AGATHE, ÉLISE
ÉLISE, accourant avec joie de l'allée de droite, sans voir Agathe.
C'est lui 1 c'est lui !.. . le voilà !..
AGATHE, assise près de la table à gauche. Qu as-tu donc. Élise ?
ÉLISE, avec embarras.
Ahl ma sœur, je venais t'annonecr que ton
mari, que M. de Surgeon va rentrer dans l'instant.
AGATHE
Et c'est pour mon mari que tu es si émue ?
ÉLISE
Émue, moi?... je ne sais ce que tu veux dire.
AGATHE
Ni moi non plus. [Appuyant.) Et il est seul, mon mari?
MAGASIN THEATRAL
ÉLISE, avec une expression involontaire.
Oh ! non !
AGATUE.
Ah!
ÉLISE, se reprenant.
C'est-à-dire, je ne crois pas... de loin il m'a semblé voir, avec lui, sur la route...
Où tu étais en observation ?
ÉLISE, avec embarras.
Mon Dieu, du tout !... le hasard seul... ou plutôt, si fait!... j'aime tant à voir revenir mon cher beau-frère, avec toutes ces jolies plantes qu'il rapporte toujours, quand il est allé herboriser dans les environs 1...
AGATHE
Il faut, en effet, que ce soit un bien vif plaisir, car mon mari a fait encore un autre prosélyte que toi, M. le marquis de Rosambert(JB/^^e baisse les yeux), qui était venu passer vingt-quatre heures dans son château, voisin du nôtre, et qui déjà y est resté quinze jours, à cause de cette passion soudaine qui lui a pris pour la botanique.
ÉLISE
Oh ! oui !... ce sera un bien bon élève pour ton mari... car il a un zèle!... encore aujourd'hui, ils sont ensemble.
AGATHE
Ah! fort bien!... c'est lui que tu avais cru voir de loin.
ÉLISE
Oui^ ma sœur... il passera sans doute la journée ici...
AGATHE
Et tu n'en seras pas fâchée; car sa conversation paraît t'intércsser beaucoup.
Écoute donc, ma sœur, moi, je n'ai pas, comme toi, l'habitude du grand monde. Restée aucouvcnt jusqu'à seize ans, j'entendais vanter l'esprit, l'élégance, les manières charmantes de la cour de Louis XV, je cherchais en vain à m'en faire une idée, et j'aspirais à l'époque où je pourrais en juger par moi-même. Enfin, on me donne un mari ; je me dis : C'est bon, il me mènera à Versailles... pas du tout... Oh ! je suis bien malheureuse !
AGATHE
Plains-toi donc!
Air : Restez, restez, troupe jolie.
Ah ! voilîi Lien ton caractère!
Tournant sans cesse au moindre vent, Tu t'abandonnes toute entière A Timpression du moment, Qu'efface un nouvtîau changement.
^îJans sa vivacité mobile,
Ton ame cède au mal, au bien , Et, comme le miroir fragile, Eeçoittout, mais n^^arde rien.
Tu étais si contente du mari que nous t'avions donné, M. ^de Mérainville, jeune, aimable, spirituel...
ELISE
liaison de plus pour que je sois malheureuse de l'avoir perdu.
AGATHE
Pendant quelques mois.
ÉLISE
En voilà déjà quatre : c'est bien long !
Est-ce ma faute, si, presque aus^itôt après votre mariage, et par suite du changement de règne, il reçoit de M. de Vergennes une mission importante pour Saint-Pétersbourg? Comptant sur un retour prochain, et ne voulant pas t'exposer aux fatigues du voyage, il t'avait confiée à nous... depuis, le service du jeune roi a prolongé son absence, et...
ÉLISE
Et, aussi, je ne lui en veux pas, à mon mari... je me trouverais même heureuse auprès^^de vous si vous n'habitiez pas cette terre...
AGATHE
OÙ nous recevons toute la noblesse de Touraine.
ÉLISE
De braves gens, sans doute, mais des provinciaux, chez qui les ridicules abondent... et le ridicule, vois-tu, c'est mon antipathie... quiconque
en est frappé, n'existe ^& ^^i^oi Quelle
différence avec Paris, %^A^K^nonde si brillant que je me faisais une lete^JfiS^jnaître ! Et quand il nous en arrive un représentant aussi aimable que M. le marquis, n'est-il pas tout simple que je l'observe, que je l'étudié.... {mouvement d'Agathe ; Élise se reprend) par curiosité ?
AGATHE
Ah !.. mais je les entends... tu sais que mon mari est toujours affamé quand il revient des champs. Va, Elise, va faire avancer le déjeuner. ÉLISE, 5e dirigeant vers la gauche.
Oui, ma sœur.
AGATHE
Ça te distraira... [Avec intention.) Il ne faut pas toujours [appuyant) étudier.
ÉLISE, baissant les yeux y et en sortant parla gauche.
C'est bien dommage !
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