ah !.. mais je les entends... tu sais que mon mari est toujours affamé quand il revient des champs. Va, Elise, va faire avancer le déjeuner. ÉLISE, 5e dirigeant vers la gauche.

Oui, ma sœur.

AGATHE

Ça te distraira... [Avec intention.) Il ne faut pas toujours [appuyant) étudier.

ÉLISE, baissant les yeux y et en sortant parla gauche.

C'est bien dommage !

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