‹ Direction chrétienneChapitre 10 sur 36 · LETTRE AU DUC DE BOURGOGNE · texte numérisé non relu

LETTRE AU DUC DE BOURGOGNE

corps. Que l'oraison de certains temps réglés soit une source de présence de Dieu dans la journée ; et que la présence de Dieu , devenant fréquente dans la journée, soit un renouvellement d'oraison. Cette vue courte et amoureuse de Dieu ranime tout l'homme , calme ses passions , porte avec soi la lumière et le conseil dans les occasions importantes, subjugue peu à peu l'humeur, fait qu'on possède son âme en patience , ou plutôt qu'on la laisse posséder à Dieu. Renovamini spiritu mentis vestrœ (i).

Ne faites point de longue oraison , mais faites-en un peu , au nom de Dieu , tous les matins, en quelque temps dérobé. Ce moment de provision vous nourrira toute la journée. Faites cette oraison plus du cœur que de l'esprit, moins par raisonnement que par simple

(i) Ephes., IV, 2J^.

affection; peu de considérations arrangées : beaucoup de foi et d'amour.

Il faut lire aussi, mais des choses qui vous puissent recueillir , fortifier et familiariser avec Dieu. Ne craignez point de fréquenter les sacrements selon votre besoin et votre attrait ; il ne faut pas que de vains égards vous privent du pain descendu du ciel , qui veut se donner à vous. Ne donnez jamais aucune démonstration inutile ; mais aussi ne rougissez jamais de Celui qui fera lui seul toute votre gloire.

Ce qui me donne de merveilleuses espérances , c'est que je vois par votre lettre que vous sentez vos faiblesses , et que vous les reconnaissez humblement. O qu'on est fort en Dieu , quand on se trouve bien faible en soimême! Cùm infirmor, tune potens sum (i).

(i) II. Cor., 10.

Page 1