‹ Dieu vous bénisse, comédie-vaudeville en un acteChapitre 13 sur 22 · ÉLISE, SURGEON, AGATHE · texte numérisé non relu

ÉLISE, SURGEON, AGATHE

ELISE

Qu'est-ce donc?... une querelle?

SURGEON

Arrivez, ma chère belle-sœur, arrivez I

ÉLISE

Qu'y a-t-il ?

SURGEON

Il y a que l'honneur d'une femme compromis intéresse toute sa famille; qu'on doit s'éclairer les uns les autres; arrêtez une imprudente sur le bord de l'abîme!

ELISE, à part.

Que veut-il dire?

AGATHE

Qu'est-ce que cela? -

SURGEON

Lorsque la séduction la menace , cette femme , et que de sages conseils peuvent encore la retenir, ce serait un crime de les lui refuser. ÉLISE, à part.

Ah! mon Dieul... soupçonnerait-il... {Haut. ) Je ne vous comprends pas, monsieur.

SURGEON

Vous allez me comprendre.

AGATHE, à part.

Lui qui ne voit rien ordinairement, est-ce que, par hasard, il aurait deviné ?

SURGEON

Le marquis de Rosambert a conçu ici des projets de séduction; une intrigue d'amour est entamée; elle est même tout près de'^ïî^ussir...

ÉLISE

Monsieur!...

AGATHE

Que dites-vous là?

Ce que je dis? une chose dont je suis sûr, parfaitement sûr! dont j'ai la preuve entre les mains, et cette preuve, la voilà!

ÉLISE

Une lettre?

SURGEON

Une lettre d'amour écrite par le marquis pour la coupable qui a osé encourager ses espérances. ÉLISE , à part.

Je suis perdue !

AGATHE, à part.

Ma pauvre sœur !

SURGEON

Et cette coupable, elle est ici.

ÉLISE

Encore une fois, monsieur....

SURGEON

Cette coupable, c'est madame Agathe de Surgeon!... c'est ma femme!

ÉLISE

Ma sœur?

Moi? {A part.) ràuraiis été bien étonnée s'il n'avait pas^ deviné une bêtise,

ÉLISE

Mais, monsieur, vous pouvez vous tromper, ce n'est peut-être pas de l'amour.

SURGEON

Ce n'est pas de l'amour! vous allez voir si ce n'en est pas ! et du plus tendre: et du plus passionné ! je vous en fais juge.

AGATHE

Vous allez lire?

SURGEON

Tout haut.

AGATHE

Devant ma sœur?

SURGEON

Devant elle.

AGATHE, à part.

Juste ce que je voulais éviter!

ÉLISE, à part.

Ah ! c'est à moi qu'il écrivait, sans doute, pour me fléchir; mais qu'il ne l'espère pas!

SURGEON

Écoutez! écoutez! {Lisant.) «Vous, quiparais- » siez sensible à mon amour. » ( Parlé. ) Sensible ! hein? vous voyez, vous voyez! [Lisant.) a Me juge- » rez-vous sans m'entendre ?. . . Oui, je l'avoue avec » franchise, je fus long-temps coupable. » [ParU.) Et aujourd'hui, qu'est-ce qu'il est, je vous le demande! {Lisant.) « Mais ces fautes qu'on me » reproche, que prouvent-elles maintenant? l'em- » pire que vous exercez sur moi, puisque pour » vous, pour vous seule, j'ai renoncé pour jamais » à des triomphes qui ont fait ma gloire, et que » je maudis aujourd'hui. »

ELISE , à part.

Serait-il vrai ?

AGATHE, à part.

Comme elle écoute !

SURGEON, lisant.

» C'est vous, madame, qui m'avez ramené à » l'amour honnête et pur.» {Parlé.) Il appelle cela un amour honnête et pur! Et moi donc, scélérat! et moi?

AGATHE

En voilà assez, monsieur!

SURGEON

Non pas, madame, non pas! je veux achever de vous confondre ! ( Il lit. ) « Vous voir, vous en- » tendre, c'est tout ce que je demande! me placer » sous la protection de votre vertu. Revenir au » bien sous votre égide, tel est mon vœu! »

ELISE , à part.

Quels nobles sentimens !

SURGEON

Revenir au bien ! mais c'est le bien d'autrui, scélérat!

ÉLISE , à part.

Oh! oui, c'est là le langage de la vérité.

AGATHE , « part.

Elle est émue !

SURGEON

Eh bien! cela est-il clair?

ÉLISE

Mais, monsieur, les sentimens exprimés dans cette lettre...

SURGEON

Cachent les plus perfides intentions. Oh! je ne suis pas bête!

ÉLISE

X En êtes-vous bien sûr?

SURGEON

Hein?

ÉLISE

Oui, êtes-vous bien sûr que vos soupçons ne s'égarent point, que ma sœur est l'objet de cet amour?

SURGEON

Pardieu! je le tiens de bonne source.

AGATHE , à part.

/rAh! je devine!... donner des soupçons à mon mari pour qu'il s'acharne après moi, qu'il m'empêche de'vous surveiller ! Bien joué, monsieur le marquis! mais, à mon tour!...

ÉLISE

Monsieur, je ne dois pas souffrir plus longtemps que ma sœur soit victime de vos injustes accusations : elle est innocente, vous vous trompez, et...

AGATHE

Eh I mon Dieu, non, ma chère Élise, mon mari ne se trompe pas.

ÉLISE , vivement.

Comment?

SURGEON

Là!... qu'est-ce que je disais?

AGATHE

Je ne suis pas aussi innocente que tu le crois, puisque j'ai eu la faiblesse d'écouter les déclarations de M. de Rosambert.

ÉLISE , étonnée.

Ses déclarations?... à toi?

SURGEON

Je ne le lui fais pas dire.

AGATHE

Mais la colère de mon mari n'en est pas moins ridicule ; car enfin, puis-je empêcher un homme de me trouver jolie? puis-je l'empêcher de m'aimer et de me le dire?

ÉLISE , avec surprise et colère.

Il t'a dit qu'il t'aimait?

AGATHE , souriant.

Est-ce que cela te paraît impossible?

SURGEON

Et vous osez me^conter cela tranquillement, en face?

MAGASIN THEATRAL

AGATHE

Dam! puisque votre finesse a tout découvert!

ELISE

Ain : Paris et le village.

C'est aiïi'cux, ma sœur !

SURGEON, lui serrant la main.

Ah! merci l AGATHE, souriant.

Tu me ti'ouvcs donc bien coupable ?

ÉLISE

Un trompeur! recouter ainsi!

srr.GEON.

Elle sourit! c'est incroyable !

liUSE.

Ma sœur, il fallait re'sistcr.

SURGEON

Ma femme, il fallait vous défendre !

AGATHE

Mais comment ne pas e'couter Ce que Ton est cliarme d'<mlendre ?

ÉLISE

Le vilain homme! comme je le déteste!

AGATHE , à part.

Bravo !

SURGEON , à Elise.

Ah ! je savais bien que vous prendriez mes intérêts.

AGATHE, souriant.

Eh! là, là!... tout peut se réparer! il est encore temps !

SURGEON

C'est bien heureux î

AGATHE

Voyons! la présence de M. le marquis serait maintenant désagréable à M. de Surgeon ?

SURGEON

Il n'y a pas de quoi, peut-être?

AGATHE

Ma sœur le déteste?

ÉLISE

Oh! oui!

AGATHE

Eh bien ! il y a un moyen tout simple d'arranger cela : c'est de le mettre poliment à la porte.

SURGEON

Ah ! oui !

AGATHE

Et je m'en charge.

Vous!... Ah! non! non pas, s'il vous plaît.

AGATHE

Ah ! vous avez peur ? Eh bien ! soit, ce sera vous qui le renverrez.

SURGEON

Moi?

AGATHE

N'êtes-vous pas le maître ici?

SURGEON

Sans doute, sans doute ! mais, voyez-vous, je méconnais; je suis très-vif, je suis très-brave, nous pourrions nous fâcher, et s'il en résultait un duel?

Air de la Famille de VÀpothicaire.

C'est tout ce que je désirais ; Si le sort l'eût voulu permettre, Avec bonheur ]»• me battrais!

Mais ce serait vous compi'omettro.

Dieu! quel plaisir serait le mien, Si je pouvais entrer en lice!

Une, deux, ah!

AGATHE, yVi^Tîrt/ji re/Jroi.

Ciel !

SURGEON

Rassurez-vous ! il faut bien V ous faire cncor ce sacrifice.

AGATHE

Je comprends.

Non, non, il vaut mieux lui faire parler par une personne désintéressée dans la question, par votre sœur.

ÉLISE

Par moi?

SURGEON

Oui ! ce sera plus convenable.

AGATHE , à part.

Un téte-à-tête!

SURGEON , à Élise.

Pour l'expulser vous choisirez un prétexte.

ÉLISE

Mais, lequel?

SURGEON

Vous en trouverez un : les femmes en trouvent toujours. Elles manquent quelquefois de raisons, mais de prétextes... jamais !

AGATHE, à part.

S'il reste seul avec elle, il détruira mon ouvrage.

SURGEON

Allons, allons! voilà qui est décidé... suivezmoi, madame de Surgeon.

AGATHE

Non pas, monsieur!... Je veux ôtre là quand ma sœur va le congédier.

Comment, madame?... Est-ce pour le voir encore une fois?

AGATHE

Si vous vous défiez de moi, restez aussi.

SURGEON

Par exemple!... {A part.) Pour qu'il me demande satisfaction, peut-être !

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