W JOUR
Conversions lâches et imparfaites.
I. Les gens qui étaient éloignés de Dieu se croient bien près de lui, dès qu'ils commencent à faire quelques pas pour s'en rapprocher. Les hommes les plus polis et les plus éclairés ont là-dessus la même ignorance et la même grossièreté qu'un paysan qui croirait être bien ù la cour, parce qu'il aurait vu le Roi.
On quitte les vices qui font horreur; on se retranche dans une vie moins criminelle, mais
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toujours lâche, mondaine et dissipée ; on juge alors de soi, non par l'Évangile, qui est l'unique règle qu'on doit prendre, mais par la comparaison qu'on fait de la vie où l'on est avec celle qu'on a menée autrefois.
Il n'en faut pas davantage pour se canoniser soi-même, et pour s'endormir d'un profond sommeil sur tout ce qui resterait à faire pour le salut. Un tel état est peut-être plus suspect qu'un désordre scandaleux. Ce désordre troublerait la conscience, réveillerait la foi et engagerait à faire quelque effort; au lieu que ce changement ne sert qu'à étouffer les remords salutaires, qu'à établir une fausse paix dans le cœur, et qu'à rendre les maux irrémédiables.
II. Je me suis confessé, dites- vous, assez exactement des faiblesses de ma vie passée ; je lis de bons livres, j'entends la messe modestement, et je prie Dieu, ce me semble,
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d'assez bon cœur. J'évite au moins les grands péchés, mais j'avoue que je ne me sens pas assez touclié pour vivre comme si je n'étais plus du monde, et pour ne plus garder de mesure avec lui. La religion serait trop rigoureuse si elle rejetait de si honnêtes tempéraments. Tous les raffinements qu'on nous propose aujourd'hui sur la dévotion vont trop loin, et sont plus propres à décourager qu'à faire aimer le bien.
Ce discours est celui d'un chrétien lâche qui voudrait avoir le paradis à vil prix, et qui ne considère pas ce qui est dû à Dieu, ni ce que sa possession a coûté à ceux qui l'ont obtenue. Un homme de ce caractère est bien loin d'une entière conversion. Il ne connaît ni l'étendue de la loi de Dieu, ni les devoirs de la pénitence. On peut croire que, si Dieu lui avait confié le soin de composer l'Évangile, il ne l'aurait pas fait tel qu'il est, et nous
aurions assurément quelque chose de plus doux pour l'amour-propre. Mais l'Évangile est immuable, et c'est sur lui que nous devons être jugés. Prenez au plus tôt un guide sûr, et ne craignez plus rien tant que d'être flatté et trompé.
V« JOUR Du bon esprit.
Voire Pj-re cùlestc donnera son bon esprit à ceux qui le lui demanderont. (Luc, XXI, 13.)
I. Il n'y a de bon esprit que celui de Dieu. L'esprit qui nous éloigne du vrai bien, quelque pénétrant, quelque agréable, quelque habile qu'il soit pour nous procurer des biens corruptibles, n'est qu'un esprit d'illusion et d'égarement. Voudrait-on être porté sur un char brillant et magnifique qui mènerait dans un abime? L'esprit n'est fait que pour conduire à la vérité et au souverain bien.
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Il n'y a de bon esprit que celui de Dieu, parce qu'il n'y a que son esprit qui nous mène à lui. Renonçons au nôtre, si nous voulons avoir le sien. Heureux l'homme qui se dépouille pour être vêtu, qui foule aux pieds sa vaine sagesse pour posséder celle de Dieu I
II. Il y a bien de la différence entre un bel esprit, un grand esprit et un bon esprit.
Le bel esprit plaît par son agrément, le grand esprit excite l'admiration par sa profondeur, mais il n'y a que le bon esprit qui sauve et qui rende heureux par sa solidité et par sa droiture. Ne conformez pas vos idées à celles du monde. Méprisez l'esprit autant que le monde l'estime. Ce qu'on appelle esprit est une certaine facilité de produire des pensées brillantes. Rien n'est plus vain. On se fait une idole de son esprit comme une femme qui croit avoir de la beauté s'en fait une de son visage. On se mire dans ses pensées. Il faut
SUJETS DE MÉDITATION Siy
rejeter non-seulement ce faux éclat de l'esprit, mais encore la prudence humaine qui paraît la plus sérieuse et la plus utile, pour entrer, comme de petits enfants, dans la simplicité de la foi, dans la candeur et dans l'innocence des mœurs, dans l'horreur du péché, dans l'humiliation et dans la sainte folie de la croix.
VP JOUR
Sur la patience dans les peines.
Vous pctsséderez vos âmes dans votre patience.
(Luc, H, 19.)
I. L'ame s'échappe à elle-même quand elle s'impatiente, au lieu que, quand elle se soumet sans murmure, elle se possède en paix et possède Dieu. S'impatienter, c'est vouloir ce qu'on n'a pas, ou ne pas vouloir ce qu'on a. Une âme impatiente est une âme livrée à sa passion, que la raison ni la foi ne retient plus. Quelle faiblesse! quel égarement! Tant qu'on veut le mal qu'on souffre, il n'est point
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mal. Pourquoi en faire un vrai mal en cessant de le vouloir? La paix intérieure réside non dans les sens, mais dans la volonté. On la conserve au milieu de la douleur la plus amère, tandis que la volonté demeure ferme et soumise.
La paix d'ici-bas est dans l'acceptation des choses contraires, et non pas dans l'exemption de les souffrir.
IL A vous entendre gronder et murmurer, il semble que vous soyez l'âme la plus innocente qu'il y ait au monde , et que c'est vous faire une injustice criante que de ne pas vous laisser rentrer dans le paradis terrestre.
Souvenez-vous de tout ce que vous avez fait contre Dieu , et convenez qu'il a raison. Dites-lui avec la même humilité que l'enfant prodigue : « Mon Père, j'ai péché contre le ciel et contre vous. » Je sais ce que je dois à votre justice; mais le cœur me manque pour
y satisfaire. Si vous vous en remettiez à moi , je me flatterais, je m'épargnerais, et je me trahirais moi-même en me flattant. Mais votre main miséricordieuse exécute elle-même ce que je n'aurais jamais eu le courage de faire. Elle me frappe par bonté. Faites que je porte patiemment ses coups salutaires. C'est le moins que puisse faire le pécheur, s'il est véritablement indigné contre lui-même , que de recevoir la pénitence qu'il n'aurait pas la force de choisir.