LA RIVIÈRE
Avant de parvenir au bois de volupté,
Elle a su l'àpre orgueil de la froide montagne,
La berge versatile et le lit tourmenté.
Elle a senti l'immense ennui de la campagne.
L'immuable langueur des pays découverts,
Les tristes feux que pas un souille n'accompagne.
Mais, oubliant ces champs brûlés, ces rocs déserts,
Voici qu'elle s'élance et court entre les rives
Qui, dès l'orée ombreuse, allongent leurs bras verts.
Des œillets sont éclos sur les relais déclives ;
Et leur parfum s'unit à celui des lauriers.
Par l'air allègre et pur passent des chansons vives,
L'ombre avec les rayons sont ici mariés :
Ralentie à présent, la rivière s'attarde
A refléter les jeux du jour dans les halliers.
Elle s'amuse à voir la gracieuse harde
Des biches et des cerfs se pencher doucement
Vers son onde où déjà le lotos se hasarde.
Elle se réjouit d'être le bain charmant
Des nymphes aux cheveux épars sur les épaules.
Et c'est contre son gré qu'arrive le moment
D'entrer dans la prairie où l'attendent les saules.