Diptères exotiques nouveaux ou peu connus
L'ordre des insectes Diptères, quoique l'un des plus nombreux , a toujours inspiré moins d'intérêt que les autres , sans doute à cause du peu de grandeur et de beauté de ces petits êtres; il figure peu dans les collections cntomologiques ; il est moins l'objet des travaux scientifiques, et cependant, seul encore, il présente dans un seul ouvrage , celui de Meigen pour les Diptères d'Europe, continué par Wiedemann pour les Exotiques , un spéciès général tel qu'on devait l'attendre de ces deux grands naturalistes, illustrations actuelles de l'Allemagne entomologique. Nés dans la terre classique , aidés des travaux des Fallèn, des IMegerle , des Baumhauer, placés à portée de célèbres collections et doués du génie observateur , ils ont élevé l'un des monuments les plus remarquables de la science. A la vérité, comme le premier n'a étendu ses propres recherches que sur les Diptères d'une partie de l'Allemagne, et qu'il n'a obtenu sur ceux du reste de l'Europe que des matériaux fort
( 10 ) incomplels ; comme le second n'a observé les espèces exotiques que dans une partie des collections allemandes et hollandaises et dans les ouvrages qui ont paru avant le sien ; et comme, depuis la publication, quoique récente encore, de leur double ouvrage, les nouvelles découvertes se sont multipliées, particulièrement par l'attrait qu'ils ont donné à la Diptérologie , il en résulte que de nouveaux travaux sont devenus nécessaires. L'ouvrage important de M. Robineau-Desvoidy sur les Myodaires (Muscides) et ceux que nous avons publiés sur les Diptères en général dans les Suites à Buffon, et sur ceux du nord de la France , ont rempli une partie des lacunes. Maintenant nous désirons en combler de nouvelles en faisant connaître les espèces exotiques non décrites , contenues dans les collections françaises et particulièrement dans celle du muséum de Paris, fruit des explorations récentes de nos naturalistes voyageurs ; mais, avant de présenter le tableau de leurs découvertes, il convient d'esquisser l'histoire de la Diptérologie exotique , antérieure à leurs recherches , afin de mieux apprécier ce qu'ils ont fait d'après ce qui avait été fait avant eux.
Linnée , le fondateur de cet ordre , comme de la science entière, ne décrivit qu'un très-petit nombre d'espèces étrangères à l'Europe dans le Systema naturœ (1) , dans les Amœnitales academicœ (2) , et dans le muséum de la princesse Louise Ulrique (3) qui les contenait. Plusieurs d'enlr'cUes étaient dues aux recherches de Tulbagh. (4). Drury, Forstcr et surtout
(i) La I." édition date de 1735, la la.c de 1766 — 1768. Nous ne parlons pas de la i3.= donnée par Gmelin.
(9) Le i.-^' volume parut en 1749 , le 7.* en 1769.
(3) En 1764.
(^) Les premiers Diptères exotiques que Linnée a décrits sont l'^«/7u« a-sdians, dans les ^/nœ/i. acad. 6. 4'3; puis \esTabanus {Paiigoiiia) rostralus cl barhaliis, du cap, et le Bonihylins capensis ^ dans le Mus. Lttil. iilr., cl le Miisca (htimeli(i) illucens , do l'Amérique méridionale dans le Sjst. mit.
Degeer en firent connaître de nouveaux , et bientôt après , Fabricius, qui fit avancer si rapidement la science, même en lui faisant faire fausse route (1) , décrivit successivement, dans le Systema entomologica (2), ceux dus à Kœnig et découverts à Tranquebar, ceux rapportés de l'Australasie par Bancks, ceux de Cayenne, par Robr, ceux d'Alger , par Stubb et par Rehbinder , et quelques autres dus à Lewin et à la collection de Tott; — dans le Gênera insectorum (3), quelques-uns tirés de celle de Yeats et provenant de la Caroline ; — dans le Species insectorum (4) , ceux de l'Amérique méridionale dus au docteur Walh et àBlomfield, de l'Amérique septentrionale, de Blackburn; — dans le Mantissa insectorum (5), ceux de Sierra-Leone fournis par Pflug, de Tranquebar par Hybner , de la Chine par Sehestedt ; puis, dans l'intervalle qui s'écoula entre cet ouvrage et le Systema antliatorum (6) , Bosc fit connaître ceux qu'il recueillit dans l'Amérique septentrionale et à Cayenne, Palissot de Beauvois , ceux qu'il découvrit dans ces mêmes régions et dans les royaumes d'Oware et de Bénin en Afrique. Peu après, Latreille , qui devait fonder la science entomologique sur ses véritables bases, et Meigen, qui devait remplir la même mission pour la Diptérologie en particulier , commencèrent leurs travaux ; mais ils s'occupèrent peu des Diptères exotiques. Ensuite Fabricius publia sonSystema antliatorum, dans lequel il décrivit un grand nombre d'espèces nouvelles : — celles de Desfontaines
(i) Fabricius en prenant un seul organe , la bouche , pour caractère , s'ccarla de la méthode naturelle ; mais il apprit à approfondir l'étude et à découvrir les plus légères modifications organiques.
(a) Publié en 1775.
(3) En 1781.
(4) En 1787.
(5) En i8o5.
(G) En i8o5.
(12) trouvées dans la Barbarie ; de Schousboe à Maroc , à Tanger , à Mogador ; de Duméril dans l'Afrique ; de Thonning, Krieger , Meyer , Isert dans la Guinée ; du professeur Brynniche au Cap ; de Daldorf à l'Ile-de-France, au Bengale, à Sumatra, à Java; d'Abildgaard aux Indes-Orienlales ; de Labillardière dans les îles de l'Océan pacifique; de Smidt dans l'Amérique méridionale ; de Richard à Cayenne ; de Francillon dans la Géorgie ; de Smith Barton dans l'Amérique boréale. Une grande partie de ces Diptères étaient réunis dans les collections de MM. Lund et SehestedU
Peu de temps après, Pallas, qui, dès 1781, commençait son bel ouvrage , fruit de ses voyages scientifiques, fit connaître les Diptères qu'il avait découverts dans la Russie méridionale , la Perse , les déserts de la Grande-Tartarie , les bords du Volga, du Tanais. Fischer, qui depuis près d'un demi-siècle a publié une foule d'ouvrages sur l'Entomologie , décrivit , dans les actes de la société impériale de Moscou, les Diptères recueiUis sur le Caucase et dans la Chersonèse taurique. A cette époque les musées se multipUèrent , surtout en Allemagne. A ceux de Vienne, de Munich , de Francfort, de Leyde ; à celui de Copenhague, formé des cabinets de Lund, Sehestedt, Schousboe, liesse , Krieger et Meyer ; à celui de Berlin, accru des richesses entomologiques du comte de Hofîmansegg, de MM. Virmond et Goudot, se joignirent les collections de Westermann, si riches en insectes de Java, de Gyllenhall, de Megerlc, de Rlug, de Germar, de Vonvs^inlhem , de l'université de Kiel (à laquelle a été réunie celle de Fabricius) , de Schonherr, de Wiedemann surtout, qui commença à s'occuper spécialement des Diptères exotiques dont il devait plus tard faire connaître un si grand nombre d'espèces. H préluda dans le Magasin zoologique et dans le Nova Diptcrorum gênera; en 1821, il publia le premier volume de ses Diptères cxoliques en lalin, qu'il refit en allemand, en 1828 , pour le lier par la langue comme par la forme
( 13) à celui de Meigen , et en 1830 parut le second et dernier volume de cet important ouvrage, pour lequel l'auteur trouva de nouveaux et nombreux matériaux dans l'accroissement successif de toutes les sources ci-dessus indiquées , où il avait déjà puisé, et de plus dans les découvertes plus récentes de Riippel en Egypte et en Nubie ; d'Ehrenberg , accompagnant Uumboldt au Caucase; d'Escholt à l'île de Luçon et à Unalaschka ; de Kuhl et de Reinwardt à Java ; de Trentepohl à la Chine ; de Humboldt et Bonpland dans l'Amérique méridionale et au Mexique ; de Th. Say et d'Abbot aux États-Unis. Il trouva encore à puiser dans les écrits et dans les collections de Thunberg , du docteur Forstroem , de Donovan , de Forskal et Niebuhr, de Schuppel, du docteur Wahl, d'Olfers, d'Oken, de Dalman , d'Afzelius, de Hornbeck, d'IUiger, du prince Christian, d'Hotthuysen , de Lehman, de Gyllenhall, deSchonherr. Enfin il fit quelques emprunts aux naturalistes anglais et particulièrement à Leach, à Curtis, à P. King, à Hardwick, à Macleay, à Fothergill. Quant à l'Entomologie française, il n'ajouta aux Diptères qu'il avait précédemment décrits d'après nos auteurs que quelques espèces découvertes dans le voyage du capitaine Baudin.
Cette longue énumératien prouve combien Wiedemann a eu de matériaux à sa disposition pour son ouvrage , et dans combien de parties du globe , indépendamment de l'Europe, il avait déjà été recueilli de Diptères. Aussi , le nombre des espèces qu'il a décrites s'élève-t-il à plus de 2,4.00. Cependant , si l'on considère les nombreuses collections de France, d'Angleterre et quelques-unes de l'Allemagne même , qu'il n'a pas visitées ; les contrées, telles que le Sénégal, l'intérieur et la côte orientale de l'Afrique, Madagascar, l'île de France, le Chili, le Mexique et plusieurs autres dont il n'a connu aucune espèce ; la longue indifférence que les naturalistes voyageurs ont mise à recueillir les Diptères , et surtout les espèces qui n'attiraient leurs regards
( U) ni par leur grandeur ni par leur éclat , le peu de résultat d'explorations qui se bornaient trop souvent à quelques chasses pendant de courtes relâches le long de grèves inhospitalières , l'on pourra juger combien l'ouvrage de Wiedemann , malgré son importance , est incomplet, combien d'espèces déjà découvertes lui ont été inconnues , et surtout combien il en reste à découvrir.
Depuis la publication en 1830 du dernier volume de cet ouvrage, qui fera époque dans cette partie de la science , l'Allemagne a produit le bel ouvrage de Perty , Delectus animalium, dans lequel se trouvent décrits un assez grand nombre de Diptères exotiques découverts au Brésil par Spix et Martius pendant leur voyage scientifique avec le prince Maximilien de Bavière. Nitzsch en a fait connaître aussi quelques-uns.
En Angleterre , où l'Entomologie a pris un essor très-remarquable , grâces aux travaux si connus de Kirby , de Spencer, de Leach dont la perte récente' afflige les sciences naturelles , Curtis, Gray, Forster , Drury , Haliday , Griffith, Temple ton, Montagu, Walker, Jenyns, Waterhouse et surtout Westwood, se sont occupés plus ou moins de Diptères exotiques dans leurs écrits (1). Un grand nombre d'espèces nouvelles ont été recueillies dans les Indes-Orientales par Horsfield , Boyle , le colonel Sykes, et déposées avec une multitude d'autres dans le musée britannique , dans ceux de la société Linnéenne et de la société Enlomologique de Londres , et dans les belles collections de MM. Hope , Stephens, Gray, Curtis (2) et quelques autres.
Dans la Belgique , le riche cabinet de M. Robyns, à Bruxelles, si obligeamment ouvert à tous les naturalistes, contient de belles espèces , la plupart de Java.
(i) Les monographies des Diopsis et des Nyclcribics de M. Westwood sont des modèles dans ce genre.
(2) Cette JerniCrc est formée en partie de celle de Linnée.
(15) En France , les Diptères exotiques , apportés depuis un petit nombre d'années , et que Wiedemann n'a pas vus, sont dus aux recherches de la plupart de nos voyageurs que l'amour des sciences naturelles a arrachés à leur patrie. Il n'a pas même connu ceux qu'Olivier a rapportés de son voyage déjà ancien dans le Levant. MM. Waga au Caucase ; Brullé en Morée; Boue en Servie ; Joannis , Bové , Al. Lefebvre en Egypte ; Botta en Nubie et au mont Sinai ; Gérard , Barthélémi et Saint-Fargeau fils en Barbarie; Goudot à Tanger; Maugé, Webb et Berthelot aux îles Canaries ; Eydoux et Robert au Sénégal et à l'île Corée ; Delalande et Verreaux fils au Cap ; Desjardins à l'île de France ; Bréon à l'île Bourbon ; Riche , Bernier, Goudot à Madagascar; Roux, Marc, Jacquemont, Fontanier, dans l'Inde ; Bellanger , Dussumier, Macé, Diard, Duvaucel, Pérottet, au Bengale; Godefroy, Desjardins à la Chine et à Manille ; Reynaud au pays des Birmans ; Péron , Quoy , Gaimard dans i'Australasie pendant leurs voyages avec MM. Freycinet et Dumont d'Urville; Gay et Fontaine au Chili et au Pérou; Sylveira, Gaudichaud , Wauthier au Brésil ; Leprieur , Leschenault, Doumerc, M.">e Rivoire à la Guyane; Lebas dans la Colombie; Richard , Lacordaire et Banon à Cayenne ; Plée aux Antilles ; De La Sagra , Poey à Cuba ; Hogard à Saint Domingue ; Beaupertuis à la Guadeloupe ; L'herminier à la Caroline ; Delarue de Villeret à la Géorgie ; Peck , Milbert , Lesueur , Bastard , Noisette dans l'Amérique du nord; Lapilaye, Léguillon à la Terre-Neuve ; tous ces naturalistes voyageurs , qui ont si puissamment contribué aux progrès des sciences naturelles , ont recueilli des Diptères et les ont répandus dans toutes les collections françaises, mais plus particulièrement dans celles du muséum de Paris , qui en contient la plus grande partie et qui , de plus, en a reçu du musée de Philadelphie, de MM. Léon Dufour , Solier , Boyer , Defonscolombe et de nous. Parmi les collections particulières, nous citerons celles de Latreille,
( 16) maintenant à M. le comte Dejean , MM. Serville, qui les met si généreusement à notre disposition , Viard , Percberon , Gory , le comte de Saint-Fargeau , le comte de Castclnau , Guérin , à Paris , M. le comte de Jousselin, à Versailles , possesseur d'une partie de la collection d'Olivier; enfin notre propre cabinet.
Une petite partie des espèces renfermées dans ces collections et inconnues à Wiedemann , ont été décrites par M. Robineau- Desvoidy , dans son ouvrage sur les Myodaires ; par M. Brullé , dans l'ouvrage sur l'expédition de Morée; par M. Bois-Duval, dans le voyage des découvertes de l'Astrolabe ; par M. Guérin, dans celui de la Coquille ; par nous dans les Suites à Buffon. Un grand nombre restent à décrire et nous l'entreprenons grâce à l'obligeance à laquelle nous en devons les moyens et particulièrement à celle de M. Audouin, qui non seulement attire à l'étude des sciences naturelles par ses cours publics , par son zèle à accroître et à classer les immenses collections qui lui sont confiées, par les excellents ouvrages qu'il a publiés , mais encore en excitant et en favorisant le travail des autres.
Les Diptères exotiques , considérés en général et comparés à ceux de l'Europe, ne présentent pas de types extraordinaires, constituant des familles et même des tribus qui leur soient propres, si l'on excepte les Acanthomérides , Nob., et les Diopsides, de Wiedemann, en admettant toutefois que ces tribus récemment établies soient adoptées. La plupart des conformations les plus remarquables de cet ordre appartiennent à des Diptères indigènes et nous dispensent d'aller les admirer audelà des océans. Les Mydasiens , si voisins de l'anomalie par l'ensemble de leur organisation ; les Némestrinides , par la réticulation de leurs ailes ; les Vésiculeux , par la presque nullité de leur tête ; les OEstrides , par l'absence de cavité buccale ; les Nyctéribies, par la nature étrange de tout leur être, ont des représentants en Europe. Cependant, plusieurs types génériques fort singuliers attirent nos regards , excitent notre éton-
( 17 ) nement. Chaque partie du corps offre à son tour quelques modifications remarquables. La tète se prolonge latéralement en longs tubes oculifères dans les Achias et les Diopsis. Le front est muni de chaque côté d'une saillie portant une soie terminée par une lamelle rhomboïdale dans les Pétalophores (Téphritides). La trompe des Glossines (Muscies) (1) ne permet qu'à un examen approfondi d'en reconnaître l'organisation normale. Les antennes des Polymères (Tipulaires) par la multiplicité de leurs articles , des Mœgistocères (Tipulaires) et des Longines (Leptopodites) par leur longueur, de la Dicrania cervus (Tabaniens) par la forme pectinée de la dernière partie de cet organe, des Diopsis par leur insertion, des Herméties, des Eudmètes, des Phyllophores (Notacanthes) , du PsïTopws crim-^ cornis (Dolichopodes) par le développement du style antennaire, signalent des bizarreries plus ou moins étrangères à l'Europe et qui nous étonneraient si nous n'étions habitués à rencontrer toutes les formes jusqu'aux dernières limites du possible dans cet organe qui rajeunit la fable de Protée. Le thorax , dans les Diopsis , est armé d'épines sous les aîles, indépendamment de celles de l'écusson. Celui-ci, parmi les modifications des pointes dont il est généralement muni dans la famille des Notacanthes, n'en présente qu'une seule dans les Platyna; il y en a deux placées à l'extrémité d'un long pétiole , dans les Dicranophores. Il se montre plus extraordinaire encore dans les Célyphes (Lauxanides) où il se dilate de manière à couvrir tout l'abdomen et les aîles , comme celui des punaises scutellères. L'abdomen se singularise par sa largeur fort supérieure à sa longueur , dans les Platyna; il se garnit , vers l'extrémité , de longs flocons de poils dans les Mégarhines (Culicides). Les
(i) Quelques-unes des tribus que nous mentionnons ont été formées par nous dans les Suites K Buffon.
( 18 ) pieds, rarement remarquables, paraissent contournés d'une manière anomale dans les Syslropes (Bombyliers) ; leur longueur et leur ténuité ordinaires dans la famille des Némocères s'accroissent encore , s'il est possible , dans les Polymères ; les jambes postérieures se hérissent de longs cils dans quelques Culex et dans les Tiichopodes (Pbasiennes). Enfin les ailes présentent d'abord quelques modifications dans leurs formes : elles sont dilatées au bord extérieur dans les Ptérodonties (Lauxanides) et dans plusieurs Asiliques; elles sont découpées en plusieurs échancrures, dans VAchias lobularis ; ensuite elles montrent dans leurs nervures quelques dispositions singulières parmi lesquelles nous citerons celles de la Lùnnobia Trentepohlii (Tipulaires) , des Panops , des Philopotes (Vésiculeux) , de Vamicta heteroptera (BombyHers\ des Cténocères (Leptides), des Colax (OEstrides) ; des Strebla (Coriacées].
Indépendamment de ces modifications organiques qui distinguent les Diptères exotiques de ceux d'Europe , ils se montrent généralement supérieurs en grandeur et en beauté, ceux au moins qui appartiennent aux zones méridionales. Voyez ces redoutables ïabaniens du Cap , du Brésil , poursuivre les tigres , les jaguars des déserts et les terrifier de leurs piqûres cruelles. Voyez les riches couleurs des Lucilia splendida , leonina (Muscles) de l'Inde , rivalisant d'éclat avec les cmeraudes et les saphirs des mêmes régions si brillantes de l'Orient. Quant à ceux des climats tempérés et septentrionaux, et surtout de l'Amérique du nord, ils ont généralement beaucoup de rapports avec les nôtres, et la cause en est sans doute dans la ressemblance des températures respectives ; mais il faut dire cependant que les mêmes rapports existent assez souvent entre des Diptères exotiques des régions méridionales et des espèces de l'Europe septentrionale. La loi d'analogie d'après laquelle la nature semble se répéter et dont elle donne d'assez fréquents exemples, reçoit autant d'applications dans cet ordre d'in-
( 19) sectes que dans les autres (1). Il y a aussi des espèces que nous retrouvons identiques dans différentes parties du globe : le 5yrphus corollœ d'Europe habite également la Chine , le Musca corvina , la Nouvelle - Orléans , le Scatophaga stercoraria, le Cap.
(i). Voici les noms d'un certain nombre de Diptères exotitjues qui offrent cette analogie , et qui sont pour ainsi dire les représentants des espèces d'Europe.
T'ipula soror Wied. du Cap , représente T. oleracea.
Limnophila humeralis , de Pensylvanie , L. discicollis.
Limnohia argus , de Pensylvanie , L. picta .
Leia ventralis , de Pensylvanie , L. bimaciilata.
Bihio alhipennis , de Pensylvanie, B. eenosus.
Tdbanus cinereiis , de l'Amérique méridionale , T. scalaris.
Hœmatopofa jaçana , de Java, H. plucialis.
Ceenomyia pallida , de Pensylvanie , C. ferruginea.
Stratyomis Meigenii, de Savannah , S. furcata.
S. cirgo , de Savannah, et S. virens , du Brésil, S. ciridula-
Sargus xanthopus , de Pensylvanie, S. flat^ipes.
Laphria laslpes , du Kentucky , L. Flaca.
Anthrax fulfiana , de Pensylvanie , A. Flafa.
A. Hyalina , de Java, A. circumdata.
TTierefa lateralis, de l'île Luçon, T. plebeia.
Porphirops amictus , de Guinée, P. diaphanus.
Eristalis incisas, du Cap, sinensis , de la Chine, £". tenax.
E. saxorum, de Savannah, E. rupium.
E. cuprofittatus , de l'Amérique septentrionale, E. œneus.
E. distinguendus , de Monte-Video , 1 ,
E. tapliicus , de l'Egypte, )
Xylota indica , des Indes-Orientales , X. pipiens.
Eumerus macrocerus , de la Chine, E. grandicornis.
Rhingia nasica , de l'Amérique septentrionale, R. rosi rata.
Syrphus confraler , de la Chine, ) ... f, . ,-*.,. ? '''• ribesii.
o. amencanus , des Etats-Unis, )
S. lunatus , de la Chine, S. pyrastri.
S. bucephalas , du Brésil, S. hyalinatus.
(20) %& plupart des genres nombreux présentent des espèces dans 'toutes les parties de la terre : les Tipules, les Taons, les Asiles, les Bombyles, les Anthrax, les Syrphes, les Mouches se rencontrent .partout, et cette diffusion des mêmes types se manifeste même souvent dans des groupes très-peu considérables. Le genre Rhamphidie , par exemple , remarquable entre les Tipulaires par l'extrême prolongement du museau , ne contient encore que quatre espèces, dont l'une appartient à l'Europe septentrionale, la deuxième aux Etats-Unis, la troisième au Brésil et la quatrième à l'Ile de Sumatra. Les genres entièrement étrangers à l'Europe sont presque tous peu nombreux en
S. iihicen , du Brésil, S. ntusicus.
S. orientalis , des Indes , S. scalaris.
Dexia pica , de l'Améritjue méridionale , D. inanis.
D. macropus , de Java , D. nigripes.
Sarcopliaga africa, du Cap,
" carnana.
s. georgiiia , de Savannah ,
S. tœnionota, de Java et de Tranguebar, S. slriata,
Stomoxys flacipennis , de Java, S. siherita.
Musca ohscœna, de Pile Unalaschka , M. carnii'ora.
M. lusoria , du Cap , M. ludifica.
M. hortensia, de Java, M. hortoram.
Antliomyia quadrata , de Java, A. pallida.
A. tonitrui , des Indes-Orientales, ^. plucialis.
A. caleiis , de Sumatra , A. compiincla.
A. dirersa , de Monte-Video , A. radiciim.
Cœnosia ini'ersa , du Cap , C. iigrina.
Scatophaga soror, du Cap , S. scjbalaria.
S. exotica , de la Nouvelle-Orléans , S. littorea.
Ortalis fasciata , de Monte-Video , O. urticce.
Tephritis fucata , de l'Amérique méridionale , T. leoiitodonlis.
T. dapline, de Monte-Video, T. radiafa.
T. sororcula , de TénérifTe , T". ahsiiithii.
T. duplicata , de Monte-Video , T. terminalis.
f 21 ) espèces. Nous ne connaissons que les Diopsis qui en compteiU acluellement une trentaine ; les Herraélies , les Cyphomyies , les Plécies, les Ommaties, les Nerius, les Culèrèbres , les Trichopodes en contiennent à peine dix ; les Acanthonières , les Corsomyzes , les Xestomyzes , les Lasia , les Amictes , les Toxophores, les Damalis, les Panops , les Acrochœtes , les Acanthines et beaucoup d'autres n'en renferment que d'une à quatre.
Parmi les genres exotiques composés de plusieurs espèces , il y en a peu qui appartiennent exclusivement à la même partie du globe. Nous ne pouvons mentionner que les Acanthomères, les Herméties, les Cyphomyies et les Trichopodes qui sont de l'Amérique , et les Graptomyzes qui sont de Java. La plupart de ces genres sont propres aux régions méridionales , ainsi que plusieurs autres qui ne sont pas entièrement exotiques , tels que les Pangonies, les Mydas, les Dacus. Au surplus, les Diptères subissent, comme les autres ordres entomologiques , la loi d'après laquelle les mêmes espèces occupent généralement sur le globe un espace compris entre vingt-quatre degrés environ de latitude et soixante de longitude , sauf les nombreuses exceptions qu'apportent à cette règle les accidents du sol qui modifient la température et la végétation , tels que les mers et les chaînes de montagnes (1). Nous citerons à ce sujet les Diptères du Chili , dont les espèces sont pour la plupart différentes de celles de la partie de l'Amérique qui n'en est séparée que parles Andes, et ceux des îles Canaries , rapportés en grand nombre par M, Webb , et qui ont les plus grands rapports avec ceux de la Barbarie et même de l'Europe méridionale , tandis qu'ils n'en ont presque pas avec ceux du Sénégal, bien plus voisine de ces îles.
(i) Voyez le jnémoiie fit IrtiUcillc sur la géographie des iuscttcs.
Nous devons signaler encore l'extension de Vhabitat de quelques espèces intertropicales de l'Amérique, qui parviennent au nord jusqu'à la hauteur de Philadelphie : telles sont le Mydas fila tus , le Tabanus ahdominalis y VAsilus œstuans. Cette dérogation à la loi qui régit l'ancien continent , où les espèces sont renfermées dans des limites plus étroites , s'explique pailiculièrement par la température relativement plus élevée et dont les extrêmes présentent moins de différences dans le Nouveau- Monde que dans l'Ancien.
Le nombre des espèces de Diptères exotiques connues s'élève approximativement à 3,000 (1) tandis que celles de l'Europe est d'environ 4,600 (2). La proportion entre les unes et les autres est bien différente de celle qu'il doit y avoir entre les espèces existantes dont les exotiques doivent dépasser de beaucoup en nombre les européennes. Cette différence s'explique par le peu de soins que l'on a pris encore pour recueillir les Diptères exotiques et particulièrement les petites espèces. En admettant qu'il y ait la même proportion entre les Diptères et les Coléoptères , qui sont beaucoup plus recherchés, on arrive à l'évaluation suivante. Les Coléoptères européens connus étant approximativement de 12,000 et les exotiques de 28,000, nous devrions connaître 10,000 Diptères exotiques , proportionnellement aux 4.,600 de l'Europe. Nous arrivons à un chiffre encore plus élevé si nous prenons pour point de comparaison une des familles de Diptères dont on a le plus recueilli les espèces en
(r) Nous ne comptons que les espèces qui ont été décrites et nous comprenons dans ce nombre celles qui l'ont été par nous , bien que nous ne les aj'ous pas encore publiées; nous passons sous silence celles qui existent dans les collections sans être déterminées.
(a) Ce nombre eût été plus élevé si nous y avions compris toutes les espèces décrites par M. Robineau-Desvoidy , dans son essai sur les Myodaires :, mais nous avons cru devoir les réduire considérablement parce que nous croyons qu'il les a beaucoup trop multipliées.
( 23 ) raison de la giandour de ces insectes , à savoir , les Tabaniens. Nous en connaissons 80 en Europe el 300 exotiques , de sorte que si toutes les fiimilies étaient connues et réparties dans la même proportion , les 4.,600 Diptères d'Europe devraient en faire admettre 17,000 exotiques; et comme d'une part nous sommes loin de connaître toutes les espèces d'Europe , et que, de l'autre, cette proportion de 80 à 300 est plus éloignée encore d'être celle qui existe réellement , puisqu'il est hors de doute que l'on trouvera bien plus d'espèces de Diptères exotiques nouvelles à proportion que d'européennes, il en résulte que le nombre des espèces à connaître est bien plus grand encore , et nous croyons que l'on ne s'éloignerait peut-être pas beaucoup de la vérité en admettant que le nombre des espèces européennes est au moins de la moitié en sus de celles qui sont connues, c'est-à-dire que de 4,600 on peut les porter à 7,000, et que la proportion entr'elles et les exotiques est celle de un à dix , ce qui élève le nombre total des Diptères à 77,000. (1).
La loi d'après laquelle le nombre des espèces d'insectes est d'autant plus considérable que l'on avance des pôles à l'équateur se manifeste parmi les Diptères comme elle l'a été parmi les Coléoptères. (2) En prenant encore la famille des Tabaniens pour exemple , nous trouvons deux espèces connues en Laponie , 1 1 en Suède , 40 dans l'Europe tempérée , 60 dans l'Europe méridionale , 110 dans le Brésil. Il est vrai que l'étendue de celte dernière région , les nombreuses rivières qui l'arrosent et son admirable végétation , donnent la raison de cette supériorité de nombre , indépendamment de la latitude intertropicale ; mais ,
(i) M. Lacorclaire , dans sa savante introduction à l'Entomologie, admet également que les Diptères connus sont le dixième de renx à connaître ; mais il avance que le nombre des premiers est de 10,000 et nous ne le portons, qu'à 7,000.
(2) Vojez le mcuic ouvrage.
( 2/^ ) si l'on considère que la connaissance des espèces y est bien moins avancée qu'en Europe , il restera prouvé qu'elles y sont relativement plus nombreuses.
La division des insectes, sous le rapport des aliments, en créopliages et phytopbages, a fait reconnaître une autre loi (1) parmi les Coléoptères, d'après laquelle les premiers, toujours inférieurs en nombre aux derniers , le sont dans une proportion plus forte au midi qu'au nord, de sorte que les Garabiques, par exemple, éminemment carnassiers, sont près d'une fois plus nombreux eu Europe qu'au Brésil, tandis que les Chrysomélines, qui se nourrissent de substances végétales , le sont trois fois moins. Les Diptères ne présentent pas ce dernier résu'.iat, et nous voyons les Culicides, les Tabaniens, les Asiliques, si avides de sang, pulluler sous les tropiques plus qu'en Europe, et au moins autant que les autres familles.
Il nous reste à parler des mœurs des Diptères exotiques, et nous avons peu de choses à dire sur ce sujet. ïrès-peu d'observations ont été faites, ou au moins publiées ; d'ailleurs, comme la grande majorité de ces insectes appartient à des genres connus en Europe , on ne peut pas douter que leurs habitudes, conformes à leur organisation , ne soient semblables à celles de leurs congénères indigènes; et en effet nous savons combien les Culicides exotiques ressemblent aux nôtres par leur instinct malfaisant, et à quel point, sous le nom de IMoustiques, de Mosquites, de Piums, de Zancudos, ils infestent le voisinage des eaux où ils prennent naissance. Nous savons que les Tabaniens, les OEslrides, dans toutes les parties de la terre, s'attaquent aux grands animaux , par exemple , le Tabanus molcstiis , que Thomas Say a vu au Missouri, sous le nom de Mouche des prairies , et qui tourmente tellement les bestiaux que, pour échapper à ses poursuites, ils s'élancent
(i) \o^i'z le mcmc ouM'age.
( 25 ) dans les forêts voisines et s'enfoncent dans les endroits les plus fourrés. Le même observateur a décrit avec beaucoup de détails les habitudes de la Cecidomyia destructor (1) dont la larve fait tant de ravages aux États-Unis en rongeant la tige du blé , ravages qui seraient encore bien plus funestes , si un Hyménoptère du genre Céraphron ne détruisait une grande partie de ces larves. Une observation intéressante sur les Diptères exotiques a été faite récemment à Paris par le célèbre Lépidoptériste Bois Duval. Une Chrysalide du Cerocampa regalis qui lui avait été envoyée du Brésil lui donna, au lieu du Papillon , la Tachinaire que nous avons décrite sous le nom de Senometopia bicincta, dans les Suites à BufTon, et dont la mère, fidèle aux mœurs parasites de toute sa tribu , avait déposé ses œufs sur la chenille du Lépidoptère , afin que les larves , à leur naissance , pussent s'introduire dans son corps et se nourrir de sa substance. Les Diopsis ont aussi donné lieu à des observations sur leurs habitudes. Le T). Sykesii, Gray, a été découvert par le colonel Syke , aux Indes-Orientales , dans le Dekkan , sur une colline entourée de bois. Ces Diptères se tiennent dans les ravins. Lorsque les rayons du soleiltraversent l'épaisseur du feuillage et tombent sur quelque roc isolé , on les voit planer à l'entour, ou s'y reposer par myriades. Un autre , D. brevicornis , Th. Say , le seul qui habite l'Amérique septentrionale , a été trouvé par ce célèbre Entomologiste sur une feuille de Pothos fœtida, près de la baie de Wissaliickon , voisine de Philadelphie , et ensuite dans les crevasses des rochers, aux bords du Missomi. M. Westwood fait observer à ce sujet la sagacité avec laquelle Dalman avait avancé que les Diopsis devaient vivre sur le sable
(i) Ce Diptère porte le nom vulgaire de hessian fly , mouche de Hesse, parce qu£ l'on a cru faussement qu'il avait été apporté en Amérique dans de la paille par les troupes hessoises pendant la guerre de la révolution. II est probable que c'est vers celte époque que cet insecte a commencé à se propager de manière à se faire connaitrc par ses ravages.
(26) ou sur le rivage comme les autres insectes dont les yeux sont proéminents , tels que les Cicindèles , les Elaphres , les Omophrons, les Stènes, parmi les Coléoptères , les Saldes et les Alydes , paimi les Hémiptères. Il avait dit aussi que ces insectes aux yeux saillants vivaient de proie, et en effet les cuisses antérieures des Diopsis, épaisses et denticulées, indiquent aussi cette manière de vivre.
Le tableau que nous venons de tracer de l'état actuel de nos connaissances sur les Diptères exotiques nous présente ces insectes , répandus sur toutes les parties du globe , déjà nombreux en espèces, quoique les explorations n'en aient encore fait connaître que la moindre partie , mais moins différents de ceux de l'Europe que l'on serait porté à le croire. Sur les 3,000 environ qui sont maintenant connues, en y comprenant celles que nous décrivons, il n'y en a guères que 180 appartenant à des genres étrangers à l'Europe, c'est-à-dire, un seizième. Quelle que soit la partie de la terre où nous portions nos pas scrutateurs, dans les forêts vierges de l'Amérique méridionale , dont la végétation luxmiante des tropiques nous offre si peu de rapports avec celle de l'Europe, dans la Nouvelle-Hollande où les masses immenses d'Eucalyptus , de Casuarina et de tant d'autres végétaux étonnent encore plus nos regards par leurs formes étranges , les Diptères , quoique la plupart , sous la forme adulte ou de larves , doivent leur subsistance aux plantes, présentent très-souvent les mêmes types organiques que les nôtres; et si l'Européen, jeté par la tempête sur des plages lointaines , s'attriste de ne point voir l'arbre de son pays , qu'il jette les yeux sur ces insectes, et à l'aspect de leurs formes connues, il se croira moins exilé, l'espoir de la patrie renaîtra dans son cœur, et il se livrera avec plus d'abandon aux soins de la Providence (1).
(i) Comme notre travail est uuiqucmcut relatif aux Dipti'rcs exotiques, nous aviius rrii devoir ranger les espèces de chique ijcnrc d'aprrs leur patrie et dan l'ordre suivant : TAfriquc , l'Asie, l'Australasic et rAincriquc.
Antennes de six articles au moins. Palpes de quatre ou cinq articles 1. Némocères.
Antennes paraissant être de trois articles. Palpes d'un ou deux articles 2. Brachocèbes.
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Les Némocères exotiques , à l'exception des espèces remarquables par leur grandeur, ont été si peu recueillis jusqu'ici, et l'extrême délicatesse de leurs organes s'oppose si souvent à leur conservation dans les collections entomologiques , qu'ils sont moins connus que les autres Diptères , et que le nombre des espèces décrites est encore fort restreint. Il s'élève peu audessus de deux cents. Plus des trois quarts appartiennent à l'Amérique, et la plupart des autres à l'Asie, et particulièrement à Java. L'Afrique et l'Océanie n'en comptent encore qu'un très-petit nombre.
Ces Diptères, recbercbant surtout les sites bumides et ombragés, se rencontrent dans toutes les latitudes où ils trouvent ces deux conditions de leur existence ; c'est ainsi que les espèces d'Amérique se répartissent presque également entre la partie septentrionale et la méridionale. Quelques genres paraissent appartenir exclusivement à une seule contrée; mais le plus souvent les espèces dont ils se composent se disséminent dans les différentes parties du globe. Les Rbamphidies, ainsi que nous l'avons dit, sont même remarquables sous ce rapport, non moins que par le prolongement démesuré de leur tête.
La plupart des types organiques que présentent les Némocères de l'Europe se reproduisent parmi les exotiques. Quelques-uns seulement ne paraissent pas en dépasser les limites (1); mais aussi quelques autres nous sont entièrement étrangers. Tel est le genre Mœgistocère, dont le nom indique la longueur fantastique des antennes ; le genre Polymère où ces organes se divisent en un si grand nombre d'articles terminés en aigrettes. Quelquefois des types connus en Europe se retrouvent diversement modifiés parmi des genres exotiques.
(i) Les principaux genres qui ne contiennent pas encore d'espèces exotiques sont : Ceratopogon, Trichocera, Dixa,Anisomera, Bohtophila, Macrocera.
Les Gynoplisties, les Cténogynes, de l'Océanie représenlent nos élégantes Cténophores , comme les Plylogynes , les Ozodicères, de l'Amérique nous rappellent nos Tipules.
Les caractères qui distinguent les espèces exotiques des européennes n'ont pas plus d'importance relative que ceux qui distinguent les genres. Cependant les Cousins des régions tropicales, connus sous le nom odieux de Moustiques, sont souvent de grande taille et ornés de couleurs brillantes qui contrastent avec la sombre livrée des nôtres.
Les mœurs des Némocères exotiques, qui ne doivent pas différer de celles des nôtres plus que l'organisation, sont presqu'entièrement inconnues. Une seule espèce a donné lieu à des observations intéressantes : Cecidomyia destructor de l'Amérique septentrionale, que Thom. Say a très-bien décrite dans les différents périodes de sa vie.
Les premières Némocères exotiques qui ont été décrites l'ont été par Fabricius dans l'Entomologie systématique (1) , d'après des individus des collections de Robr, de Veats, d'Abildgaard , de Luad et de Banks. Ensuite le même auteur en fit connaître de nouvelles dans le Systema antliatorum (2). Plus tard , Thom. Say, dont les explorations ont eu le plus de résultats , en découvrit un grand nombre aux États-Unis , et en donna les descriptions dans les Actes de l'Académie de Philadelphie et dans l'Expédition de Long à la rivière de Saint-Pierre (3). Plus récemment , M. Wiedemann , qui en avait déjà décrit de nouvelles dans ses premiers travaux , en ajouta d'autres dans son
(i) Ce sont : Culex {Megarlùna) hœmorrhoidulis, Ptychoptera (^Bittacomorpha) clacipes, Ctenophora lœfa, hirtea (JBihio) ruficollis et hrunnipes.
(9) Environ trente tirées des mêmes coUeclious cl de celles de Bose , de Sehestedt, de Lewiu.
(3) Plus de soixante.
( 31 ) dernier ouvrage (1). Depuis, M. Westwood en a encore augnienlé le nombre , et nous en avons fait connaître quelquesunes dans les Suites à BuCfon. Maintenant nous en publions de nouvelles (2) qui proviennent des collections françaises et particulièrement du Muséum de Paris , et qui sont dues aux explorations de nos entomologistes voyageurs (3).
Nous croyons devoir apporter quelques changements dans la classification des Némocères : le premier est seulement relatif à la nomenclature. Lorsque Latreille institua la famille sous le nom de ïipulaires, il la divisa, non en tribus, mais en simples sections qu'il distingua entre elles en les nommant Tipulaires aquatiques , terricoles , gallicoles , etc. Ces dénominations composées furent adoptées. Cependant, depuis que ces sections, par leur importance toujours croissante , ont été élevées au rang de tribus, il convient de leur donner des noms simples, analogues à ceux qui sont généralement adoptés pour cette espèce de division , c'est-à-dire , tirés du genre le plus considérable qu'elle renferme. Nous les nommons donc Chironomides , Mycétophilides , Bibionides , etc.
En second lieu , Latreille , dans ses familles naturelles que nous avons adoptées dans les Suites à Buflbn , en a formé deux de la division des Némocères, les Culicides et les Tipulaires, distinguées entre elles par les caractères fournis par la trompe et les palpes. Nous pensons , surtout depuis plusieurs découvertes récentes, qu'en formant ces deux familles on accorde trop
(i) £n tout soixante tirées des musées de Berlin, de Francfort, de Copenhague, de Leyde, de Philadelphie et des collections de Westermann , de Von- ■ninthem , de Trentepolil (ces dernières sont de la Chine) et de Wiedeniann même.
(2) Environ quarante.
(3) Bové, Leprieur, Gaudichaud , Delalande, Gay, Bréon, Sylveira, Diard, Duvaucel, Barmès, Lesueur.
( 32 ) d'importance aux différences qui les distinguent, et qu'elles n'en constituent naturellement qu'une , dont les Culicides forment la première tribu. D'abord, il y a trop d'unité dans l'ensemble de l'organisation pour motiver l'établissement de deux familles, et il suffît de voir l'extrême ressemblance qui existe , sauf l'organe buccal, entre les Cousins et les Corèthres, pour juger qu'ils appartiennent à la même famille naturelle. Ensuite, la longueur et la composition de la trompe des Culicides ont long-temps établi une grande distinction entre ce groupe et les autres Némocères ; mais ce caractère si tranchant s'est affaibli depuis la découverte d'une longue trompe dans notre genre Aporose, et de soies maxillaires dans celle des Giocbines et des Bolétopbiles ; et il nous semble que les différences entre les Culicides et les autres Némocères n'ont plus qu'une importance secondaire , analogue à celle des caractères distinctifs des différentes tribus entre elles.
Suit le tableau synoptique.
Première tribu. — CULICIDES, culicides.
/ Trompe droite. Dernier article des palpes court et obtus d^ .
Prothoraxpeu saillant. Abdomen non cilié vers l'extrémité. Ailes à première cellule marginale assez grande 1. ANOPHÈLEt,
Trompe recourbée en-dessous , Palpes longs jvers le milieu de sa longueur, dans v Dernier article des palpes d^ les deux sexes, llong, menu , pointu et recourbé en-dessus. Antennes à panache touffu. Prothorax saillant de chaque côté, en forme d'écaille. Abdomen : les trois derniers segments bordés latéralement de soies </. Ailes à première cellule marginale très-petite 2. Mégarhine.
Palpes longs dans les mâles seulement 3. Cousin.
Les Culicitles exotiques, dont nous ne connaissons jusqu'ici qu'un petit nombre d'espèces, reproduisent les mêmes types génériques que celles de l'Europe, à l'exception du genre Mdès, qui n'a encore été observé que dans le nord de l'Allemagne , et, de plus , elles nous présentent plusieurs modifications organiques, peu importantes à la vérité. Dans quelques espèces, la trompe se recourbe en-dessous; dans d'autres, le prolborax se dilate de chaque côté en forme d'écaillé membraneuse ; quelquefois l'abdomen est bordé de longs cils vers l'extrémité; enfin, dans plusieurs autres , les pieds, parfois démesurément longs, se hérissent partiellement de longs poils touffus dont la destination est peut-être d'augmenter la légèreté spécifique de ces petits êtres.
Ces diverses modifications ont déterminé M. Robineau-Desvoidy, dans son Essai sur les Culicides, à former les genres Megarhina, Psorophora et Sabethes, d'après les caractères qu'elles lui présentaient; mais, à l'exception du premier, dont la plupart des organes offrent quelque particularité qui lui est propre , les autres nous paraissent fondés sur des différences trop légères.
Sous le rapport des couleurs, les Culicides exotiques sont quelquefois plus remarquables que sous celui de l'organisation. Quoique la livrée brune des espèces européennes se retrouve le plus souvent et dans tous les climats, même les plus brûlés du soleil , une partie des espèces tropicales sont ornées d'écaillés brillantes : l'acier, l'or, l'émeraude étincellent sur toutes les parlies du corps. Le Megarhina hœmorrhoidalis, de Cayenne , les Culex ferox, violaceus, cilipes, du Brésil, splendens, de Java, rivalisent d'éclat avec la multitude des autres insectes aux riches couleurs de ces beaux climats.
Si les Culicides exotiques nous charment quelquefois par un éclat étranger aux espèces de l'Europe , elles se rendent bien plus hostiles envers les hommes , surtout dans les contrées
( 35 ) à la fois chaudes et aquatiques. Sous le nom de Moustiques, le long des fleuves des Amazones et de l'Orénoque , sous celui de Piums aux bords de l'Iapura, suivant l'observation de Spix et Martius , elles sont insupportables et inévitables au point de se jeter dans les narines , les oreilles , la bouche , les yeux , et elles rendent l'existence des pauvres Indiens si douloureuse que les délices de l'autre vie que leur annoncent nos bons missionnaires les touchent surtout comme la délivrance de ce fléau. MM. D© Humboldt et Lacordaire ont observé, dans l'Amérique méridionale, que les diverses espèces restaient isolées les unes des autres, habitant des cantons différents, quoique souvent trèsvoisins.
Les Culicides exotiques connus appartiennent en grande partie au nouveau continent, et un petit nombre d'autres à l'Asie et à l'Afrique. Les espèces les plus remarquables sont de l'Amérique méridionale.Déposées depuis long-temps dans les anciennes collections de Rohr et de Bosc, le Megarhina hœmorrhoidalis et le Culex ciliatus sont les premières qui ont été décrites dès 1775 par Fabricius dans l'Entomologie systématique.