COMMEINT ON PEUT SE RELEVE U
Et cependant c'est toujours un sujet intarissable de larmes que d'apprendre la chute d'un jeune homme vertueux.
Car cet affreux malheur ne nuit pas à lui seul ; mais, comme l'arbre, roi des forêts, ébranle le sol où il tombe et casse ou meurtrit les arbrisseaux qui l'entourent, ainsi retentit au loin et au grand détriment des faibles le scandale d'une défection à laquelle personne ne s'attendait.
J'ai vu, s'écriait le grand Augustin, j'ai vu tomber des hommes de la vertu desquels je ne doutais pas plus que de celle des Jérôme et des Ambroise.
Compassion donc pour les autres et sévérité pour vous-même. Et quand je prononce ce mot sévérité, je veux dire sévérité avant la chute, pour adopter tous les moyens qui la peuvent prévenir : car, si nous avons eu le malheur de faillir, il faut prendre pitié de nous-mêmes, pour ne pas tomber de l'abîme du péché dans l'abîme du désespoir.
Dieu, impénétrable dans ses desseins, ne conduit pas toutes les âmes par les mêmes voies.
Il en est que sa grâce attend, comme Paul, sur le grand chemin de leurs erreurs, et qu'il renverse avec violence au milieu de leurs projets insensés.
D'autres sont prévenus, comme Zachée, d'un re-
132 CIIAIMTIU- X.
gard de compassion cl entendent cette douce parole : Hâtez-vous de descendre du sommet de vos convoitises et de vos aiïeclions terrestres, car il faut que je demeure chez vous aujourd'hui.
Toutes ces âmes, comme celles de la pécheresse, du publicain, du larron, dn centenier et de beaucoup d'autres dont parle TEvangile, viennent de loin, de bien. loin. La Providence semble étendre sur leur passé un voile impénétrable; elle a pris toutes leurs iniquités et les a jetées au plus profond de la mer.
Mais à côté de ces enfants prodigues, il y a d'autres enfants, pour lesquels une première et unique faute semble renfermer les fatales et extrêmes conséquences que le péché d'Adam a étendues sur sa destinée tout entière.
La faute remise, il leur reste une grande diminution de lumière dans leur esprit, une grande défaillance de courage dans leur volonté, une inclination affaiblie pour tout ce qui est vrai et bon dans leur cœur.
Semblables aux tempéraments ruinés par une cruelle maladie, ces âmes déchues ne remontent à la vertu qu'avec des efforts généreux, de nouvelles et puissantes grâces de Dieu, beaucoup de temps et surtout beaucoup de prières.
Leur force est dans le sentiment même et dans l'aveude leur faiblesse. Qu'elles s'humilient doncdevant