SUPPLEMENT
Peu de lemps après la publication du supplément aux Diptères exotiques nouveaux ou peu connus , une nombreuse collection fut mise à ma disposition par M. Bigot, jeune entomologiste distingué de Paris , avec une bienveillance dont j'avais déjà éprouvé les effets ; j'y observai beaucoup d'espèces nouvelles qui, jointes à quelques-unes de ma collection, me déterminèrent à publier ce second supplément, il s'y trouva particulièrement un envoi de l'Océanie , dans lequel le plus grand nombre m'était inconnu, tant cette partie du globe a été peu explorée encore. Ayant fait le relevé des espèces que j'en ai fait connaître dans l'ensemble de mon ouvrage . montant à 228 , et de celles décrites par les autres auteurs, il m'a semblé qu'il ne serait pas sans intérêt de jeter un coup-d'œil sur les Diptères qui y ont été recueillis jusqu'ici, afin d'en esquisser la statistique.
Le Diptèse de la Nouvelle-Hollande le plus anciennement connu est, je crois, le Musca leonina, décrit en 1775 par Fabricius. Syst. ent. 776, 12 ; c'est Y Ame nia leon. Rob. D., Macq., et
l'a*) l'une des Muscides les plus remarquables par l'éclat de ses couleurs; il fut vraisemblablement rapporté par Bancks de l'un des voyages du capitaine Cook. Ensuite vient le Tachina vivipara , Fab., syst. ent. Rutilia viv., Rob. . D., Macq. Trouvé dans la Tasmanie eu 1792, par le botaniste La Billardière, qui faisait partie de l'expédition de D'Entrecasteaux. En 1805, Donovan fit connaître la Musca sinuata , Rutilia sin. Guer. Microtropesa , sin. Macq., rapportée de la Nouvelle-Galles du Sud. En 1818 , Péron et Quoy, faisant partie de l'expédition de Freycinet , recueillirent quelques espèces de la Tasmanie et de la Nouvelle-Guinée. En 1S26, 27, 28 et 29, l'infortuné Durnont-Durville et Gaimard, pendant le voyage de l'Astrolabe, en découvrirent d'autres. M. Léguillnn , dans le voyage autour du monde qu'il fit avec M. J. Àrago, en rapporta également. M. Westwood en fit connaître quelques espèces remarquables de 'a Nouvelle - Hollande. Enfin, MM. Verrcaux , voyageurs du Jardin du Roi, en envoyèrent un grand nombre de la Tasmanie.
Les lieux où ont été recueillis particuliément les Diptères que nous avons décrits sont : dnns la Nouvelle-Hollande . le port du Roi Georges, l'île des Kanguroos , la baie de Jervis , l'île King, la ville de Sydney et le port Jackson ; dans la Tasmanie , Hobarl-Town.
Dans les autres parties do la Mélanésie , des Diptères ont été recueillis au havre de Dore:, aux îles Waigiou et Sydney et à Offak , de la Nouvelle-Guinée ; au port Pras'in , de l'archipel Saloiuon; au groupe de Vanikoro ; aux îles Sandwich des Nouvelles-Hébrides, et à l'archipel Viti.
Dans la Micronésie, les îles Peîew, groupe des Carolines, en offrirent quelques uns. Enfin, dans la Polynésie , Taïti . plusieurs points de la Nouvelle-Zélande, et l'île Auk'and , voisine de nos antipodes.
Les Diptères recueillis dans cette cinquième partie du monde
appartiennent à toutes les tribus de cet ordre. Les Némocères , peu nombreux, sans doute parce qu'ils ont été négligés dans les recherches , présentent particulièrement plusieurs grandes tipules , une Mégistocère remarquable , les types des genres Gynoplistia, Ptilogyna , Cerozodia, Westw. , et Apeilesis, Nob. Les Tabaniens y sont répandus avec profusion , comme sur les autres parties du globe. On y trouve beaucoup de Pangonies , de Taons, et le type du g. Dasybasis. Les Notacanthes y sont représentés par plusieurs Beris , Odonlomyies et le type du g. Metoponia ; les Mydasiens par un Mydas et un Céphalocère. Les Asiliques y sont très-nombreux et , outre la plupart des genres les plus connus , elles présentent les types des g. Craspedia et Brachyrhopala, Nob. Les Vésiculeux s'y montrent dans le g. Pterodontia ; les Némestrinides , dans plusieurs flirmonètres. Entre ces dernières et les Xylotomes, qui offrent quelques Thérèves, se place le type du nouveau genre Pomacera, dont la singularité et l'ensemble des caractères me paraît exiger la formation d'une nouvelle tribu. Les Leptides n'y figurent que par le nouveau genre Exeretonevra. Les Bombyliers s'y font remarquer par les types des Trichopsidea , Compiosia et Apiocera , Nob., indépendamment de plusieurs espèces des genres les plus ordinaires de cette tribu. Les Dolicbopodes n'y sont représentés que par deux espèces de Psilopes. Les Syrphides n'y montrent que des genres répandus partout. Les Tachinaires y sont assez nombreuses et s" y font distinguer par les types des genres Trichoptera , Exechopalpus , Heterometopia et Tritaxys , Nob. Les Dexiaires , peu remarquables ailleurs, y dominent sur toutes les autres tribus par les Rutilies qui attirent notre attention à la fois par la grandeur, par l'éclat des couleurs, par le nombre des espèces et surtout des individus, par leur diffusion sur toutes les contrées de l'Océanie, et par leur absence complète des autres parties du globe.
Les tribus suivantes y présentent peu d'intérêt jusqu'aux
Sciomyzides, qui comptent le type du genre Tapeigaster. Les Ortalidées y offrent ceux des g. Coîlometopia, Lamprogaster et Cruphiocera; les Téphriticîes, ceux des g. Cardiacera, Nob., et Bactrocera, Guer., Macq. Enfin les dernières tribus de l'ordre ont été si peu recherchées , si dédaignées . en raison de la petitesse des individus; que l'on n'en connaît presque rien encore.
ÎS résulte de cette espèce de revue des Diptères de l'Océanie , autant que l'on peut en juger par ce qui est connu, que le fond en est le même que dans les autres parties du globe; que les cinq sixièmes des espèces appartiennent à des genres répandus dans les autres. Cependant le nombre des genres qui y sont propres forme ies trois huitièmes de ceux qui y ont été trouvés. îl est vrai qu'à l'exception des Rutiiies , les au'.res sont formés chacun d'une seule espèce, et qu'a l'exception du g. Pomacera, chacun d'eux se rapproche plus ou moins de queînu'autre ou au moins appartient à quelque tribu connue.
En comparant ce tableau statistique des Diptères de l'Océanie à celui des autres insectes des mêmes régions et particulièrement à celui des Coléoptères , il nous semble que cet ordre y présente proportionnellement plus d'espèces et de genres qui y sont propres, sans y avoir, à l'exception de l'effet qu'y produisent les Rutiiies. un aspect spécial, comme la classe des Mammifères et même des oiseaux, comme le règne végétal, il paraîtrait que la cause dût en être dans les rapports plus intimes des Diptères que des Coléoptères avec les plantes; mais cette raison est bien hypothétique. Quoi qu'il en soit, une physionomie européenne domine parmi les Diptères qui tourbillonnent autour de la cime des Eucalyptus , des Calidris , des Casuarina , qui se posent sur les liges des Zamia , dos Bruguiera , des Xantkorœa, qui hument les sucs des Banksia , des Blandfordia, des Melrosidefos, au pied desquels paissent ou se reposent ies Kanguroos, les Dasyures, les Thylacines , les Ornithorhynques eî tous les autres mammifères si étrangers à ceux de nos climats.
NÈMOCÈRES , Nemocera.
CULIC1DES, Cuucides.
G. COUSIN, Culex.