ÉLISE, LE MARQUIS, SURGEON, AGATHE
LE MARQUIS, Saluant.
Mesdames.
Elles lui font la révérence.
SURGEON, passant devant le Marquis et Élise, et attirant Agathe à la droite du théâtre. Agathe I Agathe î venez par ici.
AGATHE
Mon ami... Ah! mon Dieu!... cette mine silistre! qu'avez-vous donc ?
SURGEON, à part.
Elle le demande I
LE MARQUIS
Peut-être des crampes d'estomac... en arrivant, îurgeon avait une faim...
SURGEON, à part.
Que j'aurais bien encore, si on m'en laissait le 'temps... ohl (// pose la main à son estomac d'un air de souffrance comique.) Le fait est que ça me tiraille.
AGATHE
Mon pauvre ami!... heureusement, Élise est allée faire avancer le déjeuner.
Et je viens vous dire qu'il sera prêt dans l'instant.
SURGEON
Bien obligé, ma chère belle- sœur.
LE MARQUIS, à Élise, à demi-voix.
Toujours bonne, toujours sensible ! Ah ! si tous ceux qui souffrent pouvaient compter de même sur votre cœur !
AGATHE, qui les observe, s'avançani vers le
Marquis.
Hein? comment? vous dites...
SURGEON, la retenant.
Restez donc, Agathe!
LE MARQUIS, à -part.
A merveille I voilà ce que je voulais; il me débarrasse d'elle.
Il remonte en causant avec Elise.
SURGEON, à Agathe, qui fait un mouvement. Où allez-vous ?
AGATHE, montrant la gauche du théâtre.
Faire de la tapisserie là-bas.
SURGEON
Vous ferez de la tapisserie ici.
Il se dirige vers la gauche pour prendre la tapisserie qui est sur une chaise.
AGATHE, à part.
Ici, toujours ici I et dire que sous mes yeux... [Haut.) Marquis?
SURGEON, à part.
Hein?
Il revient pre'cipitamment à droite,
LE MARQUIS, redescendant^ ainsi quÈlise,à Agathe. Madame...
AGATHE
>ous ne nous jugez donc pas dignes des jolies choses que vous débitez à ma sœur?
ÉLISE
Mais, monsieur ne me dit que des choses fort indifférentes.
LE MARQUIS
Je parlais à madame de cette représentation qu'on prépare à Chanteloup, chez M. deChoiseul.
AGATHE
Ah ! oui ! on doit y jouer le Barbier de Séville, un chef-d'œuvre d'esprit!
SURGEON
Je ne trouve pas, moi.
AGATHE
Pourquoi ?
SURGEON
Pourquoi? parce que...
Parce que ?
SURGEON
Parce que rien que le second titre , la Précaulion inutile, selon moi, c'est une chose tout-à-fait.. .
LE MARQUIS
Inutile.
SURGEON, à part.
Voyez-vous ! voyez-vous 1
ÉLISE
N'y avez-vous pas pris un rôle ?
AGATHE
Celui d'Almaviva, sans doute, du séducteur ?
SURGEON, à part.
Elle l'agace I elle l'agace I
LE MARQUIS
Mon Dieu, non... tous les bons rôles étaient déjà pris : devinez celui qu'on m'offrait? La Jeunesse.
AGATHE
L'homme qui éternue?
Elise et Agathe rient.
SURGEON
Je VOUS aurais fourni un sternutatoire, moi!... de la bétoine... j'en ai d'excellente dans mon herbier.
LE MARQUIS
Merci I {Élise et Agathe rient.) Vous riez, mesdames? je le conçois... y a-t-il rien de plus ridicule que la figure qu'on fait en pareil cas ? c'est à perdre pour jamais un homme auprès de toutes les jolies femmes.
AGATHE
Et ce serait dommage! car, d'après les renseignemens qui me sont arrivés par hasard sur vos
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nombreuses passions et sur vos infidélités tout juste aussi nombreuses...
SURGEON, à part.
Voyez-vous la jalousie qui perce !
LE MARQUIS
Madame !
AGATHE
Par exemple, votre dernier hiver?
'^ LE MARQUIS
Mais...
AGATHE
Mais, entre autres, la manière dont vous avez enlevé la fille du premier président Mauléon, le jour même de ses noces... et puis, cette jeune comtesse de Vintimille que vous aviez entraînée au bal de l'Opéra, où vous l'abandonnâtes toute seule, comme une autre Ariane.. .
SURGÎ'ON. "^
Pour emmener à sa place la marquise de Faverolles, qui fut, il est vrai, sacrifiée deux jours plus tard à la duchesse de Solènes...
AGATHE
Laquelle fut délaissée à son tour pour la maréchale de...
ÉLISE, avec effrois Ciel!
LE MARQUIS, à Ârjathe.
Madame, madame... arrêtez, de grâce I
ÉLISE, à pari.
Ah!
LE MARQUIS
On vous a trompée, je ne mérite pas...
AGATHE
Vous êtes trop modeste I
LE MARQUIS
• II y a erreurou calomnie... mais je proteste...
AGATHE
A quoi bon ? si vous tenez à nous convaincre, un moyen plus simple vous suffira.
LE MARQUIS
Lequel ?
AGATHE, passant entre le Marquis et Surgeon. Vous n'avez qu'à dire : « J'affirme, sur mon honneur de gentilhomme, que tout cela est faux. »
LE MARQUIS, à part.
Piège infernal 1
SURGEON, à part.
Ah çà! moi, quelle figure fais-je dans tout ceci, quelle figure fais-je?
ÉLISE, qui a regardé le Marquis, en passant entre le Marquis et Agathe* .
Il paraît que monsieur le marquis n'a rien à répondre.
AGATHE
Air cl' y4 ris lippe.
C'est que, vois-tu, monsieur, je dois le dire, Est gentilliomme par le cœur ; Capable de tout pour séduire, Hors de forfaire à son honneur !
LE MARQUIS, à part.
Et contre moi Ton tourne cet lionneur.
* Le Marquis, Elise, Agathe, Surgeon.
J^ii vingt défauts; près delà plus bégueule
Chacun de ces de'fauts me serl ; Mais des vertus, je n'en ai qu'une seule...
Et c'est jusle ce qui me perd !
AGATHE
Ainsi, voilà qui est clair et constaté... la séduction de cette foule de victimes, prises à îâ cour, dansTarmée, dans la magistrature, et toutes trahies, l'une après l'autre, pour prix de leur amour. SURGEON, à part.
Alors, pourquoi doncl'aimes-tu aussi, toi? c'est d'un bête î
LE MARQUIS, à Élise.
Madame, vous, devant qui on m'accuse, vous entendrez ma justification, et...
ÉLISE, d'un air de dépit.
Moi, monsieur? que m'importe? vrai ou faux, quel intérêt puis-je prendre à tout cela? AGATHE, qui observe, à part.
J'ai réussi !
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